Berlin : avant / après … et ensuite ?

18.05.12

De passage à Berlin,
voici quelques impressions :

AVANT

Churchill, Truman et Staline à la Conférence de Postdam en 1945,
qui fixera le partage du territoire allemand entre les vainqueurs,
ce qui entraînera ultérieurement la guerre froide
dont la construction du Mur de Berlin en 1961
sera le symbole le plus symbolique.

APRES

Les trois acteurs de la chute du Mur de Berlin en novembre 1989 :
Georges Bush (père), Helmut Kohl, et Mikhail Gorbatchev

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AVANT

Checkpoint Charlie, symbole absolu de la Guerre froide,
autour duquel les chars des deux blocs s’épient

APRES

Le même Checkpoint Charlie,
lieu de tourisme et de fast-food…

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AVANT

APRES

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Et la suite,
c’est comme AVANT ? 
ou comme APRES ?

Post-soixante-huitard ou … prémonitoire ?

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” Maintenant  dure combien de temps ? “


Ce qui reste quand il ne reste rien ?

17.05.12

Il est des livres reçus en cadeau, mais qui “n’accrochent pas“, malgré de louables efforts…
Puis un jour, à la faveur d’une furie de rangement, on les retrouve, on les feuillette, et subitement…”ça parle…” sans qu’on puisse l’expliquer…
Ce sont parfois des textes qu’il ne faut pas seulement lire, mais ruminer… ce qui est tout le contraire de notre pratique quotidienne de la lecture sur ordinateur, car les mots et leur agencement répondent à une aspiration qui n’est pas éloignée de la poésie, non pas comme exercice de style, mais la poésie – même en prose - qui laboure nos émotions…

Exemple :

Extraits libres de « INCIPIT », de Maurice Bellet
Ed. Desclée de Brouwer – 1992

 ” Qu’est-ce qui reste quand il ne reste rien ?  Ceci : que nous soyons humains envers les humains, qu’entre nous demeure l’entre nous qui nous fait hommes.

Car si cela venait à manquer, nous tomberions dans l’abîme (…) de l’inhumain ou du déshumain, le monstrueux chaos de terreur et de violence où tout se défait. Cette mutuelle et primitive reconnaissance, c’est en un sens le banal et l’ordinaire de la vie.

C’est ce qui s’échange dans le travail partagé, dans les gestes simples de tendresse, dans les conversations au contenu peut-être dérisoire, mais où pourtant l’on converse, face à face, présents pour s’entendre.

C’est ce qui subsiste et resurgit dans les situations extrêmes (…) Alors il arrive qu’un presque rien, la lumière d’un visage, la musique d’une voix, le geste offert d’une main, tout d’un coup disent tout.(…)

Parole, primordiale parole où se désigne l’humain de l’humain. Elle peut être sans mots, dans l’aube impalpable du langage. Et si les mots la disent, ils sont chair et esprit, pétris d’une substance qui les exhausse au-dessus du langage ordinaire. (…)

Ce qui sépare l’humain de l’inhumain est ce sans quoi il n’y a pas d’humanité. Ou encore : sans cette primitive donation réciproque, qui donne à chacun visage, voix, nom, nous ne sommes pas.(…)

Cette relation si primitive qu’on ne sait comment la nommer ne repose ponit sur ceci ou cela, c’est tout le reste qui repose sur elle. (…) C’est en amont de ce que nous nommons morale ou éthique, parce qu’avant d’être exigence, c’est donation. C’est en amont du politique qui, sans cette référence, est livré au meurtre. Vertige : tout pour nous repose sur cette pointe insaisissable, naissance d’humanité. En venir là et s’y tenir, c’est tourner la page, c’est sortir des querelles, c’est venir à ce point de fusion où tout ce qui soutenait les grands édifices s’absorbe en ce pur commencement.(…)

A la très humble et infime origine correspond le déploiement que rien ne retient plus.

Que nous est-il arrivé ?

Nous venons de cette modernité qui a voulu sortir des âges obscurs de l’humanité ; son oeuvre a été prodigieuse, nous ne sommes, nous en vivons. Mais qu’advient-il dans l’aventure, de cet infime ce-sans-quoi nous ne sommes pas ? (…)

Les idées, projets, institutions sur lesquels on faisait fond révèlent leur fragilité, ou pire : leur complicité obscure avec ce qui nous détruit. (…) C’est comme si, par-dessous ce que nous avons bâti, se faisait entendre l’étrange ébranlement ; comme si l’abîme menaçait de s’ouvrir sous le sol où nous marchons encore. (…) Mais nous garderons assez confiance pour laisser s’éveiller tout l’arrière-fond de ce que nous sommes, nous ne craindrons pas l’humanité qui nous habite. (….)

Tout ce que l’homme moderne posait en face du religieux, du côté de la raison, science, révolution, etc., part dans le même mouvement qui emportait ces vieux édifices de la croyance. Défaire les appuis ! (…) Mais du coup, le mouvement s’inverse. De ce point tout surgit. (…) Il n’y a rien à ajouter à cet infime et pur commencement ; surtout pas ce qui fonderait, justifierait, expliquerait, etc. (…) Il est bien vrai que mettre cette humanité au principe de l’homme, c’est affronter, c’est faire se lever tout ce qui, parmi nous, n’en veut pas. Cet homme est dans le singulier – pas dans l’abstraction. Il est dans la venue à rencontre – pas dans ce que nous nommons histoire. (…)

Tout ce qui a paru de l’irrépressible présence (…) n’est pas à part et ne met pas à part. Il ne peut être que ce qui rend tout homme proche. Pas un universel surplombant et triomphant – celui-là exclut plus férocement que tout – mais l’hospitalité infinie (…)

S’il y a séparation, ce ne peut être qu’avec ce qui tue, avec le meurtre. Et le meurtre est partout où, de quelque façon, l’homme est meurtri, et spécialement en ce qui lui est si précieux : sa façon précisément d’être homme, de se supporter d’être humain. (…)

L’amour peut devenir prétexte aux pires intolérances – il a tous les droits puisqu’il aime. Et on sait ce qu’on a pu faire du Dieu d’amour.

Tout devrait aller, ici, vers cette naissance d’humanité, sans cesse commençante par-delà la tristesse et la mort, qui est le déploiement de toutes les puissances de l’être humain, et de chaque être humain dans sa différence singulière. Or sans cesse, tout est repris par la pesanteur, se dépose en lourdeurs, dans les chemins usés ; ou même dévie et se détourne. (…)

Mais ce qui demeure la loi et le principe critique en tout ce déploiement, c’est ce très humble commencement où l’homme reconnaît en l’homme son proche.(…)

C’est pourquoi toujours il est nécessaire de repasser par l’origine ; et c’est à quoi doit s’employer ce moment si capital de nos vies, le moment par excellence gratuit et inutile, être tournés par là, sans rien prétendre, sans vouloir et sans pensée, seulement libres dans le don qui nous donne d’être.

Quant à la façon, chacun verra. “


Le président et les clés de l’urne…

11.05.12

Dans le communiqué du Conseil Constitutionnel
officialisant l’élection de François Hollande
à la Présidence de la République,
on y découvre une anecdote
digne de Michel Audiard
dans les ” Tontons Flingeurs ” :

(…)

4. Considérant que, dans la commune d’Artigue (Haute−Garonne), dans laquelle 33 suffrages ont été exprimés, le
délégué du Conseil constitutionnel a relevé que seul le président du bureau de vote était présent une grande partie de
la journée, qu’il émargeait à la place de certains électeurs et disposait seul des clefs de l’urne, en méconnaissance
des dispositions des articles R. 42, L. 62−1 et L. 63 du code électoral ; que, par suite, il y a lieu d’annuler l’ensemble
des suffrages émis dans la commune ;

source photo

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Dans la commune d’Artigue, en 2007, sur 39 inscrits,
il y avait eu 36 votants au premier tour

dont 20 pour Sarkozy,
5 pour Bayrou,
4 pour Royal,
et
2,78 % des voix pour Jean-Marie le pen (= 1 voix…)
idem pour Arlette Laguiller ( = 1 voix)
idem pour José Bové (= 1 voix)…


Petite fugue à Vienne…

29.04.12

Au détour de quelques heures glanées à l’occasion d’un déplacement professionnel à Vienne (Autriche), voici quelques flashes en vrac :

Un petit placard affiché sur une porte d’une salle de réunion de l’AIEA (Agence Internatinale de l’Energie Atomique) dont on ne sait si on doit s’en inquiéter ou le prendre comme rassurant…

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L’intérieur illuminé de la Stefanskirche, cathédrale de Vienne

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Au Kunsthistorischesmuseum de Vienne :

Portrait d’une inconnue
de Gaspard de Crayer
(Flandres, 1630)

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De Josef DANHAUSER,

“Portrait d’un enfant rebelle”
Vienne, 1835

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De Rembrandt

“Portrait d’une jeune fille “
Amsterdam, 1632

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De Jean FOUQUET

” Portrait du juge Gonella “
France, 1440

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Et quelques échantillons de tableaux
captés au hasard d’une visite
au pas de charge…

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A détour d’une salle, un peintre local s’exerce à la copie…

tandis qu’à l’extérieur du Musée,
un autre artiste subjugue les passants …

Le secret  ?

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PS : toute les photos sont de l’Abrincate,
moyennant une surtaxe de 5 euros
pour prendre des photos sans flash
dans le Musée.


Réélire Sarkozy ? Vraiment ?

6.04.12

Voulez-vous VRAIMENT réélire le candidat sortant Sarkozy ?

Voulez-vous vraiment réélire celui qui a, en cinq ans, fait passer la dette française de 1 100 milliards d’euros à plus de 1 700 milliards d’euros ? A quoi ont servi les plus de 600 milliards d’euros supplémentaires empruntées  en 5 années de mandat  ? Comment faire comprendre à des gens qui gagnent moins de 1 000 euros par mois qu’ils vivent au-dessus de leurs moyens, après avoir augmenté la dette collective de 50 % ?

Voulez-vous vraiment réélire celui qui a co-piloté le sauvetage drastique de la Grèce, non sans avoir déclaré au début de son mandat que les limites budgétaires fixées par Bruxelles pouvaient être balayées d’un revers e la main ?

Voulez-vous vraiment réélire un président qui affirme bêtement ” qu’il y a trop d’étrangers en France “, sans avoir pensé un instant qu’il y a peut-être une différence entre ” étrangers ” et ” immigrés ” ?

Voulez-vous vraiment réélire un président qui hurle à la remise en cause annoncée par F.Hollande de l’accord sur les budgets européens de crise, tout en annonçant, quinze jours plus tard, qu’il demandera la renégociation des accords de Schengen et autres accords ?

Un président qui dit tout et son contraire, parfois d’une semaine à l’autre, en pensant que nous ne sommes que des poissons rouges, qui à chaque tour de bocal, ont oublié ce qu’il leur a dit au tour précédent ? (image entendue, mais où ?)

Le pouvoir est-il un jouet ?
(source photo)

On ne demande pas à un président de prendre d’abord position sur les jeunes qui ont besoin d’amour, sur la supériorité du curé sur l’instituteur, ou sur la viande hallal. On lui demande de faire fonctionner les institutions dans le cadre de la Constitution dont il est le garant… Or à lire cet extrait du site de ” Marianne ” :

En proposant la déchéance de nationalité pour les Français «d’origine étrangère» ayant porté atteinte à la vie de policiers ou de gendarmes, Nicolas Sarkozy sait qu’une telle loi ne pourra qu’être invalidée par le Conseil constitutionnel.
Mais peu lui importe : il lui suffit d’annoncer…

Août 2007 :  la déduction fiscale rétroactive des intérêts d’emprunts immobiliers : dès le 16 , les Sages la jugeaient anticonstitutionnelle, la rétroactivité entraînant « une rupture caractérisée de l’égalité entre les contribuables ».

Novembre 2007: une partie de la loi Hortefeux sur l’immigration est finalement invalidée par le Conseil : les juges constitutionnelsrejettent l’amendement sur les statistiques ethniques et réduisent la portée des dispositions sur les tests ADN.

Février 2008, la loi Dati sur la rétention de sûreté — enfermer dans des centres spéciaux des criminels ayant purgé leur peine de prison, mais déclarés toujours dangereux par des experts — est amputée : elle ne pourra pas s’appliquer pleinement de façon rétroactive, ce qui diffère son application réelle de plusieurs années.(…) Levée de boucliers dans toute la magistrature.

Mars 2008. Plusieurs articles du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2009 sont censurés par les Sages.

Juin 2009 : la loi Hadopi est, pour l’essentiel, retoquée par le Conseil. Ainsi, la mesure phare, la riposte graduée, est-elle invalidée.(…) Seul un juge est habilité à prononcer pareille sanction.

Août 2009 : le Conseil constitutionnel censure la partie de la loi sur le travail dominical accordant un statut particulier à Paris.

Décembre 2009 : la loi sur la taxe carbone (…), est annulée par les Sages deux jours avant son entrée en vigueur prévue pour le 1er janvier 2010.

2012 : Saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité, le Conseil constitutionnel vient de déclarer le dispositif ordinaire des gardes à vue contraire à la Constitution  !

Janvier 2012 : Le Conseil constitutionnel a retoqué la loi pénalisant la négation des génocides. Motif invoqué : le texte n’est pas conforme à la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté d’expression et de la presse, inscrite dans la Constitution. “

Extraits libres du site :
http://www.marianne2.fr/Sarkozy-president-le-plus-retoque_a195984.html 

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Quelle urgence y avait-il à provoquer un conflit diplomatique avec la Turquie, à propos du génocide arménien, sinon pour attirer l’électorat arménien en France, en ajoutant : ” La France ne se laissera pas dicter ses convictions…”
Il n’y a qu’une seule analyse sur laquelle Marine le Pen a raison :
” Nicolas Sarkozy n’a strictement aucune conviction “.

Voulez-vous vraiment réélire Sarkozy qui
- méprise publiquement les juges,
- fait écouter les journalistes,
- prétend nommer les patrons de presse par chantage (cf le dernier livre d’Eric Fottorino, débarqué de la direction du ” Monde “), et des radios et télévisions publiques ?
- place ses partisans au postes judiciaires les plus importants (pour verrouiller la litanie des situations financières qui le concernent) en se drapant dans la fonction de garant de l’indépendance de la magistrature …
Plus c’est gros, plus ça passe…

Comme disait le regretté Edgar Faure :
Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent… “
(lequel ajoutait en souriant :
Si vous n’avez pas d’opinion politique, prenez les miennes...”)

Il faut évacuer Nicolas Sarkozy de l’Elysée,
pour incompétence juridique,
pour endettement fatal du pays,
pour non-respect récurrent
de la séparation des pouvoirs en démocratie,
et pour s’être entouré d’une bande d’incapables
(sauf Alain Juppé).

Pour les choix politiques et économiques sérieux,
vous n’aurez que l’embarras du choix aux élections législatives.


Mémorable traversée de la Baie du Mont-Saint-Michel

2.04.12

(Photos prises par l’Abrincate en août 2011)

Tous renseignements 
sur les traversées à pied
de la baie du Mont-Saint-Michel
sur le site :

http://www.decouvertebaie.com/site/FR/traversees.php?cat=5


La Pape a déniché l’Abbé Pierre, clandestin à Cuba !

1.04.12

Ceci est évidemment un (faux) poisson d’Avril,
mais avouez que le titre de ce billet était tentant…


A quoi sert une Cour Pénale Internationale (CPI) ?

31.03.12

Lors d’une soirée-débat à l’Université de Genève le 26 janvier dernier, organisé en collaboration avec l’association suisse VIVERE, Madame Renate WINTER, de nationalité autrichienne, ancienne Juge à la Cour Suprême du Kosovo, ancienne Présidente de la Cour Spéciale pour la Sierra Leone (Tribunal pénal international),  a répondu en ces termes (transcription d’un exposé oral) à la question de savoir comment s’articulent les justices nationale et internationale face aux crimes les plus graves (crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide) :

(…) ” C’est une problématique très spécifique, ce ne sont pas seulement deux systèmes différents, mais ce sont surtout deux systèmes qui ont des conditions différentes pour fonctionner ou ne pas fonctionner.
Au Congo, on a, dans les “Chambres Foraines” (tribunaux itinérants), des militaires du pays qui s’adressent aux soldats de leur pays.
Donc la nationalité est la même, les tribus et les ethnies sont les mêmes. Dans beaucoup de cas traités par la justice internationale, ce n’est pas le cas.
Dans tous les pays où j’ai travaillé, comme juge, il y avait à l’intérieur du pays des parties qui se sont battues, et alors là, il y a le grand problème : qui va être le juge ? Celui dont la tribu a perdu ou celui dont la tribu est sortie vainqueur … la dernière fois ?
Donc l’existence d’une  Cour internationale est importante pour cette raison.
En Sierra Leone où j’ai travaillé, il y avait trois factions qui se sont combattues. On a des juges de ces trois factions : je prends lequel ? Est-ce que c’est possible pour une personne qui a perdu sa famille d’être juste et impartial ? Est-ce possible pour une personne qui croit que sa tribu, sa nation a tous les droits? Est-ce que cela serait un bon juge ?
La question n’est pas de savoir laquelle, de la Cour nationale ou de la Cour internationale, est la meilleure : la question est “qui peut faire quoi” ? et dans quelles conditions ?

Si j’ai une Cour internationale, je sais qu’elle sera lente, compliquée et chère.
Et cela, on le sait depuis le commencement.
Par exemple, quand j’ai commencé en Sierra Leone, on m’a dit : ” Donne-nous ton argent et va t’en ! On n’a pas besoin de toi. On sait quoi faire avec cet argent”. Et lorsqu’on répond : ” Très bien, voilà l’argent, on s’en va … mais je donne l’argent à qui ? Et qui va donner l’argent à qui ? et qui va dire qui est victime et qui est agresseur ?  alors là, les gens disent : C’est vrai, alors restez !” Parce que c’était une situation où il y avait des vainqueurs et des vaincus, et que tout était mêlé.
Même chose dans les Balkans – pour ne pas toujours se concentrer sur l’Afrique, dont on dit qu’elle ne peut pas se défendre contre les internationaux, et donc on s’acharne sur l’Afrique, ce qui n’est pas vrai : les Balkans c’est exactement la même chose – en Bosnie, je prends qui, comme juge ? un Croate face à une communauté serbe ? un juge Serbe face à une communauté bosniaque ? et ainsi de suite ?

Il y a encore un autre problème : celui des crimes sexuels, qui sont des crimes au niveau national et au niveau international. Mais si je prends par exemple le crime de génocide : dans beaucoup de pays, le crime de génocide n’est pas dans la loi – ou pas encore dans la loi.
Et dans tous les systèmes de droit, on ne peut pas juger quelque chose qui n’est pas dans la loi. On ne peut pas donner le mandat à une juridiction ou à une jurisprudence nationale si le délit ou le crime en cause n’existe pas dans la loi nationale.

Autre raison : la Sierra Leone a subi une guerre de onze ans. C’était vraiment une guerre de tous contre tous. Il n’y avait plus rien dans ce pays. Quand on a commencé au Kosovo, il n’y avait plus rien…pas de bâtiment, pas de rues, pas de greffier, pas d’électricité, pas d’eau, etc… Alors, demandez à ce pays de s’occuper de la justice… Quelle justice ? Où ? Quand ? Avec quoi ?… Et par qui ? Il n’y a pas de moyens pour exercer,  parce que ce pays a d’abord pour tâche de s’occuper de nourrir sa population.

Par ailleurs vous avez, dans beaucoup de pays, surtout, cette fois, en Afrique, les “seigneurs de la guerre”.Qui a le pouvoir de s’opposer à ces seigneurs de guerre”. Il y a des situations où même les militaires étaient agressés, les juges militaires étaient agressés.
Que faites-vous dans un pays où il y a trois ou quatre seigneurs de guerre et aucune possibilité pour le gouvernement sur place de les convoquer ? Ils n’ont pas le pouvoir de le faire.
Et malheureusement il y a aussi des pays où il n’y pas la volonté de le faire… parce que ceux qui sont au pouvoir sont ceux qui devraient être traduits devant une Cour. Vous imaginez bien qu’ils ne vont pas se présenter ni devant une Cour nationale, et encore moins à la Cour Internationale…

Dans une grande et longue guerre, où les parties changent sans arrêt, qui est victime et quand ? qui est auteur de crime et quand ?
J’ai eu à faire avec des enfants-soldats et on m’a toujours demandé : ” Pourquoi vous ne mettez pas les enfants-soldats devant la justice ? Ils ont commis les pires atrocités… aucun adulte ne ferait cela.
Je réponds : “parce que je ne sais pas, pendant onze ans, ou trente ans, s’ils étaient enfants quand ils ont fait ce qu’ils ont fait… je ne sais pas !!!…” Ce sont là aussi des problèmes très pratiques qui empêchent la justice nationale de faire quelque chose – et même la justice internationale ne peut pas le faire.

Autre chose : comme victimes, nous avons des filles et des femmes violées qui sont musulmanes. Il  y a des pays où les filles violées sont tuées par leurs familles. Elles ne vont JAMAIS parler. Peut-être j’aurai dans la Cour Pénale internationale – où les protections des victimes sont beaucoup plus fortes – la possibilité de m’occuper de ces victimes.

Autre chose, difficile à dire… J’ai travaillé dans un pays où le mot viol n’existait pas dans la langue de ce pays, parce que les relations entre mari et femme, entre père et mère, étaient des relations de viol. Et qu’est-ce que je dis à un soldat me dit : ” Vous voulez que je demande à cette femme si elle veut ou pas ? Je ne demande même pas à ma propre femme…pourquoi est-ce que je demanderais à une autre femme ?” Alors comment voulez-vous expliquer devant la justice nationale de ce pays, que le viol, comme arme de guerre, est un crime de guerre ?

Cependant, on a trouvé un système qui pourrait – et qui devrait – fonctionner, s’il arrivait que les gouvernements et les politiques en donnaient les moyens financiers (ce qu’ils ne font jamais…). Si on traduit ceux qui sont à la tête des combats, les “seigneurs de guerre”, devant la Cour Pénale Internationale-  et si on conduit les “petits poissons” devant les Cours nationales, parce qu’ils constituent un moindre danger et parce que les Cours nationales coûtent beaucoup moins cher, et si l’on considère enfin – comme en Afrique du Sud – ceux qui reconnaissent (“Oui, je suis coupable… Est-ce que je peux faire quelque chose ? “) on ne devrait pas les mettre devant un tribunal, mais devant une Commission “Vérité et Réconciliation” – si on pouvait ainsi avoir ce “triangle”, on pourrait vraiment faire de la justice.”


En vrac et sans (trop de) commentaires…

10.03.12

Le photographe Fred Boissonnas
prend les grands moyens, en 1907,
pour immortaliser le Parthénon d’Athènes :

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L’artiste espagnol Miquel Barceló a assuré, en 2005,
la rénovation de l’immense dôme
de la salle du Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies à Genève.
Trente-cinq tonnes de peinture ont été nécessaires
pour métamorphoser cette coupole faite de stalactites multicolores
évoquant une “grotte marine”.

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Dans le parc de la Fondation Giannadda à Martigny (Suisse)

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Au hasard des chemins de forêt autour de Lausanne

(encore un qui a mis le pied sur l’écorce …
qui n’était pas encore sèche !)

Et quand le printemps cherche à percer sous la glace :


Argent et politique (de droite), comment ça marche ?

22.02.12

Une “affaire” occupe le débat public, habituellement beaucoup plus calme, pour l’élection du Conseil d’Etat (gouvernement du Canton de Vaud) le 11 mars prochain.
On sait que chaque multinationale qui cherche à implanter son siège et une partie de ses activités sur le sol suisse passe nécessairement mais directement par le bureau du Conseiller d’Etat chargé du budget pour “négocier” l’exemption des taxes et impôts divers en échange d’un certain nombre de conditions posées par l’autorité publique.

Voici donc les principaux extraits de l’interpellation
du Conseil d’Etat vaudois (gouvernement du canton)
par le Groupe socialiste du Grand Conseil (parlement cantonal)
en date du mardi 21 février 2012 :

Interpellation adressée au Conseil d’Etat du Canton de Vaud
concernant l’exonération fiscale du géant Vale International :
les dizaines de milliards tirés des exploitations minières

” La presse finit par révéler une part de ce que l’on dissimule sous un secret fiscal trop commode… Le groupe Vale, numéro 1 de l’extraction minière du fer, et no 2 d’autres minerais (aluminium, bauxite, charbon, cuivre, manganèse, nickel) est exonéré d’impôts dans notre canton. Il y a une semaine, la multinationale d’origine brésilienne publie un bénéfice net record de plus de 21 milliards de francs pour l’an dernier. Ce sont quatre milliards de plus que l’ensemble des exonérations 2007, déjà très controversées, de firmes étrangères.

Vale International n’a pas tenu ses engagements, annoncés en 2007, de créer 300 emplois à terme. Aujourd’hui, 115 personnes travaillent à St-Prex, dont seules 50 viennent de la région. Certes, la société a investi près de 50 millions de francs pour construire et équiper un centre administratif rutilant au chemin de la Vergognausaz, le bien nommé. Cela n’a pas suffi à apaiser la colère de la Confédération, et de son Administration fédérale des contributions, qui traîne notre équivalent cantonal, l’ACI, devant la cour administrative du Tribunal cantonal.

Dans son pays d’origine et dans quarante-et-un Etats, Vale n’a pas coutume de porter beaucoup d’égards au partenariat social ni aux droits des paysans sans terre. Les autorités brésiliennes réclament un arriéré d’impôts de 5,6 milliards de dollars devant la justice aussi. L’ONG la Déclaration de Berne dénonce le « piratage fiscal » auquel s’est livré le canton de Vaud. Le rapport du Contrôle fédéral des finances remarque lucidement à son tour : « A travers le quartier général de cette société transnationale, une centaine d’emplois permet le rapatriement annuel de centaines de millions de bénéfices en provenance d’autres sociétés du groupe. Les seuls investissements opérés dans l’économie régionale sont la construction d’un bâtiment administratif et quelques engagements accessoires en matière de recherche et de développement. »

(…)  De quelle sueur et de quel sang sont issus les dizaines de milliards de bénéfices nets, tirés de 42 pays et défiscalisés en terre vaudoise depuis cinq ans ? Il paraît problématique d’aider ainsi à spolier d’impôts des Etats miniers, tout en appuyant la coopération au développement. Nous voulons croire qu’un gouvernement cantonal renouvelé ne pratiquera plus jamais cette sorte d’exonération.

Nous posons dès lors au Conseil d’Etat les questions suivantes :

  1. En quoi est-ce que le groupe minier Vale International correspond aux secteurs économiques et activités prioritaires définis en matière d’allégements fiscaux VD (voir notamment la brochure du SELT Promotion économique 2011, page 10) ? L’exonération respecte-t-elle les recommandations du Secrétariat d’Etat à l’économie Seco ?
  2. Le département de l’économie et celui des finances se sont-ils intéressés en 2006 aux conditions d’exploitation dans les mines de Vale en divers points du globe et à leur conformité aux normes de l’Organisation internationale du travail ?
  3. Une telle exonération ne sert-elle pas de pire illustration aux Etats voisins (en Europe), déjà ulcérés par certaines pratiques cantonales, et à celles et ceux qui, en Suisse et dans le monde, souhaitent en finir avec des cadeaux fiscaux, abjects à l’égard des populations proches des lieux d’extraction ?
  4. Que pense le gouvernement des propos du vice-directeur du Contrôle fédéral des finances, affirmant : « Il est donc légitime de connaître le nombre de sociétés bénéficiant d’un allégement fiscal et le montant global du manque à gagner fiscal. Comme le recommande à juste titre le Fonds monétaire international, ces informations doivent être publiques, et il n’est pas correct d’invoquer le secret fiscal pour entraver une telle publicité. » ?
  5. Les autres cantons ne souligneront-ils pas l’exemple de Vale comme celui d’un nouvel abus d’une concurrence décidément peu confédérale ? (…)
  6. La lettre-type que renvoie l’ACI pour refuser à une ONG ou personne intéressée toute information sur le bénéfice net et le capital imposables d’une personne morale (à l’exemple de Vale International) n’exprime-t-elle pas une pratique trop restrictive en regard de l’article 184 de la loi sur les impôts directs cantonaux ? Les cinq raisons évoquées indistinctement pour refuser la consultation du résultat de la taxation ne permettent-elles pas de justifier confortablement tout refus ?
  7. Si une soixantaine d’entreprises sont exonérées selon le communiqué de l’Etat du 10 février, dans quelles proportions le sont-elles et durant quelles durées ?
  8. L’ensemble du Conseil d’Etat était-il au courant de l’allégement fiscal de Vale, ainsi que du conflit ouvert entre la Confédération et le canton ? et depuis quand ?
  9. Le gouvernement cantonal renoncera-t-il à l’exonération de Vale et dans quel délai ? “

Souhaite développer et recevoir une réponse immédiate.
Pour le groupe socialiste : Pierre Zwahlen

Le 21 février 2012

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Siège de Vale international à StPrex (Canton de Vaud)

Vale International a déjà publiquement répondu qu’elle était “de bonne foi ” dans cette affaire d’exemption fiscale.

Elle répondra aussi, comme toutes les multinationales, qu’elle n’est pas non plus redevable d’impôts sur des activités gérées ni sur les bénéfices générés à l’étranger.
C’est le principe de toutes les multinationales, analogues aux pratiques mafieuses : cloisonner les activités et les bénéfices générés pour que rien ne soit consolidable – sauf que les dizaines de milliards sont utiles pour la Communication, à destination de leurs actionnaires diffus dans le monde entier.
Autrement dit : cloisonner le tout en centaines de “bulles juridiques” autonomes (dumping fiscal vu sous l’angle des multinationales bénéficiaires), si bien qu’en cas d’enquête fiscale ou judiciaire, d’où qu’elle vienne, aucune porte ne s’ouvre quelque part sans que la précédente soit fermée à clé et inaccessible juridiquement.

Aucun juge ou policier enquêter, seul, ne peut reconstituer la chaîne d’(ir)responsabilité, sauf à y passer sa vie entière en nuits d’insomnies…
Par analogie, c’est le même problème pour les ONG qui demandent aux multinationales de porter la responsabilité des violations des normes de travail des enfants chez leurs fournisseurs-partenaires nationaux : elles répondent toujours que c’est la responsabilité des partenaires soumis à leurs lois nationales respectives, etc, etc…

Vale international s’est fait remarquer par le 1 er Prix de la Honte du Public Eye Awards 2012pour les motifs suivants :

Plus de 88’000 personnes ont pris part au vote en ligne, ce qui constitue un nouveau record. Cette année l’entreprise qui a reçu le plus de suffrages est le brésilien Vale (25’041 voix). Il est suivi de près par le japonais Tepco (24’245 voix). Le sud coréen Samsung (19’014 voix) prend la troisième place.
Vale est le deuxième plus grand groupe minier et le premier producteur de minerai de fer au monde. Ses 60 ans d’histoire ont continuellement été marqués par des atteintes aux droits humains, des conditions de travail inacceptables et une surexploitation de la nature.
Le groupe minier brésilien prend actuellement part à la construction du barrage de Belo Monte en Amazonie. La réalisation de ce projet va forcer près de 40’000 personnes à quitter leurs lieux de vie, sans avoir été consultés et sans recevoir la moindre compensation.
Dans la région, 80% des fleuves seront détournés pour le barrage, inondant une surface équivalente à celle du Lac de Constance.
Les conséquences pour les populations indigènes et pour les écosystèmes seraient désastreuses.”

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Le professeur Joseph E. Stiglitz, l’invité d’honneur des Public Eye Awards, a fait part de sa vision de la crise économique mondiale.

« Il y a deux choses fondamentales à garder à l’esprit pour protéger notre planète et notre société. D’une part, nous avons besoin de régulations publiques, afin de lutter contre les abus. D’autre part, les individus et les entreprises ont besoin d’élargir leur notion de l’intérêt personnel. Les personnes et les sociétés les plus privilégiées au monde ne resteront pas éternellement à l’abri des conséquences de leurs actes. Il est dans l’intérêt de chacun, y compris de l’infime minorité des plus riches, que notre planète prospère et que le fossé entre les riches et les pauvres ne soit pas trop abyssal. (…)
Il ne suffit pas de constater les défauts de certaines pratiques en matière d’environnement ou de conditions de travail. Ce dont nous avons besoin, ce sont des améliorations systémiques : inciter la création de structures, de cadres légaux, et augmenter nos attentes et nos demandes envers les entreprises, en tant que citoyens du monde. Ce n’est qu’à partir de ce moment que nous pourrons espérer vivre dans un monde où les pratiques de commerce durable et équitable seront la norme et non l’exception ».

Le gouvernement du Canton de Vaud a encore quelques efforts à faire pour entrer dans le XXI ème siècle…


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