Pour une “Méthode Rocard à l’usage de tout Premier Ministre français”

26.03.06

Sans savoir, à ce jour, comment évoluera la crise actuelle en France à propos du “Contrat de Première Embauche”, à l’intention des jeunes de moins de 26 ans, on peut s’étonner des symptômes suivants :

Comment peut-on présenter comme perspective d’avenir à une génération d’étudiants, déjà en situation précaire, la possibilité légale de travailler deux ans au salaire minimum avec licenciement unilatéral sans motifs ? S’agit-il de les préparer au statut qui sera le leur pendant leur vie professionnelle ?

Comment peut-on édicter une loi sans aucune négociation préalable avec qui que ce soit - en violation d’une autre loi sur la négociation sociale - et en même temps se plaindre de ne pas avoir d’interlocuteurs syndicaux représentatifs, qu’on ignore tout en leur reprochant d’être insignifiants…

Comment peut-on faire voter une loi par un Parlement sans vrai débat, avec des possibilités d’amendements sur lesquels on se dit aujourd’hui - et donc après-coup, c’est le cas de le dire - “prêt à négocier sans a priori” ?

Dans les pays modernes comparables, les grandes manifestations de rue portent sur des sujets de société (liberté de l’enseignement, avortement, etc) ou sur des questions extérieures (guerre en Irak). Lorsqu’il s’agit de lois économiques internes, les démocraties ont mis des décennies à établir des mécanismes avec les interlocuteurs concernés pour construire une décision, la composer, l’améliorer, l’expliquer et la faire accepter.

Mais aujourd’hui, il y a apparemment d’autres urgences : l’initiateur du projet est un présidentiable, et donc il y a urgence. Laisser prendre l’incendie pour ensuite apparaître comme le seul pompier possible, c’est de bonne guerre, mais c’est pitoyable.

Il n’y a pas de véritable démocratie qui ne soit pas participative. Michel Rocard l’avait mise en pratique, que ce soit sur la Nouvelle-Calédonie, la Contribution Sociale Généralisée ou la privatisation d’Air France.

Il faudrait publier un mémorandum de la “Méthode Rocard à l’usage de tout Premier Ministre français”.


Les pelleteuses entrent en scène

24.03.06

Sur la Place d’Octobre, à Minsk, cette nuit, les pelleteuses ont chassé les manifestants qui s’obstinaient contre le résultat de l’élection présidentielle en Biélorussie. Des gens déterminés à couler leur avenir dans le marbre de l’Europe.

La détermination des peuples de l’Est qui aspirent à rejoindre l’Union Européenne (UE) n’a pourtant d’égale que le scepticisme grandissant des peuples des Etats membres. Faut-il que leurs souvenirs de l’ours russe et la peur de son réveil soient forts pour que le rêve soit encore intact. L’Europe politique est, depuis quelque temps, réduite aux acquêts du Marché Unique, aux batailles de polochon de milliardaires qui jouent quotidiennement des milliers d’emplois à la Bourse (on a le tiercé de ses moyens) et aux Sommets d’insignifiance.

On n’a d’ailleurs toujours pas compris comment l’élargissement à 10 nouveaux pays membres a pu se faire avant que la Constitution soit adoptée… L’ouverture des nouveaux marchés était probablement plus urgente que la “formalité” du projet constitutionnel.

Lors d’une pérégrination de l’”Abrincate” en Hongrie, en 2005, rencontre avec un jeune guide hongrois de la Grande Synagogue, s’exprimant dans un français impeccable :

Question : ” Le peuple hongrois a voté à 85% pour l’adhésion à l’UE : comment se fait-il que nombre de librairies de Budapest affichent encore en vitrine des cartes de la Grande Hongrie ?”

Réponse : ” Les nationalistes hongrois représentent moins de 5 % de l’opinion publique… Soit dit en passant, quels sont les pourcentages de Le Pen aux élections françaises ?….

La Hongrie d’aujourd’hui ? Que penseriez-vous d’un Traité, signé à 2000 kms de Paris au 20 ème siècle, qui aurait décrété, d’un coup de crayon, que la France se réduirait désormais à “l’Ile-de-France et aux Pays de Loire “?

De toute façon, pour nous, l’Europe dans laquelle nous entrons sera celle des régions et, avec l’ouverture des frontières, nous retrouverons nos frères hongrois de Roumanie et des autres pays voisins.”

Le sentiment national n’est pas nécessairement le nationalisme. Mais ce sentiment, comme tous les autres, les souvenirs historiques, les peurs, les rêves, les espoirs sont “le bois dont les peuples sont faits”. Les gestionnaires de l’UE y sont totalement étrangers, trop occupés par la taille légale du Camembert, et par le Monopopy des OPA, et autres OPE.

Les peuples ont besoin d’une vision collective : à l’ouest, la nouvelle génération ne ressent pas la nécessité de l’Europe de la même manière que les générations précédentes. Que dit-on aux jeunes de la plus-value de l’Europe pour leur avenir ?

A Paris, les pelleteuses évacuent les voitures brûlées. A Minsk, les pelleteuses évacuent les jeunes pour qui l’Europe, c’est l’avenir. Où est le malentendu ?

Est-ce que - comme d’habitude - le changement viendra de l’Est ?


Angoisses de riches ?

20.03.06

La prolifération de systèmes, de structures, de procédures, de modèles et de modules, de contrôles, de radars et de normes, de caméras planquées à la banque, à la station-essence, à la gare, à l’épicerie, et autres machins biométriques, sans oublier le “whistleblowing” ou la délation institutionnalisée dans les entreprises, ou encore le contrôle des poubelles par les voisins, toutes ces petites flicailles de traçabilité de l’iris de l’oeil, de la pensée, des comportements, des comptes bancaires, des courriels, donneraient-elles raison à Fr. Durrenmatt :

” Le totalitarisme, c’est d’organiser la société sans rien laisser au hasard. C’est l’immobilisme borné, l’anonymat bureaucratique, les stéréotypes.(…) N’est-ce pas une forme de totalitarisme lorsqu’on n’arrive plus, dans le système ultra-libéral des pures interactions à court terme, à identifier de quelconques responsabilités ?”

Léo Strauss pense que “l’économisme, c’est le machiavélisme parvenu à maturité”. A quoi Alain Touraine répond : ” la socilété libérale porte en soi le ghetto”. Et Régis Debray de conclure : ” la société libérale récupère tous les anti-conformismes : c’est sans fin, mais c’est sans but…”

Faut-il que nos repères de pensée soient brouillés pour qu’on subodore la résurgence des symptômes honnis d’une forme de totalitarisme dont nos sociétés se sont libérées. Peut-être, au fond, l’Etat, vitupéré depuis toujours comme la principale source de violations des droits humains, n’en a pas le monopole. Et ce pourrait être une de ces ” ruses de l’Histoire” que, dans quelque temps, au vu du chaos généralisé qui s’annonce, l’Etat redevienne source et garant des droits humains.

Perplexité devant cette réflexion - petite lueur à l’horizon ? - du même Régis Debray :

“Qui se voit citoyen du monde oublie que la citoyenneté n’existe que dans le cadre de l’Etat et par l’effet de sa souveraineté ; qui se veut simple individu pour jouir d’une plénitude de liberté oublie qu’il n’y a pas de droits de l’homme sans la forme juridique d’un Etat.”

Angoisses de riches ?


Deux petits messages aux manifestants français contre le C.P.E.

18.03.06

Bangalore (Inde) - Avril 1992 :

Quand les manifestations de colère ne donnent rien, essayez le
rire.

C’est ce qu’on fait 20 000 fermiers lors d’une manifestation de
rue hier à Bangalore pour demander la démission du gouvernement.

Les 2 000 policiers armés présents n’ont pas bougé. ” Il n’y a
pas de loi contre le rire
“, a commenté le Chef de la Police locale
.” (Source : la presse).

De Hans-Robert Jauss :

Il y a trois possibilités :

Si on est intelligent et au Parti, on n’est pas sincère.

Si on est sincére et au Parti, on n’est pas intelligent

Si on est sincère et intelligent, on n’est pas au Parti.”


Un petit chef d’oeuvre d’ineptie

17.03.06

Chaque année, à l’approche du Forum de Davos, la Fondation suisse Gallup International (à but non lucratif…) réalise et publie un sondage international intitulé “Voice of the People” (”La Voix du Peuple”), destiné à “informer” les “global leaders” du Forum Economique Mondial sur l’état de l’opinion. Ce sondage, qui interroge 50 000 personnes dans 62 pays, est présenté comme reflétant l’opinion de 2 milliards de personnes.

A la question “Pensez-vous que 2006 sera meilleur que 2005 ?”, le record d’optimisme vient …d’Afrique avec 57 % d’optimistes (les plus pessimistes proviennent d’Europe Centrale et de l’Est avec 30 %).

Les trois pays les plus optimistes sont le Vietnam (75%), la Chine (75%), le “UN Kosovo” (sic) avec 73 %. Parmi les plus pessimistes, on trouve la France à 43%, loin derrière la Bosnie (54%) et la Serbie(47%).

D’autres questions suivent : ” Quel est le plus important probleme du monde d’aujourd’hui ?” - Pensez-vous que les nations riches doivent apporter plus d’aide financière aux pays pauvres ?” - “Diriez-vous que votre pays est gouverné par la volonté du peuple ?” - ” Diriez-vous que votre pays est gouverné par des grands intérêts centrés sur eux-mêmes, ou bien au bénéfice du peuple ?”

On croirait lire les questions d’un sondage préparatoire à l’Assemblée Nationale annuelle de la République Populaire de Chine. Mais non … n’oublions pas la question No 7 : ” Pensez-vous que la politique étrangère américaine a un impact positif, négatif ou pas d’impact sur votre pays ?”…

Vous voulez connaître les méthode des sondages ? La Fondation vous donne la liste de ses “correspondants”, dans chacun des 62 pays, auxquels vous devez vous adresser directement.

On croit rêver quand on entend que ce sondage, divulgué la veille de l’ouverture du Forum de Davos, revêt une quelconque importance aux yeux des puissants de ce monde. Mais vous avez deviné, évidemment, que ce n’est pas un sondage d’opinion, c’est un sondage pour l’opinion.

Remarquez, si on savait le nombre de chefs d’Etats qui consultent régulièrement leurs voyantes…

Vous allez voir que d’ici quelque temps, une nouvelle campagne de communication battra son plein pour nous convaincre que les sondages - aussi scientifiques que les tests de l’Eglise de Scientologie - reflétent mieux les désirs “du peuple” que les élections…

Mais qui donc ont-ils choisi de sonder en Afrique ?


Demain, la classe moyenne à 300 euros par mois ?

14.03.06

A St Petersbourg (Russie), vous pouvez rencontrer une assistante sociale qui, après 3 ans d’études supérieures, gagne 150 euros par mois. Votre ambition dans la vie ?” - “Partir aux USA”.

Au Bangladesh, un médecin bengali, après six ans d’études, vit avec sa famille grâce à un salaire de 300 euros par mois. “Votre ambition dans la vie ?” - ” Partir aux Emirats”.

Au Kosovo, un maître de conférences de l’université de Pristina, en fin de carrière, gagne 300 euros par mois. Un véritable savant, pourtant. Les ambitions de son fils, qui ne voit pas l’intérêt de faire des études pour gagner cette misère : ” Monter un commerce, légal ou illégal”.

A Madagascar, une administratrice d’école gagne 80 euros par mois. Ambition ? - Garder mon job.

Dans le monde d’aujourd’hui, et dans quantité de pays, la classe moyenne, c’est une famille au revenu mensuel d’environ 300 euros par mois.

Même si on pense que le “Contrat de Première Embauche” proposé aux étudiants français serait une porte d’entrée sur un marché du travail, du genre “quelque chose est mieux que rien” (chacun, après tout, doit mettre le pied quelque part et faire ses preuves), comment ne pas sympathiser avec celles et ceux qui refusent une perspective de travail dont la précarité est inscrite dans la loi, sous prétexte de leur donner une chance ?

Le monde qui s’avance est un monde de pays pauvres, où une partie de la population quitte l’enfer de la misère et de la survie pour une pauvreté moins infernale, avec un début d’autonomie et donc de dignité ; de l’aute côté, dans beaucoup de pays riches, une partie de la population se précarise avec le risque de sombrer dans une forme de misère, peut-être moins voyante, mais tout aussi déséspérante. Et le pedigree des diplômes d’études supérieures n’est plus une garantie d’emploi.

Comme si une sorte de ré-équilibrage s’opérait insensiblement au niveau mondial…

Comme si le tiers monde n’était déjà plus une notion géographique, mais une ligne de partage (si l’on ose dire) qui traverse désormais tous les pays.

La nouvelle définition du tiers monde, c’est : un tiers de riches, un tiers de classe moyenne, un tiers de pauvres. Comme si une société, aujourd’hui, n’avait plus besoin de tous ses membres pour se développer. Et le tiers de la population qui n’arrive pas à suivre sera l’affaire (et le gagne-pain) des associations religieuses, caritatives ou humanitaires.

Goerges W.Bush avait été très clair dans le discours inaugural de son premier mandat : Notre politique sera libérale et compassionnelle.”

Des questions ?


“Globalia” et “Syriana” sont en bateau

12.03.06

Lu quelque part que le son “a” est le plus universel, celui que l’on entend dans toutes les langues que la terre peut porter. Il n’est, paraît-il, que de voir le nombre de “a” dans les titres des oeuvres écrites ou cinématographiques à visée “globale”, comme on dit aujourd’hui.

Toujours est-il que parmi les oeuvres incontournables emportées sur l’“Abrincate”, vous devriez - toutes affaires cessantes - vous précipiter sur ce qui suit :

“Globalia”, de Jean-Christophe Ruffin (Ed.Gallimard). Au fil des “vraies-fausses” invraisemblances, parfois très drôles, d’une fiction prenante qui nous projette dans les décennies à venir, le livre vous tombe sur le nez toutes les dix pages, et vous vous dites : ” mais, palsembleu, nous y sommes déjà !!!” Vous ne pourrez plus ensuite gober les “news” comme avant, celles d’un monde ” où l’eden de l’un pèse l’enfer de mille”, et où “notre voracité à avaler le leurre” nous instille “une langue molle (…) qui ne nourrit que ses fabricants faussaires”.

Ces dernières citations sont extraites d’un petit livre de poèmes, “Sermons Joyeux”, de Jean-Pierre Siméon (Ed. Les Solitaires Intempestifs - www.solitairesintempestifs.com) : celui intitulé ” Au vrai chic parisien - Diatribe contre les revenus de tout” mérite d’être lu à haute voix, puis ruminé en silence - ce qui est un des privilèges du navigateur solitaire.

Enfin, si vous voulez comprendre pourquoi vous ne comprenez pas grand-chose aux enjeux qui agitent la planète, courez voir le film “Syriana”, avec Georges Clooney. Ne croyez pas être moins intelligent-e que les autres en ne saisissant pas spontanément les liens entre les personnages et situations qui se succèdent sans transition autour de la planète. Après les tourbillons du plongeon dans le chaos de l’intrigue, on voit progressivement apparaître les vraies plaques tectoniques des forces en présence. Le cynisme stratégique des multinationales pétrolières n’a d’égal que celui des manipulateurs de jeunes kamikazes, et celui de la C.I.A. apparaît presque banal…

“Globalia, Syriana, même combat” (cinq “a” en quatre mots…)


De la tectonique des générations en histoire contemporaine

11.03.06

En 1949, Mao-Tsé-Toung instaure la République Populaire de Chine. En 1967, il lance la Révolution Culturelle en lâchant les Gardes Rouges - la nouvelle génération qui n’a pas connu l’ancien régime - à l’assaut des campagnes et à la chasse aux intellectuels, avec le “Petit Livre Rouge” en mains. Entre les deux dates : 18 ans.

En 1953, le Shah d’Iran engage une réforme profonde de la société avec Mossadegh. En 1979, l’ayatollah Khomeiny déchaîne les nouvelles générations sur des valeurs radicalement nouvelles. Entre les deux dates : 26 ans.

En 1963, l’Algérie devient indépendante. En 1991, l’état de siège est proclamé, suivi, en 1992, de l’état d’urgence et de la dissolution de l’Assemblée nouvellement élue, composée de nombre d’islamistes plutôt étrangers au socialisme de feu Boumedienne. Entre les deux dates : 28 ans.

En France, en 1945, les fondements de la reconstruction sont largement inspirés du gaullisme. En 1969, De Gaulle est remercié à l’occasion d’un référendum suivant de peu les émeutes étudiantes de 1968, dont un des slogans était : “Il faut chasser le Vieux de l’Elysée” (j’en suis témoin, j’étais dans la manif…). Entre 1945 et 1969 : 24 ans.

Toujours en France, en 1981, Mitterrand arrive au pouvoir avec la génération de 1968, laquelle, 10 ou 12 ans après avoir …fini ses études, s’est mise au travail en investissant - assez naturellement - tous les échelons de la société. Entre 1958, date de l’élection de De Gaulle (la génération de la Résistance) et 1981, date de l’élection de Mitterrand, son opposant de toujours : 23 ans.

Et nous voici en France en 2006, c’est à dire 25 ans après 1981 : la génération de 1968 qui a voulu - et parfois réussi à - réformer la société de croissance et de consommation arrive à la retraite…

Une nouvelle génération se fait entendre, à l’occasion d’un “Contrat de Première Embauche” (qui n’en mérite peut-être pas tant). Même si cette génération est largement mondialisée dans sa tête, elle a aussi le sentiment que la société n’a plus nécessairement besoin de tous ses membres pour fonctionner. Ceux qui n’ont aucun espoir d’en profiter se réfugient dans des identités communautaires, brûlent les gymnases, les voitures des voisins de l’immeuble et autres symboles de ce à quoi - en réalité - ils aspirent.

Voilà : nous y sommes. Les échéances de 2007, en France, seront bien autre chose que des élections. Un nouveau chapitre va s’ouvrir, mais sur quelles valeurs mobilisatrices ? Mesdames et Messieurs les candidat-e-s, commencez par écouter - en n’oubliant pas que “la fonction de l’idéologie est d’abord une fonction de dissimulation”, que le peuple français est d’abord un peuple de passions, mais que l’immense majorité des gens est cependant prête pour des temps difficiles, si nécessaire, à condition d’avoir, dans tous les domaines, le sentiment authentique de la justice.


L’”Abrincate” en girouette

9.03.06

“Si vous tenez à penser, préparez-vous à souffrir” (Stanley Cavell)

Pas envie de souffrir aujourd’hui. L’“Abrincate” (voir billet du 3 mars) n’avance pas. Ou plutôt il avance dans tous les sens : il tourne au gré des tourbillons du vent, les vagues attaquent de tous les côtés. Comme on dit parfois : ” plus tu navigues moins vite, moins tu avances davantage…” Il faut regarder la boussole presque en permanence. Et comme disait le regretté Edgar Faure… qui s’y connaissait en navigation, “ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent”. Le gouvernail automatique devient fou. Il faut y aller soi-même et tenir ferme le manche, des deux mains. Pas le temps ni l’envie de penser, ne serait-ce qu’à cause des claquements de la voile sur le mât. Laisser aller les idées, les images, comme celle de l’alcyon, cet oiseau de légende qui avait pour particularité de construire son nid au creux de la vague… en pensant à cette réflexion de Julia Kristeva : ” Un homme qui n’a point de demeure fixe n’est nulle part étranger”.


Droits de l’enfant : les malentendus d’une “posture”

8.03.06

“Les droits de l’homme sont une invention purement moderne, liée à l’instauration de la subjectivité en posture de fondement”. On laissera à Mr Luc Ferry, philosophe et ancien ministre français de l’éducation, le bénéfice du doute sur le parfum de suspicion que suggèrent les mots “invention” et “posture“, ce dernier n’étant jamais très éloigné de son compère, l’imposture.

Les droits de l’homme - que l’on devrait définitivement appeler les “droits humains” - sont le résultat péniblement conquis de l’interminable litanie des souffrances humaines. Plusieurs dizaines de Conventions internationales les ont codifiées, dont la plupart depuis la Deuxième Guerre Mondiale : autant dire que leur statut de référence juridique est toute récente dans l’histoire de l’humanité. Les droits humains sont une forme comme une autre de mondialisation : les normes internationales sont un instrument de dialogue international, et devant lesquelles les pays - et les cultures - ont des obligations à la fois légales et égales.

Dans le domaine spécifique des droits de l’enfant, l’idée que la subjectivité de l’enfant en constitue le fondement pourrait être source de malentendus et d’erreurs aux conséquences parfois désastreuses. La Convention relative aux Droits de l’enfant (1989) décrit beaucoup plus les obligations des familles, des institutions et de l’Etat qu’elle n’accorde de droits individuels à l’enfant, lesquels ne peuvent en aucune manière être opposables aux règles de la vie sociale et du respect de la famille : inutile de prétendre que désormais un mineur peut refuser d’aller à l’école, d’être vacciné ou s’engager dans une secte. Ni même qu’un enfant peut se prévaloir de ses “droits” pour refuser l’autorité des parents ou pour insulter ses professeurs.

A l’inverse, la notion de droits de l’enfant ne doit pas être utilisée, comme prétexte - même de bonne foi - pour lui imposer un poids de responsabilités qu’il/elle ne peut supporter, selon son âge et sa maturité.

Un enfant a ses richesses, et comme tout être humain, il a aussi ses perversités. L’idée que les droits de l’enfant couronnent “l’enfant-roi” est un non-sens. Seuls les pédophiles idéalisent l’enfance.