De la tectonique des générations en histoire contemporaine
En 1949, Mao-Tsé-Toung instaure la République Populaire de Chine. En 1967, il lance la Révolution Culturelle en lâchant les Gardes Rouges - la nouvelle génération qui n’a pas connu l’ancien régime - à l’assaut des campagnes et à la chasse aux intellectuels, avec le “Petit Livre Rouge” en mains. Entre les deux dates : 18 ans.
En 1953, le Shah d’Iran engage une réforme profonde de la société avec Mossadegh. En 1979, l’ayatollah Khomeiny déchaîne les nouvelles générations sur des valeurs radicalement nouvelles. Entre les deux dates : 26 ans.
En 1963, l’Algérie devient indépendante. En 1991, l’état de siège est proclamé, suivi, en 1992, de l’état d’urgence et de la dissolution de l’Assemblée nouvellement élue, composée de nombre d’islamistes plutôt étrangers au socialisme de feu Boumedienne. Entre les deux dates : 28 ans.
En France, en 1945, les fondements de la reconstruction sont largement inspirés du gaullisme. En 1969, De Gaulle est remercié à l’occasion d’un référendum suivant de peu les émeutes étudiantes de 1968, dont un des slogans était : “Il faut chasser le Vieux de l’Elysée” (j’en suis témoin, j’étais dans la manif…). Entre 1945 et 1969 : 24 ans.
Toujours en France, en 1981, Mitterrand arrive au pouvoir avec la génération de 1968, laquelle, 10 ou 12 ans après avoir …fini ses études, s’est mise au travail en investissant - assez naturellement - tous les échelons de la société. Entre 1958, date de l’élection de De Gaulle (la génération de la Résistance) et 1981, date de l’élection de Mitterrand, son opposant de toujours : 23 ans.
Et nous voici en France en 2006, c’est à dire 25 ans après 1981 : la génération de 1968 qui a voulu - et parfois réussi à - réformer la société de croissance et de consommation arrive à la retraite…
Une nouvelle génération se fait entendre, à l’occasion d’un “Contrat de Première Embauche” (qui n’en mérite peut-être pas tant). Même si cette génération est largement mondialisée dans sa tête, elle a aussi le sentiment que la société n’a plus nécessairement besoin de tous ses membres pour fonctionner. Ceux qui n’ont aucun espoir d’en profiter se réfugient dans des identités communautaires, brûlent les gymnases, les voitures des voisins de l’immeuble et autres symboles de ce à quoi - en réalité - ils aspirent.
Voilà : nous y sommes. Les échéances de 2007, en France, seront bien autre chose que des élections. Un nouveau chapitre va s’ouvrir, mais sur quelles valeurs mobilisatrices ? Mesdames et Messieurs les candidat-e-s, commencez par écouter - en n’oubliant pas que “la fonction de l’idéologie est d’abord une fonction de dissimulation”, que le peuple français est d’abord un peuple de passions, mais que l’immense majorité des gens est cependant prête pour des temps difficiles, si nécessaire, à condition d’avoir, dans tous les domaines, le sentiment authentique de la justice.

21.02.07 à 18:45
[...] L’élection ne se jouera pas tant sur le chiffrage des programmes que sur la question de savoir avec qui les Français accepteront les sacrifices nécessaires, “donnant-donnant“, à condition qu’ils aient le sentiment de justice - et d’un minimum de probité de leurs élus. De l’air, de l’air… Il devient urgent de nettoyer les écuries d’Augias de la politique française grâce à une nouvelle génération de responsables, qui fera aussi ses erreurs, qui, à la longue, aura aussi ses brebis galeuses… mais le renouvellement est vital pour toute société : 1981-2007 = 26 ans, une génération. [...]
26.04.08 à 22:01
[...] rôle du père. ” Chasser le vieux de l’Elysée” était un slogan récurrent. La grille d’analyse générationnelle est la matrice de ces évènements, au-delà de toutes les idioties qui ont pu être dites, sur les [...]