“Le reste muet de la politique” (Michel Foucault)

29.04.06

A ceux qui dénigrent ou ironisent sur le mouvement altermondialiste, tout en louant “le caractère irremplaçable de la société civile” ;

A ceux qui vitupèrent les O.N.G. qui se prendraient pour les “nouveaux maîtres de la société compassionnelle” et qui refuseraient de “se soumettre à la question” parce qu’elles ne sont pas élues par les gens qu’elles prétendent défendre (Alain Minc, “Epître à nos nouveaux maîtres”) :

“Il y a une citoyenneté internationale qui a ses droits, qui a ses devoirs, et qui engage à s’élever contre tout abus de pouvoir, quel qu’en soit l’auteur, quelles qu’en soient les victimes. Après tout, nous sommes tous gouvernés et à ce titre, solidaires.

“Parce qu’ils prétendent s’occuper du bonheur des sociétés, les gouvernements s’arrogent le droit de passer au compte du profit et des pertes le malheur des hommes que leurs décisions provoquent ou que leurs négligences permettent.

C’est un devoir de cette citoyenneté internationale de toujours faire valoir aux yeux et aux oreilles des gouvernements les malheurs des hommes dont il n’est pas vrai qu’ils ne sont pas responsables.

Le malheur des hommes ne doit jamais être le reste muet de la politique. Il fonde un droit absolu à se lever et à s’adresser à ceux qui détiennent le pouvoir.

Il faut refuser le partage des tâches que, très souvent, on nous propose : aux individus de s’indigner et de parler, aux gouvernements de réfléchir et d’agir. C’est vrai : les bons gouvernements aiment la sainte indignation des gouvernés, pourvu qu’elle reste lyrique.

Je crois qu’il faut se rendre compte que très souvent ce sont les gouvernements qui parlent, ne veulent et ne peuvent que parler. L’expérience montre qu’on peut et qu’on doit refuser le rôle théâtral de la pure et simple indignation qu’on nous propose.(…)

La volonté des individus doit s’inscrire dans une réalité dont les gouvernements ont voulu se réserver le monopole. Ce monopole qu’il faut arracher peu à peu chaque jour.

Michel Foucault (”Dits et écrits“)

Ou encore :

“(…) nous sommes du parti de peuples décimés et affamés
des expatriés des chassés des humiliés
pour qui l’espoir violent
est ce qui reste sous la dent
et gardez vos rires dans la gorge
c’est là un aliment souvenez-vous
qui nourrit bien le muscle de la canaille

(…)
il est une autre sagesse
celle des favelas des bidonvilles
des territoires occupés des centres de rétention
des boat people des peuples sans lieux et sans bouches
une sagesse incommode et virulente
qui sait de combien de cadavres on paie l’espoir
mais de combien aussi on paie
la soumission raisonnable à l’ordre des choses
c’est au nom de cette sagesse sévère
qui n’a d’autre alternative
que le sommeil gras des repentis
que nous revendiquerons
face aux contempteurs des lendemains
aux déçus de tous les ismes
aux postmodernes maniaco-dépressifs
un espoir aguerri

(…)
quand vous entendrez la jeunesse rechanter ses rêves,
passez votre chemin
Franz Kafka vous l’a dit un jour
une fois pour toutes :
“Quand on n’est pas capable
de donner du courage
on doit se taire”
.

Jean-Pierre Siméon (” Sermons Joyeux - Diatribe contre les revenus de tout” - Ed. Les Solitaires Intempestifs)

Et s’il en était encore besoin :

“Si l’on ouvrait la marmite du monde, sa clameur ferait reculer le ciel et la terre.
Malheurs contemporains, hurlements étermels des tourmentés d’hier, dont la douleur hurle encore en leur nom. Car la terre ni le ciel, ni aucun d’entre nous, n’a vraiment mesuré l’étendue des détresses de l’humanité.

Et notre premier voeu, c’est la conscience.
Conscience d’hommes debout. Non parce qu’ils en ont la force et les moyens, mais parce qu’ils sont las, assis au désastre du monde, d’avoir devant eux une tête, un chapeau, une bonne raison qui les empêchent de voir.

Le second voeu, c’est le mouvement.
Mouvement d’hommes debout, l’oeil limpide, qui se mettent en marche vers la clameur du monde, pour regarder dans la marmite.

Le troisième voeu, c’est l’action.
Ce n’est pas tout d’être debout, même en marche, à se frotter les mains. Etre, c’est agir.
Larme à l’oeil est stérile, qui coule sur soi-même, n’illumine personne et n’assaisonne rien.
Sans prétendre à l’”amour” qui demanderait plus, ni se satisfaire d’une bienfaisance, qui se contente de peu.

Seule une goutte de justice.”

Edmond Kaiser - 1960 - fondateur de “Terre des hommes ” et de “Sentinelles“)


Disparition d’enfants, par centaines, en Europe

28.04.06

Dès qu’un enfant, dans nos villages, disparaît sur le chemin de l’école, l’alerte immédiate est générale - à juste titre - dans les médias, chez les autorités, avec diffusion de la photo de l’enfant aux frontières, dans les commissariats, chez les commerçants,etc.

Il y a cependant une catégorie d’enfants qui, en Europe, disparaissent par centaines sans que cela n’émeuve personne : l’O.N.G. irlandaise “Irish Refugee Council” vient de lancer une alerte le 27.04.06 concernant la disparition de 260 mineurs étrangers en demande d’asile, des institutions publiques où les autorités les avaient placés.

Invraisemblable ? Non, car plusieurs pays attestent, parfois même avec des statistiques officielles, de la réalité de ce scandale, dans plusieurs pays de l’Union Européenne (Autriche, Grèce, France, Espagne,etc)

Des mineurs étrangers “non-accompagnés” sont placés dans les institutions publiques, d’où ils disparaissent, soit par fugue, soit parce qu’introduits dans le pays par des réseaux familiaux ou de trafiquants, ils sont récupérés par ces derniers, à la faveur du caractère ouvert ou semi-ouvert de ces institutions, et en général au cours de la procédure administrative d’asile. Certains d’entre eux disparaissent tout simplement après un refus des autorités de leur attribuer le statut de réfugié. Réaction des autorités ? “Dossier clos” (ouf).

C’est tout de même un comble que dans un monde alerté dans les 24 heures de la détection d’un canard victime de la grippe aviaire sur une plage du Sri-lanka, on s’accomode de la disparition de centaines d’enfants à nos portes… Va-t-il falloir mandater l’O.M.S. pour retrouver ces enfants ?

“Evidemment “, ce sont des étrangers (et alors ?), des mineurs qui n’ont pas, selon leur âge et leur maturité, les capacités de s’exprimer, de comprendre tous les éléments de procédure, de se défendre, et donc dociles et exploitables à volonté. Personne ne les réclamera, d’autant plus qu’il est souvent difficile de connaître leurs identité et âge réels: leur placement coûte cher, et finalement tout le monde est soulagé de les voir disparaître de la circulation.

On en vient à se demander si le meilleur moyen de faire disparaître des enfants est de les placer dans les institutions publiques chargées de les accueillir… Le pire n’est pas toujours sûr - mais le pire est possible. Certains mineurs tentent leur chance dans un pays voisin, d’autres survivent quelque temps dans la clandestinité. D’autres…

Nous vivons dans un contexte mondialisé, où tout est fait pour faciliter la circulation des biens et capitaux, où l’on ferme, même pour quelques minutes seulement, un tronçon d’autoroute pour un transfert important de fonds, mais où l’on s’accomode de la disparition de centaines d’enfants qui dérangent tout le monde, ce dont personne ne se plaindra, sous prétexte qu’on ne peut pas à la fois demander une sécurisation maximum et refuser leur incarcération - tout aussi inacceptable.

Des pistes sont pourtant possibles :

Il est urgent d’instituer un statut européen de mineur non-accompagné qui enclanche immédiatement une procédure de protection systématique, ce qui est une obligation légale des Etats qui ont ratifié la Convention relative aux Droits de l’enfant ;

Les institutions de placement doivent être conçues et adaptées à ce genre de situation spécifique, avec un personnel formé à l’accueil, au suivi et à la réhabilitation de ces mineurs.

Il n’y aura jamais de garantie absolue contre les fugues, et il est clair que l’optique de travail doit inclure la possibilité de retour dans le pays d’origine. Mais devant cette situation intolérable - déni de réalités - l’Etat, s’il ne peut avoir l’obligation de résultats, a cependant l’obligation de moyens.

Et dans cette Europe qui porte haut et fort, urbi et orbi, l’oriflamme des droits humains et des droits de l’enfant, tout vaut mieux que ce “lâche soulagement”.

Si les Etats ne veulent pas reconnaître cette réalité, ni le fait que l’absence automatique de statut de protection crée les conditions de l’exploitation clandestine de ces mineurs - parce qu’ils n’ont pas le choix - faudra-t-il aller jusqu’à engager une procédure pénale internationale pour y parvenir ?


Deux petites “leçons de choses”…

27.04.06

” Il était une fois trois individus :
Chacun, Quelqu’un et Personne.
Un beau jour, une mission importante devait être accomplie.
Chacun pensait que Quelqu’un le ferait.
Et quoique Chacun le put, Personne ne le fit.
Chacun s’en trouva fâché.
Parce que c’était la tâche de Chacun.
Et maintenant que Personne ne l’avait fait,
Chacun pensait que Quelqu’un aurait pu le faire.
Mais Personne n’avait réalisé
que Chacun ne voulait pas le faire.
A la fin, Chacun accusa Quelqu’un
parce que Personne ne faisait
ce que Chacun aurait pu faire.”

(Auteur inconnu)

Entre
ce que je pense,
ce que je veux dire,
ce que je crois dire,
ce que je dis,

ce que vous voulez entendre,
ce que vous entendez,
ce que vous croyez comprendre,
ce que vous voulez comprendre,
et ce que vous comprenez,

il y a au moins neuf possibilités de ne pas s’entendre.

Apprenons à communiquer…

(Auteur inconnu)


Le “tsunami” des blogs

26.04.06

Un des moteurs de recherche pour blogs, Technocrati, signale la naissance de 40 000 blogs….par jour.

Que se passe-t-il vraiment ? Des nuées d’études sociologiques et psychologiques sont probablement en cours. Sans oublier que les commerçants accourent en masse…

Quelques impressions, en vrac.

D’abord le chiffre de 2 400 000 blogs d’adolescents n’est pas le plus surprenant : à l’âge des premiers émois de la vie, des questions sur sa propre identité, des difficultés de communication, et parfois de la difficulté d’exister, le blog permet d’exprimer ce qui s’est, de tous temps, consigé sur les journaux intimes. Les adultes y voient beaucoup de pusillanimité, souvent d’indigence, sinon de niaiseries. Mais après tout, cela ne gêne personne, sauf qu’on peut se demander, sur ce nombre de blogs, combien de parents savent que leurs enfants animent un blog ? Et combien de jeunes connaissent les risques de ce qu’ils prennent pour une communication confidentielle, alors que les blogs sont des sites publics ?

Parmi les blogs d’adultes, beaucoup de blogs politiques, avec une mention spéciale à la lutte anti-Sarkozy… On n’y trouve, en général, que ce que l’on peut lire dans tous les journaux, mais en langage oral, supposé plus authentique… D’inutiles marées noires de discours, qui pour dire un malaise, qui pour évacuer de la négativité, cette dernière étant considérée comme critère d’intelligence et de lucidité politiques.

Beaucoup de blogs de passionnés - et donc utiles - de cheval, de macramé, d’informatique ou de cuisine ; quelques magnifiques blogs de poésie, ou de réflexions personnelles, avec un réel effort de qualité et de style, mais souvent trop longs; beaucoup de blogs avec de magnifiques photos personnelles.

Mais plus profondément, ce déluge amène à poser la question : de quels langages sommes-nous entourés, sinon cernés, dans une journée de vie quotidienne pour que les blogs donnent le sentiment de liberté et d’authenticité ?

Pour les jeunes, le langage de l’école ? “il faut travailler pour avoir un travail” (avec le sentiment qu’il n’y en aura pas).

Le langage des parents ? On parle de moins en moins en famille.

Et pour tout le monde ?

Le langage politique : le plus usé de tous les langages, le moins crédible, englué dans l’hypocrisie des discours sur les “valeurs”, les manipulations de statistiques, et la langue de bois - dont le dernier échantillon, la “nouvelle embauche” pendant deux ans, pour les moins de 26 ans, avec au mieux l’équivalent du S.M.I.G, qui n’était qu’une légalisation de la précarité dont les destinataires n’ont pas voulu comprendre qu’il s’agissait d’une “chance”…

Le langage médiatique : un langage fabriqué, mijoté, servi chaud, dont peu de gens sont dupes, tant il est vrai que la soi-disant information n’est que de la communication (et comme dit l’autre : “dans “informer“, il y “former”, et dans “communiquer“, il y “niquer”…). Une réserve cependant pour la radio, qui laisse transparaître parfois le “monde du sous-sol”, et soulève le couvercle de l’expression humaine à l’état brut.

Le langage économique : on nous assène quotidiennement les résultats hebdomadaires, mensuels , trimestriels et annuels des grandes entreprises, de préférence celles qui sont cotées en Bourse (parce que chacun est supposé placer son argent en actions pour être “moderne”), et diffusés de préférence le matin, car il est désormais de notoriété publique que les entreprises envoient leurs communiqués de presse très tôt le matin, pour diffusion dans les éditions matinales…

Le langage intellectuel : inaudible pour beaucoup, et qui confine trop souvent à l’exercice de style.

Le langage international ? très anglo-saxon, très technique, très neutre.

Le langage religieux : abstrait, sinon poétique, qui tourne sur lui-même et n’embraye pas sur l’auditeur ou le lecteur.

Alors, où s’exprimer ? où trouver “un discours qui ne serait pas du semblant ?” (J.Lacan). Où vider son sac ? Internet, donne le sentiment de cumuler l’expression personnelle, la diffusion universelle, la gratuité, et l’ivresse de la “bouteille à la mer”…

C’est tout de même un paradoxe - typique de notre société supposée “hyper-communicante” - que beaucoup de blogueurs aient le sentiment de ne pouvoir s’exprimer personnellement que dans l’anonymat.

Le blog, symptôme du désenchantement narcissique ? Chacun s’enferme sur soi, avec sa technologie, sa feuille blanche et son miroir ? Ou bien au contraire, amorce de vraie révolution, lieu de la future “agora” de l’influence et de la mobilisation collectives ?

Trop tôt pour le dire. Mais pour l’instant, grands dieux, quel déluge…

PS :

- puisqu’on est dans le langage, pourrait-on rappeler à nos communicants médiatiques que l’expression “ceci dit” n’est pas correcte. “Ceci” annonce ce qui va suivre, tandis que “cela” résume ce qui a été dit. Et donc, du point de vue du sens , “ceci dit” est une totale contradiction.

- rencontré un Hollandais qui parlait un français aboslument parfait : il avoue cependant n’avoir jamais compris la logique du sens des mots dans l’expression : ” Pas plus tard qu’hier”. Comment vous y prendriez-vous pour expliquer avec rigueur à un étranger le sens précis, mot à mot, de cette expression ?


Tous à Nuremberg le 11 juin 2006…

23.04.06

“Le philosophe Günther Anders (1902-1992) en était convaincu : notre époque se définit désormais par le fait que l’humanité peut se liquider elle-même à tout moment. (…) Dans “La Menace nucléaire” (Ed. Le Serpent à Plumes), l’auteur développe ce qui deviendra le centre de son oeuvre : comment faire en sorte que le monstrueux cesse de se reproduire sous des formes toujours nouvelles ? Cette hantise l’amènera, dès 1959, à soutenir que nous sommes “la première génération d’opposants à la fin du monde” et qu’il suffirait qu’un petit Hitler se hisse à la tête d’un Etat périphérique pour acquérir “la toute-puissance de faire chanter les autres Etats” (…) Pour l’auteur, qui ne cesse de fustiger “notre paresse face à l’Apocalypse”, le monde dans lequel Auschwitz et Hiroshima furent possibles n’est pas derrière nous. C’est celui qui tend à nous transformer en rouages de la mégamachine et à nous faire perdre tout sens de l’humain. D’où sa fameuse thèse du “décalage prométhéen” : (…) nous devenons de moins en moins capables de concevoir ou d’imaginer ce que nous réalisons et produisons par la technique. Or, ce hiatus constitue “la scandaleuse absence d’essence de l’homme d’aujourd’hui”, son état d’irresponsabilité et ce pour quoi il risque de devenir dangereusement “obsolète”. En cela ces pages doivent surtout être lues comme un appel à la résistance”.

(”Le Monde des Livres”, 21 avril 2006, p.10 - A.Laignel-lavastine)

Le président iranien déclare depuis plusieurs mois qu’“Israël doit être rayé de la carte”, que “la Shoah est une fiction”, tout en annonçant “la conexion de 164 centrifugeuses” pour produire l’uranium nécessaire à l’énergie nucléaire, sans pour autant autoriser qui que ce soit à contrôler qu’il ne s’agit pas de la construction d’armes nucléaires (soit dit en passant : comment prouve-t-on que quelque chose n’existe pas ?). On se rappellera utilement ce qui disait Raymond Aron du nazisme (”quand l’homme veut jouer au loup, il peut faire pire”) et du stalinisme (”qui veut faire l’ange fait la bête”).

Le pire n’est jamais sûr. Mais dans la partie de poker-menteur qui se joue en ce moment, il n’est pas exclu qu’après avoir mis le feu, sous prétexte d’idéologie à forte puanteur de pétrole, Georges W.Bush, pompier-pyromane (ou plutôt l’inverse) ne réussisse, lui aussi, à “nous transformer en rouages de (sa) mégamachine” : si le pire se produit, toute l’humanité éprise de vie et de liberté n’aura pas d’autre survie que de se ranger sous son oriflamme.

Qui disait : “L’Histoire nous apprend que…l’Histoire ne nous apprend rien” ?

Lorsqu’en 1940, les soldats de l’armée nazie bivouaquaient dans les jardins de Normandie, il n’y avait plus de débats possibles sur les avantages et les inconvénients de la Collaboration. Et même au prix de bombardements inouïs des villes normandes et de milliers de victimes dans la population civile française, les soldats américains, britanniques, canadiens, australiens - et quelques soldats français, tout de même - ont été de vrais libérateurs en 1944.

Le présìdent iranien réussira-t-il à faire passer dans l’Histoire le président Georges W.Bush pour un prophète de la survie de l’humanité ?

Toujours-est-il que, dans l’immédiat, ce même président iranien annonce sa venue le 11 juin prochain pour soutenir son équipe nationale dans la Coupe du Monde de football - et qui plus est, à Nuremberg, ce qui ne s’invente pas.

Y aura-t-il un milliard de téléspectateurs devant la télé ce jour-là, ou bien un million de manifestants contre lui dans les rues de Nuremberg ?


Le “fourre-tout” de ce que l’on demande aux O.N.G…

20.04.06

Propos entendus au “zinc” du “Café du Commerce” :

On demande aux O.N.G. :

- d’être politiquement neutres, mais d’être animées par des militants engagés ;

- d’intervenir en urgence, mais d’agir aussi sur les causes profondes des malheurs de l’humanité ;

- de résoudre les problèmes du bon peuple, mais en leur reprochant de s’auto-proclamer et de pas ètre élues ;

- d’aller replâtrer les quartiers que l’Etat abandonne sciemment, mais de ne pas se substituer à l’Etat dans ses obligations ;

- d’aller “sans frontières” promouvoir le droit d’ingérence, mais de respecter la souveraineté des Etats ;

- d’être efficaces dans les 24 heures qui suivent l’émotion générale télévisée, mais de se coordonner préalablement avec les Etats et les autres O.N.G. ;

- de dénoncer les responsables des situations inhumaines, mais d’obtenir leur autorisation pour accéder aux victimes ;

- d’être peut-être les derniers à pouvoir témoigner des pires violations des droits humains par les Etats, mais d’être le dernier rempart de l’Etat face à la mondialisation ;

- d’être le contre-pouvoir de gouvernements inefficaces, mais de ne pas se constituer en “cinquième pouvoir” ;

- de promouvoir l’universalité des droits humains, mais de respecter la diversité des cultures ;

- de soutenir les paysans sans terres du Nordeste du Brésil, tout en leur reprochant d’avoir une vision occidentale du développement ;

- de promouvoir “urbi et orbi” le développement économique, mais selon un mode de croissance largement contesté chez elles ;

- de résoudre le problème de la dette des pays pauvres, mais en leur reprochant de rien comprendre à l’économie ;

- de mener la croisade contre les “faux-nez” du libéralisme économique, mais de se positionner, en bonnes multinationales, sur le marché des donateurs ;

- de travailler avec les paysans du nord du Bangladesh, mais en même temps de savoir présenter un “dossier-béton” au siège de la Banque Mondiale ;

- de se limiter à l’assistance aux victimes, mais de ne pas être le “service après-vente” (d’armes) dans les conflits armés ;

- de poursuivre les bourreaux, mais de ne se substituer ni à la police ni à la justice ;

- d’intervenir dans les orphelinats du Khirgistan, mais aussi parmi les clandestins de la région parisienne ;

- d’être hyper-médiatique pour alerter l’opinion publique, mais de rester sobre, sans jouer aux “charismatiques” ;

- d’être dirigés par des experts à temps-plein de la complexité du monde, mais avec des budgets parfois microscopiques ;

- d’être gérées comme des entreprises (qui, comme chacun sait, ne font jamais d’erreurs…), mais de ne pas raisonner sur des critères purement économiques ;

- de fonctionner de manière professionnelle, mais de ne pas avoir de frais administratifs ;

- d’avoir les capacités et la rapiditié des interventions militaires, mais de fonctionner en scrupuleuse démocratie interne;

- de ne pas gaspiller l’argent dans les congrès internationaux, mais de travailler en réseau ;

- de trouver (toutes) les réponses, mais sans trop (se) poser de questions.

On va se réunir pour en discuter…


Parrainez un enfant du Texas ! ou de Zurich, si vous préférez…

19.04.06

Vous pouvez parrainer un enfant non scolarisé ou malnourri au Texas (Etats-Unis), grâce à l’organisation “Save the children - US”

Vous pouvez aussi soutenir un programme de “Médecins du Monde”, pour familles sans couverture médicale, à Fribourg ou à Zurich (Suisse).

Si ces offres vous intriguent, vous devriez consulter le rapport instructif de l’UNICEF sur “Les enfants pauvres dans les pays riches en 2005“, où l’on trouve des informations détaillées et rigoureuses sur la situation réelle de millions d’enfants concernés dans les pays de l’O.C.D.E. (”organisation internationale des pays industrialisés adeptes de l’économie de marché” ).

Les critères et les indicateurs de pauvreté peuvent évidemment varier d’un pays à l’autre, mais aussi d’une culture à l’autre : ” un enfant vivant dans une famille où cohabitent trois générations se voit allouer une part de chaque retraite perçue”, etc…

” Un enfant gravement privé de ressources du fait d’un parent toxicomane ou alcoolique ne sera pas catalogué comme indigent si le revenu de la famille dépasse un certain pourcentage du revenu médian; inversement, un enfant élevé avec amour par une famille à bas revenus qui fait de considérables sacrifices pour subvenir à ses besoins sera considéré comme vivant dans l’indigence”.

Par ailleurs, la mesure de la pauvreté en termes quasi-exclusivement monétaires et budgétaires ne rend pas compte d’autres réalités, comme l’exclusion, la vulnérabilité ou l’origine étrangère, lesquelles ne recoupent d’ailleurs pas nécessairement la pauvreté des revenus familiaux. Enfin, la pauvreté des enfants dépend aussi de l’affectation des parts de revenus affectés aux besoins des enfants d’une même famille, ce qui ne dépend pas directement des enfants eux-mêmes.

Mais toutes ces réserves figurant dans le rapport de l’UNICEF (p.6,7,10,14 et suivantes) n’en rendent que plus frappantes beaucoup d’informations (avec souces précises) hautement significatives :

Il s’avère :

- que “la conviction largement répandue que la pauvreté des enfants dans les pays riches diminue régulièrement ne correspond nullement à la réalité : la proportion d’enfants vivant dans l’indigence a augmenté dans 17 de 24 pays de l’O.C.D.E. dans les années 1990″ ;

- qu’”aucun pays de l’O.C.D.E. consacrant plus de 10 % du “Produit intérieur brut” (P.I.B.) aux dépenses sociales n’a un taux de pauvreté des enfants supérieurs à 10 %. Aucun pays consacrant moins de 5 % du PIB à de telles dépenses n’a un taux de pauvreté des enfants inférieur à 15 %”.

- que les taux de pauvreté ne découlent cependant pas seulement de l’ampleur de l’aide publique, mais de la façon dont elle est dispensée “ : ne vaudrait-il pas “mieux d’Etat” plutôt que “moins d’Etat” ?

Il semble par ailleurs “que dans les années 1990, la plupart des pays de l’O.C.D.E. aient dévolu l’accroissement de l’aide sociale surtout aux retraites et à la santé” : doit-on en conclure que dans les pays riches, les “transferts sociaux” iront croissant vers les populations de retraités - qui votent et peuvent se constituer en “lobbies” - au détriment des investissements sur les nouvelles générations - qui ne votent pas ?

Il faut lire ce rapport de l’UNICEF : a-t-on les bonnes lunettes pour imaginer le croisement de deux courbes dans les 30 ans à venir : celle des trois miliards d’enfants à naître dans le monde pauvre, et celle du vieillissement accéléré de la population dans les pays riches ?


Enfants et confettis “propres en ordre”, s.v.p.

18.04.06

La fugue de jeunes suisses “difficiles” d’un “centre éducatif”, à l’état sanitaire déplorable, situé quelque part en Catalogne, a suscité une émotion considérable. Les séjours, financés par les parents, étaient placés sous la tutelle des autorités de la Ville de Zurich. Les jeunes dénoncent avoir été maltraités, brutalisés, mis en cage (photo de presse à l’appui) et mal nourris.

Au fil de l’enquête, le doute s’est installé sur la véracité des dires des mineurs-fugueurs : les sévices corporels auraient été commis par les jeunes entre eux.

Quels que soient les faits réels, la simple recherche des responsabilités juridiques ne saurait suffire :

1 - les jeunes aux comportements trop difficiles, même non délinquants, et qui dérangent tout le monde, parents, autorités, écoles, on les envoie loin (en suisse allemand , on dit : ” weg !”) : la Catalogne est d’un chic fou.

2 - le contrôle des autorités publiques sur les conditions de placement de jeunes - qui ne sont pas des délinquants - se résume probablement au contrôle des comptes (quand les comptes sont bons, tout va bien), le reste étant l’affaire de l’association privée, auprès de laquelle la “démarche éducative” a été “externalisée”, et dont le directeur se dit “à la recherche d’actionnaires” (sic). Il faudra s’y faire : on parle désormais du “marché libre des enfants difficiles“…

3 - Si l’enquête révèle que les mauvais traitements ont été le fait des jeunes entre eux, l’image de l’association et des autorités est donc sauve…

Or les fugues et les éventuelles fausses déclarations des jeunes devraient être considérées comme les symptômes de dysfonctionnements graves. Il n’est aucunement choquant, par principe, qu’une autorité publique fasse appel aux services d’une association privée. Mais externaliser la démarche éducative suppose que le contrôle … existe. L’actualité des dernières années a suffisamment révélé l’ampleur des risques de mauvais traitements, de négligences, voire d’abus sexuels, dans les institutions s’occupant d’enfants et de jeunes.

Cet “incident” n’est probablement qu’un des symptômes d’une société qui se débarrasse de ses troublions le plus loin possible, en noyant toute responsabilité dans des considérations juridiques et budgétaires “satisfaisantes”, et si possible à plus de deux mille kilomètres. Cela participe du même raisonnement que de faire disparaître les “fins de droits” des statistiques du chômage, d’interdire la mendicité, et de voir s’évanouir dans la nature des mineurs non-accompagnés à qui on refuse l’asile (pour ensuite se plaindre de les retrouver dans les trafics de drogue) … Merci de bien vouloir disparaître.

A part ça, à l’autre bout de la Suisse, la République et Canton de Genève dispose, paraît-il, d’une loi sur la couleur des confettis (dernier paragraphe de l’interview): dans les manifestations populaires, seuls sont autorisés à la vente les sacs de confettis à couleur unique, pour ne pas que des maraudeurs ramassent les confettis usagés et multicolores et les revendent dans d’autres pochettes improvisées.

Quand la Suisse sera membre de l’Union Européenne, les choses entreront en ordre.

Et les jeunes difficiles, même non délinquants, on les enverra au Burkina-Faso ou en Patagonie.


Satan et les statues

17.04.06

Elie Wiesel raconte parfois que dans le camp de concentration d’où il a survécu, des prisonniers, abasourdis par leurs conditions de “vie”, et présumant le destin qui leur était réservé, décident de faire … le procès de Dieu. Juges, procureur, jury, avocats s’improvisent. Le plaidoyer du prisonnier qui assure la défense de Dieu se révèle particulièrement bouleversant et efficace. Au terme du procès, les jurés prononcent … l’acquittement de Dieu. On demande alors à l’avocat de Dieu comment il s’y est pris pour le défendre aussi brillamment : ” Je me suis mis à la place de Satan…”

Y a-t-il allégorie plus pertinente de l’ambivalence d’une humanité qui se débat avec ses propres démons intérieurs et peut à la fois, individuellement et collectivement, se projeter dans l’idéal et commettre le pire ?

L’Europe des Lumières et l’Europe de la Shoah…

La Statue de la Liberté et la prison d’Abou Graïb…

L’espoir d’une société communiste et le Goulag…

L’intransigeance de l’Eglise catholique sur la morale sexuelle et les centaines de prêtres poursuivis pour pédophilie…

L’Islam, une des civilisations les plus raffinées, et l’égorgement des otages au nom d’Allah …

Etc,etc…

Dans la sphère politique, n’oublions pas qu’il était, en France, de la couleur d’extrême-gauche, au début du XX ième siècle, de partir en Afrique pour “civiliser les colonies” (relire les discours de Jean Jaurès, qui était pourtant anti-militariste), elles-même conquises, quelques décennies auparavant, au prix de massacres inouïs, sans oublier de remonter à la période de l’esclavage.

On pourrait y ajouter plus récemment, les hurlements de l’extrême-droite française, dans les années 1950-60, pour conserver l’Algérie française et sauvegarder l’empire français, qui se transforment, cinquante ans ans plus tard en racisme anti-maghrébin…

C’est fou ce qu’une idée peut passer de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, et inversement, en l’espace de deux ou trois générations…

Dans la litanie historique des perversions de l’idéalisme, il ne faudrait pas que la promotion des droits humains, de par son succès de discours universel et sa cohorte de conventions internationales, ne devienne aussi une statue dont le socle est rongé par les rats.

L’action humanitaire est une des formes contemporaines de mondialisation, où quantité d’anonymes font oeuvre remarquable, désintéressée, efficace et respectueuse des cultures et de l’identité des “bénéficiaires”.

Mais il se trouve malheureusement des brebis galeuses, qui, par exemple, sous prétexte d’idéal humanitaire, créent des programmes d’enfants des rues pour coudre patiemment des réseaux de pédophilie, ou même des acteurs humanitaires qui monnayent l’aide alimentaire contre des services sexuels dans des camps de réfugiés.

Qui veut faire l’ange fait la bête…” (Blaise Pascal)

Dans un monde où l’image idéale tient lieu de conviction, le combat pour les droits humains ne doit pas devenir une idéologie. “La fonction de l’idéologie est une fonction de dissimulation” (Edgar Morin ?).

Personne, ni aucun pays, ni aucune religion, ni aucun pouvoir impérial ne peuvent prétendre avoir la vérité sur les droits humains, et comme disait Albert Camus : “On commence toujours par vouloir la justice et on finit toujours par créer une police“. Les Etats-Unis ont raison de dénoncer les violations des droits humians individuels en Chine, mais la Chine a raison de dénoncer l’absence totale de sécurité médicale et sociale pour quarante millions d’Américains…

Les droits humains ne seront promus, défendus, mis en oeuvre que par ceux qui précisément y ont droit. “Globalisez, oui, mais par le bas” est un des slogans du Forum Social Mondial où chaque année, des milliers d’acteurs et de petites organisations expérimentent des formes d’action, même à petite échelle, pour mettre en oeuvre les droits que les Etats ont ratifié à tour de bras depuis soixante ans.

Dès que les acteurs de la promotion des droits humains et l’idéal humanitaire se prennent pour un pouvoir ou un enjeu de conquête du pouvoir, il se pervertissent. Dans tous les domaines,il y a ceux qui “se payent de mots” et ceux qui “payent les mots cassés“…

Et pourtant … on retrouve ici la même ambivalence dans le rôle de l’Etat, qui est à la fois, par son pouvoir, source et garant du droit de chacun. Il peut en être le principal fossoyeur, alors qu’il n’y a pas de droits humains sans Etat pour les faire respecter.

Si le christianisme survit de millénaire en millénaire, c’est certainement parce qu’il “connaît son monde”…


Une pause avec Woody Allen

16.04.06

“A Los Angeles, ils ne jettent pas leurs ordures. Ils en font des émissions de télévision.”

“Si l’univers est en pleine expansion, pourquoi je n’arrive pas à trouver une place de parking ?”

“Je laisse encore un an à mon analyste, et ensuite je vais à Lourdes”.

“Il existe des choses bien plus graves dans la vie que la perspective de la mort, comme passer une soirée avec un courtier en assurances.”

“Si Dieu n’existe pas, j’ai payé ma moquette trop cher”.

“Je ne crois pas à la vie après la mort, quoique j’ai toujours avec moi des sous-vêtements de rechange.”

“Pour certains, je suis athée. Pour Dieu, je suis dans l’opposition”.

“Non seulement Dieu n’existe pas, mais essayez donc de trouver un plombier pendant le week-end”.

“On n’a jamais vu un aveugle dans un camp de nudistes”.

“Quand j’entends trop Wagner, ça me donne envie d’envahir la Pologne”.

“J’ai pris quelques cours de lecture rapide et j’ai lu “Guerre et Paix” en vingt minutes : ça parle de la Russie.”

“Mes films sont une sorte de psychanalyse, sauf que c’est moi qui suis payé, ce qui change tout”.

“La célébrité m’a apporté un gros avantage : les femmes qui me disent non sont plus belles qu’autrefois”.

“J’ai été expulsé du lycée pour avoir triché pendant un examen de métaphysique : je lisais dans les pensées de mon voisin”.

L’avantage d’être intelligent, c’est qu’on peut toujours faire l’imbécile, alors que l’inverse est totalement impossible”.