“Le reste muet de la politique” (Michel Foucault)
29.04.06A ceux qui dénigrent ou ironisent sur le mouvement altermondialiste, tout en louant “le caractère irremplaçable de la société civile” ;
A ceux qui vitupèrent les O.N.G. qui se prendraient pour les “nouveaux maîtres de la société compassionnelle” et qui refuseraient de “se soumettre à la question” parce qu’elles ne sont pas élues par les gens qu’elles prétendent défendre (Alain Minc, “Epître à nos nouveaux maîtres”) :
“Il y a une citoyenneté internationale qui a ses droits, qui a ses devoirs, et qui engage à s’élever contre tout abus de pouvoir, quel qu’en soit l’auteur, quelles qu’en soient les victimes. Après tout, nous sommes tous gouvernés et à ce titre, solidaires.
“Parce qu’ils prétendent s’occuper du bonheur des sociétés, les gouvernements s’arrogent le droit de passer au compte du profit et des pertes le malheur des hommes que leurs décisions provoquent ou que leurs négligences permettent.
C’est un devoir de cette citoyenneté internationale de toujours faire valoir aux yeux et aux oreilles des gouvernements les malheurs des hommes dont il n’est pas vrai qu’ils ne sont pas responsables.
Le malheur des hommes ne doit jamais être le reste muet de la politique. Il fonde un droit absolu à se lever et à s’adresser à ceux qui détiennent le pouvoir.
Il faut refuser le partage des tâches que, très souvent, on nous propose : aux individus de s’indigner et de parler, aux gouvernements de réfléchir et d’agir. C’est vrai : les bons gouvernements aiment la sainte indignation des gouvernés, pourvu qu’elle reste lyrique.
Je crois qu’il faut se rendre compte que très souvent ce sont les gouvernements qui parlent, ne veulent et ne peuvent que parler. L’expérience montre qu’on peut et qu’on doit refuser le rôle théâtral de la pure et simple indignation qu’on nous propose.(…)
La volonté des individus doit s’inscrire dans une réalité dont les gouvernements ont voulu se réserver le monopole. Ce monopole qu’il faut arracher peu à peu chaque jour.“
Michel Foucault (”Dits et écrits“)
Ou encore :
“(…) nous sommes du parti de peuples décimés et affamés
des expatriés des chassés des humiliés
pour qui l’espoir violent
est ce qui reste sous la dent
et gardez vos rires dans la gorge
c’est là un aliment souvenez-vous
qui nourrit bien le muscle de la canaille
(…)
il est une autre sagesse
celle des favelas des bidonvilles
des territoires occupés des centres de rétention
des boat people des peuples sans lieux et sans bouches
une sagesse incommode et virulente
qui sait de combien de cadavres on paie l’espoir
mais de combien aussi on paie
la soumission raisonnable à l’ordre des choses
c’est au nom de cette sagesse sévère
qui n’a d’autre alternative
que le sommeil gras des repentis
que nous revendiquerons
face aux contempteurs des lendemains
aux déçus de tous les ismes
aux postmodernes maniaco-dépressifs
un espoir aguerri
(…)
quand vous entendrez la jeunesse rechanter ses rêves,
passez votre chemin
Franz Kafka vous l’a dit un jour
une fois pour toutes :
“Quand on n’est pas capable
de donner du courage
on doit se taire”.
Jean-Pierre Siméon (” Sermons Joyeux - Diatribe contre les revenus de tout” - Ed. Les Solitaires Intempestifs)
Et s’il en était encore besoin :
“Si l’on ouvrait la marmite du monde, sa clameur ferait reculer le ciel et la terre.
Malheurs contemporains, hurlements étermels des tourmentés d’hier, dont la douleur hurle encore en leur nom. Car la terre ni le ciel, ni aucun d’entre nous, n’a vraiment mesuré l’étendue des détresses de l’humanité.
Et notre premier voeu, c’est la conscience.
Conscience d’hommes debout. Non parce qu’ils en ont la force et les moyens, mais parce qu’ils sont las, assis au désastre du monde, d’avoir devant eux une tête, un chapeau, une bonne raison qui les empêchent de voir.
Le second voeu, c’est le mouvement.
Mouvement d’hommes debout, l’oeil limpide, qui se mettent en marche vers la clameur du monde, pour regarder dans la marmite.
Le troisième voeu, c’est l’action.
Ce n’est pas tout d’être debout, même en marche, à se frotter les mains. Etre, c’est agir.
Larme à l’oeil est stérile, qui coule sur soi-même, n’illumine personne et n’assaisonne rien.
Sans prétendre à l’”amour” qui demanderait plus, ni se satisfaire d’une bienfaisance, qui se contente de peu.
Seule une goutte de justice.”
Edmond Kaiser - 1960 - fondateur de “Terre des hommes ” et de “Sentinelles“)
Publié par Bernard Boeton
