Non, non et non…à la “légalisation de la pédophilie”…

31.05.06

Libération du 31.05.06 annonce la création d’un “nouveau parti pédophile aux Pays-bas”, visant à “légaliser la pornographie enfantine et du sexe entre adultes et enfants”, à faire “disparaître la notion d’âge du consentement“, etc…

On connaissait déjà les sites Internet promouvant ” le droit de l’enfant à l’amour”… parfois enrobés de charabia humanitaire (“Vaut-il mieux laisser un enfant du tiers monde vivre dans la décharge publique ou l’accueillir chez soi, et lui apporter l’amour dont il a besoin ?”).

Sans sur-réagir à cette information par une quelconque croisade morale ou religieuse, ce qui n’est pas ici le propos. mais :

- A-t-on déjà entendu un-e adulte affirmer qu’ayant eu des relations sexuelles dès l’âge de 8 ans avec son oncle ou sa tante, son instituteur-trice ou son chef de choeur, qu’il-elle n’en gardait que des bons souvenirs et qu’il-elle vivait une sexualité adulte plus épanouie que les autres ? Qu’entend-on dans les interviews des victimes à la sortie des procès de pédophiles ? Des hauts-le-coeur d’injustice ? Des protestations d’amour ? Jusqu’à présent, on n’a entendu que des histoires de traumatismes, de violences, voire de suicides, et parfois vingt ou trente ans plus tard.

- Si toutes les sociétés humaines ont, de manière quasi-universelle, défini dans leur législation la notion de minorité d’âge comme “ la capacité relative de discerner, de s’exprimer et de se défendre “, ce qui fonde l’existence même d’une justice des mineurs distincte de celle des adultes, cette notion serait-elle légitime, et de bon sens, pour tous les actes de la vie, à l’exception de sa dimension la plus intime ?

- Les initiateurs de ce nouveau parti ont-ils entendu parler des adolescents prostitués - pour survivre - et qui, par exemple face aux campagnes de prévention du SIDA, répondent : “ je m’en fiche, ma vie n’a pas plus d’importance que ma mort ? “

- Si l’âge du consentement - et donc de la majorité sexuelle - n’est effectivement pas celui de la majorité civile, il est pourtant établi dans la loi que la différence d’âge entre les partenaires ne doit pas dépasser un certain nombre d’années (qui veut varier selon les pays). S’il n’y a plus d’âge de consentement, tout est donc possible entre n’importe quel adulte et n’importe quel enfant, et tous les chantages affectifs - et pécuniaires - seront possibles. Il ne restera plus qu’à légaliser la prostitution des mineurs, après celle des adultes, et le tour sera joué.

On pourrait alors lire, comme en été 1995, dans un article rédactionnel d’un magazine français florissant (condamné en 1997 par la 17 ème Chambre Correctionnelle du Tribunal de Paris), mais cette fois en toute impunité : ” On vit dans une société surper-stressante où l’on ne peut pas dire et faire ce que l’on pense - il est normal d’avoir des envies de viol et de torture” (avec photos de mineurs) ou encore :” A Fortaleza (Brésil), 3000 enfants de 6 à 11 ans satisfont les Gringos”, avec mention des lieux et des tarifs.

On ne manquera pas alors de se dire choqués d’entendre d’autres cultures dénoncer la décadence des pays riches (mais riches de quoi ?) : s’il est vrai que les autres cultures ne sont pas en reste en matière d’exploitation de l’enfant, on ne sache pas que ce soit inscrit dans la loi. De toute façon, un crime n’en justifie pas un autre.

Il faut bien se dire que, depuis quelques années, la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants ne concerne pas seulement des auteurs de crimes qui “savent ce qu’ils font“. Il s’agit ici d’une tout autre dimension : un des fondateurs du parti mentionné affirme “Les tabous et les dogmes ne font qu’aggraver la peur et l’intolérance”... Le combat à mener est donc aussi une lutte “idéologique”, au sens où l’on voit se développer, comme une traînée de poudre sur Internet, des “argumentaires” pour la liberté sexuelle avec des enfants, pour leur bien-être, et en termes de droits, etc…

Inutile de rétorquer que ce nouveau parti ne demande pas la légalisation de la pédophilie (ce qui serait répréhensible). Si, comme le disait le philosophe polonais Leszek Kolakowski : ” L’ordre politique légal n’a pas pour but de nous édifier, mais d’éviter le pire”, ce que la loi n’interdirait plus, elle le permettrait donc implicitement.

Tout cela est pi-to-ya-ble…


De mes yeux vu (1)

29.05.06

MAURITANIE : vers 1986, mission médicale d’urgence autour de Magta-Lahjar, en raison de la sécheresse. Des centaines d’enfants menacés par une épidémie de rougeole.
Circuit en Land-Rover dans les campements nomades pour contrôler les enfants et participer à la prévention. Le temps du trajet ne compte pas, on vit au rythme du soleil et de la chaleur : on suit les traces des véhicules précédents, passés hier, il y a trois jours ou il y a une semaine, peu importe…
Après trois dunes de sable, un campement de nomades Maures.

Accueil de curiosité, simple contrôle de la malnutrition des enfants… mais demande insistante des familles de contrôler aussi la santé des anciens : ” Si nous perdons nos vieux parents, nous perdons notre mémoire…”.
Avec nos raisonnements d’Occidentaux, le travail terminé, on range les affaires et on se prépare à grimper de nouveau des dunes pour atteindre d’autres campements :la rentabilité du travail oblige. Pas question ! Dans le désert, lorsque des étrangers arrivent dans un campement, et quel qu’en soit le motif, ils doivent prendre un repas et passer la nuit, sinon c’est une insulte… Il faut boire le “zrig“, manger le riz et le mouton.
Dans les campements nomades, quand on n’a plus rien, on a encore - et toujours - quelque chose pour l’étranger de passage.
Comment serait accueilli un Mauritanien arrivant à l’improviste dans un village européen ?

Sur le trajet du retour “au camp de base”, voulu faire le malin et prendre le volant en suivant nos traces de la veille, tandis que le chauffeur est relégué à la place du passager. Puis soudain… plus de traces… Un vent de sable s’est levé : on ne voit plus grand-chose. Le chauffeur mauritanien, probablement vexé mais ne le montrant pas, se met au volant. Muet, il démarre et roule à moins de 20 km/h en faisant un cercle restreint sur lequel il passe et repasse une dizaine de fois, tout en regardant fixement l’horizon, puis subitement quitte le cercle en disant à voix basse : ” C’est par là”…

BURKINA-FASO : retour en Europe avec un enfant atteint d’une cardiopathie congénitale grave, détectée à temps. Possibilité d’une intervention chirurgicale avec diagnostic très favorable, impossible dans son pays, suivie du retour dans sa famille après l’opération et la convalescence en Europe. Issu d’une famille de paysans pauvres, ce garçon, âgé de 4 ans, est accompagné de son père, plutôt âgé, depuis son village jusqu’à la capitale, avant de rejoindre l’aéroport. Pendant le trajet en voiture (une centaine de kilomètres de piste), pas un seul mot du père.
Passage au bureau pour prendre le dossier, discuter des formalités et de tout le nécessaire de voyage. Toujours pas un seul mot du père. On prend la route de l’aéroport, avec le garçon et son père. Toujours pas un seul mot du père. Arrivée à l’aéroport, on ré-explique au père toute la procédure en détail, pensant qu’il s’inquiétait, bien qu’ayant bien compris et approuvé depuis longtemps ce transfert de la “dernière chance” pour son fils. Toujours aucune réaction.
Au moment de passer le contrôle des passeports, et donc au dernier moment de la séparation, le père nous prend le bras, calmement, mais avec une émotion soudainement visible, nous demande : ” Vous êtes sûr que vous connaissez bien la route ?”

RWANDA : visite de la prison de Gitarama, un an après le génocide de 1994. Huit mille hommes, dans la grande cour centrale de la prison, debout sous un soleil accablant. Lorsqu’il y a un “trou” dans la foule, c’est qu’il y a un évanoui…ou un mort. On se passe le malade (ou le mort) sur les têtes, de bras en bras.
On traverse la cour en diagonale. Une seule obsession : regarder où l’on marche pour ne pas marcher sur des pieds. Un prisonnier se faufile vers nous et nous crie : ” C’est ça, vos droits de l’homme ?”.


Arrivé au seuil d’un des bâtiments qui encerclent la cour centrale, descente d’un escalier, avec de chaque côté, des hommes en haillons, soit debout contre les murs, soit accroupis de chaque côté de l’escalier, pour laisser passer les visiteurs. Là encore, faire attention de ne pas marcher sur d’autres pieds. En bas de l’escalier, à droite, une porte s’ouvre : le quartier des mineurs, celui des moins de 18 ans, accusés de complicité de génocide. Une cinquantaine de matelas entassés verticalement le long d’un mur. Les mineurs sont assis par terre, en silence.
Un adulte (un génocidaire ?) nous demande : “Je fais un peu de scolarisation en écrivant sur le mur, mais je n’ai ni cahier, ni crayons. Pourriez-vous nous en faire parvenir ?”

Sorti de la prison et de cet enfer, sur le chemin extérieur, une image pour le moins contrastée : une jeune et jolie blonde est assise, seule, sur un tronc d’arbre. Sur son corsage, l’emblème de la Croix-Rouge Internationale : ” Bonjour, ….euh…sachant que le principe de la Croix-Rouge est la visite des prisonniers, seul et sans témoin… ici, comment vous faites ?” Silence… Puis réponse avec un regard et un sourire à la fois d’ironie et de désespoir : ” Ici… on ne fait pas…”

Retour à Kigali. Rendez-vous avec le Ministre de la Justice pour discuter d’une alternative à la prison pour les mineurs. Echo a priori favorable, mais il ajoute ” Vous savez, avant le génocide, j’animais une association ruandaise de défense des droits de l’homme, mais dès que je suis devenu ministre, j’ai considéré qu’il fallait en mettre le plus possible en prison pour les sauver du massacre et des vengeances villageoises…”

THAILANDE : en 1983, visite des camps de réfugiés cambodgiens de Non San et Non Samet, près de la frontière du Cambodge. Distribution de nourriture. le responsable du Programme Alimentaire Mondial : ” Ici, on distribue des rations alimentaires uniquement aux femmes âgées de plus de 15 ans et statistiquement on sait que les besoins alimentaires de tous les membres des familles seront assurés. Un des grands problèmes, c’est l’oisiveté des hommes, depuis six mois, un an ou deux ans…”

SUISSE : Gare de Lausanne, un samedi matin de 2005, vers onze heures, heure d’affluence. Une dame âgée, mais vivace, plutôt forte, avec un foulard noué autour de la tête, parcourt les couloirs d’un pas décidé, voire rapide, en s’arrêtant quelques dizièmes de seconde à chacune des cabines téléphoniques, aux machines de change, et aux guichets automatiques de vente de billets de train.
Partout, elle glisse furtivement la main avec agilité pour voir si des gens ont laissé de la petite monnaie. Le plus étonnant, c’est le regard totalement indifférent au brouhaha qui l’entoure, sans aucune honte, gêne, ou volonté de dissimuler ses intentions, tout en circulant de manière déterminée. Visiblement, elle connaît par coeur chaque millimétre des moindres endroits où des gens sont susceptibles d’avoir oublié ou négligé de prendre la petite monnaie restante. En moins d’une minute, elle avait “fait” une dizaine de cabines téléphoniques.
Personne ne la gêne ni ne réagit. Les gens ont évidemment compris tout aussi vite : on a le sentiment d’être sûr que personne n’oserait la dénoncer… La dénoncer pour quoi ? De toute façon, elle serait déjà loin…

A suivre…


Qu’est-ce que la dignité humaine ?

26.05.06

Dans l’innombrable litanie des mots et expressions qu’on emploie couramment, il en est quelques-uns dont l’impact émotionnel, communément partagé, occulte cependant la difficulté de les définir avec un minimum de précision.

Sans pour autant prétendre limiter la perception de ce qui est “contraire à la dignité humaine” (malheureusement sans limites…), quelques auteurs se sont risqués à proposer une définition, ici ou là, comme suit :

“Tout a ou bien un prix ou bien une dignité.
On peut remplacer ce qui a un prix par son équivalent.
En revanche, ce qui n’a pas de prix, et donc pas d’équivalent,
c’est ce qui possède une dignité.”

(Emmanuel Kant)

“Il y a négation de l’humain là où, sous une forme ou sous une autre, il y a atteinte intentionnelle à ce qu’on appelle la dignité humaine, c’est à dire ce qui permet à un être humain de se faire valoir comme être de sang, de s’élever au-delà de sa réalité simplement biologique, de prononcer une parole qu’il puisse vraiment assumer, en laquelle il puisse vraiment se dire.”

(Extraits de “Le crime contre l’humanité” - Ouvrage collectif sopus la direction de Mireille Delmas-Marty)

“L’élément matériel du crime d’atteinte à la dignité des personnes requiert que la victime ait été à ce point humiliée que toute personne raisonnable serait offensée, et son élément moral, que l’auteur ait agi intentionnellement. Pour ce qui est de ce dernier élément, il n’est pas nécessaire que l’auteur ait eu l’intention spécifique d’humilier ou d’avilir la victime, mais il doit avoir eu conscience que c’était là une conséquence prévisible et raisonnable de ses actes. ” (…)

(Extrait du jugement de la Chambre de Première Instance du 25.06.99 dans l’affaire Aleksovski - Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie).

Si des internautes ont d’autres lumières…


Apprenez à décrypter votre Direction…

25.05.06

En gras : ce que dit la Direction
En italique : ce que vous pouvez vous amuser à comprendre

” C’est très intéressant.”
” Je m’en fous.”

” Je ne dis pas non”.
“Je ne suis pas d’accord.”

” Je ne suis pas totalement en désaccord avec vous.”
” Vous avez peut-être raison, mais je m’en fous.”

” Vous devez faire montre d’un peu de flexibilité.”
” Vous devez le faire, que vous le vouliez ou non.”

” Nous avons une occasion unique.”
” Vous avez un problème.”

” Ceci vous a manifestement demandé beaucoup de travail.”
” C’est effroyable, un truc aussi nul.”

“Aidez-moi à comprendre.”
” Je ne sais pas de quoi vous parlez,
et je ne pense pas que vous le sachiez vous non plus.”

” Vous ne comprenez pas ce qu’est notre job.”
Nous ne comprenons pas ce qu’est notre job.”

” Mon opinion est faite.
Je suis déterminé sur le sujet.
Il n’y a plus de points à discuter.
Mais si vous voulez en parler,
ma porte est toujours ouverte.”

” Boucle-la et tire-toi.”

” J’apprécie votre contribution.”
” Casse-toi.”

” Nous allons suivre une méthodologie stricte.”
” Vous allez le faire à ma façon.”

” Je n’ai pas bien compris l’e-mail
que vous dites m’avoir envoyé.
Pouvez-vous me résumer ce qu’il disait ? “

” Je n’ai toujours pas compris
comment me servir du logiciel de messagerie.”

” Il va falloir être flexible.”
” Vous allez travailler le week-end.”

” Nous voulons que vous soyez le chef de ce projet.”
” Je veux pouvoir vous infliger la responsabilité de mes erreurs.”

” Il faut prendre la décision en commun.”
” Le morceau est trop gros, et je veux que les risques soient répartis.”

” Il va falloir laisser parler le marketing.”
” On va s’asseoir sur l’éthique.”

” Ce n’est pas possible et ça ne marchera jamais.”
” Je ne sais pas comment faire.”

” Je ne vous mentirai jamais.”
” …parce que la vérité changera fréquemment.”

” C’est évolutif.”
” Vous vous débrouillerez le moment venu.”

(Auteur inconnu)

A quoi l’on peut s’amuser à ajouter ceci :

” Dans une organisation, il n’est jamais nécessaire que des idées circulent de bas en haut, puisque l’absence de pensée se répand si facilement de haut en bas, par l’effet de sa propre pesanteur. ” (Jacques Neyrinck - “La révélation de l’ange”.)

Diriger est un art difficile…


René Char hermétique ? Non, lu-mi-neux…

24.05.06

“On ne se bat bien que pour les causes qu’on modèle soi-même et avec lesquelles on se brûle en s’identifiant. “ (63)

“Mettre en route l’intelligence sans le secours des cartes d’état-major” (125)

“Nous n’appartenons à personne sinon au point d’or de cette lampe inconnue de nous, inaccessible à nous qui tient éveillés le courage et le silence” (5)

“Toute l’autorité, la tactique et l’ingéniosité ne remplacent pas une parcelle de conviction au service de la vérité.” (10)

“Ils se laissent choir de toute la masse de leurs préjugés ou ivres de l’ardeur de leurs faux principes.(…) les convaincre qu’à partir d’un certain point l’importance des idées reçues est extrêmement relative et qu’en fin de compte “l’affaire” est une affaire de vie et de mort et non pas de nuances à faire prévaloir au sein d’une civilisation dont le naufrage risque de ne pas laisser de trace sur l’océan de la destinée (…). (3 8)

“N’étant jamais définitivement modelé, l’homme est receleur de son contraire. Ses cycles dessinent des orbes différents selon qu’il est en butte à telle solliciation ou non.” (55)

“L’acquiescement éclaire le visage. Le refus lui donne la beauté.” (81)

“Viendra le temps où les nations sur la marelle de l’univers seront aussi étroitement dépendantes les unes des autres que les organes d’un même corps, solidaires en son économie. Le cerveau, plein à craquer de machines, pourra-t-il encore garantir l’existence du mince ruisselet de rêve et d’évasion ? L’homme, d’un pas de somnambule, marche vers les mines meurtrières, conduit par le chant des inventeurs…” (127)

“L’action qui a un sens pour les vivants n’a de valeur que pour les morts, et d’achèvement que dans les consciences qui en héritent et la questionnent” (187)

“Etre du bond. N’être pas du festin, son épilogue.” (197)

(Extraits numérotés de “Feuillets d’Hypnos”, écrits pendant la Résistance (1943-1944), in “Fureur et mystère” - Gallimard)

René Char a refusé toutes les interviews. Il fut un des rares à avoir éconduit Bernard Pivot…
Des diamants de cette sorte, effectivement, cela ne se commente pas…


Esclavage moderne = Crime contre l’humanité ?

22.05.06

L’esclavage, sous la forme des traites négrières des siècles passés, a été qualifié, à juste titre de crime contre l’humanité. Or dans les textes officiels des Nations Unies, on parle fréquemment des formes contemporaines d’esclavage : y aurait-il des différences de nature entre ce qu’était un crime contre l’humanité il y a 3 ou 4 siècles et certaines réalités d’aujourd’hui ?

Que ce soit l’enrôlement des enfants dans les conflits armés, la promotion de la prostitution des enfants sur Internet, les multiples formes de travail forcé, domestique ou non, dans le cadre de la servitude pour dettes, le transport de jeunes filles à l’étranger pour prostitution après leur avoir soustrait leur passeport, etc… la liste est longue de réalités contemporaines où la contrainte, la perte d’identité, l’abolition de tous les droits, sont organisés de manière planifiée et sytématique.

LArticle 7 (alinéa 2- C) des statuts de la Cour Pénale Internationale, définit ainsi une des formes du “Crime contre l’humanité” : ” Par réduction en esclavage, on tend le fait d’exercer sur une personne l’un ou l’ensemble des pouvoirs liés à la propriété, y compris dans le cas de la traite des êtres humains, ne particulier des femmes et des enfants à des fins d’exploitation sexuelle”.

Or, on trouve dans un ouvrage de Kevin Bales ” Disposable people - New slavery in the global economny”, la comparaison suivante :

Ancien esclavage : legal ownership asserted - propriété légale avérée
Nouvel esclavage : legal ownership avoided - propriété légale évitée

Ancien esclavage : high purchase cost - prix d’achat élévé
Nouvel esclavage : very low purchase cost - prix d’achat très bas

Ancien esclavage : low profits - profits minimes
Nouvel esclavage: very high profits - profits très élevés

Ancien esclavage: long-term relationship - lien durable
Nouvel esclavage: short-term relationship - lien à court terme

Ancien esclavage: slaves maintained - les esclaves restent esclaves
Nouvel esclavage: slaves disposable” - les esclaves sont “jetables”

Ancien esclavage: ethnic differences important - l’origine ethnique est importante
Nouvel esclavage: ethnic différences not important - l’origine ethnique est secondaire.

Lorsqu’on sait qu’aucun texte de droit - repeat : aucun texte - ne prévoit que la notion de Crime contre l’humanité doive être strictement réservée aux situations de conflits armés (même si, dans la réalité, cette notion n’est utilisée que dans les procès de criminels de guerre), pourquoi faut-il donc que, dans l’histoire du droit et de la perception collective des réalités, il faille toujours attendre que les crimes soient commis - et attendre 50 ans, un ou plusieurs siècles - pour que les crimes soient qualifiés pour ce qu’ils sont vraiment ?


De la fréquentation des aéroports

21.05.06

Les aéroports sont désormais les seuls lieux au monde où, quelque soit son rang social, ses moyens économiques, et ses pouvoirs en tous genres, chacun-e est tenu-e d’abolir tout libre-arbitre, toute initiative individuelle et toute responsabilité personnelle. La prise en charge est totale, que vous voyagiez en “business class” ou en “classe bétail”. Quelques compensations sont supposées adoucir la dé-responsabilisation : les boutiques hors-taxes sont affriolantes, les hôtesses sont charmantes, et les écrans TV autour des bars (devenus non-fumeurs) vous abreuvent d’images passées en boucle de tous les attentats terroristes possibles et imaginables, ce qui ne peut que vous convaincre d’accepter toutes sortes de contrôles, de vos chaussures, de vos bagages, de vos boucles de ceintures, etc,etc…

Vous avez aussi le temps de regarder les autres passagers. Les équipes d’hommes d’affaires se repèrent immédiatement : le supérieur hiérarchique, c’est celui qui ne regarde pas les autres dans les yeux…

Et puis il y a les incidents … qui alimentent abondamment les soirées entre expatriés. Chacun a ses histoires d’avion. En voici quelques-unes, vécues au cours des pérégrinations de l’Abrincate :

- à Kathmandou, après une heure de queue dans une chaleur humide suffocante, arrivée au guichet pour s’entendre dire : “Yes, there is a flight, but there is no plane” (“Oui, il y a un vol, mais il n’y a pas d’avion”);

- à Nairobi, escale vers Madagascar. Le Boeing 747 se positionne en bout de piste pour le décollage. L’avion fait rugir ses moteurs et roule sur la piste, et subitement, en pleine vitesse, juste avant de lever le nez, l’avion freine de toutes ses forces pour s’arrêter en bout de piste. Commentaire du pilote : “ Un vol d’oiseaux s’est pris dans un réacteur : j’ai eu 5 secondes pour décider de décoller ou non ; j’aurais pu voler avec un moteur en moins, mais je n’ai pas voulu prendre de risques”. On sort de l’avion. Stupéfaction : les 16 pneus du 747 sont à plat. Commentaire du pilote : ” Dès qu’un freinage d’urgence est impératif, il y a un système de sécurité qui dégonfle tous les pneus pour augmenter la puissance de freinage”. Résultat : deux jours d’hôtel avec piscine, aux frais de la compagnie, le temps de faire venir 16 pneus de rechange pour Boeing 747…

- au sud du Tchad, au début des années 1980, rencontre avec deux vieilles religieuses françaises au coeur d’une région victime de sécheresse et de tensions ethniques. Une des religieuses, presque octogénaire, quitte la table et annonce : ” Bon, je vais porter le courrier à l’aviation”. Rien que dans cette formulation, on croyait voir arriver Mermoz ou Saint-Exupéry;

- au Bangladesh, dans les années 1980, vol intérieur Dhaka-Saidpur, dans un Fokker 27 de 45 places avec moteurs à hélice. Trente minutes après le décollage, l’avion est pris dans une tempête quasi-cyclonique. Frayeur générale, turbulences violentes. Vomissements, cris, appels au secours, etc… L’avion fait un piqué tout en virant sur la gauche dans un angle serré. Comme disait Erica Jong : ” Lorsqu’un avion traverse une zone de turbulences, l’athéisme devient une notion abstraite”…Retour à Dhaka, puis nouveau départ trois heures plus tard : il n’y avait plus que trois passagers.

Si vous avez quelques bonnes anecdotes aériennes, et à condition qu’elles soient courtes, n’hésitez pas à les mentionner dans les commentaires.

23.05.06 : commentaire d’un blogueur


Arrosez, arrosez, il en restera toujours quelque chose …

21.05.06

Lu dans “Courrier International” (No 810 -mai 2006) à propos du conflit du Darfour :

(…) ” En mettant sur la table quelques centaines de millions de dollars, les négociateurs américains ont donc obtenu à l’arraché, le 5 mai dernier, un accord de paix entre le gouvernement du Soudan et le principal mouvement rebelle du Darfour.(…) On soulignera que les morts sont morts et qu’ils sont nombreux, peut-être 150 000. Quant aux quelques 2 millions de personnes déplacées, elles mettront des mois, voire des années avant de retrouver leur territoire et une vie normale.(…) Il n’y a dans cet accord ni justice, ni vérité, ni réconciliation entre tribus arabes ou arabisées qui se sont affrontées.(…) Rien n’est prévu non plus au sujet de la propriété de la terre. (…) Si l’argent occidental peut servir au moins à payer les miliciens et les empêcher de faire de nouvelles razzias…” (Extrait de l’éditorial de Philippe Thureau-Dengin)

Est-ce une “parole verbale” ou est-ce réellement ainsi que se terminent les conflits ? On ne saura jamais le contenu réel des transactions conclues pour terminer un conflit, comme d’ailleurs pour trouver une issue à une prise d’otages. Lorsque la haine est devenue collective, elle est catalysée par des leaders qui, derrière les belles paroles et les négociations de paix (pendant des mois et des mois… Milosevic et Karadzic dans un grand hôtel de Genève…), s’enrichissent de la transgression des embargos, tout en se faisant fort de mettre fin au conflit moyennant à la fois des sommes rondelettes sur leurs comptes personnels avec, en prime, la garantie de l’impunité.

On se souviendra que la guerre du Liban, qui a duré 15 ans, s’est terminée par la constitution d’un gouvernement où tous les chefs de clans qui s’entretuaient, se sont retrouvés ministres, avec probablement des bugdets significatifs et un asséchement des approvisionnements en armes (achetés avec l’argent de la drogue cultivée dans la vallée de la Bekaa). On se souviendra aussi de la fin du conflit en Bosnie où la Republika Serbska s’est soudainement mise à table pour négocier le système politique et institutionnel toujours en vigueur.

Il y avait d’ailleurs d’étranges similitudes entre Beyrouth et Sarajevo … Dans les deux cas, les commentaires abondaient d’analyses sur les “carrefours des civilisations occidentale et orientale“, de “guerre civile, politique, religieuse et ethnique“, d’aéroport “ouvert, puis fermé, puis ré-ouvert” au cours de la même journée, et de “milices incontrôlées“. Et dans les deux cas, l’hôtel “Holiday Inn ” était la cible privilégiée des combats.

On peut aussi se souvenir d’analyses faisant état de lobbies d’armenent qui parcouraient la planète pour détecter les situations de conflits potentiels, comme d’autres font leurs “études de marchés”.

Pendant ce temps, les populations civiles payent le prix fort et vivent comme des rats dans les camps de réfugiés, parfois pendant des années.

Arroser de centaines de millions de dollars permet peut-être, à court terme, d’arrêter le massacre, mais en aucun cas de traiter les causes des conflits : la seule instance internationale en mesure de prendre - et de faire appliquer des décisions - l’O.N.U., est noyautée par des pays qui ont leur droit de veto au Conseil de Sécurité.

Il est “poignant” de voir les USA qualifier la situation au Darfour de génocide, demander que les auteurs des crimes soient traduits devant la Cour Pénale Internationale (que par ailleurs … ils récusent avec acharnement) tout en se souvenant de Bill Clinton faisant escale a Kigali (Rwanda) et qui lors d’une conférence de presse au pied de la passerelle de “Air Force One” (pour remonter la passerelle dès la fin du discours), s’excusait de ne pas avoir, en 1994, qualifié la situation de génocide (ce qui aurait obligé la “communauté internationale” à intervenir, selon la Charte des Nations Unies).

Et en même temps, entendre Georges W.Bush dire que le rétablissement de la démocratie en Irak est en bonne voie - les 50 à 100 morts par jour dans les attentats de Bagdad n’étant évidemment que des broutilles “collatérales”…Qu’attend-il pour verser 20 millions de dollars à chaque chef de clan sur un compte bancaire aux Bahamas ? Que les contrats soient signés entre le nouveau gouvernement irakien et les compagnies pétrolières ?

Vous allez voir que dès que le nouveau gouvernement irakien sera en place, le président Bush annoncera le retrait progressif des troupes américaines, mais sans forcément ajouter que les contrats pétroliers auront été préalablement signés avec “un gouvernement souverain”. Et ça tombera - pile - en pleine campagne pour les élections intermédiaires de novembre 2006…

On parie combien ?

Dernière minute : “arrosage” pour libération d’otages ocidentaux - voir article du “Monde” - 22.05.06


Petites pensées printanières

16.05.06

“La seule définition du pouvoir que je connaisse,
c’est la peur de le perdre”.

(E.Kaiser)

“Celui qui a besoin d’un protocole n’ira jamais loin”.
(Diderot)

” La guerre est une affaire d’adolescents”.
(extrait du courrier d’un soldat américain
parachuté le 6 juin 1994 en Normandie)

“Pourquoi les objecteurs de conscience ne sont-ils tolérés
que s’ils ont des motifs religieux ? “

(Firedrich Durrenmatt)

“Il est aussi difficile pour un individu que pour un pays
d’être confronté à soi-même et à son histoire :
il faut se trouver des ennemis, ou des excuses”.

(Friedrich Durrenmatt)

“L’optimiste transforme les crises en opportunités,
le pessimiste transforme les opportunités en crises”

(?)

“La gentillesse n’est pas un critère de compétence,
pas plus que la passion n’est un critère de vérité”.

(?)

“Si vous m’avez compris, c’est que je me suis mal expliqué”.
(Henry Kissinger)

“L’avantage d’être pris pour un con,
c’est que les gens ne se méfient pas”.

(Johnny Halliday)


Le nouveau “Conseil des Droits de l’homme”

16.05.06

D’abord une minuscule anecdote : en 1987, la fonction de Président de la Confédération Helvétique était occupée, cette année-là, par Mr Pierre Aubert, Ministre des Affaires Etrangères, qui nous fait une petite remarque au détour de la conversation :
” Vous n’imaginez pas le nombre de situations humanitaires individuelles que nous pouvons résoudre comme Chef d’Etat, en s’adressant directement à d’autres Chefs d’Etat, mais à une seule condition : ne pas en faire état publiquement.”

Ensuite, lors de la Conférence des Nations Unies sur les Droits de l’homme en 1993 à Vienne, le Premier Ministre de Singapour de l’époque commence son intervention par cette “parabole” (Document des Nations Unies : A/CONF.157/PC/63/Ass.28):

“Je prendrai l’image d’un bateau qui prend l’eau sur lequel sont entassés des passagers malades, en proie à la faim. Le bateau est sur le point de dériver vers des eaux perfides, des eaux qui engloutiront nombre d’entre eux. Le capitaine les traite souvent durement, parfois il est juste avec eux, parfois il ne l’est pas. Sur le rivage se tient un groupe d’observateurs riches, bien nourris et bien intentionnés. Dès qu’ils voient le capitaine donner le fouet à l’un des passagers, le mette aux fers ou même le priver de son droit à la parole, ils montent à bord et s’interposent. Mais ils ne font rien pour apaiser la faim des passagers et soigner leurs maux. Si ceux-ci tentent de nager jusqu’au rivage pour se placer sous la protection de leurs bienfaiteurs, ils sont ramenés avec fermeté sur le bateau, toujours en proie à la faim et à la maladie. Ce n’est pas une vision abstraite, c’est exactement ce que vivent les Haïtiens.”
(…) Lorsque j’ai tenté, lors de séminaires données à l’Université de Harvard, de m’élever contre le concept de l’applicabilité universelle de la démocratie, des droits de l’homme ou de la liberté de la presse, j’ai découvert que ces valeurs étaient pour ainsi dire “taboues” et que nul n’avait le droit de les contester. Pis encore, on m’a regardé avec condescendance, on m’a raillé, on m’a tourné en dérision. L’ opinion communément admise était qu’un Asiatique ne pouvait s’inscrire en faux contre ces concepts que dans l’intention de cacher les manquements de son gouvernement”.

Au-delà de ces anecdotes, la question actuelle est de savoir si le nouveau Conseil des Droits de l’homme (qu’il faudra bien un jour appeler “des droits humains”) est un simple ravalement de façade de l’ancienne formule, ou s’il parviendra à rétablir un minimum de crédibilité aux Nations Unies ?

Quelques réflexions :

D’abord, le débat sur les droits humains est fondé sur un ensemble de Conventions internationales dont les trois quarts ont été adoptés après la Seconde Guerre Mondiale : autrement dit dans l’histoire dui droit international, la notion même de droits applicables à l’ensemble des êtres humains vivants est une notion historiquement très récente.

Ensuite, ces Conventions sont successivement adoptées (lors d’un vote de l’Assemblée Générale des Nations Unies), puis signées (par les gouvernements) et enfin ratifiées (par le Parlement) : elles ont dès lors force de loi dans chacun des “Etats-parties”. En cas de contradiction ou de désaccord avec une loi nationale, c’est le texte d’une Convention Internationale qui prévaut sur la loi nationale.

Or ces Conventions sont négociées et ratifiées par les Etats, qui sont donc en même temps membres des Nations Unies et restent donc leurs propres interlocuteurs. Sur le plan strictement juridique, les Etats sont donc à la fois juges et parties, ce qui a laissé le champ libre à tous les marchandages possibles et imaginables. Cependant, l’ancienne Commission des Droits de l’homme avait institué, depuis près de soixante ans, des moments et des lieux où les représentants de la société civile pouvaient, légitimement et publiquement, s’exprimer, proposer, dénoncer, y compris les violations de ces droits par les Etats eux-mêmes. Avec le temps, ces procédures devenaient un rituel usé jusqu’à la corde au point de perdre toute crédibilité. A ce jour, personne ne sait encore les règles de procédure que le nouveau Conseil des Droits humains va adopter.

On peut cependant noter que, même si ce sont les Etats qui sont, directement ou par négligence, les principaux responsables des violations les plus graves des droits humains, l’Etat est pourtant la seule institution qui soit à la fois source et garante des droits universels.

Il est évidemment choquant que certains pays connus pour les graves violations des droits humains qu’ils organisent ou dont ils s’accomodent, soient drapés du rôle de “surveillants de l’application des normes internationales”.

Mais ce qui est surtout choquant, c’est que ces Etats s’attribuent le monopole de ce rôle de juge : il n’y aura pas de véritable progrès dans la mise en oeuvre des droits humains si, au sein des Nations Unies, il n’existe pas, simultanément, deux formes de contre-pouvoirs qui, selon des procédures à définir, et face aux Etats, seraient:

- une Assemblée Internationale, représentant les peuples et des nations (qui ne coïncident que rarement avec les Etats)

- un Conseil International de la Société Civile, représentant les associations et ONG internationales, seuls contrepoids transnationaux aux puissances en tous genres qui se jouent de la multiplicité et de la souveraineté des Etats.

“Qui se voit citoyen du monde oublie que la citoyenneté n’existe que dans le cadre de l’Etat et par l’effet de la souveraineté ; qui se veut simple individu pour jouir d’une plénitude de liberté oublie qu’il n’y a pas de droits de l’homme sans la forme juridique d’un Etat”. (Régis Debray)

“Quand il y a un fort et un faible,
c’est le droit qui libère
et la liberté qui opprime”.

(Auteur inconnu)