Arrosez, arrosez, il en restera toujours quelque chose …

Lu dans "Courrier International" (No 810 -mai 2006) à propos du conflit du Darfour :

(…) " En mettant sur la table quelques centaines de millions de dollars, les négociateurs américains ont donc obtenu à l’arraché, le 5 mai dernier, un accord de paix entre le gouvernement du Soudan et le principal mouvement rebelle du Darfour.(…) On soulignera que les morts sont morts et qu’ils sont nombreux, peut-être 150 000. Quant aux quelques 2 millions de personnes déplacées, elles mettront des mois, voire des années avant de retrouver leur territoire et une vie normale.(…) Il n’y a dans cet accord ni justice, ni vérité, ni réconciliation entre tribus arabes ou arabisées qui se sont affrontées.(…) Rien n’est prévu non plus au sujet de la propriété de la terre. (…) Si l’argent occidental peut servir au moins à payer les miliciens et les empêcher de faire de nouvelles razzias…" (Extrait de l’éditorial de Philippe Thureau-Dengin)

Est-ce une "parole verbale" ou est-ce réellement ainsi que se terminent les conflits ? On ne saura jamais le contenu réel des transactions conclues pour terminer un conflit, comme d’ailleurs pour trouver une issue à une prise d’otages. Lorsque la haine est devenue collective, elle est catalysée par des leaders qui, derrière les belles paroles et les négociations de paix (pendant des mois et des mois… Milosevic et Karadzic dans un grand hôtel de Genève…), s’enrichissent de la transgression des embargos, tout en se faisant fort de mettre fin au conflit moyennant à la fois des sommes rondelettes sur leurs comptes personnels avec, en prime, la garantie de l’impunité.

On se souviendra que la guerre du Liban, qui a duré 15 ans, s’est terminée par la constitution d’un gouvernement où tous les chefs de clans qui s’entretuaient, se sont retrouvés ministres, avec probablement des bugdets significatifs et un asséchement des approvisionnements en armes (achetés avec l’argent de la drogue cultivée dans la vallée de la Bekaa). On se souviendra aussi de la fin du conflit en Bosnie où la Republika Serbska s’est soudainement mise à table pour négocier le système politique et institutionnel toujours en vigueur.

Il y avait d’ailleurs d’étranges similitudes entre Beyrouth et Sarajevo … Dans les deux cas, les commentaires abondaient d’analyses sur les "carrefours des civilisations occidentale et orientale", de "guerre civile, politique, religieuse et ethnique", d’aéroport "ouvert, puis fermé, puis ré-ouvert" au cours de la même journée, et de "milices incontrôlées". Et dans les deux cas, l’hôtel "Holiday Inn " était la cible privilégiée des combats.

On peut aussi se souvenir d’analyses faisant état de lobbies d’armenent qui parcouraient la planète pour détecter les situations de conflits potentiels, comme d’autres font leurs "études de marchés".

Pendant ce temps, les populations civiles payent le prix fort et vivent comme des rats dans les camps de réfugiés, parfois pendant des années.

Arroser de centaines de millions de dollars permet peut-être, à court terme, d’arrêter le massacre, mais en aucun cas de traiter les causes des conflits : la seule instance internationale en mesure de prendre – et de faire appliquer des décisions – l’O.N.U., est noyautée par des pays qui ont leur droit de veto au Conseil de Sécurité.

Il est "poignant" de voir les USA qualifier la situation au Darfour de génocide, demander que les auteurs des crimes soient traduits devant la Cour Pénale Internationale (que par ailleurs … ils récusent avec acharnement) tout en se souvenant de Bill Clinton faisant escale a Kigali (Rwanda) et qui lors d’une conférence de presse au pied de la passerelle de "Air Force One" (pour remonter la passerelle dès la fin du discours), s’excusait de ne pas avoir, en 1994, qualifié la situation de génocide (ce qui aurait obligé la "communauté internationale" à intervenir, selon la Charte des Nations Unies).

Et en même temps, entendre Georges W.Bush dire que le rétablissement de la démocratie en Irak est en bonne voie – les 50 à 100 morts par jour dans les attentats de Bagdad n’étant évidemment que des broutilles "collatérales"…Qu’attend-il pour verser 20 millions de dollars à chaque chef de clan sur un compte bancaire aux Bahamas ? Que les contrats soient signés entre le nouveau gouvernement irakien et les compagnies pétrolières ?

Vous allez voir que dès que le nouveau gouvernement irakien sera en place, le président Bush annoncera le retrait progressif des troupes américaines, mais sans forcément ajouter que les contrats pétroliers auront été préalablement signés avec "un gouvernement souverain". Et ça tombera – pile – en pleine campagne pour les élections intermédiaires de novembre 2006…

On parie combien ?

Dernière minute : "arrosage" pour libération d’otages ocidentaux – voir article du "Monde" – 22.05.06

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