Stacy, Nathalie, Tomasso, Mathias, Madison …

30.06.06

Après Tomasso en Italie en mars, après Mathias, 4 ans, Madison, 5 ans, retrouvés morts en mai dernier en France, après la condamnation de cette femme allemande qui a tué huit de ses nouveaux-nés, après cette femme française condamnée à 10 ans de réclusion ce mois-ci, par la Cour d’Assises de Seine-Saint-Denis, pour l’assassinat de sa fille, âgée de 7 ans, voici que l’on découvre les corps de Stacy et Nathalie dans un égoût le long d’une voie ferrée, du côté de Liège (Belgique).

De source judiciaire, on apprend qu’un Français pédophile, célébré pour son “action humanitaire” (et décoré à ce titre…de l’Ordre National du Mérite…), grand “expert des enfants des rues”, sera jugé en Cour d’Assises dans les mois à venir, après un “séjour” de nombreuses années dans un pays africain, pour avoir abusé sexuellement de plusieurs centaines de garçons adolescents… Un policier français à la retraite est en prison dans un autre pays africain pour le viol d’une fillette, mais comme il était “coopérant” depuis de nombreuses années, on peut imaginer non pas la suite, mais tout ce qui a précédé…

Dans quelle civilisation sommes-nous ? Quelles représentations mentales notre société se donne-t-elle pour que de tels symptômes de déshumanisation se manifestent de manière aussi répétée et lancinante ?

Toutes les situations ne peuvent évidemment être évaluées à l’aune des mêmes grilles d’analyse. Et un crime n’en “justifie” pas un autre. Il n’y a pas de comparaison à faire. Il y a la vie et la mort.

Mais est-il encore nécessaire d’analyser, d’argumenter, d’expliquer la différence entre des prédateurs pervers et des pédophiles qui prétendent “aimer les enfants ” ? Etc,etc…

Notre Occident est-il la civilisation des droits de l’enfant, à promouvoir “urbi et orbi” ? Par quel alchimie psychologique allons-nous dénoncer les violations des droits de l’enfant dans les pays pauvres, alors que les symptômes du mépris le plus radical s’égrènent chaque semaine dans nos journaux ?

L’idéalisation de l’enfance, dans une société vieillissante, ne dissimulerait-elle pas un forme sournoise de mépris, qui consisterait à la fois à mettre trop de responsabilité sur les épaules de l’enfant sous prétexte de faire valoir leurs droits, avec comme conséquence de dé-responsabiliser des adultes qui, paradoxalement, s’infantilisent ?

Et plus profondément, qu’est-ce qui provoque, chez des individus apparemment normaux et sociables, une telle déshumanisation ?


Les vaches seront bien gardées

28.06.06

En Chine, le Parlement “s’apprête à avaliser un projet de loi qui infligera (de lourdes) amendes aux médias qui divulgueront des informations sur des épidémies, des catastrophes naturelles, des accidents industriels ou des troubles sociaux sans l’aval du Ministère de la Propagande. (…) Plusieurs journalistes ont été condamnés ces derniers mois pour diffusion de “fausses rumeurs” concernant les affaires de corruption ou de conflits sociaux. Les tribunaux chinois justifient les verdicts au nom de l’”atteinte à la stabilité sociale”, terme qui a remplacé l’ancienne accusation de “trouble révolutionnaire”.(”Le Courrier” - Suisse - 28 juin 06, page 11);

Aux USA, nous connaissions déjà les centaines de “combattants illégaux” incarcérés sans avocat ni jugement à Guantanamo. Sans oublier les transferts de “combattants illégaux” dans les pays où la torture est quasi-légale…
En Suisse, le peuple votera par référendum en septembre 2006 sur une modification de la Loi féférale sur les étrangers, dont une clause permettrait, en réalité, de poursuivre, pour complicité, les associations humanitaires qui viendraient en aide aux réquerants d’asile déboutés. Extrait du projet de loi :

” Article 116 : Incitation à l’entrée, à la sortie ou au séjour illégaux

Est puni d’un emprisonnement d’un an au plus ou d’une amende de 20 000 francs (environ 12 500 euros) quiconque :
- en Suisse ou à l’étranger, facilite l’entrée, la sortie ou le séjour illégal d’un étranger ou participe à des préparatifs dans ce but ;

- procure à une étranger une activité lucrative en Suisse alors qu’il n’est pas titulaire de l’autorisation requise; (…)

Dans les cas de peu de gravité, la peine peut consister en une simple amende.

La peine encourue est une réclusion de cinq ans au plus et une amende de 500 000 francs (environ 330 000 euros) au plus si (…) l’auteur agit dans le cadre d’un groupe ou d’une association de personnes, formée dans le but de commettre de tels actes de manière suivie.”(…)

La comparaison entre le montant des amendes prévues pour un individu et pour “un groupe” donne une idée “réaliste” des budgets que l’on peut attaquer…

Bon appétit … Mesdames et Messieurs les membres
du nouveau “Conseil des Droits de l’homme”…


Les arts de l’immigration choisie (Musée du Quai Branly)

28.06.06

Arts “primitifs” ? Non, car l’adjectif suggère un jugement de valeur péjoratif.

Arts “premiers” ? Non, car cela signifie “les plus anciens”, ce qui n’est pas le cas (à moins que l’on suggère ainsi qu’ils sont “au premier rang ” ? auquel cas, pourquoi ?)

Arts “autres” ? Autres que quoi ? Toute création est supposée créer une forme nouvelle et par définition “autre”.

L’embarras des mots dissimule un autre embarras plus profond…
Malraux avait pourtant écrit des choses définitives sur le “Musée Imaginaire”, au-delà de l’espace et du temps.
Mais l’ouverture de ce nouveau Musée tombe “à pic” au milieu de circonstances qui obligent à dévoiler certains paradoxes…

Extraits d’un texte de Madame Aminata TRAORE, essayiste et ancienne Ministre de la Culture du Mali :

“Les oeuvres d’art qui sont aujourd’hui à l’honneur au Musée du Quai Branly (…) constituent une part substantielle du patrimoine culturel et artistique de ces “sans visa” dont certains sont morts par balles à Ceuta et Melilla et des “sans papiers” qui sont quotidiennement traqués au coeur de l’Europe et quand ils sont arrêtés, rendus, menottés aux poings à leurs pays d’origine.(…)

Les trois cent mille pièces que le Musée du Quai Branly abrite constituent un véritable trésor de guerre en raison du mode d’acquisition de certaines d’entre elles et le trafic d’influence auquel celui-ci donne parfois lieu entre la France et les pays dont elles sont originaires.(…)

Le Musée du Quai Branly est bâti, de mon point de vue, sur un profond et douloureux paradoxe à partir du moment où la quasi-totalité des Africains, des Amérindiens, des Aborigènes d’Australie, dont le talent et la créativité sont célébrés, n’en franchiront jamais le seuil compte tenu de la loi sur l’immigration choisie. Il est vrai que les dispositions sont prises pour que nous puissions les consulter les archives vis Internet.

Nos oeuvres ont droit de cité là où nous sommes, dans l’ensemble, interdits de séjour.

A l’intention de ceux qui voudraient voir le message politique derrière l’esthétique, le dialogue des cultures derrière la beauté des oeuvres, je crains que l’on soit loin du compte. Un masque africain sur la place de la République n’est d’aucune utilité face à la honte et à l’humiliation subies par les Africains et les autres peuples pillés dans le cadre d’une certaine coopération au développement.(…)


“Les 7 péchés capitaux de la république couscoussière”

23.06.06

L’Abrincate a séjourné brièvement à Alger cette semaine, sans pouvoir, sur place, éviter les “retours de mémoire” (en l’occurrence celle de d’adolescence) lorsqu’il était question des barricades de la Rue Michelet, des attentats des fellaghas, mais aussi d’une Place du Gouverneur qui a entendu De Gaulle dire : “Je vous ai compris”, sans qu’on puisse - rétrospectivement - déterminer si cette phrase était adressée pour la circonstance au “quarteron de généraux en retraite”, ou d’une manière plus codée et prophétique aux leaders indépendantistes.

Toujours est-il qu’après la travail, le spectacle de la foule scotchée sur la place attenante à la Grande Poste d’Alger pour suivre, à la nuit tombante et en direct sur grand écran, le match Suède-Angleterre méritait autant le déplacement que le match lui-même. Le commentateur de la TV algérienne était en forme, si l’on en juge par les fou-rires des spectateurs de la Place.

Mais la lecture des journaux quotidiens laisse percevoir d’autres réalités. Qu’on en juge par ces extraits libres d’une Libre Opinion” publiée le 22 juin dans “Le Soir d’Algérie”, et signée Mohamad Abassa :

“Les sept péchés capitaux de la république couscoussière

Prologue : plantons le décor. Quel rapport entre un couscoussier, l’ustensile le mieux partagé des Algériens et son éponyme politique, la république couscoussière ? Aucun : sauf les trous, oui les trous et rien d’autre.(…)

La république algérienne démocratique et populaire fonctionne à peu près de la même manière : mettez un peuple dans un keskes à trou unique, le FLN, serrez le contour ventral, plein feu, laissez mijoter pendant 44 ans, confiez la cuisine politique à tous les chefs successifs du FLN depuis 1962 et vous aurez ceci : des trous, des trous, partout des trous et à perte de vue. Des millions, des milliards de trous. Sahara foré criblé de trous, trous dans les deniers publics, dans les cimetières; deux cents mille nouveaux trous, dans les budgets, dans les consciences, mémoires, histoire, routes, corps, urnes, culture et patrimoine, dans les banques, le foncier, et j’en passe, partout où porte le regard pour décliner au plus droit, au plus vrai, il tombe toujours sur ou dans un trou… C’est la république du trou (…)

Péché capital No 1 : tous les pays du monde créent des richesses, l’Algérie mange les siennes. (…) Question à un trou : où finissent donc les milliards des trous pétroliers ?. J’avance une estimation construite sur les chiffres des troueurs officiels de la République : 40% dans les trous buccaux, donc dans les trous d’égoûts (la bouffe); 40 % pour maintenir les rond-de.cuirs du régime et les trous noirs du système; 20 % retrournent evidemment en divers trous de chippate, c’est-à-dire dans les banques étrangères en rétribution des loyaux services des génies et génisses qui vendent et bradent tous les jours ce pays qui est le nôtre. (…)
Ces petites gens qui nous gouvernent nous disent, toujours et souvent, combien de dollars ces beaux et très beaux étrangers investissent en Algérie. Mais nous disent-ils combien de dollars ces mêmes étrangers prennent et exportent d’Algérie ?
(Dites-nous, Monsieur le Ministre) “…en particulier combien (vos) amis texans gagnent et exportent de dollars pillés du pétrole algérien ? (…) Combien, Monsieur le Ministre, Dick Cheney, Rumsfeld, Haliburton, Bush, gagnent en Algérie sans nous faire de guerre, sans envoyer leur armada ? Dites-le nous, juste pour savoir. Parce que lorsqu’il n’y aura plus de pétrole, plus rien à manger pour nos petits-enfants, ces grands prédateurs retrouveront leur Amérique, leur Texas, leur ranch et leur Banque Mondiale ; le malheur de l’humanité.
Y a-t-il quelqu’un, au nombre et au débit de ceux qui ont dirigé ou dirigent ce pays, qui peut nous dire, nous renseigner sur l’usage qui a été fait des mille milliards de dollars de 40 ans de recettes pétrolières ? Du ministre qui rêve de devenir ambassadeur (alors que partout ailleurs un ambasssadeur rêve de devenir ministre) au harrag démuni qui risque sa vie, aux élites déclassées : tous veulent quitter ce pays que mille milliards de dollars ont défiguré, vidé, sali, dévoyé, saigné.
(…)

Durant les 30 dernières années, on évalue à cent mille cadres et chercheurs qui ont quitté le pays. Durant la seule dernière décennie, ce sont 45 000 Algériens de niveau supérieur qui se sont expatriés.(…) Chaque année, ils sont cent mille Algériens à demander à devenir Français, soit 500 000 individus si l’on inclut les membres de leurs familles. A ce rythme, dans 20 ans, c’est toute l’Algérie qui serait française.(…)
Quand un pays aussi riche que l’Algérie perd ses hommes et ses élites, il devient inévitable que les fermiers texans et français produisent notre pain - aux siècles derniers, le fellah algérien nourrissait 5 familles ; la sienne, 2 en ville et 2 étrangères, aujourd’hui le fellah algérien n’arrive pas à se nourrir - il devient inévitable que des Chinois venus de si loin construisent nos maisons (l’oiseau qui ne sait plus faire son nid est appelé à mourir), que des Egyptiens nous apprennent à téléphoner, que des petits Coréens nous apprenent à manier un tournevis, que des Russes nous apprennent à nous défendre, que des khemmessa marocains produisent nos pastèques, que, que, que… L’Algérie des traceurs de route, de poseurs de rail, des perceurs de tunnels, de couleurs de béton, d’acier et de fer, de penseurs, d’écrivians, de grands journalistes…. Cette Algérie-là, comme l’Atlantide, a disparu.
L’Algérie actuelle, l’Algérie officielle de 2006 revient au système esclavagiste de la concession pétrolière, offre des bases militaires et fait des manoeuvres avec ceux qui massacrent tous les jours nos frères irakiens. Ce péché-là est impardonnable.

Péché capital No 2 : Dans les pays normaux, c’est la richesse (matérielle, intellectuelle) qui conduit au pouvoir. En Algérie, c’est le pouvoir qui donne la richesse. Regardez tous ces va-nu-pieds que le pouvoir a rendus milliardaires (…)

Péché capital No 3 : Dans tous les pays normaux, on fait des élections et après on prend le pouvoir. En Algérie, on prend prend le pouvoir et après, bien après, on bricole des élections. (…)

Péché capital No 4 : Dans tous les pays normaux, quel que soit le régime, ce sont les grands hommes et les grandes dames qui sont versés dans les secteurs qu’ils sont appelés à diriger. La compétence est le premier critère pour le choix des hauts responsables. En Algérie, comme toujours, c’est l’exact contraire qui se pratique. On donne des secteurs aux hommes comme naguère on distribuait des duchés et des comtés à des marquis et des marquises.(…)

Péché capital No 5 : Dans tous les pays normaux du monde, c’est l’Etat qui garantit le caractère républicain de l’armée. En Algérie, c’est l’armée qui garantit le caractère républicain de l’Etat et de ses institutions, à sa façon, bien sûr.

Péché capital No 6 : Tous les élus des pays normaux du monde travaillent pour leur peuple. En Algérie, c’est le peuple qui travaille à l’enrichissement de ses “élus”. Regarez autour de vous, tous ces gueux et divers aventuriers que l’urne à enrichis. (…) Naturellement, il ne faudrait pas généraliser le phénomène. On rencontre parfois de braves et honnêtes élus.

Péché capital No 7 : Ce péché-là est plutôt mignon. (…) En Papouasie ou en Mongolie extérieure, le taxi vous conduit là où vous voulez. En Algérie, le taxi vous conduit là où il veut”. (Il) “ne fait donc pas pire que l’Etat qui le contrôle.”

“Libre Opinion” parue dans “Le Soir d’Algérie” du 22 juin 2006 :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/06/22/print-2-40116.php

Il est trop facile de dénigrer du revers de la main le simplisme de ce type d’argumentaire qui est un des points de vue parfaitement légitimes dans le débat sur les conséquences de la libéralisation de l’économie mondiale, enrobées de “croisades pour la démocratie”.

C’est vraiment ainsi que dans le monde, l’opinion publique, y compris une partie des élites, perçoit la place de leurs pays respectifs dans la mondialisation, à travers les conditions de vie quotidienne d’une grande partie de la population. Il ne s’agit pas ici de stigmatiser un pays comme l’Algérie : on entend le même discours au Bangladesh, au Sénégal, ou en Bolivie.

Comment s’étonner ensuite de retrouver des super-diplômés dans les mouvances extrêmistes ?


Raymond Devos n’a pas détaché ses bretelles…

23.06.06

La disparition de Raymond Devos, c’est comme la disparition de Brassens…Toute leur carrière a consisté à traquer les petits secrets et les petites absurdités de tout un chacun, sans que l’on soit obligé ni de répondre ni de se défendre…

Le comique, disait-il, c’est toute notre histoire observée avec honnêteté(…) ” Il n’y a pas une grande différence entre le tragique et le comique, c’est seulement une différence de dose”.

Exemple ?

Je préfère glisser ma peau sous les draps pour le plaisir des sens que de la risquer sous les drapeaux pour de l’essence“.

Lors d’un spectacle, il y a une quinzaine d’années, à Genève (durée : 3 heures de suite, sans entr’acte…), un de ses sketches commençait ainsi :

J’arrive à Genève. A peine sorti de la gare, quelqu’un m’interpelle :
” Mr Devos, que venez-vous faire en Suisse ?
- Mon numéro…
- Dans quelle banque ?…”

A la fin du spectacle, la lumière s’éteint sur scène. Raymond Devos réapparaît sur fond de lumière bleu-verte, couleur “lune blafarde” : il avait, dans l’obscurité, attaché les fixations de ses bretelles à ses chaussettes par devant, et s’est mis à marcher, en silence, les élastiques des bretelles faisant remonter les jambes, en simulant à la perfection la marche en état d’apesanteur…

Cette fois, il ne les a pas détachées : Raymond Devos est resté définitivement en apesanteur…

Quelques jours après sa mort, dans le “Carnet” du journal “Le Monde”, un faire-part de dècès émanait de l’Académie Alphonse Allais qui terminait ses condoléances à la famille par cette épigraphe :

” Riez pour lui “.


France-Corée : 1-1 : hein ?

19.06.06

Il paraît que des statistiques ont été faites sur les productions des Prix Nobel : très peu de “Nobélisés” ont continué à être productifs après leur consécration…

C’est peut-être ce qui arrive à nos “Bleus”.
De belles initiatives, des actions rapides et techniquement excellentes… pour ensuite se reposer en faisant circuler la balle… Puisque tout Français se considère comme le sélectionneur, on pourrait penser qu’on ne se présente à une phase finale de Coupe du Monde qu’avec des Ribery… qui en veulent.

Extraits d’interviews :

Thierry Henry : ” Il va falloir trouver un juste milieu pour bien attaquer à partir d’un système qui nous permet de bien défendre”.…ça, c’est vrai, ça… (Le Monde16.06.06 - page 30)

Raymond Domenech (après le match nul 0-0 contre la Suisse, qui donne 1 point à chaque équipe au lieu de 3 pour l’équipe gagnante) : ” Nous avons réussi à leur enlever deux points”. Sublime commentaire…

Avec un mental comme celui-là, que pouvons-nous espérer ?


Pompiers et pyromanes

17.06.06

Comme annoncé dans le billet d’ouverture de ce blog, l’Abrincate interrompt parfois pour quelques jours ses émissions radio pour cause d’escale sur une île lointaine avec quelques séances de plongée sous-marine rendant impossible la transmission en temps réel…

Quelques jours au Maroc, donc, pour un déplacement professionnel, qui fut l’occasion de contacts à bâtons rompus avec quelques officiels.

Extraits en vrac :

Comment réagissez-vous à ces flux d’émigrants d’Afrique Noire qui savent pertinemment qu’ils risquent leur vie sur des bateaux pourris après avoir transité par le Maroc ?

“Depuis le renforcement des contrôles et des frontières autour des deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melila, il y a beaucoup moins de tentatives de passage. En revanche, on assiste à une immigration de milliers de personnes venant d’Afrique Noire et qui s’installent à la périphérie des grandes villes marocaines.
Avec le développement économique du Maroc, notre pays devient un pays de destination de migrants qui s’y fixent. Il y aura de gigantesques chantiers à Rabat et au pied de l’Atlas, avec des financements de pays arabes pétroliers…
Mais nous savons aussi, selon les projections démographiques les plus fiables, que globalement, la population active marocaine va commencer à vieillir à partir de 2020. Autrement dit, nous commençons à percevoir les mêmes symptômes des grandes questions d’immigration que dans les pays européens…
L’accès aux service publics de santé n’est pas vraiment un problème, en revanche, cela pose un vrai problème pour le service public d’éducation des enfants de ces immigrés.”

Je me suis trouvé par hasard un jour en fin de journée devant le Parlement à Rabat, où se déroulait une manifestation bruyante, (peut-être un millier de personnes),”encadrée” par ce que nous appellerions des CRS, qui avaient parfois la main lourde sur quelques manifestants restés au sol…

“Ce sont des manifestations régulières de “Docteurs-Chômeurs” d’Université : des gens qui ont fait 8 ou 10 ans d’études après le bac, et qui n’ont pas de poste ni de perspectives d’emplois publics. On peut les comprendre, car ce n’est pas de leur faute : l’Université offre des filières de formations longues pour lesquelles il n’y a pas de postes.
Dans notre administration, nous avons reçu les instructions d’en recruter 10, il y a quelques années, pour s’apercevoir que certains d’entre eux n’avaient aucune idée de ce qu’était le travail dans la fonction publique : certains avaient même du mal à rédiger des lettres ou des circulaires… On se demande même parfois s’il n’y a pas une certaine complaisance de la part des professeurs d’Université dans la délivrance des diplômes…

Comment réagissez-vous à l’arrivée de milliers de retraités européens qui s’installent au Maroc, soit en permanence soit plusieurs mois de suite chaque année ?

” Evidemment les perspectives de revenus des retraités européens chez eux sont pessimistes, et beaucoup s’installent chez nous, car le coût de la vie est moindre et le climat plus favorable. C’est une forme de revenu pour le pays, mais ces revenus ne correspondent à aucune productivité réelle.
On vit très bien - pour l’instant - au Maroc avec un retraite européenne maigre. Mais il ne faudrait pas qu’ils deviennent une charge, puisque nous sommes loins de couvrir les besoins de la population marocaine, avec 45 % de jeunes de moins de 18 ans…”

L’impact des Islamistes ?

“Il est réel, et les enquêtes sur les attentats de Casablanca, il y a 3 ans, ont révélé que leurs auteurs étaient issus des quartiers les plus pauvres de la ville et non pas des terroristes venus de l’étranger. Le gouvernement a pris beaucoup d’initiatives pour traiter le problème de ces quartiers à la racine avec l’aide des fonds européens.

Evidemment dans les mouvances islamistes, il y a des radicaux mais il y a aussi des modérés dans certains partis représentés au Parlement : ils adoptent - étonnament - des lois de modernisation…
Vous les Européens, regardez votre propre Histoire et relisez les discours de Luther contre les Papes de l’époque : en matière d’interprétation rigoriste de la Bible…
Toutes les religions ont eu, ont, ou auront leurs intégristes, avec leurs guerres de religion…”

De toute façon, il ne faut pas vous laisser impressionner par les médias occidentaux qui jouent - sciemment ou non - le jeu des puissances mondiales qui montent en épingle des leaders supposés “chefs de croisade islamique”, alors que, le plus souvent, ce ne sont que des voyous de grand chemin qui profèrent un charabia idéologique et religieux. Les grandes puissances ont intérêt à construire des images auréolées du mythe de la “guerre des civilisations” autour de gens qui ne sont que des pauvres types…
Regardez la carte : l’Afghanistan, l’Irak, la Somalie, sont des pays exsangues qui sont des “proies pétrolières” faciles. Il faut “forcer le trait” sur le caractère terroriste pour consolider “les mâchoires sur la proie”.

C’est vraiment jouer avec le feu : pour pouvoir jouer les pompiers, il faut d’abord mettre le feu…
Regardez, ces jours-ci, la diffusion rapide, dans tous les médias internationaux, du remplaçant de Zarkaoui en Irak : chant de victoire pour la disparition de Zarkaoui, mais, attention, alarme générale, car voici le visage du nouveau chef des ennemis…”


Cette réflexion de Tocqueville vous aurait-elle échappé ?

10.06.06

Ecrit en 1835, extrait de “De la Démocratie en Amérique“, d’Alexis de Tocqueville (UGE, Coll.10.18, pp.361-362) :

“Je pense donc que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera en rien de ce qui l’a précédée dans le monde .(…) Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme : les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tâcher de la définir, puisque je ne peux la nommer.(…)

Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres. (…) Il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et, s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.

Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul de d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril: mais il ne cherche au contraire qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur, mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages : que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?

C’est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l’emploi du libre-arbitre; qu’il renferme l’action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu à peu à chaque citoyen jusqu’à l’usage de lui-même. L’égalité a préparé les hommes à toutes ces choses: elle les a disposé à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait.

Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société toute entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquels les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.

J’ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible,(…) pourrait se combiner mieux qu’on ne l’imagine avec quelques-unes des formes extérieures de la liberté, et qu’il ne lui serait pas impossible de s’établir à l’ombre même de la souveraineté du peuple.”

Bon, il nous faut vous quitter : il y a un match.


La chasse au pléonasme est ouverte

8.06.06

L’Abrincate fréquente de nombreux étrangers, francophones ou ayant appris le français comme langue étrangère : parmi les défauts des Français les plus - amicalement - détectés par les étrangers, les pléonasmes sont particulièrement appréciés …

On connaît les pléonasmes les plus courants :

Monter en-haut” - “ Descendre en-bas” - “ Marcher à pied” - “ Et puis après” (ou “Et puis ensuite“) - “ Car en effet” - ” Voire même ” - “ Dépêchez-vous vite !” - ” Cela s’est avéré vrai” - Il neige dehors” … Etc…

Mais il en est qui sont plus subtils, auxquels nous nous sommes habitués… Voici donc un petit exercice :

Alors qu’ils étaient les premiers en tête, leur véhicule s’échoua sur une dune de sable. Il prit feu et fut complètement détruit. Le chauffeur claqua bruyamment sa porte.
Mais comme ils avaient toujours été solidaires les uns des autres, et qu’ils commençaient à geler de froid dans la nuit noire du désert, ils se réunirent pour discuter de savoir comment s’entraider mutuellement afin de définir la stratégie d’avenir : ils pourraient peut-être se cotiser à plusieurs, mais en sollicitant aussi des dons gratuits, avec comme but final de trouver 50 000 euros, au grand maximum, pour payer la construction d’une nouvelle voiture, par étapes successives. Selon les grands médias d’information, c’est à cause de l’oubli involontaire d’outils techniques (comme l’extincteur qu’il faudra certainement importer de l’étranger), à quoi s’est ajouté le hasard imprévisible de la topographie des lieux, que ce mauvais cauchemar, qui les a surpris à l’improviste, risque d’anéantir totalement le bel avenir qu’ils avaient devant eux.
Pas d’autre alternative que d’utiliser le téléphone satellite : “Parlez après le bip sonore… ”

Franchement, connaissez-vous :

- des premiers de course qui ne soient pas en tête ?
- une dune qui ne soit pas de sable ?
- une destruction qui ne soit pas complète ?
- un claquement de porte qui ne soit pas bruyant ?
- des gens solidaires qui ne le soient pas les uns des autres ?
- vous est-il arrivé de geler de chaud ?
- les nuits blanches existent, d’accord…
- des réunions qui ne consistent pas à discuter ?
- des gens qui ne s’entraident pas mutuellement ?
- des stratégies qui ne soient pas d’avenir ?
- des gens qui se cotisent tout seuls ?
- des dons qui ne soient pas gratuits ?
- un but qui ne soit pas final ?
- un maximum qui soit “petit” ?
- de l’argent qui serve à autre chose qu’à payer ?
- des gens qui construisent des voitures anciennes ?
- des étapes qui ne soient pas successives ?
- des medias qui ne soient pas d’information ?
- des oublis volontaires ?
- des outils qui ne soient pas techniques ?
- des importations qui ne viennent pas de l’étranger ?
- des hasards qui soient prévisibles ?
- une topographie qui ne soit pas des lieux ?
- un agréable cauchemar ?
- des surprises qui ne soient pas à l’improviste ?
- un anéantissement qui ne soit pas total ?
- un bel avenir qui ne soit pas devant vous ?
- des alternatives qui soient autres ?

- and last, but not the least : des bips insonores ????

La chasse continue…
Les internautes qui acceptent de “chasser le pléonasme” dans les babillages des matches de la Coupe du Monde de footbal - sont invités à les mettre en “Commentaires” ci-dessous.

Premier Prix : l’admiration générale
Deuxième Prix : l’estime générale
Troisième Prix : la considération générale.



Quoi ? L’argent du pétrole au peuple ?

8.06.06

Dans “Courrier International” du 1er juin 2006, une titre aguichant : “Un beau chèque pour chacun”, qui annonce qu’en Alaska (USA), l’Etat distribue à la population les intérêts sur le placement de ses recettes pétrolières. Un montant annuel unique (environ 1 000 US dollars) pour chacun, du banquier au nouveau-né…

Cette formule est si populaire que certains économistes ont proposé la création d’un fonds similaire pour l’Irak.” (On aimerait comprendre “en Irak”). “De l’avis général, c’est au versement de ce dividende que l’Alaska doit sa prospérité économique et son faible taux de pauvreté”.

Si “les belles âmes tiers mondistes” d’une organisation humanitaire lançaient une campagne de mobilisation dans ce sens, on se gausserait de sa naïveté et à son incompétence économique…

“Oui, mais si on redistribue à la population, cela réduit les capacités d’investissements à long terme” ?
- Non, il s’agit des intérêts des placements, après provisions pour investissements.

“Oui, mais les actionnaires qui voient se réduire leurs dividendes vont retirer leur argent et la placer ailleurs ?”
- Non, il s’agit d’une décision de l’Etat qui a en charge l’intérêt public et non celui d’actionnaires privés. Pour un Etat, les actionnaires, c’est l’ensemble de la population, dont il a la charge des intérêts à long terme.

Et si on se mettait à imaginer que le montant individuel de cette redistribution serait indexé sur le prix du baril ?

Supposons qu’un président sud-américain, fraîchement élu, propose cela au Forum Economique Mondial de Davos : l’assistance ventripotente hurlerait au gauchisme anti-libéral et à l’antiaméricanisme primaire…
Pas de chance, cela se passe, en 2006, dans un des 50 Etats des USA.

Si on faisait la liste des innovations lancées par les organisations altermondialistes (parfois avant l’heure…), on se rendrait compte que les idées font leur chemin…

Qui aurait dit que le principe des prêts aux familles les plus pauvres lors de la création de la “Grameen Bank“, au Bangladesh dans les années 1980, ferait l’objet d’un Conseil interministériel, présidé à l’Elysée par Jacques Chirac en 2005 ? Et que Jacques Attali en ferait un des objectifs de “son” ONG “Planet Finance” ?

Comme disait Gandhi :

” First they ignore you “ - ” D’abord ils vous ignorent”
” then they laugh at you “ - ” puis ils se moquent de vous”
” then they fight you” - ” puis ils vous combattent”
” then you win” - ” et finalement vous gagnez”