Il faut d’abord dire qu’il y a eu des jeunes de 18 ans qui se sont engagés dans la Résistance, au moment du nazisme, au risque de leur vie, et qui n’ont jamais fait ni ne feront jamais la “une” des média.
Il faut rappeler aussi que l’Etat d’Israël, qui gratifie du titre de “Juste” celles et ceux qui ont sauvé des Juifs pendant la guerre, ont attribué ce titre à une concierge parisienne qui avait abrité clandestinement des Juifs : elle était à l’époque analphabète, ce qu’un journaliste avait commenté ainsi : “Elle ne savait ni lire ni écrire, mais elle savait où était le bien et le mal”.
Ayant dit cela, le choeur des “vierges effarouchées” devant l’auto-révélation tardive de l’engagement de Gûnter Grass, à 17 ans, dans la Waffen SS, a quelque chose d’hypocrite. Outre que c’est le sujet idéal pour les journaux du mois d’aôut, on pourrait ajouter ceci :
C’est lui-même qui a dévoilé cet engagement, et non pas un scribouillard teigneux.
Pourquoi si tardivement ? c’est son affaire, ou plutôt c’est l’affaire de son “âme”. Peut-être ne le sait-il pas lui-même. Cela ressemble à quelque chose du genre : “A 80 ans, je range mes affaires“.
Que Günter Grass ait été pendant des décennies une sorte de conscience allemande, bonne ou mauvaise, à travers son oeuvre, ce nouvel épisode n’en fait qu’un élément d’humanité supplémentaire. Car enfin :
- quand les apôtres de la lutte révolutionnaire violente des années 1968 feront-ils leurs aveux ? Sans oublier les staliniens et autres maoïstes pour lesquels le nombre de millions de morts ne devait pas empêcher les avancées de la cause ?
- quand certains “nouveaux philosophes” regretteront-ils d’avoir déraillé en soutenant l’arrivée et les premiers années au pouvoir des Khmers Rouges au Cambodge ?
- quand certains généraux de l’armée française révéleront-ils leur responsabilité dans la torture pendant la Guerre d’Algérie ? Jusqu’à présent, on n’a entendu que ceux qui s’en vantaient, Aussaresses et autres… Au passage, saluons la mémoire du Général de la Bollardière et son combat contre la torture.
- et, in fine, qui n’a pas une “tache” dans sa vie, comme le disait hier Daniel Cohn-Bendit ?
Un autre Allemand, de la même génération que Günter Grass, retraité de l’Université allemande, Hans-Robert Jauss, qui s’était engagé à 17 ans dans les “Jeunesses Hitlériennes”, a porté témoignage, pour le restant de ses jours, des risques de l’engagement “enthousiaste”, comme on peut l’être à 18 ans ?
Il a écrit une phrase qu’il faudrait afficher pour l’éternité au fronton de toutes les Universités du monde :
“Il y a trois possibilités :
Si on est intelligent et au Parti, on n’est pas sincère.
Si on est sincère et au Parti, on n’est pas intelligent.
Si on est sincère et inteligent, on n’est pas au Parti.”

18.08.06 à 8:33 |
Excellente chute de cette note : ces phrases disent tout ce qu’il faut savoir en politique. Ajoutons qu’à 17 ans on n’est pas fini. Devenir un homme passe aussi par la juste mesure des “folies” adolescentes.
27.08.06 à 13:56 |
Jean d’Ormesson disait à sa fille : “Si à 20 ans on ne vote pas àgauche, c’est qu’on n’a pas de coeur. Si, à quarante, on vote toujours à gauche, c’est qu’on n’a pas de tête.”
5.05.07 à 12:09 |
sur Günter Grass lire le dossier de La Gazette de Berlin :
http://www.lagazettedeberlin.de/3131.0.html