Les nouveaux gangs idéologiques
4.10.06Avant de s’absenter pour 2 semaines (sans accès à Internet), l’Abrincate aimerait mentionner ce qui suit :
A la page 3 du quotidien économique suisse “L’AGEFI” du 20 septembre dernier, intitulée : ” Le capitalisme globalisé tend à encourager la paix mondiale”, on peut lire sous la plume de Pierre Bessard :
“La paix capitaliste (…) est corroborée par un nombre croissant d’études empiriques. Le risque aujourd’hui réside dans l’activisme anti-capitaliste et une analyse politique erronée favorisant les droits de vote au détriment des marchés libres, ce qui pourrait priver de nombreux pays d’une occasion historique.”
Bon, ça donne envie de lire la suite.
(…)“A une époque où le capitalisme est attaqué(…) il n’est pas inutile d’établir à nouveau la justice intrinsèque de capitalisme global, synonyme de respect des droits de chacun d’échanger avec qui bon lui semble au sein de la grande communauté humaine .”(…)
(…) Trop souvent, des régimes totalitaires et corrompus érigent des barrières qui maintiennent des populations entières dans la pauvreté. Or l’ONU, censée promouvoir la paix dans le monde, sert précisément de protectorat à ces Etats (…) qui siègent jusque dans le Conseil des Droits de l’homme, tout en prétendant dénoncer les pays libres(…) L’expérience montre que la paix n’émergera pas de ce théâtre de l’absurde de démagogie anti-occidentale, mais de la reconnaissance que le commerce guérit des préjugés destructeurs.”
Et de citer le professeur Erik Gartzke (Columbia University - donc génial) : ” Etant donné que la prospérité est nécessaire à une démocratie stable et suffisante pour introduire la paix, la meilleure politique étrangère est celle approfondit et étend le capitalisme”.
Donc, si l’on comprend bien :
1 - La notion de droit est un obstacle au développement puisqu’elle entrave la liberté du renard dans le poulailler.
2 - Il n’y a évidemment qu’un seul système économique possible, toutes les notions d’égalité des chances, de redistribution par l’impôt - qui est comme chacun sait une violation du droit de propriété - ou de dialogue international sur les droits humains, etc, ne sont que des hypocrisies et turpitudes d’idéologues attardés.
3 - La démocratie n’est donc possible qu’à partir d’un certain niveau de prospérité économique - alors que grands benêts que nous sommes, nous pensions l’inverse … Car l’article ajoute : ” (…) un gouvernement élu démocratiquement prive souvent de leurs droits fondamentaux ceux qui ont perdu l’élection et même les membres de l’électorat qui ont voté pour le groupe vainqueur. (…) Les pays dotés d’Etats qui respectent les droits civils et les libertés économiques de leurs citoyens sont moins enclins aux conflits internes, (…) guerres civiles ou insurrections”. Effectivement, on ne va pas s’em…. avec les “Droits de l’homme”. Ce serait donc le combat pour la justice qui crée et alimente conflits et guerres civiles ?
Comme chacun sait, l’intervention militaire en Irak - qui n’est pas une “guerre” puisqu’il s’agit de rétablir la démocratie …- est un exemple frappant de cette vision révolutionnaire. Car comme le proclame Dick Cheney (citation de mémoire, mais contenu authentique) : ” Nous interviendrons militairement où nous voudrons, quand nous voudrons, et sous la forme que nous déciderons, face aux pays qui refusent notre politique”.
Mais pourquoi donc la Somalie, qui n’a plus d’Etat depuis 14 ans, n’a-t-elle pas décollé économiquement ? La liberté des Somaliens est totale “d’échager avec qui bon (leur) semble au sein de la grande communauté humaine”. Il est vrai que puisqu’il n’y a pas de règles écologiques contraignantes pour restreindre l’exercice de la liberté économique des “gérants de déchets industriels étrangers”, tous les espoirs sont permis. D’ailleurs même lorsqu’il y a un Etat, comme en Côte d’Ivoire, on se permet d’y larguer tous les déchets toxiques possibles et imaginables. Comme le précise un autre membre du gang, cité dans l’article : ” Les déçus de la défaite du communisme avancent désormais le mythe du développement durable”.
Erik Gartzke (déjà nommé) ajoute : ” Lorsque les égoïstes travaillent selon leurs propres termes et à leurs propres buts, ils créent les circonstances qui permettent la coopération internationale et évitent une occupation”. Si l’on comprend bien, le résultat de l’intervention américaine en Somalie en 1992 a été de libérer le peuple somalien d’un Etat destructeur des libertés individuelles. Bon sang, mais c’est bien sûr…
Quand “la justice intrinsèque du capitalisme global” (bis repetita et sic) aura illuminé le monde, on espère qu’il n’aura pas disparu entre-temps.
Publié par Bernard Boeton
