Un mineur en prison pour 260 000 euros ?
A Lausanne, le Conseil d’Etat (gouvernement cantonal) du Canton de Vaud vient d’annoncer la construction, pour un montant de 30 millions de francs suisses (environ 20 millions d’euros) d’un Centre de détention pour mineurs de 15 à 17 ans, d’une capacité de 56 places, soit, selon la presse, une moyenne d’environ 400 000 francs suisses (260 000 euros) par “tête de pipe”. Cette décision applique une décision fédérale, donc c’est la loi suisse.
Il y a quelques années, le même Conseil d’Etat, sollicité par son propre Service des réfugiés, d’ouvrir un Centre d’accueil de 30 places pour mineurs non-accompagnés demandeurs d’asile, avait refusé pour raisons budgétaires. Ce refus était en contradiction avec les normes et lois internationales qui exigent de tout pays la protection immédiate et systématique des mineurs demandeurs d’asile, quelles que soient les conditions - et les bonnes ou mauvaises raisons - de leur arrivée (Convention des Droits de l’enfant, normes du Haut-Commissariat aux Réfugiés, etc, etc…) : l’objectif était d’assurer un accueil, une protection, physique et juridique, une écoute, ainsi qu’un préparation, soit à l’intégration, soit au retour dans le pays d’origine. Mais au moins, sans nier les risques d’échecs, les autorités auraient fait leur devoir légal : obligation de moyens à défaut d’obligation de résultats.
Mais la loi internationale (ratifiée par la Suisse) a donc moins d’importance que la loi nationale dont les effets d’annonce médiatiques “rassurent” l’opinion publique.
On citera pour mémoire, un morceau d’anthologie de l’Office Fédéral (suisse) des Etrangers, datant de 2004, qui avait au moins le mérite de la franchise (Paragraphe 5.1 d’un texte intitulé “L’Afrique en Suisse : éléments d’analyse et de politique “, concernant les migrants en général, et pas seulement les mineurs) :
“Les disparitions :
Presque 90 % des requérants d’asile originaires d’Afrique quittent le domaine de l’asile par des “départs non-officiels”. Sans cette soupape (sic), la politique d’asile devrait assumer un fardeau social et financier qu’elle ne pourrait pas porter. Les disparitions - qu’on le veuille ou non - remplissent ainsi une fonction-clé dans la gestion des flux migratoires entre la Suisse et l’Afrique sub-saharienne” (…)
Les mineurs non-accompagnés demandeurs d’asile qui seront déboutés, disparaîtront donc dans la nature, deviendront clandestins, à la merci du premier trafiquant venu, qui offrira hébergement, nourriture, et téléphone portable, pour vendre de la drogue dans les rues de Lausanne ou d’ailleurs - et ils se retrouveront bien un jour dans le nouveau Centre de détention pour mineurs, flambant neuf, (premier nommé ci-dessus) où le prix de journée sera peut-être le double d’une journée dans un hôtel moyen de la place.
Quand on a de l’argent, on fait les choses propres-en-ordre, n’est-ce pas ?

3.04.08 à 10:54
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