Enfants en prison - témoignage (décembre 2006)
Extrait d’un rapport reçu suite à une visite de prison dans la province d’un pays d’Afrique, dans la semaine du 28 novembre au 2 décembre 2006 :
“La prison civile est une bâtisse ancienne, d’époque coloniale.
85 détenus sont présents au début de la visite, dont 21 mineurs, et 6 femmes, dont une est accompagnée d’un enfant en bas-âge.
280 détenus ont été reçus dans cette structure depuis le 1er janvier 2006, dont 37 mineurs, selon le prisonnier-secrétaire. C’est en effet un prisonnier qui tient les registres.
La grande majorité des détenus se trouve répartie dans deux cellules logeant respectivement 31 et 32 personnes pour 27 m2 par pièce. Et donc une superficie de 0,85 m2 par personne.
Cinq autres hommes se trouvent dans une cellule séparée de 8 m2.
6 femmes dans une autre cellule de 8 m2 et 11 prisonniers sont installés dans une pièce ouverte donnant sur la salle commune.
Du fait de l’évasion d’un mineur en juilllet 2006, 3 cellules ne sont plus utilisées si bien qu’aucune séparation n’existe entre mineurs et majeurs.
Les femmes occupent donc une cellule séparée, mais sont exposées à toutes sortes de risques, notamment d’ordre sexuel.
Aucun point d’eau n’est disponible à l’intérieur de la prison. Le tuyau de raccord au service est hors d’usage. L’approvisionnement en eau se fait, deux fois par jour, sur un forage extérieur, par stockage dans un fût de 220 litres. Donc, 440 litres d’eau par jour pour l’ensemble des 85 prisonniers. La moyenne disponible quotidienne par personne est donc de 5 litres, grâce à 3 distributions par jour, dans des bouteilles de plastique très usagées. Les adultes exercent une pression “hiérarchique” sur les mineurs dont chacun ne reçoit en réalité qu’environ 3 litres par jour pour l’ensemble de leurs besoins.
Les prisonniers ne se lavent pas. Une douche existe mais dont l’accès est interdit : l’adduction d’eau ne fonctionne pas et son utilisation supposerait une sortie extérieure jugée dangereuse puisque la cour n’est pas protégée.
Personne n’a de savon.
Aucune hygiène dentaire n’est pratiquée.
Aucun médicament n’est disponible.
Les vêtements ne sont jamais lavés, sauf pour les femmes. Ce sont les mêmes vêtements du premier jour au dernier jour de la détention. La literie se compose de nattes usagées et sales, partagées par plusieurs prisonniers. Pas de couvertures (elles ont été vendues contre nourriture).
Les sorties à l’air libre sont interdites par crainte d’évasion. Les mineurs interrogés ont découvert la cour de la prison à l’occasion de notre visite.
La ration alimentaire est de 250 gr. de riz par jour et par personne, assaisonnée d’une sauce très claire, sans protéines. La dépense alimentaire par prisonnier est équivalente à 0,25 euros par jour.
3 latrines sont disponibles dans la cour. L’une est bouchée, les deux autres visiblement peu utilisées. Un pot de chambre (avec couvercle) est disponible dans les cellules les plus remplies : il sont vidés chaque matin.
Bilan médical :
Malnutrition : légère : 33 % - modérée : 48 % - sévère : 10 % des prisonniers
Signes de déshydratation : 95 % des prisonniers
Hypoglycémie : 100 % des prisonniers
Affections générales de la peau : 90 % des cas - dont gale surinfectée : 14 % des cas.
Paludisme : 61 % des prisonniers (invasion de moustiques dans les cellules puisqu’il est impossible d’aller aux toilettes à l’extérieur)
Anémie : 100 % des prisonniers
Parasitologie des selles positive à 89 %
Et donc :
Troubles psychologiques : 100 %
Les mineurs ne reçoivent aucune visite. Seuls 3 d’entre eux ont leur famille dans la région. Forts sentiments d’abandon et d’angoisse chez les mineurs, par manque de sommeil, de place, de couchage à même le sol, d’insectes qui envahissent les cellules - aussi à cause du froid. Manque de perspectives aussi…”
Action immédiate fut entreprise, médicale, nutritionnelle… et juridique : 13 mineurs sur les 21 présents ont été libérés sur-le-champ, après négociation avec le Juge, contre promesse de médiation avec les victimes des délits commis.
Question subsidiaire : combien y a-t-il d’organisations humanitaires, de défense des droits de l’homme, et d’O.N.G. au métre carré ?

21.03.08 à 8:34
[...] sur un billet précédent de ce blog sur ce thème : “Enfants en prison - Témoignage en Guinée (déc.06) “ ou encore, vu sous un autre angle (en Suisse) : ” Un mineur en prison pour 260 000 euros [...]
3.04.08 à 6:26
[...] “Enfants en prison” [...]