Madame,
Surtout ne bougez pas. Si l’on peut se permettre ce qui n’est en aucun cas une familiarité ou une condescendance mal placées, continuez à rester vous-même.
Nous fixons notre opinion sur vos propositions, mais aussi – et autant – sur votre attitude et votre résistance face aux critiques, aux attaques, ou aux turbulences de votre entourage, que sur le chiffrage de votre programme…
Vos propositions sont peut-être les bonnes, elles sont en tous cas pragmatiques et concrètes, même s’il nous est parfois difficile d’en juger autrement que par le "feeling" subjectif, d’autant plus que chacun-e juge les candidat-e-s à l’aune de son univers professionnel et/ou personnel.
En revanche, devant chaque postulant-e à la charge du destin collectif, homme ou femme peu importe, on a besoin de "vérifier" sa capacité de garder ses nerfs et de garder le cap dans l’épreuve, en cas de crise grave, nationale ou internationale. Et il risque d’y en avoir de belles …
Même si vous n’êtes pas élue, aucune campagne ne sera plus tout à fait comme avant. On sait désormais que la politique consiste d’abord à écouter les gens et non pas à les assommer quotidiennement, depuis des mois, de "campagnes de Comm’" aux verbiages doucereux et rampants, avec coups de menton et "paroles verbales" en tous genres.
N’oubliez pas, par ailleurs, cette citation célèbre (de Churchill ?) : "La différence entre un politicien et un politique, c’est que le politicien suit l’opinion publique, alors que le politique conduit le peuple."
La France va ouvrir un nouveau chapitre : la génération de l’après-guerre, ou ce qu’il en restait, termine son tour de piste, à genoux dans le marécage des affairistes d’une quasi-monarchie usée jusqu’à la corde et dans un charivari médiatique éhonté de tous ces journalistes qui parient sur les retours d’ascenseurs de l’impétrant Sarkozy (pas un seul mot ce mardi soir au TJ de France 2 sur votre débat de la veille devant 10 millions de Français : il va y avoir du boulot pour remettre un peu de dignité dans le P.A.F…)
L’élection ne se jouera pas tant sur le chiffrage des programmes que sur la question de savoir avec qui les Français accepteront les sacrifices nécessaires, "donnant-donnant", à condition qu’ils aient le sentiment de justice – et d’un minimum de probité de leurs élus.
De l’air, de l’air… Il devient urgent de nettoyer les écuries d’Augias de la politique française grâce à une nouvelle génération de responsables, qui fera aussi ses erreurs, qui, à la longue, aura aussi ses brebis galeuses… mais le renouvellement est vital pour toute société : 1981-2007 = 26 ans, une génération.
Deux questions auxquelles il nous siérait cependant de connaître vos réactions et analyses :
1 – Les USA bombardent les sites nucléaires de l’Iran : vous dites quoi ? et vous faites quoi ?
2 – Vous êtes devant les 1 500 licenciés d’Alcatel-Lucent, ou les 5 000 futurs licenciés d’Airbus : vous leur dites quoi ? vous faites quoi ?
Il y a des problèmes internationaux gravissimes et un "Etat du monde" en voie de délabrement : mais à quoi cela sert-il de continuer à pérorer sur "la grandeur de la France", avec 8 ou 10 millions de chômeurs et précaires ? Qu’est-ce que la souveraineté nationale, lorsque toute la classe politique, impuissante, apprend, comme tout un chacun, par la presse, les charrettes hebdomadaires de milliers de licenciements ?
Nous avons "la preuve par Chirac" que la mainmise d’un parti sur l’Elysée, l’Assemblée Nationale, le Sénat, les Régions, le Conseil Constitutionnel, que d’avoir verrouillé les Procureurs et paraphé les 7000 nominations décidées chaque année par le Monarque, etc, etc … que tout cela n’était en aucun cas une garantie d’efficacité ou de performance supérieures à la situation d’équilibre et de vrai débat démocratiques. Nous avons besoin de connaître vos options, votre programme, mais aussi de sentir qu’au-delà, votre vision de la France vous permettra de rester "souveraine" dans le rôle d’arbitre, quoiqu’il arrive. Et il en arrivera…
Les candidats de l’extrême-gauche sont extrêmement utiles : ils témoignent du fait que comme disait Kennedy : "le problème apparent est en retard sur le problème réel"… Mais le témoignage est une chose et l’exercice du pouvoir en est une autre : si vous y parvenez, écoutez-les, associez-les… De toute façon les problèmes qu’ils abordent seront les vôtres dans l’exercice du pouvoir, mais il vous faudra rassembler pour agir efficacement.
Continuez d’ignorer les basses oeuvres verbales des uns et des autres : droit sur l’horizon …
Il sera toujours temps de cogner sur votre opposant dans la campagne du deuxième tour, car c’est bien connu : "au premier tour, on choisit, et au deuxième tour, on élimine".
Et puis tout en vous occupant sérieusement des conditions de vie des Français, merci de tenter de donner de la France une image européenne et internationale un peu plus positive, un peu moins arrogante, à l’image de ce que vous étiez lors d’une certaine conférence de presse tenue par vous dans un Congrès au Japon en décembre 2001…
"Faites bien", comme on dit en Afrique.

J’ai toujours plaisir à vous lire. Je complète vos recommandations et questions à la candidate du PS.
Pour les villes de banlieue en grandes difficultés et lieu des émeutes de l’automne 2005 : éradiquer l’habitat indigne ; développement du parc social (article 55 loi SRU) ; requalification des territoires en déshérence économique ; aider les jeunes diplômés de ces quartiers ; amplifier la lutte contre les discriminations à l’embauche.
Que les candidats d’extrême gauche portent des revendications légitimes, certainement ! « Associez les » même si la candidate le souhaite, je pense qu’entre la sociale démocratie et la gauche extrême le fossé est trop large.
Mais, dans votre lettre ouverte, vous avez oublié de poser LA question : conservez vous la constitution de la Vème république ? A cause de cette constitution, nos institutions manquent de représentativité, le Parlement ne dispose pas de tous les pouvoirs qui lui reviennent alors qu’il est censé être le représentant du Peuple.