Billets d’humeur de salle d’attente

30.04.07

Avant de s’absenter pour quelques jours à l’étranger (sans accès à Internet) :

Entendu ce jour :

“Déclaration Universelle des Droits de l’Homme :
Article 1 er : Tous les hommes sont Sego en droits”.

Lu ce jour, un article paru dans un journal du Burkina-Faso
à propos de l’élection présidentielle en France ,
sous le titre : Sa bouche ne porte pas de caleçon” :

(…) ” L’Afrique se veut le continent de la solidarité contre l’individualisme. Mais elle est aussi celui d’Etats aux poches trouées qui ne peuvent envisager d’être “Providence“. Les concepts de “minima sociaux” ou de “revenu minimum d’insertion” n’ont même pas atteint ici le statut de mirages.(…) La campagne devient un sitcom dont les acteurs suscitent les commentaires au pro-rata de leur notoriété”. (Parmi les personnages de ce sitcom), ” celui de l’UMP plaît parfois car, comme le dit une expression ouagalaise (de Ouagadougou), “sa bouche ne porte pas de caleçon“. Sarkozy n’a pas la bonhommie de Chirac, mais parle cru, avec cette virilité vindicative que ne désapprouve pas un Burkinabé. Pourtant peut-être sa bouche aurait-elle dû porter un sous-vêtement quand il déclarait une flamme poussive au Burkina-Faso, le 17 avril sur TV5, indiquant qu’il admirait la bonne humeur de “ceux qui n’ont rien“. A Ouagadougou, ce n’est guère faire un compliment que de vous regarder depuis le Nord et de vous dire : ” Vous n’avez rien”.

Sur le discours de Sarkozy à Bercy, hier dimanche, un seul commentaire : s’il y a des hésitants ou des “indécis”, qu’ils veuillent bien relire ce discours, bel exemple de n’importe quoi sur n’importe quoi, y compris Mai 68 qu’il faut “liquider”, etc… Mais quel est le connard de conseiller/consultant en communication qui a inspiré cette saillie stupide à l’histrion Jeannot-Lapin, à 5 jours du vote ?

Avez-vous vu le reportage de la visite de Sarkozy dans une usine du Valenciennois ? Fascinant… Des extraits de discours “Une usine, c’est beau”… “la fraternité des ouvriers” … (lesquels avaient des visages fermés, totalement inexpressifs, mais casqués…). Tout le monde sait que les images de la campagne Sarkozy, même diffusées sur les chaînes de service public sont fabriquées par des sociétés privées de… pure et simple propagande. Vraiment , ces ouvriers étaient filmés à la manière de la propagande la plus basique, la plus brute de décoffrage…
Bref, on va s’extraire de tout ça pendant quelques jours.
Retour après le deuxième tour, c’est à dire avant le troisième : une majorité parlementaire socialo-centriste pour le Président Sarkozy ?
Rira bien qui rira le dernier ?


Babils de campagne : pour Ségolène Royal

26.04.07

D’abord, un sentiment :

En allant voter le 22 avril vers midi, dans une commune de la banlieue lausannoise, flottait une sympathique ambiance “bon enfant”, par une belle et chaude journée, au milieu d’une affluence d’inconnu-e-s qui avaient plutôt l’air de venir à un pique-nique campagnard - ce qui tranchait avec l’enjeu dont chacun-e avait probablement conscience.
Un étrange mélange de forte appartenance communautaire et de secret individuel, pour un enjeu d’une certaine gravité, mal dissimulé - surtout chez les fameux “indécis” - derrière des plaisanteries et jeux de mots bien français entre des gens qui, pour la plupart, ne se connaissent pas.
La démocratie, à ce très court moment-là, avait un certain charme et on se dit qu’il y a tant de peuples dans le monde qui aimeraient pouvoir “remplir leur devoir” dans cette atmosphère.

Ensuite le taux exceptionnel de participation…
Comme disait Chirac dans son dernier discours télévisé “… d’une France qui n’a pas fini d’étonner le monde.”

Quant aux résultats, tout a été dit et répété à satiété.
Quelques impressions cependant :

N.Sarkozy a peut-être engrangé dès le premier tour le potentiel de voix d’extrême-droite “lepeniste” qu’il ambitionnait de prendre dans ses filets. Pas sûr que les 10% des votes exprimés pour Le Pen le rejoignent au deuxième tour.

S.Royal - quoiqu’on pense de sa personnalité et de son programme - a clairement montré sa capacité d’être à la hauteur de l’enjeu, sa résistance, son obstination et sa clarté. Mais curieusement, le ton de son discours de Melles, dès l’annonce des résultats, avait quelque chose d’anxiogène et de “dur”, qui s’explique peut-être par la conscience spontanée de ce qui lui tombe sur les épaules et de ce qui se prépare pour le deuxième tour. Quelque chose du genre de ce que disait Mitterrand apprenant son élection en 1981 : ” Enfin, les problèmes commencent…

L’excellent score de F.Bayrou, outre les quelques “pourcents” de l’électorat centriste traditionnel, démocrate-chrétien (surtout dans l’Ouest de la France), montre qu’il a attiré de nombreux électeurs indécis, dont on peut distinguer probablement deux catégories : les indécis “de conviction” (devant la crise, il faut attirer les compétences des deux côtés) et les indécis “tactiques”(on vote dès le premier tour pour celui que les sondages disent garantir l’éviction de Sarkozy au deuxième tour).

Le Parti Communiste bouge encore, mais son suicide est interminable…

Quant aux candidat-e-s de l’extrême-gauche et aux anti-libéraux et altermondialistes, leur score est inversement proportionnel à l’importance de leurs analyses et de leurs alertes, très écoutées et probablement assez approuvées, y compris pour les écologistes, mais ce sont des discours de “société civile”, autrement plus indispensables dans les débats et décisions de la vie politique permanente que pour prendre les manettes du pouvoir.
Il n’y a pas d’”éthique de la responsabilité sans éthique de conviction, celle-ci alimentant celle-là, à condition que, dans une véritable démocratie, leurs incarnations respectives ne soient pas les mêmes personnes.

Pour le second tour - et donc sans connaître le résultat final du 6 mai - le choix se fera essentiellement sur la personnalité et donc sur la pratique du pouvoir que l’on pressent chez les deux candidats : lequel des deux sera à l’écoute de la société civile ?

Il n’y a ni honte ni trahison à tenter pour le deuxième tour de rassembler une majorité de Français sur des valeurs fondamentales, notamment en matière institutionnelle - ce qui est malgré tout la première responsabilité d’un-e président-e.
L’objectif d’une élection est de gagner et donc il faut rassembler.
Ce serait une trahison sciemment organisée que d’assurer la victoire de la droite en se maintenant dans un discours de radicalité politique : avoir raison et être sûr de perdre…
Sans oublier que peut-être certaines représentations socialistes ont vieilli, comme leurs militants…
La mondialisation est une réalité qu’il faut affronter et non pas fuir : mieux vaut élire un-e président-e qui ouvre large une coalition gouvernementale dès lors qu’on a la certitude que la “société civile” saura se faire entendre, à partir du moment où la démarche de démocratie participative a été annoncée.
En face, à droite, le discours de la “mondialisation-chance” serait l’ouverture à quantité de décisions et de lois à la fois répressives et créant de l’injustice utilisant la mondialisation comme prétexte facile et “passe-partout”.

S. Royal a marqué un grand point psychologique en acceptant de dialoguer publiquement avec F.Bayrou, alors que le refus de N.Sarkozy traduit une rigidité qui en dit long sur son éventuel futur style d’exercice du pouvoir.
N.Sarkozy nous refera-t-il le coup du slogan de Chirac dans les années 70, dénonçant le Front Marxiste de son adversaire ?

Dans une campagne de ce genre, ce ne sont pas les attaques et les critiques qui font la décision, c’est surtout la manière dont les candidat-e-s les encaissent et y répondent.

Incontestablement, Ségolène Royal a la vision et la perception juste et concrète de l’état de la France, l’ambition et l’assurance, le langage et le sens politique, le tempérament et les nerfs pour assumer la charge.
N.Sarkozy a l’arrogance de celui qui s’y croit déjà - et depuis toujours. Or ” ce ne sont pas les doutes qui rendent fou, mais les certitudes…” Sans oublier le marigot des affairistes de haut-vol (sic) qui s’engouffreront derrière lui, ni les grandes orgues de la mondialisation sauvage qui rugiront, s’il est élu.

Votez Ségolène Royal, sans hésitation.

Petite question anecdotique pour finir : que se passe-t-il dans la tête
- des 186 habitants de Tahiti qui ont mis un bulletin “Schivardi” dans l’urne ?
- des 25 électeurs qui ont choisi “Nihous” à Wallis-et-Futuna ?
- des 17 électeurs de “De Villiers” à St Pierre-et-Miquelon ?


De l’éthique sur l’étiquette des O.N.G.

18.04.07

Même si la notion d’”organisation non-gouvernementale” recouvre une très grande diversité d’associations ou de fondations aux statuts juridiques, objectifs et méthodes très diverses, la question éthique est essentielle et incontournable.
En effet, les missions que se donnent les O.N.G. affirment des principes induisant des jugements sur des situations humaines insuffisamment reconnues ou scandaleusement ignorées : être “la voix des sans-voix“, le service des “plus pauvres“, le respect des “droits des oubliés“, etc…
Ces principes induisent parallèlement des jugements sur les pouvoirs et puissances en tous genres qui ont pourtant le mandat et/ou les moyens de reconnaître ces situations et d’y faire face.

Mais il serait paradoxal que, fondant leurs actions sur des jugements, les ONG ne s’imposent pas au minimum le même degré d’exigence éthique, quant à leur propre fonctionnement, que celui qu’elles exigent par exemple, en demandant aux multinationales l’établissement de code de bonne conduite, chez elles comme chez leurs sous-traitants…
Même si les ONG sont fortement idéalisées dans leur image “grand-public”, elles sont parfois, comme toutes les institutions humaines, “trop humaines“, avec leurs dysfonctionnments, voire même leurs perversions.
Comme partout, le risque est là que “l’argent monte à la tête“, et comme chacun sait ” qui ne vit que par et pour les média, mourra par les média”… sans oublier : “Qui feut faire l’ange…

Dans les O.N.G, la notion d’éthique institutionnelle se rapporte à des valeurs collectives, librement choisies et annoncées, dans lesquelles les acteurs, qui s’y engagent, inscrivent, de manière contractuelle, leur éthique individuelle.
Cette exigence se situe au-delà de la simple notion de déontologie professionnelle. Travailler dans un camp de réfugiés suppose pour un médecin, de se conformer à la déontologie médicale, mais comporte en plus des exigences de comportement vis à vis des populations vulnérables, vis à vis du personnel local et des autorités (”vous êtes ici pour être medecin, et non pas pour vous comporter en colonial…“).
Un code éthique est théoriquement d’autant plus nécessaire qu’un expatrié peut se retrouver en situation de pouvoir quasi-absolu pendant une longue durée, sans contre-pouvoir ni possibilité de contrôle et que d’autre part, l’expatriation est toujours volontaire (ce qui ne veut pas dire “bénévole”) avec des contraintes connues à l’avance et librement consenties.

La question éthique se situe à tous les niveaux d’une ONG et souvent “le diable est dans les détails” : cela peut aller de l’établissement d’une échelles de salaires, aux contraintes de la communication et de la recherche de financements, en passant par le management participatif ou les messages aux donateurs.

Voici, en vrac, quelques exemples de réflexions éthiques, évidemment non-exhaustives :

Il est parfois paradoxal de voir des ONG qui ne cessent de promouvoir en public les notions de service, de solidarité, de respect des personnes et qui sont pourtant minées par des conflits de pouvoir interne (surtout en période de croissance budgétaire) ; de voir des directeurs “charismatiques” faire le siège des média pour des associations dont la mission stipule “l’effacement individuel proche de l’anonymat“, même si l’on sait que la personnalisation est la règle générale des media.

Dans la recherche de fonds “grand-public”, est-il éthique de consacrer des sommes folles à des mandats externes de consultants en marketing qui estiment qu’un premier mailing est réussi s’il couvre ses propres frais, car c’est le deuxième mailing qui est rentable ? On sollicite le public pour les bénéficiaires… ou pour couvrir les frais ?

Est-il éthique de simplifier à outrance la description d’une situation d’urgence en exhibant des besoins chiffrés approximatifs ou exagérés ? Ou encore de surévaluer l’impact et les résultats d’une action dans un conflit à grande échelle, même pour convaincre, et même de bonne foi ? Est-il éthique de se prétendre expert de la complexité du monde quand on gère des budgets parfois quasi-microscopiques ?

Une ONG n’est qu’un intermédiaire entre des donateurs et des bénéficiaires … qui ne se connaissent pas.
Le lien de confiance se doit donc d’être à toute épreuve.
L’argent reçu par une ONG ne lui appartient pas : il appartient aux bénéficiaires.
C’est bien pourquoi une ONG ne devrait jamais remercier les donateurs “au nom des bénéficiaires” : ceux-ci ne sont nullement tenus de remercier : ils ne reçoivent que les prestations qui leur sont dues.

A quoi cela sert-il de dénoncer la marchandisation et la privatisation des services publics dans une économie mondialisée si en même temps on se comporte en multinationale sur le “marché des donateurs ?
Se réjouir de toute nouvelle initiative associative ?… ou tenter de torpiller les ONG “concurrentes” ?

Lorsqu’une ONG reçoit un don anonyme important, doit-elle s’inquiéter - et exiger - de connaître la nature et l’origine des fonds (risque de blanchiment ?) Ou bien n’est-elle responsable que de son utilisation ?

Que répondre au donateur régulier qui reproche à l’ONG de dépenser de l’argent pour l’informer par l’abonnement à sa publication et demande de ne plus lui envoyer le journal de l’association ?

Peut-on encore se présenter comme “organisation non-gouvernementale lorsque 80 % du budget d’une ONG provient de fonds publics, gouvernementaux ou multinationaux (Union Européenne, etc) ?

La participation des bénéficiaires à la conception même des programmes humanitaires (ce n’est parfois possible qu’à des degrés divers) ne devrait-elle pas être vue sous l’angle éthique ? Peut-on vouloir faire le bien-être des gens sans les associer à l’action ? en ignorant les contraintes culturelles - qui peuvent aussi devenir des leviers, lorsqu’on s’efforce de les connaître et de les comprendre ? en outrepassant les prérogatives des autorités locales, quitte à négocier sévèrement ?

Il est pourtant un domaine où l’éthique fait parfois l’objet de soupçons qu’on pourrait qualifier de “mal placés”: l’inusable question des “frais administratifs” : qui peut dire qu’une ONG affichant 15 % de frais administratifs est gérée de manière “moins éthique” qu’un autre affichant “seulement 3 %… ?
Tout dépend de la nature et du volume de son action, des moyens logistiques et des compétences pointues dont elle peut avoir besoin pour mener à bien son action : une ONG “à 3 %” de frais administratifs peut être très mal gérée et en contradiction totale avec son image de “performance“.
Evidemment, un pourcentage de plus de 40% de frais administratifs dans le budget d’une institution humanitaire (comme certaines agences de l’ONU) est inacceptable, mais en-dessous de 20 %, on ne peut se faire une opinion sensée qu’en étudiant précisément la nature et le volume de l’action engagée.

Mais là encore des questions éthiques peuvent se poser : telle ONG met ses frais de publications dans ses frais administratifs, telle autre les fera figurer dans ses frais “d’éducation et de sensibilisation du public“, considérés comme des frais d’action. Les choix peuvent être différents - à une seule condition, c’est de bien les expliquer de manière véritablement transparente.

Pour l’anecdote, on a même connu une grande organisation internationale de développement qui avait inscrit une catégorie comptable spéciale pour les “enveloppes garnies” permettant de “travailler dans des conditions difficiles” : la nomenclature comptable mentionnait les “Frais d’accélération“…

Il serait cependant mal venu de faire de la surenchère éthique : la réflexion éthique ne doit pas devenir une doctrine “politiquement correcte” : les choix éthiques peuvent varier selon les ONG.
L’essentiel est que la question éthique ait fait l’objet d’une réflexion interne et collective pour aboutir à un document institutionnel de référence pour tous les acteurs internes comme pour les donateurs.
Au moment du tsunami asiatique, devant le choix fait par “Médecins sans frontières” de demander au public de cesser d’envoyer des dons, certaines ONG ont approuvé, d’autres se sont dites choquées. La question n’est pas tant de savoir qui a tort ou qui a raison, mais de se déterminer face à des choix clairs et transparents, et les donateurs, de toute façon, ont le dernier mot.

La diversité des objectifs et des méthodes des ONG est un aspect essentiel d’une “société civile” active dans un pays démocratique. L’existence d’une multiplicité d’ONG exprime, d’une certaine manière, le degré de libertés publiques d’un pays.
Mais dans les ONG la barre des exigences éthiques est placée plus haut que dans toute autre institution sociale et humaine : on ne peut se prétendre un contre-pouvoir et en même temps, mimer” les travers des pouvoirs dont on exige des résultats, sans en payer le prix.

Dans les ONG, l’exigence éthique doit être élevée… mais c’est aussi ce qui attire beaucoup de jeunes qui se préparent à en faire leur profession, dans l’espoir d’une cohérence réelle entre des valeurs et une action.

A condition que l’on ne “se paye pas de mots“, au risque de voir les bénéficiaires - que l’on prétend défendre - “payer les mots cassés”…


Trois nouvelles raisons de ne pas voter N.Sarkozy

10.04.07

1 - D’abord, l’interview de N.Sarkozy dans “Philosophie Magazine” où il présume l’origine génétique de la pédophilie et du suicide des jeunes.
Nul doute qu’il y a chez ce candidat une tendance - répétitive - à la vision déterministe de la “nature humaine”, qui rappelle inévitablement la prise en compte, dans un récent projet de loi sur la délinquance, du même déterminisme chez les enfants en bas-âge, dont il faudrait détecter les symptômes dès les classes enfantines, sur la base d’un rapport de l’INSERM.
Ce qui avait suscité une pétition intitulée Pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans”...
Depuis lors, même les responsables de l’INSERM ont publié un communiqué mettant en cause la méthodologie de leur propre rapport…
Et l’article sur la détection précoce de la délinquance a été retiré du projet de loi…

La vigilance sur cette tendance - à répétition, il faut le rappeler - ne consiste pas à faire un procès d’intention “philosophique” à ce candidat, qui a le droit d’avoir ses opinions personnelles, mais à se méfier des propositions de nature politique et législative qui prétendent résoudre les problèmes sociaux de manière préventive en travaillant sur les déterminismes (supposés) des individus, ce qui ne peut que favoriser le contrôle - même “soft“- de la vie collective et sociale par des techniques supposées scientifiques, ce qui le propre des méthodes, analyses et approches sectaires.
Accueillir Tom Cruise, héraut d’une secte largement répandue, au Ministère du Budget, était-ce pertinent ? insignifiant ?

Du déterminisme de la pédophilie, du suicide des jeunes, et de la délinquance à détecter dès le berceau, en passant par les déterminismes “communautaires” et “identitaires” (arabe = musulman = supposé terroriste, etc, etc…), la politique de N.Sarkozy aura des faiblesses de ce côté-là, qui n’ont plus rien à voir avec les valeurs républicaines ni avec la démocratie (qui se voudra “résolument moderne“, et donc “scientifique” et bla-bla-bla…)

2 - On apprend aujourd’hui les risques de mise en liquidation d’”Eurotunnel” si le rachat des actions par les créanciers n’est pas réalisé d’ici le 15 mai prochain.
Après le discours de Juppé, il y a quelques années sur l’idée que “Thomson vaut un franc symoblique”, après les soubresauts d’Alsthom, créateur du TGV, et les aventures d’Airbus, sans oublier les déboires d’Alcatel-Lucent, irait-on, avec Mr Sarkozy, vers un régime politique qui transfère toutes les innovations économiques et industrielles sous la coupe de la Bourse, des actionnaires et des fonds de pension ?
Au prix de dizaines de milliers de licenciements de gens qui ne comprennent pas (nous non plus) comment avec de telles performances technologiques, il faut chercher du travail ailleurs ?
Tout le monde sait que le TGV, Airbus et Eurtunnel sont des innovations technologiques qui n’auraient pu voir le jour si, au départ, la volonté politique de l’Etat - ou des Etats - n’avait été déterminante dans les investissements à long terme que ces chantiers supposaient.
Tout semble porter à croire que, dans cette vision-là des relations entre le politique et l’économie, il n’y a d’innovation industrielle que grâce à l’impulsion de l’Etat, mais dès que le succès technologique est là et bien confirmé , il est urgent de le brader aux investisseurs privés et aux turfistes de la Bourse, dont le long terme est le dernier des soucis.
Mr. Sarkozy est-il un candidat libéral (tout doit être géré par le privé, au risque de voir des entreprises de pointe disparaître) ou un candidat Chef d’Etat, soucieux de l’intérêt public à long terme ?
Comme disait F.Mitterrand : “On ne sort de l’ambiguité qu’à son détriment “…

3 - Voir le candidat N.Sarkozy soutenu activement par les Sieurs Balkany et autres Bernard Tapie ne lui suggère aucune réserve, ni honte ? Les affairistes de tous poils s’en donneront à coeur joie …

Qui voit encore chez ce candidat
un quelconque renouvellement
des générations et des méthodes politiques ?


Humour en bref et en vrac (4)

9.04.07

“Pour reconnaître que l’on n’est pas intelligent, il faudrait l’être.”(Georges Brassens)

“J’ai trouvé le chaînon manquant entre le singe et l’Homme : c’est nous.” (Konrad Lorenz)

“Si l’homme descend du singe, il peut aussi y remonter.” (Buster Keaton)

“La vie est trop courte pour être petite.” (Benjamin Disraëli)

“Il n’y a pas de précurseurs, il n’y a que des retardataires.” (Jean Cocteau)

“Celui-là a eu du courage, qui a été le premier à manger une huître.” (Jonathan Swift)

“La meilleure façon de ne pas avancer est de suivre une idée fixe.” (Jacques Prévert)

“Réfléchir, c’est déranger ses pensées.” (Jean Rostand)

“Quand on ne pense pas à ce que l’on dit, c’est qu’on dit ce que l’on pense.” (Jacinto Benavente)

“Je me cite souvent, cela apporte du piment à ma conversation.” (Bernard Shaw)

“Il y a des miroirs pour le visage : il n’y en a pas pour l’esprit.” (Baltasar Garcian Y Morales)

“N’imitez rien ni personne. Un lion qui copie un lion devient un singe.” (Victor Hugo)

“Nous sommes entrés dans l’ère de l’espace. Un candidat pourra promettre la lune et la donner.” (David Brinkley)

“Les hommes politiques feraient bien d’écouter nos voix, avant de les compter.” (Claude Frisoni)

“Tant d’énergie est dépensée pour que tout reste immobile.” (Bernard Weber)

“J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé”. (Voltaire)

“Il faut se méfier des comiques, parce que quelquefois ils disent des choses pour plaisanter.” (Coluche)

“Il faut regarder la vie en farce.” (Louis Scutenaire)

“Souvent, au lieu de penser, on se fait des idées.” (Louis Scutenaire)

“Les esprits sont comme les parachutes. Ils ne fonctionnent que quand ils sont ouverts.” (Louis Pauwels)

“Dans une avalanche, aucun flocon ne se sent responsable.” (Stanislaw Jerzylec)

“On met longtemps à devenir jeune.” (Picasso)

“Si vous voulez obtenir quelque chose, adressez-vous à quelqu’un de très occupé : les autres n’ont pas le temps.” (Pierre Daninos)

“Comment des années si courtes se fabriquent-elles avec des journées si longues ? “ (Vladimir Jankelevitch)

“Je n’oublie jamais un visage, mais pour vous, je ferai une exception.” (Groucho Marx)

“Quand on n’a pas de mémoire, on se répète ; quand on en a, on répète les autres.” (Albert Brie)

“La source désapprouve presque toujours l’itinéraire du fleuve.” (Jean Cocteau)

“Le fleuve le plus large, on le passe à la source.” (Publius Syrius)

“Hâtons-nous de succomber à la tentation, avant qu’elle ne s’éloigne.” (Epicure)

“S’éloigner de tout rapproche un peu de l’essentiel.” (Loick Peyron)

“La porte la mieux fermée est celle que l’on peut laisser ouverte.” (Proverbe chinois)

“Il se noie plus de gens dans les verres que dans les rivières.” (Lichtenberg)

“Il n’y a que l’argent qui aide à oublier qu’on n’est pas riche.” (Philippe Bouvard)

“Qui parle sème, qui écoute récolte.” (Pythagore)

“Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.” (Henri Michaux)

“L’enfance est ce que le monde abandonne pour continuer d’être monde.” (Christian Bobin)


“Continuer l’Histoire” (H.Védrine) sans les ONG ?

8.04.07

Mr Hubert Védrine présente l’avantage rare d’être à la fois socialiste et réaliste, de ne pratiquer ni la langue de bois, ni la complaisance médiatique, et ce dans un domaine où la compétence est rare à gauche : la politique étrangère et l’approche réaliste des conséquences de la mondialisation.
On lui accordera aussi que d’avoir été Ministre des Affaires Etrangères sous la cohabitation Jospin-Chirac n’a probablement pas été une sinécure.

En un mot, comme disent les ados, “il ne se la joue pas“…
Quand il parle, il dit quelque chose. Et donc on l’écoute volontiers.
Et on le lit tout aussi volontiers. Notamment son dernier ouvrage, “Continuer l’Histoire” (Ed.Fayard) qui se lit facilement, et que l’on conseille vivement d’abord aux étudiant-e-s, mais aussi à toutes celles et ceux qui ont soif de vision globale dans un monde chaotique qu’on ne perçoit que par le goutte-à-goutte évènementiel des médias.

Il est cependant une dimension de ses analyses sur lesquelles on souhaiterait revenir.

A lire Hubert Védrine (et à l’écouter depuis plusieurs années, mais en simplifiant peut-être à outrance son point de vue) , les “dizaines de milliers d’ONG dans le monde” représentent le plus souvent une vision idéaliste, et donc erronée, de la situation réelle du monde, noyées qu’elle sont dans un unanimisme des “droits de l’homme”, par naïveté et ignorance des rapports de force et des “plaques tectoniques” qui animent les peuples, les Etats, les cultures et les continents.

On lui donnera raison sur un point : même si les Etats sont les principaux responsables des violations des droits humains dans le monde (de manière active ou par impéritie), les ONG ne doivent jamais oublier que la pire des situations est l’absence d’Etat. Et ce ne serait pas la moindre des “ruses de l’Histoire” que, face aux conséquences de la mondialisation et de la recherche effrénée de la puissance “globale”( économique, politique, militaire, etc…), les ONG deviennent, d’ici dix ans, les derniers défenseurs de l’Etat…

Cependant, et d’abord, on ne peut pas, dans un tableau général des acteurs du monde, se contenter de parler de “dizaines de milliers d’ONG” et amalgamer les grandes et les petites, celles qui interviennent dans les situations d’urgence, avec celles qui s’occupent de développement à long terme, ni avec celles qui militent pour le respect des droits humains (sans gérer de projets de terrain). Il est vrai que certaines grandes ONG cumulent deux ou trois de ces objectifs, et à leur décharge, il faut dire qu’on ne s’exprime avec crédibilité pour dénoncer les violations des droits humains que lorsqu’on est vraiment actif sur le terrain, au service et à l’écoute des victimes.

Mais au-delà, reconnaissons qu’il y a vis à vis des ONG une demande multiforme, illimitée, et souvent contradictoire : voir sur ce point un précédent billet de ce blog, intitulé : “Le fourre-tout de ce que l’on demande aux ONG”. Sans oublier que, comme toutes les institutions humaines, elles ont leurs propres défauts, leurs carences et même leur propres perversions : “La “chute du Mur” de l’humanitaire ?”

Mais en matière de réalisme, l’expérience acquise depuis 40 à 50 ans, notamment depuis la création des “grandes ONG”, mériterait d’être reconnue et valorisée : elle l’est d’ailleurs de plus en plus par certains Etats qui les financent abondamment … au point qu’on peut se demander parfois si certaines ONG méritent encore le nom de “non-gouvernementales“, lorsque plus de la moitié de leurs budgets est financée par la coopération bilatérale ou multilatérale, l’Union Européenne, etc…

Plus que leur expérience acquise dans l’action de terrain, ces ONG ont acquis une capacité de lecture préventive des situations les plus graves, et les plus sérieuses de ces ONG devraient être reconnues comme légitimes dans leurs analyses et dans leurs alertes : dans combien de situations, ne serait-ce que ces quinze dernières années, le réalisme était du côté des ONG et sûrement pas du côté des Etats. Qui avait alerté quelques mois avant le début du génocide au Rwanda ? Qui d’autre, aujourd’hui, peut témoigner de la réalité vécue par les population du Darfour ?

Quant au soi-disant “unanimisme bêlant des droits de l’homme”, cela nous semble une pure distorsion de la réalité.
En effet :
- la très grande majorité des dizaines de Conventions internationales sur les droits humains (conventions, pactes, chartes, etc…) ont été négociées, élaborées, signées et ratifiées depuis la dernière Guerre Mondiale ; dans l’histoire de l’humanité comme dans l’histoire du droit, la notion de Convention internationale est donc relativement récente ;
- ces Conventions constituent la loi contraignante des Etats qui les ont ratifiées : hormis le Conseil de Sécurité où sévit le droit de veto d’un, ou de quelques-uns, des cinq membres permanents (et plus, si un jour le Conseil de Sécurité s’élargità de nouveaux pays), qui donc a la possibilité et la légitimité d’alerter, de dénoncer, et de mobiliser l’opinion publique nationale ou internationale ?

Si l’Occident cherche à promouvoir urbi et orbi la démocratie qui soit non seulement représentative mais participative, pourquoi dénoncer l’absence de légitimité des ONG, alors que les politiciens ne cessent de louer ” le rôle irremplaçable de la société civile ” ? Voir le texte célèbre de Michel Foucault : ” Le reste muet de la politique”.

Enfin - et ce n’est pas le moindre - il faut rappeler sans cesse que la promotion et l’établissement de la notion de droit humain ne consiste pas à rédiger des textes quasi-bibliques.
Le droit exprime des valeurs d’une société humaine (sans d’ailleurs, pour autant, se substituer à la question des valeurs et aux questions éthiques). Mais le droit n’est pas une valeur absolue, le droit exprime toujours une relation avec autrui, que ce soit entre les personnes, entre les cultures et entre les Etats.

La formalisation des droits dans des textes internationaux est précisément ce qui permet de fonder un dialogue international, non plus sur la base de convictions politiques, philosphiques ou religieuses, ou sur la base de stratégies de puissance économique ou militaire, mais face à des références universelles devant lesquelles les Etats sont égaux, indépendamment de leurs niveaux de développement ou de puissance.

Ces références universelles constituent un langage international commun qui intègre les contradictions en les exprimant, d’abord parce que comme toutes les formes de droit, les droits humains prêtent à interprétations, sont ouvertes aux améliorations mais permettent aussi la coopération internationale dans leur mise en oeuvre.
Exemples ?
- les U.S.A. ont raison de dénoncer les violations des droits individuels en Chine, et les Chinois ont raison de dénoncer l’absence de protection sociale et médicale pour 45 millions d’Américains…
- il fallait être au contact des autorités judiciaires des pays d’Europe Centrale, lorsqu’ils étaient candidats à l’adhésion à l’Union Européenne pour mesurer la frénésie de leurs autorités à mettre leurs lois et procédures judiciaires en conformité avec les normes de l’Union…

Sans la “naïveté de dizaines de milliers d’ONG“, y aurait-il eu une Cour Pénale Internationale ? (pour avoir participé à la Conférence de Rome, l’Abrincate témoigne de ce que des diplomates affirmaient que certains représentants d’ONG qui faisaient du lobbying dans les couloirs, étaient plus compétents, juridiquement, que beaucoup de diplomates présents …)

Sans l’obstination de centaines d’ONG au sein d’une Coalition internationale (qui a obtenu le prix Nobel de la Paix), y aurait-il eu une Convention internationale contre les mines anti-personnel ?

Sans le travail obscur de milliers d’acteurs de terrain dans les conflits, y aurait-il eu cette alerte internationale sur les enfants-soldats (voir la Conférence de Paris en février 2007) ?

Sans l’obstination, sur 20 ans, d’une ONG comme ECPAT, y aurait-il eu cette mobilisation internationale contre l’exploitation sexuelle commerciale des enfants, au cours des deux Congrès de Stockholm (1996) et de Yokohama (2001), avec à chaque fois, plus de 100 ministres faisaient la queue au micro des séances pleinières pour mentionner tel ou tel projet de loi , en préparation ou déjà adopté dans leurs pays respectifs ?

“So what ? “dira-t-on…

Ces Congrès à répétition, ce chantier permanent de nouvelles normes internationales n’ont pas fait reculer le problème réel des enfants-soldats ?

Le premier procès
de la Cour Pénale Internationale jugera, en 2007, Thomas Lubanga, chef de milices au Congo, pour “enrôlement d’enfants dans les conflits armés”.

Est-ce que les Conventions ont fait cesser les guerres ?
Non, mais s’il n’y avait pas de Tribunal Pénal International, Karadzic et Mladic seraient respectivement président et chef d’état-major de la Républika Serbska…

A quoi sert la Convention sur les mines anti-personnel, puisque ni les USA, ni la Russie, ni la Chine, principaux producteurs et exportateurs de ces “armes du lâche”, ne l’ont ratifiée ?
Oui, mais désormais, l’opinion publique internationale est informée et sait à quoi s’en tenir.

Les recommandations des Nations Unies pour l’abolition de la peine de mort n’empêchent pas la Chine, le Pakistan, l’Arabie Saoudite, et tant d’autres pays, de la pratiquer couramment …
Oui, mais tous les partisans de la peine de mort sont désormais, et progressivement, sur la défensive, y compris aux Etats-Unis… dont la Cour Suprême a aboli en 2005, sur l’ensemble du territoire, la peine de mort applicable aux mineurs au moment des faits.

Etc, etc…

Les ONG n’ont pas - et n’ont jamais eu - pour légitimité ni pour ambition de se substituer à la responsabilité des Etats, mais de les mettre sur la défensive à propos de violations des droits humains qu’ils ont eux-mêmes négociés et ratifiés, en instaurant un rapport de force médiatique et moral à seule fin qu’ils ne puissent plus se dissimuler derrière une fausse interprétation de leur souveraineté.

La règle vaut pour les relations entre les Etats comme entre les personnes :

“Quand il ya a un fort et un faible,
c’est le droit qui libère
et la liberté qui opprime”

(Auteur inconnu)


Kosovo : pourquoi pas l’impossible ?

3.04.07

Dans la lancinante question du Kosovo qui a occupé la mission onusienne de Mr Ahtisaari pendant des mois, on a le sentiment de se retrouver au point de départ d’il y a cinq ans…

La recommandation d’accorder une indépendance sous contrôle international ne signifie rien d’autre que de faire perdurer le conflit. Il y a aura toujours un blocage des Serbes sur le mot indépendance, et le même blocage, dans l’autre sens, sur le même mot du côté des Kosovars musulmans.

Or lorsqu’un problème semble désespérement bloqué, il faut se demander si la question est bien posée.

D’un côté, est-il pertinent de continuer à tenir compte de l’attachement des Serbes à la terre kosovar alors qu’elle est habitée depuis des lustres par des Kosovars musulmans ? L’intransigeance des Serbes reste ancrée dans les motifs qui les ont conduit à la guerre que l’on a connue il y a plus de dix ans. Malgré toutes les missions en tous genres, on est toujours au point mort.

De l’autre côté que signifie, chez les Kosovars, d’exiger l’indépendance immédiate pour ensuite, six mois après, demander l’ouverture de négociations pour une adhésion future à l’Union Européenne, alors que, simultanément, de son côté, le président serbe ne cesse de dire que “l’Union Européenne est le partenaire le plus important de la Serbie et que le pays n’a aucune autre perspective que celle de l’Europe” ?

Voilà deux entités au contentieux historique insoluble, mais qui ne cessent de soupirer ensemble devant la même Union Européenne
Pourquoi l’Union Européenne ne tiendrait-elle pas le discours suivant :

Aux Serbes : ” Vous n’aurez aucune perspective d’intégration progressive à l’Union Européenne si vous n’acceptez pas d’abord l’indépendance du Kosovo.”

Aux Kosovars : ” Vous n’aurez aucune perspective d’intégration dans l’Union Européenne si vous n’acceptez pas de vivre avec les Serbes et de respecter leurs droits sur votre territoire, comme tous les pays du monde qui doivent gérer et respecter leurs minorités.”

Evidemment ce discours est totalement naïf…

SAUF….

Sauf si l’Union Européenne assortit ses menaces/promesses de substantiels perspectives budgétaires à la clé.
Car lorsqu’on a la chance d’aller de temps en temps au Kosovo, on se dit qu’autant la présence militaire de la KFOR se justifiait le temps nécessaire pour cicatriser les conséquences des massacres et nettoyages ethniques, autant, dix ans plus tard, il serait temps de se dire que si on promettait aux deux côtés la valeur financière du coût du maintien de l’UNMIK et de toutes ces forces militaires convertis dans les investissements économiques, ils y réfléchiraient à deux fois.

Ce ne serait pas la première fois que les puissances mondiales mettent fin à un conflit en “arrosant” les belligérants pour les calmer et les contraindre à surmonter leurs perceptions et leurs haines respectives.

Et si l’Europe n’est pas une puissance mondiale capable de tenir un nouveau discours de développement économique plutôt que de continuer à “épiler les chenilles” dans des négociations sur la base de discours parallèles qui sont les mêmes depuis 10 ans et dont on sait qu’ils ne déboucheront sur rien d’autre qu’un statu quo ou une nouvelle guerre… c’est à déséspérer de l’Europe, qui a pourtant réussi à réconcilier la France et l’Allemagne, les pays de l’ouest et les pays de l’est, etc…

Le Kosovo est la région d’Europe où la population est la plus jeune : près de 50 % de moins de 20 ans... Il faut se promener dans les rues de Pristina ou de Mitrovica pour voir cette masse de jeunes oisifs dans les rues à fantasmer sur tous les formes possibles et imaginables de trafics en tous genres, et qui se demandent tous les matins comment quitter pays…
La moitié de la population n’a aucune perspective économique
, même à court terme, alors que des investissements économiques pourraient faire re-démarrer une économie de la taille de n’importe quelle petite région d’un pays de l’Union Européenne : ça coûterait quoi à l’Union Européenne de dire aux Kosovars : ” Vous acceptez des compromis et nous investirons des fonds de développement régional” et de dire aux Serbes : ” Vous acceptez de donner l’indépendance au Kosovo et l’aide financière européenne affluera - de toute façon une fois que vous serez dans l’UE, il y aura libre-circulation des biens et des personnes…”

Si vous allez à Mitrovica, et que vous vous vouliez passer de la zone kosovar à la zone serbe, vous devez franchir un pont sévèrement gardé par des soldats de la KFOR, mais - le croirez-vous ? - il suffit, en fait, de contourner la ville par ce qu’on pourrait appeler les boulevards extérieurs - ou les routes de campagne - pour vous retrouver de l’autre côté sans aucun contrôle d’aucune sorte… La haine est concentrée sur un pont… Cela en devient ridicule.

A quoi cela sert-il de continuer à vouloir négocier entre deux parties prêtes à s’entre-tuer pour des frontières, alors que le rêve des deux parties en conflit est d’adhérer à la même Union Européenne, ce qui aurait pour conséquence d’abolir les frontières ?