Comment germe un coup d’Etat …

28.06.07

Extrait de l’interview d’un militaire de carrière africain, visiblement très au fait des conditions dans lesquelles un coup d’Etat germe dans les cafeterias des casernes : 

 Question : ” En tant qu’expert militaire, pensez-vous que dans un contexte de démocratisation, le pouvoir puisse se prendre par la violence ?

Réponse : ” Les coups d’Etat sont toujours envisageables. Le germe d’un coup d’Etat, c’est quand les femmes et les enfants conduisent des voitures de l’Etat alors que des commandants ou des capitaines marchent à pied ou attendent des taxis ; c’est quand les militaires n’ont pas de dortoirs ; c’est aussi quand ils n’ont pas de soins ; c’est également quand dans le tableau d’avancement, on n’applique pas les règles, ou encore quand il y a des problèmes sociaux…
Les coups d’Etat, c’est quand des hommes formés et de qualité estiment que leur pays est au bord de la dérive et qu’il convient de le sauver.
Il ne faut surtout pas croire que l’Union Africaine ou la Ligue Arabe ou toute autre institution internationale puisse empécher des officiers, des soldats de prendre le pouvoir par les armes s’ils jugent que cela va aider à mettre leur pays sur de bons rails.
Ensuite, vous avez dans la rue plus de 300 officiers, limogés pour différentes raisons et qui n’ont pas de revenus et dont certains se sont mis à vendre des cartes téléphoniques, vous avez aussi  2000 militaires, des sous-officiers et des soldats qui n’ont pas de quoi vivre, ces gens-là, il faut en tenir compte et leur trouver des solutions.”


Comment vit l’autre moitié de l’humanité ? (1)

28.06.07

Le seul élément fictif de ce billet sera le prénom de cette jeune fille : Halima.

Née en 1988 dans un village rural africain, orpheline de père et de mère, Halima est recueillie par sa tante et son oncle. En 2005, peu après son 17 ème anniversaire, elle se laisse séduire par un travailleur journalier de passage dans le village pour un chantier de quelques semaines.
Elle tombe enceinte, mais ne dit rien à personne. A la fin du chantier, l’homme a quitté le village, destination inconnue. 
De forte constitution, la grossesse d’Halima ne se perçoit pas spontanément. Faute de travail régulier, ses oncle et tante décident de venir s’installer à la capitale, dans le quartier des ” arrivants “, sorte de bidonville de la périphérie.
Comme elle doit travailler pour survivre, Halima s’engage comme domestique chez des particuliers. C’est au cours d’une de ses journées de travail qu’elle accouche, seule, dans la clandestinité chez ses ” patrons”, absents.
Elle prend un couteau de cuisine et coupe le cordon ombilical. Hémorragie de l’enfant, qui meurt dans les heures qui suivent. Elle glisse le corps dans un sac plastique et se dirige vers une poubelle de quartier. Des passants la repérent et la dénoncent.
Rattrapée par la police, elle est conduite en garde à vue et poursuivie pour infanticide. Douze mois de détention préventive à la prison des femmes.
Après un an, procès en cour criminelle (avec photo dans le journal…) : mineure au moment des faits, Halima est condamnée à 18 mois de prison ferme.

La peine de prison se termine le 28 juin 2007.
Problème : l’entourage exige qu’Halima, au terme de sa peine, soit flagellée de 80 coups de fouet, selon la Charia, pour avoir eu des activités sexuelles ” illégales”.
Rendez-vous chez le Procureur pour argumenter sur le fait que lorsqu’il y a deux qualifications, et que la peine a été effectuée pour la qualification la plus grave, la peine de la qualification la moins grave passe à la trappe. Accordé sur-le-champ.
Muni d’ un ordre de levée d’écrou, direction la prison pour femmes.
Halima, timide au milieu d’un groupe de prisonnières, apprend qu’on vient la chercher pour la ramener chez elle. Incrédule, elle fait son baluchon, et dit au revoir ” aux copines “. Dont une Asiatique, incarcérée pour avoir organisé la prostitution de jeunes filles locales au sous-sol de son restaurant chinois.

Dans le bidonville, Halima a du mal à retrouver le chemin de sa maison. Finalement, après quelques tours de quartier, elle s’ y retrouve. La cabane de bois est fermée avec cadenas. Des voisines s’approchent, mais se tiennent sur la réserve en reconnaissant Halima, mais affirment cependant que la mère sera de retour dans environ une demi-heure à une heure.
Pas question, évidemment, de laisser Halima sur place, seule, sous le regard méfiant des voisines. On repart faire un tour de quartier.
Une heure plus tard, la mère (et donc sa tante), de retour chez elle, accueille Halima avec une apparente réserve, sinon froideur. D’après les collègues nationaux, l’émotion était forte sans pour autant submerger la réserve devant des étrangers.

Probléme : pendant 18 mois, en prison, Halima a mangé à sa faim, trois fois par jour.
Or, revenue chez elle, son oncle gagnant comme travailleur journalier l’équivalent de deux kilos de riz (pour nourrir trois personnes), le risque est réel qu’Halima sombre dans la prostitution pour survivre. Elle sera donc suivie par une équipe sociale, pour apprendre un métier, parallélement à une aide alimentaire familiale régulière, aussi pour éviter que le couple d’oncle et tante d’Halima ne la rejette, sous prétexte que devenue adulte, elle doive survivre seule.

C’était notre chapitre :
” Scènes de la vie quotidienne
dans le monde du sous-sol
d’une bonne moitié de l’humanité “.


” Avancer contre le vent par la force du vent “

25.06.07

Dans la perspective de vacances dans un lieu que ce blog permet de deviner,
voici des extraits libres d’un joyau de petit livre sur le voyage vers la mer :

” Philosophie légère de la mer “, de Cécile Guérard
(Edition des Equateurs) :

” L’arrivée sur une plage suscite toujours dans notre esprit
une impression unique :
(…)
prendre place devant un spectacle fabuleux
sans rien devoir à personne.”

“Quand nous ne sommes qu’une mouche dans les grandes villes,
ici, face à la solitude de l’océan, nous avons l’impression
de nous démultiplier, de nous accroître.”

” Le grand air dégonfle l’esprit de sérieux,
déploie l’âme qui se ratatine sur son sort,
rallume l’imagination que tout emploie à éteindre.”

“La mer et les vents d’ouest chassent toutes les dépressions
quand les forêts semblent des couvercles sur les âmes.”

” La promenade réconcilie avec le temps qui passe.”
” Un temps pur : entièrement à soi
et qui ne rentre pas dans un agenda.
La promenade maritime est subversive !
Une absence d’ordre,
au double sens de rangement et d’autorité.”

” Mettre les voiles…
Commencer par se perdre est la condition première.
Suspension provisoire de notre faculté de penser !
Notre errance maritime pratique le vide par dissolution.”
Liquéfiée, notre conscience est alors
purement et simplement liquidée. “

” Le moi est soluble dans l’eau de mer.”
” Contrairement à une nuit d’insomnie,
la mer possède un pouvoir hypnotique
qui nous laisse sans voix, sans paroles
comme si nous étions revenus à l’âge des balbutiements :
c’est que nous ne récitons plus.”
(…)
“Après avoir été dissoute, notre pensée se reforme
par intuitions, fragments, fulgurances.
Des sources souterraines alimentent ces inspirations, ces découvertes.
Les mots refont surface avec leur cortège d’images, de réminiscences.”

” Oublier pour mieux se souvenir,
apprendre à lâcher prise,
pour que nos pensées nous reviennent,
affinées, vives et enrichies, libérées de tout dogmatisme.
Revenus de ce “grand lessivage”, nous sommes régénérés.

Un continent poétique relie l’homme à la mer :
l’homme en exil transforme l’océan en asile.”

” L’eau ne soigne pas seulement nos artères et notre tension :
elle désintègre notre histoire, harponne nos angoisses,
dissout nos peurs.
Elle a un pouvoir de purification.”

” La mer n’a pas d’âge,
couverte de rides, elle les perd aussitôt,
elle a une turbulence enfantine,
se précipite pour aller nulle part.”
(Paul Morand)
L’océan brasse les siècles et les saisons
sans tenir compte de leur chronologie,
nulle trace de l’oeuvre du temps à sa surface.”

” Du passé nous confectionnons des matelas
en oubliant qu’il faut savoir oublier
pour continuer à vivre.
La mer dispense une sagesse : on n’agit pas
sur ce qui ne dépend pas de nous, ni sur ce qui n’est plus ;
délivrons-nous de ces vaines pensées,
vivons l’instant ici et maintenant.

” Lorsque l’ensablement guette nos vies,
l’appel du large retentit comme une alarme.
La mer s’ébroue pour faire tomber les bateaux sur son dos.
Il nous prend aussi l’envie de secouer nos attaches,
liens, relations, réseaux, connexions.
C’est notre avis de tempête.
Nous ne voulons plus être l’araignée
au centre de sa toile archi-tissée,
mais un poisson vif-argent filant à l’anglaise
dans les eaux extraterritoriales.
Devenir inaccessible.”

” La pensée clarifiée, l’horizon sur la mer s’éclaircit.
On apprend à connaître les lois invariables de la nature.
On peut en déduire notre action :
la mer replace l’homme face à son destin, il y est seul.
Mais l’indifférence de la nature,
son absence de sentiments et d’intentions
ouvre à l’homme le champ de l’action.

Tel un navigateur
“avançant contre le vent par la force du vent”,
luttant avec et contre les flots.
Par la volonté.”


Le Salut, pour vous, c’est quoi ?

24.06.07

Sollicité en 2003 par les ” Cahiers Protestants “ sur ce thème imposé,
l’Abrincate avait proposé ce qui suit :

Elie Wiesel raconte parfois que, dans le camp de concentration d’où il a survécu, des prisonniers, abasourdis par leurs conditions de ” vie “, et présumant le destin qui les attendait, décident de faire … le procès de Dieu : Juges, Procureurs, avocats s’improvisent.
Pendant les débats, l’avocat de la défense de Dieu se révèle particulièrement bouleversant et efficace. Au terme du procès, les jurés prononcent l’acquittement de Dieu.
On demande alors à l’avocat de la défense comment il s’y est pris pour défendre Dieu aussi brillamment : ” C’est simple, je me suis mis à la place de Satan…”

Le Bien et le Mal, Satan, le Péché, le Salut… Voilà des couples de mots que toutes les religions du monde ont inscrit dans le langage automatique de tous leurs catéchismes : nous sommes ” tous pêcheurs “, mais le Salut est donné… Il doit donc bien y avoir quelque chose derrière ces mots pour qu’ils aient survécu à 2 000 ans d’histoire.
Mais, à 18 ans, la vie offre tant de choses qu’on ne peut se résoudre à la vivre en noir et blanc, alors qu’elle est en couleurs.

Les années passent, et au fil des situations vécues, une autre notion apparaît, plus sourde, mais plus forte, à laquelle personne, visiblement, n’échappe : le mystère, que nos bons professeurs de grec définissaient ainsi : ” ce devant quoi on ne peut que se taire”.
Il surgit sous forme de choc, de gifle, ou d’extase. Il laisse de toute façon KO : il n’y a plus de mots qui tiennent. D’autant plus que les mots peuvent être gravement détournés, ce qu’Albert Camus résumait ainsi : ” Mal utiliser les mots, c’est ajouter au malheur du monde.

Août 1983. Bangladesh. Village de Chilmari, au bord du fleuve Brahmapoutre, à 400 kms dau nord de la capitale, Dhaka. Inondations. Erosion des terres par le fleuve. Comme chaque année, des milliers de villageois déplacent leurs huttes de bambou vers l’arrière, à dos d’homme, sur les flancs des digues qui risquent de s’effondrer si la crue du fleuve s’amplifie. Paysans sans terre et sans travail, autre que journalier, nuées d’enfants, marché pourtant bien achalandé, mais aux prix inabordables - et donc distribution de nourriture en urgence pour 8 ou 10 000 enfants chaque jour.
Des cliniques où cent à cent vingt enfants perfusés étonnent pourtant les médecins (” plusieurs de ces enfants, selon nos livres de médecine, devraient être morts depuis longtemps “). Mais on en enterre parfois deux ou trois par jour.
Des responsables ? des coupables ? La surpopulation, les propriétaires terriens, l’analphabétisme , les spéculateurs su les marchés, l’islam obscurantiste, la corruption, l’incompétence des autorités … Mais le mal, dans ce contexte, c’est quoi ? c’est qui ?
Le Salut ? A première vue, la notion est intempestive … Pour 80 % de la population, il s’agit de survivre, à l’horizon des trois ou quatre jours qui suivent… A plus long terme, une seule piste sûre : mettre tout le monde à l’école, à condition qu’elle soit aussi un apprentissage de la solidarité - ce que permet l’éducation fonctionnelle.
Le droit à l’éducation est la matrice - et le moteur - de tous les droits humains. On sait que ce ne sont jamais les plus pauvres qui font les révolutions, mais les classes moyennes éduquées. Quand on sort du Bangladesh, on se dit que dans d’autres pays où il y a des révoltes à cause du prix du pain, c’est que tout espoir n’est pas perdu…

Mai 1995 : Rwanda. Prison de Gitarama. 8 000 prionniers accusés de génocide (ou de complicité), debout, en plein soleil. On entre dans la grande cour centrale, on se fraye un chemin au milieu d’une foule apparemment plutôt calme. Quand il y a un ” trou ” dans la foule, c’est qu’il y a un mort, qu’on transporte sur un brancard et qui circule de bras en bras au-dessus des têtes ” vers la sortie “.
Une voix - celle d’un tueur de village ? - nous lance : ” C’est ça, vos droits de l’homme ?”.
A l’autre bout de la cour, un bâtiment. Un escalier qui descend vers le sous-sol, sur les côtés duquel des prisonniers accroupis se lèvent pour créer un espace de passage aux visiteurs. En-bas à droite, une pièce en sous-sol où croupissent environ soixante jeunes, de 12 à 18 ans. Les matelas sont accumulés contre un des murs pendant la journée. Un prisonnier adulte (un tueur de village ?) nous interpelle : “Auriez-vous des cahiers et des crayons pour que je puisse faire un peu de scolarité, autrement qu’en écrivant sur les murs ?”

De retour à Kigali, la capitale, audience chez le Ministre de la Justice, à qui nous expliquons nos programmes en faveur des alternatives à la prison pour les mineurs - ou au moins pour qu’ils ne soient pas incarcérés avec des adultes.
Réponse du Ministre : ” Sous l’ancien rélgime, j’ai fondé une association de défense des droits de l’homme au Rwanda. Dès que je suis devenu Ministre, j’ai dû décider immédiatement que la mesure la plus urgente était d’en mettre le plus possible en prison pour leur épargner une mort certaine par vengeance villageoise.”
Depuis le nazisme, aucune situation n’a suggéré aussi fortement le déluge du mal absolu : le Rwanda? Pas d’enjeu géopolitique, pas de pétrole, pas de complexe militaro-industriel : le massacre de 500 à 800 000 personnes s’est fait à la machette… En tous cas, malgré tous les ouvrages d’analyse en tous genres … un certain mystère. De retour en Suisse, impossible de s’exprimer avant 48 heures…

N’importe quelle année, n’importe où en Afrique ou en Asie, un enfant de 8 ou 10 ans joue le rôle de garde-malade de sa mère hospitalisée, atteinte du SIDA …
Le péché de qui ? Etrange sentiment, devant la pandémie du SIDA, que le salut de l’humanité est peut-être plus menacé par le comportement intime de chacun que par la menace de l’arme nucléaire…

Novembre 1994. Belgique. Tribunal de Turnhout. Un Britannique, fondateur et éditeur d’un guide touristique pour homosexuels comparaît en justice, suite à notre campagne contre l’exploitation sexuelle des enfants dans le tourisme. Son ” Club ” fournissait, moyennant finances, des ” portfolios “, par pays et sur demande, où figuraient tous les détails pratiques pour ” se payer ” des jeunes garçons dans les pays les plus pauvres : les lieux, les coûts, les pièges à éviter, le vocabulaire de base pour aborder les garçons des rues,etc….
Argument développé par la défense de l’accusé ? ” Que vaut-il mieux pour un jeune garçon abandonné ? Vivre dans - et de - la décharge publique ou bien être accueilli, nourri, habillé, scolarisé et aimé par un homme ? “
(sic).
Y aurait- il donc une pédophilie humanitaire, qui ” sauve les enfants ” ?

Partout, et dans tous les domaines, il y a ceux qui se payent de mots et ceux qui ” payent les mots cassés“….
On pourrait faire tout un glossaire des mêmes mots qui nomment à la fois des ” péchés ” et des ” voies de salut ” pour l’humanité … selon que l’on tient le manche du marteau ou que que l’on soit sous l’enclume :

- ” l’amour des enfants” qui sert parfois de prétexte pour les violer et les détruire ;
- ” la souveraineté de l’Etat “, prétexte à tant de dictatures pour massacrer leurs populations ;
- ” le droit d’ingérence ” qui consiste parfois à intervenir, de manière sélective, dans les Etats les plus faibles ;
- ” l’embargo économique ” qui a souvent l’effet contraire de l’effet voulu sur une population qui n’a d’autre choix que de s’accrocher aux dictateurs en place ;
- ” la mondialisation/libéralisation de l’économie mondiale”, présentée comme la seul alternative de développement, après l’échec du communisme, et qui préconise le ” désengagement de l’Etat ” dans des pays qui ne consacraient déjà que 5 à 8 % de leurs budgets nationaux à la santé publique et à l’éducation…
- la ” libre circulation des personnes “, notion qu’on peut mettre en rapport avec les statistiques de l’ ” Office des Nations Unies pour la Prévention du Crime” qui annonce que, chaque année, environ 700 000 personnes sont victimes de trafics d’êtres humains dans le monde ;
- l’annonce récurrente et toujours très médiatique de la “promotion des droits de l’enfant“, croisade universelle des pays européens, dans lesquels, pourtant, des milliers d’enfants disparaissent définitivement chaque année des institutions où les autorités les ont placés.
On peut même lire dans un document officiel de l’Office Fédéral
(suisse) des Réfugiés (à propos des réfugiés en général, dont des mineurs) : ” Près des 90 % des requérants d’asile originaires d’Afrique quittent le domaine de l’asile par des départs non-officiels. Sans cette soupape (sic), la politique d’asile devrait assumer un fardeau social et financier qu’elle ne pourrait pas supporter. Les disparitions - qu’on le veuille ou non - remplissent ainsi une fonction-clé dans la gestion des flux migratoires entre la Suisse et l’Afrique “.(…)

Dans le tas de ferraille du siècle de fer qui s’annonce, on se doit d’entretenir les devoirs de mémoire et de repentance historique, mais aussi d’exercer notre responsabilité devant les générations futures (”sauver la planète“).
Or les “péchés” du passé et ceux de l’avenir sont finalement plus facilement identifiables que ceux du présent : aujourd’hui, que pouvons-nous faire ? A l’heure de la mondialisation, l’action individuelle a-t-elle encore un sens ? Par où se tourner ? Que répondre à un Président américain qui termine ses discours de croisade par “ God bless America “, sinon : ” God bless the Iraki children ” ?

Pendant la guerre du Kosovo, un ami grec défendait les Serbes par ” solidarité orthodoxe “.
Réponse : ” Devons-nous par solidarité catholique, soutenir les religieuse rwnadaises jugées en Belgique pour complicité de génocide ?
Si la religion est une affaire d’identité à laquelle on s’accroche et dans laquelle, finalement, on s’enferme, que signifie alors le salut individuel ou collectif ? Tous les conflits qui mêlent les intérêts des Etats avec les identités religieuses, en manipulant les notions de salut (le nôtre) et de péchés (ceux des autres), sont insolubles, comme en Irlande du Nord, en Israël.-Palestine,etc…
Les notions de péché et de salut sont des notions religieuses - qui devraient ” relier ” les hommes entre eux. Pourquoi dégénèrent-elles en péchés et saluts collectifs, c’est à dire en guerres de religion ?
Si la religion est affaire de vérité, individuelle et collective, il faut se convaincre de ce que disait le poète : ” La vérité ne meurt jamais, mais elle mène une existence misérable”.

Il y a quelques années, devant travailler sur la notion juridique de “Crime contre l’humanité“, nous demandions à un juriste australien : ” Ne pensez-vous pas que la criminalité organisée envers les enfants devrait être qualifiée et poursuivie au titre de Crime contre l’humanité ? “.
Réponse : ” Dans le droit australien, nous avons seulement le crime contre la personne”.
Et il ajoute en souriant : ” Mais si vous me donnez une définition de l’humanité, je vous dirai si je réponds positivement à votre question…”
Au fil de nos recherches, nous avons découvert qu’en réalité, le Crime contre l’humanité, qui est la plus haute qualification criminelle existante, ne se réfère à aucune définition objective de l’humanité. Comme si, historiquement, l’humanité ne pouvait se définir que négativement, à savoir par ce qui la nie.
On ne peut définir l’humanité, mais il est désormais définitivement admis en droit que l’esclavage, l’ apartheid ou l’extermination d’une population, sont des Crimes contre l’humanité - lesquels n’ont juridiquement pas besoin d’être commis en situation de conflit armé pour être qualifiés comme tel (ce que beaucoup de gens, y compris parmi les juristes, semblent ignorer).

Mais finalement, n’est-ce pas mieux ainsi ? Plutôt que de s’envoyer à la figure des concepts, des définitions prétenduement exhaustives, des identités, des jugements, des appartenances, et autres “querelles des universaux“, il est finalement préférable de faire silence, d’écouter le mystère d’une humanité qui se cherche dans un au-delà suffisamment difficile à identifier dans le présent.

Au risque de faire sourire … Voyageant souvent dans de nombreux pays, nous essayons toujours de trouver le temps, ne serait-ce qu’une heure, au pas de course, pour visiter le lieu où s’exprime la religion des gens du pays : le Temple de Kali à Calcutta (Inde), la Mosquée marocaine de Nouakchott(Mauritanie), la Grande Synagogue de Jérusalem(Israël), la Cathédrale St Patrick de New York (ou Trinity Church, à deux pas de ” Ground Zéro “), le Temple tibétain de Kathmandou (Népal), la Cathédrale orthodoxe de Bucarest (Roumanie), la petite église d’Addis-Abeba (Ethiopie), la petite Mosquée de Mitrovica (Kosovo) ou le grand Temple Shinto de Tokyo (Japon).
Ou encore cette magnifique petite église d’un village du sud de la France où, sur le portail écrasé de soleil, un papier jauni sous plastique indiquait : “ Dimanche - 16 h 30 : ” Méditation des mystères douloureux “
Dans tous ces lieux, qu’il y ait foule ou pas, une écoute du silence, qui transpire tout sauf le vide, une sorte de sérénité naturelle, des gestes rituels lents ou rapides, des chants incompréhensibles, des objets étranges ou inattendus, mais captés par des regards intérieurs d’effroi et d’espoir, happés par la nuit des temps et pour longtemps encore…

Et lors d’un de ces retours en Suisse, un quotidien romand étale “à sa une” le problème très controversé du partage de la Cathédrale de Lausanne entre les religions de la place, débat où la pingrerie le disputait au théologique.
Dans un pays où une bonne proportion de gens disent ne croire en rien, et où le débat collectif navigue en permanence entre le cours du dollar, la météo du week-end, la distribution légale de drogue ou le destin des demandeurs d’asile, on se dit que ce pays aurait pourtant une chance unique d’être un exemple de dépassement des identités de clocher, et d’agir, ne serait-ce que sur les symboles, surtout lorsqu’on prétend prêcher sur l’essentiel, qui n’est rien de moins que le salut de l’humanité.

Et on se dit qu’il faudrait inventer le péché d’ineptie.”

(Voir aussi un précédent billet de ce blog : ” Satan et les statues” qui reprend en introduction l’anecdote d’Elie Wiesel)


Kosovo : un officiel serbe a tout compris

22.06.07

Dans une période où le scepticisme grandit au sein de l’Union Européenne, tant chez les leaders que dans une partie des peuples, il n’est pas inutile de se rappeler que le fondement historique de cette Union est d’éviter le retour des guerres ancestrales en Europe.

On n’imagine plus une guerre entre la France et l’Allemagne, et les leaders polonais actuels seraient bien inspirés de ne pas ravivier les frustations anciennes dans les relations entre l’Allemagne et la Pologne.

Paradoxalement, ce sont peut-être certains leaders de pays candidats qui vont remettre les pendules à l’heure…
Dans “Le Temps” du 21 juin 2007, le vice-premier ministre serbe, Mr Bozidar Djelic, homme-orchestre surdoué, a déclaré à Bruxelles, à propos de l’interminable irrésolution de la communauté internationale à prendre une décision sur le Kosovo, affirme clairement :

“La solution, c’est que la Serbie et le Kosovo accèdent tous deux en même temps à l’Union Européenne.”

(Voir billet précédent sur le Kosovo : “Kosovo : pourquoi pas l’impossible ?“)


Les enfants face à l’insécurité

22.06.07

On peut s’intéresser à un sujet depuis longtemps, et soudainement dénicher un article qui apparaît plus lumineux que les autres.

Extraits libres d’un article intitulé :

“Les enfants face à l’insécurité : nouvelles stratégies de survie
à l’ère de la mondialisation”

de Theresa Stichick et Claude Bruderlein.

(…) ” Traditionnellement, le but de la sécurité était la protection des frontières étatiques contre des menaces extérieures. Cette approche supposait que si l’Etat était en sécurité, celle de la population serait automatiquement garantie.
L’approche traditionnelle se heurte à des critiques de plus en plus vives à un moment où plus de 90 % des guerres se déroulent à l’intérieur des Etats plutôt qu’entre eux. Certains Etats ont non seulement failli à la tâche de donner un minimum de sécurité à leur populations, mais ils sont devenus des sources importantes d’insécurité humaine.”
(…)

” La (nouvelle) perspective orientée vers la sécurité humaine est très différente. Dans ce nouveau cadre, les individus, et non les Etats, sont l’axe des stratégies de sécurité. La sécurité humaine cherche à protéger la sécurité physique et l’intégrité des particuliers et des collectivités plutôt qu’à défendre les frontières des Etats contre les menaces extérieures. Les stratégies visant la sécurité humaine sont proactives ; elles mettent l’accent sur la prévention des conflits et la consolidation de la paix plutôt que sur les réactions humanitaires. (…)

” Etant donné que les enfants se trouvent dans un processus constant de développement, la protection de leur sécurité suppose celle de leur croissance. Cela signifie que pour les enfants, les stratégies de sécurité humaine ne doivent pas seulement protéger les jeunes de la violence, mais aussi instaurer les conditions permettant aux enfants de se développer et d’atteindre leur potentiel. La plus fondamentale de ces conditions est la liberté d’échapper à la violence.”(…)

” Le caractère évolutif des menaces contre les enfants, y compris la violence politique, les pratiques en matière de travail et la violence sexuelle croissante, a conféré un nouveau sentiment d’urgence au débat sur la sécurité humaine. Lorsque ces menaces convergent et se transforment en crise, leurs répercussions sur la vie des enfants peut être dramatique. Les conflits armés, en particulier, présentent de nouveaux défis. ” (…)

” L’enfance est une période caractérisée par la dépendance à l’égard d’autres personnes pour ce qui est de la survie et du soutien émotif.” (…)
” Au fur et à mesure que les enfants arrivent à l’adolescence, leur besoin d’éprouver un sentiment d’avenir ou de possibilité sur le plan professionnel, devient un passage obligé de leur développement et de leur bien-être.”
(…)
” La survie des collectivités, à son tour, dépend de la sécurité de la génération plus jeune.”
(…)

” Si on refuse aux enfants la sécurité physique dans leur communauté, il est possible qu’ils cherchent à se protéger en se joignant à des bandes ou à des groupes armés en qualité d’enfants-combattants.
Le fait de se réunir en bande à des fins de protection peut favoriser un sentiment d’identité et de collectivité chez des jeunes.”
(…)

La solidarité armée peut également être une stratégie aidant les enfants à combler leurs besoins fondamentaux, qui consistent à se procurer des vivres, un abri et des moyens de subsistance.
C’est pourquoi le fait de négliger les besoins de sécurité des enfants peut avoir de graves conséquences sur la sécurité de la société dans son ensemble.”
(…)

” L’idéologie peut offrir une source de résilience psychologique au milieu du stress causé par la guerre, car elle donne à la population un sentiment de but à atteindre et d’identité. (…)
” Un vigoureux engagement idéologique peut protéger contre l’anxiété, la dépression et les sentiments d’échec chez des enfants exposés à des difficultés politiques.
Par comparaison, les enfants qui n’ont que de faibles engagements idéologiques ont généralement davantage de problèmes psycho-sociaux après avoir été exposés à des troubles politiques.”
(…)

” Le besoin de rapports, de l’attachement à d’autres et d’un sentiment d’appartenance, constitue une dimension fondamentale de la sécurité des enfants.” (…)
” Les enfants se trouvant dans des milieux manquant de sécurité créent souvent leur propre “famille” d’adoption pour se lier aux autres, garantir leur propre protection, partager les ressources et gérer le risque.”(…)
” Les enfants et les adolescents ont besoin de se développer dans le cadre de relations qui les soutiennent.”
(…)

Peut-être y-a-t-il dans ces extraits quelques éléments fondamentaux de toute démarche vers des enfants traumatisés par des “évènements”… sans cependant traiter la question de savoir pourquoi et comment des mineurs se laissent manipuler par des idéologues extrêmistes jusqu’au suicide par engagement comme “kamikaze“…

Enfin, il y a peut-être lieu de se poser la question de l’analogie - toutes choses égales par ailleurs - avec la situation de nombreux mineurs de banlieues ou de familles déstructurées, qui, sans être au coeur de conflits armés ou de guerres civiles, expriment la même recherche de soutien, d’identité et de protection jusque dans l’appartenance à des bandes organisées de délinquance.

Les Centres Educatifs Fermés répondent-ils aux besoins fondamentaux des mineurs ? Pour certains d’entre eux, peut-être, temporairement… Mais fondamentalement, il n’y a pas d’éducation sans liberté … ni sans contraintes.
Et comme le dit J.P.Rosenzcweig, Juge des mineurs (voir son blog) : ” En quoi la privation de liberté est-elle une éducation à la liberté ?


EADS : une bande de gamins ?

17.06.07

On apprend qu’ASTRIUM, une des filiales d’EADS, spécialisée dans les satellites militaires, cherche des fonds privés pour investir 1 milliard d’euros dans “un fabuleux moyen de réveiller l’ambition européenne pour l’espace”, à savoir un véhicule de 4 personnes qui pourront s’envoyer en l’air, à 100 kms de la Terre, et vivre l’état d’apesanteur totale pendant … 3 minutes.
Il en coûtera 150 à 200 000 euros par tête, avec pour objectif de prendre 30 % du marché du tourisme spatial, estimé à 15 000 clients potentiels.
On comprend donc que les sieurs Forgeard, viré d’EADS avec 8 millions d’euros, et Gut avec 2,8 euros pourraient se payer, l’un 40 virées et l’autre seulement 14.

On hésite entre les sentiments de pusillanimité et d’obscénité devant ce spectacle de vrais gamins, qui ont dirigé en “grands professionnels” des entreprises prometteuses, en accordant finalement moins de 2 euros de dividendes par an à l’ensemble des ouvriers, tout en donnant le spectacle de stratégies d’entreprises conformes à l’idéologie de la “disnEylAnDiSation” du monde.

La course à la “pipolisation” de l’espace bat son plein avec les concurrents annoncés que sont l’américain “Rocketplane“(qui va organiser le premier mariage dans l’espace en 2008), l’anglais “Virgin Galactic“, la société “Blue Origin“, ainsi qu’un milliardaire américain de l’immobilier, et son projet de module gonflable (lui au moins a l’honnêteté de dire vouloir étudier les phénomènes “paranormaux” - sic),  le tout avec une débauche de fric que les gazettes livreront au bon peuple en feuilleton, dans les moindres détails, et dont il sera tenu de se pâmer, comme devant la “Coupe de l’America” qui n’est qu’un jeu de société de milliardaires dont les courses de bateaux constituent un des spectacles télévisés les plus chiants qui soient … avec le golf et le curling.

Qu’ils y aillent et qu’ils y restent. 


G 8 : ” Standclearclosingdoors, please “

16.06.07

“Stand clear of the closing doors, please”
(”Ecartez-vous des portes pour leur fermeture“) :
c’est ce qu’on entend dans tous les wagons du métro de New York, à chaque départ de station.
C’est aussi ce qu’on croit entendre en voix subliminale à chaque sommet du G8…

L’Allemagne a construit, près de Rostock, sur territoire de l’ancienne Allemagne de l’Est, un mur de barbelés pour un coût total de 120 millions d’euros, afin d’empêcher les manifestants anti-G8 d’approcher les chefs d’Etat réunis pour un sommet du néant. Les murs, on sait faire et mettre illico les budgets nécessaires : le mur de Bagdad, le mur entre les USA et le Mexique, le mur entre Israël et la Palestine, etc,etc…

Les résultats du G8 ?

Sur le Kosovo : RIEN.

Don à l’Afrique contre le Sida : 60 milliards.

- d’où vient l’argent ?
(de quoi j’me mêle…)
- les engagements de chaque pays participant ?
(“on va faire un groupe de travail …
ou mieux encore une conférence internationale : 2000 experts à 200 dollars la nuit”
…)
- des dates ? des échéances ? des délais ? des étapes ?
( “voyez avec les ONG qui savent ce qu’est une planification stratégique…”)
- à qui l’argent sera-t-il versé ?
(devinez…)
- comment l’utilisation de l’argent sera-t-elle contrôlée ?
(vous voulez rire …)

Lutte contre le réchauffement climatique ?
- le communiqué final mentionne qu’on va “envisager sérieusement” une “réduction substantielle” des gaz à effets de serre… Même Al Gore proteste contre la foutaise de ce G8 : “une honte déguisée en réussite” (Le Monde, 15.06.07).

Ah ! Si seulement un quart des 4 000 journalistes du G8 veuillaient bien condescendre à écouter ce qui se dit dans les Forums Sociaux Mondiaux, ils y percevraient peut-être ” la rumeur du monde “, mais cela doit être meilleur pour la carrière d’aller faire le pied de grue dans l’attente des conférences de presse du G8, ou de batifoler dans les couloirs de ce ballet d’autistes qu’est le Forum de Davos.

Comme disait jadis le titre d’un des éditoriaux de “Charlie-Hebdo” :
” Vous foutez-vous de nous ? Vous ne vous en foutrez pas longtemps.”


Petite fugue à New York

13.06.07

A la faveur d’un déplacement professionnel à New York du 4 au 9 juin, et en marge de réunions fort intéressantes et utiles, l’Abrincate a glané quelques anecdotes, impressions et réflexions spontanées qui méritent probablement discussion, nuance, contradiction, voire querelle … Toujours est-il que dans les marges et les inévitables temps morts d’un voyage, l’Abrincate :

- a ressenti une fois de plus que l’immersion dans les procédures d’un aéroport est une opération de dé-responsabilisation individuelle progressive, quoique bon-enfant, des passagers : ça commence par la file d’attente à l’enregistrement, qui désamorce in petto toute velléité de transgresser les espaces, et toute considération métaphysique se dissout dans l’énumération mentale de la check-list de ce qu’on aurait pu oublier ou négliger ; ça continue avec les contrôles de sécurité des bagages, des papiers en règle, du tube de dentifrice suspect, des chaussures et de la ceinture (pourquoi pas les lunettes?) à mettre dans une boîte séparée de celle du bagage à mains, etc, etc… tous gestes accompagnés avec tact par des préposés affables.
Puis attente : difficile de se concentrer sur les documents qu’on se reprocherait de ne pas avoir lu avant avant les réunions à venir, car les voisins parlent fort : un groupe de cadres volubiles dont on reconnaît facilement le chef : c’est celui qui se tait (sauf pour faire des “jokes” - blagues - dont il convient de se gausser), et qui ne regarde pas les autres, parce que probablement peu habitué à partager le destin de ses subordonnés (à 11 000 mètres pendant huit heures, il n’y a plus de chef…).
Puis l’attente du décollage avec les interminables messages de sécurité en trois langues, l’attente du repas, l’attente de l’arrivée, mais surtout cette torture de l’écran imposé avec le nombre restant de kilomètres, et la variante en miles, la température extérieure, l’heure de départ, l’heure d’arrivée, toutes choses supposées nous occuper le cerveau et qui ne font que rendre le vol plus interminable, mal enveloppé dans une politesse de marionnettes de la part de l’équipage.

- a souri, dès après le décollage de l’avion à Genève, de l’annonce générale qu’en raison d’une obscure injonction des autorités américaines, sous couvert de “Mandatory Homeland Regulations“, il était interdit de se constituer en groupe de discussion, debout, pendant le vol, “notamment près des toilettes“(sic) ;

- a été surpris, dès le premier pied posé sur sol américain, d’être mis de côté pour laisser passer en premier les passeports américains et “cartes vertes”: on peut ainsi comprendre ce que ressentent les Africains lorsqu’ils arrivent à Roissy…

- a été amusé de lire sur des affichettes du métro new-yorkais : ” If you see something, say something “ (” Si vous voyez quelque chose, dites-le “), mentionnant parfois : ” There are 16 millions eyes in the city. We’ll count on all of them “ (” Il y a 16 millions d’yeux dans cette ville. Nous comptons sur chacun d’entre eux “).
Ce qui, quelques jours plus tard, sera compensé en découvrant, sur un étal de dessins humoristiques originaux, la réprésentation d’un diable rouge, avec ses cornes, qui se regarde, épouvanté, dans un miroir de poche où figure une photo de G.W.Bush, lequel, dans une bulle de légende, lui dit : “Si tu vois quelque chose, dis-le”
Ou encore : Now it is time to report something - not when it is on the news… If it looks suspicious, it is suspicious” (”Désormais, l’heure est au signalement, sans attendre que ce soit dans les nouvelles… Si cela à l’air suspect, c’est suspect.”)

- a trouvé pitoyable un extrait de journal télévisé qui fait état d’un sondage sur la question :
” How often do you worry about terrorism ?”
(”Quand vous sentez-vous angoissé par le terrorisme ?“), donnant les réponses suivantes :
Always ” (”en permanence “) : 35 %
Only when necessary ” (” seulement quand c’est nécessaire ” - sic) : 32 %
Never “(” jamais “) : 27 %.
Le sondage ne dit pas ce que pensent les 4 % restants….

- est resté muet devant “Ground Zéro“, immense trou béant, bourré de bulldozers et de grues en action dans un vacarme assourdissant, comme si le silence était trop insupportable.
Visité au pas de course le petit musée adjacent “WTC Tribute Center” avec dans une vitrine un hublot d’un des deux avions de l’attentat.
Sur les panneaux de chantier, quelques graffitis :
” Think back, move forward “
(” Souvenez-vous, mais allez de l’avant”) ;
” You can destroy our building, you cannot destroy our foundation “
(” Vous pouvez détruire notre maison, vous ne pouvez pas détruire nos fondations”).
Ou encore, plus énigmatique : “Great minds think alike” (”Les grands esprits pensent la même chose“)

- a été impressionné du nombre de diffusions en direct des débats de commissions parlementaires, l’une sur l’enquête pour despotisme de l’Inspecteur Général de la Nasa, l’autre sur la nomination du Général Lute, qui prend la responsabilité de la “coordination” des opérations militaires en Irak et en Afghanistan (en dépendance directe de G.W.Bush) et à qui la sénatrice Hillary Clinton demande : ” Vous n’avez pas le sentiment de prendre un poste vide et sans espoir ? ” et qui répond : ” Je suis au service de mon pays”. Il a d’ailleurs la tête de sa réponse.
Mais d’une manière générale, quand on pense qu’en France, la diffusion en direct des auditions de la Commision d’Outreau a pris la tournure d’un évènement national…
Les “think tanks” (laboratoires de réflexion) diffusent aussi leurs débats, souvent passionnants, en direct, avec une palette d’anciens ministres de présidents précédents… Mais c’est fou ce que les anciens haut responsables de politique étrangère sont intelligents dès qu’ils ont quitté le pouvoir… (c’est peut-être à la mesure de leurs cachets..).
Exemple : Denis Ross, ancien itinérant de Clinton en Palestine et dans les Balkans, à propos de l’Iran : ” La peur de la bombe iranienne, qui est un fait, est occultée par la peur de l’intervention militaire américaine qui est, pour l’instant, un fantasme…

Et pour finir sur les heures de télé consommées à la louche pendant les insomnies du décalage horaire :
- les 15 chefs d’inculpation, pour corruption multiple, du Senateur W. Jefferson, de Los Angeles qui se dit, en direct, totalement innocent, en tenant très fort la main de sa femme.
- ou encore l’éminent professionnalisme des journalistes, sérieux jusqu’au ridicule, devant la prison de Paris Hilton…
- mais aussi un long reportage sur le travail quotidien des soldats américains (4 ème video de la page), dans les villages perdus d’Afghanistan, qui viennent, doux comme des agenaux, avec leur interprète, s’enquérir des besoins des villageois en adduction d’eau, en services médicaux, et … en climatiseurs (sans oublier les ordinateurs pour surfer sur le web - sic). On dirait presque des équipes d’évaluateurs de “Médecins sans frontières”…
Extrait de l’interview d’un général américain sur place : ” Les Talibans sont quelques centaines. S’ils obtiennent et conservent le soutien de la population, c’est fichu. Et gagner la confiance de la population, cela prend des années. Il ne faut donc pas mesurer le succès en termes de temps limité.”
Vu aussi un reportage sur le traitement psychologique des soldats traumatisés par les attentats en Irak dont ils ont été victimes : le traitement consiste à leur visionner des reconstitutions virtuelles de ce qu’ils ont réellement vécu, à partir de leur témoignage. La psychologue (”universitaire”) avait l’air sûre d’elle, et le patient visiblement encore dans l’expectative d’un effet bénéfique sur ses cauchemars nocturnes.

- été effaré d’entendre Sam Brownback, sénateur du Kansas candidat de la “droite religieuse” à l’investiture républicaine, terminer un discours en assénant : “ Strong families mean less State“(” Des familles fortes = moins d’Etat”) , et terminant par - trois fois de suite (du style : “enfoncez-vous ça dans le crâne” ) : “We are the hope of the world ” (”Nous sommes l’espoir du monde”).

- a été très impressionné par l’interview TV d’un journaliste visiblement très sérieux et très documenté, John Perkins (sur le canal “democracynow.com”), qui a travaillé au sein d’entreprises multinationales avant de devenir journaliste, écrivain et conférencier, relatant son enquête sur la vision américaine des rapports de force dans le monde et sur l’agenda de l’”hyperpuissance”. Ses deux livres “Confession of an economic hit man” ( “Les confessions d’un assassin financier”) et “The secret history of the american empire“, en cours de lecture, feront l’objet d’un billet ultérieur de ce blog.

- a été bouleversé par un tableau du Metropolitan Museum of Art : “Les derniers instants de John Brown”, militant abolitionniste de l’esclavage, embrassant un enfant noir en sortant de chez lui, les bras attachés dans le dos juste avant son exécution par pendaison. Et surtout le visage et le regard des fonctionnaires de justice qui le conduisent à la potence.
Victor Hugo
avait publiquement pris sa défense, et demandé, en vain, la grâce du condamné, en ces termes :
” Quand on pense qu’il va mourir, égorgé par la République Américaine, l’attentat prend les proportions de la nation qui le commet ; et quand on se dit que cette nation est une gloire du genre humain, que, comme la France, comme l’Angleterre, comme l’Allemagne, elle est un des organes de la civilisation, que souvent même elle dépasse l’Europe dans certaines audaces sublimes du progrès, qu’elle est le sommet de tout un monde, qu’elle porte sur le front l’immense lumière libre, on affrime que John Brown ne mourra pas, car on recule devant l’idée d’un si grand crime commis par un si grand peuple.
Au point de vue politique, le meurtre de Brown serait une faute irréparable.
(…) Il serait possible que le supplice de Brown consolidât l’esclavage en Virgine, mais il est certain qu’il ébranlerait toute la démocratie américaine.
Vous sauvez votre honte, mais vous tuez votre gloire
. “

(…) ” Quant à moi, qui ne suis qu’un atome, mais qui, comme tous les hommes, ai en moi toute la conscience humaine, je m’agenouille avec larmes devant le grand drapeau étoilé du nouveau monde et je supplie à mains jointes, avec un respect filial et profond, cette illustre République Américaine d’aviser au salut de la loi morale universelle, de sauver John Brown.”(…)
” Oui, que l’Amérique le sache et y songe, il y a quelque chose de plus effrayant que Caïn tuant Abel, c’est Washington tuant Spartacus “.

- a été très déçu par le Gugenheim Museum, (cliquer sur Naver et insister…) dont l’architecture est très innovante, mais les oeuvres sont présentées dans un couloir en forme de spirale ascendante : cela crée une même spirale agaçante du bruit des visiteurs en masse. C’est à se demander si l’architecte a imaginé qu’il pouvait y avoir un public… Fui en courant au bout de 20 minutes.

- a été quelque peu ému de voir, même si c’était lors d’une visite au pas de charge, au MoMa “(Museum of Modern Art”) quelques oeuvres bien connues par les livres : ” La jeune fille au miroir “ de Picasso, “Le faux miroir” de Magritte, “L’anniversaire” de Chagall, et quelques autres…
Très surpris et amusé de découvrir dans le grand hall un mur immense avec des dessins du Roumain Dan Perjovschi rempli de clins d’oeil humoristiques à l’actualité et à l’air du temps.

- a vivement apprécié la convivialité spontanée des habitants dans les rues de New York, ne serait-ce que pour demander son chemin ou demander conseil, l’extraordinaire diversité des personnes, des origines et des styles des gens croisés ici et là, l’atmosphère générale de dynamisme et de créativité, le tout sans aucune présence notable de forces de l’ordre, ou de personnels de sécurité en tous genres, ce qui contraste avec les affiches et posters en tous genres (voir plus haut). Mais New York est probablement comme Londres : toute personne qui circule dans la ville au cours d’une seule journée de vie normale est filmée 350 fois dans sa journée…

- souhaite éviter tout procès d’intention d’anti-américanisme primaire en donnant simplement accès à l’éditorial de Thomas L. Friedman, dans le “New York Times” du 6 juin 2007, intitulé : ” What a mess !” (”Quel bordel !”)

- a noté cette phrase du philosophe danois Sören Kierkegaard, en graffiti sur un mur : ” Life is a mytery to be lived, and not a problem to be solved” (”La vie est un mystère à vivre, et non pas un problème à résoudre“).




Canulars télévisés

3.06.07

L’Abrincate s’est fait avoir - comme tout le monde - avec le canular de la télévision publique hollandaise sur le don d’organes.
Soit.
Le directeur de la Chaîne TV justifie le canular dans une conférence de presse pour alerter l’opinion publique sur la gravité des listes d’attentes de receveurs d’organes.
Comme le canular a été dévoilé en fin d’émission, on acceptera les excuses de ce directeur de chaîne lorsqu’on aura la preuve que les royalties encaissés par la Chaîneavant l’aveu “, avec les SMS envoyés par les téléspectateurs pour “voter” auront été reversés intégralement aux associations concernées par le combat que ce canular prétendait populariser.

On se souviendra du canular - “non lucratif” (nouvelle catégorie de magazines télévisés ?) de la télévision belge sur la partition soudaine de la Belgique et la quasi-déclaration d’indépendance de la Flandre (voir billet précédent de ce blog : ” Le jeu de rôles (pas drôle) de la télévision belge”)

On se rappellera aussi ce qui s’est passé en Australie en 2006, concernant une - supposée - vague d’observations d’OVNIS. Le site AustralianUFOWave.com avait diffusé, entre juin et août 2006, 31 films videos montrant des OVNIS qui “ne sont (en réalité) que des trucages numériques et (que) ce projet - qualifié d’” expérience artistique” a été subventionné par le Gouvernement australien et la Commission australienne du film”.
Pourquoi avoir créé ce canular ? Pour le directeur, Christopher Kenworthy, il s’agissait de ” créer un sentiment d’émerveillement face au phénomène OVNI et de montrer aux sceptiques qu’il se basent souvent sur leurs croyances plutôt que sur des preuves”. Et d’appler ce canular une ” création artistique immersive“.

Et comme dit le journaliste : ” Cette révélation (du canular) aura au moins eu le mérite de démontrer que le trucage de vidéos numériques peut berner pas mal de gens.”
Ou le canular médiatique comme entreprise de salubrité publique - comme pour les dons d’organes en Hollande…

Toutes les extensions de raisonnements par analogie peuvent être abusives, mais enfin…
On sait maintenant que le discours de Colin Powell présentant au Conseil de Sécurité, en 2003, l’éprouvette avec “la preuve des armes de destruction massive de Saddam Hussein”, était un - vrai - canular.
Et on se doute déjà que les “signes encourageants” de la construction de la démocratie en Irak pourraient constituer un canular…

Le complot terroriste déjoué à New York hier - pardon : “annoncé hier” - est-il un canular ?

Le “Canard Enchaîné” sera-t-il,
dans 10 ans,
le dernier journal crédible ?

L’Abrincate, devant se rendre à New York pour une semaine, en profitera donc pour vérifier que les tours du World Trade Center … n’y sont plus, ou bien s’il s’agissait d’une “création artistique immersive” …!!!
Et donc, prochain billet de ce blog : après le 10 juin…