Les enfants face à l’insécurité
On peut s’intéresser à un sujet depuis longtemps, et soudainement dénicher un article qui apparaît plus lumineux que les autres.
Extraits libres d’un article intitulé :
“Les enfants face à l’insécurité : nouvelles stratégies de survie
à l’ère de la mondialisation”
de Theresa Stichick et Claude Bruderlein.
(…) ” Traditionnellement, le but de la sécurité était la protection des frontières étatiques contre des menaces extérieures. Cette approche supposait que si l’Etat était en sécurité, celle de la population serait automatiquement garantie.
L’approche traditionnelle se heurte à des critiques de plus en plus vives à un moment où plus de 90 % des guerres se déroulent à l’intérieur des Etats plutôt qu’entre eux. Certains Etats ont non seulement failli à la tâche de donner un minimum de sécurité à leur populations, mais ils sont devenus des sources importantes d’insécurité humaine.”(…)
” La (nouvelle) perspective orientée vers la sécurité humaine est très différente. Dans ce nouveau cadre, les individus, et non les Etats, sont l’axe des stratégies de sécurité. La sécurité humaine cherche à protéger la sécurité physique et l’intégrité des particuliers et des collectivités plutôt qu’à défendre les frontières des Etats contre les menaces extérieures. Les stratégies visant la sécurité humaine sont proactives ; elles mettent l’accent sur la prévention des conflits et la consolidation de la paix plutôt que sur les réactions humanitaires. (…)
” Etant donné que les enfants se trouvent dans un processus constant de développement, la protection de leur sécurité suppose celle de leur croissance. Cela signifie que pour les enfants, les stratégies de sécurité humaine ne doivent pas seulement protéger les jeunes de la violence, mais aussi instaurer les conditions permettant aux enfants de se développer et d’atteindre leur potentiel. La plus fondamentale de ces conditions est la liberté d’échapper à la violence.”(…)
” Le caractère évolutif des menaces contre les enfants, y compris la violence politique, les pratiques en matière de travail et la violence sexuelle croissante, a conféré un nouveau sentiment d’urgence au débat sur la sécurité humaine. Lorsque ces menaces convergent et se transforment en crise, leurs répercussions sur la vie des enfants peut être dramatique. Les conflits armés, en particulier, présentent de nouveaux défis. ” (…)
” L’enfance est une période caractérisée par la dépendance à l’égard d’autres personnes pour ce qui est de la survie et du soutien émotif.” (…)
” Au fur et à mesure que les enfants arrivent à l’adolescence, leur besoin d’éprouver un sentiment d’avenir ou de possibilité sur le plan professionnel, devient un passage obligé de leur développement et de leur bien-être.” (…)
” La survie des collectivités, à son tour, dépend de la sécurité de la génération plus jeune.” (…)
” Si on refuse aux enfants la sécurité physique dans leur communauté, il est possible qu’ils cherchent à se protéger en se joignant à des bandes ou à des groupes armés en qualité d’enfants-combattants.
Le fait de se réunir en bande à des fins de protection peut favoriser un sentiment d’identité et de collectivité chez des jeunes.”(…)
“ La solidarité armée peut également être une stratégie aidant les enfants à combler leurs besoins fondamentaux, qui consistent à se procurer des vivres, un abri et des moyens de subsistance.
C’est pourquoi le fait de négliger les besoins de sécurité des enfants peut avoir de graves conséquences sur la sécurité de la société dans son ensemble.” (…)
” L’idéologie peut offrir une source de résilience psychologique au milieu du stress causé par la guerre, car elle donne à la population un sentiment de but à atteindre et d’identité. (…)
” Un vigoureux engagement idéologique peut protéger contre l’anxiété, la dépression et les sentiments d’échec chez des enfants exposés à des difficultés politiques.
Par comparaison, les enfants qui n’ont que de faibles engagements idéologiques ont généralement davantage de problèmes psycho-sociaux après avoir été exposés à des troubles politiques.” (…)
” Le besoin de rapports, de l’attachement à d’autres et d’un sentiment d’appartenance, constitue une dimension fondamentale de la sécurité des enfants.” (…)
” Les enfants se trouvant dans des milieux manquant de sécurité créent souvent leur propre “famille” d’adoption pour se lier aux autres, garantir leur propre protection, partager les ressources et gérer le risque.”(…)
” Les enfants et les adolescents ont besoin de se développer dans le cadre de relations qui les soutiennent.” (…)
Peut-être y-a-t-il dans ces extraits quelques éléments fondamentaux de toute démarche vers des enfants traumatisés par des “évènements”… sans cependant traiter la question de savoir pourquoi et comment des mineurs se laissent manipuler par des idéologues extrêmistes jusqu’au suicide par engagement comme “kamikaze“…
Enfin, il y a peut-être lieu de se poser la question de l’analogie - toutes choses égales par ailleurs - avec la situation de nombreux mineurs de banlieues ou de familles déstructurées, qui, sans être au coeur de conflits armés ou de guerres civiles, expriment la même recherche de soutien, d’identité et de protection jusque dans l’appartenance à des bandes organisées de délinquance.
Les Centres Educatifs Fermés répondent-ils aux besoins fondamentaux des mineurs ? Pour certains d’entre eux, peut-être, temporairement… Mais fondamentalement, il n’y a pas d’éducation sans liberté … ni sans contraintes.
Et comme le dit J.P.Rosenzcweig, Juge des mineurs (voir son blog) : ” En quoi la privation de liberté est-elle une éducation à la liberté ? “
