Quand les écrivains écrivent sur l’écriture…

18.07.07

A la faveur d’une nonchalance estivale, et surtout d’une certaine disponibilité d’esprit, entre deux éclaircies (selon les heures des marées) dans la Baie du mont-Saint-Michel, voici quelques extraits libres de citations cueillies, lors d’une lecture “farniente”, d’ ” Une autre histoire de la littérature française”, de Jean d’Ormesson (Nil Editions) :

Quand les écrivains dissertent sur l’écriture…

” Le parler que j’aime, c’est un parler simple et naïf, tel sur le papier qu’à la bouche, un parler succulent et nerveux, court et serré, non tant délicat et peigné comme véhément et brusque.”(…)
” Je parle au papier comme je parle au premier que je rencontre.”
  (Montaigne)

Vous n’avez rien fait, écrit Molière en parlant du théâtre,
si vous n’y faites reconnaître les gens de votre siècle.”

” Un bon roman est celui qui amuse tant qu’on le lit
et qui attriste quand on l’a fini.”
(Alexandre Dumas)

” Que ne peut un bon mot sur un bel esprit ? “ (Bossuet)

” Grand roi, cesse de vaincre ou je cesse d’écrire. “ (Boileau s’adressant en courtisan à Louis XIV)

” Le romantisme, c’est l’irruption de la météo dans la littérature.
Chaque poème est un bulletin. Le mauvais temps sévit. Le vent du Nord souffle assez fort.
C’est une littérature de plein air après une littérature de salon. ”
(Jean d’Ormesson)

” Je mets un billet à la loterie dont le gros lot se réduit à ceci :
être lu en 1935 .”
(Stendhal / 1783-1842)

” La poésie a été pour moi ce qu’est la prière. (…)
Le public croit que j’ai passé trente années de ma vie à aligner des rimes :
je n’y ai pas employé trente mois.”
( Lamartine)

” J’ai été pourvu d’une grande puissance d’observation parce que j’ai été jeté à travers toutes sortes de professions involontairement.” (Balzac)

” Savez-vous à combien se montent les ouvrages qu’il m’a fallu absorber pour mes deux bonshommes : à plus de 1 500 !” (Flaubert, à propos de “Bouvard et Pécuchet“)

” Etre connu n’est pas ma principale affaire. Je vise à mieux : à me plaire et c’ est plus difficile. (…)
Le succès me paraît être un résultat et non le but.
(…)
Moi, je ne cherche pas le port, mais la haute mer.”
(Flaubert)

Madame Bovary ? Un chef-d’oeuvre, Monsieur.
Oui, un chef-d’oeuvre pour ceux qui ont confessé en province.”

(Mgr Dupanloup  s’adressant à Flaubert)

” Oui, monsieur, il faut, entendez-vous, jeune homme, il faut travailler plus que ça. Tout le reste est vain, à commencer par vos plaisirs et votre santé : foutez-vous cela dans la boule. (…) Ce qui vous manque, ce sont les principes. On a beau dire, il en faut ; reste à savoir lesquels. Pour un artiste, il n’y en a qu’un : tout sacrifier à l’Art. La vie doit être considérée par lui comme un moyen, rien de plus, et la première personne dont il doit se foutre, c’est de lui-même.” (Flaubert conseillant Maupassant)

” Seigneur, mon Dieu ! Accordez-moi la grâce de produire quelques beaux vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise.” (Baudelaire)

Ecrire, c’est aller ” au fond du défini pour trouver l’inépuisable.” (Claudel)

” Entre classiques et romantiques, la différence est bien simple : c’est celle que met un métier entre celui qui l’ignore et celui qui l’a appris. Un romantique qui a appris son art devient un classique.” (P.Valéry )

” Au risque de passer pour un démagogue et un charlatan, je vous dis que moi je défends la poésie en défendant l’Union Soviétique. ” (L.Aragon)

” Pour moi, devant ce monde, je ne veux pas mentir ni qu’on me mente.”
Et ailleurs :
” Si tu veux être philosophe, écris des romans.” (A.Camus)