Arche de Zoé : du bricolage avec l’humanité des autres

28.10.07

Le jour et l’heure de ce billet sont essentiels, au sens où l’auteur de ces lignes se réserve de changer d’avis sur tel ou tel point de son analyse, en fonction des informations qui peuvent survenir au fil des heures et des jours à venir. Si des modifications importantes de ce billet devaient être apportées, elles le seront nécessairement à la suite de ce texte et non pas dans un ou des billets séparés.

A ce jour (28.10.07), nous sommes dans la phase “paroxystique” de la crise provoquée par l ‘action de cette association “Arche de Zoé” : l’action elle-même est très émotionnelle, le contexte de la crise du Darfour est aussi émotionnel - et donc les réactions, de toutes parts, le sont aussi. La multitude des acteurs et de leurs prises de positions - et aussi de leurs silences - crée une confusion générale.
Essayons de forcer l’analyse aussi objective que possible en l’état actuel des informations.

Deux actions judiciaires sont en cours, tant au Tchad qu’en France : la présomption d’innocence est donc obligatoire. Cela n’empêche pas les questions qui ne doivent en aucun cas être interprétées comme une présomption de culpabilité de qui que ce soit :

1 - Pourquoi l’association a-t-elle maintenu son plan d’action, après 3 mises en garde du Ministère Français des Affaires Etrangères (25 mai 07, 14 juin 07 et 3 août 07), après la visite de Mme Rama Yade qui a constaté l’unanimité du désaccord des ONG actives sur place, rencontrées sur place au Soudan ?

2 - Pourquoi, depuis maintenant 5 jours, devant l’accumulation, sur la place publique, des questions élémentaires sur l’origine des enfants, sur les critères de sélection, sur leur état médical, sur la préparation des familles d’accueil, etc,etc …, n’y a-t-il aucun communiqué de presse de l’association pour répondre à toutes ces questions ?
N’y aurait-il donc même pas de dossiers individuels des enfants au siège français de l’association permettant de répondre à toutes ces questions dans les 24 heures qui ont suivi le début de la crise ? Chaque dossier d’enfant comprenant - on l’espère - son nom, sa nationalité, son âge, le certificat d’abandon d’une autorité légale, son dossier médical, le dossier d’enquête sociale et l’agrément de chaque famille d’accueil, etc…
Si tout cela est en ordre au siège de l’association, pourquoi ne pas répondre, toutes affaires cessantes, à toutes ces questions sur la place publique ?
D’ailleurs, pourquoi, à ce jour, n’y a-t-il aucun communiqué de l’association sur son propre site, face à une telle charrette de critiques ?

3 - Les familles d’accueils françaises et belges ont-elles été agréées comme telles par un service social quelconque ? Etait-ce pour être famille d’accueil ou famille adoptive ?
Dans le dossier d’inscription des familles, il est mentionné : ” Un agrément de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) est fortement recommandé même s’il n’est pas obligatoire”…
Et plus loin : ” Il s’agit avant tout de sauver la vie de ces enfants en les mettant à l’abri dans des familles bénévoles et volontaires. Ces familles “accueillent” (”sic”) un enfant mais n’auront pas pour autant le statut de famille d’accueil, qui implique une rémunération.
Les procédures prévues pour régulariser la situation administrative des enfants peuvent être longues(…) Lorsque l’enfant sera régularisé, les familles qui le souhaitent pourront alors entamer les démarches en vue d’une adoption (simple ou plénière).” On ne peut pas être plus clair.

Et à la question : La procédure est-elle différente d’une adoption internationale ? , la réponse est lumineuse :
“La procédure est différente dans la mesure où l’enfant sera déjà présent en France dans une famille, qu’il aura un statut particulier(réfugié) et peut-être même déjà obtenu la nationalité française (article21-12 du code civil).”

Le Ministère des Affaires Etrangères certifie que dans ses contacts initiaux avec l’association, celle-ci avait explicitement mentionné son projet d’adoption de ces enfants.
Si ce sont des familles d’accueil, l’hypothèse du retour de ces enfants dans leur pays, après le conflit, a-t-elle été explicitement envisagée, y compris après l’obtention du statut de mineur non-accompagné/demandeur d’asile ?

La demande d’asile n’était-elle qu’une démarche temporaire en vue d’adoption ultérieure, sachant pertinemment qu’après un séjour de plusieurs mois dans une famille, celle-ci s’attache tout naturellement à l’enfant - et réciproquement - au point que l’adoption devient une suite logique et un acte “naturel”.
Le projet d’adoption n’est nullement en-soi critiquable, mais le fait de passer par une étape intermédiaire de demande d’asile en dissimulant le projet d’adoption peut être interprété, pour le moins, comme un stratagème.

De toute façon, que ce soit famille d’accueil ou famille d’adoption, toute association professionnelle se doit de préparer les familles in-di-vi-duel-le-ment : l’accueil d’enfants traumatisés et déracinés, parfois blessés, ne s’improvise pas.
Dans le dossier des familles d’accueil, il leur est demandé “ de participer aux réunions d’information et de préparation organisées par l’association dans toute la France“…
Dans le même dossier, il est indiqué : “Comment les familles seront-elles sélectionnées ? Toutes les familles qui auront rempli un dossier d’inscription et fourni l’ensemble des justificatifs nécessaires seront alors inscrites sur une liste d’attente puis invitées aux réunions d’information.”
Quoi ? On ne les rencontre même pas ? On peut ne pas être agréé par l’ASE, envoyer un dossier, assister à une réunion publique … et attendre l’arrivée de l’enfant ? Quelles garanties pour l’enfant, déjà victime de traumatismes graves ? On enverra en France un “stock d’enfants” et on les distribuera à gauche et à droite, à des familles qu’on a peut-être même jamais rencontrées ?

4 - L’association dit que ce sont des enfants orphelins. Sur le site de l’association, la page d’explication mentionne qu’elle ” propose aux familles d’accueil qui le souhaitent de venir en aide et de prendre en charge dans leur foyer un enfant orphelin de moins de 5 ans, réfugié de la guerre du Darfour.”

D’abord, tous les médias rapportent que les enfants rassemblés pour l’évacuation avaient entre 1 et 8 ans.
Ensuite, l’UNICEF annonce que, sur la moitié des enfants qui ont fait l’objet d’un entretien, plusieurs d’entre eux n’étaient pas orphelins.
Or, dans une situation normale, un enfant est soit avec une famille, soit orphelin : mais dans les situations de réfugiés, chacun sait qu’un enfant est soit avec une famille (la sienne ou une autre), soit PEUT-ETRE orphelin : c’est le propre d’une situation de réfugiés. Qui peut affirmer d’emblée qu’un enfant est orphelin dans un camp de réfugiés ?

5 - Sur son site Internet, l’association fait référence à des instruments juridiques internationaux (en-bas du texte) en inviquant notamment la Convention des droits de l’enfant (1989) dont l’Article 38- alinéa4 demande que tous ” les Etats-parties prennent toutes les mesures possibles pour que les enfants qui sont touchés par un conflit armé bénéficient d’une protection et de soins”.
Peut-on rappeler que l’Article 11-alinéa 1 de la même Convention ajoute que les Etats signataires sont tenus de “prendre des mesures pour lutter contre les déplacements et les non-retours illicites d’enfants à l’étranger” ?

6 - Pourquoi, dans le dossier d’inscription des familles candidates à l’accueil est-il mentionné que ” la famille s’engage à faire passer (à l’enfant) un examen médical (…) afin de s’assurer de son bon état de santé “(…), alors que les enfants ont été déclarés par l’association comme des cas médicaux (avec bandages visibles…) ?

La colère de l’opinion publique face au génocide du Darfour est parfaitement légitime : après tout, la communauté internationale, c’est chacun-e d’entre nous, et pas seulement les acteurs institutionnels, y compris les “grandes ONG”(dans le paysage des ONG, on est toujours le grand de quelqu’un et le petit de quelqu’un d’autre).

Mais il ne suffit pas d’être en colère pour en déduire qu’on a raison contre tous : de nos jours, après des décennies d’action humanitaire, et à force d’”essais et d’erreurs” dans ce genre de situation, malheureusement répétitive, il ne suffit plus, de nos jours, de vouloir le bien, ni même de le faire, il faut pouvoir le prouver.
Et sur-le-champ.

Il faut notamment prouver que l’évacuation vers l’étranger était, en dernière instance, la seule solution pour ces enfants : et donc tenir compte des avis des ONG présentes sur place depuis plusieurs mois ou années, qui connaissent les populations et sont capables de détecter les cas les plus graves, avec des critères très stricts à la fois médicaux et sociaux.

Du point de vue des principes de l’action humanitaire, le plus frustrant dans cette affaire, est que sur la base d’une volonté humanitaire respectable de centaines de familles candidates à l’accueil d’enfants en risque de mort, l’association n’ait pas procédé de manière professionnelle, à savoir :

- contacter les ONG présentes en leur demandant s’ils ont connaissance de situations particulièrement extrêmes d’enfants sur le plan social (abandon) ou médical (traitement de maladies incurables dans le contexte, voire de malformations congénitales nécessitant une intervention chirurgicale irréalisable dans le contexte du pays, etc,etc..), et pour lesquels aucune solution n’est recevable sur place, y compris dans l’hypothèse d’un retour dans son village d’origine (parents massacrés, absence totale de suivi possible,etc) ;

- contacter les autorités des pays concernés (Soudan, Tchad, France) de manière formelle - et donc écrite - et notamment de la France (administration, hôpitaux, services sociaux, institutions spécialisées) ;

- recevoir individuellement les familles d’accueil après les avoir sélectionnées et sur la base d’un agrément par un Service Social français (pour accueil et non pour adoption) et les informer du détail de la situation réelle de chacun des enfants qu’ils vont accueillir - et avec l’hypothèse d’un retour dans le pays après le conflit et/ou après traitement ;

- et surtout : avoir obtenu des autorités françaises l’accord écrit pour chacun des enfants, en toute transparence, et non pas demander aux parents d’accueil “de faire une déclaration d’entrée sur le territoire français aux autorités préfectorales, afin que celles-ci assurent un suivi particulier de l’enfant”, ce qui constituerait une sorte de “fait accompli” pour forcer la main des autorités du pays d’accueil…

Or, dans le dossier d’inscription des familles candidates (du type “Questions fréquemment posées“), à la question :
“Avez-vous le soutien des autorités françaises (ou européennes) dans l’organisation de l’opération d’évacuation ?
Réponse : ” Non, (…) La France est paralysée par la complexité et l’inefficacité du système diplomatique onusien.(…) Notre opération d’évacuation repose sur le droit international qui s’applique (à tous les pays). Nous n’avons donc pas besoin de l’accord du pays d’accueil pour organiser l’évacuation des enfants. Nous avons encore moins besoin de l’accord du pays d’origine, puisque c’est lui justement, aujourd’hui, attente à la vie de ces enfants.”

On ne peut s’empêcher de voir, dans toute cette affaire, un bricolage de A à Z (si l’on peut se permettre d’utiliser ces initiales…) au point qu’on peut se demander si l’objectif final, non-dit, était une véritable opération de communication de l’association (l’opération était suivie, en temps réel et sur place, par trois journalistes), une volonté de ” positionnement “dans le paysage médiatique, en surfant - simultanément, et donc intelligemment, d’une certaine manière - sur deux facteurs très fortement sensibles dans l’opinion publique française en ce moment : le drame du Darfour et la demande d’enfants adoptables …

Sur la question du rôle des autorités publiques dans cette affaire :

Le Ministère français des Affaires étrangères avait reçu l’association et mis le public en garde à trois reprises : les 25 mai, 14 juin et 3 août 2007. Rien à redire.
Une petite question, cependant : si l’avion avait réellement décollé du Tchad et atterri en France, les autorités françaises auraient-elles refoulé les 103 enfants ?...

Du côté des autorités françaises
, le volontarisme affiché face à la crise du Darfour, comme pour les infirmières bulgares en Lybie ou d’autres situations d’otages ou de crise, a peut-être entraîné une hésitation de nature “politique”, c’est à dire, comme chacun sait, essentiellement sous l’angle de la communication, et ce au-delà de l’attitude “technique ” très négative du Ministère des Affaires Etrangères.

Du côté tchadien, on sera plus réservé…
Nul ne conteste la souveraineté de l’Etat tchadien sur tout ce qui se passe sur son sol (quoique l’avion - affreté comme un charter - avait bien été autorisé à atterrir, non…???)
Mais lorsque le Chef de l’Etat tchadien proclame sa “sainte indignation” sur ce “trafic d’enfants” pour ” leur vente ou pour des trafics d’organes”, c’est un peu délirant.Les trafics d’organes existent, mais ne procèdent pas par envoi d’avions-charters…

Le Chef de l’Etat tchadien ferait bien d’orienter sa sollicitude et son indignation pour le respect des droits de l’enfant en enquêtant sur l’enrôlement des enfants, à grande échelle, dans son armée… (Voir le rapport de “Human Rights Watch” du 16 juilllet 2007) ;

La notion de “trafic d’enfants” a une définition précise qui fait partie des hypothèses d’une enquête judiciaire en cours, mais qu’on ne peut pas affirmer d’emblée - ne serait-ce que parce que même l’association peut avoir commis des actes, et surtout des “non-respect de lois et de procédures”, qui conduisent à cette qualification, même si elle n’en avait pas l’intention. Mais c’est à la justice de le dire.

Ce qui définit un trafic peut se résumer ainsi :

a) déplacement géographique soit sous contrainte, soit par séduction : dans le cas précis, ni l’un ni l’autre, mais utilisation de la notion de danger de mort et donc d’urgence humanitaire ;

b) manipulation de la légalité, jusques et y compris par l’apparence d’une procédure totalement légale : dans ce cas, il n’y a même pas de respect des procédures légales ; il est même écrit dans le dossier destiné aux parents :
” Bien que l’opération d’évacuation des enfants
(…) repose sur une législation internationale indiscutable et incontournable, nul n’est à l’abri d’une décision arbitraire d’une administration d’un pays d’accueil.
Dans ce cas, il faudra utiliser toutes les voies de recours juridiques pour faire valoir les droits de ces enfants et des familles les accueillant. Les avocats spécialisés et les associations seront une aide précieuse.
Mais plus encore, il faudra que TOUTES
(sic) les familles soient solidaires au sein d’un même collectif afin qu’une famille ne soit pas seule face à une administration, mais qu’au contraire, le nombre d’enfants et de familles soit un atout pour faire prévaloir et appliquer le droit. ”
Quant on sait par ailleurs que dans le même dossier, il est écrit que “les dépenses d’aide juridique sont à la charge de la famille”, on voit le cauchemar que cela pourrait devenir pour certaines familles…

c) multiplication des intermédiaires : dans ce cas, l’amalgame entre l’”Arche de Zoe” et “Children Rescue” a probablement contribué à l’aveuglement de l’armée française qui a transporté des enfants de la frontière vers l’aéroport d’Abéché.

d) L’objectif lucratif : dans le cas, rien ne peut être prouvé, à la lecture du site de l’association. Il n’y a cependant aucun compte-rendu budgétaire ou de l’utilisation des fonds sur ce site. On ne peut donc que se perdre en conjectures : si 300 familles ont versé une moyenne de 3 500 euros, l’association aurait pu percevoir, avant même le lancement de l’opération d’évacuation, une somme approximative de 1 million d’euros ? Selon la presse, la location de l’avion-charter a coûté entre 140 000 et 165 000 euros, selon les sources. Il y a eu l’achat sur place d’un Piper PA 32 pour un montant de 50 000 euros, selon le “Journal du Dimanche” de ce jour…

Sur les sommes versées par les familles candidates à l’accueil, les médias rapportent qu’elles ont versé chacune entre 2000 et 6 000 euros. Pourquoi cette différence entre les familles ? On peut imaginer que certaines familles aient mis volontairement des sommes plus importantes, en guise de soutien à l’association…

Il reste cependant intriguant de lire dans le dossier d’inscription des familles candidates :

“La procédure d’évacuation est gratuite et aucun frais ne pourra être facturé à la famille qui accueille l’enfant.
En revanche, le coût d’entretien et d’éducation de l’enfant, les dépenses de santé et d’aide juridique seront à la charge de la famille.
D’autre part, l’Arche de Zoé sollicite ces familles pour des dons qui permettront d’assurer le fonctionnement de l’association de manière pérenne
(…)
Il est demandé aux familles un don d’au moins 90 euros lors de l’inscription, permettant de couvrir l’ensemble des frais administratifs et juridiques (?), d’organisation des réunions,etc.
Il sera demandé aux familles, après validation de leur inscription, un don d’au moins 1 400 euros pour participer aux frais d’évacuation des enfants et d’acheminement jusque dans le pays d’accueil (frais d’évacuation, logistique humanitaire, location d’avion,etc.).
Notez bien : “ il sera demandé un don “…
“Il sera ensuite demandé aux familles un don annuel de 100 euros pour permettre la création d’un “Collectif de soutien à l’accueil des enfants orphelins du Darfour” afin d’assurer dans le temps, l’entraide entre les familles et le suivi des enfants.” (le suivi des enfants, c’est 100 euros par tête ???)

Pour terminer, quelques impressions en vrac :

- Sur la page du site de l’association (paragraphe “Procédures en France” - alinéa ” Au préalable, ces familles…) concernant l’opération Darfour, ne figure plus de lien avec le dossier d’inscription des familles candidates à l’accueil, dossier que l’Abrincate s’est procuré pour en citer des extraits ci-dessus, sur ce billet.

- Dans son communiqué de presse du 28 avril, l’”Arche de Zoe” annonce l’évacuation de 10 000 orphelins du Darfour. A la lecture de tout ce que nous apprenons aujourd’hui, on se demande sur quelle base ce chiffre a été diffusé, sur quels critères les enfants seront sélectionnées, etc.

- Puisque l’intention initiale de l’association était de procéder à des adoptions, il faut rappeler que l’adoption est toujours un acte et une aide individuels, et jamais une solution globale pour une population d’enfants.

- La justification annoncée de l’opération est rédigée, dans le même communiqué, comme suit :
“Le droit international le permet autant que la morale l’impose.”
Le droit international ne permet pas n’importe quelle méthode. On trouvera autant de clauses du droit international pour critiquer les méthodes de l’association que pour les justifier… Le droit international protège aussi les réfugiés, y compris les enfants, d’actions-mercenaires de ce genre.
Il reste que, sous réserve d’entendre le point de vue de l’association (toujours rien, à ce jour, sur son site…), le problème est tout éthique autant que juridique, y compris dans les méthodes autant que dans les objectifs.

- A un tout autre niveau, quelle magnifique occasion pour les gouvernements - et particulièrement celui du Soudan - de vitupérer l’action des ONG qui “sous prétexte d’action humanitaire, font n’importe quoi… et même illégalement”…

Un mot enfin pour les familles qui se sont portées candidates à l’accueil d’enfants orphelins de moins de 5 ans provenant du Darfour ” : leur bonne foi n’est pas en cause, mais il n’est pas exclu (sous réserve des conclusions de l’enquête judiciaire) qu’elles aient été victimes d’abus de leur confiance, au moins autant sur le plan éthique que sur le plan juridique.

Par ailleurs, au vu de ce que nous savons aujourd’hui du fonctionnement de l’association (et toujours sous réserves de corrections à apporter), nous aimerions leur dire :

- qu’elles n’avaient aucunement été préparées à l’accueil d’enfants traumatisés par la guerre, ce qui ne s’improvise pas ;
- que les enfants prévus à l’arrivée n’étaient probablement pas tous ceux qu’ils avaient imaginés - et qu’on leur avait annoncés ;
- qu’elles auraient (à la seule lecture des clauses du dossier d’inscription) probablement été “abandonnées” à elles-mêmes, dès l’arrivée de l’enfant, en cas de problèmes, inévitables, sur les mois et les années à venir, sur tous les plans, financier, éducatif, psychologique, juridique, etc…

Nous partageons tous leur colère sur ce que nous savons de la situation au Darfour, mais :

- d’une part, quantité d’ONG font sur le terrain, un travail quotidien, harrassant, mais déterminant et utile, dans un quasi-anonymat au service de ces enfants : elles méritent d’être soutenues par vous, en même temps qu’elles vous doivent une information détaillée, précise, transparente et honnête ;
- d’autre part, aucun geste n’est dérisoire dans les “Collectifs Darfour” : on l’a bien vu dans la campagne électorale française récente.


Qu’est-ce que l’intelligence ? (E.Morin et autres)

26.10.07

” L’intelligence est l’aptitude à s’aventurer stratégiquement
dans l’incertain, l’ambigu, l’aléatoire
en recherchant et en utilisant le maximum
de certitudes, de précisions, d’informations.

L’intelligence est la vertu d’un sujet qui ne se laisse pas duper
par les habitudes, craintes, souhaits subjectifs.
C’est la vertu de ne pas se laisser prendre aux apparences.
C’est la vertu qui se développe dans la lutte permanente et multiforme
contre l’illusion et l’erreur.”

(Edgar Morin, “La méthode”, 1986)

 

” L’intelligence, ce n’est pas seulement ce que mesurent les tests,
c’est aussi ce qui leur échappe. “

(Edgar Morin)

 

” On mesure l’intelligence d’un individu
à la quantité d’incertitudes
qu’il est capable de supporter. “

(Emmanuel Kant)

 

“Il faut de l’esprit pour bien parler,
de l’intelligence suffit pour bien écouter.”

(André Gide)

 

” La beauté, c’est quelque chose dans le regard qui exprime l’intelligence,
et l’intelligence, c’est quelque chose dans le regard qui exprime la beauté. “

(Bernard Werber)

 

” La marque d’une intelligence de premier ordre,
c’est la capacité d’avoir deux idées opposées, présentes à l’esprit en même temps,
et de ne pas cesser de fonctionner pour autant. “

(Franz Scott Fitzerald)

 

” Les moyens de développer l’intelligence ont augmenté le nombre des imbéciles. ”
(Francis Picabia)

 

” Quand le débutant est conscient de ses besoins,
il finit par être plus intelligent que le sage distrait. “

(Lao-Tseu)

 

” L’homme intelligent a ceci de commun avec l’imbécile
de croire que celui qui ne pense pas comme lui est un imbécile. “

(Maurice Chapelan)

 

” L’intelligence ne se représente clairement
que dans le discontinu. ”

(Bergson)

 

” La force sans l’intelligence s’effondre sous sa propre masse. “
(Horace - ” Message à Georges W.Bush “…)


La glu suisse ” Blocher”

22.10.07

La glu est une colle très forte utilisée pour attraper les pigeons.
L’image vient à l’esprit en constatant les résultats des élections générales en Suisse ce dimanche.

Les commentaires de la presse frisent ce que les British appellent un “over-statement” : en Suisse, dès qu’un parti fait 5 % de plus que la fois précédente, c’est un tsunami - et 5 % de moins, c’est une “Bérésina“…

Christoph Blocher est un tribun “qui se marre” dans l’adversité, qui fait une campagne à l’ aide d’affiches racistes, qui balaie d’un revers de main tout ce qui suggère un rapprochement avec l’Union Européenne, qui n’hésite pas à proposer l’annulation de la ratification de son pays à la Convention Européenne des Droits de l’homme, qui se fait le chantre d’un national-populisme aussi rigolard qu’ombrageux - mais qui a eu surtout le culot d’utiliser des arguments de campagne comme s’il était toujours dans l’opposition, alors que sur les sujets les plus sensibles comme l’immigration, il a réussi à faire oublier qu’en tant que Chef du Département Fédéral de Justice et Police (Ministère de l’Intérieur et de la Justice), il était le premier responsable de ce qu’il dénonce.

Mais au-delà d’une campagne électorale de circonstance, la question se pose de savoir comment un pays dont la santé économique est éclatante, voire insolente, peut ainsi exprimer un enfermement mental de cette ampleur.

A quoi cela sert-il d’être un des pays les plus riches du monde par habitant (hormis les pays pétroliers) si c’est pour se faire gouverner par un batteleur de préau d’école dont le message au monde entier est : “allez vous faire voir ailleurs“…
sauf, bien entendu, si vous débarquez avec de coquettes valises garnies d’au moins 6 zéros.

La peur ressentie par une population vieillissante …
La peur de perdre la poule aux oeufs d’or …
La peur de l’éclatement …

La Suisse n’existe pas“, affichait l’artiste Ben, en lettres minuscules sur fond noir.
On aurait presque envie de dire que la Suisse, aux trois langues et cultures, n’existe, par définition, qu’en retrait de l’étranger, sans quoi elle n’existerait plus.

Pour contrer le discours xénophobe de Blocher, le Syndic (Maire) de Lausanne, Daniel Brélaz, écologiste et mathématicien de formation, avait calculé, en pleine campagne électorale, que si la Suisse se fermait à toute immigration, et en se basant sur le taux actuel de fécondité de 1,5 enfant par femme, la population suisse se diviserait par 4 en un siècle, qu’à l’horizon 2400, il resterait environ 28 000 Suisses, et que dans 700 ans, il resterait tout au plus 300 personnes pour partager la fondue…

On trouvera sur ce site le florilège des affiches racistes de l’UDC, parti de Blocher qui vient de frôler les 30 % d’électeurs.

Or si l’on regarde bien une des dernières affiches (en bas de la page du site), représentant des musulmans en prière devant le Palais Fédéral, à Berne, avec le slogan : ” Utilisez votre tête“, on peut imaginer que cette affiche soit considérée par les Musulmans comme plus insultante, pour chacun d’entre eux, que toute caricature de Mahomet.

Le Code Pénal suisse énonce dans son Article 261 bis (c’est nous qui soulignons en italique):

” Celui qui , publiquement, aura incité à la haine ou à la discrimination envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur appartenance raciale, ethnique ou religieuse ;

Celui qui, publiquement, aura propagé une idéologie visant à rabaisser ou à dénigrer de façon systématique les membres d’une race, d’une ethnie ou d’une religion ;

Celui qui, dans le même dessein, aura organisé ou encouragé des actions de propagande ou y aura pris part ;

Celui qui aura publiquement, par la parole, l’écriture, l’image, le geste, par des voies de fait ou de toute autre manière, abaissé ou discriminé d’une façon qui porte atteinte à la dignité humaine une personne ou un groupe de personnes en raison de leur race, de leur religion (…) ;
sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire.”

Or, dans le programme électoral de l’UDC et de Ch.Blocher, figure en toute première priorité, l’abolition de cette loi sur la discrimination raciale.
Des plaintes ont été déposées par la LICRA, et même par le Procureur du Canton du Valais : elles ont toutes été déboutées.
A cette occasion, on pourra lire utilement la prise de position d’une Pasteure, Mme Helen Küng.

Si même la Justice se couche, c’est une autoroute pour ce “vent mauvais“… et pour Blocher qui, s’il est élu par les Chambres - ce qui ne fait maintenant aucun doute - assurera la présidence tournante de la Confédération Helvétique en 2009…

A quoi cela sert-il
d’être le pays le plus riche du monde
si c’est pour en arriver là ?


Le “people” et l’ADN (Christophe Gallaz)

15.10.07

Comme toujours, la chronique de l’écrivain suisse Christophe Gallaz, qui paraît régulièrement dans “Le Matin”, secoue, par son approche intuitive, le cocotier des idées reçues et des interminables débats théoriques et rationnellement balancés sur les tendances de l’air du temps…

Extraits de cette chronique :

“Etonnant dispositif à l’oeuvre dans les sociétés humaines actuelles. Rarement perçu comme tel, évidemment, parce qu’il est fondé sur deux éléments distincts en apparence :

D’une part, l’industrie devenue dominante du “people” dans la presse écrite et télévisée.
D’autre part, l’instauration progressive du contrôle ADN par les pouvoirs économique et politique.”
(…)

L’intéressant est de mettre en lumière un double mécanisme. C’est celui-ci : avec le “people” médiatique, un processus de désidentification générale est exercé sur les individus. Et simultanément, avec la généralisation du contrôle ADN, un processus de suridentification est déployé, qui est d’ordre purement technique.
Autrement dit, plus l’être social, culturel et politique que nous sommes est enlevé de soi par des moyens comme ceux du “people“, plus notre être génétique fait l’objet de vérifications techniques.”
(…)

“Ainsi nous acheminons-nous vers des sociétés fonctionnant comme un piège.
D’un côté, vous avez des masses populaires et consommatrices qui travaillent, et même rudement, et même de plus en plus rudement, pour des rémunérations toujours plus réduites ou fragmentées”.
(…)
De l’autre côté vous avez, pour scanner ces masses populaires et consommatrices qui dérivent dans l’anonymat, dans l’interchangeabilité, dans le déracinement intellectuel et dans la peine ou la souffrance inexprimées, un système de contrôle et de répression suprêmement efficace.

Un système spécialisé dans les contrôles ADN, dans la pose de caméras de surveillance dans les entreprises et dans les rues, et dans la mise au point de mille traçabilités administratives et financières. Notre système.

Au bout du compte, vous n’êtes plus rien ni personne - sauf un code-barres ambulant.”


Développement durable par l’économie informelle ?

14.10.07

Si les campagnes contre les effets du réchauffement climatique ont de l’effet, il n’est pas exclu qu’on retrouve progressivement, dans nos pays, des pratiques de vie quotidienne des générations précédentes, et qui sont le lot, aujourd’hui, d’une grande partie des populations de pays en développement.

Nous affublons ces pratiques du titre d’”économie informelle“, voire “souterraine” : mais si l’économie “formelle” continue son chemin vers un fonctionnement spéculatif mondialisé, le peuple, lui, trouvera les moyens de survivre “à moindre coût” - économique et écologique. Et lorsque les conséquences de l’économie spéculative, hystérique et irresponsable, auront détruit le produit du travail de millions de gens, réduits à la survie, c’est l’économie dite informelle - “une économie sans accumulation“- qui reprendra le dessus.

Inutile de vociférer contre les écologistes en leur reprochant de vouloir revenir à l’”âge des cavernes” : c’est l’économie mondiale actuelle qui va réduire une grande partie de la richesse créée et faire revenir une partie de la population de tous les pays deux ou trois siècles en arrière…

Ce ne serait pas la moindre des “ruses de l’Histoire” qu’un pays comme la Chine qui dispose de 1 200 milliards de dollars de “fonds souverains“, place cet argent en partie dans le déficit américain - “on se tient par la barbichette…” - et en partie dans les circuits de la spéculation boursière mondiale, et que ce que l’économie officielle a toujours considéré comme marginal et “non-rentable” devienne le mode de vie et de survie d’une grande partie de la population.

N’oublions pas que , dès aujourd’hui, la classe moyenne dans le monde gagne l’équivalent de 150 et 300 US dollars par mois - et qu’en tenant compte du coût de la vie local, un salaire fait vivre entre 5 et 20 personnes, voire plus …

Consultez ce diaporama, aimablement envoyé par une lectrice, sur les usages du vélo en Chine.


Les “Notices”, nos maîtres impitoyables …

13.10.07

Reçu ce jour la complainte suivante :

LES NOTICES

Elles veulent me rendre service. En fait, elles m’énervent.
Quelles notices ? Celles qui m’ont été confiées avec la gazinière, le réfrigérateur, le téléviseur, le fer à repasser, la bouilloire, la machinerie informatique et la cafetière …
En faisant ces achats, je voulais gagner de la liberté et du temps et j’ai découvert que ma vie était grignotée, bouffée, asphyxiée par les notices. Je ne peux plus faire quoi que ce soit sans consulter une notice.
Je croyais avoir acheté des esclaves dociles : on m’a servi des maîtres impitoyables.

Quand je dis ” notices “… notez qu’il ne faut pas oublier les variantes : le ” carnet d’entretien ” de la voiture, les ” conseils pour la cuisson ” sur les boîtes de conserve, les ” recommandations importantes ” sur les produits d’entretien, sans parler du ” code de la route ” avec ses vitesses règlementées, des petites notes en bas des contrats d’assurance, des conseils que donnent les banques, des propositions qui encombrent l’écran informatique et de la marche à suivre pour remplir la “déclaration d’impôts”, ou n’importe quel dossier.

Même le médecin me donne me donne sa notice pour le bon emploi de ce qui me reste de santé. Et le pharmacien en rajoute : ” Lisez attentivement l’intégralité de cette notice avant de prendre ce médicament “.
Quand un livreur vient chez moi pour installer n’importe quoi, il me donne la notice. Si je pose une question, il me répond : ” Tout est expliqué dans la notice.” Si un dépanneur doit venir, il me demandera : ” Où est la notice ? “. Evidemment, je ne sais où je l’aurai mise. C’est la faute aux architectes d’intérieur : ils devraient prévoir, dans chaque appartement, un rayon de bibliothèque ” Spécial Notices “, avec - évidemment - une notice pour faciliter un classement esthétique et rationnel.
En fait, il m’en manquera toujours une, celle qui donnera à l’ignorant que je suis la traduction des mots barbares qui me découragent de toute lecture. Vienne le jour où un Prix Littéraire récompensera l’auteur d’une notice que tout citoyen ordinaire comprendrait du premier coup.
La notice c’est comme le péché originel de notre société technique. Désirable, le produit devient indispensable : la notice vient tout gâcher.

La nuit, les notices me donnent des cauchemars. J’ai rêvé qu’un jour, après avoir souri à l’hôtesse de caisse de la Grande Surface, près de chez moi, un agent du service de sécurité, coiffé d’une casquette de garde-côtes, interceptait mon caddy et le déroutait pour l’amarrer au quai du SCCN (” Service Contrôle Connaissances Notices “). Il y prenait quelque chose au hasard et me disait : ” S’il vous plaît, récitez-moi la notice.” Comme je restais bouche bée,il continuait : ” Pour votre sécurité, allez l’apprendre.
Et il me confiait au Maître des Novices de la Notice, qui m’expliquait gentiment que les malheurs du monde disparaîtraient le jour où tous et chacun observeraient scrupuleusement les consignes de toutes et chacune des notices.
Il me faisait entrer dans une pièce où régnait une vague atmosphère de Purgatoire. Les uns apprenaient tête baissée, les autres attendaient leur tour pour réciter et recevoir le billet de sortie. Le responsable m’installait sur le bout du dernier banc des recalés de la notice.

Sur le mur, en face, il y avait une inscription : ” Chaque notice, une fois l’an, tu reliras dévotement.”
Devenu dévot de la notice, je lisais et relisais les ” valeurs nutritionnelles ” de ma boîte de flageolets, mais, incapable de rien retenir, je me suis réveillé.

Maintenant, je sais quand même dire que mes yaourts sont à consommer avant le 5 novembre, qu’il faut nettoyer le réfrigérateur le 6, faire la vidange de la voiture le 7 et détratrer la cafetière le 8 … Voilà les rendez-vous de mon agenda.
Mes esclaves disposent de mon emploi du temps.

Courage, il faut garder le moral et prendre de la hauteur. Un jour, après avoir débroussaillé mon sentier dans la sombre forêt des notices de ce bas-monde, j’arriverai devant Saint-Pierre à la porte du Paradis.
Avant de l’entr’ouvrir , il me dira avec un sourire encourageant : “ Alors, mon brave, comment as-tu observé la notice ? ” (Horreur ! L’épidémie de la notice a infecté le Paradis!). ” Euh … quelle notice ? ” - ” Les Béatitudes, bien sûr !!!
Dans mon regard, il lira mon trouble : ” De fait, j’ai entendu parler de ces choses-là, mais où pourrais-je bien retrouver cette notice ? ” Avec un mélange de surprise et de pitié, il récitera : ” Evangile de Mathieu, chapitre 5, versets 1 à 12. Tout le monde sait ça, voyons ! Pour passer du temps des travaux forcés à la liberté de l’éternité, il faut suivre la notice !
Et comme il saura qu’il s’adresse à un Mayennais, il ponctuera sa déclaration d’un sonore : ” Ben dame !
Et je comprendrai alors une chose toute simple. S’il y a des notices qui prétendent rendre la vie plus facile, il y en a d’autre qui veulent m’aider à la construire.

Au Purgatoire, sur le banc des recalés de la notice, j’irai alors dépoussiérer les Béatitudes :

Vous toutes, Saintes et Bienheureuses Notices,
ayez pitié de nous…

Père Daniel Boëton
Entrammes - Mayenne - France

Dans le désespoir… consulter le site des notices perdues


Manquent 18 millions d’enseignants…

13.10.07

Selon le document diffusé à l’occasion de la Journée Internationale des Enseignants (5 octobre), l’UNESCO estime que ” d’ici 2015, il faudra recruter dix-huit millions de nouveaux enseignants dans le monde - quatre millions pour le seul continent africain. Une croissance démographique élevée, une scolarisation accrue et les effets du VIH et du sida dans certains pays arabes, d’Afrique Sub-saharienne et d’Asie du Sud et de l’Est, mais aussi un grand nombre de départs de la profession, phénomène auquel s’ajoute une pénurie d’enseignants dans certaines disciplines dans les pays plus développés, compromettent gravement la réalisation des objectifs ” (du Millénaire pour le Développement).

Le chiffre de 18 millions d’enseignants à recruter est à mettre en rapport avec le nombre d’enseignants en exercice à ce jour, estimé à 50 millions dans le monde.

Sur le site de l’Internationale de l’Education, on apprend ceci :

- que les enseignants congolais (R.D.Congo) en grève depuis le 3 septembre 2007, ont suspendu leur grève le 8 octobre, suite à l’aboutissement des négociations avec le gouvernement, qui leur accordé d’être payés au salaire minimum des employés du secteur public, établi à 35 000 francs congolais, soit environ 40 dollars par mois ;

- que les enseignants de Bulgarie sont en grève illimitée pour réclamer de meilleurs salaires. le salaire moyen d’un enseignant s’élève à 340 levs, soit environ 174 euros par mois. Même s’ils obtenaient une augmentation de 100 %, leur rémunération serait encore inférieure à celle de leurs homologues des pays voisins, tels la Serbie et la Roumanie. ” Le Ministre des Finances a déclaré : ” Nous pourrions discuter d’une augmentation des enseignants si 25 % des enseignants étaient licenciés en vue d’optimiser le système éducatif.”

Rappelons qu’en 2003, en Bulgarie, le gouvernement avait fermé environ 500 écoles, malgré des prêts de la Banque Mondiale pour la “modernisation du système scolaire”.

Document en provenance
du Bureau de l’UNICEF - Mozambique (traduit du portugais)

L’enseignant anonyme

Par quel tour de passe-passe un être humain …

sans formation ou presque,
avec un encadrement professionnel réduit au minimum,
qui vit dans un hutte au toit de chaume,
loin de tout magasin et de tout point d’eau
à 5 ou 10 kms de l’école, où il se rend à pied,
qui n’achète ni vêtements ni meubles,
qui reçoit un salaire à peine suffisant
pour acheter de quoi manger pendant une semaine,
et versé souvent en retard,

… réussit à aider un enfant …

qui a fait 5 ou 10 kms à pied pour aller à l’école
après avoir adormi sur une vieille natte
dans une hutte fissurée de toute part et envahie par le froid
sans avoir mangé grand chose
et après avoir fait les travaux ménagers

... à apprendre à lire, à écrire et à compter …

à l’ombre d’un arbre
à même le sol
avec 70 autres enfants
sans craie ni moyens pédagogiques
sans livre et sans cahier
sans stylo et sans crayon ?

Voilà les héros anonymes de toutes les nations.
Ce sont les héros de la paix.


Du bon aloi de certaines phrases

7.10.07

Qu’est-ce qui rend une phrase parfaite ?

- Son aloi.
L’aloi, chez les Anciens, chez Villon par exemple, c’est le bruit que fait une pièce en tombant sur le comptoir. On entend de quel alliage elle est faite. On entend si c’est une bonne pièce ou une mauvaise.
Il y a un aloi pour la littérature. Je l’entends, tout de suite.
Si la phrase est écrite, elle est versée à mon compte sur l’éternité.”

(Pierre Michon, dans une interview au “Nouvel Observateur” - septembre 07)

Au hasard de lectures récentes et discontinues, voici quelques phrases de bon aloi :

“Toutes les civilisations sont des Organismes Génétiquement Modifiés.”
(Malheureusement, impossible de retrouver l’auteur, entendu par hasard sur RFI)

” Dans un monde qui court sans savoir où, on ne perd jamais son temps à perdre du temps.”
(Jean Contrucci -N.O. - septembre 07)

“Les journalistes servent à s’inventer soi-même.”
(Yasmina Reza)
“Il n’y a pas de gène du destin. Ni malheureux, ni heureux.”
(idem)

” Le philosophe a régné sur le monde antique.
   Le savant règne provisoirement sur le monde d’aujourd’hui.
   Tout laisse à penser que c’est l’artiste qui règnera sur le monde de demain.”
(Georges Mathieu, peintre, né en 1921)
Pour l’instant, ce serait plutôt le règne des golden boys avec leurs stock-options - et la parenthèse est un peu longue - mais ça passera, comme le reste…

 

Enfin, dans la catalogue - mince - des phrases lumineuses et définitives :

” Je prends un bloc de marbre,
et j’enlève tout ce qui est en trop.”

(Michel-Ange, sculpteur, 1475-1564)


Loi africaine sur l’immigration des ressortissants français

6.10.07

Article 1 er :

Les ressortissants français désirant s’installer comme résidents dans un pays d’Afrique pour une durée supérieure à 3 mois sont tenus d’engager une procédure de demande de visa, comprenant une attestation de leur identité par empreintes génétiques, établie à leurs frais, validée par le Tribunal de grande Instance de leur pays d’origine.

Article 2 ème :

Les membres de la famille des Français candidats à l’installation en Afrique peuvent solliciter un permis de résident sous réserve d’identification par empreinte génétique de la mère et des enfants, à l’exception des enfants adoptés, des enfants de précédents mariages du père, ou des enfants nés d’accouchement sous X.

Article 3 ème :

Les ressortissants français désirant s’installer en Afrique subiront, dans les locaux de l’Ambassade de référence, un test préalable de langue, dont le résultat sera joint à la demande de visa, dans un délai fixé par chaque Ambassade, à compter du dépôt du dossier complet de la demande de permis de résident, dossier comprenant les mentions de la durée et du contenu de la formation.

Article 4 ème :

Tout Français résidant en Afrique et faisant publiquement, par écrit ou oralement, l’apologie des bienfaits de la colonisation, dûment constaté par les autorités du pays de résidence, sera soumis à une amende fixée par l’Etat de résidence. En cas de récidive, l’expulsion pourra être prononcée, y compris dans le cas de personnel diplomatique à qui l’Etat pourra retirer son accréditation.

Article 5 ème :

Tout Français désirant exercer une activité professionnelle en Afrique devra préalablement à sa demande de visa et de permis de résident, faire une déclaration sur l’honneur relative au contenu de l’activité qu’il compte y mener, et joindre un bilan de compétences, afin de permettre aux autorités du pays sollicité d’attester que la même activité ne peut être assurée par un-e de ses ressortissant-e-s, à qualification égale.

Article 6 ème :

Tout ressortissant de nationalité française désirant s’établir dans un pays africain, pour une durée de plus de trois mois, au titre de consultant pour une entreprise privée ou un service public, et sous réserve de l’application des clauses de l’Article 5, sera rémunéré, pour les besoins - et pour la durée - de son séjour, au tarif d’un consultant national, selon le calcul local du “panier de la ménagère”, son employeur lui versant la différence sur un compte d’épargne dans son pays d’origine.

Article 7 ème :

Tout ressortissant de nationalité française désirant initier ou contribuer à une activité sociale ou humanitaire, parallèlement à son activité professionnelle, devra s’enregistrer auprès du Ministère de référence, lui rendre rapport régulier de ses activités et de ses financements, et accepter tout contrôle de ses activités.

Article 8 ème :

Tout ressortissant de nationalité française désirant se faire accompagner de mineurs lors de ses déplacements à l’étranger, en sollicitera l’autorisation, dûment justifiée, auprès le Tribunal de Grande Instance du pays de sa juridiction de résidence et disposer de l’autorisation écrite au moment de sa sortie du territoire.

Article 9 ème :

Tout ressortissant de nationalité française, disposant d’une accréditation diplomatique, ayant eu connaissance dans l’exercice de ses fonctions, de crimes commis par des ressortissants de son pays, quelle que soit leur fonction ou leur titre, sur le territoire du pays accréditaire, sera poursuivi pour non-dénonciation de crime dans le pays d’accueil ainsi que dans son pays d’origine, par voie diplomatique.

Article 10 ème :

Le Président de la République Française ayant clairement affiché son intime conviction que la pédophilie était d’origine génétique, tout ressortissant de nationalité française ayant commis, pendant son séjour, des crimes sexuels sur mineurs dans le pays africain de résidence sera poursuivi et jugé dans le pays, ou, à défaut, dans son pays d’origine, l’enquête sa basant sur l’identification par empreintes génétiques (cf. Article 1 er).


Dormez bien, braves gens …

1.10.07

Extraits des “bonne feuilles” d’un ouvrage écrit par le romancier et essayiste allemand Hans-Magnus Enzensberger (voir “Nouvel Observateur” septembre 2007):

” Personne ne sait exactement ce qu’être de gauche veut dire aujourd’hui. parce que les alternatives au capitalisme ont toutes échoué. On est réduit à un monde de capitalismes au pluriel, car le suédois n’est ni celui de l’Inde, ni celui du Paraguay ou de la Chine.
Bien sûr, la gauche et la droite ont des traditions différentes. Et malheureusement des confluences.
(…) Dans l’ex-Allemagne de l’Est, quarante ans de dictature ont durablement désorienté beaucoup de gens et un vote communiste peut être réactionnaire ou contestataire. Chez nous, nombre de bourgeois aisés se réclament de gauche mais ne s’engagent sur rien de réel. Les étiquettes sont largement obsolètes.(…)

(…) “Aujourd’hui l’Allemagne est devenue tellement habitable qu’elle est dirigée par une ménagère. C’est finalement mieux comme cela. C’est tranquillisant. Je rêve que la politique soit un service public comme un autre, utile comme le ramassage des poubelles. Que la politique ne soit pas contaminée par les passions qui nous ont fait tant de mal… Elle ne doit pas tout envahir. C’est pourquoi, par auto-défense, j’ai choisi la littérature, la poésie, l’amour et les voyages. Je n’aime ni les étiquettes, ni les répétitions.” (…)

Discours séduisant, mais symptomatique d’une population vieillissante et repue - et surtout un discours faux.

Si le niveau de vie des pays développés entraîne une pusillanimité politique, dont la Suisse est l’avant-garde flamboyante, les sursauts et les révoltes des deux tiers de l’humanité, à qui toute dignité est niée, dans sa (sur)vie quotidienne comme dans son exigence de justice, sont imprévisibles.

Pusillanimité : manque d’audace, peur du risque et des responsabilités.