Pauvre Suisse !!!
30.11.07Dans sa sagesse incommensurable, le Conseil Fédéral (Gouvernement) a décidé … de ne pas décider d’interdire les “mosquitos”…
Qu’est-ce qu’un “mosquito” ?
C’est un émetteur à ondes sonores anti-jeunes. Was ?
Inventé en Angleterre, cet appareil (qui ressemble aux plaques que l’on branche dans la prise pour éloigner les vrais moustiques) éloigne “les enfants, les adolescents et les animaux” au moyen d’ondes sonores à haute fréquence. Selon qu’il est utilisé correctement ou non, il peut - ou non - créer des lésions auditives permanentes.
Installé à Genève, quasi-clandestinement il y a quelques mois, par des fonctionnaires zélés, sans en informer leur hiérarchie, et prétextant qu’ils faisaient des tests (”juste motif”, vu le boucan que cela a provoqué dans les médias genevois), ils ont subséquemment obtempéré aux injonctions de leur hiérarchie - le pouvoir politique - qui l’a interdit “pour des raisons juridiques et politiques”.
L’intéressant dans cette histoire, c’est la manière dont la décision du Conseil Fédéral a été annoncée.
Devant décider d’autoriser l’engin ou non, le Conseil Fédéral “n’exclut pas que l’usage des appareils(…) porte atteinte aux droits fondamentaux, comme l’interdiction de discriminer, l’intégrité physique ou la liberté de réunion”.(…) Mais une interdiction générale équivaudrait à une atteinte à la liberté économique et à la garantie de la propriété.”
Voilà, bonnes gens, la nouvelle idéologie : on met les droits fondamentaux, dits “droits humains”, (anciennement “droits de l’homme”) dans la balance avec les droits des propriétaires privés de se protéger, sans oublier les droits des entreprises privées de sécurité de faire du commerce.
C’est ce qui s’appelle un compromis … (mais, pour une fois, on a échappé aux bienheureuses “mesures d’accompagnement”).
Cette idéologie (c’en est une) consiste à prétendre qu’il n’y a plus de droits humains intangibles ni indivisibles : on parle désormais d’une “approche-droit” à savoir les droits de tout un chacun, comprenant les droits des entreprises, les droits des propriétaires, etc,…
Autrement dit, dans le poulailler, les droits du renard doivent être respectés autant que les droits des poules.
En cas de problème, le Tribunal se débrouillera.
Car nul doute que les privés sauront, en lisant attentivement la notice, “utiliser correctement” le Mosquito.
Dans le même dépotoir des dépêches du jour, on apprend qu’un député UDC (droite nationaliste suisse, celle de l’inénarrable Blocher) a fait tester sur lui-même, à Paris, devant toutes les caméras de TV, le pistolet “taser”(voir la video). Le sacrifice valait bien son “quart d’heure de célébrité médiatique”…
Dans le cadre de cette forme élégante de coopération policière internationale, et compte tenu des décès occasionnés par cette arme aux Etats-Unis et au Canada(220 morts selon “Amnesty International“) , ce député voulait en avoir le coeur net. Cela peut rappeler aux mauvais esprits, comme à l’auteur de ces lignes, les défis que se lance la jeunesse dorée de la haute bourgeoisie de certains pays qui s’amuse en pleine nuit à rouler à 200 km/h en sens contraire sur l’autoroute. Le nihilisme total.
Mais revenons aux choses sérieuses : le grand débat est de savoir si cette arme doit être utilisée pour maîtriser les étrangers refoulés, parce que déboutés de leur demande d’asile et récalcitrants au moment de les fourguer dans l’avion. Ce à quoi le dit député UDC se dit opposé, à titre personnel…
Les défenseurs du “taser” disent que son utilisation est une alternative au revolver fatal.
Ah bon ? on a pensé à tirer à balles réelles sur des demandeurs d’asile récalcitrants ???
Est-ce que le “taser” sera en vente libre pour ne pas contrevenir à la liberté économique et à la garantie de propriété ?
Pauvre Suisse !!!
L’Histoire suisse est un chef-d’oeuvre. Vraiment.
“Le peuple suisse, c’est du bon pain.”(Edmond Kaiser). Vraiment.
Mais sa classe politique dispose d’une qualité rare dans ces milieux : une pusillanimité à toute épreuve.
On épargnera, par respect humanitaire, les synonymes de ce mot dans les dictionnaires.
C’est ce qui s’appelle : savoir parler aux jeunes générations.
C’est probablement de cette manière que meurent les civilisations.
Publié par Bernard Boeton
