“Gens de peu” ou “gens de trop” ?

31.01.08

Libération“, 31.01.08 :

Madame, vous êtes morte, seule, dans la foule
” Quatre cercueils dans un fourgon funéraire. Quatre personnes mortes dans la rue ou mortes seules. Et deux bénévoles du collectif ” Morts de la rue ” qui les accompagnent jusque dans leur tombe pour qu’elles ne soient pas enterrées dans la solitude. “

“Les co-détenues dénoncent un manque de soins fatal.”

Lucilia, 28 ans, est morte faute de soins, à la prison de Fresnes, où elle était en détention préventive (avant jugement) depuis mai 2007. Sa co-détenue a lancé l’alerte le 18 janvier à 4 h du matin, et Lucilia a été admise à l’hôpital à 15 heures. Pour constater un arrêt cardiaque, qui a duré trop longtemps avant qu’on la ré-anime. (…)
Elle a passé une nuit entière à appeler à l’aide.
Si elle est morte, ce n’est pas la fatalité, c’est parce qu’ils s’en fichent.”

En réponse, le service médical de la prison annonce qu’il ” va tout faire pour en savoir plus (sic) “, mais “sans s’alarmer“, car “ l’émotion suite à un décès en détention et compréhensible et habituelle“.
Affaires courantes, donc…
Mais le Parquet de Créteil a ouvert une enquête.

“Les stagiaires payés à 30 % du SMIC”
Et les cotisations sociales seront payées par l’Etat.
C’est ce qui s’appelle savoir parler à la nouvelle génération.
C’est ce qui s’appelle “travailler plus pour gagner plus“.
On croit se souvenir que le sieur De Villepin avait fait avancer le dossier en préconisant une cotisation de retraite sur la rémunération des stagiaires. On ose espérer que le Ministre a dû simplement oublié de le mentionner…
(Pour l’anecdote, l’Abrincate se souvient avoir été sollicitée, il y a quelques années, par une stagiaire, hyper-diplômée, 27 ans, qui se disait prête à payer pour avoir un stageafin de ne pas avoir de trou dans mon CV“.

On conseillera donc aux stagiaires, comme à quantité de retraités à 600 ou 800 euros par mois, de ne pas tomber malade, d’une maladie qui supposerait un traitement long et coûteux, car la paye passera dans les franchises médicales.

Mais rassurons-nous, la même actualité du jour nous apprend qu’ ” il faudrait ouvrir des lieux d’écoute ouverts, anonymes et gratuits” pour ces gens, afin qu’ils ne gênent en aucun cas la visibilité du miroir que la société veut se renvoyer à elle-même…
C’est tout de même un comble que dans une société dite d’”hyper-communication“, certaines réalités sociales et humaines n’apparaissent que par des permanences anonymes…
Ce qui se veut un moyen de communication n’est-il pas en réalité un moyen de dissimulation ?

Tout cela pour dire que dans le sous-sol du charivari médiatique,
notre société “bling-bling/star’ac” considère, sans le dire, mais de fait,
qu’un partie de la population
est composée d’individus incapables de “se responsabiliser”,
et que, finalement, les gens de peu sont des gens de trop.

Source : bastian.blog.lemonde.fr


Pour une police de proximité …

29.01.08


Source : blog.cornemuz.com

Très favorable au retour de la police de proximité
pour rétablir le dialogue dans les banlieues…


… et le contact est vite rétabli :

Source : ville-arles.fr


Qu’est-ce qu’un ” trader d’exception ” ?

29.01.08

Bon. Asseyez-vous.

Dans un article du ” Temps” du 26.01.08, intitulé “La version du “trader isolé” est contestée”, un “trader genevois” (qui a l’intelligence de rester anonyme) se répand en affirmant :

(…) ” La banque représentait le quart des contrat futurs sur indices boursiers échangés en Europe. Sur ces indices, le desk des dérivés appliquait depuis des années une stratégie appelée vente de volatilité (sic) par le biais option, c’était même le plus gros vendeur de volatilité (sic) en Europe. La tendance s’est inversée et la stratégie a commencé à occasionner des pertes cet été, lorsque la volatilité s’est envolée (re-sic). (…) ” On était en présence d’une hausse structurelle, mais au lieu de se re-positionner, les spécialistes des dérivés de la banque se sont entêtés. Selon cette source, les pertes sont liées au fait que cette vente de volatilité était simultanément arbitrée par des positions longues sur futures d’indices (ach so…). Ils étaient négativement corrélés au marché (was ?) et quand celui-ci baissa, ils furent forcés de vendre des futures.”(…) ” Ces équipes auraient sous-évalué le prix des options sur la volatilité, afin de réduire le nombre des futures qui doivent être vendues à la baisse.”

Vente de volatiles ” : une banque, c’est un poulailler ?
Un ” trader exceptionnel “, c’est un jeune coq qui se métamorphose en renard dans le poulailler, “positivement corrélé au marché” ?

Comme disait Henry Kissinger, “Si vous m’avez compris, c’est parce que je me suis mal expliqué.”

A l’intention des “vulgum pecus” que nous sommes, qui pensent qu’un article incompréhensible doit certainement être très intelligent - et donc valorisant pour le lecteur - on propose la traduction suivante :

” On ferait bien une omelette au jambon,
si on avait des oeufs ,
mais on n’a pas de jambon.”

C’est peut-être cela la définition même de la vente de volatilité.
Est-ce ainsi que la spéculation est au service du développement économique ?

Source : boomer-cafe-net

Post-Scriptum No 1 : lu dans “La Croix” du 28.01.08, l’opinion de quelques spécialistes (en tout cas, qui savent s’exprimer) :

Un jésuite économiste, le P. Perrot, suggère la réflexion suivante :

Sur les “sub-primes” : “L’erreur morale, c’est de prêter de l’argent à des gens en sachant qu’on les met dans une situation inextricable, tout en se disant qu’on sera plus malin, qu’on se retirera avant les autres, à leur détriment”.

Sur la complexité des outils financiers : ” Plus personne ne sait où se trouve le risque.”
Or ” on ne peut utiliser un outil dont on ne maîtrise pas le résultat. Ni faire prendre à son entreprise un risque tel qu’il pourrait remettre en cause son existence.”

Guy de Panafieu : “ Parce qu’elle privilégie à l’excès le profit, les rémunérations individuelles, l’économie financière provoque parfois une perte de repères”.
” Les traders ont une vie artificielle : ils sont décalés dans le temps, dans l’espace, travaillant entre New York et Tokyo, jouant sur des montants colossaux… Tout pousse à surenchérir, ce qui contribue à former une bulle, qui à son tour finit par éclater.”


Un autre expert : ” Il n’y a pas moins de morale dans la finance qu’ailleurs. Simplement, comme on est dans l’immatériel, il y a moins de courroies de rappel que quand on a les gens en face de soi, des gens dont, par exemple, on va hypothéquer la vie professionnelle “.

Un autre, P. Rouvillois, ajoute : ” L’erreur c’est d’avoir opté pour une législation plutôt que pour l’apprentissage éthique.
Comme dans une centrale nucléaire, il faut former les gens à la réalité des risques et pas seulement au respect des règles.”

Pour une fois que la réflexion éthique est compréhensible…

Post-Scriptum No 2 : sur la fragilité du gigantisme, relire “L’Imprécateur” de René-Victor Pilhes.


Crise boursière et escroquerie : pléonasme ?

24.01.08

Définition de l’escroquerie :

” Se caractérise par une tromperie dans le but de se faire remettre de l’argent, des valeurs ou des biens. (…)
L’escroquerie n’est retenue qu’à la condition qu’il y ait tromperie au moyen d’un procédé issu de l’imagination de l’escroc. Il peut s’agir de l’usage d’un faux nom, d’un abus de qualité ou du recours à des manoeuvres frauduleuses.(…)
“Abus de qualité vraie : abuser d’une qualité qui inspire confiance.”

Et donc :

Entendu sur France-Culture ce matin, une interview de Daniel Cohen, économiste, qui commentait ainsi la crise boursière actuelle :

Question d’Alain-Gérard Slama : ” On a toujours entendu dire que la capitalisme s’auto-régulait, et en particulier les banques. Alors, comment se fait-il qu’elles aient été prises à ce point en défaut ?”

Réponse de Daniel Cohen :

” Tous ceux qui ont pensé que le système financier pouvait s’auto-réguler sont des naïfs ou des incompétents. La seule chose que l’on sait est que le système financier, dans son histoire éternelle, va de crise financière en crise financière. L’idée qu’on puisse demander aux acteurs d’arrêter de prendre des risques…

Quelle est la pathologie du système qui fait qu’il va de crise en crise ? Elle est très simple : c’est que dans tout système financier, lorsqu’il y a des gains c’est pour les opérateurs qui les ont généré ; lorsqu’il y a des pertes, elles sont toujours mutualisées, soit par les déposants, ce qui était le cas en 1929, soit parce que ce sont les Etats qui viennent au secours des pertes. Donc, à partir du moment où on a un jeu asymétrique - et c’est toujours le cas des marchés financiers - il est sûr que les marchés financiers vont toujours à la limite du risque, parce que pour celui qui a des stocks-options, si ça monte, je gagne, si ça baisse, je perds (en fait, je ne perds pas puisque la rémunération est indexée à la hausse).
Mais le système financier fonctionne selon ce principe : si vous faites perdre des milliards, vous perdez votre job, et vous en trouvez un autre, mais vos pertes ne sont pas proportionnées aux pertes que vous faites subir à la société.
Donc, tout le système financier est forcément instable pour cette raison même : on le sait, et l’enjeu est donc :
1) d’avoir des régulations qui permettent, autant que faire se peut, de limiter les excès. Les régulations sont toujours détournées au bout du compte : il n’y aucune régulation qui ne vaut très longtemps…
2) il faut protéger la société de ces excès. C’est ce qu’on a fait en 1929, après 1929 : on a compris qu’il fallait protéger les déposants des risques que les banques leur faisaient courir, et on a un système de garantie de dépôts aux Etats-Unis qui fait qu’on n’a plus de crise systémique.
(…)

L’idée que les marchés financiers pourraient trouver eux-mêmes la voie de la raison est une méconnaissance complète des mécanismes.
Dans la régulation de Bâle, dans la régulation que les banques s’imposent à elles-mêmes, on en est arrivé au point - et c’est idéologique - de demander aux banques d’évaluer elles-mêmes leur coefficient de risque pour fixer les niveaux de réserves prudentielles : ça, c’est le comble de la dé-réglementation.
Quand on voit aujourd’hui que les banques sont totalement incapables d’évaluer les risques qu’elles ont prises, et qu’elles ont fait prendre à leurs actionnaires, avec ces produits mathématiques que personne ne comprend - et sans doute pas même ceux qui les ont inventées - c’est extravagant de se dire qu’au coeur du logiciel bancaire, il y a une auto-évaluation des risques que les banques prennent.

Là, il y a certainement un immense retour de bâton qui va se produire avec la crise des “subprimes“. (…) Vous n’allez pas me dire qu’en fabriquant des cocktails de crédit à des ménages insolvables, on arrive à produire des crédits de très haute qualité !!! Je rappelle qu’au départ les subprimes sont des crédits faits à des “délinquants” américains, mais qui, combinés à des formules mathématiques, devenaient des crédits de qualité … égale à la dette des gouvernements (critère de notation, dit des “3 A”).
La régulation doit passer pour empêcher ça.

Question d’Olivier Duhamel :
“Alors, comment sortir du dilemne diabolique d’aujourd’hui, si on est responsable politique ou responsable des grandes banques centrales : si je ne fait rien, je laisse arriver une récession catastrophique et si j’interviens, je viens payer à la place des gangsters ?”

Réponse de Daniel Cohen :
” Il n’y a pas de solution, il faut toujours naviguer entre ces deux maux.
Sauver les banques aujourd’hui serait la bonne solution. Si les 100 milliards de Bush avaient été injectés dans les banques, il n’y aurait plus de crise. Evidemment, en faisant cela, je récompense les gangsters…

Il faut ruser, il faut trouver une solution. Ces crises font partie du monde dans lequel on vit : on aurait pu couper la poire en deux :créer un fonds de sauvetage pour les banques le plus en difficulté et criminaliser les dirigeants (on l’a fait après Enron et autres affaires) qui ont mis en péril la communauté.
Les taux d’intérêt vont baisser en Europe si la crise devait durer, mais cela ne se fera pas avant deux ou trois mois, et entre-temps, peut-être l’irréversible aura peut-être été commis.”

Le rédacteur de ce blog étant membre à part entière de la cohorte des réputés incompétents en économie, il se sent donc libre d’exprimer l’opinion suivante :
La technique consistait donc, dans les banques américaines, à faire des prêts à des personnes insolvables puis de faire disparaître les risques en les noyant dans une alchimie d’ingéniérie financière complètement opaque et irresponsable, au point tout un chacun peut se demander si ses fonds de retraites ne vont pas disparaître (en l’apprenant par le journal ?) .

Il est amusant (!) de voir les banquiers, pourfendeurs des régulations étatiques, se prosterner devant l’Etat pour se re-capitaliser de leur propre irresponsabilité.
Comme dit l’autre, “il n’y a qu’à” utiliser les “fonds souverains” (tiens, on avait cru comprendre que l’Etat n’avait plus d’argent ???).
Ah, oui, mais… attendez, l’argent de l’Etat c’est le nôtre, non ?

A part ça (!), ce jour, on apprend une énorme entourloupe à la Société Générale : près de 5 milliards d’euros perdus par un employé. La “Star’Ac” de la finance, c’est un feu d’artifice permanent…
On a pensé escroquerie dans un premier temps, pour ensuite réaliser que ce n’était peut-être qu’une faille dans le système…. Comme quoi on ne lutte contre la corruption qu’en la légalisant, non ?
Parfois, l’économie, c’est d’une confondante limpidité …

Comme disait Sarkozy : ” Il faudra mettre de la sagesse dans un système qui marche sur la tête“…

Source : www.legrandsoir.info


Condamnation illégale, mais légitime, de l’Etat belge

20.01.08

Ce samedi 19 janvier 2008, un Tribunal d’opinion a condamné la Belgique ” à mettre fin immédiatement à la détention de mineurs étrangers en centres fermés et à remplacer le régime actuel de détention des mineurs étrangers par un régime alternatif confirme aux normes internationales”.
(Voir l’extrait du reportage de la Télévision belge : les 4 premières minutes de la video)

Le Tribunal, fonctionnant sur le schéma d’une Cour d’Assises, et présidé par Mr Jaap DOEK, ancien président du Comité des Droits de l’enfant des Nations Unies, était composé de 2 jurys, l’un composé d’adultes, experts en matière de droits des mineurs, et d’un jury parallèle d’enfants, “coaché” par l’UNICEF.
Le Ministère belge de l’Intérieur, invité à présenter, sur le banc des accusés, les arguments du gouvernement belge, s’est récusé, le tribunal “n’ayant aucun fondement légal” et étant “loin d’être impartial”, tout en ajoutant : ” Si des alternatives efficaces existaient à la détention des familles avec enfants, elles auraient déjà été mises en oeuvre”.

L’acte d’accusation mentionne que la détention est parfois ordonnée alors que la procédure est en cours, cette étape ne donnant pas droit au séjour même provisoire.
L’acte distingue (évidemment), dans les centres de détention,
- les Mineurs étrangers non-accompagnés (45 selon les autorités, 75 selon les ONG…)
- les Mineurs accompagnés de leurs parents (environ 600 au cours de l’année 2006 selon les ONG)
- les femmes enceintes détenues vont accoucher à la maternité pour revenir dans le centre de détention après l’accouchement.

Charges principales :

- les mineurs non-accompagnés ne sont pas séparés des adultes, ce qui est contraire aux règles élémentaires de la justice des mineurs ; les familles avec enfants sont mélangées aux autres adultes, sans espace spécifique ;
- ni espace de détente, ni loisirs, ni possibilité de faire du sport ;
- les chambres ressemblent à des cellules de prison, sans aucune intimité ;
- aucune scolarité, malgré des interventions extérieures sans encadrement spécifique (axé sur la surveillance) ni contrôle pédagogique quant à l’adaptation à des mineurs étrangers ;
- tous les mineurs sont soumis à la fouille corporelle, interdits de correspondance personnelle, restreints dans leurs visites et contacts téléphoniques ;
- sanctions disciplinaires de type “rangement et propreté du centre” ou par privation d’activités, isolement, contrainte physique, menottes, etc…
- sur le plan psychologique, les mineurs sont témoins des souffrances, voire du désespoir des adultes ou de leurs parents, qui voient réduite l’exercice de l’autorité parentale ; traumatisme dû à la rupture avec la vie antérieure, tant dans le pays d’accueil que dans le pays d’origine, sans comprendre en quoi la détention et la perspective d’un refoulement représentent une “démarche positive”, et non une sanction pour être considéré comme responsable d’un quelconque délit ;
- s’ensuit la liste des normes internationales que la détention des mineurs enfreint.

Voir le jugement, publié le samedi 19 janvier demande que la Belgique mette fin immédiatement à la détention des mineurs étrangers en centres fermés et à remplacer le régime actuel de détention par un régime alternatif conforme aux normes internationales.

Rappelons que Mr Thomas Hammarberg, (remarquable), le Commissaire aux Droits de l’homme du Conseil de l’Europe avait pris position en 2006 sur ce problème aigu.

A noter aussi que l’idée d’un tribunal d’opinion se réfère à l’idée du Tribunal Russell, instauré par Jean-Paul Sartre et le philosophe anglais Bertrand Russell, au moment de la guerre du Vietnam et qui a été réactivé avec la guerre en Irak.

A noter aussi qu’il existe un Tribunal Permanent des Peuples.


Dangereux nucléaire iranien et bon nucléaire lybien ?

19.01.08

Ayant envoyé un email sur le site de la Présidence de la République Française avec la question suivante :

“Monsieur le Président de la République,

Comment peut-on soutenir de manière unilatérale les menaces formulées par les USA contre l’Iran et son programme nucléaire, tout en vendant, simultanément, des centrales nucléaires civiles à cet histrion de Khadafi, et à d’autres quasi-dictatures, sans pouvoir s’assurer qu’ils ne l’utiliseront pas à des fins militaires ? “

l’Abrincate a donc reçu, une dizaine de jours plus tard, la réponse suivante (version intégrale) :

Cher Monsieur,

Votre message est bien parvenu au Président de la République française.

Chargé de vous répondre, je puis vous assurer qu’il a été pris connaissance de vos réflexions au sujet de l’attitude de la France à l’égard du programme nucléaire iranien, qui constitue, comme le Chef de l’Etat a eu l’occasion de le souligner devant l’ensemble des Ambassadeurs de France à l’étranger, réunis à Paris le 27 août dernier, la crise la plus grave qui pèse sur l’ordre international.

Comme vous le savez, l’action de la France s’inscrit dans le cadre des efforts diplomatiques que met en oeuvre, depuis 2003, la communauté internationale pour amener les autorités iraniennes à répondre aux graves préoccupations suscitées par le programme iranien d’enrichissement de l’uranium, poursuivi en violation de neuf Résolutions du Conseil des Gouverneurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) et de trois Résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies (Résolutions 1696,1737 et 1747), les deux dernières ayant été adoptées à l’unanimité.

Si des nations du monde entier ont approuvé ces résolutions, c’est parce qu’elles partagent une même inquiétude à l’égard d’un programme dépourvu de toute rationalité économique et dont la finalité civile ne peut être établie.

La priorité de la France est que des négociations sérieuses puissent s’engager avec les autorités iraniennes. Mais faute de réponse de l’Iran aux demandes répétées du Conseil de Sécurité des Nations Unies, en particulier sur la suspension de ses activités nucléaires sensibles, la communauté internationale n’a d’autre choix que de prendre des mesures additionnelles à celles déjà adoptées par les deux dernières Résolutions du Conseil de Sécurité, comme la Résolution 1747 nous l’impose.

Personne ne conteste le droit de l’Iran aux usages pacifiques de l’énergie nucléaire s’il respecte pleinement ses engagement de non-prolifération. Comme le Président de la République l’a rappelé à la tribune de l’Assemblée Générale des Nations Unies, la France souhaite promouvoir le développement responsable de l’énergie nucléaire dans le monde et, plus que tout autre, elle est prête à établir des partenariats dans ce domaine avec les pays qui respectent pleinement leurs engagements internationaux. Beaucoup de pays du Maghreb, au Proche et au Moyen-orient se tournent ainsi aujourd’hui vers elle pour bénéficier d’une coopération pour l’installation de capacités électro-nucléaires.

Sachez également que les propositions de coopération que la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, rejoints par les Etats-Unis, la Russie et la Chine, avaient remises à l’Iran en juin 2006 prévoyaient notamment, en cas d’accord, une coopération ambitieuse en matière électronucléaire. Le paradoxe de la situation actuelle est que le refus de l’Iran de suspendre des activités, qui n’ont pas aujourd’hui la moindre justification civile, l’empêche de bénéficier d’une véritable coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire. Si l’objectif de l’Iran est effectivement d’accéder à l’énergie nucléaire et d’exercer pleinement ses droits au titre du traité de Non-Prolifération(TNP), il lui suffit de rendre confiance à la communauté internationale sur la finalité de son programme nucléaire en répondant pleinement et sans délai aux questions que formule l’AIEA depuis plusieurs années, en suspendant ses activités nucléaires sensibles et en mettant en oeuvre le protocole additionnel de l’AIEA.

L’esprit de cette politique est précisément d’éviter, pour reprendre les termes employés le 27 août 2007, que nous soyons confrontés au choix catastrophique entre la bombe de l’Iran et le bombardement de l’Iran. Les Etats-Unis eux-mêmes, auxquels sont souvent prêtées des velléités d’intervention, reconnaissent que cette stratégie, alliant disponibilité au dialogue et adoption de pressions dans un cadre multilatéral, est la seule susceptible de donner à cette crise une issue favorable. Je vous rappelle en particulier, que les Résolutions 1737 et 1747 du Conseil de Sécurité des Nations Unies sont placées sous l’article 41 de la Charte, qui exclut le recours à la force.

Bien cordialement.

Le Chef de Cabinet
Cédric GOUBET “

—————————————–

Commentaire :

1 - Sur la forme, il n’est pas indifférent de savoir que lorsqu’on pose une question au Président par le site Internet de l’Elysée, on peut recevoir une réponse argumentée et substantielle (qu’on l’approuve ou non), et pas seulement un accusé de réception du type “nous avons pris bonne note“… etc

2 - Sur le fond :

- on peut comprendre et accepter qu’un nouveau pouvoir s’estime lié par des engagements précédents au niveau international. Quoique d’aucuns se sont fait élire en invoquant la “rupture” avec le président sortant;
- mais alors, si on promeut, urbi et orbi, le vente de technologie nucléaire civile, il serait pertinent de rendre publique la clause qui stipule que cette coopération nucléaire ne sera en aucun cas l’occasion de la détourner vers des fins militaires, ce dont précisément on soupçonne l’Iran. Surtout quand le client s’appelle Khadafi
- on se souvient de ce qu’il est advenu de la centrale nucléaire Osirak vendue par la France au régime de Saddam Hussein dans les années 1975 par son ami, le président Chirac.
- si le nucléaire iranien est “la crise la plus grave qui pèse sur l’ordre international“, qu’en sera-t-il alors du nucléaire lybien ?
- on sait aussi que malheureusement, derrière les accords et contrats officiels, grouillent quantité d’officines plus ou moins occultes, voire mafieuses, de vente d’uranium et de technologies diverses permettant de passer du civil au militaire.
Voir à ce sujet ce site sur le professeur Abdul Qaader KHAN, père de la bombe pakistanaise.


MM. les élus municipaux, lisez ceci …

17.01.08

Dans un article du “Journal du Droit des jeunes”(Décembre 07), un dossier rend compte des débats d’une table ronde, tenue en Belgique, sur le transfert des responsabilités du traitement de la délinquance juvénile du niveau national au niveau communal.

Extraits :

(…) Les participants n’en disconviennent pas, le niveau communal offre beaucoup d’avantages en termes de proximité. Cependant, on ne peut tolérer démocratiquement les dérives qui en découlent (…), également constatées dans le domaine culturel. (…)
On est en quelque sorte devant une approche managériale. On assiste à un effet de bascule dont l’enjeu n’est pas la qualité du travail social, qui est mis au service du politique, et non plus l’inverse. La proximité du pouvoir politique risque de favoriser des aides, des mesures partisanes, porteuses au niveau électoral et ne garantit même pas une mixité culturelle et sociale pour tous.(…)

La durée du mandat, la proximité de l’électeur favorisent une vision qui se centre sur le court terme avec une obsession de l’immédiateté. La réponse est de plus en plus dans l’impulsivité du passage à l’acte et implique une vision en terme “action-résultat“. Les participants insistent pour dire que cette politique à court terme ne mène à aucun résultat si ce n’est une visibilité de la réaction, utilisable uniquement dans un discours électoraliste. Il faudrait oser avoir un discours fort sur l’impact des actions à long terme. Cette obsession de l’immédiateté influence également très fortement le niveau pédagogique et le travail des intervenants sociaux.

On constate que l’approche répressive se généralise dans les actions des communes pour assurer la tranquillité publique.(…) Les exemples se multiplient : couvre-feux pour lutter contre les ” bandes de jeunes perturbateurs “; rapprochement police-école (conventions locales),etc.
La lutte contre la délinquance (vision sécuritaire) et la lutte pour l’émancipation (vision sociale), ce n’est pas la même chose.“(…)

” La démocratie représentative fonctionne de manière indirecte : le peuple délègue ses pouvoirs à des représentants à qui il confie l’administration des affaires de la Cité”. Mais ” la professionnalisation excessive de la vie politique est la manifestation la plus évidente d’une tendance du champ politique à se fermer sur lui-même, à fonctionner d’une manière confinée, selon des règles que ses protagonistes sont tendanciellement les seuls à comprendre.(…)
Le contre-pouvoir dénonce alors la confiscation du pouvoir par les délégués, la réduction de la participation au rituel électoral, le désintérêt des citoyens pour la chose publique. La tentation est grande de substituer une démocratie directe, réputée plus effective, plus vive, plus créative, à une une démocratie indirecte, qui paraît incarner la confiscation du pouvoir et la sclérose de la gestion.
(…) Mais la seule promotion du caractère direct ne garantit en rien qu’on lutte efficacement contre les effets dommageables du confinement du champ politique. (…) On observe même des effets inverses :
- la réduction de l’action politique à la recherche de la satisfaction directe ;
(…)
- le jeu politique se ramène ainsi au choc des corporations, au point que le ” bien commun ” est réduit à la notion d’un ” gâteau ” dont il convient d’arracher sa part.(…) - (Mr Jean Blairon).

Petit commentaire :

Le débat est sans fin de savoir à quel niveau l’intervention est la plus efficace, face à la complexité de la délinquance. C’est peut-être même un faux débat.
Il est hautement préférable que les acteurs de la prévention et de la gestion de la délinquance soient au plus proche possible de la population. Mais l’efficacité n’est pas tant dans la détermination du niveau de décision que dans les éléments suivants :
a - chaque profession concernée (les “sécuritaires” comme les “sociaux”) doit être compétente et formée à l’écoute des mineurs, aux droits de l’enfant et au travail multidisciplinaire, lequel n’est efficace que si chacun reste à sa place tout en connaissant les possibilités et les contraintes des autres professions;
b - toute décision relevant de la sanction, voire de la privation de liberté, doit être l’effet d’une décision judiciaire (autorité non-municipale) et non pas administrative (ce qui peut être le risque de la municipalisation).
Autrement dit, l’efficacité n’est pas tant “dans l’organigramme” que dans le niveau de compétence des acteurs.

Dans un autre article du même numéro, Mme Ingrid Gilles conclut ainsi :

(…) Il faut donc résister au catastrophisme ambiant, la situation n’est pas critique. L’espace public n’est pas envahi par des “ mineurs fous ” plus violents, plus délinquants ou forcément plus jeunes qu’auparavant, qui commettraient des méfaits jamais vus dans le passé.
Nous ne devons pas céder aux appels d’effrayantes sirènes qui voudraient que nous nous précipitions vers un mouvement sécuritaire ” parce que la prévention a échoué “ et “qu’ ” il est temps de passer à autre chose “ : la coercition pure et dure, autrement dit, la prison.
Nous insistons encore une fois pour rappeler que l’” on a généralement tendance à réduire la question complexe de l’inquiétude existentielle, conséquence du processus de mondialisation à un simple problème de “maintien de l’ordre”. On s’aperçoit ainsi que les préoccupations concernant la “sécurité”, que l’on réduit le plus souvent au souci de protection du corps et des biens, sont au contraire “surdéterminées” : elles reçoivent tout le poids des angoisses engendrées par un des aspects fondamentaux de l’existence actuelle - l’incertitude.”
(In Bauman Z . ” Le coût humain de la mondialisation “, Paris, Hachette, 1999).
Dégageons-nous des discours politiques ou journalistiques qui voudraient nous laisser croire que la détention (ou plus généralement la répression) est le remède miracle aux difficultés d’une société quelle qu’elle soit. C’est faux. Le dénouement de nos angoisses passe par l’amélioration de notre contexte de vie via la certitude du travail, d’un pouvoir d’achat
(…), d’une pension, et non pas par les ersatz de l’enfermement des ” méchants “.
(…)
En conséquence, ” la politique devient de plus en plus une politique-spectacle cherchant non pas à changer la réalité, mais bien l’image qu’en ont les gens, de sorte que la politique soit appréhendée moins en termes de production effective de sécurité que sous l’angle de sa capacité à répondre symboliquement à la demande de sécurité et à donner l’illusion de la sécurité.
(Van Campenhoudt ; ” L’insécurité est moins un problème qu’une solution “, in “Revue du Droit Pénal et de Criminologie”).

Et l’auteure termine ainsi :

“Nous sommes de ce fait manipulés par un système étatique
pour qui il serait utile stratégiquement que nous ayons peur de l’Autre
et qui, en renforçant l’isolement social,
(…)
nous rend dépendants de son offre artificielle de protection,
l’unique moyen à sa portée
dans l’objectif de se ré-approprier notre confiance
(et son corollaire, notre docilité)
en perpétuant ainsi sa raison d’être. “

 

Autres ouvrages de référence mentionnés dans le dossier :

“L’insécurité sociale. Qu’est-ce qu’être protégé ?” (R.Castel, Ed du Seuil, 2003)
“Insécurité et pénalisation du social” (P. Mary, Ed Labor - Bruxelles, 2003)
“Réponses à l’insécurité. Des discours aux pratiques” (Van Campenhoudt, Ed Labor, 2000)

Source : faabwien.skyrock.com 


Une “Charte des Musulmans d’Europe”, enfin…

16.01.08

Le 10 janvier dernier, 400 associations islamiques ont signé une Charte des Musulmans d’Europe, s’exprimant ainsi d’une seule voix sur l’intégration et sur les droits des musulmans vivant en Europe.
Dans une opinion publique européenne, traumatisée par les attentats terroristes, une large diffusion de cette prise de position s’impose.

Cette Charte stipule :

- que les valeurs de l’Islam se situent ” loin de tout extrêmisme et de toute marginalisation“;
- que “ l’essence même de l’islam(…) consiste à choisir le juste milieu qui bannit l’excès et le laxisme “;
- que l’Islam ” bannit toute idée ou attitude portant atteinte à la femme ou la privant de ses droits légitimes, quelles qu’en soient les justifications se référant à certaines traditions ou habitudes en cours chez les musulmans”;
On aurait souhaité que le texte fût plus explicite sur la condamnation de certaines actes comme les mutilations génitales féminines (que des musulmans pratiquent sous le prétexte invoqué “d’être de bons musulmans“, alors qu’il n’en est nullement question dans le Coran) ou encore sur la condamnation des “Crimes d’honneur “, sur tout le territoire des 27 pays européens dont sont issues les associations signataires.

- que l’Islam (…) “ condamne la contrainte en religion et laisse à l’individu le libre choix de ses croyances “ et ” recommande (…) que cette liberté obéisse aux valeurs morales et respecte le cadre légal “(…) ;
- que ” le concept de Djihad tel qu’il est cité dans les textes islamiques définit l’effort à fournir dans la quête du bien, à commencer par l’effort sur soi-même jusqu’à la propagation de l’équité et de la justice entre les hommes “;
- que “ le Djihad en tant que combat armé doit être compris comme l’ultime recours auquel peut faire appel un Etat musulman pour se défendre légitimement contre toute agression armée. D’ailleurs, ce que prévoit l’Islam dans ce cas n’est nullement différent du droit international. En foi de quoi, l’Islam refuse la violence et le terrorisme, soutient les causes justes et reconnaît aux hommes le droit de défendre leurs droits par les voies légales (…) ;
On notera ici (avec un certain soulagement) que l’esprit du Djihad ne peut donc être revendiqué dans des actes terroristes commis par des groupes de militants contre des innocents, et que l’appel au Djihad ne peut être invoqué que par un Etat dans le cadre de la légitime défense - et qui plus est, que ce droit ne doit en aucun cas être interprété d’une manière contraire au “droit international”.

-
que l’Islam ” reconnaît les principes du système démocratique fondé sur la liberté de choisir ses institutions politiques et sur le respect du pluralisme et de l’alternance pacifique du pouvoir “;
On notera donc ici que l’appel au Djihad, comme soulèvement général pour l’instauration d’un Sultanat excerçant sa juridiction sur Londres, Paris, Rome ou Berlin, est nul et non avenu…

-
que ” tout en vivant leur appartenance aux différents pays européens et tout en accordant la primauté aux exigences de la citoyenneté, les musulmans d’Europe sauvegardent leur appartenance à la nation de l’Islam (la Oummah);
La double appartenance est donc reconnue, comme elle l’est pour les Juifs, ou pour toute autre communauté de langue ou de religion, avec autant de droits que de devoirs, les devoirs de citoyenneté ayant cependant une primauté - comme pour toutes les autres communautés.

- que ” les musulmans d’Europe respectent les lois et les autorités compétentes chargées de les appliquer. Ceci ne les empêche pas, dans le cadre de ce qui est garanti à tous les citoyens, de défendre leurs droits (…) ;
- que ” les musulmans respectent le principe de Laïcité fondé sur la neutralité de l’Etat à l’égard du religieux ” et que ” ceci implique un traitement équitable de toutes les religions “;
Il est ainsi reconnu que le discours extrêmiste consistant à vouloir imposer la primauté des lois de la Charia sur territoire européen, est inacceptable, à condition que toutes les religions soient traitées avec équité, ce qui est élémentaire.

- que ” les musulmans d’Europe(…) considèrent que l’exigence d’assumer leurs devoirs de citoyens est aussi importante que celle qui consiste à défendre leurs droits “;
- que ” les musulmans d’Europe, vivant dans des sociétés où coexistent diverses convictions religieuses et philosophiques, confirment leur respect de cette pluralité. (…) L’Islam reconnaît le droit à la diversité et à la différence et ne cherche nullement à les restreindre “.

L’auteur de ces lignes, ayant eu la chance de vivre et de travailler plusieurs années dans des pays musulmans, et donc de côtoyer les valeurs quotidiennes d’un Islam populaire, et ne s’étant d’ailleurs jamais senti discriminé de ne pas être musulman, ne peut être insensible au contenu de cette Charte, tant est catastrophique l’image de cette religion dans nos contrées européennes.

Quelques remarques complémentaires :

1 - La manipulation du sentiment religieux - et donc identitaire - est une réalité des deux côtés, tant chez des politiciens européens pour chauffer l’opinion publique en stigmatisant les musulmans, que du côté des extrêmistes musulmans, traîtres aux valeurs de leur religion. Un imam ou un mufti, vivant sur sol européen, n’a-t-il pas la possibilité d’émettre une fatwah contre les auteurs de crimes terroristes sur des innocents ?
On aurait souhaité que cette Charte ne mentionne pas seulement le refus de la violence et du terrorisme, mais sa condamnation.

2 - La question de la réciprocité est souvent abordée dans le débat : or, il n’existe aucun pays musulman qui interdise la pratique d’une autre religion que l’Islam sur son sol - à l’exception, sauf erreur, de l’Arabie Saoudite.
Autre exemple, toujours sauf erreur, l’Egypte autorise, dans son Code Civil, l’adoption pour les non-musulmans, tout en l’interdisant pour les musulmans, pour la remplacer par la pratique de la Kafalah.

Voir d’autres billets de ce blog sur l’Islam: ici, ici, et

Source : www.philippetastet.com

Voir aussi les billets précédents de ce blog sur l’Islam :

” Islam : Mr I. Quraishi dit ce qui doit être dit “
ou encore :
” Qui a peur de Tarik Ramadan ?”
ou encore :
” Pour Mr Robert Redeker et contre sa vision de l’Islam “.


Halte à la “carnavalisation” générale !

14.01.08

Nous voici donc noyés par un tsunami continu d’informations insignifiantes, dont les héros surmédiatisés se plaignent, sur le ton de vierges effarouchées, d’être harcelés par les médias.

De Carla Bruni, devenue paraît-il, ces jours-ci, la ” légitime favorite ” du président français, en attendant de savoir si elle est enceinte, non sans oublier l’angoissante rumeur selon laquelle elle ne pas serait la fille de son père, jusqu’à l’épouse d’un maire de grande ville qui s’épanche, dans un feuilleton à répétition sur ses kilos perdus ou sur ses humeurs d’après-réveillon, avec une médiocrité qui tranche incroyablement avec la personnalité - pourtant aussi remarquable qu’incontestée - de son écologiste d’époux … en passant par les dernières nouvelles de Britney Spears ou les dernières amours de Beckham, rien ne nous sera épargné.

C’est à croire que la théorie du “cerveau disponible” de l’ineffable Patrick Lelay, ex-PDG de TF1, est insidieusement devenue la règle d’or des médias : neutraliser l’esprit critique, admirer les artistes politiques, faire passer la vulgarité pour de l’”esprit“, culpabiliser - sinon criminaliser - les dissidents, faire qu’une idée devienne vraie par simple répétition, créer des évènements pour faire semblant de maîtriser l’actualité, présenter n’importe qui comme expert de n’importe quoi : qui donc se lancera dans la recherche fondamentale des indicateurs de crétinisation de l’opinion publique ?.
Sans parler des effets d’annonce, des sondages à visée “auto-réalisatrice”, des informations économiques invérifiables, de nouvelles télévisées réduites à de lancinantes énumérations de pourcentages de tout et de n’importe quoi.

On pourrait rétorquer au feu d’artifice de la “politique de civilisation“dont le président français a allumé la mèche, cette réflexion de Benjamin Barber, qui, dans son dernier ouvrage “Comment le capitalisme nous infantilise“, dénonce la “carnavalisation culturelle” (cf. Mikhaïl Bakhtine) en ajoutant :

” A l’époque où nous vivons,
la civilisation n’est pas un idéal ou une aspiration,
c’est un jeu vidéo.”

FARC - GUANTANAMO, même combat

11.01.08

La libération, au deuxième essai, de deux otages des FARC en Colombie montre, une fois de plus, qu’un affaire d’otages ne se règle pas, en direct, face à 200 journalistes, puisque, dans ce cas, la question n’est plus le fond de la négociation, mais de savoir quelle est la partie qui perdra la face, en temps réel, devant les médias du monde entier.

En espérant vivement la libération rapide d’Ingrid Betancourt, on pourrait aussi suggérer au Président Chavez de s’intéresser aussi aux otages de Guantanamo. L’analogie entre les 700 otages des FARC et les 300 “non-prisonniers” de Guantanamo n’est pas abusive, lorsqu’on veut bien porter les lunettes des instruments internationaux sur les droits humains, dont les Conventions de Genève.
Il ne s’agit en aucun cas de dédouaner les FARC, mais de considérer que la situation juridique objective des prisonniers de Guantanamo est de même nature : la meilleure preuve en est que le gouvernement américain refuse depuis toujours le titre de prisonniers à ces “captifs” : si donc on prive de liberté pour les enchaîner pendant des années, des centaines de personnes, sur la base de soupçons sans preuves ni possibilité de recours, ce sont - objectivement - des otages.

Cette position ne dédouane en rien les militants terroristes des réseaux d’Al-Qaida, où qu’ils sévissent dans le monde.
Sur ce plan, il faut soutenir la pétition du Centre Simon Wiesenthal de Los Angeles qui, dans un courte lettre au Secrétaire Général des Nations Unies vient de demander que les responsables qui planifient les attentats terroristes contre des milliers de civils soient poursuivis pour crimes contre l’humanité (voir en attachement la définition de ce crime selon l’Article 7 des statuts de la Cour Pénale Internationale).

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, en Irak, 151 000 personnes ont disparu de mort violente entre mars 2003 et juin 2006, dont la moitié à Bagdad : la mort violente est la première cause de mortalité des hommes âgés de 15 à 59 ans.

P.S. : Si on ajoutait le montant des dommages-intérêts aux membres survivants des familles décimées, on arriverait à quel prix pour le baril de pétrole ?