Ayant envoyé un email sur le site de la Présidence de la République Française avec la question suivante :
“Monsieur le Président de la République,
Comment peut-on soutenir de manière unilatérale les menaces formulées par les USA contre l’Iran et son programme nucléaire, tout en vendant, simultanément, des centrales nucléaires civiles à cet histrion de Khadafi, et à d’autres quasi-dictatures, sans pouvoir s’assurer qu’ils ne l’utiliseront pas à des fins militaires ? “
l’Abrincate a donc reçu, une dizaine de jours plus tard, la réponse suivante (version intégrale) :
” Cher Monsieur,
Votre message est bien parvenu au Président de la République française.
Chargé de vous répondre, je puis vous assurer qu’il a été pris connaissance de vos réflexions au sujet de l’attitude de la France à l’égard du programme nucléaire iranien, qui constitue, comme le Chef de l’Etat a eu l’occasion de le souligner devant l’ensemble des Ambassadeurs de France à l’étranger, réunis à Paris le 27 août dernier, la crise la plus grave qui pèse sur l’ordre international.
Comme vous le savez, l’action de la France s’inscrit dans le cadre des efforts diplomatiques que met en oeuvre, depuis 2003, la communauté internationale pour amener les autorités iraniennes à répondre aux graves préoccupations suscitées par le programme iranien d’enrichissement de l’uranium, poursuivi en violation de neuf Résolutions du Conseil des Gouverneurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) et de trois Résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies (Résolutions 1696,1737 et 1747), les deux dernières ayant été adoptées à l’unanimité.
Si des nations du monde entier ont approuvé ces résolutions, c’est parce qu’elles partagent une même inquiétude à l’égard d’un programme dépourvu de toute rationalité économique et dont la finalité civile ne peut être établie.
La priorité de la France est que des négociations sérieuses puissent s’engager avec les autorités iraniennes. Mais faute de réponse de l’Iran aux demandes répétées du Conseil de Sécurité des Nations Unies, en particulier sur la suspension de ses activités nucléaires sensibles, la communauté internationale n’a d’autre choix que de prendre des mesures additionnelles à celles déjà adoptées par les deux dernières Résolutions du Conseil de Sécurité, comme la Résolution 1747 nous l’impose.
Personne ne conteste le droit de l’Iran aux usages pacifiques de l’énergie nucléaire s’il respecte pleinement ses engagement de non-prolifération. Comme le Président de la République l’a rappelé à la tribune de l’Assemblée Générale des Nations Unies, la France souhaite promouvoir le développement responsable de l’énergie nucléaire dans le monde et, plus que tout autre, elle est prête à établir des partenariats dans ce domaine avec les pays qui respectent pleinement leurs engagements internationaux. Beaucoup de pays du Maghreb, au Proche et au Moyen-orient se tournent ainsi aujourd’hui vers elle pour bénéficier d’une coopération pour l’installation de capacités électro-nucléaires.
Sachez également que les propositions de coopération que la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, rejoints par les Etats-Unis, la Russie et la Chine, avaient remises à l’Iran en juin 2006 prévoyaient notamment, en cas d’accord, une coopération ambitieuse en matière électronucléaire. Le paradoxe de la situation actuelle est que le refus de l’Iran de suspendre des activités, qui n’ont pas aujourd’hui la moindre justification civile, l’empêche de bénéficier d’une véritable coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire. Si l’objectif de l’Iran est effectivement d’accéder à l’énergie nucléaire et d’exercer pleinement ses droits au titre du traité de Non-Prolifération(TNP), il lui suffit de rendre confiance à la communauté internationale sur la finalité de son programme nucléaire en répondant pleinement et sans délai aux questions que formule l’AIEA depuis plusieurs années, en suspendant ses activités nucléaires sensibles et en mettant en oeuvre le protocole additionnel de l’AIEA.
L’esprit de cette politique est précisément d’éviter, pour reprendre les termes employés le 27 août 2007, que nous soyons confrontés au choix catastrophique entre la bombe de l’Iran et le bombardement de l’Iran. Les Etats-Unis eux-mêmes, auxquels sont souvent prêtées des velléités d’intervention, reconnaissent que cette stratégie, alliant disponibilité au dialogue et adoption de pressions dans un cadre multilatéral, est la seule susceptible de donner à cette crise une issue favorable. Je vous rappelle en particulier, que les Résolutions 1737 et 1747 du Conseil de Sécurité des Nations Unies sont placées sous l’article 41 de la Charte, qui exclut le recours à la force.
Bien cordialement.
Le Chef de Cabinet
Cédric GOUBET “
—————————————–
Commentaire :
1 – Sur la forme, il n’est pas indifférent de savoir que lorsqu’on pose une question au Président par le site Internet de l’Elysée, on peut recevoir une réponse argumentée et substantielle (qu’on l’approuve ou non), et pas seulement un accusé de réception du type “nous avons pris bonne note“… etc
2 – Sur le fond :
- on peut comprendre et accepter qu’un nouveau pouvoir s’estime lié par des engagements précédents au niveau international. Quoique d’aucuns se sont fait élire en invoquant la “rupture” avec le président sortant;
- mais alors, si on promeut, urbi et orbi, le vente de technologie nucléaire civile, il serait pertinent de rendre publique la clause qui stipule que cette coopération nucléaire ne sera en aucun cas l’occasion de la détourner vers des fins militaires, ce dont précisément on soupçonne l’Iran. Surtout quand le client s’appelle Khadafi…
- on se souvient de ce qu’il est advenu de la centrale nucléaire Osirak vendue par la France au régime de Saddam Hussein dans les années 1975 par son ami, le président Chirac.
- si le nucléaire iranien est “la crise la plus grave qui pèse sur l’ordre international“, qu’en sera-t-il alors du nucléaire lybien ?
- on sait aussi que malheureusement, derrière les accords et contrats officiels, grouillent quantité d’officines plus ou moins occultes, voire mafieuses, de vente d’uranium et de technologies diverses permettant de passer du civil au militaire.
Voir à ce sujet ce site sur le professeur Abdul Qaader KHAN, père de la bombe pakistanaise.


9.04.08 à 19:47 |
Quels sont les bons et mauvais amis de la technologie, aujourd’hui