Crise boursière et escroquerie : pléonasme ?

Définition de l’escroquerie :

” Se caractérise par une tromperie dans le but de se faire remettre de l’argent, des valeurs ou des biens. (…)
L’escroquerie n’est retenue qu’à la condition qu’il y ait tromperie au moyen d’un procédé issu de l’imagination de l’escroc. Il peut s’agir de l’usage d’un faux nom, d’un abus de qualité ou du recours à des manoeuvres frauduleuses.(…)
“Abus de qualité vraie : abuser d’une qualité qui inspire confiance.”

Et donc :

Entendu sur France-Culture ce matin, une interview de Daniel Cohen, économiste, qui commentait ainsi la crise boursière actuelle :

Question d’Alain-Gérard Slama : ” On a toujours entendu dire que la capitalisme s’auto-régulait, et en particulier les banques. Alors, comment se fait-il qu’elles aient été prises à ce point en défaut ?”

Réponse de Daniel Cohen :

” Tous ceux qui ont pensé que le système financier pouvait s’auto-réguler sont des naïfs ou des incompétents. La seule chose que l’on sait est que le système financier, dans son histoire éternelle, va de crise financière en crise financière. L’idée qu’on puisse demander aux acteurs d’arrêter de prendre des risques…

Quelle est la pathologie du système qui fait qu’il va de crise en crise ? Elle est très simple : c’est que dans tout système financier, lorsqu’il y a des gains c’est pour les opérateurs qui les ont généré ; lorsqu’il y a des pertes, elles sont toujours mutualisées, soit par les déposants, ce qui était le cas en 1929, soit parce que ce sont les Etats qui viennent au secours des pertes. Donc, à partir du moment où on a un jeu asymétrique – et c’est toujours le cas des marchés financiers – il est sûr que les marchés financiers vont toujours à la limite du risque, parce que pour celui qui a des stocks-options, si ça monte, je gagne, si ça baisse, je perds (en fait, je ne perds pas puisque la rémunération est indexée à la hausse).
Mais le système financier fonctionne selon ce principe : si vous faites perdre des milliards, vous perdez votre job, et vous en trouvez un autre, mais vos pertes ne sont pas proportionnées aux pertes que vous faites subir à la société.
Donc, tout le système financier est forcément instable pour cette raison même : on le sait, et l’enjeu est donc :
1) d’avoir des régulations qui permettent, autant que faire se peut, de limiter les excès. Les régulations sont toujours détournées au bout du compte : il n’y aucune régulation qui ne vaut très longtemps…
2) il faut protéger la société de ces excès. C’est ce qu’on a fait en 1929, après 1929 : on a compris qu’il fallait protéger les déposants des risques que les banques leur faisaient courir, et on a un système de garantie de dépôts aux Etats-Unis qui fait qu’on n’a plus de crise systémique.
(…)

L’idée que les marchés financiers pourraient trouver eux-mêmes la voie de la raison est une méconnaissance complète des mécanismes.
Dans la régulation de Bâle, dans la régulation que les banques s’imposent à elles-mêmes, on en est arrivé au point – et c’est idéologique – de demander aux banques d’évaluer elles-mêmes leur coefficient de risque pour fixer les niveaux de réserves prudentielles : ça, c’est le comble de la dé-réglementation.
Quand on voit aujourd’hui que les banques sont totalement incapables d’évaluer les risques qu’elles ont prises, et qu’elles ont fait prendre à leurs actionnaires, avec ces produits mathématiques que personne ne comprend – et sans doute pas même ceux qui les ont inventées – c’est extravagant de se dire qu’au coeur du logiciel bancaire, il y a une auto-évaluation des risques que les banques prennent.

Là, il y a certainement un immense retour de bâton qui va se produire avec la crise des “subprimes“. (…) Vous n’allez pas me dire qu’en fabriquant des cocktails de crédit à des ménages insolvables, on arrive à produire des crédits de très haute qualité !!! Je rappelle qu’au départ les subprimes sont des crédits faits à des “délinquants” américains, mais qui, combinés à des formules mathématiques, devenaient des crédits de qualité … égale à la dette des gouvernements (critère de notation, dit des “3 A”).
La régulation doit passer pour empêcher ça.

Question d’Olivier Duhamel :
“Alors, comment sortir du dilemne diabolique d’aujourd’hui, si on est responsable politique ou responsable des grandes banques centrales : si je ne fait rien, je laisse arriver une récession catastrophique et si j’interviens, je viens payer à la place des gangsters ?”

Réponse de Daniel Cohen :
” Il n’y a pas de solution, il faut toujours naviguer entre ces deux maux.
Sauver les banques aujourd’hui serait la bonne solution. Si les 100 milliards de Bush avaient été injectés dans les banques, il n’y aurait plus de crise. Evidemment, en faisant cela, je récompense les gangsters…

Il faut ruser, il faut trouver une solution. Ces crises font partie du monde dans lequel on vit : on aurait pu couper la poire en deux :créer un fonds de sauvetage pour les banques le plus en difficulté et criminaliser les dirigeants (on l’a fait après Enron et autres affaires) qui ont mis en péril la communauté.
Les taux d’intérêt vont baisser en Europe si la crise devait durer, mais cela ne se fera pas avant deux ou trois mois, et entre-temps, peut-être l’irréversible aura peut-être été commis.”

Le rédacteur de ce blog étant membre à part entière de la cohorte des réputés incompétents en économie, il se sent donc libre d’exprimer l’opinion suivante :
La technique consistait donc, dans les banques américaines, à faire des prêts à des personnes insolvables puis de faire disparaître les risques en les noyant dans une alchimie d’ingéniérie financière complètement opaque et irresponsable, au point tout un chacun peut se demander si ses fonds de retraites ne vont pas disparaître (en l’apprenant par le journal ?) .

Il est amusant (!) de voir les banquiers, pourfendeurs des régulations étatiques, se prosterner devant l’Etat pour se re-capitaliser de leur propre irresponsabilité.
Comme dit l’autre, “il n’y a qu’à” utiliser les “fonds souverains” (tiens, on avait cru comprendre que l’Etat n’avait plus d’argent ???).
Ah, oui, mais… attendez, l’argent de l’Etat c’est le nôtre, non ?

A part ça (!), ce jour, on apprend une énorme entourloupe à la Société Générale : près de 5 milliards d’euros perdus par un employé. La “Star’Ac” de la finance, c’est un feu d’artifice permanent…
On a pensé escroquerie dans un premier temps, pour ensuite réaliser que ce n’était peut-être qu’une faille dans le système…. Comme quoi on ne lutte contre la corruption qu’en la légalisant, non ?
Parfois, l’économie, c’est d’une confondante limpidité …

Comme disait Sarkozy : ” Il faudra mettre de la sagesse dans un système qui marche sur la tête“…

Source : www.legrandsoir.info

2 Réponses vers «Crise boursière et escroquerie : pléonasme ?»

  1. Réguler les marchés financiers : une farce ? « Chronique de l’Abrincate dit :

    [...] ” Qu’est-ce qu’un trader d’exception ?“ ” Crise boursière et es… ” Développement durable par l’économie informelle ?” ” T’as pas 2 500 milliards de dollars à placer ?” ” La Nouvelle Economie en bande dessinée…” “ Krach, boum, hue ! à la Bourse de Shanghaï “  [...]

  2. ” Penser l’impensable “, qu’ils disent maintenant … « Chronique de l’Abrincate dit :

    [...] Penser l’impensable “, qu’ils disent maintenant … Après avoir vilipendé les salaires des fauves, pourfendu ceux qui transforment le monde en ” casino global “, vitupéré contre les [...]

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