Qu’est-ce qu’un ” trader d’exception ” ?

Bon. Asseyez-vous.

Dans un article du ” Temps” du 26.01.08, intitulé “La version du “trader isolé” est contestée”, un “trader genevois” (qui a l’intelligence de rester anonyme) se répand en affirmant :

(…) ” La banque représentait le quart des contrat futurs sur indices boursiers échangés en Europe. Sur ces indices, le desk des dérivés appliquait depuis des années une stratégie appelée vente de volatilité (sic) par le biais option, c’était même le plus gros vendeur de volatilité (sic) en Europe. La tendance s’est inversée et la stratégie a commencé à occasionner des pertes cet été, lorsque la volatilité s’est envolée (re-sic). (…) ” On était en présence d’une hausse structurelle, mais au lieu de se re-positionner, les spécialistes des dérivés de la banque se sont entêtés. Selon cette source, les pertes sont liées au fait que cette vente de volatilité était simultanément arbitrée par des positions longues sur futures d’indices (ach so…). Ils étaient négativement corrélés au marché (was ?) et quand celui-ci baissa, ils furent forcés de vendre des futures.”(…) ” Ces équipes auraient sous-évalué le prix des options sur la volatilité, afin de réduire le nombre des futures qui doivent être vendues à la baisse.”

Vente de volatiles ” : une banque, c’est un poulailler ?
Un ” trader exceptionnel “, c’est un jeune coq qui se métamorphose en renard dans le poulailler, “positivement corrélé au marché” ?

Comme disait Henry Kissinger, “Si vous m’avez compris, c’est parce que je me suis mal expliqué.”

A l’intention des “vulgum pecus” que nous sommes, qui pensent qu’un article incompréhensible doit certainement être très intelligent – et donc valorisant pour le lecteur – on propose la traduction suivante :

” On ferait bien une omelette au jambon,
si on avait des oeufs ,
mais on n’a pas de jambon.”

C’est peut-être cela la définition même de la vente de volatilité.
Est-ce ainsi que la spéculation est au service du développement économique ?

Source : boomer-cafe-net

Post-Scriptum No 1 : lu dans “La Croix” du 28.01.08, l’opinion de quelques spécialistes (en tout cas, qui savent s’exprimer) :

Un jésuite économiste, le P. Perrot, suggère la réflexion suivante :

Sur les “sub-primes” : “L’erreur morale, c’est de prêter de l’argent à des gens en sachant qu’on les met dans une situation inextricable, tout en se disant qu’on sera plus malin, qu’on se retirera avant les autres, à leur détriment”.

Sur la complexité des outils financiers : ” Plus personne ne sait où se trouve le risque.”
Or ” on ne peut utiliser un outil dont on ne maîtrise pas le résultat. Ni faire prendre à son entreprise un risque tel qu’il pourrait remettre en cause son existence.”

Guy de Panafieu : “ Parce qu’elle privilégie à l’excès le profit, les rémunérations individuelles, l’économie financière provoque parfois une perte de repères”.
” Les traders ont une vie artificielle : ils sont décalés dans le temps, dans l’espace, travaillant entre New York et Tokyo, jouant sur des montants colossaux… Tout pousse à surenchérir, ce qui contribue à former une bulle, qui à son tour finit par éclater.”


Un autre expert : ” Il n’y a pas moins de morale dans la finance qu’ailleurs. Simplement, comme on est dans l’immatériel, il y a moins de courroies de rappel que quand on a les gens en face de soi, des gens dont, par exemple, on va hypothéquer la vie professionnelle “.

Un autre, P. Rouvillois, ajoute : ” L’erreur c’est d’avoir opté pour une législation plutôt que pour l’apprentissage éthique.
Comme dans une centrale nucléaire, il faut former les gens à la réalité des risques et pas seulement au respect des règles.”

Pour une fois que la réflexion éthique est compréhensible…

Post-Scriptum No 2 : sur la fragilité du gigantisme, relire “L’Imprécateur” de René-Victor Pilhes.

8 Réponses vers «Qu’est-ce qu’un ” trader d’exception ” ?»

  1. diane dit :

    c’est pas toujours très clair mais 5 milliards de perdus doivent bien être dans d’autres mains (?) ou alors il pensait avoir 5 milliards et les a perdus….donc il n’a rien perdu…..
    je comprends mieux avec la traduction de l’oeuf et du jambon

    merci pour l’éclaircissement! je vois que l’abrincate tient la barre même si je ne suis pas venue depuis une éternité

    amicalement

  2. ctoileblog dit :

    une “volatilité” qui s’envole, c’était à prévoir (sic)

  3. ctoileblog dit :

    l’explication du “trader d’exception” est aussi limpide que du cidre bouché. On peut lui reconnaitre une chose : sa volonté de ne pas s’adapter à son interlocuteur, c’ est une qualité que j’apprécie normalement. Mais là y a “embourbage”, y’a tentative de poudre aux yeux. Et j’ai bien peur que le trder genevois ne soit même pas compris de ses pairs.

    Alors si j’ai bien tout compris, la banque en question s’était spécialisée sur un secteur à risque, elle gagnait beaucoup d’argent (car le risque paye) mais elle n’a pas su se retirer à temps..c’est du poker ça nan ?

  4. Fil Vert dit :

    Techniquement,je partage l’explication de ce courageux anonyme qui explique d’une part la position de marché de cette banque et que c’est bien la hauuse de la volatilité qui est à l’origine de la débacle.Mais ce qui a de cocasse c’est que c’est la banque elle-même qui est à l’origine de ces instruments.
    Mise en perpective dans l’article:Le fil à plomb et l’inconscience des marchés
    http://filvert.blog.lemonde.fr

  5. Le libéralisme pour les débutants dit :

    L’explication du trader est effectivement à la fois incomprensible et correcte (pour ceux qui connaissent déja la finance.).

    Un chirurgien du cerveau pourrait tenir un discours incomprehensible ‘pour le commun des mortels’ sans pour autant cacher quelque chose de réprehensible.

    Et c’est justement parceque nous sommes incapables chacun de nous de connaitre ce que tout les autres connaissent que la vie en société est indispensable…

    Maintenant oui, il y a de serieux problèmes dans la finance sur l’évaluation des risques (les mathèmatiques utilisées feraient hurler d’effroi des physiciens) et dans le droit qu’ont les banques de prêter de l’argent qu’elles n’ont pas…

    Daniel T

  6. Bernard Boeton dit :

    Pour Daniel T.

    Merci pour votre remarque.

    1- Un blog, ça n’est qu’un blog, surtout lorsqu’il se veut une simple chronique qui, comme le mot l’indique, aligne des sortes de “diapos” qui mélangent les impressions, les enthousiasmes comme les colères, avec des tentatives de réflexions. Un blog ne peut pas être académique…sinon il faut écrire un livre.

    2 – Ce que je reproche surtout à beaucoup de commentateur (pas tous), c’est une certaine confusion qui laisse à penser que si le lecteur n’y comprend rien, c’est que l’auteur est intelligent et qui plus, en économie, le sous-entendu fréquent : “peut-être vous n’y comprenez rien, mais de toute façon, il n’y a pas le choix, depuis la chute du communisme, ce système économi

  7. Bernard Boeton dit :

    (…pardon, erreur de frappe, je continue…)
    … ce système économique est le seul qui puisse fonctionner.
    Ce qui est faux : il y a plusieurs mondes sur cette terre, et ce ne sont pas les traders qui doivent avoir les derniers mots sur le niveau économique de toute une société en noyant le tout dans un charabia volontairement élitiste.
    C’est un point de vue.
    L’Abrincate

  8. Réguler les marchés financiers : une farce ? « Chronique de l’Abrincate dit :

    [...] ” Qu’est-ce qu’un trader d’exception ?“ [...]

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