“Gens de peu” ou “gens de trop” ?

Libération“, 31.01.08 :

Madame, vous êtes morte, seule, dans la foule
” Quatre cercueils dans un fourgon funéraire. Quatre personnes mortes dans la rue ou mortes seules. Et deux bénévoles du collectif ” Morts de la rue ” qui les accompagnent jusque dans leur tombe pour qu’elles ne soient pas enterrées dans la solitude. “

“Les co-détenues dénoncent un manque de soins fatal.”

Lucilia, 28 ans, est morte faute de soins, à la prison de Fresnes, où elle était en détention préventive (avant jugement) depuis mai 2007. Sa co-détenue a lancé l’alerte le 18 janvier à 4 h du matin, et Lucilia a été admise à l’hôpital à 15 heures. Pour constater un arrêt cardiaque, qui a duré trop longtemps avant qu’on la ré-anime. (…)
Elle a passé une nuit entière à appeler à l’aide.
Si elle est morte, ce n’est pas la fatalité, c’est parce qu’ils s’en fichent.”

En réponse, le service médical de la prison annonce qu’il ” va tout faire pour en savoir plus (sic) “, mais “sans s’alarmer“, car “ l’émotion suite à un décès en détention et compréhensible et habituelle“.
Affaires courantes, donc…
Mais le Parquet de Créteil a ouvert une enquête.

“Les stagiaires payés à 30 % du SMIC”
Et les cotisations sociales seront payées par l’Etat.
C’est ce qui s’appelle savoir parler à la nouvelle génération.
C’est ce qui s’appelle “travailler plus pour gagner plus“.
On croit se souvenir que le sieur De Villepin avait fait avancer le dossier en préconisant une cotisation de retraite sur la rémunération des stagiaires. On ose espérer que le Ministre a dû simplement oublié de le mentionner…
(Pour l’anecdote, l’Abrincate se souvient avoir été sollicitée, il y a quelques années, par une stagiaire, hyper-diplômée, 27 ans, qui se disait prête à payer pour avoir un stageafin de ne pas avoir de trou dans mon CV“.

On conseillera donc aux stagiaires, comme à quantité de retraités à 600 ou 800 euros par mois, de ne pas tomber malade, d’une maladie qui supposerait un traitement long et coûteux, car la paye passera dans les franchises médicales.

Mais rassurons-nous, la même actualité du jour nous apprend qu’ ” il faudrait ouvrir des lieux d’écoute ouverts, anonymes et gratuits” pour ces gens, afin qu’ils ne gênent en aucun cas la visibilité du miroir que la société veut se renvoyer à elle-même…
C’est tout de même un comble que dans une société dite d’”hyper-communication“, certaines réalités sociales et humaines n’apparaissent que par des permanences anonymes…
Ce qui se veut un moyen de communication n’est-il pas en réalité un moyen de dissimulation ?

Tout cela pour dire que dans le sous-sol du charivari médiatique,
notre société “bling-bling/star’ac” considère, sans le dire, mais de fait,
qu’un partie de la population
est composée d’individus incapables de “se responsabiliser”,
et que, finalement, les gens de peu sont des gens de trop.

Source : bastian.blog.lemonde.fr

4 Réponses vers «“Gens de peu” ou “gens de trop” ?»

  1. Fil Vert dit :

    Merci pour cet article qui remet les choses à leur place:plus les gens ne réfléchissent pas mieux c’est pour le pouvoir en place qui devient fort et surtout peu respectueux des valeurs humaines fondamentales.
    blog de Fil Vert
    http://filvert.blog.lemonde.fr

  2. mirabelle dit :

    Vous illustrez parfaitement le propos de “la machine à exclure” de Noëlle Burgi (éd. La Découverte), lecture incontournable pour décrypter ce qui nous arrive. (je ne touche aucun droit d’auteur !)

  3. Juliette dit :

    Hélas, je crois comme vous que la mentalité actuelle du “travailler plus pour gagner plus” aboutit à ce que vous denoncez : “les gens de peu sont des gens de trop”
    C’est inadmissible! et pourtant beaucoup s’en accomode…
    Juliette

  4. Don Jerry Can dit :

    Merci pour la “source”. Rien ne change, le désespoir ce vendra bientôt dans les supermarchés !

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