Faire son beurre sur les canons

Extrait de l’intervention de Gérard Chaliand à un Colloque sur les compagnies militaires privées, organisé par le Comité International de la Croix-Rouge à Paris en février 2008.
Voir la vidéo sur un billet de l’excellent blog “L’humanitaire dans tous ses états.”

Pourquoi est-ce que ces compagnies sont nées ?

Elles sont nées d’abord du fait que la guerre froide se terminant, il y a eu une réduction des forces armées ; deuxièmement il y a eu un effondrement, entre 1950 et 1985, de la démographie chez les Occidentaux et il a donc fallu en quelque sorte recourir à des gens capables de se substituer aux armées régulières et en même temps de ne pas être toujours sous le contrôle du Congrès, en ce qui concerne les Etats-Unis, ou, pour les Britanniques, de ne pas être cités au Parlement.
(…)
Si on prend le cas de l’Irak, aujourd’hui tout groupe ou tout mouvement, quel qu’il soit, qu’il s’appelle Blackwater
(ou autres), est partie prenante de cette guerre, c’est à dire qu’on estime à 180 000 hommes minimum le nombre des troupes privées qui participent de la guerre d’Irak, qui fait qu’il y a 350 000 hommes, de facto en Irak, et non pas 160 000 hommes des troupes régulières.

Source photo

(…) ” Je signale aussi que les pertes de ces compagnies privées ne figurent pas dans les pertes américaines, ce qui diminue l’impact de l’image des cercueils qui fragilise le Président Bush .
C’est très important vis à vis de l’opinion publique qu’ils ne fassent pas partie des 4 000 morts.

Il est intéressant de noter que les blessés ne sont plus signalés ; pourtant on disait toujours “morts et blessés“… ce qu’il fait qu’il y a en Irak, sans parler des compagnies privées, environ 40 000 hommes hors de combat. Si on ajoute les “morts discrètes” de ces compagnies privées, on peut certainement arriver à des chiffres infiniment plus importants, que nous apprendrons bientôt lorsque le nouveau président sera élu.
Le gouvernement irakien n’a aucun regard sur ces compagnies, parce que Mr Paul Bremer, dans sa Constitution, ne l’a pas inscrit.

Ces compagnies privées ne sont d’ailleurs pas complètement privées, elles sont toutes ” para-étatiques “, c’est-à-dire que ces gens-là obtiennent le feu vert du Pentagone : il n’y a personne, dans ces “ nouveaux mercenaires “, qui travaille contre son propre Etat.

On est donc dans un système nouveau où il y a une considérable latitude, pour faire des choses, légales ou non-légales, y compris en dehors du fait de combattre, la privatisation de ” la question “, c’est à dire que la prison d’Abou-Graïb était dirigée en partie par des compagnies privées qui “torturaient de façon privée“, si je puis dire, et qui font tout un tas de ” travaux ” auxquels les armées ne sont pas tenues de participer. Ce sont tous des professionnels de la guerre, puisque ce sont des anciens militaires, ou d’anciens policiers (de différentes nationalités).”

Source photo des vétérans des guerres du Vietnam et d’Irak qui s’engagent comme mercenaires.

On ne sait donc qu’une petite partie de ce qui se passe réellement “ sur le terrain ” ou ” sur site ” (termes bizarrement communs aux militaires et aux humanitaires…)

Comme disait Napoléon dans la bulle d’un dessin humoristique paru dans “The Independant” pendant la guerre de Bosnie (1995) : ” Si j’avais eu vos médias, personne n’aurait entendu parler de Waterloo.”

Consulter le document officiel des Nations Unies intitulé : ” L’utilisation des mercenaires comme moyen de violer les droits de l’homme et d’empêcher l’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.”

Ou encore : ” Activités non-règlementées des sociétés militaires et de sécurité privés, source de préoccupation majeure, selon un Groupe de Travail des Nations Unies. (10 mars 2008)

Une réponse vers «Faire son beurre sur les canons»

  1. Commerce des armes : des statistiques effarantes « Chronique de l’Abrincate dit :

    [...] Voir aussi un billet précédent : ” Faire son beurre sur les canons “  [...]

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