Le MODEM, arbitre avec la balle au centre ?
Il vaut mieux s’abstenir totalement des médias dans les 24 heures qui séparent les résultats d’une élection municipale ou législative, de la date-limite à laquelle les alliances se marchandent pour le deuxième tour.
Un candidat MODEM s’allie avec un candidat UMP, probable vainqueur à Toulouse, “pour ne pas rester spectateur pendant 6 ans”. Une autre candidate MODEM, à Paris, se plaint du refus d’alliance du candidat socialiste.
A priori, c’est à pleurer : on donne l’impression qu’on penche du côté qu’on va tomber, c’est-à-dire du côté où la soupe est bonne.
Changeons de lunettes : ne serait-ce pas le prix à payer pour la démocratie dont une des difficultés - contradictions ? - est de dégager une majorité tout en veillant à respecter la diversité des sensibilités et des opinions des électeurs ?
Le MODEM est dans sa logique de ne pas donner de consigne nationale de ralliement d’un côté ou de l’autre, ayant proclamé quotidiennement pendant la campagne présidentielle que l’affrontement gauche-droite ne pouvait constituer les seules alternatives, et que l’intérêt public suppose de “chercher les meilleurs là où ils sont, et de quelque côté qu’ils viennent“. Et il y a autant d’excellent-e-s maires à gauche qu’à droite…

La lecture - par hasard - d’un article dans le “Monde” (21.02.08, page 24) donne un éclairage discret mais plus fin sur les ré-a-li-tés de la gestion de l’intérêt public.
Extraits des pages spéciales sur les municipales à Dijon, dont l’interview du maire socialiste F.Rebsamen (avant sa ré-élection de dimanche) :
” On dit que les clivages gauche-droite s’affaiblissent. Ce n’est pas seulement l’affaiblissement des idéologies. C’est aussi parce que 80 % des communautés d’agglomération sont co-gérées par la droite et la gauche. Et comme cela fonctionne, cela a un impact sur les gens. (…)
Dans un conseil municipal, on peut imposer le fait majoritaire. Les minorités ne sont là que pour des questions de transparence. Au fond, on peut être dans une démocratie assez brutale.”
Tout l’inverse, selon lui, d’une structure intercommunale, amenée à fonctionner, “ à l’européenne “, par négociation, par “ consensus “. Des élus de droite, du centre, de gauche ou de nulle part doivent s’entendre pour défendre les mêmes projets. Et fermer la porte au vieux clivage gauche-droite, même si celui-ci revient parfois par la fenêtre.
En moins de dix ans, depuis l’adoption, en 1999, de la loi sur l’inter-communalité, le pouvoir a changé de mains. ces communautés “ urbaines ” ou de “ communes” ou d’” agglomération ” ont pris le relais des villes dans l’organisation et la gestion des transports, de l’environnement, du logement ou de l’aménagement,(…) des questions universitaires et de développement économique.
Avec un paradoxe toujours latent : les compétences de ces assemblées s’étendent alors que leurs membres ne sont pas élus au suffrage universel direct, mais désignés par leurs conseils municipaux.” Dans les négociations pour constituer des listes, les postes de vice-président du “Grand Dijon” sont aujourd’hui très demandés “, sourit F.Rebsamen. A droite comme à gauche.”
Comme une étrange impression suinte de ces commentaires : comme si le débat démocratique et médiatique avait pour but de canaliser la violence intrinsèque de toute société, dans un “bal des faux-culs”toujours renouvelé, en la noyant dans les campagnes de communication et les “storytellings” des uns et des autres, alors qu’en réalité, la véritable gestion se fait au niveau d’une forme de “coopération”, moins visible, moins spectaculaire, mais plus efficace, qui n’empêche pas la confrontation, avec la contrainte du compromis.

C’est comme s’il fallait une bonne pièce de théâtre pour qu’ensuite tout le monde se retrouve autour de la table.
Dire cela, est-ce avoir perdu une occasion de se taire ?
Ou “est-ce ainsi que les hommes vivent ?”
