” Penser l’impensable “, qu’ils disent maintenant …
Après avoir vilipendé les salaires des fauves,
pourfendu ceux qui transforment le monde en ” casino global “,
vitupéré contre les Etats qui, ” n’ayant plus d’argent “, investissent leurs réserves dans la Bourse,
après même avoir fait mine de croire que la régulation des marchés financiers était une farce,
qui aurait cru qu’un mois plus tard, nos éminents économistes,
qui n’ont jamais manqué une marche de condescendance
sur les incompétents en économie que nous sommes,
viennent nous dire ceci :
Editorial de Nicolas Barré, dans ” Le Figaro “(14.03.0
:
” Il faut savoir “penser l’impensable“, disait mercredi le numéro deux du Fonds Monétaire International, suggérant à demi-mot (sic) de nationaliser les pertes du système bancaire. (…)
La situation actuelle appelle une réponse globale. Il est minuit moins cinq. Il reste peu de temps pour penser l’impensable avant qu’il ne survienne.”
De Yves de Kerdrel, dans ” Le Figaro “(18.03.0
:
(…) ” A tout moment, cette crise, qui n’affecte pour le moment que le secteur financier, peut se transformer en une tornade qui dévastera l’économie mondiale.
On a déjà dépassé le stade du battement d’ailes de papillon cher à la théorie du chaos “. (…)
” Il n’y a pas de capitalisme efficace sans une régulation adaptée. Il n’y a pas de vrai libéralisme si l’environnement ressemble à un “ laisser-faire “.(…)
” Il s’agit de s’interroger sur (ces) normes qui s’appliquent à 7000 sociétés cotées dans le monde. D’autant qu’elles n’ont été décrétées par aucun gouvernement. Elles ne sont issues d’aucun processus démocratique. Elles ont été émises et instaurées par un sympathique “club” de comptables aguerris regroupés au sein d’une institution internationale, l’IASB, qui n’a de compte à rendre à personne, mais dont les règles s’imposent à tous.
Il existe peu d’exemples au monde où une institution disposant d’aucun contre-pouvoir puisse de son propre fait changer les règles du jeu du capitalisme. Sans (en) mesurer les conséquences dramatiques “(…)
” Ce n’est pas faire injure au libéralisme de souhaiter que les démocraties reprennent au plus vite la main sur la comptabilité, sans laquelle la confiance des investisseurs ne peut exister de manière durable.”
C’est “Le Figaro” qui va nous convaincre du bien-fondé de l’argumentaire de la Ligue Communiste Révolutionnaire : il faut recruter d’urgence Alain Besançenot comme éditorialiste du “Figaro”.
Dans le “Monde” du 21.02.08, Eric Laser écrit :
(…) ” Les outils de politique monétaire ont leurs limites. Les baisses de taux mettent des mois à se diffuser dans l’économie et ne sont qu’un moyen indirect de soutenir les emprunteurs.”(…)
” Une intervention de l’Etat sera peut-être nécessaire.”(…) “Au Congrès, les parlementaires réfléchissent à la possibilité pour l’Etat de racheter massivement les prêts immobiliers.”
Toujours dans ” Le Monde ” (20-03-08), dans un article de C.Gatinois et A. Michel :
(…) Après ” l’étincelle des subprimes “, suivi de “ l’embrasement des banques “, qui entraîne la “ panique des marchés “, (…) ” l’action de la Réserve Fédérale américaine contribue à faire plonger le dollar sans juguler tout à fait la défiance envers les banques.
Et si le marché d’actions surnage, les investisseurs lui préfèrent les matières premières (pétrole, or, blé) considérées comme des valeurs-refuges. Les prix flambent.(…)
” Comment sortir de la crise ? La solution pourrait être radicale, bouleversant même le modèle capitaliste américain. ” Si la crise dure et s’approfondit, les solutions passeront forcément par l’Etat, qu’il s’agisse de créer un fonds de défaisance ou de procéder à des nationalisations provisoires de banques en difficulté”, estime J.L. Mourier, économiste chez Aurel Leven.“
Donc, si l’on comprend bien (mais oui…), nous allons d’abord payer avec l’augmentation des denrées de première nécessité (blé, matières premières, pétrole, etc…), mais il se pourrait aussi que les contribuables payent une deuxième fois par les interventions de l’Etat, pour que les investisseurs - qui n’ont de comptes à rendre à personne (voir article précédent ci-dessus) - retrouvent la confiance. En eux-mêmes. cela va de soi.
même si vous ne comprenez rien,
dites-vous bien : nous allons tous payer,
et plutôt deux fois qu’une.
Toutefois , ces mesures de sauvetage sont préjudiciables à la réputation du secteur financier. Il ne peut s’en prendre qu’à lui-même s’il doit en rappeler à une régulation.”
Mais le plus troublant (ndlr : pour qui ?) est ailleurs. Les maîtres de la finance mondiale proclamaient une double foi : les Etats-Unis sont le modèle absolu de la réussite économique, le libéralisme absolu est l’avenir du monde. Cette approche théologique en prend un sacré coup…(…)
” Personne ne peut croire que, par elles-mêmes, les banques ” mettront de l’ordre ” dans un système qu’elles ont détraqué par leurs acrobaties irresponsables. Personne ne peut croire que les opinions publiques accepteront longtemps encore de panser les plaies des géants en puisant dans les budgets publics.”

