L’information, l’Histoire et les poubelles

31.05.08

Mr. Henry Kissinger, ancien Ministre des Affaires Etrangères du président américain Richard Nixon, est aussi célèbre pour deux phrases d’anthologie de l’humour diplomatique :

” Il n’y aura pas de crise internationale la semaine prochaine, mon agenda est plein.”
et
” Si vous m’avez compris, c’est parce que je me suis probablement mal expliqué.”

Henry Kissinger - World Economic Forum Annual Meeting Davos 2008Photo

Prix Nobel de la Paix en 1973, il fait encore quelques apparitions dans l’actualité notamment à l’occasion d’une visite à Paris, en 2001, au cours de laquelle il fut convoqué et interrogé par la police judiciaire dans l’affaire de la disparition de 5 Français au Chili, au titre d’inspirateur du fameux Plan “Condor” mis en place après le coup d’Etat de Pinochet au Chili.
Un journaliste anglais, Christopher Hitchens a publié en 2001 un livre ” Les crimes de Mr Kissinger”, incitant ce dernier à prendre, désormais, de multiples précautions avant de se déplacer quelque part dans le monde…

Dans le premier tome de ses “Mémoires” (” A la Maison-Blanche, 1968-1973“), il explique - ce qui n’a rien à voir avec son implication politique - les difficultés rencontrées dans son travail de consultation d’archives pour écrire ses mémoires :

” Un des paradoxes de cette époque de rapports et de machines à photocopier, de bureaucratie proliférante et d’archives obligatoires, est qu’il devient pratiquement impossible d’écrire l’histoire.
Lorsqu’on s’occupe des siècles passés, la difficulté est de trouver assez de documents de l’époque ; mais lorsqu’on écrit sur la diplomatie moderne, il faut éviter d’être submergé par l’information écrite.
Si un historien
(…) avait à sa disposition la totalité des millions de documents relatifs à n’importe quelle période moderne, il aurait beaucoup de peine à savoir par où commencer. Les archives écrites, par leur volume même, obscurciraient autant qu’elles éclaireraient sa recherche ; elles ne lui apporteraient aucun critère lui permettant de déterminer quels sont les documents destinés à fourni un alibi et quels sont ceux qui ont véritablement guidé les décisions, ceux qui traduisent une participation réelle et ceux qui ont été établis dans l’ignorance des évènements cruciaux.
Avant notre ère de communication, les instructions données à un négociateur devaient être conceptuelles, et en ce sens elles donnaient un aperçu de la pensée des hommes politiques; à l’âge du télétype, elles sont généralement techniques ou tactiques et en conséquence n’indiquent ni les buts ni les considérations ultimes. Les dossiers officiels de notre époque ne nous révèlent pas nécessairement quelles décisions furent prises par voie secrète doublant les voies officielles, ni quelles affaires furent traitées oralement sans jamais laisser de traces dans les archives. Il arrive que les comptes rendus rédigés par ceux qui participent à des discussions ne soient que tentatives de justifier “a posteriori”.
(…) On peut trouver à peu près n’importe quoi par la présentation sélective des documents. La tendance actuelle à la divulgation abusive et généralisée fait que la quasi-totalité des documents sont rédigés dans un souci d’autojustification.
Ce que gagne le journaliste, l’historien le perd.”

Ecrites en 1979, c’est-à -dire 12 ans avant de prendre en pleine figure les accusations de complicité de crime de guerre et crime contre l’humanité pour son implication politique dans la guerre du Vietnam, le coup d’Etat de Pinochet au Chili, dans la guerre d’indépendance du Bangladesh, et, dit-on, dans le génocide du Timor-Oriental, ces lignes ne peuvent pas être suspectes de se vouloir une sorte d’auto-défense.

Elles nous semblent cependant pouvoir servir à comprendre les difficultés propres à notre univers actuel de communication:

L’information se transforme en communication :
Les journaux ont de plus en plus de difficultés à financer le vrai travail journalistique d’enquêtes et d’investigations sérieuses. Un journaliste a aussi ” à sa disposition des millions de documents” et a ” beaucoup de peine à savoir par où commencer”… Le métier de journaliste tourne à la compilation des autres sources d’informations, décuplées en nombre par leur accessibilité via Internet, où l’on déniche en quelques secondes tous les faits (vrais et faux), tous les arguments possibles et imaginables (la nébuleuse des “justifications”).
La hiérarchisation des informations est toujours possible, mais au gré… du hasard d’Internet et de la nécessité de faire court et rapide. La pro-duc-ti-vi-té…

en gare de valence... - HDRphoto

De leur côté, les décisions politiques sont de plus en plus des réponses techniques, quasiment en temps réel de la médiatisation des problèmes qui (et lorsqu’ils) apparaissent dans les médias. Moins on a pouvoirs, plus on communique…
Curieusement, par exemple, (et sans optique partisane partisane - ce serait probablement la même chose avec tout-e autre président-e), on entend beaucoup dire que le gouvernement et le président français actuels réagissent au quart de tour sur l’actualité, par des mesures et décisions techniques, sur tous les sujets, dix fois par semaine, sans qu’on perçoive quelle est la vision politique globale qui sous-tend ces décisions.
Autrement dit, ils ont quasiment tous les pouvoirs, et tous les grands groupes médiatiques dans la poche, mais on ne sait toujours pas où on va…

Mais pour en revenir à l’information, celle du grand-public, la douche quotidienne d’informations factuelles, de commentaires, et de diversions des vrais problèmes vers la “pipolisation”, donne le sentiment d’être obligé de “faire les poubelles”.
(Qui donc disait : “ Je ne lis les journaux qu’avec 8 jours de retard, pour savoir ce qui était faux, incomplet ou biaisé, et que je n’aurais pas perçu comme tel en les lisant le jour même de leur parution” ?).
Sans compter les billets de commentaires, qui sont très souvent de simples exercices de style destinés à valoriser la signature…
N’oublions jamais le destin des journaux le lendemain de leur parution…

Preparation papier journalphoto

De manière accessoire, on peut aussi mentionner la tendance, toute récente, dans certains médias, à “l’interactivité des lecteurs et auditeurs dans l’élaboration des informations“.

Exemple (article du “Temps”-Suisse du 30 mai 2008) : la Radio Suisse Romandesollicite son auditoire, à requiert ses compétences et ses informations. Les émissions d’information ont été repensées pour encourager cette interactivité, pour fonder cette nouvelle alliance.
Mais les premiers résultat de ce “journalisme citoyen” sont, semble-t-il, décevants, en nombre de réactions du public. Ce que le directeur de l’information, Patrick Nussbaum commente ainsi : ” Nous sommes au début d’une démarche de longue haleine. Et peu importe à la limite le nombre d’interventions : elles sont de qualité, c’est ce qui nous importe.(…) Il ne faut pas surestimer l’apport de cette interactivité, qui peut facilement avoir un côté bling-bling. Nous sommes dans une société qui adore son nombril et donner son opinion sur tout. Regardez les blogs : 98 % sont inintéressants” (sauf celui-ci… hi,hi!).

Ce à quoi un ancien journaliste de cette même Radio Suisse Romande répond : ” Cette drague de l’auditeur, ces constants appels du pied du genre ” votre opinion nous intéresse ” reviennent à castrer le journalisme.(…) Je refuse d’être un concierge qui gère une plate-forme d’opinions diverses.”(Je m’insurge) “devant le fait d’être un journaliste dont la fonction première ne serait plus que de mettre en ondes ou en page les géniales contributions citoyennes. Je ne veux pas être un passe-plat !”

L’article du “Temps” donne la référence d’un site américain spécialisé dans le journalisme participatif : www.journalism.org qui analyse cette “déception” (beaucoup de répétitions, peu d’informations nouvelles ou vérifiables, nécessité de filtrer,etc…).

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Il y aura toujours de la place pour de vrais journalistes, mais, sachant qu’il est de bonne salubrité mentale de lire aussi les journaux avec lesquels on sait qu’a priori on n’est pas d’accord, que ne faut-il pas, grands dieux, éplucher comme forêts de papier pour trouver une vraie information et un vrai commentaire !!!

Mais alors,
quelle sera la méthodologie des historiens
sur l’époque actuelle ???

'Le Penseur' photo

PS : Autres billets de ce blog sur les medias :

” Le bourrage par le conditionnel “

” Le journal “Ouest-France” distribué en prison “

” Canulars télévisés “

” Les gratuits, la bê(tis)e humaine et les ados “

” Si j’avais eu vos médias…”



” Peu de paroles suffisent au sage …”

27.05.08

” Peu de paroles suffisent au sage, même dans un vaste sujet.
Saisir l’à-propos est, en toutes choses, le plus grand mérite. “

(Pindare - V ème siècle avant J.C).

Au hasard d’une brocante à la Porte de Châtillon, à Paris, l’Abrincate a déniché, pour la modique somme de un euro, un ” Dictionnaire de citations du monde entier, dans une vieille édition datant de 1979. Il y a découvert des petits diamants d’écriture, où des auteurs, connus ou inconnus, anciens ou modernes, parviennent à résumer, avec une extraordinaire économie de mots, des sommes de réflexions et d’expériences humaines. Et comme chacun sait, cela prend du temps de faire court… En voici une sélection parfaitement subjective, et en vrac, faute de temps pour les classer … mais le faudrait-il ? Chacun-e peut picorer à volonté (chaque photo illustre la citation qui la suit) :

” Je déteste l’humanité et toutes les abstractions de ce genre, mais j’aime les humains. Ceux qui aiment l’humanité détestent en général les personnes.” (Roy Campbell)

” L’amour de l’humanité est une abstraction à travers laquelle on n’aime guère que soi.” (Dostoïevski)

” Les êtres auxquels nous servons de soutien, sont pour nous un appui dans la vie.” (M. Von Ebner-Eschenbach)

” Mon humanité consiste à sentir que nous sommes voix de la même pénurie”. (J.L.Borgès)

” La solitude rend sensible, non étranger, à autrui.” (M.Valtari)

” Un seul don : connaître les gens par instinct.” (V.Woolf)

De leurs ennemis les sages apprennent bien des choses.” (Aristophane)

” Je n’ai pas assez de foi dans la nature humaine pour être anarchiste.” (J.Dos Passos)

” Gloire aux Français ! Ils ont travaillé pour les deux plus grands besoins de l’humanité : la bonne chère et l’égalité civile.” (Heinrich Heine)

Concert pour les Droits de l'Homme / ONU / Ile Verte Les Humains Associés

” Le progrès de l’histoire d’une nation est, en fin de compte, le produit de la noblesse de coeur de ses simples citoyens, hommes et femmes. ” (Reine Elizabeth II - 1954)

” En général, on donne plus facilement l’aumône à un misérable qu’un salaire honorable aux travailleurs.” ( L. Kassak)

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” La poésie est à la fois une cachette et un haut-parleur. “ (Nadine Gordimer)

” Il en est d’un poème comme d’un vitrail : qui veut voir dans l’église en restant sur la place n’a devant lui que ténèbres opaques.” (Goethe)

” Toutes les choses ont leur mystère, et la poésie, c’est le mystère de toutes les choses. “(M. de Unamuno)

” Les hommes éveillés n’ont qu’un monde, mais les hommes endormis ont chacun leur monde.” (Héraclite)

” Il n’est personne, fut-on jusque là sans culture, qui ne devienne poète quand de lui Amour s’est emparé.” (Platon)

” La peinture est une poésie qu’on voit au lieu de l’entendre, la poésie une peinture qu’on entend au lieu de la voir “. (L. De Vinci)

” Je ne recherche certainement pas l’universalité. J’ai assez à faire pour écrire cette foutue pièce.” (H.Pinter)

” Le talent se développe dans la retraite : la caractère se forme dans le tumulte du monde.” (Goethe)

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” Les homme sont comme les horloges : bons, ils servent très longtemps; mauvais, personne ne peut les réparer.” ( M. Aub)

” Un auteur n’existe que lorsque tous ceux qui le souhaitent peuvent le lire indépendamment de leur formation ou de leurs privilèges.” (Heinrich Böll)

” La misère n’est sinistre que parce qu’elle n’est pas générale. “ (L. Scutenaire)

“Les conséquences de ce qu’on ne fait pas sont les plus graves.” (M. Mariën)

” Coeurs durs et cerveaux ramollis vont de pair.” (J. MacNaughton)

” Il est plus difficile d’être un héros pour son valet que pour son biographe. “(J. Dafoe)

” En faisant une promesse, on contracte une dette. “ (R.W. Service)

” Pour obtenir quelque chose d’un gouvernement, il suffit de le mettre dos au mur, de le prendre à la gorge, et on a tout ce que l’on veut.” (A. Macphail)

” Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. “ (A. Césaire)

” On peut enlever un général à son armée, mais non à un homme sa volonté.” (Confucius)

” On cherche le bien sans le trouver, et l’on trouve le mal sans le chercher.” (Démocrite)

” Plus on est riche, plus on est chiche; et plus on est chiche, plus on devient riche. “ (Lu Xun)

” La langue est un sabre qui peut transpercer le corps. “ (Prince Yon-San)

” Les mots peuvent ressembler aux rayons X si l’on s’en sert convenablement - ils transpercent n’importe quoi. “ (A. Huxley)

” Interroger, c’est enseigner. ” (Xénophon)

” Ce qui persuade, c’est le caractère de celui qui parle, non son langage. “ ( Ménandre)

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” S’introduire comme un rêve dans l’esprit d’une jeune fille est un art…” (S. Kierkegaard)

” Si je viens à te prendre en rêve, tu es mienne, car il n’est de plaisir qui ne soit figuré.” (J. Donne)

” Les souvenirs vibrent comme des îles lointaines.” (P.Saarikoski)

” L’homme qui perd l’honneur à cause du négoce, perd le négoce et l’honneur.” (Fr. de Quevedo)

” Les délinquants font moins de mal qu’un mauvais juge.” (F.de Quevedo)

” Quand l’Histoire se charge de faire du théâtre, elle en fait du bon.” (M.J.de Larra)

” Heureux ceux qui ne parlent pas, car ils s’entendent. ” (M.J.deLarra)

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L’horizon est dans les yeux, non dans la réalité.” (A.Ganivet)

” Il suffit de regarder une chose avec attention pour qu’elle devienne intéressante.” (E.D’Ors)

Paris

” Les foules sont exigeantes avec l’art : elles exigent ce qui n’exige rien d’elles.” (K.Marjanen)

” La vérité souffre davantage de l’emportement de ses partisans que des arguments de ses opposants.” (W.Penn)

” Trois déménagements valent un incendie.” (B. Franklin)

” Si vous voulez savoir la valeur de l’argent, essayez-donc d’en emprunter.” (B. Franklin)

” Les petites annonces contiennent toute la vérité que l’on puisse trouver dans un journal.” Th. Jefferson)

” Les grands principes parviennent rarement à ne pas créer l’injustice dans les cas particuliers.” (J.F. Cooper)

” La pauvreté n’enlève de noblesse à personne, la richesse oui.” (Boccace)

” La seule façon de se faire un ami est d’en être un.” (R.W. Emerson)

” Il vaut mieux te parler à l’auberge en secret qu’aller prier sans toi au pied du minaret.” (O. Khayyam)

” On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps.” (attribué à A. Lincoln)

Une multitude est sans doute plus facile à leurrer qu’un seul homme.” (Hérodote)

” La différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération.” (J.F. Clarke)

Honoré Victorin Daumier

” Plus un personnage a de pouvoir, plus il devient caricature. ” (L. Anderson)

” Parlez doucement, et tenez un gros bâton, vous irez loin.” (Th. Roosevelt)

” La paix ne corrompt pas moins que la guerre ne dévaste.” (J. Milton)

” A la guerre, l’occasion n’attend pas.” (Thucydide)

” L’objet de la guerre, c’est la paix.” (Aristote)

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” On ne connaît jamais la vraie raison d’une guerre avant que tous ceux qui l’ont faite soient morts.” (E.M. Forster)

” Les hommes ne sont jamais aussi dangereux que quand ils se vengent des crimes qu’ils ont commis eux-mêmes. ” (S. Marai)

” On fait la guerre quand on veut, on la termine quand on peut.” (Machiavel)

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” Un réactionnaire est un somnambule qui marche à reculons.” (F.D. Roosevelt)

” Il faut perdre la moitié de son temps pour pouvoir employer l’autre.” (J. Locke)

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” Il ne faut pas oublier avec quelle rapidité les visions du génie deviennent des mets en conserve pour intellectuels.” (S. Bellow)

” Le plus sûr moyen de cacher aux autres les limites de son savoir est de ne pas les dépasser.” ( G. Leopardi)

” Souvent on filtre un moustique, tout en avalant un chameau.” (M. Agricola)

” L’homme n’atteint pas tout ce qu’il espère. Le vents ne soufflent pas au gré des voiliers.” (Zahiri de Samarcande)

” C’est la présence qui fait le silence d’une chambre.” (H.D. Thoreau)

” Un classique est un livre que tout le monde veut avoir lu, et que personne ne veut lire.” (M. Twain)

” Aucune généralisation n’est totalement vraie, même pas celle-ci.” (O.W. Holmes Jr)

” L’employeur met son argent dans les affaires et l’ouvrier y met sa vie. Le second a tout autant le droit que le premier de diriger ces affaires.” (C. Darrow)

” Dans une cohue, on ne peut penser qu’à ses orteils.” (L. Viita)

” Les idées sont comme les gros billets. Si tu les montres, on te les vole.” (K. Tuukkanen)

” La mer est aussi profonde dans le calme que dans la tempête.” (J. Donne)

Ce que les hommes veulent en fait, ce n’est pas la connaissance, mais la certitude.” (B. Russell)

” Chacun parle de l’opinion publique, entendant par là l’opinion publique, moins la sienne.” (G. Chesterton)

” Nous pourrions bien nous apercevoir un jour que les aliments en conserve sont des armes bien plus meurtrières que les mitrailleuses.” (G. Orwell)

Et comme disait Mark Twain :

” Dans le doute, dites la vérité ” …

Mark Twain and IDialogue avec Mark Twain

PS - Autres billets de ce blog avec citations choisies :

” Des petits diamants pour respirer “

” Une pause avec Woody Allen “

” Humour en bref et en vrac (1) “

” Petites pensées printanières “

” Humour en bref et en vrac (2) “

” Petits diamants de lecture (2)”

” Humour en vrac et en bref (3) “

” Sagesse, proverbes et dictons africains “

” Humour en bref et en vrac (4) “

” Coluche inépuisable “


Le néo-colonialisme : un spectacle toujours renouvelé ?

23.05.08

Dans le “Monde” du 10 mai 2008 :

” L’Allemagne redoute une pénurie massive de main-d’oeuvre : à l’horizon 2020, 2,4 millions de personnes pourraient manquer sur le marché du travail”.(…) ” L’enquête se fonde sur un taux de croissance de 1.7 % par an.“(…) ” Dans le cas d’une croissance plus dynamique, au tour de 3 % par an (c’est) le scénario-catastrophe : près de 6,1 millions d’emplois (qui) risquent alors d’être non pourvus.”(…)
” La pénurie touche surtout le personnel qualifié :
(…) ingénieurs, informaticiens et techniciens.(…) ” Même le relèvement à 67 ans de l’âge de la retraite qui doit s’échelonner entre 2012 et 2029(?) ne semble pas pouvoir enrayer la tendance.” (…)
Il est suggéré “d’augmenter le taux d’activité des femmes, des jeunes et des seniors” et il est préconisé “des investissements massifs dans l’éducation afin d’élever le niveau de qualification” (…) des jeunes diplômés et des travailleurs plus âgés.”
“Le gouvernement (allemand) a commencé à prendre la mesure du phénomène. A l’automne, les restrictions imposées aux ressortissants des nouveaux pays membres de l’UE ont été levées pour certaines catégories d’ingénieurs. Mais la grande coalition souhaite malgré tout interdire jusqu’en 2011 l’accès à son marché du travail au gros des habitants d’Europe de l’Est.”

Questions :

6,1 millions d’emplois non pourvus en cas de croissance à 3 % par an à l’horizon 2020, cela représente plus du quart de la population active actuelle de l’Allemagne.
On n’est donc pas dans un déficit marginal.
Le déficit de main d’oeuvre concerne les ingénieurs, informaticiens et techniciens.
Mais comme il n’est pas prévu d’ouvrir le marché du travail au “gros des habitants d’Europe de l’Est“, où va-t-on aller les chercher ? En Inde ? Dans les pays du Sud où, dès qu’une partie de la population passe du stade de pauvre au stade de classe moyenne, il est urgent de s’exiler dans les pays riches ?
On pompera ainsi les compétences de pays pays pauvres (sans avoir financé leur formation initiale) alors qu’en même temps, on maintiendra fermées les frontières des pays devenus membres de l’Union Européenne, pourtant conçue comme un “grand marché ” avec “libre circulation des personnes” ?
Was ist das ?

Si les postes à pourvoir sont des postes qualifiés d’encadrement, d’ingéniérie, de planification, etc, qui donc remplira les postes d’exécution : les plombiers, les manoeuvres d’entretien, les gardiens de nuit, les cuisiniers, les cantonniers, toutes tâches que nos jeunes générations ne veulent plus faire, et pour lesquels des immigrés accepteront d’être sous-payés ?

On se retrouvera avec un melting-pot de gens qualifiés dans nos pays, avec des immigrés, clandestins ou non, pour les tâches non gratifiantes, tandis que les pays pauvres verront partir leurs cerveaux, et la population “restante” survivra sur place comme elle pourra, dans un développement qui ne décollera jamais.
Le néo-colonialisme est un spectacle toujours renouvelé ?

De toute façon, on peut parier que, dès que les milieux économiques réaliseront que le croissance, dans nos pays, est impossible sans une immigration massive, leurs lobbies feront en sorte que les politiques tiendront un discours d’ouverture résolue et planifiée pour une éviter l’effondrement de l’économie…

Ou bien ???

Grève des sans papiers pour leur régularisationSource photo

Sans lien direct avec les opinions exprimées ci-dessus, mais pour contribuer utilement à la réflexion, une étude canadienne, publiée par l’IFRI en 2005, et rédigée par Mme Denise HELLY, apporte quelques éclairages comparatifs sur l’expérience canadienne et sur la problématique européenne, dont on extrait ici quelques orientations positives possibles :

” 1 - La lutte contre les discriminations directes, indirectes et systémiques est cruciale : des programmes de discrimination positive en matière d’emploi dans les secteurs public et para-public sont incontournables pour compenser la marginalisation socio-occupationnelle des immigrés et de leurs descendants et enclencher leur mobilité sociale.(…)

2 - Le discours gouvernemental et les mesures politiques contre le racisme et la xénophobie occupent une place fondamentale dans la lutte contre ces derniers : l’appareil d’Etat doit être le premier à faire prueve d’autorité en la matière et promouvoir la socialisation des fonctionnaires à la diversité et le recrutement des membres de minorités ethniques.(…)

3 - Les démarches en vue de l’acquisition de la citoyenneté doivent être facilitées : cela constitue un acte de reconnaissance capable de développer une allégeance à l’égard de l’Etat.”(…)

4 - ” L’école publique est importante car elle est le lieu du discours antiraciste et anti-xénophobe et du dialogue entre les parents immigrés et les enseignants qui sont natifs en majorité.”(…)

5 - ” L’action du multiculturalisme auprès des organisations communautaires ethniques (est) essentielle : (elle permet) “ des liens suivis entre fonctionnaires et dirigeants d’organisations ethniques ainsi que par le financement des ONG et par des interventions auprès des agences para-publiques et des médias ou encore par des organisations promouvant des activités inter-groupes. Elle a permis une adaptation et une insertion plus aisée des immigrés, comme le contrôle des élites ethniques, fortement ou entièrement dépendantes du financement public. Elle n’a nullement détruit le ” lien social “, généré par des ” enfermements ethniques ” ou hypothéqué l’allégeance des minorités ethniques à l’Etat canadien.
Au contraire, elle est parvenue à consolider cette dernière selon les enquêtes et sondages existants et elle a permis à des groupes sans capital financier ni expertise professionnelle importante
(…) d’offrir des services et de se défendre contre le racisme.(…)


Que faire avec la junte birmane ?

14.05.08

La civilisation est dans les peuples,
la barbarie est dans les gouvernants.

Cette barbarie est-elle voulue ?
Non : elle est simplement professionnelle.
Ce que le genre humain sait, les gouvernements l’ignorent.
Cela tient à ce que les gouvernements ne voient rien
qu’à travers cette myopie, la raison d’état ;
le genre humain regarde avec un autre oeil,
la conscience.”
(Victor Hugo - 1876)

Nature's Fury (7200 x 5600 pixels)

Au jour et à l’heure de ce billet, on estime à 35 000 le nombre de morts, et à plus d’un million et demi de personnes la population sinistrée après le passage du cyclone Nargis, il y a maintenant 13 jours.” Les diplomates occidentaux ” estiment que le bilan sera de 100 000 morts. (Quels sont leurs éléments d’évaluation ?)

Et depuis 13 jours, la junte birmane refuse, non pas l’aide internationale, mais l’arrivée d’équipes étrangères pour l’évaluation de la situation et les distributions d’urgence. Progressivement, le gouvernement birman autorise certains avions à se poser à Rangoon, mais refuse toujours de délivrer des visas aux représentants d’organisations étrangères : Agences des Nations Unies, aides bilatérales, organisations non-gouvernementales.

La junte birmane, dont le chef, dit-on, n’a qu’”une considération limitée pour le reste de la planète (Le Monde, 14.05.0 8) et dont le dernier symptôme d’orientation idéologique remonte aux années 1980, sous forme de “voie birmane vers le socialisme“, portera ainsi la responsabilité d’un nombre de morts équivalent au double ou au triple du chiffre provisoire, par manque d’aide humanitaire.
Mais bien sûr il n’y aura pas de preuve, puisqu’une bonne partie de la population, notamment enfantine, était déjà modérément à sévèrement malnourrie avant le cyclone.

Voilà un régime militaire de “kleptocrates” (le pouvoir aux voleurs) qui, depuis des décennies, pompe et vole systématiquement toute la richesse produite par une partie de la population soumise, à grande échelle, au travail forcé : il faut relire les semonces formulées, depuis des années, dans un langage inhabituellement sévère, par l’Organisation Internationale du Travail (en français), pour se rendre compte que la Birmanie est véritablement le “mouton noir” du système onusien d’évaluation des droits humains élémentaires.

Sans parler de l’enrôlement - à but lucratif - des enfants, dès l’âge de 10 ans, dans l’armée, selon un rapport détaillé publié par “Human Rights Watch” en octobre 2007. (version française)

Source photo

Faut-il donc accepter de livrer l’aide humanitaire internationale à ce type de régime ?

Si oui, on dira “c’est une honte” d’alimenter un régime au détriment de sa population.
Si non, c’est aussi une honte de ne pas “venir en aide à un pays meurtri”, au risque même de voir les pays étrangers et les agences onusiennes et les ONG accusées de “non-assistance à population en danger”.
Si l’aide humanitaire parvient directement aux populations par des moyens militaires, sans passer par le gouvernement, on hurlera à l’ingérence et à la violation de la souveraineté du pays, etc, etc…

Les lectures politiques sont toujours des équations fatales.

Comment y voir plus clair ?

- La situation géographique du désastre est telle que, de toute façon, que ce soit l’armée birmane ou les logisticiens, civils ou militaires étrangers, tous auront les plus grandes difficultés à donner une réponse rapide à la hauteur de l’ampleur de la tragédie.

Il ne s’agit pas là d’un argument de fatalité ou d’impuissance - une seule vie sauvée vaut la peine. Mais d’affirmer que l’aide gérée par des étrangers aurait été à la hauteur est probablement quelque peu présomptueux.
Il suffit de voir les photos-satellites (“avant-après“)

- Au fil des catastrophes naturelles des dernières décennies, il y a une expertise internationale d’intervention d’urgence - toujours perfectible - non seulement en termes d’approvisionnement en nature et en espèces, mais aussi en termes de coordination.
A l’heure de la mondialisation, il devrait être considéré comme élémentaire que des procédures internationales se mettent en oeuvre avec la rapidité et les volumes nécessaires, tant pour l’évaluation initiale des dégâts que pour l’intervention elle-même, et son évaluation ultérieure.
L’humanitaire ne peut se réduire à ses enjeux politiques : c’est d’abord une capacité technique internationale. Elle existe, mais sa mise en oeuvre reste un enjeu politique pour des régimes qui s’isolent de la communauté internationale, par paranoïa, ou par interprétation mal placée de leur souveraineté.

- Le gouvernement du pays affecté doit participer à la coordination générale :il se trouve, théoriquement, le mieux placé

- pour évaluer les dégâts;
- pour exiger de savoir qui vient pour faire quoi ;
- pour exiger aussi la transparence des actions menées.

- Le destin veut que quelques jours après ce cyclone en Birmanie, un tremblement de terre frappe la Chine : le gouvernement tient le même discours que la junte birmane, en acceptant l’aide internationale mais exclut la présence de personnels étrangers de secours.
Franchement, avons-nous la même sévérité spontanée avec la Chine qu’avec la Birmanie ?
Non, parce que le pouvoir chinois a , pour la première fois, été transparent sur l’ampleur du désastre… quoique transparent dans “sa” communication. On a pourtant lu dans le journal pékinois “Xinjingbao” que “l’efficacité des secours tient en grande partie à la liberté de l’information “ (”Le Temps”, 14.05.08). Et - fait nouveau - plusieurs radios et télévisions étrangères diffusent des reportages en direct du lieu de la catastrophe.
On aurait aussi tendance à plus d’indulgence grâce à l’impression que (vu de loin…) le régime chinois maîtrise les services publics, à commencer par l’armée qui, en Chine comme ailleurs, est la seule force organisée capable de développer les moyens logistiques nécessaires.
Et pourtant, des compétences humaines étrangères pourraient faire la différence, en volume si ce n’est en qualité de travail, ne serait-ce, peut-être, que pour quelques centaines ou milliers de vies sauvées dans cette course contre la mort.

- Le fondement d’une critique justifiée n’est donc que l’expression du bon sens : on ne peut reprocher à un médecin la mort de son patient, mais on peut lui reprocher de ne pas avoir mis tous les moyens en oeuvre pour le sauver.
La déontologie humanitaire participe du même principe : une victime de cyclone ou de tremblement de terre est une victime, un point c’est tout.

Et en l’occurrence, en quoi les chiens renifleurs de spécialistes japonais, américains, thaïlandais ou guatémaltèques constituent-ils une menace politique pour le gouvernement chinois ?

- Il y aurait aussi moins de problèmes sous cet angle si les agences onusiennes et les organisations non-gouvernementales se donnaient les moyens de faire le ménage pour ne pas ouvrir les portes à quantité d’acteurs privés, comme l’Arche de Zoé au Tchad ou l’Eglise de Scientologie - comme on l’a vu en Indonésie au moment du tsunami.
Un système d’accréditation devrait être instauré pour les interventions dans les futures catastrophes naturelles. Après tout, feu le Haut-Commissariat aux Droits de l’homme des Nations Unies avait institué depuis des décennies un système d’accréditation des ONG désirant participer à ses travaux.

- Pour éviter autant que possible que le droit de veto au Conseil de Sécurité ne soit un obstacle à la rapidité de la réponse aux catastrophes naturelles, il devrait être constitué un ” Conseil de Sécurité Humanitaire ” (à décision prise à la majorité des deux-tiers, sans droit de veto), composé d’Etats-membres des Nations Unies (par roulement, comme dans le nouveau Conseil des Droits de l’homme) auquel participeraient de plein droit une sélection d’organisations non-gouvernementales à dimension internationale qui ont fait la preuve de leur compétence en matière d’évaluation de situations.
On pourrait y ajouter un mandat international de prévention, au sens où la liste s’allonge des situations où les ONG internationales ont maintes fois alerté la “communauté internationale” de la gravité d’une situation - hormis les catastrophes naturelles, par définition imprévisibles.
Ce “ Conseil de Sécurité Humanitaire “, composé équitablement de pays et d’ONG représentatifs des différentes régions du monde et des niveaux divers de développement, permettrait d’éviter le procès d’intention d’intervention occidentale ou de pays riches dans des pays pauvres non-occidentaux. Il faut définitivement sortir de ce procès d’intention.

Les instruments juridiques internationaux sont une forme de mondialisation, devant lesquels tous les pays sont juridiquement égaux et peuvent saisir les instances d’investigation, en vertu non pas de considérations géo-politiques, mais de critères négociés, adoptés et ratifiés par les pays membres des Nations Unies.
Par ailleurs, dans tous les pays, sauf ceux qui constituent désormais des exceptions, l’éclosion de la société civile (initiatives associatives, dont l’extension est inévitable par le développement d’Internet) fait apparaître des compétences nationales réelles, en marge des gouvernements, dont de moins en moins peuvent prétendre avoir le monopole de l’information.
Les capacités d’analyse de situations et d’intervention, face aux instruments juridiques internationaux, n’est plus le monopole des seules “grandes ONG internationales” - celles-ci s’alimentant d’ailleurs de plus en plus des informations fournies par les ONG nationales.
Avec les textes internationaux sur les droits humains, nous avons les outils ; avec les compétences humaines et professionnelles qui se développent dans tous les pays, les ouvriers sont de plus ne plus nombreux et ne sont plus le monopole de l’Occident.

Et donc, la “communauté internationale“, si elle se veut démocratique, devrait instituer, au niveau international une représentation des peuples constituée d’une part d’un collège d’élus par les Parlements des Etats membres et d’autre part d’un collège d’acteurs confirmés (par accréditation) de la société civile, afin de ne plus laisser l’alerte, l’évaluation initiale, la décision d’intervention, la mise en oeuvre et l’évaluation finale des opérations de secours aux seuls Etats, mais sans que ceux-ci ne considèrent ce mécanisme comme une ingérence dans leur souveraineté.
Il faut inventer un système international qui ne prétende aucunement se substituer aux Etats, mais qui soit leur interlocuteur crédible, par sa légitimité et sa compétence reconnues.

- Toute contrainte juridique suppose contrôle et si nécessaire, sanction.
Il n’y a - sauf erreur - aucune procédure de sanction efficace contre des gouvernements qui laissent sciemment leur population dans l’abandon total, c’est à dire avec risque vital, en dehors-des conflits armés, hormis la condamnation morale internationale ou par des communiqués des institutions internationales relatives aux Droits de l’Homme, ce qui ne gêne personne. Les embargos, blocus ou sanctions économiques (voir les définitions de ces termes) n’ont souvent eu que des effets limités : la réaction nationaliste n’en est que plus forte, et toute interdiction dans ce domaine consiste le plus souvent à faire monter les prix de sa transgression (même les embargos sur les armes n’empêchent pas de livrer les pièces détachées des précédents contrats…).

Se pose alors la question de la justiciabilité des Droits de l’Homme.

Bien qu’il ne s’agisse que de droit pénal international, le Statut de Rome(version française) qui décrit le fonctionnement de la Cour Pénale Internationale, prévoit la poursuite nominative des personnes, dans l’exercice de leurs fonctions étatiques uniquement dans le contexte des conflits armés : “crime de génocide“, “crime de guerre“, “crime contre l’humanité ” - en attendant la définition du “crime d’agression“.

On rappelera d’abord que la définition du ” Crime contre l’humanité ” n’est -sur le plan juridique- nullement réservé aux situations de conflits armés : l’esclavage, l’apartheid,etc… ont été officiellement qualifiés crimes contre l’humanité - même si cette qualification n’est jusqu’à présent utilisée que dans les procès de criminels de guerre, dont les charges incluent souvent les crimes contre l’humanité.
Le Tribunal Pénal pour l’ex-Yougoslavie a déclaré : ” C’est désormais une règle établie du droit international coutumier que les crimes contre l’humanité ne sont pas nécessairement commis dans le cadre d’un conflit armé international.”

Ensuite, le fait, pour un gouvernement, de ne pas mettre en oeuvre tous les moyens de sauver une population civile des conséquences d’une catastrophe naturelle, sans qu’il y ait conflit armé, est-il un crime contre l’humanité ?
Tous les juristes hurlent en choeur au risque de dilution de la gravité de cette qualification si on l’étend à une plus grande diversité de situation…
C’est une réserve compréhensible, mais quelle qualification faut-il “implorer” face à la mort sciemment assurée - et parfaitement prévisible - d’une partie de la population civile par incurie délibérée de son propre gouvernement ?

Pour mémoire, il faut savoir que le Statut de Rome stipule (Article 6 : crime de Génocide) :

” Aux fins du présent statut, on entend par crime de génocide l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie un groupe national, ethnique, racial ou religieux :
(…) ” c- soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique, totale ou partielle; (…)

Pour qu’un crime soit passible de la Cour Pénale Internationale , il faut donc qu’il y ait intentionnalité. Y a-t-il intentionnalité dans le cas de l’attitude de la junte birmane ?

On rappelera ici un extrait méconnu d’un jugement édicté par le Tribunal Pénal pour l’ex-Yougoslavie, dans son jugement du 25 juin 1999 (Affaire Zlatko Aleksovski) :

L’élément matériel du crime d’atteinte à la dignité des personnes requiert que la victime ait été à ce point humiliée que toute personne raisonnable serait offensée, et son élément moral, que l’auteur ait agi intentionnellement.
Pour ce qui est de ce dernier élément, il n’est pas nécessaire que l’auteur ait eu l’intention spécifique d’humilier ou d’avilir la victime, mais il doit avoir eu conscience que c’était là une conséquence prévisible et raisonnable de ses actes.”
(…)

La junte militaire birmane n’est-elle pas consciente que la mort de dizaines de milliers de personnes est une conséquence prévisible et “raisonnable” de ses actes ?
Pour parodier Victor Hugo (voir ci-dessous) : ” Laissez mourir six personnes, vous êtes un criminel ; laissez mourir 60 000 personnes, on arrive pour négocier…”

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En réalité, il y a deux concepts fondamentaux dont la signification est en jeu dans une telle situation :

1 - la notion de souveraineté : un Etat qui n’est pas capable d’apporter la preuve qu’il a fait son possible pour venir au secours de sa population victime d’une catastrophe naturelle n’est pas un Etat souverain. De même que la souveraineté de l’Etat du Kampuchéa ne pouvait être invoquée pour justifier le silence de la communauté internationale face au génocide des Khmers Rouges sur son propre peuple…
La souveraineté est invoquée de manière évidemment restrictive lorsqu’une dictature refuse qu’on se mêle de sa gestion intérieure. La souveraineté devrait être conçue non pas seulement comme contrôle de l’Etat sur un territoire et sa population, mais aussi en termes de respect des droits humains élémentaires, dont la survie de sa population … La souveraineté n’est pas seulement un concept utile, c’est aussi une responsabilité devant l’humanité toute entière. Ou bien ???

2 - La notion de sécurité humaine est devenue le slogan universel des Etats pour justifier la lutte contre le terrorisme (mais aussi comme prétexte contre la dissidence et autres formes d’opposition interne), et ne se définit donc implicitement que par les moyens que l’Etat se donne pour se protéger lui-même.
La sécurité humaine de la population civile implique donc aussi une responsabilité de l’Etat vis à vis de sa population en situation de survie, alors qu’il pourrait disposerait de moyens accrus face à une catastrophe naturelle de grande ampleur.

Dans ce débat, on conseillera très vivement de consulter le site du Centre de Recherche International pour le Développement (Canada) dont l’ouvrage La responsabilité de protéger” (texte intégral en français, en bas de la page d’accueil) est lumineux sur ces concepts de souveraineté et de sécurité humaine.

On nous rétorquera :
Tout cela est trop simpliste, la situation est très complexe…”

(…) “ Chicaner l’indignation publique, rien de plus misérable.
Les atténuations aggravent. C’est la subtilité plaidant pour la barbarie.”
(…)
Est-ce que le crime diminue en raison de son énormité ? Hélas, c’est en effet une vieille loi de l’histoire. Tuez six hommes, vous êtes (un criminel) ; tuez-en six cent mille, vous êtes César. Être monstrueux, c’est être acceptable.”(…)
Le moment est venu d’élever la voix. L’indignation universelle se soulève.
Il y a des heures où la conscience humaine prend la parole et intime l’ordre aux gouvernements de l’écouter.

L’avenir est un dieu traîné par des tigres.

(Victor Hugo - 1876)

Pantheon - Messagges to Victor Hugo

Messages à Victor Hugo au Panthéon (Source photo)


La “main invisible” est le problème, pas la solution.

10.05.08

Mr Olivier de Schutter, professeur de droit belge, a été nommé , le 26 mars, Rapporteur Spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation (en remplacement de Mr Jean Ziegler).
Il est interviewé par “le Monde” (03.05.0 8) :

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Question : “Quelle sera votre première initiative pour faire face à la crise alimentaire ?

” Je vais recourir à l’”option nucléaire” en demandant une session spéciale du Conseil des Droits de l’homme. (…) Il s’agit de mettre les droits économiques et sociaux à égalité avec les droits civils et politiques.(…) Le Conseil ne peut rester silencieux. J’espère qu’il trouvera sur ce dossier l’unité qui fait défaut ailleurs.

D’avance merci.
Cela fait quarante ans que les ONG le demandent.

Question : La communauté internationale a-t-elle été prise de court par les émeutes de la faim ? “

” Oui, et c’est inexcusable. Beaucoup criaient dans le désert depuis des années pour qu’on soutienne l’agriculture dans les pays en développement. Rien n’a été fait contre la spéculation sur les matières premières, prévisible, depuis qu’avec la chute de la Bourse, les investisseurs se repliaient sur ces marchés. On paye vingt années d’erreurs.(…) L’agriculture industrielle, fondée sur des intrants coûteux, montre ses limites.”

Vingt ou quarante années d’erreur ? Mais aussi d’insultes et de procès en irresponsabilité des militants d’ONG…

Question : ” Faut-il blâmer les institutions financières internationales ? “

Oui. Pendant vingt ans, elles ont gravement sous-estimé la nécessité d’investir dans l’agriculture - la Banque Mondiale l’a reconnu fin 2007 (”vieux motard que jamais“…). Et les plans d’ajustement structurel du FMI ont poussé les pays les plus endettés (…) à développer des cultures d’exportation et à importer la nourriture qu’ils consommaient. Cette libéralisation les a rendus vulnérables à la volatilité des prix.”

Eh, oui… on lit ces analyses, jusqu’à en vomir, depuis quarante ans, dans “Le Monde Diplomatique” comme dans quantité de revues militantes. Mais, bien sûr, ces scribouillards n’étaient que des militants extrêmistes de gauches, hystériques et irresponsables, qui ne comprennent rien à l’économie, n’est-ce pas ???

Question : Le pire est-il passé ? “

(…) L’ère de la nourriture bon marché est derrière nous. Les acteurs internationaux sont mobilisés et je pense qu’on parviendra à éviter la famine. Mais la malnutrition, qui a un impact considérable sur le développement des enfants, est à redouter. Les pauvres en milieu urbain et les populations des pays importateurs de nourriture seront les plus touchés.”

Relisez donc ce que des myriades d’ONG humanitaires ou de développement ont écrit depuis quarante ans dans leurs feuilles miltantes.
Relisez ou ré-écoutez aussi ce que les politiques ont répondu pendant la même période.

Question : Le marché alimentaire va-t-il s’auto-réguler ?”

” La “main invisible” n’est pas la solution, c’est le problème.
J’étudie des mécanismes de taxations des mouvements spéculatifs
(…). Par ailleurs, un petit nombre d’entreprises, Monsanto, Dow Chemicals, Mosaic, détiennent les brevets sur des semences, des pesticides, des engrais, qu’elles peuvent vendre à des prix élevés pour les petits producteurs. Il faut réfléchir à une modification des règles de la propriété intellectuelle de ces entreprises, dont les profits explosent.” (Fin de citation)

Question subsidiaire :

Si l’on en juge par son Curriculum Vitae
on ne peut que se réjouir de voir le problème pris en mains
par un éminent professeur de droit
et militant de longue date, mais
combien de temps Mr Olivier de Schutter
va-t-il tenir dans ses analyses et dans ses fonctions
avant d’être viré ?

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Une savoureuse prophétie de mai 68

10.05.08

“Le Monde” a eu la bonne idée de re-publier ses “unes” de Mai 68 au jour le jour.

Dans l’édition du 6 mai, on trouve un des billets d’humeur quotidiens de Robert Escarpit, universitaire anglophile de l’époque - où l’on peut lire ceci :

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(…) Rien n’est moins révolutionnaire, rien n’est plus conformiste que la pseudo-colère d’un casseur de carreaux, même s’il habille sa mandarinoclastie d’un langage marxiste ou situationniste.

A vrai dire ce sont les jeunes gens en colère qui font les meilleurs mandarins. Les autres, qui veulent vraiment changer l’état des choses et bouleverser la règle du jeu, ont besoin de tout leur sang-froid et de toute leur énergie, surtout s’ils doivent ensuite continuer à désirer le changement.

Lorsque, dans dix ou vingt ans, Mr Daniel Cohn-Bendit et ses amis seront doyens, recteurs, ministres ou l’équivalent sous quelque autre nom, je leur souhaite d’affronter la révolte de leurs propres étudiants avec autant de modération qu’on en fait preuve à leur égard, aujourd’hui, à Nanterre.”

No comment.


Téléphone portable et porno …

4.05.08

Lu dans “ Le Temps ” (Suisse) à la date du 30.04.08 :

” Un écolier alémanique sur deux regarde des films pornos sur son Natel (téléphone portable suisse). Les garçons sont nettement plus amateurs que les filles, selon une étude de l’Université de Zurich, qui a interrogé 453 écoliers âgés de 12 à 16 ans.
La plupart des vidéos à caractère sexuel sont téléchargés sur Internet, mais un film sur six est tourné par les adolescents eux-mêmes ! Ces chiffres hélvétiques sont deux fois plus élevés que ceux relevés en Allemagne, comme le note l’hebdomadaire SonntagsZeitung.
Les 12-16 ans ont aussi l’habitude de regarder des scènes violentes, notamment des images mettant à mal des animaux.”

A la date du 26 avril, le quotidien “Le Matin” (Suisse) sur la même étude de l’Université de Zurich :

(…)“Et si on isole les garçons de la statistique, ils sont près de 63 % ; 8 % d’entre eux ont même avoué qu’ils regardent régulièrement des films classés X. Parmi les vidéos les plus demandées, celles qui mettent en scène des rapports sexuels avec des animaux. En deuxième position, on trouve les “e-bullying ” (avalanche d’images dégradantes non demandées par le destinataire), suivi, au troisième rang, par des clips montrant essentiellement des victimes torturées.”(…)

Il ne s’agit pas ici de jouer au grincheux “morali-moralo” : la curiosité, teintée parfois d’anxiété, des ados sur la sexualité est légitime.
Par ailleurs, le scepticisme est de rigueur sur la manière dont les médias rendent compte (et rédigent leurs titres d’articles) à partir des statistiques révélées par cette étude universitaire.

Mais, au-delà des statistiques, ces informations posent cependant plusieurs questions :

1 - La définition juridique d’un mineur est la “capacité relative de discernement” (”ne pas mesurer pleinement les conséquences de ses actes”) selon son âge et son degré de maturité, ce qui fonde l’existence même de la justice des mineurs.
La responsabilité pénale des parents et des écoles est-elle alors engagée ?
Qui dira donc aux ados que le fait de télécharger des documents pornographiques violents est répréhensible, au même titre que le téléchargement et la diffusion de vidéos pédophiles par des adultes sur Internet ?

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2 - Ne serait-il pas pertinent d’initier, dans les programmes scolaires, des cours d’initiation au fonctionnement et aux risques des nouvelles technologies, au même titre que, péniblement, les écoles se sont mises à éduquer les jeunes à l’utilisation critique de la presse ?

3 - Qu’est-ce qu’une société qui se targue de défendre “orbi“, les droits humains en luttant contre l’exploitation sexuelle et la torture dans tous les recoins de la planète, sans se préoccuper de ce qui se diffuse “urbi” c’est à dire chez soi, au coin de la rue, à l’école, voire à domicile ?
On juge scandaleux, dans d’autres cultures du monde, le mariage précoce comme étant, à juste titre, un viol de mineurs, mais quelle serait notre réaction si un-e militant-e africain-e ou asiatique des droits de l’enfant lançait un communiqué de presse à Zurich pour dénoncer la mise à disposition de films pornographiques violents sur les téléphones portables des mineurs ?

4 - Qu’est-ce qu’une société qui se targue de modernité en distribuant les outils technologiques les plus récents sans se soucier des “contenus” accessibles à ses propres “enfants-rois” ?

Sur d’autres aspects de ce problème, voir les billets précédents de ce blog :

“Les “gratuits”, la bê(tis)e humaine et les ados”
“L’enfant et l’argent”
(paragraphe sur les publicités bancaires envoyées sur les téléphones portables des ados)

Sites utiles de prévention à l’intention des parents et éducateurs :

Informations et tests des outils de filtrage des contenus sur internet(contrôle parental)
(Ass. “Action Innocence”)
Kit d’apprentissage sur la communication mobile pour les enseignants (Swisscom)

“Votre enfant et le téléphone mobile - Guide à l’usage des parents” (Ass. AFOM)


Mr. Sarkozy : quoi de neuf depuis un an ?

2.05.08

L’Abrincate s’étant engagé clairement pendant la campagne présidentielle de 2007 pour Mme Ségolène Royal, ce blog s’est tu pendant un an en considérant qu’ayant été élu démocratiquement, sans contestation possible, il fallait “faire avec” l’élu, et “voir venir“.

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Un Président c’est quoi ? Un homme-ou une femme, un programme, mais surtout une confrontation à la réalité, sachant qu’avec les institutions européennes et la mondialisation économique, la marge de manoeuvre d’un chef d’Etat et d’un gouvernement est étroite.
Surtout quand on répète à satiété que ” les caisses de l’Etat sont vides “.

Par ailleurs, la réalité, dans cette fonction, c’est aussi la responsabilité d’assumer la réalité, plus profonde, d’un continuum historique, fait de plaques tectoniques historiques au sein du peuple, d’une histoire collective, y compris d’un inconscient collectif , dont il faut tenir compte, soit pour conforter cette “volonté de vivre ensemble” (priorité à l’unité du pays) … soit pour les manipuler.

Le silence de ce blog pendant un an est aussi - au risque de paraître prétentieux - une sorte de retenue face à la quantité de prises de position, dont celles qui figurent dans nombre de blogs parfaitement futiles, vulgaires, non-argumentés, et donc inutiles. A quoi sert de répondre par la vulgarité à celle du pouvoir en place que l’on dénonce ? Match nul.

Mais en matière de vulgarité, hormis les gaffes de langage, on reste cependant perplexe devant la lancinante litanie des pages 2 du “Canard Enchaîné” où toutes les semaines, Sarkozy abreuve ses “conseillers”(”gorges profondes” ?) d’insultes aux membres de son gouvernement.
Toutes les semaines, beaucoup d’entre eux sont traités de “connards”, y compris cette semaine son propre Premier Ministre. Ou bien c’est de la fiction pure (ce qui n’est pas le genre du “Canard”, mais l’Elysée devrait démentir) ou bien ces insultes sont savamment distillées par les “conseillers” pour faire savoir aux concernés ce que “le Chef” pense d’eux.
Si, au bout d’un an, certain-e-s Ministres sont toujours des “connards”, pourquoi les garde-t-il ? N’est-ce pas lui qui les a choisis personnellement ?
Comment l’Elysée peut-il tout décider dans les moindres détails pour ensuite reprocher aux Ministres d’être “nuls” ? Puisque la mode est à la célébration de mai 68, on se souviendra des critiques faites à De Gaulle d’exercer un “pouvoir personnel” ? Qu’en est-il aujourd’hui ? En quoi y-a-t-il “rupture” par rapport à une pratique quasi-monarchique de tous les présidents précédents ?

L’épisode Cécilia-Carla , qui a occupé - et engraissé - les médias, relève du domaine privé que tout autre Président précédent aurait géré par deux ou trois communiqués de presse (Michel Rocard, alors Premier Ministre, avait fait un communiqué annonçant son divorce - ce dont, à juste titre, personne ne se souvient).

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Mr. Sarkozy a estimé important, après avoir commandité quantité de reportages complaisants sur ses déplacements privés avec sa nouvelle compagne, de déclarer en conférence de presse (janvier2008), devant 600 journalistes, qu’” avec Carla, c’est du sérieux“. Pitoyable. Tous les parents d’adolescents savent que rien que de le dire peut être interprété comme la crainte que ce ne soit pas si sûr…
Heureusement que la nouvelle épouse se comporte avec discrétion et dignité…

Sarkozy,Carla & PyramidsSource photo

Tous les grands communicants qui pensent qu’un peuple se dirige par des “story-tellings” devraient se dire le bon peuple est parfaitement conscient de “se faire rouler dans la comm…“.
Comme disait Coluche : ” Ils voudraient qu’on soit intelligents et ils nous prennent pour des cons… Ben, comment on fait, alors ?”

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En essayant de prendre un peu d’altitude, quelques réflexions :

1 - Une Présidence est d’abord perçue comme symbolique, qui signifie à la fois se reconnaître, en tant que Français, dans celui qu’on a élu (même si on n’a pas voté pour lui) tout en demandant aux actes symboliques de “signifier” le chemin dans lequel on engage la nation.
Certains premiers actes, symboliquement forts, ont été désastreux : le soir de l’élection, une bordée au Fouquet’s avec les copains et certains coquins (et Johnny Halliday, de retour de Gstaad en Suisse, comme porte-parole à la sortie) et une soi-disant fête à la Concorde avec Mireille Mathieu et Enrico Macias, ce qui donnait déjà une idée de la “rupture” annoncée.

Et un discours improvisé annonçant : je ne vous trahirai pas, je ne vous mentirai pas, etc…

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On sait ce qu’en pensent les français qui ont voté pour lui, un an après. Le pouvoir d’achat, les licenciements collectifs, le deuxième porte-avions (dont le refus, par Mme Royal, pendant la campagne électorale, l’avait fait traiter d’irresponsable), etc,etc…

D’autres actes ont eu leur poids de signification le jour de l’intronisation, l’hommage à Guy Mocquet, un arrêt devant la statue de De Gaulle, un discours volontariste pendant les cérémonies, l’hommage au Plateau des Glières, etc…

Mais depuis…

L’annonce d’un “paquet fiscal” dont on reconnaît, un an après, qu’”on n’a pas su l’expliquer” : à quoi cela sert-il donc d’avoir tous les patrons de médias dans sa poche, ou au bout du fil à toutes heures du jour et de la nuit ?

La création d’un Ministère de l’Immigration, de l’Identité Nationale et du Développement.
En quoi un quota de 25 000 expulsions par an est-il un élément d’une politique de développement ?
(On aimerait savoir la proportion d’expulsions en 2007 dans les DOM-TOM, sur le chiffre global des 25 000 ?) A-t-on entendu parler d’une seule décision - ne serait-ce que d’une seule phrase d’orientation stratégique - du sieur Hortefeux, titulaire du poste, en matière de développement ?

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Que signifie la méthode gouvernementale consistant à dire : ” on doit tailler dans le vif dans quantité de domaines et simultanément “ ? Comment interpréter le discours : vous avez deux mois pour négocier et aboutir, sinon on décidera par la loi ” ?
Prendre tout le monde de court, compte tenu de l’accumulation des conservatismes, des corporatismes, des pesanteurs en tous genres ?
Où est la “rupture” quand visiblement on n’a pas encore compris qu’une démocratie moderne est participative pas seulement représentative ?
Comment ne pas se souvenir, avec nostalgie, de la méthode Rocard sur quantité de sujets : la Nouvelle-Calédonie, la Contribution Sociale Généralisée ou la privatisation d’Air France ?

Pourquoi ne pas comprendre, une bonne fois pour toutes, que le peuple français n’est pas plus bête que les autres et qu’il peut accepter des réformes dès lors que les Français y ont été associés et qu’ils sont prêts à faire des sacrifices dès lors qu’ils ont le sentiment de justice ?

A quoi cela sert-il de se gausser de la baisse du chômage en ignorant que les dernières études montrent une augmentation de la pauvreté parmi les salariés ?. Peu importe que les gens gagnent 700 euros par mois (pour une personne seule, soit près de 4 millions de personnes aujourd’hui), l’essentiel (pour la Comm…) est qu’ils ne soient plus dans les statistiques du chômage…

Qu’y a-t-il réellement depuis un an qui constitue véritablement une rupture - vers une amélioration de quoi que ce soit, sur le fond d’une politique comme sur la forme et la méthode ?

On répétera, pour la X… ème fois dans ce blog, l’adage :
” Qui vit par - et pour - les medias, mourra par les médias. “

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