Téléphone portable et porno …
Lu dans “ Le Temps ” (Suisse) à la date du 30.04.08 :
” Un écolier alémanique sur deux regarde des films pornos sur son Natel (téléphone portable suisse). Les garçons sont nettement plus amateurs que les filles, selon une étude de l’Université de Zurich, qui a interrogé 453 écoliers âgés de 12 à 16 ans.
La plupart des vidéos à caractère sexuel sont téléchargés sur Internet, mais un film sur six est tourné par les adolescents eux-mêmes ! Ces chiffres hélvétiques sont deux fois plus élevés que ceux relevés en Allemagne, comme le note l’hebdomadaire SonntagsZeitung.
Les 12-16 ans ont aussi l’habitude de regarder des scènes violentes, notamment des images mettant à mal des animaux.”
A la date du 26 avril, le quotidien “Le Matin” (Suisse) sur la même étude de l’Université de Zurich :
(…)“Et si on isole les garçons de la statistique, ils sont près de 63 % ; 8 % d’entre eux ont même avoué qu’ils regardent régulièrement des films classés X. Parmi les vidéos les plus demandées, celles qui mettent en scène des rapports sexuels avec des animaux. En deuxième position, on trouve les “e-bullying ” (avalanche d’images dégradantes non demandées par le destinataire), suivi, au troisième rang, par des clips montrant essentiellement des victimes torturées.”(…)
Il ne s’agit pas ici de jouer au grincheux “morali-moralo” : la curiosité, teintée parfois d’anxiété, des ados sur la sexualité est légitime.
Par ailleurs, le scepticisme est de rigueur sur la manière dont les médias rendent compte (et rédigent leurs titres d’articles) à partir des statistiques révélées par cette étude universitaire.
Mais, au-delà des statistiques, ces informations posent cependant plusieurs questions :
1 - La définition juridique d’un mineur est la “capacité relative de discernement” (”ne pas mesurer pleinement les conséquences de ses actes”) selon son âge et son degré de maturité, ce qui fonde l’existence même de la justice des mineurs.
La responsabilité pénale des parents et des écoles est-elle alors engagée ?
Qui dira donc aux ados que le fait de télécharger des documents pornographiques violents est répréhensible, au même titre que le téléchargement et la diffusion de vidéos pédophiles par des adultes sur Internet ?
2 - Ne serait-il pas pertinent d’initier, dans les programmes scolaires, des cours d’initiation au fonctionnement et aux risques des nouvelles technologies, au même titre que, péniblement, les écoles se sont mises à éduquer les jeunes à l’utilisation critique de la presse ?
3 - Qu’est-ce qu’une société qui se targue de défendre “orbi“, les droits humains en luttant contre l’exploitation sexuelle et la torture dans tous les recoins de la planète, sans se préoccuper de ce qui se diffuse “urbi” c’est à dire chez soi, au coin de la rue, à l’école, voire à domicile ?
On juge scandaleux, dans d’autres cultures du monde, le mariage précoce comme étant, à juste titre, un viol de mineurs, mais quelle serait notre réaction si un-e militant-e africain-e ou asiatique des droits de l’enfant lançait un communiqué de presse à Zurich pour dénoncer la mise à disposition de films pornographiques violents sur les téléphones portables des mineurs ?
4 - Qu’est-ce qu’une société qui se targue de modernité en distribuant les outils technologiques les plus récents sans se soucier des “contenus” accessibles à ses propres “enfants-rois” ?
Sur d’autres aspects de ce problème, voir les billets précédents de ce blog :
“Les “gratuits”, la bê(tis)e humaine et les ados”
“L’enfant et l’argent”(paragraphe sur les publicités bancaires envoyées sur les téléphones portables des ados)
Sites utiles de prévention à l’intention des parents et éducateurs :
Informations et tests des outils de filtrage des contenus sur internet(contrôle parental)
(Ass. “Action Innocence”)
Kit d’apprentissage sur la communication mobile pour les enseignants (Swisscom)
“Votre enfant et le téléphone mobile - Guide à l’usage des parents” (Ass. AFOM)

