Délinquance juvénile : mais qu’est-ce qu’on nous raconte ?

On ne cesse de lire à répétition, et toujours avec exemples croustillants dans les journaux-torchons – que la délinquance juvénile augmente de manière exponentielle, que de plus en plus de délits sont commis par des jeunes toujours plus jeunes, et qu’il faut donc revenir à des peines véritablement répressives contre les mineurs délinquants, etc,etc…

Or on apprend par exemple, qu’il n’y a eu en Suisse que 8 mineurs (sur un million de mineurs) qui ont été condamnés à une peine privative de liberté, sans sursis, de plus de six mois, en 2006 – et 10 en 2005.

Et Mr Olivier Guéniat, chef de la police judiciaire neuchâteloise, qui cite ces chiffres, ajoute :

gt200711132

(…) «  Il est possible de calculer le pourcentage d’infractions commises par des auteurs mineurs par rapport au nombre total d’infractions commises par tous les auteurs identifiés en Suisse : il est de 19,7 % en 2007.
Il était de 36,1 % en 1982 !
Le minimum parmi les 25 dernières années a même été atteint en 2005 avec 17.9%.
(…)
Et pourtant la délinquance des jeunes focalise toute l’attention depuis quatre ans, à en perdre la raison. Cherchez l’erreur ! « 
(…)
«  Ces chiffres m’inspirent surtout le fait que la stigmatisation contemporaine orientée sur la délinquance des jeunes est malhonnête, car l’évolution des infractions violentes ou à caractère sexuel imputables aux jeunes n’est autre que l’image miroir de celle des adultes. » (…) « Ne faudrait-il pas réhabiliter la théorie de l’exemplarité ? »

Simultanément, on tombe sur ceci, extrait d’un document de Mr Laurent MUCCHIELLI, sociologue, directeur de recherche au CNRS (France), intitulé  » Note statistique de (re) cadrage sur la délinquance des mineurs «  , dans laquelle il argumente, chiffres et faits en mains (ouvrir le lien) , sur les titres suivants :

laurentmucchielli

1 –  » Il n’est pas vrai que la délinquance des mineurs ne cesse d’augmenter tandis que celle des majeurs baisse.(…)
2 –  » Il n’est pas prouvé que les mineurs délinquants sont « de plus en plus jeunes ».
(…)
3 –  » On ne voit pas ce qui permet de dire qu’il existe un problème grave et particulier avec les mineurs de moins de 13 ans. »
(…)
4 – « Il n’est pas juste de laisser croire que les mineurs délinquants ne font l’objet que de mesures éducatives et que les juges sont naturellement laxistes. »

Pour couronner le tout, on tombe sur un document intitulé :  » Juger les mineurs comme des majeurs, peines minimales obligatoires, peines plancher : les effets sur la récidive et la délinquance des mineurs. » de Mr Sébastien ROCHE, Directeur de recherche au CNRS (Grenoble) – lire son interview dans le « Nouvel Observateur » :

sebastianrochel071

(…) Les études disponibles nous montrent que les orientations favorisant un recours croissant à des quantités de punitions plus importantes (…) ne sont ni la garantie d’une diminution de la délinquance dans une société donnée, ni d’une moindre récidive chez les individus concernés.
Plusieurs études, parmi les plus précises, montrent même  un effet inverse à celui recherché en matière de récidive : celle-ci tend à augmenter sous l’effet de sanctions pous sévères.
Il est utile de savoir que les études publiées ont montré que les bénéfices à attendre de ces politiques sont faibles, voire contreproductifs.
C’est notamment le cas pour les mineurs depuis assez longtemps maintenant, mais aussi dans les synthèses les plus récemment publiées.
« (…)
Les études synthétisées au Canada et en Suisse donnent des indications convergentes quant à l’effet de la sévérité sur la récidive : la durée plus longue des peines ou la proportion élevée de la peine exécutée n’ont pas les effets attendus.
La synthèse canadienne montre que l’accroissement de la durée d’incarcération est associé à une augmentation de la récidive.
(…)
Au total, il apparaît que l’augmentation  de la durée de le peine tend à renforcer la récidive., et non pas à la diminuer. »
(…)

Le dernier mot sera pour Mr Guéniat, chef de la p0lice judiciaire du Canton de Neuchâtel :

(…)  » Le regard porté sur la criminalité répond vraisemblablement aux mêmes règles que celles qui régissent le sentiment d’insécurité. Le décalage de perception est certainement dû à l' »effet de contexte ».
L’effet de contexte est une direction de l’esprit qui, à l’opposé de la culture du doute, tend à la certitude acquise ou à la conviction univoque. Tout se passe comme si le cerveau humain, avec son raisonnement et en l’absence d’une méthodologie adéquate, ne cherchait qu’à vérifier ce qu’il cherche. Le moindre indice ne parvient qu’à lui confirmer qu’il est bien dans la bonne direction, comme si la vérité se trouvait sur un seul chemin.
Ce phénomène n’est pas anodin. On observe là une composante principale des mécanismes qui sont à l’origine de la plupart des erreurs judiciaires.
« (…)
C’est précisèment par un tel biais de raisonnement que la plupart des gens se forgent leur opinion ou leur conviction, se fondant sur un seul canal d’information : les médias. Chaque nouvel article, chaque nouvelle émission sur un évènement grave et choquant paraît confirmer pleinement l’hypothèse de l’intensification de la criminalité.
Pourtant, les chiffres, tant de la police que de la justice, montrent bel et bien une diminution de la criminalité. »
(…)

612-110

6 réponses à Délinquance juvénile : mais qu’est-ce qu’on nous raconte ?

  1. rachid dit :

    Il est clair que notre pays (« les élites ») a du mal à se défaire de ses habitudes abjectes et discriminatoires envers sa jeunesse et ses enfants de ses colonies(anciennes et nouvelles), ses ghettos.

    Des Colonies !
    quand cette jeunesse se trouve en dehors du temps, bannis de la société et de la République.

    Des Banlieues !
    quand cette jeunesse se trouve ghéttoïser, en dehors de la commune,bannis de la société et de la République.

    Ban = banni
    Lieu = société

    Plein le Q de la droite de France
    Plein le Q de la gauche de France
    Qui nous aveugle à nous faire croire qu’il faut lutter contre l’exclusion.

    C’est un « Jeunocide »!
    Et pourtant, ces jeunes remuent, revendiquent, agissent, s’agitent, posent des questions, veulent des choses…Mais ils veulent quoi, si leur question n’est pas la misère ?

    Cette génération est depuis quelques années confrontée à des conditions d’une dureté si exceptionnelle, elle est si absolument désabusée, si souvent sur la ligne de mort, que l’on peut parler, d’une entreprise de Jeunocide*.

    Génération sans aucune perspective d’emploi stable ni de logement autonome, devant parfois nourrir leurs frères, leurs parents.
    Face à la quasi impossibilité d’avoir eux-mêmes des enfants.
    Temps annulé des journées sans projet, temps inversé de la responsabilité des enfants sur les parents, temps barré de la non-histoire à venir, temps aboli de l’hébétude de la non-perpétuation des êtres. Génération hors du temps, génération hors de l’humanité. Jeunocide*

    Cette génération cherche à réinventer le temps, un monde possible.

    Or un phénomène démographique aussi massif, aussi continu, et à cette échelle, ne saurait être sans conséquences socio-politiques.

    Les jeunes ils sont pas cons, ils ont compris que l’ascenseur social est bloqué au sous-sol et qu’il pue la pisse !

    Lutter contre l’exclusion…
    mon Q c’était un leurre !

    Lutter contre  » l’exclueur »…
    c’est QFD !

    En attendant de marché sur le pavé,
    On a décidé de faire comme Mountazer (« notre prix Nobel du journalisme »),
    On s’entraîne aux jets de godasses, on a reconnu les cibles !

  2. fatima dit :

    la dilinquance juvénil:quelles sont les couses les conséquences? les remédes

  3. Merci de tes réflexions stimulantes et utiles, cher Bernard.
    Amicalement, Pierre

  4. hamdi dit :

    Ces facteurs sont renforcés en milieu urbain, où les inégalités sociales sont perçues de manière plus aiguë, où de multiples sollicitations peuvent accentuer les tendances naturelles de l’adolescent à la révolte. Cela explique la fréquence des vols d’objets associés à l’idée d’aisance (automobiles, vêtements de marque, téléphones portables), et met en lumière le rôle joué par les facteurs économiques et sociaux dans la délinquance juvénile. Celle-ci apparaît en effet liée de manière structurelle au fonctionnement de la société de consommation et à l’existence de fortes inégalités sociales.

  5. Déguisement dit :

    Soignez les effets ne suffit pas il faut guérir les causes qui sont sociales.

    Notre société demeure une société d’exclusion et d’abord pour les jeunes, touchés de plein fouet par le chômage et la précarité, échecs scolaire, précarité de l’emploi. On sait que l’exclusion et génératrice de frustrations, de ressentiment de haine et donc de violence.

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