Se méfier des eaux calmes du marigot

Ceci n’est pas une fable.

Un cadre, ressortissant d’un pays A, est nouvellement recruté comme premier directeur général par une compagnie nationale d’un pays B désirant créer un marché dans le pays A. Dès sa prise de fonctions, il recrute donc, comme planifié, une équipe de délégués régionaux.
Les ventes se développent dans le pays A, de manière régulière, même s’il ne s’agit pas d’une croissance exponentielle.

Quatre ans plus tard, les élections générales s’annoncent dans le pays B (siège central de la compagnie), et l’opposition de droite libérale inscrit dans son programme la privatisation de cette compagnie nationale que le gouvernement socialiste sortant avait nationalisée. Les sondages annoncent une nette victoire du programme de l’opposition libérale.

Dans la même période, et donc cinq ans après avoir été recruté dans son pays (pays A), le directeur en question reçoit l’ordre du siège de la compagnie de licencier rapidement les délégués régionaux qu’il a recrutés, formés, et animés pendant ces années, sans aucune considération des résultats positifs ni de la croissance régulière de l’activité.

Il se dit alors qu’après lui avoir fait faire le "sale boulot" (virer toute son équipe), il sera certainement lui-même licencié.  Ce qui s’est effectivement réalisé.
Son chef (qui sera viré trois mois plus tard) le convoque au siège du pays B et lui explique (en faisant appel, bien sûr, à sa "compréhension") que malgré les résultats positifs obtenus en France, les perspectives du marché sont nettement supérieures en Amérique Latine. Mais aussi qu’en vue de la privatisation inéluctable, il importe de licencier pour montrer aux futurs actionnaires ce qu’il en est de la gestion de cette multinationale que les sondages annoncent donc comme privatisables dès la victoire électorale.
Autrement dit, il faut urgemment, avant les élections, valoriser les actions de la compagnie, car – comme chacun sait – pour valoriser une action en Bourse, il faut licencier.

Moralité  – et ce directeur licencié s’exprime en ces termes :
" La preuve est ainsi faite que, même si vous avez fourni un travail acharné et créatif, avec des résultats probants, cela ne sert strictement à rien : vous pouvez être licencié du jour au lendemain, pour des raisons stratégiques qui n’ont strictement rien à voir avec le volume ou la qualité de votre travail.
Et du marigot en eaux calmes à côté duquel vous travaillez – même avec succès – depuis des années, peut sortir, n’importe quel matin, un crocodile qui vous dit : " dans l’intérêt stratégique supérieur de la compagnie, dans dix minutes, vous n’existerez plus."


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