Identité nationale (on ne joue pas avec l’)

Transcription des principaux extraits de la remarquable chronique d’Alain-Gérard SLAMA, professeur d’histoire des idées politiques, entendu ce matin sur France-Culture.
Peu suspect d’être un suppôt de la Ligue Communiste Révolutionnaire, il s’exprime avec sa clarté  coutumière à propos du « grand débat » relatif à l’identité nationale voulu par Mr Eric Besson (Ministre de ladite Identité nationale).

S’il doit y avoir des contradicteurs, on aimerait que ce soit d’autres porte-voix que les sieurs Frédéric Lefebvre et Eric Besson, qui ont plutôt l’air de gamins avec leurs tambours au coin de la Place du Marché sous le régime de Pétain, que de responsables politiques qui savent que certains mots et concepts ne sont pas des allumettes avec lesquelles on joue sur un terrain de foire.

Donc bien lire et  méditer ce qui suit.

Bibliographie d’Alain-Gérard SLAMA

Titre de la chronique :  » Identité : l’entêtement et l’obsession « 

 » Faut-il que la société française soit en crise pour que la tentation de réduire sa culture en une identité tourne en ce moment pour elle à l’entêtement et à l’obsession.
L’entêtement est celui de ses dirigeants, l’obsession celle du pays  dans son ensemble.
Le  Président de la République a fait campagne sur le thème de l’identité : il y revient en faisant, par un de ses ministres – peu importe lequel – venu de la gauche, un grand débat national invitant les Français à préciser la notion.

On connaît le prétexte de l’opération : la mondialisation bouleverse la France, qui doit son unité à son Etat plus que toute autre nation. Et on ne voit pas sans inquiétude le lien social s’y défaire au point que notre pays redevient, comme sous l’Ancien Régime, et selon la formule célèbre de Mirabeau, «  un agrégat inconstitué de peuples désunis« .

Or, trois fois hélas, toute l’histoire de la société française témoigne qu’on ne la réunira pas autour du concept d’identité. Ce concept, à la différence de la notion de culture, exclut au lieu de ras-sem-bler. Nous savons bien que ce mot « identité  » est précisément utilisé par le pouvoir pour sa fonction « clivante » entre la droite et la gauche, mais aussi à l’intérieur de la droite, et à l’intérieur de la gauche.

Pour avoir un peu étudié le nationalisme français, j’ai appris combien l’usage du mot identité est dangereux. Certes, si on l’applique à l’individu, il est incontournable, puisqu’il faut bien que chacun identifie en lui-même un « moi » indispensable, qui unifie ses manières d’être et ses possibles.
Mais considéré du point de vue d’autrui, la notion d’identité peut réduire cet individu à un seul aspect de lui-même, à le renvoyer sans cesse à son origine, et à le juger sur un mot, sur une apparence ou sur une profession de foi. »
(…)

La loi qui porte interdiction du voile, entre autres signes religieux, concerne ces sanctuaires du service public que constituent l’école publique et l’administration, dans lesquelles la manifestation ostensible d’une appartenance religieuse fait écran entre l’individu et le citoyen ; entre d’une part la propension de toute religion à répandre ses certitudes et celles des autres cultes – je respecte ces certitudes, bien sûr – et d’autre part la nécessité de former des citoyens respectueux, égaux devant la loi, et distinguant entre les sentiments « clivants » et l’ordre universel de la raison.

Alors, le nationalisme, ce n’est pas autre chose qu’un sentiment religieux, profondément diviseur de l’appartenance nationale, et il n’est pas surprenant que le mot « identité » soit remis en honneur par un pouvoir qui, par ailleurs, remet en question la notion de laïcité, notion pourtant rassembleuse et beaucoup plus respectueuse des croyances que beaucoup d’autres : elle est de plus en plus regardée comme un modèle par nos voisins. Pour en rester à l’Europe, c’est à Londres ou à Copenhague qu’on tue pour des raisons religieuses…

VOILA POURQUOI, SUR LE PLAN COLLECTIF,
LA DEFINITION D’UNE NATION PAR LE MOT IDENTITE
EST PLUS QUE REGRETTABLE, DANGEREUX.
ET VOILA POURQUOI SON USAGE PERVERS PAR UN POUVOIR
EST EN TRAIN D’AJOUTER AU MALAISE FRANCAIS
ET DE TOURNER, AU SEIN DE CE PEUPLE, A L’OBSESSION.

CE SONT LES VALEURS ET LES PRINCIPES CULTURELS,
INSCRITS AU COEUR DE LA CONCEPTION FRANCAISE DE LA LAICITE,
QUI FONDENT L’UNITE D’UN PEUPLE,
LEQUEL SANS EUX, SERAIT PROFONDEMENT DIVISE.

CE SONT CES VALEURS ET CES PRINCIPES
QUE LE SYSTEME EDUCATIF TRANSMET.

ET DANS CE PEUPLE D’IMMIGRES IMMEMORIAUX
QU’EST LE PEUPLE FRANCAIS,
CE SONT CES VALEURS ET CES PRINCIPES
QUE LES GENERATIONS SUCCESSIVES SONT VENUES
ET CONTINUENT DE VENIR CHERCHER. »
(c’est nous qui soulignons cette conclusion)

Source photo – Pedro Uhart

 

 

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