David Grossman : écrire pour survivre

15.03.08

Lors de “Matins de France-Culture” (14.03.08), dialogue entre Ali Badou et David Grossman, écrivain israëlien, (avec interprétation simultanée) , après la parution de son dernier livre “Dans la peau de Gisela” (Seuil) où il analyse les liens entre politique et création littéraire. Transcription d’un extrait de l’interview :

” Vous venez au Salon du livre pour rencontrer des lecteurs ? Parler de vos romans ? Donner envie de lire ?”

” En général, quand un écrivain vient d’Israël, on parle directement avec lui de politique, mais nous, les écrivains, nous voulons raconter une histoire, essayer de raconter une bonne histoire, et même dans un certain sens, que nous surmontions la situation de violence, la situation qui, comme un récit, dévore le corps et l’âme. Ecrire sur les choses, ce qu’on a pas le temps de faire d’habitude lorsque la guerre se déroule…

“Quelles choses ?…”

” Eh bien, personnellement au cours des dernières années, je ne voulais pas que ” la situation ” fasse disparaître les choses importantes, les relations entre parents et enfants, les relations entre homme et femme, etc (…)
Principalement je voulais tourner le dos à la violence, aux craintes, aux peurs, essayer de trouver une voix intérieure, personnelle, apaisée. Et c’est parfois effrayant, car il y a tellement de violence et de sang autour de moi … m’enfermer dans une pièce et d’écrire sur les choses les plus intimes de la relation familiale, ce qu’est d’être un enfant, ce qu’est d’être un parent… et pour moi écrire a toujours été une façon de respirer mon propre être, dans une situation où l’air est vraiment très mauvais. Dans une situation où il y a des problèmes de langue … et même en tant que citoyen, j’ai des problèmes de langue, parfois…

” Des problèmes de langue, comme citoyen ? Expliquez-nous ça…”

” Je pense que la première chose que les institutions, l’armée, le gouvernement, le judiciaire, la première chose qu’elles prennent en main, c’est la langue, qu’elles déforment, et au lieu d’utiliser une langue qui décrit la réalité, elles créent une langue qui sépare le citoyen de la réalité.

” C’est partout, dans toutes les zones de guerre … il y a création d’une langue dont le rôle est de cacher l’horreur, parce que la majeure partie des citoyens sont des gens moraux : il savent très bien au fond d’eux-mêmes lorsqu’ils font des choses qui ne sont pas bonnes, et ces grandes institutions tentent de les protéger ou de leur cacher ce qu’ils font, et donc elles fabriquent, elles créent une langue, dont le but est de permettre aux citoyens de vivre en paix avec les choses les plus horribles.

Je crois que le rôle de l’écrivain est d’appeler les choses par leur nom, de ne pas utiliser de slogans ” collés “, de ne pas se soumettre aux clichés, parce que si on parle par clichés, finalement on ne dit rien, et celui qui écoute n’entend rien non plus : on échange entre soi une monnaie que tout le monde accepte mais qui veut dire finalement : ” on ne va pas en parler “. Et donc j’espère que chaque fois que j’appelle les choses par leur nom, par leur prénom…quand j’ai écrit ce livre, ou cet article, j’ai soudain senti que je cesse d’être une victime de la situation, senti que j’ai une liberté face à la réalité.

Une des libertés, un des droits que nous avons, c’est d’écrire par nos propres mots la tragédie dans laquelle nous sommes. Si nous faisons ainsi, nous cessons d’être des victimes.

Ne pas être victimes dans la situation où nous sommes, c’est quelque chose de très important. Lorsque c’est vraiment quelque chose de terrible, à laquelle nous nous soumettons tous, le fatalisme, nous, les Israëliens et les Palestiniens, le sentiment qu’il n’y a rien à faire pour changer, que nous sommes condamnés à vivre et à mourir par l’épée, et jusqu’à la fin des temps.

Alors, j’écris… il y a une alternative : quand je crée un personnage, je sens soudain combien il y a de possibilités, de possibles : choisir entre ceci et cela… me tourner vers celui-ci ou vers celle-là… Là véritablement, l’utilisation d’une langue fine, détaillée, me montre à quel point il y a d’autres dimensions possibles, à quel point je ne suis pas condamné à être enfermé dans une situation.

Je dois vous dire que lorsque je le fais, lorsque j’écris ainsi, lorsque je sens que j’écris correctement, soudain, je sens que je respire des deux poumons, je ne suis pas contracté, je ne suis pas handicapé, et comme je l’ai dit, ne pas se ressentir comme victime, sentir que j’ai une possibilité de changer mon destin, qu’il y a une alternative à la situation. C’est la meilleure des choses qu’on puisse se souhaiter dans la situation actuelle.”

Pas de commentaires sur un discours qui se suffit à lui-même.

Voir un billet précédent de ce blog : “Quand les écrivains écrivent sur l’écriture” .


Un cadeau pour les deux ans de ce blog

7.03.08

Source photo

“Attendez la nuit pour dire que le jour a été beau.”
(Proverbe breton)

” Ceux qui rêvent le jour
ont toujours un avantage
sur ceux qui rêvent la nuit.”

(Edgar Allan Poe)


Petits flashes de Khartoum

7.03.08

Quelques impressions, à l’occasion d’un déplacement professionnel au Soudan (ce qui explique le silence de ce blog depuis trois semaines).

Petit préambule marginal (hors-sujet) : le voyage commençant très tôt le matin au départ de Genève, une nuit d’hôtel près de l’aéroport, coûte 140 francs suisses, c’est-à dire l’équivalent - rien pour dormir quelques heures - du salaire mensuel d’un salarié ou d’un fonctionnaire, diplômé de l’université et qui fait vivre 5 à 10 personnes, dans quantité de pays dans le monde. Lequel monde ne devrait pas très longtemps continuer ainsi à marcher sur la tête.
C’est un point de vue qui en vaut un autre.

Partir de Suisse et atterrir en Afrique, c’est sentir son cerveau se dilater, respirer, et prendre le temps d’écouter ses propres sensations, en prenant le temps de regarder, d’écouter et de faire taire ce cerveau occidental qui se croit toujours au centre du monde. Comme dit le proverbe : ” Les Africains disent aux Suisses : vous avez les montres, mais nous, on a le temps.”

Arrivée à Khartoum, dont l’aéroport est situé en plein centre ville. Si on loge dans le centre, on est donc réveillé chaque matin par ces 4 instruments d’un orchestre improbable : les premiers décollages (les Antonov et Ilyouchine russes sont comme d’habitude les plus bruyants), le muezzin qui lance son premier appel à la prière, les ânes qui s’ébrouent au coin de la rue, sans oublier les coqs qui aiment visiblement jouer les violons solo…

Le Soudan est un pays grand comme 4 fois la France, avec 30 millions d’habitants. A une guerre interminable, qui a pourtant l’air de se terminer au Sud du pays, succède un conflit à l’ouest au Darfour, depuis 2003, dont on ne voit pas la fin : les enjeux et les stratégies plus ou moins occultes attisent en permanence les acteurs du conflit et comme toujours les populations civiles payent le prix fort, en dizaines de milliers de morts et en millions de personnes déplacées.

L’épisode de l’”Arche de Zoé” est toujours très présent - et très chaud - dans les esprits, comme nous l’ont prouvé un certain nombre de contacts avec différentes personnes, dont des officiels de la Justice et de la Police.
La “Commission de l’Aide Humanitaire”, qui a rang de Ministère, mène la vie dure aux ONG étrangères, par une sorte de harcèlement administratif, sur des petites choses comme sur des grandes, comme les autorisations de circuler, même dans les alentours immédiats de la capitale.
Les ambassades informent, quasiment en temps réel, leurs ressortissants, par SMS, des incidents, ou des risques pour les déplacements d’étrangers.
Comme, par exemple, l’annonce d’une manifestation d’islamistes vers le quartier des Ambassades et des Nations Unies pour protester contre les caricatures de Mahomet dans la presse danoise : manifestation, sinon suscitée en tout cas autorisée par le gouvernement. (une plaisanterie qui circule : la différence entre une démocratie et une dictature ? en démocratie : “ 20 000 manifestants selon les organisateurs, et 2 000 selon la police“. Un dictature ? ” 2 000 selon les organisateurs, et 20 000 selon la police“…)
Ou encore ce message envoyé par l’ambassade de France sur les téléphones portables des ressortissants français, le 3 mars dernier : “Jeudi dernier, l’un de nos compatriotes a été arrêté par les autorités locales pour avoir pris des photographies dans Khartoum alors qu’il était dépourvu d’autorisation de photographier. Après plusieurs heures il a été relâché grâce à l’intervention de l’Ambassade de France. Les services consulaires vous recommandent de veiller au respect de la législation soudanaise et vous conseillent également de respecter les us et coutumes du pays. Bien cordialement.”

Après plusieurs jours de rendez-vous de travail, le vendredi, jour de prière, sortie autour d’une mosquée vers Omdurman, ville proche, de l’autre côté du Nil. Tous les vendredi, une cérémonie soufi (le soufisme est une branche mystique et ascétique de l’Islam) a lieu, où plusieurs centaines de musulmans viennent chanter et psalmodier le nom d’Allah, en s’exprimant progressivement par des danses proches des “derviches tourneurs”:

Source

Ambiance très chaleureuse, accueillante aux étrangers qui peuvent prendre des photos librement, le seul risque étant d’être invité à se convertir…

La ville de Khartoum ne présente pas de caractéristique particulière, si ce n’est d’être au confluent du Nil Bleu et Nil Blanc, d’où partent et où aboutissent de grandes artères commerçantes :

Les mosquées de Khartoum mériteraient cependant un safari-photo, comme la mosquée Hamed-an-Nil, (dont les bulbes suggèrent étrangement le style des églises orthodoxes…) devant laquelle se déroulent les cérémonies soufi mentionnées plus haut (à gauche de la photo) :

http://www.asmat.cz/img/fotky_velke/3202_v.jpg

On vous parlera des prisons de Khartoum une autre fois.

En attendant, ne manquez pas ce site de photos des plus belles mosquées du monde,
et surtout ce site-là.


Du bon aloi de certaines phrases

7.10.07

Qu’est-ce qui rend une phrase parfaite ?

- Son aloi.
L’aloi, chez les Anciens, chez Villon par exemple, c’est le bruit que fait une pièce en tombant sur le comptoir. On entend de quel alliage elle est faite. On entend si c’est une bonne pièce ou une mauvaise.
Il y a un aloi pour la littérature. Je l’entends, tout de suite.
Si la phrase est écrite, elle est versée à mon compte sur l’éternité.”

(Pierre Michon, dans une interview au “Nouvel Observateur” - septembre 07)

Au hasard de lectures récentes et discontinues, voici quelques phrases de bon aloi :

“Toutes les civilisations sont des Organismes Génétiquement Modifiés.”
(Malheureusement, impossible de retrouver l’auteur, entendu par hasard sur RFI)

” Dans un monde qui court sans savoir où, on ne perd jamais son temps à perdre du temps.”
(Jean Contrucci -N.O. - septembre 07)

“Les journalistes servent à s’inventer soi-même.”
(Yasmina Reza)
“Il n’y a pas de gène du destin. Ni malheureux, ni heureux.”
(idem)

” Le philosophe a régné sur le monde antique.
   Le savant règne provisoirement sur le monde d’aujourd’hui.
   Tout laisse à penser que c’est l’artiste qui règnera sur le monde de demain.”
(Georges Mathieu, peintre, né en 1921)
Pour l’instant, ce serait plutôt le règne des golden boys avec leurs stock-options - et la parenthèse est un peu longue - mais ça passera, comme le reste…

 

Enfin, dans la catalogue - mince - des phrases lumineuses et définitives :

” Je prends un bloc de marbre,
et j’enlève tout ce qui est en trop.”

(Michel-Ange, sculpteur, 1475-1564)


Petit clin d’oeil à Pierre-Henri Simon

24.08.07

Au hasard d’un fond de grenier et en prévision d’un long parcours en avion, retrouvé un petit livre de Pierre-Henri Simon : ” Mauriac par lui-même” (Collection “Ecrivains de toujours” / Seuil), non pas tant pour Mauriac en soi, que par plaisir de retrouver le style de celui qui fut critique littéraire, en page 2 du “Monde”, pendant des années.
Un style parfait de clarté jusque dans les nuances, qui donnait envie de lire, par sa capacité à susciter l’empathie, sans cependant céder à aucune complaisance mondaine,  ni dissimuler le néant de l’analyse par des successions de jeux de mots ou des effets de style.
Empathie, rigueur, précision des mots : Pierre-Henri Simon, c’était une maîtrise de la langue, véritablement au service d’un contenu.

Qu’on en juge :

” La poésie est un frisson qui naît quand l’essence d’une âme se mêle au fond des choses “.

” Le romancier donne vie à ses personnages en projetant hors de lui non pas sa personnalité consciente et réalisée, mais les virtualités secrètes et opprimées du moi créateur. “

” Le propre des incendies du coeur est qu’ils nous séduisent plus par l’ardeur de leurs flammes qu’ils ne nous effraient par la désolation de leurs cendres. “

Sur les personnages des romans de Mauriac : ” Ses créatures n’existent qu’autant que leurs  voix éveillent des échos complices dans les consciences solitaires “.

” Dans la polémique, (Mauriac a) une technique raffinée de l’acupuncture, un art de toucher l’adversaire au point douloureux; après quoi, craignant d’avoir été trop fort, il se rétracte, il s’excuse ; car, si son premier mouvement n’est pas toujours bon, sa conscience est honnête et ses intentions sont droites. “

” Entre la chose décrite et l’état d’âme, il aperçoit, plutôt qu’un rapport analogique, un lien nécessaire, une solidarité vitale, de telle sorte que le décor et l’aventure, le climat physique et le climat moral sont donnés ensemble, s’expliquant l’un par l’autre, dans une totalité à la fois psychologique et intensément poétique.” (…) Ce n’est point un artifice littéraire : c’est l’exigence profonde d’un art qui, voulant refléter le drame de l’esprit incarné, tend constamment à rejoindre l’âme à travers la sensation. “

On ne peut clore ce petit et modeste hommage à P.H.Simon sans citer quelques fulgurances de François Mauriac lui-même :

Sur les rapports entre réalité et fiction :

” Tout drame inventé reflète un drame qui ne s’invente pas.”

Sur sa foi religieuse :

” La possession, hors de l’espace et du temps, de cet amour en qui j’ai foi, plus qu’en ma propre vie, est à la lettre inimaginable, échappe à toute vie humaine, à toute approximation. Il faut y tendre mais n’en point parler.”


Maurice Béjart : quatre fois vingt ans …

8.08.07

Extrait d’une critique publiée dans “Le Monde” il y a 50 ans, le 12 juilllet 1957 ,  à propos du spectacle “Symphonie pour un homme seul” de Maurice Béjart, encore peu connu, au Théâtre Marigny, à Paris :

(…) ” C’est une troupe jeune, pleine de foi, témoignant les formes du plus grand désintéressement en des temps si durs, dont l’animateur lui-même se présente comme l’apôtre très suivi d’une nouvelle religion du geste. “ (…)
” Il s’agit, plutôt que de danse ou de ballet, d’une sorte de rythmique du Nouveau Monde, avec des réminiscences de pas d’acier que nous avons connu avant la guerre et des anticipations de gestes planétaires auxquelles les borborygmes de la musique concrète et les syncopes du jazz au pick-up confèrent une ambiance stridente de science-fiction.”

Bon anniversaire à ce Lausannois d’adoption.


Michel Serrault disait …

8.08.07

Après quelques semaines de congés, reprise de ce blog.
Difficile d’échapper aux disparitions de ces dernières semaines…

Michel Serrault disait (cité dans “Le Monde” du 30.07.07) :

” Je suis préoccupé par le don de soi aux autres. Le reste est bagatelle.” (…)
” J’aime laisser supposer par mon jeu que nous sommes tous de pauvres êtres capables de choses pas très belles. Devenir héros ou salaud, c’est parfois juste une affaire de courant d’air. Je suis une espèce de terrain vague d’où jaillit je ne sais quel mystère. Dans les pires personnages, je cherche à montrer ce moment de détresse absolue qui efface l’horreur, et où, l’espace d’une seconde, peut naître la grâce qui change tout. J’ai besoin de semer le doute et de racheter même les âmes perdues. “

Pouvoir dire cela, au détour d’une interview, après avoir joué dans plus de 150 films…
Comme souvenir de Michel Serrault, on se permettra de préférer garder sa prestation exceptionnelle d’acteur dans “Garde à vue“, en duo, dans un quasi “huis-clos”, avec Lino Ventura - sans nier pour autant l’exploit de la “Cage aux Folles”.


Petite fugue à New York

13.06.07

A la faveur d’un déplacement professionnel à New York du 4 au 9 juin, et en marge de réunions fort intéressantes et utiles, l’Abrincate a glané quelques anecdotes, impressions et réflexions spontanées qui méritent probablement discussion, nuance, contradiction, voire querelle … Toujours est-il que dans les marges et les inévitables temps morts d’un voyage, l’Abrincate :

- a ressenti une fois de plus que l’immersion dans les procédures d’un aéroport est une opération de dé-responsabilisation individuelle progressive, quoique bon-enfant, des passagers : ça commence par la file d’attente à l’enregistrement, qui désamorce in petto toute velléité de transgresser les espaces, et toute considération métaphysique se dissout dans l’énumération mentale de la check-list de ce qu’on aurait pu oublier ou négliger ; ça continue avec les contrôles de sécurité des bagages, des papiers en règle, du tube de dentifrice suspect, des chaussures et de la ceinture (pourquoi pas les lunettes?) à mettre dans une boîte séparée de celle du bagage à mains, etc, etc… tous gestes accompagnés avec tact par des préposés affables.
Puis attente : difficile de se concentrer sur les documents qu’on se reprocherait de ne pas avoir lu avant avant les réunions à venir, car les voisins parlent fort : un groupe de cadres volubiles dont on reconnaît facilement le chef : c’est celui qui se tait (sauf pour faire des “jokes” - blagues - dont il convient de se gausser), et qui ne regarde pas les autres, parce que probablement peu habitué à partager le destin de ses subordonnés (à 11 000 mètres pendant huit heures, il n’y a plus de chef…).
Puis l’attente du décollage avec les interminables messages de sécurité en trois langues, l’attente du repas, l’attente de l’arrivée, mais surtout cette torture de l’écran imposé avec le nombre restant de kilomètres, et la variante en miles, la température extérieure, l’heure de départ, l’heure d’arrivée, toutes choses supposées nous occuper le cerveau et qui ne font que rendre le vol plus interminable, mal enveloppé dans une politesse de marionnettes de la part de l’équipage.

- a souri, dès après le décollage de l’avion à Genève, de l’annonce générale qu’en raison d’une obscure injonction des autorités américaines, sous couvert de “Mandatory Homeland Regulations“, il était interdit de se constituer en groupe de discussion, debout, pendant le vol, “notamment près des toilettes“(sic) ;

- a été surpris, dès le premier pied posé sur sol américain, d’être mis de côté pour laisser passer en premier les passeports américains et “cartes vertes”: on peut ainsi comprendre ce que ressentent les Africains lorsqu’ils arrivent à Roissy…

- a été amusé de lire sur des affichettes du métro new-yorkais : ” If you see something, say something “ (” Si vous voyez quelque chose, dites-le “), mentionnant parfois : ” There are 16 millions eyes in the city. We’ll count on all of them “ (” Il y a 16 millions d’yeux dans cette ville. Nous comptons sur chacun d’entre eux “).
Ce qui, quelques jours plus tard, sera compensé en découvrant, sur un étal de dessins humoristiques originaux, la réprésentation d’un diable rouge, avec ses cornes, qui se regarde, épouvanté, dans un miroir de poche où figure une photo de G.W.Bush, lequel, dans une bulle de légende, lui dit : “Si tu vois quelque chose, dis-le”
Ou encore : Now it is time to report something - not when it is on the news… If it looks suspicious, it is suspicious” (”Désormais, l’heure est au signalement, sans attendre que ce soit dans les nouvelles… Si cela à l’air suspect, c’est suspect.”)

- a trouvé pitoyable un extrait de journal télévisé qui fait état d’un sondage sur la question :
” How often do you worry about terrorism ?”
(”Quand vous sentez-vous angoissé par le terrorisme ?“), donnant les réponses suivantes :
Always ” (”en permanence “) : 35 %
Only when necessary ” (” seulement quand c’est nécessaire ” - sic) : 32 %
Never “(” jamais “) : 27 %.
Le sondage ne dit pas ce que pensent les 4 % restants….

- est resté muet devant “Ground Zéro“, immense trou béant, bourré de bulldozers et de grues en action dans un vacarme assourdissant, comme si le silence était trop insupportable.
Visité au pas de course le petit musée adjacent “WTC Tribute Center” avec dans une vitrine un hublot d’un des deux avions de l’attentat.
Sur les panneaux de chantier, quelques graffitis :
” Think back, move forward “
(” Souvenez-vous, mais allez de l’avant”) ;
” You can destroy our building, you cannot destroy our foundation “
(” Vous pouvez détruire notre maison, vous ne pouvez pas détruire nos fondations”).
Ou encore, plus énigmatique : “Great minds think alike” (”Les grands esprits pensent la même chose“)

- a été impressionné du nombre de diffusions en direct des débats de commissions parlementaires, l’une sur l’enquête pour despotisme de l’Inspecteur Général de la Nasa, l’autre sur la nomination du Général Lute, qui prend la responsabilité de la “coordination” des opérations militaires en Irak et en Afghanistan (en dépendance directe de G.W.Bush) et à qui la sénatrice Hillary Clinton demande : ” Vous n’avez pas le sentiment de prendre un poste vide et sans espoir ? ” et qui répond : ” Je suis au service de mon pays”. Il a d’ailleurs la tête de sa réponse.
Mais d’une manière générale, quand on pense qu’en France, la diffusion en direct des auditions de la Commision d’Outreau a pris la tournure d’un évènement national…
Les “think tanks” (laboratoires de réflexion) diffusent aussi leurs débats, souvent passionnants, en direct, avec une palette d’anciens ministres de présidents précédents… Mais c’est fou ce que les anciens haut responsables de politique étrangère sont intelligents dès qu’ils ont quitté le pouvoir… (c’est peut-être à la mesure de leurs cachets..).
Exemple : Denis Ross, ancien itinérant de Clinton en Palestine et dans les Balkans, à propos de l’Iran : ” La peur de la bombe iranienne, qui est un fait, est occultée par la peur de l’intervention militaire américaine qui est, pour l’instant, un fantasme…

Et pour finir sur les heures de télé consommées à la louche pendant les insomnies du décalage horaire :
- les 15 chefs d’inculpation, pour corruption multiple, du Senateur W. Jefferson, de Los Angeles qui se dit, en direct, totalement innocent, en tenant très fort la main de sa femme.
- ou encore l’éminent professionnalisme des journalistes, sérieux jusqu’au ridicule, devant la prison de Paris Hilton…
- mais aussi un long reportage sur le travail quotidien des soldats américains (4 ème video de la page), dans les villages perdus d’Afghanistan, qui viennent, doux comme des agenaux, avec leur interprète, s’enquérir des besoins des villageois en adduction d’eau, en services médicaux, et … en climatiseurs (sans oublier les ordinateurs pour surfer sur le web - sic). On dirait presque des équipes d’évaluateurs de “Médecins sans frontières”…
Extrait de l’interview d’un général américain sur place : ” Les Talibans sont quelques centaines. S’ils obtiennent et conservent le soutien de la population, c’est fichu. Et gagner la confiance de la population, cela prend des années. Il ne faut donc pas mesurer le succès en termes de temps limité.”
Vu aussi un reportage sur le traitement psychologique des soldats traumatisés par les attentats en Irak dont ils ont été victimes : le traitement consiste à leur visionner des reconstitutions virtuelles de ce qu’ils ont réellement vécu, à partir de leur témoignage. La psychologue (”universitaire”) avait l’air sûre d’elle, et le patient visiblement encore dans l’expectative d’un effet bénéfique sur ses cauchemars nocturnes.

- été effaré d’entendre Sam Brownback, sénateur du Kansas candidat de la “droite religieuse” à l’investiture républicaine, terminer un discours en assénant : “ Strong families mean less State“(” Des familles fortes = moins d’Etat”) , et terminant par - trois fois de suite (du style : “enfoncez-vous ça dans le crâne” ) : “We are the hope of the world ” (”Nous sommes l’espoir du monde”).

- a été très impressionné par l’interview TV d’un journaliste visiblement très sérieux et très documenté, John Perkins (sur le canal “democracynow.com”), qui a travaillé au sein d’entreprises multinationales avant de devenir journaliste, écrivain et conférencier, relatant son enquête sur la vision américaine des rapports de force dans le monde et sur l’agenda de l’”hyperpuissance”. Ses deux livres “Confession of an economic hit man” ( “Les confessions d’un assassin financier”) et “The secret history of the american empire“, en cours de lecture, feront l’objet d’un billet ultérieur de ce blog.

- a été bouleversé par un tableau du Metropolitan Museum of Art : “Les derniers instants de John Brown”, militant abolitionniste de l’esclavage, embrassant un enfant noir en sortant de chez lui, les bras attachés dans le dos juste avant son exécution par pendaison. Et surtout le visage et le regard des fonctionnaires de justice qui le conduisent à la potence.
Victor Hugo
avait publiquement pris sa défense, et demandé, en vain, la grâce du condamné, en ces termes :
” Quand on pense qu’il va mourir, égorgé par la République Américaine, l’attentat prend les proportions de la nation qui le commet ; et quand on se dit que cette nation est une gloire du genre humain, que, comme la France, comme l’Angleterre, comme l’Allemagne, elle est un des organes de la civilisation, que souvent même elle dépasse l’Europe dans certaines audaces sublimes du progrès, qu’elle est le sommet de tout un monde, qu’elle porte sur le front l’immense lumière libre, on affrime que John Brown ne mourra pas, car on recule devant l’idée d’un si grand crime commis par un si grand peuple.
Au point de vue politique, le meurtre de Brown serait une faute irréparable.
(…) Il serait possible que le supplice de Brown consolidât l’esclavage en Virgine, mais il est certain qu’il ébranlerait toute la démocratie américaine.
Vous sauvez votre honte, mais vous tuez votre gloire
. “

(…) ” Quant à moi, qui ne suis qu’un atome, mais qui, comme tous les hommes, ai en moi toute la conscience humaine, je m’agenouille avec larmes devant le grand drapeau étoilé du nouveau monde et je supplie à mains jointes, avec un respect filial et profond, cette illustre République Américaine d’aviser au salut de la loi morale universelle, de sauver John Brown.”(…)
” Oui, que l’Amérique le sache et y songe, il y a quelque chose de plus effrayant que Caïn tuant Abel, c’est Washington tuant Spartacus “.

- a été très déçu par le Gugenheim Museum, (cliquer sur Naver et insister…) dont l’architecture est très innovante, mais les oeuvres sont présentées dans un couloir en forme de spirale ascendante : cela crée une même spirale agaçante du bruit des visiteurs en masse. C’est à se demander si l’architecte a imaginé qu’il pouvait y avoir un public… Fui en courant au bout de 20 minutes.

- a été quelque peu ému de voir, même si c’était lors d’une visite au pas de charge, au MoMa “(Museum of Modern Art”) quelques oeuvres bien connues par les livres : ” La jeune fille au miroir “ de Picasso, “Le faux miroir” de Magritte, “L’anniversaire” de Chagall, et quelques autres…
Très surpris et amusé de découvrir dans le grand hall un mur immense avec des dessins du Roumain Dan Perjovschi rempli de clins d’oeil humoristiques à l’actualité et à l’air du temps.

- a vivement apprécié la convivialité spontanée des habitants dans les rues de New York, ne serait-ce que pour demander son chemin ou demander conseil, l’extraordinaire diversité des personnes, des origines et des styles des gens croisés ici et là, l’atmosphère générale de dynamisme et de créativité, le tout sans aucune présence notable de forces de l’ordre, ou de personnels de sécurité en tous genres, ce qui contraste avec les affiches et posters en tous genres (voir plus haut). Mais New York est probablement comme Londres : toute personne qui circule dans la ville au cours d’une seule journée de vie normale est filmée 350 fois dans sa journée…

- souhaite éviter tout procès d’intention d’anti-américanisme primaire en donnant simplement accès à l’éditorial de Thomas L. Friedman, dans le “New York Times” du 6 juin 2007, intitulé : ” What a mess !” (”Quel bordel !”)

- a noté cette phrase du philosophe danois Sören Kierkegaard, en graffiti sur un mur : ” Life is a mytery to be lived, and not a problem to be solved” (”La vie est un mystère à vivre, et non pas un problème à résoudre“).




“La vie des autres”, ou l’intelligence du cinéma

5.03.07

Remarquable film, par l’intelligence cinématographique avec laquelle les sentiments réels des personnages se laissent deviner progressivement, derrières les paroles, toujours sobres, les gestes esquissés et les comportements contraints par la schizophrènie qu’impose un régime policier et totalitaire.

Au-delà d’une intrigue assez classique, opposant les tenants du pouvoir - ceux qui ont toujours besoin de le vérifier - à ceux qui ont une autorité personnelle - l’écrivain de théâtre - la délicatesse du scénario et du jeu d’acteurs sont maniés avec beaucoup d’authenticité.
C’est tout le contraire d’un cinéma assommant de coups de théâtre, de fausses entrées et sorties.
A ne manquer sous aucun prétexte.

Une petite phrase du scénario mérite qu’on s’y attarde : celle de l’ex-ministre communiste est-allemand, qui, après la chute du régime, croise de nouveau l’écrivain, par hasard dans le couloir d’un théâtre :
“Alors, êtes-vous sûr que vous avez encore quelque chose à écrire ?”

Comment s’empêcher de penser à l’oeuvre de Imre Kertész (Prix Nobel de Littérature 2002) dans un petit ouvrage assez bouleversant (” Un autre - Chronique d’une métamorphose” - Ed. Actes Sud) où il s’interroge sur ce que signifie le fait d’être écrivain lorsque l’on a écrit pendant des décennies pour résister et survivre d’abord au nazisme, puis au comnunisme et que ces deux régimes ont disparu.

Dans une interview, au moment de la réception de son Prix Nobel, Kertész avait dit (citation de mémoire) : “A l’arrivée des nazis à Budapest, toute la famille est descendue vivre dans la cave… Quelques années plus tard, en 1956, à l’arrivée des troupes du Pacte de Varsovie, on est tous redescendus pour vivre dans la cave…”

Extraits d’ “Un autre - Chronique d’une métamorphose ” :

(…) ” Qu’est-ce qui a changé avec le “changement ” ? Il n’y a plus d’exploitation ? J’ai été sauvé de moi-même ? On m’a simplement rendu la conditio minima, ma liberté individuelle - la porte de la cellule où j’ai été enfermé pendant quarante ans s’est ouverte, certes en grinçant, et il se peut que cela suffise à me perturber. On ne peut pas vivre sa liberté là où on a vécu sa captivité. Il faudrait partir quelque part, très loin d’ici. Je ne le ferai pas.(…)

(…) D’anciens dirigeants du parti s’expriment à la télévision.. Ils “croyaient” que des “erreurs“, des “fautes” s’étaient produites, mais par exemple ils croyaient que “Staline ne savait rien” de tout cela. Etc. Mais n’allez pas croire qu’ils ne mélangeaient pas ces lieux communs avec des faits réels, leur “foi” avec d’authentiques pensées ou sentiments.
La leçon qu’on peut en tirer est que ces hommes ont consacré leurs vies à un mauvais usage du langage. Mais aussi, et c’est déjà plus grave, ils ont promu ce mauvais usage au rang de consensus. Après leur départ, ils ont laissé derrière eux des estropiés du mauvais usage de la langue, qui ont à présent un besoin urgent de secours moraux, comme si, pareils à des lambeaux de papier, les mots qui ont perdu leur sens nous montraient d’un coup leurs blessures morales. Où que je regarde, je vois cliqueter des prothèses morales, toquer des béquilles morales, rouler des fauteuils moraux. Il ne s’agit pas d’oublier une époque comme on oublie un cauchemar, car ce cauchemar, c’était eux ; s’ils veulent vivre, ils devraient s’oublier eux-mêmes.”
(…)

“Je suis l’enfant incorrigible des dictatures, ma particularité est d’être marqué. C’est mon expérience la plus inexplicable mais aussi la plus réelle ici-bas, parmi les hommes.(…) C’est pour moi une expérience ancienne, je peux dire qu’elle remonte à l’enfance. Entre quatre yeux on m’aimait, en public on me trahissait et quand il s’agissait de faire le compte des pions à sacrifier, on se désolidarisait vite de moi. (…)
Le poison que secrète cette situation humiliante aurait pu me tuer, mais le laboratoire de ma cuisine spirituelle en a extrait d’une certaine façon le piment le plus fort de ma vie.
Etre marqué est ma maladie, mais c’est aussi l’aiguillon de ma vitalité, son dopant, c’est là que je puise mon inspiration quand, en hurlant comme si j’avais une attaque, je passe soudain de mon existence à l’expression.
Etre marqué est ma misère et mon capital, et à présent il est à craindre que je ne puisse guère me passer de ma marque, bien que j’aie de plus en plus de mal à la supporter.
La question est de savoir si je suis tout simplement capable de vivre une vie normale. Et je soupçonne que je n’aurai jamais de réponse claire, univoque à cette question, du moins tant que je vivrai où je vis et où ma marque est éternelle, car il est vraisemblable qu’elle est devenue ma nature.”

On peut aussi se souvenir de cette phrase étrange de Sartre :
“Jamais nous n’avons été aussi libres que sous l’Occupation”.

Ou encore de ce que disait F.Nietzsche :
“L’art vit de contraintes et meurt de liberté”.


Merci, Madame Louise Arbour

7.02.07

Dans une interview accordée au “Monde” (07.02.07), Mme Louise ARBOUR, Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’homme, mais aussi ancienne Procureure des Tribunaux Pénaux Internationaux (Ex-Yougoslavie et Rwanda) apporte - enfin - quelque clarté sur l’éternelle et délicate question de savoir s’il faut attendre la fin de négociations dans un conflit armé avant de poursuivre les auteurs de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Autrement dit, la Justice internationale doit-elle attendre que la paix soit rétablie pour engager des poursuites, puisque dans un conflit, l’urgence de toutes les urgences, c’est la fin des combats et des souffrances des populations civiles ?

Extraits :
“Certains disent : la paix d’abord, la justice ensuite. (…) Or, “asservir la justice à des processus politiques, c’est la compromettre. Quand on commence à dire que “la justice doit intervenir au bon moment”, par définition, on l’instrumentalise.”

“Quand j’ai inculpé Milosevic, la majorité des opinions de l’OTAN était qu’un acte d’accusation serait catastrophique, que Milosevic allait se braquer. Moi, j’ai décidé que je porterais des accusations au moment approprié sur le plan de la justice. Huit jours plus tard, le conflit était terminé.
Je ne veux pas suggérer que c’est l’acte d’accusation qui a mis fin au conflit, mais on ne doit pas présumer des conséquences d’un geste de justice, surtout si c’est un geste qui a sa propre intégrité.
LA JUSTICE A SES RAISONS QUE LA RAISON POLITIQUE NE CONNAÎT PAS.”

Question : “Vous suggérez que des inculpations pourraient faciliter un réglement de la crise au Darfour ?
Réponse : ” Non. Je ne spéculerais ni dans un sens ni dans l’autre. Porter des accusations de génocide, de crimes contre l’humanité est un geste très solennel, qui a des conséquences importantes pour les victimes, pour l’accusé, et pour l’environnement international. Je me fais l’avocate de cette position extrême parce que personne d’autre ne le fait. Tout le monde parle de compromis, mais moi je pense qu’on doit dissocier les agendas.
(Quels sont donc les résultats politiques actuellement au Darfour) “pour nous dire d’y aller doucement avec la justice ?”

Le contexte afghan ?
“Dans ce pays, le premier geste de justice, important, c’est la “vérification” : empêcher que des personnes contre lesquelles il y a des preuves sérieuses puissent accéder à des postes importants dans le domaine politique, dans la fonction publique, dans la police.
Certains répondent qu’alors, ils continuent leurs activités de “seigneurs de la guerre”. C’est spéculatif. Et même si c’était le cas, que va-t-on faire ? Légitimer leur pouvoir ? Cela non plus n’est pas acceptable.”

Voilà qui est lumineux - et qui devrait moucher un certain nombre de sceptiques grincheux sur l’existence et le fonctionnement de la Cour Pénale Internationale, mais aussi l’administration américaine sur le risque politique du fonctionnement et des actes de cette Cour.
Tant qu’il y aura des juges internationaux qui auront la perspective et la conscience - pas seulement professionnelle - de Mme Arbour, et qui porteront l’exigence de justice à l’abri des toutes les compléxités géo-stratégiques, diplomatiques et politiques, il y a tout lieu d’espérer des progrès, lents, peut-être millimétriques, mais irréversibles, de la justice pénale internationale - qui, après tout, est aussi une forme de mondialisation.

L’administration Bush passera,
Ben Laden et les Talibans passeront.

La Justice passera aussi ,
mais dans l’autre sens…