Un bol de riz pour les “traders d’exception”

7.04.08

Cameroun, Sénégal, Bangladesh, Burkina-Faso, Madagascar, Philippines, Maroc, Mexique ….

Les émeutes de la faim se multiplient et la colère gronde, de tous les côtés, contre le coût des produits alimentaires de première nécessité.

Dans “le Monde” du 05.04.08, on peut lire ceci (p.19) :

(…) “ La vie chère, c’est l’explosion des prix alimentaires sous l’effet de la hausse générale des matières premières agricoles : selon la F.A.O., ils ont augmenté de 40 % en 2007 au niveau mondial.
Le blé (au plus haut depuis 28 ans), le maïs, le colza, le soja ou l’huile de palme ont vu doubler, voire tripler, en deux ans leurs cours au grand dam des populations pauvres dont les revenus ne progressaient pas autant.
Par la voix de son président, Robert Zoellick, la Banque Mondiale a décrété
(sic), mercredi 2 avril, qu’il fallait de toute urgence lancer un “new deal” alimentaire pour éviter que 33 pays connaissent des troubles politiques et sociaux.”(…)
Ce n’est pas avec des décisions unilatérales que le problème se règlera“, déclarait (le) Directeur général (de la FAO), Jacques Diouf, appelant les Etats à prendre des décisions stratégiques en matière d’alimentation mondiale, mais collectivement.”

Que se passe-t-il donc ?

- “la demande accrue des pays émergents est suscitée par la poussée démographique, mais aussi par la hausse du niveau de vie en Asie.”
- “ les terres se raréfient en raison de l’urbanisation accélérée, en Chine comme en Inde,”(…)
-” le réchauffement climatique contribue à aggraver les phénomènes de sécheresse et d’inondation qui détruisent les récoltes.”(…)
- “ la hausse des prix de l’énergie a provoqué celle des intrants (semences,pesticides, engrais,etc…)
- “ l’utilisation des des céréales, de la canne à sucre et des oléagineux pour la fabrication des agrocarburants a encore aggravé la situation.“(…)

Face à cette situation, qui fait quoi ?

(…) “LA SPECULATION A PROFITE DE CES TENSIONS POUR JOUER (sic) LES PRIX AGRICOLES A LA HAUSSE ET PLACER DES CAPITAUX SUR CES MARCHES DEVENUS UN REFUGE CONTRE LES FLUCTUATIONS DU DOLLAR OU CONTRE L’INFLATION RENAISSANTE. (…)

Le riz, dont le prix a augmenté de 30 % en deux semaines (…) est un cas d’école : ce petit marché subit les aléas climatiques(…) et des réactions protectionnistes.(…).
Les fonds d’investissement en ont donc fait un “véhicule” spéculatif de choix depuis trois mois.”(…)
” Il y a le feu à la maison pour plusieurs des nations dont le riz est l’aliment de base.”(…)

Autrement dit, nos “traders d’exception“, capables de perdre 5 milliards d’euros en jouant au loto sur leurs claviers avec 50 milliards d’euros (soit l’équivalent du P.I.B. annuel du Maroc) sont bien fichus d’affamer à court terme une trentaine de pays, en spéculant sur les matières premières et en bricolant avec les “produits dérivés“, les “private equity“, les “hedge-funds“, et autres jeux de casinos, issus de leur cerveaux devenus fous d’ingéniérie boursière.

Foin du marché immobilier qui s’est planté (ça eût payé…),
on bifurque in petto sur les marché du riz et du blé…

Le délire hystérique qui suit
vaut bien celui de nos “traders d’exception ” :

Qui poursuivra ces “Dr Folamour” sous les qualifications suivantes :

Article 6 : ” On entend par crime de génocide (…) la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction partielle ou totale.”(…)

Article 7 : ” On entend par crime contre l’humanité l’un quelconque des actes ci-après, commis dans la cas d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque (…dont) :
k) actes inhumains(…) causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à la santé physique ou mentale.”(…)

Article 8 : ” On entend par crime de guerre (…) le fait d’affamer délibérément des civils comme méthode de guerre, en les privant des biens indispensables à leur survie (…).

Guerre économique, s’entend.

Rendez-vous compte !
On en est réduit à donner un Prix Nobel de la Paix (et non pas d’Economie, en 2006) à un Bangladeshi, Mr Mohamed Younus, fondateur de la Grameen Bank, qui n’a rien fait d’autre que d’inventer le micro-crédit pour les familles les plus pauvres, au point que cette démarche est devenue une pratique dans les pays les plus riches (c’est même devenu “d’un chic fou“…). Il a ré-inventé la roue, c’est-à dire la démarche économique de base…

Vous allez voir que lorsque le système spéculatif mondial (où plus personne n’est responsable de rien) aura fait suffisamment de catastrophes et d’innombrables morts, on se rendra compte que c’est dans les pays les plus pauvres qu’on réussit à remettre sur pied une économie de bon sens qui soit au service de la population.

Dans le même numéro du “Monde”, on apprend qu’à New Delhi, la Banque Coopérative Sangini se préoccupe des prostituées : (…) ” Pour les atteindre, la banque envoie des femmes revêtues de blouses rouges qui sillonnent les maisons closes avec un sac qui contient des formulaires, un tampon et des billets en pagaille. “C’est le concept de la banque à domicile. (…) Nous récoltons les économies des prostituées avant qu’elles ne les dépensent.
La banque leur permet de racheter leurs dettes avec des emprunts à taux raisonnable. Ces prêts servent aussi à financer l’éducation de leurs enfants restés au village, ou à sortir de la prostitution en ouvrant par exemple un commerce.
Pour rendre ses prêts accessibles, la banque a dû s’imposer face aux usuriers et aux proxénètes.
(…) Mais depuis que la banque coopérative a attiré l’attention des chaînes de télévision indiennes, personne n’ose perturber ses activités.”

Sait-on le nombre de paysans indiens qui se suicident par désespoir et surendettement ?

Source photo : “Famine Memorial” - Dublin


Le “bourrage” par le conditionnel

6.04.08

Un article paru le 2 avril 2008 dans “Le Monde” (page 5) suscite un certain malaise.
Extraits (c’est nous qui soulignons) :

” Un enquête conduite, au Maroc et en Belgique, sur un réseau terroriste islamiste dirigé par Abdelkader Belliraj, 50 ans, arrêté en février, semble indiquer que la structure qui a été démantelée était de de premier plan.
Appréhendé au Maroc en compagnie d’une trentaine de suspects, le chef du groupe aurait été actif pendant plus de seize années et aurait bénéficié en Belgique(…) de l’aide d’une vingtaine de personnes.(…) Le groupe Belliraj visait, semble-t-il, à renverser le régime marocain..(…) Il aurait tenté de s’abriter derrière la façade légale de partis islamistes.
Selon des sources judiciaires belges, le groupe se livrait à des trafics d’armes et se serait aussi financé en organisant d’importants hold-up(…) Cet argent aurait en partie été blanchi dans des activités immobilières au Maroc. A. Belliraj aurait, dans les années 1980, personnellement commis six assassinats en Belgique(…)
Au Maroc, le rôle du suspect reste trouble. Incarcéré à la prison de Rabat-Salé, il serait selon (…) le Ministre de l’intérieur, l’âme du réseau qui, préparait, en fait (sic), une insurrection armée. Selon des sources sécuritaires, le roi Mohamed VI faisait partie des cibles du groupe.
Présenté comme un islamiste convaincu (…) A. Belliraj était, semble-t-il, en contact avec le GSPC algérien, devenu une branche de Al-Qaida, et le Groupe islamique combattant marocain (GICM).
Selon le Ministre de l’Intérieur, des contacts auraient aussi été établis entre son groupe et le Hezbollah, en 2002, en vue d’un entraînement de ses hommes au Liban. Ils auraient finalement été formés en Afghanistan.
Les preuves de ces affirmations n’ont pas été fournies jusqu’à présent.

Il est certain, en revanche, que l’enquête de police a permis la découverte d’une dizaine d’armes légères dissimulées à Nador, dans le nord du pays. Devaient-elles servir à des actions dans le Royaume ?Mon client qui nie être un chef terroriste, dit que ces armes étaient destinées aux islamistes algériens”.(…), assure au “Monde” son avocat.
Des sources policières disent douter de cette version.

Un mystère de plus en plus épais entoure, en fait, la personnalité du principal suspect.
Il s’est livré à de nombreux revirements depuis qu’il a été présenté comme un informateur rémunéré de la Sûreté de l’Etat - les services de renseignement belge - et depuis ses aveux - sur lesquels il est récemment revenu - en ce qui concerne les assassinats qu’il aurait commis.(…)
Il a nié devant le tribunal de Salé, le 17 mars, avoir travaillé pour les services belges. Il aurait par ailleurs indiqué qu’il avait simplement voulu agir par “loyauté” envers son pays d’adoption en l’informant sur l’activité des islamistes en divers endroits du monde.
Ce point est d’une grande importance pour l’enquête menée en Belgique, qui doit déterminer comment (il) a pu, pendant seize ans, mener ses activités criminelles à l’insu des autorités belges.
Promu chef militaire de son réseau clandestin(…) il a voyagé en Iran, en Arabie Saoudite et en Algérie.
Il paraît démontré (sic) également qu’il a rencontré Ayman Al-Zawahiri, numéro deux d’Al-Qaida, en Afghanistan. La Sûreté belge l’aurait-elle “couvert” dans tout ou partie de ces missions ?
En 2005, avant les attentats de Londres, ce sont les renseignements qu’il a fournis qui auraient en tout cas permis de démanteler une cellule terroriste à Liverpool, au Royaume-Uni.”
(Fin de l’article)

Bon, alors, tout cela est peut-être vrai et le journaliste écrit son article au conditionnel par respect de la présomption d’innocence d’une personne sous enquête et dont le nom est mentionné dans l’article.
Point final.

Mais on peut aussi se poser les questions suivantes :

De l’article, qu’apprenons-nous comme faits avérés ?
1 - on a retrouvé 10 armes légères au nord du Maroc : “Pour renverser le régime marocain (…) avec le roi Mohamed VI comme cible “ ???
2 - il a voyagé en Iran, en Arabie Saoudite et en Algérie : so what ?. Donc il aurait été en contact (?) avec Al-Qaida, le Hezbollah, et le GSPC algérien.

L’Abrincate a aussi beaucoup voyagé, depuis 15 ans, dans une vingtaine de pays, pour travailler avec les juges, policiers, et autres spécialistes de la délinquance juvénile et des trafics d’enfants. So what ?

Quant à “l’âme du réseau”…”promu chef militaire du réseau clandestin”

L’article ne mentionne que des spéculations ou affirmations dont les seules et uniques sources sont le “Ministre de l’Intérieur“, l’”enquête de police au Maroc“, des “sources judiciaires belges“, les “sources sécuritaires marocaines“…

Avec, en fin d’article, l’hypothèse, tout aussi spéculative que le reste de l’article, que ce suspect serait l’instrument des services de renseignement belges. Le simple fait de suggérer cette hypothèse laisse froid dans le dos, lorsqu’on sait ce dont sont capables les services secrets des dictatures : et si les pays démocratiques s’y mettent …

Il ne s’agit pas de dire que l’article est faux,
mais de deux choses l’une :

- ou bien, on n’a rien à dire de véritablement factuel qui constitue un ensemble d’informations avérées et alors, on se tait.
En tout cas, on ne met pas l’article sous le titre : ” L’enquête confirme le démantèlement d’un important groupe islamiste”. L’article ne confirme rien, puisque tout est au conditionnel.
- ou bien on laisse le lecteur dans une ambigüité délibérée qui alimente une démarche de manipulation sécuritaire de l’opinion publique, entretenue par les seules sources d’informations mentionnées dans l’article. Car, comme toutes les propagandes d’Etat le pratiquent depuis des lustres, on distille à répétition des soi-disant “informations” sur le terrorisme, mais au conditionnel en sachant fort bien que le lecteur ne retiendra que “la confirmation du réseau terroriste”, en oubliant l’emploi systématique du conditionnel.

C’est ainsi que la peur passe avant la raison.

C’est au nom du respect que l’on porte depuis plus de 30 ans à la crédibilité des journalistes du “Monde” qu’on se permettra de craindre que même les meilleurs puissent insensiblement se laisser manipuler.

Il serait infiniment triste de voir des journalistes se transformer en “churnalists” …
En anglais “to chur out ” = baratter, comme “baratter le beurre”. On remue, on brasse…
Voir cet article du “Guardian” :
Our media have become mass producers of distorsion”.

Quand on sait le nombre de mensonges d’Etat re layés par les médias américains, et autres, depuis le début de la “guerre contre le terrorisme” (voir Guantanamo), on attend de journalistes qu’ils fassent passer la raison avant la peur.

Source de la photo


Nouvelles du front - et du fond de la prison

3.04.08

Que celles et ceux qui considèrent que la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (cf. les Articles 37 et 40) n’est qu’un chiffon de papier qui prétendrait instituer l’enfant-roi, veuillent bien se taire quelques instants, pendant la lecture de cet extrait de rapport de déplacement dans un pays d’Afrique, la semaine dernière (24-29 mars 0 8) à l’occasion d’une visite de la Prison Centrale de la capitale.

Entrée par les bureaux.
Un greffier : “Combien y a-t-il de mineurs dans cette prison? - “Environ 80“.
A la même question, le Directeur : ” Environ 60“.
De passage devant le bureau de la cheffe-greffière, la feuille statistique quotidienne (date : 27 mars).
Nombre de prisonniers : ” 858 “. Capacité de la prison . ” 300 “. Nombre de mineurs : ” 90 “.

Visite du quartier des mineurs en compagnie du Directeur de la Prison, militaire en uniforme : le personnel de la prison est en effet constitué de militaires, détachés du Ministère de la Défense.
Sur 90 mineurs, 7 sont des condamnés, et donc 83 sont en détention provisoire, parfois depuis des années, c’est à dire en violation flagrante du Code de Procédure Pénale, qui prévoit un maximum de 4 mois (délits) ou 6 mois (crimes), renouvelable une fois - et donc la durée maximum, selon le Code, devrait être d’un an de détention provisoire. Rappelons que la détention préventive est une période pendant laquelle un détenu est toujours considéré comme présumé innocent, et qu’elle ne devrait être qu’un élément de procédure pour les besoins de l’enquête…

Serré la main d’un des mineurs, incarcéré depuis 2001 pour un crime (homicide involontaire) commis à l ‘âge de 14 ans : il a donc aujourd’hui 21 ans et attend donc son procès depuis 7 ans. Comme il est devenu majeur, il a été “promu” à la responsabilité de “chef de chambrée” pour contribuer à la discipline du quartier des mineurs - “bénévolement“, cela va de soi… D’autres mineurs attendent leur procès depuis un ans, deux ans, quatre ans ou cinq ans….

Des ONG ont eu connaissance du rapport de l’Administration pénitentiaire sur le statut de ces mineurs et ont pu faire leur propre vérification : la liste nominative des mineurs était fausse à 50 % : des mineurs présents n’étaient pas sur la liste et des mineurs listés n’étaient pas présents (seule possibilité : certains étaient peut-être en libération conditionnelle, soit qu’ils étaient été “élargis” en fin de peine et on a simplement oublié de mentionner leur départ sur les registres.
On nous signale que dans certaines prisons de province, des mineurs sont en prison au-delà de la durée légale de leur peine par simple perte du dossier. Il a même été constaté dans un cas que personne n’ayant retrouvé la clé de l’armoire en fer qui contient les dossiers, personne ne sait qui devrait être déjà sorti. Donc ils restent en prison.
A part ça, tout le monde se plaint de la surpopulation dans les établissements pénitentiaires du pays.

On peut rappeler ici que dans la plupart des pays, des prolongations abusives de détention provisoire peuvent entraîner des sanctions à l’encontre des juges dont les décisions (ou négligences) sont illégales et que les détenus peuvent ultérieurement faire valoir leurs droits à des compensations.
Mais, dans le cas des mineurs, on ne va pas s’emmerder avec ces histoires, puisque par définition, ces mineurs sont issus de familles qui n’ont pas les moyens de se payer un avocat…
Sur les 90 mineurs incarcérés, 32 attendent leur procès pour crime, relevant de la Cour d’Assises des Mineurs. Pourquoi celle-ci n’a-t-elle pas encore statué sur leur sort ?
La Cour d’Assises se réunit ” ad hoc ” une ou deux fois par an, pour juger d’abord les adultes poursuivis pour crimes et lorsque la ” sessin des majeurs” est terminée, le “rôle” prévoit de passer aux jugements des mineurs. Mais en général, il n’y a plus d’argent pour payer les juges d’Assises, qui sont des juges habituels percevant des indemnités supplémentaires lorsqu’exceptionnellement ils siègent en Assises. Donc les mineurs attendront la prochaine fois. D’où la durée interminable - et indéterminée - de leur détention provisoire.
A la question posée devant la personne faisant office de Ministre de la Justice, le Premier Président de la Cour d’Appel, présent à l’entretien, répond par un chiffre en monnaie locale, qui correspond à 3 000 euros (repeat : trois mille euros).

Encore plus fort :
Un des mineurs incarcérés est condamné à la peine capitale, pour meurtre commis à l’âge de 17 ans, alors que l’Article 67 du Code Pénal du pays stipule explicitement que la peine de mort n’est pas applicable aux mineurs dans ce pays. Il avait tué un “chef de quartier”, ce qui avait suscité une émotion considérable parmi les autorités comme dans l’opinion publique, au point de le considérer et de le juger comme un majeur.
Officiellement, il s’agirait d’un doute sur l’âge réel et l’identité du condamné.
Or, depuis plusieurs mois, l’acte de naissance a été produit par des ONG et diffusé auprès des services “compétents”. Pas de résultats. Le directeur de l’UNICEF a fait une démarche officielle le 6 mars dernier. Toujours pas de résultats.
Il a donc fallu faire valoir un nouvel argument à la personne faisant office de Ministre de la Justice : si, au Comité des Droits de l’enfant et dans les bureaux du Conseil des Droits de l’homme à Genève, on apprend qu’un mineur est condamné à mort alors que la loi nationale du pays l’interdit, cela pourrait avoir des conséquences sur l’image internationale du pays - qui n’est déjà pas brillante. D’autant plus que le sujet de la peine de peine est un sujet sensible et permanent au niveau international en général (et pas seulement à propos de mineurs).
Bien que contestant spontanément cette analyse, la personne faisant office de Ministre de la Justice donne, devant nous, l’ordre de vérifier l’identité et l’âge du condamné (alors que ces services disposent déjà de moult copies de l’acte de naissance).
La détention d’un mineur illégalement condamné à mort … dans la balance avec l’image du pays …
Dans ce même pays, une ONG a obtenu, en 2003 pour un autre mineur condamné à mort en province, que sa peine soit, la veille du jour de son exécution, commuée en dix ans de prison, ce qui est la peine maximum prévue par la loi pour les mineurs.
Autrement dit, il suffit de demander…

Paradoxalement, le Directeur de la prison est parfaitement conscient de ces “dysfonctionnements”: il en est même choqué et dit lui-même qui gère un établissement où des mineurs sont ” sequestrés” (au-delà de la durée légale de la détention préventive).
Mais c’est un militaire, qui dépend donc de la “Grande Muette”. Il peut - il doit - faire un rapport régulier au Juge pour chaque détenu, y compris en mentionnant que la détention de certains mineurs est abusive.
Il n’est cependant pas question qu’un criminel sorte de prison, pour cause de risque de récidive, et donc seuls les juges peuvent libérer un détenu.
Mais comme il manque 3 000 euros pour que la Cour d’Assises fonctionne, tout le monde attend.
Ce Directeur n’a donc pas la possibilité d’”élargir” les détenus illégaux : sa seule possibilité c’est lorsqu’un mineur est gravement malade, il a l’autonomie de décision pour l’envoyer à l’hôpital, en espérant que le mineur convalescent en profitera pour “s’élargir lui-même“.

A la question ” Quel votre problème principal avec ces mineurs ?” - Réponse : ” La nourriture.”
Oublié de préciser, en effet, que les 90 mineurs de cette prison n’ont qu’un repas par jour.

Autres billets précédents de ce blog sur les mineurs en prison :

“Enfants en prison”

“Un mineur en prison pour 260 000 euros ?”

Pour celles et ceux qui s’intéressent à la Justice des Mineurs,
voici un nouveau site d’assistance technique internationale (français, anglais, espagnol):
www.juvenilejusticepanel.org


” Penser l’impensable “, qu’ils disent maintenant …

23.03.08

Après avoir vilipendé les salaires des fauves,
pourfendu ceux qui transforment le monde en ” casino global “,
vitupéré contre les Etats qui, ” n’ayant plus d’argent “, investissent leurs réserves dans la Bourse,
après même avoir fait mine de croire que la régulation des marchés financiers était une farce,
qui aurait cru qu’un mois plus tard, nos éminents économistes,
qui n’ont jamais manqué une marche de condescendance
sur les incompétents en économie que nous sommes,
viennent nous dire ceci :

Editorial de Nicolas Barré, dans ” Le Figaro “(14.03.0 8) :

” Il faut savoir “penser l’impensable“, disait mercredi le numéro deux du Fonds Monétaire International, suggérant à demi-mot (sic) de nationaliser les pertes du système bancaire. (…)
La situation actuelle appelle une réponse globale. Il est minuit moins cinq. Il reste peu de temps pour penser l’impensable avant qu’il ne survienne.”

De Yves de Kerdrel, dans ” Le Figaro “(18.03.0 8) :

(…) ” A tout moment, cette crise, qui n’affecte pour le moment que le secteur financier, peut se transformer en une tornade qui dévastera l’économie mondiale.
On a déjà dépassé le stade du battement d’ailes de papillon cher à la théorie du chaos “.
(…)
” Il n’y a pas de capitalisme efficace sans une régulation adaptée. Il n’y a pas de vrai libéralisme si l’environnement ressemble à un “ laisser-faire.(…)
Il s’agit de s’interroger sur (ces) normes qui s’appliquent à 7000 sociétés cotées dans le monde. D’autant qu’elles n’ont été décrétées par aucun gouvernement. Elles ne sont issues d’aucun processus démocratique. Elles ont été émises et instaurées par un sympathique “club” de comptables aguerris regroupés au sein d’une institution internationale, l’IASB, qui n’a de compte à rendre à personne, mais dont les règles s’imposent à tous.
Il existe peu d’exemples au monde où une institution disposant d’aucun contre-pouvoir puisse de son propre fait changer les règles du jeu du capitalisme. Sans
(en) mesurer les conséquences dramatiques “(…)
” Ce n’est pas faire injure au libéralisme de souhaiter que les démocraties reprennent au plus vite la main sur la comptabilité, sans laquelle la confiance des investisseurs ne peut exister de manière durable.”

C’est “Le Figaro” qui va nous convaincre du bien-fondé de l’argumentaire de la Ligue Communiste Révolutionnaire : il faut recruter d’urgence Alain Besançenot comme éditorialiste du “Figaro”.

Dans le “Monde” du 21.02.08, Eric Laser écrit :

(…) ” Les outils de politique monétaire ont leurs limites. Les baisses de taux mettent des mois à se diffuser dans l’économie et ne sont qu’un moyen indirect de soutenir les emprunteurs.”(…)
” Une intervention de l’Etat sera peut-être nécessaire.”
(…) “Au Congrès, les parlementaires réfléchissent à la possibilité pour l’Etat de racheter massivement les prêts immobiliers.”

Toujours dans ” Le Monde ” (20-03-08), dans un article de C.Gatinois et A. Michel :

(…) Après ” l’étincelle des subprimes “, suivi de “ l’embrasement des banques “, qui entraîne la “ panique des marchés “, (…) ” l’action de la Réserve Fédérale américaine contribue à faire plonger le dollar sans juguler tout à fait la défiance envers les banques.
Et si le marché d’actions surnage, les investisseurs lui préfèrent les matières premières (pétrole, or, blé) considérées comme des valeurs-refuges. Les prix flambent.
(…)
” Comment sortir de la crise ? La solution pourrait être radicale, bouleversant même le modèle capitaliste américain. ” Si la crise dure et s’approfondit, les solutions passeront forcément par l’Etat, qu’il s’agisse de créer un fonds de défaisance ou de procéder à des nationalisations provisoires de banques en difficulté”, estime J.L. Mourier, économiste chez Aurel Leven.

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Donc, si l’on comprend bien (mais oui…), nous allons d’abord payer avec l’augmentation des denrées de première nécessité (blé, matières premières, pétrole, etc…), mais il se pourrait aussi que les contribuables payent une deuxième fois par les interventions de l’Etat, pour que les investisseurs - qui n’ont de comptes à rendre à personne (voir article précédent ci-dessus) - retrouvent la confiance. En eux-mêmes. cela va de soi.

De toute façon,
même si vous ne comprenez rien,
dites-vous bien : nous allons tous payer,
et plutôt deux fois qu’une.
On continue :
Dans le “Frankfurter Allgemeinde Zeitung” (Allemagne), le directeur de la Deutsche Bank, Josef Ackermann, affirmait le 19 mars :
(…) ” Nous ne devons pas oublier que les dirigeants des banques qui enregistrent de bons résultats gagnent des dizaines de millions d’euros par an. Les gestionnaires des fonds spéculatifs et des fonds d’investissement, quant à eux, gagnent encore plus. A l’heure actuelle, les dirigeants des banques se posent en défenseurs de la liberté du marché. Si l’édifice de la spéculation menace de s’effondrer comme un château de cartes, les banques d’émission et les contribuables devront le remettre sur pied. Dans l’intérêt de la communauté (ndlr : was ist das ?), l’Etat n’a rien d’autre à faire.
Toutefois , ces mesures de sauvetage sont préjudiciables à la réputation du secteur financier. Il ne peut s’en prendre qu’à lui-même s’il doit en rappeler à une régulation.”
Dans “L’Hebdo” (Suisse), Jacques Pilet rempile :
(…) La crise que nous vivons (…) fait éclater au grand jour toute une chaîne de mensonges, l’incompétence des dirigeants arrogants et obsédés par leur fortune personnelle, l’impuissance des banques centrales et la docilité des opinions publiques qui trop longtemps ont cru aux fables qu’on leur servait.
Mais le plus troublant
(ndlr : pour qui ?) est ailleurs. Les maîtres de la finance mondiale proclamaient une double foi : les Etats-Unis sont le modèle absolu de la réussite économique, le libéralisme absolu est l’avenir du monde. Cette approche théologique en prend un sacré coup…(…)
Personne ne peut croire que, par elles-mêmes, les banques ” mettront de l’ordre ” dans un système qu’elles ont détraqué par leurs acrobaties irresponsables. Personne ne peut croire que les opinions publiques accepteront longtemps encore de panser les plaies des géants en puisant dans les budgets publics.”
Les opinions publiques auront-elles le choix ?



Le pouvoir rend con.

19.03.08

Une nouvelle génération de Tibétains, qui ne se satisfait pas d’”attendre Godot” pour voir respectée l’identité du peuple tibétain, se révolte, dans la violence, contre le pouvoir central chinois.

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Et voilà que le gouvernement chinois accuse le Dalaï-Lama d’avoir fomenté ces révoltes violentes : lui qui, depuis plus de 50 ans, prône “urbi et orbi” la non-violence…
Une idée n’a-t-elle pas effleuré ne serait-ce qu’un seul cerveau dans cette Assemblée Populaire ? L’idée, par exemple, qu’il eût été d’une intelligence élémentaire de profiter d’avoir en face de soi un leader non-violent et charismatique, que le monde entier vénère, pour tenter un compromis auquel il faudra bien arriver ?

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G.W.Bush : restera dans l’histoire comme un des chefs d’Etat les plus irresponsables et incompétents que l’humanité ait portés.
Il vient de faire une conférence de presse (ce 19.03.0 8) pour justifier - encore et encore - la guerre en Irak, tandis que son vice-président, l’ineffable Dick Cheney, affirmait avant-hier à Bagadad, que les progrès sur le terrain étaient “phénoménaux”..

Du témoignage de Patrice Claude, correspondant du “Monde” à Bagdad, on a pu entendre ce matin, sur France-Culture, que l’armée américaine a mandaté la (trop fameuse) société privée de mercenaires “Blackwater” pour assurer la protection des personnalités entre l’ aéroport de Bagdad et la fameuse ” zone verte ” au cente-ville.
Distance : 16 kms. La société privée, affirme Patrice Claude, facture la prestation à 7 500 US Dollars (sept mille cinq cents dollars) par personne.
Autrement dit, 5 ans après la chute de Saddam Hussein, et avec 155 000 soldats, l’armée américaine est incapable d’assurer la sécurité de quiconque, sur les 16 kms de route entre l’aéroport et le centre-ville de Bagdad…

Patrice Claude ajoute qu’aujourd’hui, la moitié des enfants en âge scolaire primaire ne vont plus à l’école, que 18 % des femmes irakiennes sont veuves, que le chômage, officiellement affiché à 25 %, est en réalité de plus de 50 % de la population active, que le Premier Ministre irakien se plaint sans cesse que ses ministres, haut-fonctionnaires et députés élus se planquent à Amman (Jordanie) la plupart du temps (sous tous les prétextes possibles et imaginables).
Et surtout qu’il n’est pas exclu que les ” dégâts colatéraux ” de cette guerre sur la population civile aient des conséquences plus graves que celles de l’embargo dans lequel le pays a été maintenu par les Nations Unies pendant près de dix ans.
Nul ne peut dire combien de morts irakiens cette guerre aura fait depuis 2003 (un e étude publiée par le magazine “The Lancet” fait état de 655 000 morts) et les médias américains sont interdits de reportage sur le retour des “body-bags” des 4 000 soldats US morts au combat.

Mais le noyautage des médias est tel qu’on n’en saura rien : l’opinion publique est maintenue derrière ses hublots bien calibrés :

Ce sinistre petit cancrelas de G.W.Bush vient encore de déclarer, dans sa conférence de presse du 19.03.08 , que la situation en Irak était un “succès stratégique majeur”
On en connaît qui auraient dit : ” Casse-toi, pauvre con !” pour moins que ça…

Le même G.W.Bush a tout fait, au fil des huit dernières années, pour torpiller l’action des Nations Unies, et notamment le multi-latéralisme dans le débat sur les droits de l’homme, pour torpiller la Cour Pénale Internationale ; il a refusé une loi sur l’aide à 19 millions d’enfants américains (pour des raisons budgétaires - sic), a explicitement justifié encore récemment l’usage de la torture en mettant son veto à un projet de loi du Congrès.
Il reste 307 jours avant la fin de son mandat, et pour voir disparaître cette tâche noire sur l’histoire et l’idéal américains.

Italie : le candidat Berlusconi (dont la fortune personnelle est estimée à 11, 7 milliards d’euros), lors d’un direct télévisé, a vivement conseillé à une de ses interlocutrices, en situation précaire, d’”épouser un millionnnaire”, protestant ensuite que son humour n’était pas apprécié. Pauvre type…

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Comme disait Edmond Kaiser :

“La peur que les puissants inspirent disparaît dès qu’il est manifeste qu’en réalité, que ce sont eux qui ont peur. Ils ne sont qu’apparatchiks, leur appareil n’est qu’apparat, ils ne sont forts que de leur force. Inversement proportionnelles, en ces combats, la faiblesse du fort et la force du faible.(…)
” Ingérence maximum dans les affaires de l’humanité, sur toute la terre.
Irrespect actif des irrespectables traditionnellement respectés.
(…)
Reprendre à notre humble mesure, notre âme, notre conscience, nos pouvoirs des mains indignes auxquelles nous les avons confiées.
(…)
Notre force, devant ces gens qui détiennent le pouvoir (des mégaphones à kilomètres cubes de baratin), c’est de n’être rien du tout, nous pouvons donc les terroriser.
Car l’attribut essentiel du pouvoir, c’est la trouille. De le perdre.
(…)
En cognant sur la tête des grands, on fait du bois pour les petits.”

Voir aussi ces billets précédents sur ce blog :
” La politique ? un hôpital de fous” (Blaise Pascal)
ou encore
“Le reste muet de la politique” (Michel Foucault)


Encore la Françafrique, dans ses (basses) oeuvres

19.03.08

Mr Paul-Eric Kingué, jeune maire de la commune de Njombé-Penja, près de Douala (Cameroun), élu en juillet 2007, découvre, en prenant ses fonctions en septembre dernier, que les entreprises (PHP, Caplain, SPM), dirigées par des Français et exploitant sur le territoire de sa commune (bananeraies, plantations,etc…), ne paient aucun impôt, ni taxe d’aucune sorte depuis 30 ans.

Après avoir écrit au Premier Ministre, il reçoit de la Direction Générale des Impôts, le 3 décembre 2007, la confirmation du “bien-fondé de sa requête“. Laquelle Direction notifie aux entreprises concernées les rappels en conséquence.
En conséquence de quoi … les patrons français téléphonent au jeune maire pour le menacer, l’un “d’avoir(sa) tête à coups de millions”, et l’autre “de le faire assassiner ou (sic) emprisonner, après l’avoir fait déposer de ses charges de maire.”

Mais curieusement, après le séjour des expatriés de la bananeraie à Yaoundé, je me suis surpris en train d’être appréhendé comme un chef de gang devant mes populations par des militaires et gendarmes, transportés dans six camions (Armée de terre) et 12 pick-up (de la Gendarmerie).”

Entendu par le Procureur de la République de Nkongsamba, il est suspecté de ” complicité de pillage en bande et incitation à la révolte “.
Pas d’avocat, pas de droit à la défense, pas de mise en examen… Sa maison a été perquisitionnée le 1er mars 2008 en son absence (ce qui est illégal), il a été incarcéré, sans droit de visites, et privé d’eau, de nourriture ainsi que de toute communication avec sa famille.

Il est vrai que ces évènements ont coïncidé avec les émeutes qui se sont déroulés dans le pays entre le 25 février et le 10 mars, troubles liés à l’augmentation du coût de la vie et qui ont entraîné des pillages.

Ce jeune maire, militant du “Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais” (parti gouvernemental) a donc dû affronter cette situation, 6 mois après sa prise de fonctions.
Il a réussi à calmer les groupes de jeunes révoltés, ce qui lui a valu les félicitations du GMI (Gendarmerie) de Douala, ” pour le courage et et le rôle que j’ai joué pour maîtriser la fureur des jeunes en colère” sur sa commune.
Je me vantais d’ailleurs d’avoir ramené le calme dans ma localité dès le 27 février, alors que les autres villes étaient encore au fort de la crise.

Du fond de sa cellule, Mr Kingue écrit donc au Président de la République du Cameroun.

On peut lire l’intégralité de la lettre de Mr Kingue au Président de la République camerounaise (dont les citations ci-dessus sont extraites) sur les sites suivants :

20mai.net : “La tribune du peuple camerounais
allafrica.com
cameroon-one info

Sans prétendre - à 8 000 kms - connaître tous les éléments de la situation locale, mais connaissant - ô combien - l’attitude fréquente des Français résidant en Afrique “ pour affaires “, on pourrait fort bien se retrouver devant une situation assez analogue à l’attitude néo-coloniale des responsables de l’Arche de Zoé au Tchad : ” en tant que Français, on fait ce qu’on veut, quand on veut, en Afrique, et tous les moyens sont bons.”

Ces entreprises salarient leurs employés au tarif de 15 000 à 25 000 Fcfa par mois,
soit entre 25 et 40 euros par mois.
Sans payer d’impôts ni taxtes depuis 30 ans, bien entendu.
Et après on s’étonne :
- de l’absence de services publics de base dans les communes rurales africaines,
- de l’exode des jeunes vers les villes, puis sur des bateaux pourris où ils savent qu’ils risquent leur vie en essayant de rejoindre l’Europe.

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On ajoutera cette note, du 28 janvier 2008 (et donc sans lien possible avec les émeutes) publiée dans Libération Afrique ” :

” La situation dans la zone de Njombe-Penja est préoccupante. Le coin, réputé autrefois pour la fertilité de ses sols, la richesse de son tissu économique, ploie aujourd’hui sous le joug de la pauvreté. Pire il est en passe de devenir un bastion de la pollution dans le paysage économique camerounais. Le ” mérite ” en revient à un géant industriel, la société des Plantations du Haut-Penja, ne abrégé PHP. Cette multinationale française se livre depuis le début des années 1990 à la culture intensive de la banane dans la région. Après plus d’une décennie d’exploitation, le bilan de l’entreprise se chiffre en pollution, malversations et exactions de toutes sortes.”

Franchement,
qui est vraiment auteur de “complicité de pillage en bande et d’incitation à la révolte ” ???

Sans oublier tous les discours sur la ” coopération “win-win(gagnant-gagnant), la ” bonne gouvernance” , la transparence des investissements, la protection de l’environnement, et tout le charabia des leçons faites à la jeunesse africaine.

Un jour, ils nous foutront dehors
et on l’aura bien cherché.

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PS : Si les entreprises nominativement mentionnées dans ce billet - et qui sont explicitement citées dans le courrier du Maire au Président de la République camerounaise, courrier largement diffusé sur Internet - souhaitent réagir à ce billet, c’est bien volontiers que nous ajouterons leur point de vue à ce billet.
Argumentation solide, s.v.p.

Voir aussi les billets précédents de ce blog sur ce thème :

” L’Afrique pillée de tous les côtés ”
ou encore :
“Arche de Zoé : la désobéissance civile par le mensonge ?”
ou encore :
” Des rats dans la Françafrique “
et enfin :
” Loi africaine sur l’immigration des ressortissants français “


Commerce des armes : des statistiques effarantes

15.03.08

Sur ce site, on peut prendre connaissance
des informations suivantes :

16 milliards de munitions sont produites chaque année, soit plus de 2 balles pour chaque homme, femme ou enfant sur la planète.

60 % des armes légères sont entre les mains de civils et plus de 80 % des armes légères illégales proviendraient au départ d’un commerce reconnu par les Etats.

Un tiers des pays du monde consacre plus d’argent aux dépenses militaires qu’aux dépenses de santé.

Les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies sont responsables de deux tiers des exportations d’armes conventionnelles dans le monde.
Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni dégagent des exportations d’armes un revenu supérieur à celui de l’aide qu’ils ont versés aux pays acheteurs.

L’Indonésie, deuxième destinataire au monde de l’aide étrangère, dépense pour ses forces militaires, presque le même montant que les fonds reçus au titre de l’aide internationale.

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Voir aussi un billet précédent :
” Faire son beurre sur les canons “ 


Crise boursière et escroquerie : pléonasme ?

24.01.08

Définition de l’escroquerie :

” Se caractérise par une tromperie dans le but de se faire remettre de l’argent, des valeurs ou des biens. (…)
L’escroquerie n’est retenue qu’à la condition qu’il y ait tromperie au moyen d’un procédé issu de l’imagination de l’escroc. Il peut s’agir de l’usage d’un faux nom, d’un abus de qualité ou du recours à des manoeuvres frauduleuses.(…)
“Abus de qualité vraie : abuser d’une qualité qui inspire confiance.”

Et donc :

Entendu sur France-Culture ce matin, une interview de Daniel Cohen, économiste, qui commentait ainsi la crise boursière actuelle :

Question d’Alain-Gérard Slama : ” On a toujours entendu dire que la capitalisme s’auto-régulait, et en particulier les banques. Alors, comment se fait-il qu’elles aient été prises à ce point en défaut ?”

Réponse de Daniel Cohen :

” Tous ceux qui ont pensé que le système financier pouvait s’auto-réguler sont des naïfs ou des incompétents. La seule chose que l’on sait est que le système financier, dans son histoire éternelle, va de crise financière en crise financière. L’idée qu’on puisse demander aux acteurs d’arrêter de prendre des risques…

Quelle est la pathologie du système qui fait qu’il va de crise en crise ? Elle est très simple : c’est que dans tout système financier, lorsqu’il y a des gains c’est pour les opérateurs qui les ont généré ; lorsqu’il y a des pertes, elles sont toujours mutualisées, soit par les déposants, ce qui était le cas en 1929, soit parce que ce sont les Etats qui viennent au secours des pertes. Donc, à partir du moment où on a un jeu asymétrique - et c’est toujours le cas des marchés financiers - il est sûr que les marchés financiers vont toujours à la limite du risque, parce que pour celui qui a des stocks-options, si ça monte, je gagne, si ça baisse, je perds (en fait, je ne perds pas puisque la rémunération est indexée à la hausse).
Mais le système financier fonctionne selon ce principe : si vous faites perdre des milliards, vous perdez votre job, et vous en trouvez un autre, mais vos pertes ne sont pas proportionnées aux pertes que vous faites subir à la société.
Donc, tout le système financier est forcément instable pour cette raison même : on le sait, et l’enjeu est donc :
1) d’avoir des régulations qui permettent, autant que faire se peut, de limiter les excès. Les régulations sont toujours détournées au bout du compte : il n’y aucune régulation qui ne vaut très longtemps…
2) il faut protéger la société de ces excès. C’est ce qu’on a fait en 1929, après 1929 : on a compris qu’il fallait protéger les déposants des risques que les banques leur faisaient courir, et on a un système de garantie de dépôts aux Etats-Unis qui fait qu’on n’a plus de crise systémique.
(…)

L’idée que les marchés financiers pourraient trouver eux-mêmes la voie de la raison est une méconnaissance complète des mécanismes.
Dans la régulation de Bâle, dans la régulation que les banques s’imposent à elles-mêmes, on en est arrivé au point - et c’est idéologique - de demander aux banques d’évaluer elles-mêmes leur coefficient de risque pour fixer les niveaux de réserves prudentielles : ça, c’est le comble de la dé-réglementation.
Quand on voit aujourd’hui que les banques sont totalement incapables d’évaluer les risques qu’elles ont prises, et qu’elles ont fait prendre à leurs actionnaires, avec ces produits mathématiques que personne ne comprend - et sans doute pas même ceux qui les ont inventées - c’est extravagant de se dire qu’au coeur du logiciel bancaire, il y a une auto-évaluation des risques que les banques prennent.

Là, il y a certainement un immense retour de bâton qui va se produire avec la crise des “subprimes“. (…) Vous n’allez pas me dire qu’en fabriquant des cocktails de crédit à des ménages insolvables, on arrive à produire des crédits de très haute qualité !!! Je rappelle qu’au départ les subprimes sont des crédits faits à des “délinquants” américains, mais qui, combinés à des formules mathématiques, devenaient des crédits de qualité … égale à la dette des gouvernements (critère de notation, dit des “3 A”).
La régulation doit passer pour empêcher ça.

Question d’Olivier Duhamel :
“Alors, comment sortir du dilemne diabolique d’aujourd’hui, si on est responsable politique ou responsable des grandes banques centrales : si je ne fait rien, je laisse arriver une récession catastrophique et si j’interviens, je viens payer à la place des gangsters ?”

Réponse de Daniel Cohen :
” Il n’y a pas de solution, il faut toujours naviguer entre ces deux maux.
Sauver les banques aujourd’hui serait la bonne solution. Si les 100 milliards de Bush avaient été injectés dans les banques, il n’y aurait plus de crise. Evidemment, en faisant cela, je récompense les gangsters…

Il faut ruser, il faut trouver une solution. Ces crises font partie du monde dans lequel on vit : on aurait pu couper la poire en deux :créer un fonds de sauvetage pour les banques le plus en difficulté et criminaliser les dirigeants (on l’a fait après Enron et autres affaires) qui ont mis en péril la communauté.
Les taux d’intérêt vont baisser en Europe si la crise devait durer, mais cela ne se fera pas avant deux ou trois mois, et entre-temps, peut-être l’irréversible aura peut-être été commis.”

Le rédacteur de ce blog étant membre à part entière de la cohorte des réputés incompétents en économie, il se sent donc libre d’exprimer l’opinion suivante :
La technique consistait donc, dans les banques américaines, à faire des prêts à des personnes insolvables puis de faire disparaître les risques en les noyant dans une alchimie d’ingéniérie financière complètement opaque et irresponsable, au point tout un chacun peut se demander si ses fonds de retraites ne vont pas disparaître (en l’apprenant par le journal ?) .

Il est amusant (!) de voir les banquiers, pourfendeurs des régulations étatiques, se prosterner devant l’Etat pour se re-capitaliser de leur propre irresponsabilité.
Comme dit l’autre, “il n’y a qu’à” utiliser les “fonds souverains” (tiens, on avait cru comprendre que l’Etat n’avait plus d’argent ???).
Ah, oui, mais… attendez, l’argent de l’Etat c’est le nôtre, non ?

A part ça (!), ce jour, on apprend une énorme entourloupe à la Société Générale : près de 5 milliards d’euros perdus par un employé. La “Star’Ac” de la finance, c’est un feu d’artifice permanent…
On a pensé escroquerie dans un premier temps, pour ensuite réaliser que ce n’était peut-être qu’une faille dans le système…. Comme quoi on ne lutte contre la corruption qu’en la légalisant, non ?
Parfois, l’économie, c’est d’une confondante limpidité …

Comme disait Sarkozy : ” Il faudra mettre de la sagesse dans un système qui marche sur la tête“…

Source : www.legrandsoir.info


Halte à la “carnavalisation” générale !

14.01.08

Nous voici donc noyés par un tsunami continu d’informations insignifiantes, dont les héros surmédiatisés se plaignent, sur le ton de vierges effarouchées, d’être harcelés par les médias.

De Carla Bruni, devenue paraît-il, ces jours-ci, la ” légitime favorite ” du président français, en attendant de savoir si elle est enceinte, non sans oublier l’angoissante rumeur selon laquelle elle ne pas serait la fille de son père, jusqu’à l’épouse d’un maire de grande ville qui s’épanche, dans un feuilleton à répétition sur ses kilos perdus ou sur ses humeurs d’après-réveillon, avec une médiocrité qui tranche incroyablement avec la personnalité - pourtant aussi remarquable qu’incontestée - de son écologiste d’époux … en passant par les dernières nouvelles de Britney Spears ou les dernières amours de Beckham, rien ne nous sera épargné.

C’est à croire que la théorie du “cerveau disponible” de l’ineffable Patrick Lelay, ex-PDG de TF1, est insidieusement devenue la règle d’or des médias : neutraliser l’esprit critique, admirer les artistes politiques, faire passer la vulgarité pour de l’”esprit“, culpabiliser - sinon criminaliser - les dissidents, faire qu’une idée devienne vraie par simple répétition, créer des évènements pour faire semblant de maîtriser l’actualité, présenter n’importe qui comme expert de n’importe quoi : qui donc se lancera dans la recherche fondamentale des indicateurs de crétinisation de l’opinion publique ?.
Sans parler des effets d’annonce, des sondages à visée “auto-réalisatrice”, des informations économiques invérifiables, de nouvelles télévisées réduites à de lancinantes énumérations de pourcentages de tout et de n’importe quoi.

On pourrait rétorquer au feu d’artifice de la “politique de civilisation“dont le président français a allumé la mèche, cette réflexion de Benjamin Barber, qui, dans son dernier ouvrage “Comment le capitalisme nous infantilise“, dénonce la “carnavalisation culturelle” (cf. Mikhaïl Bakhtine) en ajoutant :

” A l’époque où nous vivons,
la civilisation n’est pas un idéal ou une aspiration,
c’est un jeu vidéo.”

FARC - GUANTANAMO, même combat

11.01.08

La libération, au deuxième essai, de deux otages des FARC en Colombie montre, une fois de plus, qu’un affaire d’otages ne se règle pas, en direct, face à 200 journalistes, puisque, dans ce cas, la question n’est plus le fond de la négociation, mais de savoir quelle est la partie qui perdra la face, en temps réel, devant les médias du monde entier.

En espérant vivement la libération rapide d’Ingrid Betancourt, on pourrait aussi suggérer au Président Chavez de s’intéresser aussi aux otages de Guantanamo. L’analogie entre les 700 otages des FARC et les 300 “non-prisonniers” de Guantanamo n’est pas abusive, lorsqu’on veut bien porter les lunettes des instruments internationaux sur les droits humains, dont les Conventions de Genève.
Il ne s’agit en aucun cas de dédouaner les FARC, mais de considérer que la situation juridique objective des prisonniers de Guantanamo est de même nature : la meilleure preuve en est que le gouvernement américain refuse depuis toujours le titre de prisonniers à ces “captifs” : si donc on prive de liberté pour les enchaîner pendant des années, des centaines de personnes, sur la base de soupçons sans preuves ni possibilité de recours, ce sont - objectivement - des otages.

Cette position ne dédouane en rien les militants terroristes des réseaux d’Al-Qaida, où qu’ils sévissent dans le monde.
Sur ce plan, il faut soutenir la pétition du Centre Simon Wiesenthal de Los Angeles qui, dans un courte lettre au Secrétaire Général des Nations Unies vient de demander que les responsables qui planifient les attentats terroristes contre des milliers de civils soient poursuivis pour crimes contre l’humanité (voir en attachement la définition de ce crime selon l’Article 7 des statuts de la Cour Pénale Internationale).

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, en Irak, 151 000 personnes ont disparu de mort violente entre mars 2003 et juin 2006, dont la moitié à Bagdad : la mort violente est la première cause de mortalité des hommes âgés de 15 à 59 ans.

P.S. : Si on ajoutait le montant des dommages-intérêts aux membres survivants des familles décimées, on arriverait à quel prix pour le baril de pétrole ?