Manquent 18 millions d’enseignants…

13.10.07

Selon le document diffusé à l’occasion de la Journée Internationale des Enseignants (5 octobre), l’UNESCO estime que ” d’ici 2015, il faudra recruter dix-huit millions de nouveaux enseignants dans le monde - quatre millions pour le seul continent africain. Une croissance démographique élevée, une scolarisation accrue et les effets du VIH et du sida dans certains pays arabes, d’Afrique Sub-saharienne et d’Asie du Sud et de l’Est, mais aussi un grand nombre de départs de la profession, phénomène auquel s’ajoute une pénurie d’enseignants dans certaines disciplines dans les pays plus développés, compromettent gravement la réalisation des objectifs ” (du Millénaire pour le Développement).

Le chiffre de 18 millions d’enseignants à recruter est à mettre en rapport avec le nombre d’enseignants en exercice à ce jour, estimé à 50 millions dans le monde.

Sur le site de l’Internationale de l’Education, on apprend ceci :

- que les enseignants congolais (R.D.Congo) en grève depuis le 3 septembre 2007, ont suspendu leur grève le 8 octobre, suite à l’aboutissement des négociations avec le gouvernement, qui leur accordé d’être payés au salaire minimum des employés du secteur public, établi à 35 000 francs congolais, soit environ 40 dollars par mois ;

- que les enseignants de Bulgarie sont en grève illimitée pour réclamer de meilleurs salaires. le salaire moyen d’un enseignant s’élève à 340 levs, soit environ 174 euros par mois. Même s’ils obtenaient une augmentation de 100 %, leur rémunération serait encore inférieure à celle de leurs homologues des pays voisins, tels la Serbie et la Roumanie. ” Le Ministre des Finances a déclaré : ” Nous pourrions discuter d’une augmentation des enseignants si 25 % des enseignants étaient licenciés en vue d’optimiser le système éducatif.”

Rappelons qu’en 2003, en Bulgarie, le gouvernement avait fermé environ 500 écoles, malgré des prêts de la Banque Mondiale pour la “modernisation du système scolaire”.

Document en provenance
du Bureau de l’UNICEF - Mozambique (traduit du portugais)

L’enseignant anonyme

Par quel tour de passe-passe un être humain …

sans formation ou presque,
avec un encadrement professionnel réduit au minimum,
qui vit dans un hutte au toit de chaume,
loin de tout magasin et de tout point d’eau
à 5 ou 10 kms de l’école, où il se rend à pied,
qui n’achète ni vêtements ni meubles,
qui reçoit un salaire à peine suffisant
pour acheter de quoi manger pendant une semaine,
et versé souvent en retard,

… réussit à aider un enfant …

qui a fait 5 ou 10 kms à pied pour aller à l’école
après avoir adormi sur une vieille natte
dans une hutte fissurée de toute part et envahie par le froid
sans avoir mangé grand chose
et après avoir fait les travaux ménagers

... à apprendre à lire, à écrire et à compter …

à l’ombre d’un arbre
à même le sol
avec 70 autres enfants
sans craie ni moyens pédagogiques
sans livre et sans cahier
sans stylo et sans crayon ?

Voilà les héros anonymes de toutes les nations.
Ce sont les héros de la paix.


Dormez bien, braves gens …

1.10.07

Extraits des “bonne feuilles” d’un ouvrage écrit par le romancier et essayiste allemand Hans-Magnus Enzensberger (voir “Nouvel Observateur” septembre 2007):

” Personne ne sait exactement ce qu’être de gauche veut dire aujourd’hui. parce que les alternatives au capitalisme ont toutes échoué. On est réduit à un monde de capitalismes au pluriel, car le suédois n’est ni celui de l’Inde, ni celui du Paraguay ou de la Chine.
Bien sûr, la gauche et la droite ont des traditions différentes. Et malheureusement des confluences.
(…) Dans l’ex-Allemagne de l’Est, quarante ans de dictature ont durablement désorienté beaucoup de gens et un vote communiste peut être réactionnaire ou contestataire. Chez nous, nombre de bourgeois aisés se réclament de gauche mais ne s’engagent sur rien de réel. Les étiquettes sont largement obsolètes.(…)

(…) “Aujourd’hui l’Allemagne est devenue tellement habitable qu’elle est dirigée par une ménagère. C’est finalement mieux comme cela. C’est tranquillisant. Je rêve que la politique soit un service public comme un autre, utile comme le ramassage des poubelles. Que la politique ne soit pas contaminée par les passions qui nous ont fait tant de mal… Elle ne doit pas tout envahir. C’est pourquoi, par auto-défense, j’ai choisi la littérature, la poésie, l’amour et les voyages. Je n’aime ni les étiquettes, ni les répétitions.” (…)

Discours séduisant, mais symptomatique d’une population vieillissante et repue - et surtout un discours faux.

Si le niveau de vie des pays développés entraîne une pusillanimité politique, dont la Suisse est l’avant-garde flamboyante, les sursauts et les révoltes des deux tiers de l’humanité, à qui toute dignité est niée, dans sa (sur)vie quotidienne comme dans son exigence de justice, sont imprévisibles.

Pusillanimité : manque d’audace, peur du risque et des responsabilités.


Notes de lecture TGV…

19.09.07

Lu, en vrac, dans le TGV (moins stressant que les avions…) :

Extraits libres d’articles du “Monde Diplomatique” (Septembre 2007) :

A méditer :
“Toute blessure est un coeur secret et douloureux.
C’est ce qui permet à la beauté de s’imposer comme une évidence.”

(Tahar Ben Jelloun)

Margaret Thatcher aurait dit en janvier 2000 :
” Au XXI ème siècle, le pouvoir dominant est l’Amérique,
le langage dominant est l’anglais,
le modèle économique dominant est le capitalisme anglo-saxon”.

Jusqu’à ce qu’il s’effondre de son propre nihilisme…

D’un article signé par Ibrahim Warde (”Contes et légendes de l’argent du terrorisme“):

” Même s’ils sont inventés, les chiffres sont absolument nécessaires, ne serait-ce que pour conférer un cachet scientifique aux rapports et aux analyses - George Orwell parlait de “donner une apparente consistance au vent.”
Les chiffres du chômage, de l’inflation, etc…

Du même :

” Définition donnée par le spécialiste du management Henry Mintzberg : ” Quelqu’un qui en sait de plus en plus sur de moins en moins, jusqu’à ce que, pour finir, il (ou elle) sache tout sur rien.”

Dans ” Le Monde ” du 19.09.07, extrait d’une ” Libre opinion ” de Jean Dufourcq,
sur la pensée militaire stratégique :

(…) ” Sur l’analyse des risques et menaces, il faut parler vrai :
non, la prolifération des armements nucléaires n’est pas une réalité galopante et un danger imminent, c’est une contestation préocuppante, car radicale, du système du monde établi il y a plus de quarante ans ;

Même quand Mr Hamadinejad, président iranien dit, à répétition, qu’il faut rayer Israël de la carte ?
” non, le “démocratisme” n’a pas des vertus universelles capables d’imposer l’ordre et le droit là où règnent la corruption et le clanisme ;”
” non, le “multi-ethnisme” n’est pas l’unique solution politique ;”
Ces deux dernières affirmations ne sont-elles pas contradictoires ?
” non, l’économie libérale n’éradique pas la misère et le sous-développement ;”
Oui, mais combien de catastrophes humaines faudra-t-il attendre pour que tout le monde en soit bien convaincu ?
” non, la Charte des Nations Unies n’apporte pas de solutions magiques et la défense des droits de l’homme n’est pas une religion ;”
D’accord, mais qu’y a-t-il d’autre comme boussole de l’humanité, dont la survie dépend de la solidarité au-delà des cultures, des langues et des religions  ?  
” non, l’Union Européenne n’est pas le seul tremplin de nos responsabilités…”

Ce n’est pas le tremplin, mais c’est bien le socle de béton du tremplin, sans quoi, lors de la Guerre des Balkans, les clivages ancestraux auraient été réactivés, “comme en 14“, l’Allemagne côté croate, et la France côté serbe… et ce qui s’en suit.

Dans le même numéro du “Monde”, extraits d’un article sur la société “Blackwater“, compagnie privée de sécurité en Irak :

(…) ” Blackwater est l’une des principales sociétés paramilitaires présentes en Irak. En quatre ans, elle a touché plus de 800 millions de dollars du gouvernement. Elle est équipée de blindés, d’avions et d’hélicoptères.
Selon les chiffres du Département américain de la défense, 129 000 contractuels de diverses nationalités opèrent en Irak dans un flou juridique de plus en plus contesté par les Irakiens.”

Il y a donc presque autant de mercenaires privés en Irak que de soldats étrangers :
c’est ce qu’on appelle le rétablissement de l’Etat de droit.

D’où vient l’argent ? Des contribuables
Où va l’argent ?  Devinez…
“L’argent, c’est comme la fumée de cigarettes,
ça remonte toujours et ne redescend jamais.”

(Nicolas Bouvier : “L’usage du monde“)

 


” La marginalisation de pans entiers de l’humanité…”

28.05.07

Pour celles et ceux qui n’ont pas le temps de lire l’intégralité du
Rapport Annuel 2007 d’Amnesty International,
voici quelques extraits (libres) de l’introduction du Rapport par
Mme Irène Kahn,Secrétaire Générale,
intitulé ” Pour la liberté, sans la peur “ :

 

” La peur engendre la méfiance, elle anéantit notre appartenance commune à l’humanité. Lorsque nous considérons les autres comme une menace, lorsque nous sommes prêts à compromettre leurs droits pour garantir notre sécurité, personne n’est gagnant.”(…)

” Le peur se nourrit, au plus haut niveau, de visions à court terme et de lâcheté”.
(…)
” La mécanique de la peur s’est complexifiée avec l’apparition de groupes armés et de grandes entreprises qui commettent ou tolèrent diverses atteintes aux droits de la personne. Chacun à leur manière, ces nouveaux acteurs s’en prennent à l’autorité de l’Etat dans un monde où les frontières s’estompent toujours plus.”(…) “La profonde corruption de certains Etats a créé une vacance du pouvoir que des entreprises et d’autres acteurs économiques utilisent à leur profit.”

” Pourquoi certains dirigeants jouent-ils ainsi sur la peur ? Parce qu’elle renforce leur pouvoir, crée des fausses certitudes et permet de se soustraire à l’obligation de rendre des comptes.”(…) “Le seul impératif semble être de protéger la sécurité des Etats, et non l’existence et la pérennité des populations.”(…)

“La peur d’être envahi par des hordes de pauvres justifie la mise en place de mesures toujours plus dures contre les migrants”(…) Les procédures d’asile, loin d’avoir un rôle protecteur, sont devenues des dispositifs d’exclusion”.(…) “Les gouvernements qui pratiquent la politique de la peur font preuve d’une grande hypocrisie, car ils dénoncent certains régimes, mais refusent de protéger ceux qui les fuient.”(…)
“Si les migrations non réglementées effraient les riches, le capitalisme débridé, stimulé par la mondialisation, fait peur aux pauvres. Les marchés en pleine expansion créent d’énormes opportunités pour certains, mais élargissent également le fossé séparant les nantis des démunis.”
(…)
” La marginalisation de pans entiers de l’humanité ne doit pas être considérée comme le prix à payer pour une prospérité globale.”

” Si les riches s’enrichissent de jour en jour, ils ne se sentent pas nécessairement plus en sécurité. L’augmentation de la criminalité et des violences armées suscite une peur constante. Elle pousse de nombreux gouvernements à adopter des politiques dures censées s’attaquer au crime, mais qui mettent de fait les pauvres hors-la-loi et les exposent ainsi à une double menace : la violence des gangs et les brutalités policières.(…) ” On ne règle rien en assurant la sécurité d’un groupe aux dépens des droits d’un autre. La meilleure solution repose sur une approche globale qui consiste à améliorer le maintien de l’ordre tout en dispensant les services essentiels aux populations défavorisées.”(…)

(De nombreux Etats) ” se dotent de lois afin d’imposer des restrictions aux organisations et aux militants des droits humains, de les accuser de trahison ou de subversion, ou encore de les poursuivre s’ils osent révéler des violations des libertés.”
” C’est dans le contexte du terrorisme et de l’antiterrorisme que se multiplient les manifestations les plus néfastes de la peur.”(…) ” Des suspects sont condamnés sans avoir été déclarés coupables. On assiste ici à une dénaturation de l’état de droit, même si ce dernier paraît inchangé d’un point de vue formel.”(…) ” Le sort des gens ne dépendrait plus de leurs actes, mais de la faculté des gouvernements à prédire leur comportement !”.

(Des montagnes de l’Hindou Kouch à la Corne de l’Afrique, le Pakistan, l’Afghanistan, la Somalie, L’Irak, les territoires Occupés, le Liban, etc…) un commentateur évoquait un scénario catastrophe où les Etats s’effondreraient”(…) D’autres évoquent un retour à l’état d’esprit de la guerre froide, sur le mode “eux et nous“, dans lequel les nations puissantes se combattent entre elles par des guerres de procuration menées dans la zone d’influence de leurs ennemis. Dans un tel contexte, l’avenir des droits humains s’annonce plutôt sombre.”

Si l’on devait retenir une seule phrase de l’introduction de ce Rapport, ce pourrait être la suivante :

” LE CONCEPT DE “DURABILITE”,
CHER AUX ECONOMISTES DU DEVELOPPEMENT ET AUX ECOLOGISTES,
EST AUSSI D’UNE IMPORTANCE FONDAMENTALE
POUR LES MILITANTS DES DROITS HUMAINS.

UNE STRATEGIE DURABLE PRIVILEGIE
L’ESPOIR, LES DROITS HUMAINS ET LA DEMOCRATIE,
TANDIS QU’UNE STRATEGIE SECURITAIRE
SE FOCALISE SUR LES PEURS ET LES DANGERS.

DE MEME QUE LA STRATEGIE ENERGETIQUE
S’OBTIENT ESSENTIELLEMENT PAR UN DEVELOPPEMENT DURABLE,
LA SECURITE HUMAINE EST RENFORCEE
PAR L’EXISTENCE D’INSTITUTIONS
QUI IMPOSENT LE RESPECT DES DROITS HUMAINS.


Billets d’humeur de salle d’attente

30.04.07

Avant de s’absenter pour quelques jours à l’étranger (sans accès à Internet) :

Entendu ce jour :

“Déclaration Universelle des Droits de l’Homme :
Article 1 er : Tous les hommes sont Sego en droits”.

Lu ce jour, un article paru dans un journal du Burkina-Faso
à propos de l’élection présidentielle en France ,
sous le titre : Sa bouche ne porte pas de caleçon” :

(…) ” L’Afrique se veut le continent de la solidarité contre l’individualisme. Mais elle est aussi celui d’Etats aux poches trouées qui ne peuvent envisager d’être “Providence“. Les concepts de “minima sociaux” ou de “revenu minimum d’insertion” n’ont même pas atteint ici le statut de mirages.(…) La campagne devient un sitcom dont les acteurs suscitent les commentaires au pro-rata de leur notoriété”. (Parmi les personnages de ce sitcom), ” celui de l’UMP plaît parfois car, comme le dit une expression ouagalaise (de Ouagadougou), “sa bouche ne porte pas de caleçon“. Sarkozy n’a pas la bonhommie de Chirac, mais parle cru, avec cette virilité vindicative que ne désapprouve pas un Burkinabé. Pourtant peut-être sa bouche aurait-elle dû porter un sous-vêtement quand il déclarait une flamme poussive au Burkina-Faso, le 17 avril sur TV5, indiquant qu’il admirait la bonne humeur de “ceux qui n’ont rien“. A Ouagadougou, ce n’est guère faire un compliment que de vous regarder depuis le Nord et de vous dire : ” Vous n’avez rien”.

Sur le discours de Sarkozy à Bercy, hier dimanche, un seul commentaire : s’il y a des hésitants ou des “indécis”, qu’ils veuillent bien relire ce discours, bel exemple de n’importe quoi sur n’importe quoi, y compris Mai 68 qu’il faut “liquider”, etc… Mais quel est le connard de conseiller/consultant en communication qui a inspiré cette saillie stupide à l’histrion Jeannot-Lapin, à 5 jours du vote ?

Avez-vous vu le reportage de la visite de Sarkozy dans une usine du Valenciennois ? Fascinant… Des extraits de discours “Une usine, c’est beau”… “la fraternité des ouvriers” … (lesquels avaient des visages fermés, totalement inexpressifs, mais casqués…). Tout le monde sait que les images de la campagne Sarkozy, même diffusées sur les chaînes de service public sont fabriquées par des sociétés privées de… pure et simple propagande. Vraiment , ces ouvriers étaient filmés à la manière de la propagande la plus basique, la plus brute de décoffrage…
Bref, on va s’extraire de tout ça pendant quelques jours.
Retour après le deuxième tour, c’est à dire avant le troisième : une majorité parlementaire socialo-centriste pour le Président Sarkozy ?
Rira bien qui rira le dernier ?


Enfants en prison - témoignage (décembre 2006)

8.12.06

Extrait d’un rapport reçu suite à une visite de prison dans la province d’un pays d’Afrique, dans la semaine du 28 novembre au 2 décembre 2006 :

“La prison civile est une bâtisse ancienne, d’époque coloniale.
85 détenus sont présents au début de la visite, dont 21 mineurs, et 6 femmes, dont une est accompagnée d’un enfant en bas-âge.

280 détenus ont été reçus dans cette structure depuis le 1er janvier 2006, dont 37 mineurs, selon le prisonnier-secrétaire. C’est en effet un prisonnier qui tient les registres.

La grande majorité des détenus se trouve répartie dans deux cellules logeant respectivement 31 et 32 personnes pour 27 m2 par pièce. Et donc une superficie de 0,85 m2 par personne.
Cinq autres hommes se trouvent dans une cellule séparée de 8 m2.
6 femmes dans une autre cellule de 8 m2 et 11 prisonniers sont installés dans une pièce ouverte donnant sur la salle commune.
Du fait de l’évasion d’un mineur en juilllet 2006, 3 cellules ne sont plus utilisées si bien qu’aucune séparation n’existe entre mineurs et majeurs.
Les femmes occupent donc une cellule séparée, mais sont exposées à toutes sortes de risques, notamment d’ordre sexuel.

Aucun point d’eau n’est disponible à l’intérieur de la prison. Le tuyau de raccord au service est hors d’usage. L’approvisionnement en eau se fait, deux fois par jour, sur un forage extérieur, par stockage dans un fût de 220 litres. Donc, 440 litres d’eau par jour pour l’ensemble des 85 prisonniers. La moyenne disponible quotidienne par personne est donc de 5 litres, grâce à 3 distributions par jour, dans des bouteilles de plastique très usagées. Les adultes exercent une pression “hiérarchique” sur les mineurs dont chacun ne reçoit en réalité qu’environ 3 litres par jour pour l’ensemble de leurs besoins.

Les prisonniers ne se lavent pas. Une douche existe mais dont l’accès est interdit : l’adduction d’eau ne fonctionne pas et son utilisation supposerait une sortie extérieure jugée dangereuse puisque la cour n’est pas protégée.

Personne n’a de savon.
Aucune hygiène dentaire n’est pratiquée.
Aucun médicament n’est disponible.

Les vêtements ne sont jamais lavés, sauf pour les femmes. Ce sont les mêmes vêtements du premier jour au dernier jour de la détention. La literie se compose de nattes usagées et sales, partagées par plusieurs prisonniers. Pas de couvertures (elles ont été vendues contre nourriture).

Les sorties à l’air libre sont interdites par crainte d’évasion. Les mineurs interrogés ont découvert la cour de la prison à l’occasion de notre visite.

La ration alimentaire est de 250 gr. de riz par jour et par personne, assaisonnée d’une sauce très claire, sans protéines. La dépense alimentaire par prisonnier est équivalente à 0,25 euros par jour.

3 latrines sont disponibles dans la cour. L’une est bouchée, les deux autres visiblement peu utilisées. Un pot de chambre (avec couvercle) est disponible dans les cellules les plus remplies : il sont vidés chaque matin.


Bilan médical :

Malnutrition : légère : 33 % - modérée : 48 % - sévère : 10 % des prisonniers
Signes de déshydratation : 95 % des prisonniers
Hypoglycémie : 100 % des prisonniers
Affections générales de la peau : 90 % des cas - dont gale surinfectée : 14 % des cas.
Paludisme : 61 % des prisonniers (invasion de moustiques dans les cellules puisqu’il est impossible d’aller aux toilettes à l’extérieur)
Anémie : 100 % des prisonniers
Parasitologie des selles positive à 89 %

Et donc :

Troubles psychologiques : 100 %

Les mineurs ne reçoivent aucune visite. Seuls 3 d’entre eux ont leur famille dans la région. Forts sentiments d’abandon et d’angoisse chez les mineurs, par manque de sommeil, de place, de couchage à même le sol, d’insectes qui envahissent les cellules - aussi à cause du froid. Manque de perspectives aussi…”

Action immédiate fut entreprise, médicale, nutritionnelle… et juridique : 13 mineurs sur les 21 présents ont été libérés sur-le-champ, après négociation avec le Juge, contre promesse de médiation avec les victimes des délits commis.

Question subsidiaire : combien y a-t-il d’organisations humanitaires, de défense des droits de l’homme, et d’O.N.G. au métre carré ?


Darfour : on savait, on pouvait, on n’a pas fait.

18.11.06

Nul besoin d’être un professionnel de l’humanitaire, du développement ou des droits de l’homme, pour constater et mesurer, chaque jour, le désastre auxquels nombre de pays et de contrées du monde sont réduits.
Il ne sert à rien de jouer les Cassandre, ni de baisser les bras : il faut essayer d’analyser au niveau “global”, sans se laisser impressionner par les analyses économiques ou stratégiques, facilement manipulables, qui participent de la guerre mondiale de la communication.

Le Darfour s’enfonce au rythme de l’enterrement de ses milliers de morts, en même temps que le conflit s’étend désormais au Tchad et en République Centrafricaine - qui n’avaient pas besoin de cela. Le gouvernement soudanais ne veut pas entendre parler d’une force internationale d’interposition, quoiqu’aux dernières nouvelles, il serait prêt à l’accepter à condition de fixer lui-même le nombre de troupes… pour les rendre inefficaces, évidemment.
Mr Egeland
, envoyé de l’ONU, fait ce qu’il peut sur place, c’est à dire peu, parce que seul.
Les conditions de travail des organisations humanitaires se dégradent à toute vitesse, mais ça intéresse qui ?

On a connu situation similaire lorsqu’en 1995, les opinions publiques européennes se sont émues de la situation en Bosnie, “toute proche” et notamment après 4 années de siège de Sarajevo ( plus longtemps que le blocus de Berlin après la 2 ème guerre mondiale). On pourra se souvenir utilement de la Déclaration d’Avignon, initiée par nombre d’artistes et d’intellectuels qui protestaient contre cette impuissance en ces termes : ” Nous devons refuser aux gouvernements ce droit à l’impuissance qu’ils paraissent revendiquer comme s’ils étaient des individus : les citoyens, un à un, sont impuissants, mais pas les gouvernements, et ils n’ont pas pour mandat de tranformer en impuissance le pouvoir du peuple souverain dont ils tirent leur autorité “.

La Somalie, de son côté, n’en finit pas de finir. Toujours pas d’Etat depuis 1994. Et ça ne dérange personne, alors que l’Histoire montre que la pire des situations est précisément l’absence d’Etat.
Les néo-libéraux devraient non seulement s’en réjouir, mais surtout en faire un laboratoire de l’économie idéale, puisque l’Etat n’intervient pas… et pour cause.

La Tchétchénie existe-t-elle encore ? Personne n’en sait rien.
Le peuple de Corée du Nord mange-t-il autre chose que de l’uranium, même enrichi ?

Pendant ce temps, les premiers effluves (”émanation qui s’exhale des corps organisés” - Larousse) de scepticisme commencent à poindre sur l’efficacité du Conseil des Droits de l’homme - new look - qui fait ses premiers pas. On sait qu’il faut déjà se réjouir qu’il n’ait pas disparu, suite à la perte totale de crédibilité de l’ancienne formule.

Mais que peut-on espérer d’un “corps” toujours constitué exclusivement de représentants des Etats, qui restent seuls juges et parties dans l’évaluation des violations les plus graves des droits humains ?
Le règlement de travail est-il ce que disait, sans rire, un ancien Président de la République Chinoise il y a plusieurs années : ” La Théorie de la Relativité d’Einstein devrait être appliquée à la Déclaration Universelle des Droits de l’homme” ?

Des milliers de petites et grandes O.N.G. effectuent un vrai travail de fourmi dans ce monde (re) devenu jungle, et certaines grandes O.N.G. savent synthétiser tout cela et dénoncer les pires situations dans l’opinion publique mondiale.

Elles savent agir sur les conséquences humanitaires tout en dénonçant les causes profondes de ces situations, et ce depuis deux générations.
Pourquoi ne pas imaginer, dans le cadre de la refonte de l’ONU (serait-elle déjà aux oubliettes ?) que ces ONG se regroupent en Conseil Consultatif des Droits humains, avec statut d’interlocuteur officiel des Etats ?
Quand on imagine la quantité et la qualité des compétences acquises au sein de grandes ONG depuis 50 ans (Amnesty, CICR, FIDH, OXFAM, MSF, HRW, TDH, etc) allons-nous encore pendant 50 ans les laisser parler dans le désert en leur reprochant de ne pas être légitimes parce que non élues ? (Sur 192 pays membres de l’ONU, combien sont véritablement élus par leurs peuples, avec contrôle international des élections ?).
Pourquoi ce que tous les leaders des pays démocratiques considérent comme normal chez eux, à savoir de jouer le jeu démocratique des contre-pouvoirs, ne l’accepteraient-ils pas au niveau international ?

Après tout, l’argent de l’ONU, ce n’est pas l’argent de Bill Gates, de Warren Buffet ou de Georges Soros : cet argent, c’est d’abord le nôtre. Non seulement nous payons ces fonctionnaires, mais désormais, les ONG sont considérées comme du “secteur privé“, dont toutes les conférences internationales louent l’”apport inestimable“, c’est nous aussi, à travers nos dons, qui alimentons les ONG.
D’une certaine manière, nous payons deux fois. Et pour quel résultat “global” ?

Nous voulons bien payer pour une ONU efficace, mais notre argent versé aux ONG est aussi un message “qui les oblige”
Après tout, les Etats européens acceptent bien désormais que la Cour Européenne des Droits de l’homme de Strasbourg leur inflige des désaveux ou des condamnations aux versements d’indemnités aux personnes qui ont recouru contre eux, sans qu’à chaque fois, ces Etats hurlent comme des vierges effarouchées à l’interférence dans leurs “affaires intérieures”. Alors pourquoi n’en serait-il pas de même au niveau international ?

La naïveté n’est pas du côté que l’on croit.


Education : attention aux sectes !

14.11.06

Ayant eu à travailler sur un dossier relatif aux présomptions d’infiltrations sectaires dans la conception et la diffusion des programmes pédagogiques de l’enseignement public en milieu francophone, il importe d’attirer l’attention des décideurs sur le fait que le marché des consultants dans la refonte des programmes et méthodes pédagogiques est florissant.
Et comme disait le fondateur d’une des sectes les plus connues : ” Le meilleur moyen de faire de l’argent au XX ème siècle, c’est de créer une religion“.
Or, de l’étude réalisée, il ressort que le tronc commun des objectifs et des phraséologies de discours sectaires dans l’éducation des enfants est le suivant :

- la promotion de l’identification première de l’enfant dans - et par - le groupe est une donnée permanente, voire banale, de ces discours, pemettant de craindre toutes formes de manipulation mentale, notamment lorsqu’elle s’accompagne d’un travail présenté comme primordial des enfants sur leurs sentiments et émotions, dans le groupe présenté comme le seul lieu à la fois d’expression et d’écoute de l’enfant : le propre du discours sectaire est d’”évacuer la réflexion au profit de l’émotion (qui) permet plus facilement la fusion dans le groupe” (H.Montacir) ;

- les parents sont par principe dévalorisés et présentés au mieux comme un mur d’indifférence, au pire comme une source “inévitable” de maltraitance physique ou psychique. Le discours sectaire promeut un effacement de l’espace privé et “fait regresser l’adepte en lui proposant un espace familial redéfini et une vie groupale quasi-fusionnelle, qui se présente comme un substitut à la famille et aux amis”. (idem)

- tout discours sectaire travaille insidieusement sur des notions spontanément consensuelles pour opérer un glissement de signification avec peu de risque de “décodage”. Personne ne conteste la nécessité d’apprendre aux enfants à “partager ce que l’on a en commun”, ce qui est autre chose que “se mettre à la place de l’autre” ;

- toutes les sectes se présentent comme LA solution aux maladies de la société. Toute tentative d’instituer l’école comme le ” lien exclusif ” entre l’éducation scolaire et la prévention des comportements déviants est une constante du discours sectaire. Prendre prétexte de ce que les enseignants “héritent” de tous les problèmes de la société dans leurs classes pour les instituer en “gourous” qui détiennent la clé de ces problèmes est un thème récurrent des discours sectaires.

- toutes les sectes revendiquent des savoirs scientifiques de manière abusive : on a même pu lire, dans le discours d’une secte très connue sur la place publique, outre les tests en tous genres, que le Complexe d’Oedipe et le tabou de l’inceste justifient le nécessaire détachement des parents et des enfants”. C’est aussi convaincant et scientifique que lorsque le Président de la République Chinoise estime en public que “la Théorie de la Relativité d’Einstein doit s’appliquer à la Déclaration Universelle des Droits de l’homme” !!!

Nul doute que l’école a un rôle important dans la prévention de la délinquance, mais instituer l’enseignant comme la personne-clé du travail sur l’affectivité et les représentations de l’enfant, à travers une ou des disciplines scolaires (ex : le “cercle magique”) est une imposture.

Par ailleurs, on ne peut pas se plaindre d’une “démission des parents” face aux risques de déviance de leurs enfants et en même temps préconiser - comme généralisation - que l’enseignant doit travailler sur la prise de distance des enfants vis à vis de leurs parents - sous prétexte d’autonomisation.

On suggérera fort utilement au lecteur d’être attentif à ces extraits d’une réflexion - à nos yeux définitive - du sociologue Paul Ariès :

“Les sectes développent une logique de purification fondée sur le culte de la perfection. Elles considérent que le problème dans l’homme, c’est l’homme lui-même, parce qu’il serait toujours imparfait, parce qu’il aurait des attachements, des dépendances, etc. Il faudrait donc chasser l’humain dans l’homme en lui substituant des techniques. L’être parfait serait ainsi un individu réduit à des normes techniques, un personnage moyen.

Cette logique est doublement perverse. Elle l’est dans la mesure où elle considère toute faiblesse comme un dysfonctionnement à corriger, alors qu’on peut penser que l’homme n’est grand que dans le respect de sa faiblesse (…).

L’histoire nous rappelle pourtant que toutes les tentatives pour “purifier” l’homme se sont toujours soldées par des monstruosités individuelles ou collectives. Il en va de la reconnaissance que tout n’est pas posible, que l’humanité n’est pas toute-puissante.

Cette soustraction engendre notre humanisation, bref notre accès à la symbolique. Le respect de la part du faible (…) est une condition essentielle à la construction de l’humain en sujet autonome (responsable).”

(Toute secte) ” propose ainsi de créer le surhomme, mais fragilise en fait les inidividus. Elle obtient par ses “tech” la pulvérisation du moi et la soumission au groupe (on se permettra d’ajouter : ” tout en siphonnant le compte bancaire au passage “).

(…) Tout projet de technicisation de l’humain est en soi dangereux. Les sectes “guérisseuses” (…) ne proposent plus de guérir des “incurables”, mais “médicalisent les bien-portants” qu’elles tentent de convaincre du caractère inacceptable de leur faiblesse.

Dans le domaine des méthodes pédagogoques, le danger consiste ” dans la généralisation d’une méthode conçue initialement pour des enfants de familles déstructurées à l’ensemble de la population”. Elles constituent ” autant dans leurs buts que dans leurs modalités, une forme de déni d’enfance puisque l’enfant n’est plus considéré comme un être en construction, mais comme “un adulte en miniature” et une minorité à libérer de la domination adulte. (…)

Les enseignants ne sont ni formés ni destinés à remplir ce rôle.”(…) L’éducation à la santé oscille parfois entre le fantasme (dangereux) de normaliser les comportements individuels et le désir de responsabiliser la personne.

Il convient donc de réfléchir à ce que pourraient être les garde-fous au moment où la casse des repères symboliques et la destruction des grandes identités fragilisent les personnes et risquent de multiplier fortement les conduites à risque ou déviantes.”(….)

Un de ces garde-fous “est en effet, le refus du mythe de la perfection, non seulement illusoire mais néfaste, dans la mesure où il conduit à chasser l’humain dans l’homme.” (…) Il ne faut pas oublier ” que l’action éducative ne vise d’abord pas à modifier un comportement, mais à faire prendre conscience de ses enjeux.” (…)

L’éducation doit viser d’abord l’éveil des personnes et non leur soumission normative.(…) L’efficacité ne peut résulter de l’affaiblissement du sujet, ni du refus de l’humain dans l’homme”.

Qui dit mieux ?

Incidemment, on suggèrera à l’Honorable Impétrant Sarkozy de surveiller ses fréquentations d’acteurs célèbres porte-drapeaux de sectes, et de faire attention avant de fantasmer sur la détection “scientifique” des déviances dès le stade de l’école enfantine…


Pour Robert Redeker et contre sa vision de l’Islam

2.11.06

L’appel au meurtre contre Robert Redeker est une honte pour ceux qui l’ont proclamé.
La contrainte de clandestinité dans laquelle il est désormais confiné est inacceptable.
La liberté d’expression ne peut souffrir aucun compromis, dans les limites prévues par la loi, et surtout pas sous la pression de lâches qui n’osent même pas se déclarer publiquement.

Sur un autre plan, dans le débat que l’article de Robert Redeker, publié dans le “Figaro”, suscite, on pourrait répondre par ce texte - qui mérite qu’on prenne 3 minutes pour le lire - publié dans le jounal sénégalais “L’AS“(14 octobre 2006), sous la signature de Chérif Muhamad Aly AÏDARA, président-fondateur de l’Institut Mozdahir International :

” Les conséquences d’une mauvaise succession du Prophète, marquée par la séparation des pouvoirs temporels et spirituels, avec son lot de déformations des enseignements du Prophète, sont visibles aujourd’hui un peu partout dans le monde, dans les comportements des musulmans qui n’ont pas su appliquer les prescriptions de l’Islam originel.

Cela se manifeste à deux niveaux :

- au plan communautaire : les graves confusions et erreurs ou innovations introduites dans les pratiques cultuelles, les croyances et les principes (…)

- au plan international: d’une part les froides relations (sans solidarité ni entraide) entre pays musulmans, l’état de guerre larvée entre ces derniers et Israël, la soumission sans rémission à la puissance et aux richesses de l’Occident (…), un manque criard de leadership musulman au niveau mondial. D’autre part des groupes dits “terroristes” avec leur nouveau et faux culte du martyr et leur promptitude (…) à mener une guerre sainte (Djihad) contre un ennemi souvent confondu à une foule de gens innocents.

A cela s’ajoute la baisse de la qualité au profit de la quantité. Les musulmans deviennent de plus en plus nombreux mais de moins en moins bons.(…) Les exemples d’applications erronées de préceptes islamiques foisonnent dans l’histoire, mais aussi dans notre présent : L’Afghanistan des Talibans (mauvaise gestion de la question des femmes, l’obscurantisme, le zèle), l’Irak de Saddam Hussein (dictature, népotisme, destruction massive de populations innocentes). Certes, une autre injustice est venue s’abattre sur eux : l’Occident des “néo-conservateurs”. Nous réprouvons et condamnons également de toutes nos forces cette injustice flagrante et diabolique. Cela ne saurait faire oublier les erreurs de ces dirigeants musulmans-là. Les actes “terroristes” (…) trouvent leur terreau dans les grandes injustices des pays dominants, mais également dans le nouveau culte du martyr (…).

Aux bombes jetées des avions répondent les avions jetés en bombes.
A celles lancées répondent celles portées.
Les “anti-terroristes”, plus terroristes que jamais, se sont jurés de traquer et éliminer les “terroristes” du monde entier, tandis que les kamikazes n’ont plus de limites ni dans leurs méthodes ni dans leurs cibles.
La situation semble inextricable. Une médiation est indispensable.

Aux uns de comprendre que la liberté à des limites et que la richesse et la force ne permettent pas de tout obtenir car, pour qu’elles soient efficaces, elles doivent se joindre à la justice et à la vérité. Leurs propres religions leur interdisent de commettre le mal. En s’y référant (…) ils finiront par s’y soumettre.

Aux autres de comprendre que le sacrifice de la vie d’un homme, par suicide ou meurtre, est un don ultime que l’on ne doit pas faire tant qu’il existe d’autres moyens de résoudre les problèmes. La guerre sainte n’et qu’un dernier recours ultime que le Prophète n’a utilisé que de façon défensive.(…)

Au seuil de ce second millénaire, l’Islam est à nouveau victime d’une crise de croissance. (…) La population musulmane augmente à une vitesse effarante pour plusieurs raisons : la plupart des pays musulmans font partie des pays les plus pauvres au monde, or ceux-ci ont les taux de croissance démographiques les plus élevés ; ensuite c’est la religion qui enregistre le nombre le plus élevé de conversions. (…) Malheureusement, c’est à la vitesse de son expansion que se multiplient également les subdivisions, que se raffermissent les positions sectaires, que s’ancrent les différences, en somme que la quantité se substitue à la qualité.

Devant cette rapide expansion, la Umma (Communauté) Islamique a besoin de se retrouver autour de points communs indiscutables. (…) Ce minimum existe (qui) permettrait :

- de restaurer l’Islam originel avec tous ses avantages (…) en corrigeant les déformations et autres déviations enregistrées;

- d’agir en conformité avec l’Islam et donc d’assurer un meilleur partage des richesses entre pays musulmans par une solidarité agissante à l’extérieur et à l’intérieur des pays musulmans (…) C’est là d’ailleurs l’unique solution (divine) pour réduire les inégalités et de façon concomitante la criminalité et les exodes massifs de populations ;

- de parler d’une seule et même voix ( formation d’un puissant lobby interétatique) sur un grand nombre de problèmes jusqu là sans solutions.

(…) L’imam Jaafar Sadiq a dit : le prophète d’Allah envoya un contingent et à leur retour dit : “Bénis soient ceux qui ont accomplis la petite Djihad et qui doivent maintenant s’atteler à la grande Djihad.” On lui demanda : “Qu’est-ce que la grande Djihad ?” Il a répondu que c’est le combat contre soi-même.
La Djhiad qui étymologoiquement indique la notion d’effort, est l’un des plus nobles concepts de l’Islam originel, mais qui, malheureusement a subi et continue à subir les déformations des uns et le détournement des autres, selon les intérêts du moment. Ainsi donc, entend-on souvent ce concept assimilé au terrorisme par les actes de certains et qui sont tout de suite relayés par les médias contrôlés par les lobbyistes qui n’attendent que cette occasion pour dénigrer l’Islam. La défense militaire constitue la plus petite forme de Djihad.
(…) Le prophète d’Allah n’a jamais initié une bataille et le fait que la plupart des batailles qu’il a menées se soient déroulées autour de Médine montre que c’est l’ennemi qui venait attaquer.

Une des déformations consiste à accuser des peuples opprimés et qui veulent se défendre, d’être des terroristes et tout cela ajoute à la confusion. Le combat contre soi-même (…) est la plus haute forme de Djihad. Elle est même le pré-requis des autres formes de Djihad car (son) objectif est d’atteindre la justice sur les plans internes et externes. Parmi les effets pervers de la mauvaise succession du Prophète est la déviation de la Djihad vers des objectifs de conquête et qui a été le fait de Rois musulmans qui ont conquis des territoires et détruit des cultures.

Aujourd’hui encore, au nom de la Djihad, on tue des innocents partout dans le monde, alors que les véritables ennemis de l’humanité sont l’ignorance, la pauvreté et la maladie contre lesquels les énergies doivent être mobilisées.”
Quel média occidental accepterait d’aller interviewer l’auteur de cet article, pour diffusion à heure de grande écoute ?

On pourrait par ailleurs souhaiter que des philosophes occidentaux s’attachent à dénicher des discours de ce genre, plutôt que d’en rajouter - sciemment ou non - dans l’appel aux croisades.
Voir, dans ce blog, les billets précédents :
Qui a peur de Tariq Ramadan ?
et “Paris-Dakar (1560-2000)


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1.11.06

Extraits du site UNICEF :

Nombre d’enfants de moins de 5 ans
vivant en France, Allemagne, Italie et Grèce :
10,6 millions

Nombre d’enfants qui sont morts
dans le monde en 2003
avant l’âge de 5 ans :
10,6 millions