La tartufferie monumentale du candidat Sarkozy

22.02.12

Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, et après avoir pris position résolument contre son élection en 2007, l’Abrincate s’est abstenu de signer des billets de colère, de désaccord, d’indignation ou de mépris pour l’occupant de l’Elysée, d’abord parce que ressasser la négativité, c’est mauvais pour la santé, et ensuite parce qu’il reste toujours à espérer une évolution vers des attitudes et des politiques plus positives.

Mais là, l’Abrincate s’accorde la liberté de considérer, au moment où le président sortant se lance dans une nouvelle campagne présidentielle, à quel point le mandat qui se termine a été pitoyable.

Après une première période où le président s’est comporté en adolescent gâté, impoli, arrogant et pusillanime, la liste est longue de nullités, à des degrés divers, des retournements de veste, des annonces quasi-quotidiennes débitées comme les moulins à prière, de décisions dont on ne verra pas toujours la couleur, toutes choses qu’on présentera ici comme simples échantillons :

- les mensonges sur le caractère intransigeant de certaines mesures… annulées juste avant la période électorale (le bouclier fiscal) ;
- l’impayable Congrès de Versailles pour annoncer … un grand emprunt;
- la suppression de toute formation des maîtres de l’enseignement primaire (pour laisser le service public se dégrader ?) ;
- la consultation-bidon dans les préfectures sur ” l’identité nationale “;
- la réduction des fonctionnaires (qui finalement n’a pas coûté moins cher à l’Etat);
- le foutoir législatif en réaction au moindre crime médiatisé ;
- les coupes budgétaires dans les subventions aux associations qui s’occupent seules des banlieues abandonnées;
- l’abandon des polices de proximité, etc …

Le tout a été noyé dans une augmentation de la dette publique de 630 milliards en 5 ans…Si “tout doit être fait pour réduire le budget de l’Etat “, où sont donc passés  les plus de 125 milliards d’euros de nouvelles dettes contractées chaque année du quinquennat ?

Et on apprend par hasard (le livre de Mr René Dosières) que chaque déplacement du président (deux ou trois fois par semaine) coûte environ 500 000 euros, protégé par deux ou trois cercles concentriques de gendarmes et CRS…
Combien coûte donc ” la minute de la petite phrase” destinée au journal de 20 heures ? Tout récemment, le président a fait un déplacement de Paris à St Quentin(Aisne)… avec l’Airbus présidentiel…

Autour du président, dans l’entourage, qui est donc, en cinq ans,  sorti du lot de médiocrité, et avec d’autres compétences que les mouvements de menton lors d’un micro-trottoir, en apparence spontané ?

Mis à part Alain Juppé, qui a eu l’intelligence de s’occuper des “Affaires étrangères”, les Morano, les Bertrand, les Coppé, les Besson, les Hortefeux (la cellule “Riposte” !!!), et même les Fillon et autres Chatel (qui compare François Hollande à Babar…) nous font penser à ces reportages sur les Suricates, ces petits animaux qui se dressent spontanément sur leurs pattes pour observer, écouter et réagir au millimètre :

Le Club des Suricates qu’est l’UMP devrait méditer ce proverbe :
” Qui vit par et pour les medias tombera par les medias. “

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                Imagine-t-on l’arrogance et l’impéritie que s’autoriserait ce président s’il était reconduit pour 5 ans sans possibilité de se re-présenter aux prochaines élections ?
S’il devait n’avoir de comptes à rendre à personne pendant son deuxième mandat, à quoi servirait-il de protester contre l’intimidation et les écoutes des journalistes, dont il nommera les employeurs, contre les attaques régulières et méprisantes envers les juges ? Sans oublier les nominations de magistrats favorables au pouvoir politique, sous prétexte de garantir l’indépendance de la Justice ? Plus c’est gros, plus ça passe…

On a déjà eu quelques symptômes forts de cet autoritarisme moderne que constitue la menace sur les journalistes et les magistrats, sans souci, autre que de façade, de l’indépendance des pouvoirs, laquelle est pourtant la seule vraie définition de la démocratie ?

Si on en reprend pour cinq ans de Sarkozy , le régime se ” poutinisera “, se ” berlusconisera ” sans limites autres que celles du bon pouvoir du prince.
Ce sera l’amalgame permanent, dans l’impunité totale, des pouvoirs politique, économique,  judiciaire et médiatique, le tout à l’intérieur d’un groupe de deux ou trois cents personnes, copains et coquins en foire permanente pendant 5 ans….

Sans oublier la décision de lancer l’armée française dans une guerre,  sur simple suggestion “éclairée” de Bernard-Henri Lévy, autour d’une tasse de thé, sans la moindre consultation des élus nationaux…

Comment imaginer la ré-élection d’un président qui a perdu toutes les élections intermédiaires pendant son mandat ? Les municipales, les cantonales, les européennes, les sénatoriales,etc…

Les Français vont-ils de nouveau accourir au miel dégoulinant du charabia sarkozien, pour de nouveau se plaindre du délabrement économique et politique du pays, dans la médiocrité et dans le tournis quotidien des effets d’annonce et du show permanent à 500 000 euros la petite phrase du journal télévisé ? Et si toutes les questions de société font l’objet de réferendums, on va voir le pataquès…

Et si l’Europe qu’il nous prépare se donne déjà en exemple dans la mise à genoux du peuple grec, il sera trop tard pour s’en plaindre…

Dès l’ouverture de sa campagne, le candidat-président annonce un référendum pour que “le peuple” se prononce sur le fait que les chômeurs sont coupables de l’être…

Oublier Sarkozy…


Iran : l’âge de la “majorité criminelle”

1.10.11

L’Iran vient à nouveau de commettre
un crime d’Etat, illégal
et surtout pitoyable dans son argumentaire.
Qu’on en juge :

                 ” L’Iran a procédé le mercredi 21 septembre 2011 à la pendaison d’un mineur de 17 ans, Alireza Molla-Soltani, condamné à mort pour avoir tué un athlète connu comme “l’homme le plus fort d’Iran“.

                 ” Une foule nombreuse s’était rassemblée pour assister à la pendaison de l’adolescent, et les forces de sécurité ont été déployées pour “s’assurer que la sentence a été exécutée en douceur“(Agence de Presse officielle Irna).(…)

                  Condamné à mort pour avoir poignardé à mort l’haltérophile Ruhollah Dadashi à la mi-juillet. L’adolescent a expliqué au tribunal qu’il avait agi en légitime défense  après que Dadashi l’ait frappé au visage et jeté contre une voiture après un accrochage de la circulation.

                  Amnesty International a essayé d’en appeler aux autorités iraniennes arguant que la Convention relative aux droits de l’enfant (que l’Iran a ratifiée) interdit la peine capitale pour les mineurs de moins de 18 ans.

                  Le porte-parole du Procureur a répondu en affirmant que Molla-Soltani avait  atteint la ” majorité religieuse(sic). Le calendrier lunaire islamique ayant 11 jours de moins que le calendrier international, le condamné s’est retrouvé avoir plus de 18 ans lunaires, et a donc été considéré comme “majeur, donc pendable(sic).(…)
La presse était présente à l’exécution et a tenté de recueillir les dernières paroles du supplicié.”

Source :
http://www.dombosco.fr/article-l-iran-pend-un-mineur-84891831.html

Source photo

               Les juges iraniens, bien avancés dans l’âge de la “majorité criminelle”, oublient sciemment (et sont payés pour ça…) ce que tout le monde sait : l’interdiction de la peine de mort est interdite pour les mineurs au moment des faits pour lesquels ils sont jugés. Donc le charabia du “calendrier lunaire”, permettant de pendre un mineur juste après sa majorité, serait une aimable plaisanterie si elle n’avait servi à justifier cette forfaiture (“crime commis par un magistrat“).

              Au-delà de ces faits (récurrents), on sait que ces crimes d’Etat ne sont, en Iran, que le symptôme des rapports de force entre factions politico-religieuses – qui se moquent éperdument de religion - pour se partager les magots du pétrole et du trafic de drogue.

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‘I call again on the Iranian authorities to end these inhumane practices.’Along with China, Saudi Arabia and the United States, Iran has one of the highest numbers of executions each year.The latest hanging brings to 202 the number of executions reported in Iran so far this year, according to an AFP tally based on media and official reports.Iranian media reported 179 hangings last year but international human rights groups say the actual number was much higher, ranking the Islamic republic second only to China in the number of people it executed in 2010.Tehran says the death penalty is essential to maintain law and order, and that it is applied only after exhaustive judicial proceedings.

Britain’s Foreign Office Minister Alistair Burt – September 2011

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Au lendemain de l’exécution d’un meurtrier à Guernesey,
Victor Hugo écrit une lettre de protestation
au  Ministre britannique Lord Palmerston,
dans laquelle il mentionne :

Nous habitons, vous et moi, l’infiniment petit.
Je ne suis qu’un proscrit et vous n’êtes qu’un ministre.
Je suis de la cendre, vous êtes de la poussière.
D’atome à atome on peut se parler.
On peut, d’un néant à l’autre, se dire des vérités.”

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Et lorsqu’ Edmond KAISER,
fondateur de Terre des hommes,
dit à un journaliste : ” Vous savez, je ne suis rien…”

le journaliste lui répond :

Oui, Monsieur Edmond Kaiser, vous n’êtes rien.
Je ne voudrais pas vous contredire.
Mais, vous au moins,
vous êtes toujours là où il faut…. »


Le bon sens, c’est probablement trop compliqué

11.07.11

Lu dans le quotidien suisse ” 20 Minutes”
du 05.07.2011

Pédophile condamné,
confirmé dans sa fonction d’enseignant”

           « Un enseignant d’école primaire (Canton de Soleure) a été reconnu coupable, en juin (2011), de détention d’images pédopornograhiques. L’homme possédait 171 fichiers de ce type, téléchargés sur le Net et stockés sur son disque dur. Le prof détenait aussi des clichés mettant en scène des excréments humains. Il a été condamné à 60 jours-amende à 170 francs soit une somme de 10 200 francs suisses. Il a obtenu un sursis de 4 ans.

            Malgré ce verdict, les autorités scolaires n’auront pas accès à davantage d’informations sur l’identité du condamné.(…) « La situation entraîne une suspicion générale envers l’ensemble des enseignants du canton. »(…) ” Le directeur des Services de psychologie scolaire du canton exprime son « dégoût ». (…) « L’inquiétude monte naturellement parmi les parents d’élèves ».(…) « Le Directeur des écoles publiques veut prendre des « mesures appropriées. »(…) « Le Conseil d’Etat (gouvernement cantonal) veut mette un terme à ce vide juridique. Un projet de loi est déjà devant le Parlement. »

Le Tribunal aurait-il pu, ou dû, prononcer une interdiction professionnelle de travailler avec des enfants ? Le Code Pénal suisse répond par l’Article 67 :  

,” 1 Si l’auteur a commis un crime ou un délit dans l’exercice d’une profession, d’une industrie ou d’un commerce et qu’il a été condamné pour cette infraction à une peine privative de liberté de plus de six mois ou à une peine pécuniaire de plus de 180 jours-amende, le juge peut lui interdire totalement ou partiellement l’exercice de cette activité ou d’activités comparables pour une durée de six mois à cinq ans s’il y a lieu de craindre de nouveaux abus.”

Comme la peine infligée n’entre pas dans le champ d’application de l’Article 67, l’infraction commise n’implique pas automatiquement une interdiction d’exercer dès lors que ” les risques d’abus ne toucheraient pas directement les élèves”. Ce point mérite d’être discuté : en effet, toutes les enquêtes judiciaires concernant des pédophiles révèlent, quasiment sans exception, qu’ils disposaient à leur domicile de centaines, parfois de milliers de photos, magazines et vidéos pédophiles (et parfois c’est la découverte de ces stocks qui a permis d’engager des poursuites qui ont ultérieurement révélé que des actes pédophiles avaient été commis…puisque filmés par l’auteur lui-même).

On peut souhaiter “réserver” le terme de “pédophiles” aux auteurs d’actes attentant à l’intégrité physique des mineurs et le refuser pour des amateurs de téléchargement de pédopornographie, car tous ces amateurs “ne passent pas aux actes” - de même qu’on ne peut pas déduire que toutes les victimes d’abus sexuels deviendront abuseurs, sous prétexte que tous les abuseurs ont été victimes d’abus dans leur enfance.

Mais on peut tout de même s’interroger sur le fait qu’on peut condamner un individu pour téléchargement de videos pédo-pornographiques et dissimuler son identité et ainsi nier – faire l’autruche – qu’il y ait un quelconque risque sur les enfants dont cet individu a fait sa carrière professionnelle.

Que vaut une condamnation “au nom du peuple” si l’anonymat du condamné est absolu ? La jurisprudence répond qu’” une interdiction professionnelle serait disproportionnée, car l’intérêt du condamné au respect de sa sphère privée prévaut sur les intérêts publics de la collectivité, dans le mesure où la détention de documents n’atteint pas directement la collectivité.
On croit rêver : la détention de videos pédo-pornographiques ne présenterait aucun risque pour les enfants dont cet individu partage la responsabilité éducative ?

                                                                                 **********

         Supposons que la justice ait de bonnes raisons de s’en tenir à ces stricts principes, il est, sur une situation de ce genre, une autre source de décision relevant de l’administration scolaire et non pas de la justice :

 ” Un enseignant condamné pour actes d’ordre pédophile ne pourra plus pratiquer son métier en Suisse. Depuis le 1 er janvier, les cantons disposent en effet d’une « liste noire » des personnes à qui une autorité scolaire a retiré le droit d’enseigner.

Jusqu’ici, un enseignant licencié dans un canton pour motifs graves pouvait, théoriquement, retrouver une classe le plus simplement du monde. Il lui suffisait de changer de canton et de maquiller son curriculum vitae. (…) Depuis le 1 er janvier, les cantons peuvent transmettre à la  Conférence suisse des directeurs de l’Instruction publique (CDIP) les noms d’enseignants interdits de pratique. Cette liste (…) sera consultable par les autorités scolaires de tous les cantons. Le but est de protéger les élèves d’éventuels abus sexuels. 
        Rappelons qu’un enseignant peut se voir retirer son droit d’exercer, au niveau cantonal, pour des motifs graves. Ces motifs peuvent concerner des actes à caractère pédophile, mais aussi tout autre agissement pénalement répréhensible, comme la maltraitance. Le canton qui retire à l’un de ses enseignants le droit de pratiquer communiquera cette décision à la CDIP, mais sans préciser le motif de l’interdiction. La CDIP, qui ignore les motifs du retrait, saisit alors le nom de cette personne, le type de diplôme, la date de la décision de retirer le droit d’enseigner et sa durée. La personne concernée est ensuite informée de cette saisie. Cette procédure respecte les obligations légales en matière de protection des données, souligne la CDIP.
      (…)  Lorsqu’un enseignant présentera sa candidature dans un canton, celui-ci pourra donc s’adresser par écrit à la CDIP, dont le service juridique dira si oui ou non la personne en question dispose du droit d’enseigner.
             L’enregistrement de données personnelles en lien avec le retrait du droit d’enseigner aide le pouvoir public à remplir les tâches qui lui incombent. Les autorités scolaires ont l’obligation de s’assurer, avant d’engager un enseignant, que celui-ci dispose du droit d’exercer cette profession. L’intérêt public enfin réside dans la protection de l’institution qu’est l’école ainsi que des enfants et des jeunes qui lui sont confiés, ajoute la CDIP.”
              Article paru dans “La Tribune de Genève” le 07.02.2004

              Autrement dit, les autorités scolaires et administratives cantonales diposent de la possibilité de licencier, de muter à des fonctions hors contact avec les enfants - ou de ne pas recruter – un enseignant condamné pour détention de videos pédo-prnographiques, même si la Justice n’a pas prononcé d’interdiction professionnelle. Il suffirait que la CDIP élargisse le motif de fichage intercantonal aux condamnations de la détention de matériels pédo-pornograhiques, et pas seulement à la commission d’actes pédophiles.

               Pourquoi est-ce donc devenu illégal de télécharger des videos pédo-pornographiques, sinon parce que leur possession – leur achat – est assimilée à la complicité des crimes visionnés ? Sinon pour contribuer à la prévention des actes pédophiles ?
Pourquoi est-il interdit de communiquer à un directeur d’école qu’un de ses enseignants a été condamné pour cette forme de complicité de crimes sur mineurs ?

              La protection des données vis à vis du grand-public est concevable, mais il n’est pas admissible qu’un directeur d’école, dans ses recrutements, ne puisse avoir la garantie que les candidats n’ont aucun antécédent judiciaire en lien avec la protection des enfants.
              La protection des enseignants passe-t-elle avant celle des enfants dont ils ont la charge ?
Le bon sens serait-il plus compliqué que le droit ?

                                                                                  ***********

Voir aussi l’extrait du Téléjournal de la Télévision Suisse Romande du 23.08.2004


Pendant la mort, les affaires continuent

3.06.11

Dans le “Canard Enchaîné”  du mercredi 1 er juin 2011, un article sur l’intervention en Lybie se termine ainsi :

(…) ” Des avions français ont mis hors d’état de nuire, dans les ports de Tripoli et Syrte, sept patrouilleurs lybiens. Ces bateaux de 310 tonnes, du type “Combattante II”, avaient été livrés à Khadafi par les Chantiers de Cherbourg au début des années 80. Et ils étaient équipés de missiles anti-navires Otomat conçus par Matra. Bien joué. Ainsi la future marine lybienne et démocratique pourra, on l’espère, passer toutes ses commandes à la France. Ce serait de bonne guerre.”(J.C.)

La guerre, ça sert donc à vendre des armes à des pays qu’on bombarde en attendant que les nouvelles commandes arrivent de la nouvelle équipe au pouvoir … qu’on a aidé en détruisant ce qu’on avait vendu au régime précédent…

Rien ne vaut donc une guerre pour garantir l’emploi durable… 
Combien de civils lybiens sont morts sous les bombes des avions venus… protéger les civils ?

Ce jeudi 2 juin, tandis que 600 réfugiés étaient secourus, 270 autres, venus de Lybie, sont morts noyés au large des côtes tunisiennes, dans les bousculades pour monter à bord des canots de sauvetage  dépêchés par les autorités, à 36 kms des côtes, puisque leur bateau de pêche était tombé en panne.
Selon un bilan de l’ONU au moins 1200 personnes ayant tenté de fuir par bateau les vilences en Lybie sont mortes ou portées disparues.

Dans tout le charabia politique européen sur les “risques d’invasion”, y aurait-il une voix  un peu plus haute que les autres, pour prendre un coup de colère et dire que si l’ intervention en Lybie consiste à protéger les civils, ces milliers de personnes qui fuient la Lybie, au risque de leur vie et après avoir épuisé toutes leurs maigres économies, en sachant qu’ils ont “un risque sur deux” d’y mourir noyé dans l’anonymat le plus total … sont aussi des civils qu’il faudrait protéger du conflit ?

Extrait du communiqué de presse de “France-Terre d’asile” du 3 juin 2011 :

(…) ” Nous savons que chaque jour des hommes, des femmes, des enfants meurent en Méditerranée – 1500 – 2000 – 3000 – on ne sait plus très bien.  Nous savons et nous nous taisons.

Le silence et l’indifférence de l’Europe deviennent une non assistance à réfugiés en danger.  Les pays de la coalition sont entrés en guerre autour du concept de protection des populations civiles. En quoi ce concept de protection ne concernerait-il pas les hommes et les femmes qui fuient le chaos libyen et qui tentent de rejoindre l’Europe pour sauver leur peau ? 

Comme si nous ne savions pas que la machine à fabriquer des réfugiés, des sans papiers, des naufragés, augmente chaque jour au rythme des bombardements  et de la poursuite de la guerre. Est-il encore possible d’imaginer un sursaut moral de l’Europe, d’imaginer que les navires de l’Otan, que les forces navales françaises et italiennes, que l’agence Frontex mettent d’abord leurs moyens en œuvre pour sauver des vies et non pour se protéger des migrants et des réfugiés ?


La violence pour lutter contre la violence ?

27.05.11

Dans le quotidien suisse “Le Matin” daté du 20.05.11, un article présente l’action d’une association Face à face qui organise pour des jeunes ayant commis des actes de violence , “sur demande du Tribunal des Mineurs ou envoyés par leurs parents” des rencontres avec  des garde-frontières genevois “afin d’être confrontés aux différents stades de la violence dans le but de leur faire comprendre où se situe la limite.”

            ” D’abord on leur présente toute une série d’armes et d’accessoires. Cela va du couteau en plastique à la mitraillette, en passant par le gilet pare-balles.”
On leur montre ” un panel d’armes allant de la non-létale à celle qui peut tuer d’un seul coup.(…) Nous tenons à leur montrer la différence entre le virtuel et le monde réel.”

On passe alors à l’action.

Vêtu d’un gilet pare-balles et d’un casque, un garçon de 16 ans fait mine de provoquer les agents. Ils sont armés, le somment de jeter son arme, une fois, deux fois, il fait mine d’agresser les garde-frontières, ceux-ci finissent par tirer avec des balles en plastique de couleur. Si c’est l’exercice qui a clairement le plus amusé la galerie (sic), il est d’une violence extrême. Non pas du fait que les agents tirent sur les jeunes, car bien entendu tout est encadré et conçu de sorte à ne traumatiser personne(sic), mais pour ce qu’il implique : ”(…) ” ils ne se rendent pas compte qu’en deux minutes ils peuvent tuer quelqu’un.”

              “Allez on prend une pause et on va voir le chien.(…)
Un à un, les adolescents s’installent alors dans le noir, dissimulés derrière une table, en compagnie d’un expert en race canine. Ils jouent les cambrioleurs planqués. Le maître-chien lance “Paco” et celui-ci trouve le pseudo-voleur, en aboyant à faire frémir les plus courageux. Tandis que les garçons jouent les durs, les deux filles en ressortent passablement secouées.”(…)

               ” Tout cela est notre contribution à rendre peut-être (sic) le monde meilleur.”, conclut l’adjudant B.

Voilà donc comment une société parle à ses jeunes les plus violents.
Si cette méthode est réellement efficace (comment la police l’évalue-t-elle ?) alors il faut arrêter de nous raconter que les séries télévisées quo-ti-dien-nes ou les films du genre “Orange Mécanique” incitent les jeunes à la violence…
Comment se fait-il que tous les soirs – sans exception – sur les plus grandes chaînes de télévision soit disant ”généralistes”, soit en prime time, soit en seconde partie de soirée, il n’est question que de crimes, d’experts, d’examens médico-légaux, de ” Faites entrer l’accusé “, avec tous les détails physiques et psychologiques des criminels, des victimes, des témoins, des rescapés ?

On pourrait aussi se demander comment la société la plus riche du monde (hormis les pays pétroliers) peut-elle concevoir que ces méthodes sont les seules susceptibles d’”éradiquer” la violence ?
D’autres méthodes appliquées ces dernières années posent d’une certaine manière la question : à quoi ça sert d’être le pays le plus riche du monde si c’est pour en arriver là ?

Voir le précédent billet de ce blog : ” Enfants et confettis “propres en ordre”, s.v.p…”


L’esclavage aurait-il aussi sa “modernité” ?

20.02.11

 L’esclavage, sous la forme des traites négrières des siècles passés, a été qualifié,  dans le droit français (Loi Taubira), et à juste titre, de crime contre l’humanité. Or dans les textes officiels des Nations Unies, on parle fréquemment des formes contemporaines d’esclavage : y aurait-il des différences de nature entre ce qu’était un crime contre l’humanité il y a 3 ou 4 siècles et certaines réalités d’aujourd’hui ?

Que ce soit l’enrôlement des enfants dans les conflits armés, la promotion de la prostitution des enfants sur Internet, les multiples formes de travail forcé, domestique ou non, dans le cadre de la servitude pour dettes, le transport de jeunes filles à l’étranger pour prostitution après leur avoir soustrait leur passeport, etc… la liste est longue de réalités contemporaines où la contrainte, la perte d’identité, l’abolition de tous les droits, sont organisés de manière planifiée et systématique.

LArticle 7 (alinéa 2- c) des statuts de la Cour Pénale Internationale, définit ainsi une des formes du “Crime contre l’humanité” : ” Par réduction en esclavage, on tend le fait d’exercer sur une personne l’un ou l’ensemble des pouvoirs liés à la propriété, y compris dans le cas de la traite des êtres humains, ne particulier des femmes et des enfants à des fins d’exploitation sexuelle”.

 

Dans un ouvrage de Kevin Bales, Disposable people – New slavery in the global economy”, ( “Personnes disponibles – Le Nouvel escalavage dans l’économie globale“), on trouve les comparaisons suivantes :

Ancien esclavage : 
       “legal ownership assertedpropriété légale avérée
Nouvel esclavage :
       legal ownership avoidedpropriété légale évitée

Ancien esclavage :
       high purchase costprix d’achat élévé
Nouvel esclavage :
       very low purchase costprix d’achat très bas

Ancien esclavage :
       low profitsprofits minimes
Nouvel esclavage:
       very high profitsprofits très élevés

Ancien esclavage:
       long-term relationshiplien durable
Nouvel esclavage:
       short-term relationshiplien à court terme

Ancien esclavage:
        slaves maintainedles esclaves restent esclaves
Nouvel esclavage:
        slaves disposable”les esclaves sont “jetables”

Ancien esclavage:
       ethnic differences importantl’origine ethnique est importante
Nouvel esclavage:
       ethnic différences not importantl’origine ethnique est secondaire.

Lorsqu’on sait qu’aucun texte de droit – repeat : aucun texte  ne prévoit que la notion de Crime contre l’humanité doive être strictement réservée aux situations de conflits armés (même si, dans la réalité, cette notion n’est utilisée que dans les procès de criminels de guerre), pourquoi faut-il donc que, dans l’histoire du droit et de la perception collective des réalités, il faille toujours attendre que les crimes soient commis – et attendre 50 ans, un ou plusieurs siècles – pour que les crimes soient qualifiés pour ce qu’ils sont vraiment ?

 

Source photo


Troubles (gouverne)mentaux

18.11.10

             A la faveur d’un re(ma)niement gouvernemental en France, le Secrétaire d’Etat à la Justice, Jean-Marie Bockel, a pris la direction de la porte, non sans avoir essayé – en vain – de se faire remarquer par un rapport (daté de novembre 2010)  intitulé “ La Prévention de la Délinquance des Jeunes “ (quelle manie française de mettre des majuscules partout…)

            Rarement, rapport aura été aussi insipide et visiblement bâclé. On y trouve des erreurs monumentales, comme cette phrase, page 20 : (…) ” Ainsi sur presque 3.800.000 enfants  (sic) qui naissent chaque année en France hors mariage, 60 à 80 000 d’entre eux ne sont pas reconnus par leur père.” On y trouve aussi des allégations sans fondements (ni sources) dont on se demande d’où cela peut bien sortir, du genre, page 20 :  (…) “Dans certaines familles d’origine maghrebine, la mère joue à l’égard des garçons, un rôle de surprotection néfaste à l’acquisition des interdits républicains.”  La phrase n’est pas sortie de son contexte, pusique les phrases d’avant, comme après, traitent d’autres aspects.

           Il est par ailleurs question de la “pénalisation de l’irresponsabilité parentale volontaire” (page 25) comme “nouvelle politique”  sous le titre du paragraphe III rédigé ainsi : ” Pour une nouvelle économie de la sanction parentale(?)
           On épargnera au lecteur la phraséologie du document, pour attirer son attention sur la relance d’une idée qui avait provoqué en 2006 une levée de boucliers par l’association-réseau “Pas de zéro de conduite“. Une pétition signée en ligne par plus de 200 000 personnes, avait conduit le directeur de l’INSERM( qui n’est pourtant pas n’importe quelle institution) à faire une conférence de presse pour annuler l’étude sur la détection de la délinquance dès l’âge de 3 ans, annulation pour “défaut de sérieux scientifique“… Un comble …

           Or dans le rapport de Mr Bockel, on voit réapparaître l’hydre de l’hystérie sécuritaire appliquée aux enfants sous la forme suivante . (…) ” La mission est convaincue qu’il est aujourd’hui nécessaire que l’école réinvestisse le travail social et que le travail social réinvestisse l’école.” (ne mime pas le style de Raoul Vaneigem qui veut…) ” Pour atteindre cet objectif, il faut, par convention passée entre l’Etat et le département, créer une permanence de l’aide sociale à l’enfance dès l’école primaire puis au collège. L’enjeu est de passer ainsi d’une logique de signalement à une logique proactive de détection.” (page 42). Les études démontrent (sans dire lesquelles) en effet que 15 % des enfants sont vulnérables, c’est à dire incapables de répondre, de manière adaptée, à l’agressivité interne ou externe à laquelle ils sont exposés. Cette vulnérabilité pourrait pourtant être repérée chez les petits entre 2 et 3 ans. C’est à ce stade que doit être posé sur l’enfant (sic) un regard pl uridisciplinaire visant à rechercher s’il existe à ce troubles une cause médicale ou familiale.” (page 43). Pour sortir de la démarche qui consiste à ” attendre les passages à l’acte pour réagir”, l’étude préconise de ” favoriser un dépistage plus précoce des troubles mentaux des enfants et des adolescents.” (page 44). Il s’agit alors de faire que “ la problématique du diagnostic avancé l’enjeu d’un vrai débat.”

             Le Rapport Bockel met en valeur certaines expériences menées en France et à l’étranger par des gens compétents et de terrain qui savent ce dont ils parlent : certaines  expériences mériteraient d’être considérées comme des “bonnes pratiques” à condition de les extraire de ce rapport-magma ont on n donnera qu’un dernier exemple : la référence page 45, à des études menées par le FBI (qui) démontrent  que 75 % des “school shooters” avaient eux-mêmes été victimes de harcèlement à l’école ; armés à l’origine pour se protéger, ils le furent ensuite pour se venger.” Quelle est la “leçon apprise” de ces études ? Qu’il faut armer les enfants avant d’aller à l’école ? En quoi cet argument contribue-t-il à la réflexion sur la prévention en milieu scolaire ? Etc,etc…

            De peur de passer pour paranoïaque, on rappelera utilement la fascination que suscitent les innovations anglo-saxonnes auprès de nos élites.
            Voici par exemple l’information donnée lors de la dernière année d’exercice du pouvoir de Tony Blair en Grande-Bretagne :

             Le Premier Ministre (GB) « va annoncer ce mercredi le lancement d’un programme visant à identifier, seize semaines après leur conception, les bébés les plus à risque en termes d’exclusion sociale et de potentiel criminel. (…) Le programme ne concernera que les mères en difficultés financières dont c’est le premier enfant, et se fera sur la base du volontariat. (…) K.B, la responsable du programme, a évoqué, radiographies de cerveaux d’enfants à l’appui, les différences neurologiques existant entre enfants bénéficiant de toute l’attention de leurs parents, et ceux qui étaient négligés. »(…) Elle  estime que les risques de voir ces nouveau-nés stigmatisés en tant que futurs délinquants ou exclus sociaux sont largement compensés par l’aide qui sera apportée aux familles pauvres et à leurs enfants. »(…)

             Madame Sylviane Giampino, psychanalyste, répondant aux lecteurs sur le site ” Le Monde.fr ” du 4 novembre dernier, affirmait : Ce qui nous dérange c’est qu’il y ait un lien de continuité entre la souffrance psychique et sociale de certains enfants et les comportements violents ou délinquants  plus tard. C’est faux, cela n’a jamais été démontré, contrairement à ce que racontent certains scientifiques. C’est grave car cela induit une dérive, les services d’aide aux enfants et aux familles vont être annexés par la police et la justice.(…)

             L’Abrincate revient d’un Congrès à l’étranger où il a eu l’occasion d’écouter un haut-fonctionnaire du ministère français  de la Justice, à qui il a posé publiquement la question de savoir ce qu’il pensait du Rapport Bockel.
Réponse : “Je l’approuve car il y a un malentendu : nous sommes pour la détection et l’établissement des indicateurs de risque, ce que les opposants voient comme une démarche totalitaire. A titre personnel, je suis aussi favorable à ce travail de détection dès le stade de la périnatalité (sic).

             Alors, bonne retraite, Monsieur Bockel, et n’oubliez jamais le dicton, inventé par un de vos prédecesseurs dans le défilé des lucioles gouvernementales, Mr André Santini, qui prenait les choses avec l’humour qui lui sied si bien : “ Etre Ministre, ça ne dure jamais très longtemps, mais être ancien Ministre, c’est pour la vie…”

Au revoir, Mr Jean-Marie Bockel
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               On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec un autre Rapport, établi, comme chaque année par Madame Versini, Défenseure des droits de l’enfant, qui vient de sortir et concernant, cette année, l’aggravation de la situation de pauvreté des enfants de catégories entières de la population en France.  
L’intégralité du Rapport est consultable sur ce site :
Rapport de la Défenseure des Droits de l’enfant

              Madame Versini  rappelle qu’“il y a huit millions de personnes pauvres, dont deux millions d’enfants” qui vivent avec moins de 950 euros par mois, selon les chiffres de l’INSEE.
             On en est en France, en 2010, à lire un rapport qui préconise de “réduire le nombre de placements d’enfants en institution pour cause de précarité des familles.”…
 
            Avec un nouveau gouvernement ”de combat pour aider les Français à sortir de la crise“(et bla-bla-bla), mais dans lequel tout ministère de service public sur les problèmes spécifiques de la famille et de l’enfance a disparu (ou tout simplement été oublié…), nul doute que ce gouvernement va trouver les moyens d’organiser la détection de la délinquance dès l’âge de 3 ans”…
 
            Que pensez-vous qu’il arrivera l’an prochain en 2011 ? Le gouvernement a déjà annoncé que la fonction de Défenseure des enfants va disparaître, en l’assimilant à plusieurs autres fonctions de “défense des droits”.
Voir sur le site ce que pense Madame Versini de cette décision (colonne de gauche de la page d’accueil)
 
 
 
 
             Comme disait Jean-Paul Sartre au sortir de l’Elysée où il était venu défendre une cause auprès du Président de l’époque : ” Si les gens savaient avec quelle légèreté ils sont gouvernés…”
 
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PS : Par ailleurs, voici le communiqué de presse de la Fédération ” La Voix de l’enfant ” qui fédère la plupart des associations françaises travaillant à la mise en oeuvre des droits de l’enfant :
  
         ”   Paris, le mardi 16 novembre 2010,
 
           La Voix De l’Enfant fait part de sa profonde inquiétude en constatant dans les nominations du nouveau gouvernement, l’absence d’un Ministère ou d’un Secrétariat d’Etat chargé de la Famille. 
          
Alors que depuis des mois, de nombreux responsables politiques confrontés aux difficultés de certains enfants et adolescents, annoncent des mesures répressives à l’encontre de ces jeunes et de leurs parents, la Voix De l’Enfant s’interroge aujourd’hui sur la volonté politique du Président de la République et du gouvernement qui s’étaient engagés à mettre l’enfant dans les priorités, en présence d’associations dont la Voix De l’Enfant.
            C’était il y a un an, lors du 20ème anniversaire de l’adoption de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.
            Martine BROUSSE Directrice de la Voix De l’Enfant
            Tél. : 01.40.22.04.22 / 06.22.80.82.82
            Courriel : mbrousse@lavoixdelenfant.org
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 


Commissions … corruption…

14.10.10

Dans l’édition du « Monde » du 26.09.2010, page 14, et sous le titre « Le cancer de la corruption », l’historien américain Arnold J.Meyer affirme :

(…) « Méfions-nous de ces parangons de vertu qui promettent d’épurer une fois pour toutes les écuries d’Augias. Bertold Brecht, grand dramaturge de la corruption, remarquait : «  Trouvez-moi un fonctionnaire qui accepte un pot-de-vin, vous aurez trouvé l’humanité “. Brecht fuyait alors les régimes fascistes qui, du fait même de leur inhumanité, prétendaient venir à bout de la corruption. Or, pour bon nombre de réfugiés à cette époque comme pour Mère Courage et ses enfants, « la vénalité des hommes, c’est notre seule sauvegarde. » (…)

« A la fin des années 1870, ses obscures manœuvres destinées à gonfler la Standard Oil vont faire de John D. Rockefeller un illustre hors-la-loi. Plus tard, soucieux de redorer son blason, le magnat du pétrole choisit de faire don d’une partie de sa fortune douteuse à des œuvres de bienfaisance, ce qui lui vaudra cette saillie de Mark Twain : « Les bonnes œuvres rachètent les mauvaises consciences. »(…)

Au XX ème siècle, alors que l’Amérique s’impose comme une puissance incontestée, la corruption atteint son apogée. Dépourvu de la structure fortement centralisé de l’empire romain, l’empire américain distendu engendre un complexe militaro-industriel qui engloutit des fonds publics dans des contrats militaires colossaux(…).
Le déploiement de ce système tentaculaire de défense, qui peut compter sur des bases militaires et des alliés subalternes dans le monde entier, accompagne la mainmise de l’Amérique sur les matières premières, impliquant des contrats aussi lucratifs que corruptibles.(…) La corruption est devenue systémique aux Etats-Unis et elle ne concerne pas seulement des conglomérats, mais des agences de notation et d’audit.(…) Pour la plupart, les suborneurs sont des hommes en gris, employés à promouvoir la fortune de l’entreprise qui, en retour, décidera de la leur.(…)
Le symptôme le plus manifeste de l’enkystement des affaires dans la politique  est la porosité des frontières entre secteur public et secteur privé. (…)

Entre deux mandats, sans cesser d’entretenir leurs relations au Capitole, les initiés ne s’interdisent pas quelques incartades pour le compte d’intérêts privés, en attendant un éventuel retour au pouvoir. Et pour étoffer son CV, il est de bon ton de se greffer sur une université ou un think tank. Le plus hauts fonctionnaires s’en vont monnayer leur expérience et leur réseau au sein deu gouvernement, de l’entreprise et de la haute société. Les anciens présidents ouvrent le bal, empochant des sommes faramineuses pour baratiner  des parterres d’hommes d’affaires.(…)

Le XXI ème siècle s’éveille au son d’un nouveau concert de nations, qui bientôt tomberont sous la coupe de plusieurs grandes puissances. Leurs systèmes politiques ont beau être différents, elles sont toutes arrimées à un même capitalisme étatique. Les rivalités ordinaires seront exacerbées par la ruée vers les ressources toujours plus rares que sont l’énergie, les denrées et l’eau, tandis que l’explosion démographique restera le fait de pays en proie à l’instabilité chronique et à la misère, dont certains sont dotés de ressources naturelles très prisées, sous contrôle de petites élites locales.

Ce meilleur des mondes suscite les convoitises et offre un terrain propice à la corruption endémique. L’hydre increvable promet de s’acclimater à toutes les latitudes. Face à la débandade de l’Occident, il sied mal aux dirigeants hypocrites d’un monde opulent de dénoncer la corruption comme le stigmate du tiers-monde.
Faut-il leur rappeler que, sans la complicité de leurs intermédiaires occidentaux, les prédateurs financiers des régions non-occidentales n’auraient pu transférer, blanchir et investir leur butin à l’étranger, ni s’imposer comme les maîtres de la corruption dans des Etats embryonnaires ou vacillants, terrains de chasse des chevaliers d’industrie et autres canailles de tous horizons. »

  
On ne saurait mieux présenter – et en aussi peu de mots-  l’ampleur et les mécanismes de la corruption au niveau international, qui est le plus souvent recouverte du voile de la « grande complexité », face à laquelle il n’y aurait que des solutions techniques et aucun responsable identifiable, chaque rouage ayant ses « bonnes raisons ».

On se souviendra d’un haut-fonctionnaire d’un pays asiatique qui nous disait : Quand on voit tout ce que vous nommez corruption dans nos pays et que chez vous, en Occident, vous appelez : émoluments, pourcentages, commissions, etc… «  et il ajoutait : « La grande différence entre la corruption dans les pays pauvres et celle des pays riches, c’est que l’argent volé dans les pays pauvres part à l’étranger, tandis que chez vous, il est, d’une manière ou d’une autre, réinvesti dans l’économie nationale. » (ex : le haut-fonctionnaire des carrefours giratoires qui s’offre un mas provençal…)

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 Sur quoi, on pourrait terminer ce billet en rappelant la célèbre blague sur la différence entre la corruption en Italie et la corruption en France : « la corruption est la même, mais en France, l’autoroute est terminée… »


Haïti : l’adoption n’est pas une action d’urgence

17.02.10

Ci-dessous, le texte rédigé par deux médecins français
ayant accompagné une convoi d’enfants adoptés
en provenance d’Haïti
et ayant  transité par la Guadeloupe  :

6 heures du matin, Orly, un froid glacial, un aéroport vide,  excepté la porte I, gardée par quelques personnes en civil. Le personnel de la Croix rouge et du Samu sont là, tentent de préparer un espace intime en vue de l’arrivée de 46 enfants au cours de la matinée venant d’Haïti, transitant par la Guadeloupe. Vers 7 heures un premier avion atterri et 26 enfants portés par des adultes, apparaissent enfin. Hagards, sidérés, endormis, fatigués tous enveloppés dans des couvertures, ils sont installés avec douceur dans la partie du Hall qui leur est réservée. Quelques vieux jouets trainent, et accueillent les plus téméraires qui quittent les genoux bienveillants de leurs référents. On leur parle doucement et on leur propose des boissons et des gâteaux. Le calme règne. Pas pour longtemps. Les premiers référents de Guadeloupe partis, les enfants hurlent, s’agrippent, s’endorment subitement, sont pris de panique, s’immobilisent dans des expressions vides. Les adultes regardent. Le personnel des CMUP (cellules médico psychologiques d’urgence) s’inquiètent en voyant émerger au-delà des manifestations réactionnelles assez classiques au vu de la situation, les malaises anciens des enfants. Les plaies psychiques s’ouvrent révélant les amputations affectives récentes et sévères, traces profondes du vécu des enfants, réactivées par l’urgence du transfert.

Le personnel administratif et les personnalités politiques des ministères notent la normalité des réactions de ces enfants qui viennent de subir un traumatisme, celui du séisme. Deux regards, deux interprétations, qui se transforment en dialogue de sourd. La vie psychique n’existe pas, la souffrance profonde non plus, seule l’expression réactionnelle, et donc entendez ponctuelle, a le droit de cité : enfants fatigués par le voyage, le décalage horaire, ce qu’ils ont vu et vécu du séisme…

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Durant l’attente pour remplir les formalités administratives, les psychologues passent voir les parents et leur expliquent progressivement  le vécu des enfants arrivés. Ils iront ainsi tout au long de la matinée les tenir au courant des réactions de leurs enfants.

Les rencontres sont pour certaines émouvantes, d’autres effrayantes tant les conditions d’urgence de cette mise en relation, sont en soi un séisme, cette fois psychique.

Les référents de Guadeloupe sont surpris de constater que personne ne parle créole et ils pourront à plusieurs reprises calmer les enfants en s’adressant à eux dans leur langue, pour compenser notre impuissance à le faire.  Après leur départ personne ne pourra prendre le relais, certains enfants hurleront pendant des heures, même après la rencontre avec leurs parents adoptifs. Ils devront partir avec cet enfant inconsolable, inapprochable, nous confiant déjà qu’ils ne supportaient plus ses cris et qu’ils auraient besoin de repos. Mais impossible, ils doivent partir avec l’enfant, cela fait déjà 6h, 7 ou 8 heures qu’ils sont là dans ce grand couloir aménagé d’aéroport.

Alors que nous entendons dans l’espace public que tout est fait en tenant compte de règles éthiques, juridiques, sévères, nous assistons médusés à la séparation de jumeaux arrivés dans deux avions différents, adoptés dans deux familles différentes ; deux enfants adoptés dans la même famille devenant frère et sœur sans aucune préparation ; des parents adoptifs déchirant une lettre d’une mère de naissance ne souhaitant rien garder du passé ; d’autres ne supportant pas la tenue de l’enfant qu’ils ont rencontré 5 minutes plus tôt et qu’ils changent, le dévêtant, lui supprimant ainsi ce qui faisait office de peau, d’enveloppement sensoriel ; de parents inadaptés psychiquement sans capacités identificatoires à l’enfant ; d’autres s’adressant à l’enfant avec son nouveau prénom sans lui avoir parlé de leur souhait de le rebaptiser tout de suite. Heureusement quelques belles rencontres nous apaisent tel cet homme seul accueillant son petit garçon avec douceur, sans chercher à l’accaparer, lui offrant de belles chaussures qu’il aime exhiber à ses copains, l’obligeant à l’attendre, ce qu’il accepte; ou ce couple avec deux enfants dont une petite fille de 5 ans qui pendant des heures tournera dans le hall, refusant de partir, son père la suivant, attendant qu’elle l’apprivoise.

Au regard de toutes nos observations de ce jour, nous confirmons que  l’adoption n’a pas sa place dans un dispositif humanitaire. La logique de sauvetage physique, en tenant compte de l’urgence médicale seulement, ne peut pas être éthique si elle ne prend pas en compte la santé psychique des enfants que nous voulons sauver. L’amputation n’est pas réservée au corps, elle existe dans la vie psychique où la souffrance lancinante empêche tout processus vital. Ici l’amputation est le déracinement, l’arrachement, la précipitation, propre à « l’accélération des procédures d’adoption en cours ». Celle-ci devient un risque majeur d’échec pour la construction du lien de filiation adoptif.

Nous déplorons que notre expertise clinique soit inaudible au nom du déni de la vie psychique de l’enfant, de sa construction. « Vous ne pouvez pas en trois minutes dire comment vont ses enfants » avons-nous entendu ce matin là par des personnalités institutionnelles organisant ce dispositif. Vouloir traduire la vie affective des enfants, est en soi insupportable. Personne n’a contrecarré un diagnostic médical fait en trois minutes. Deux santés, pour deux priorités qui ne sont pas à égalité.

L’invisible du psychisme nécessite un regard qui repose sur des années d’expérience et de pratique, le refuser, l’ignorer, le dénier est une atteinte direct aux droits des enfants et leur intérêt d’être reconnu dans leur identité de Sujet.

Nous demandons à l’exemple d’autres pays, le gel de toute arrivée d’urgence des enfants. Et de prendre des mesures spécifiques propres à l’adoption sans les confondre avec les exigences des sauvetages humanitaires.

Dr Pierre Lévy-Soussan
psychiatre, psychanalyste

Mme Sophie Marinopoulos
psychologue, psychanalyste

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Témoignage du Dr Bydlowski

Le transport des enfants haïtiens en cours d’adoption par des parents français

12 Février 2010 – Retour de Guadeloupe

 L’émotion soulevée par le séisme a entraîné les autorités françaises à accélérer les procédures d’adoption en cours.

La lenteur habituelle de ces protocoles est en effet impopulaire auprès des familles en mal d’enfant. Elle a cependant sa rationalité : aucune adoption ne peut se réussir dans l’urgence. Il faut en effet respecter la temporalité de l’installation  de la parentalité d’une part et celle de la préparation de l’enfant au moment crucial de la mise en relation avec la famille adoptante et du départ du milieu d’origine,

Dans la situation tragique créée par le séisme, des enfants non blessés physiquement sont ainsi évacués d’Haiti par groupes de 50 environ en avion militaire et sans accompagnement.  Ils ont entre 6 mois et 9 ans et presqu’aucun ne parle ni ne comprend le français. Leur stress extrême est une leçon de clinique du traumatisme (incontinence, pleurs, sidération ou au contraire hyper agitation). Les Antilles françaises (Guadeloupe et Martinique) sont la première étape de leur exode, mais aucune structure d’accueil stable n’y est proposée. L’équipe essentiellement  bénévole du CUMPS (cellule  d’urgence médico psychologique) les reçoit et ne doit les garder qu’une nuit. L’urgence prescrite étant de les accompagner au plus vite dans un avion de ligne direction Orly où des parents à peine encadrés les réceptionnent sans accompagnement spécifique. Nouvelle étape puisqu’ensuite les enfants sont répartis dans toute la France. Le risque de solitude des familles adoptantes avec ces enfants qui viennent de traverser des expériences traumatiques est majeur.

Le vol AF du 11 février transportait ainsi 19 enfants dont 12 bébés de 6 mois environ et une dizaine d’accompagnants bénévoles (toujours les mêmes) épuisés. On estime que cette semaine 370 enfants auront ainsi  été « traités » ; 130 environ vont suivre dont les dossiers sont en règle. On estime que 400 autres ont leurs dossiers encore en suspens.

Les bénévoles du CUMPS témoignent de rencontres potentiellement explosives avec des enfants qui risquent d’être mal acceptés par certains parents ne les ayant jamais rencontrés auparavant, ou bien parce que porteurs de signes de troubles de développement déjà visibles.

La situation, ainsi créée, additionne les traumatismes des rencontres bâclées à ceux de l’effondrement de leur pays, et risque de préparer à l’échec du processus d’adoption. Ajoutons que les services de pédopsychiatrie en France, déjà surpeuplés, auront du mal à faire face à des « urgences adoptives »  immédiates ou différées.

 Des propositions

  1. La création d’une structure d’accueil des enfants haïtiens sur une durée de plusieurs mois en Guadeloupe, en milieu créolophone est une nécessité absolue. Les enfants pourraient y être écoutés, rassurés, soignés. Cette structure permettrait leur bilan et l’évaluation de leur adoptabilité. Elle offrirait aux enfants une expérience de vie collective avec des pairs et la préparation à la rencontre de parents adoptants, sur place, dans un lieu de vie voisin  du pays d’origine.
  2. La question de la langue maternelle est essentielle même pour les tout-petits. Il existe en France une communauté de près de 70.000 Haïtiens. Pourquoi ne pas envisager de développer des liens entre ceux-ci et les familles adoptantes, ayant d’ores et déjà accueilli un enfant ? Ces contacts permettraient de développer des espaces de transition, offrant un bain culturel aux enfants, retrouvant par là des repères structurants, dont la perte brutale est pourvoyeuse de traumatismes. Ils permettraient aussi aux parents adoptifs de tisser une histoire favorisant l’accueil des enfants. L’idée est de relancer des processus de vitaux, là où le séisme a semé morts, violences et douleurs.

Eloigner purement et simplement, sans accompagnement, ces enfants du lieu de l’horreur est bien insuffisant. Il faut leur donner les moyens, un jour, de pouvoir penser cette expérience, et pour cela, aider les parents adoptifs à soutenir ces processus.

Docteur Monique Bydlowski

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COMMUNIQUE DE PRESSE

Enfants d’Haïti et adoption : du sauvetage au désastre

Le déplacement en urgence des enfants d’Haïti « en cours d’adoption » que la France a conçu comme un processus de sauvetage humanitaire est un nouveau scandale français en matière d’adoption internationale. D’autres pays ont fait le choix du gel de toutes les procédures en cours afin d’éviter les maltraitances et les trafics d’enfants. Après le tirage au sort des enfants par l’Agence Française de l’adoption, l’arche de Zoé, les agréments  obtenus contre l’avis des professionnels par intervention d’un politique, voilà maintenant l’adoption en lieu et place d’un sauvetage humanitaire.

La logique de sauvetage physique, en tenant compte de l’urgence médicale seulement, ne peut pas être éthique si elle ne prend pas en compte la santé psychique des enfants que nous voulons sauver. L’amputation psychique des enfants d’Haïti propre au déracinement, à l’arrachement, la précipitation, propre à « l’accélération des procédures d’adoption en cours» est une pratique inadmissible contre l’enfant et la famille adoptante qui mèneront à des échecs d’adoption dramatiques.

Que sommes nous devenus, les adultes d’aujourd’hui pour imaginer qu’un enfant se possède, s’achète, se prend, se consomme, se livre « en urgence » au mépris de sa temporalité psychique et des étapes légales indispensables garantissant sa légitimité ? Que se passe t-il pour que nous pensions que des enfants âgés de 6 mois à 9 ans déracinés, arrachés à leur culture, dans une précipitation salvatrice au nom du séisme dramatique qui a touché Haïti, ne puissent retrouver le bonheur, qu’en France, dans une famille adoptive ? Pourquoi l’adulte d’aujourd’hui est incapable de penser que l’enfant qui vient de vivre une catastrophe naturelle, est profondément traumatisé et que son statut de survivant l’oblige d’abord à se retrouver parmi « les siens » au sens large : dans son pays, d’entendre sa langue, de sentir ses odeurs, de se retrouver dans sa communauté d’enfants,  pour se restaurer, revivre? Pourquoi les futurs parents adoptifs n’ont pas fait une chaine de solidarité, envoyant des dons massifs, pour que les enfants restent dans leur pays dans une zone non touchée, et soient pris en charge médicalement, psychologiquement, matériellement dans leur pays avant tout ?

Il n’y avait pas urgence à transférer ces enfants en France dans les conditions auxquelles nous avons assistées lors de l’arrivée de 46 enfants sur les 363 arrivés. Ce que nous avons vu et entendu à l’aéroport d’Orly le 11 février 2010 n’est pas digne d’un pays d’accueil, civilisé, qui respecte les enfants de toutes origines, leurs donne des droits et s’occupe de leur intérêt.

L’intérêt de l’enfant, ce thème majeur dans la protection de l’enfance, est en perte de sens depuis longtemps et ce 11 février 2010 en est la démonstration vivante. Cet accueil, plus exactement cette « livraison », vient sceller notre surdité face aux besoins des enfants et leur intérêt majeur. Perdus, les enfants tout juste arrivés, oscillent entre se taire comme ultime réflexe de survie en plongeant dans une hypersomnie, des états de sidération, de prostration ;  ou bien hurler à en perdre la voix pendant des heures, s’agitant, marchant le regard perdu, hagard, n’attendant plus rien de ce monde adulte qui ne veut pas les entendre dans leurs besoins premiers. La chronologie des troubles, qui n’existaient pas avant le départ d’Haïti, permet d’évoquer une cause traumatique aigue, précoce, liée au déplacement dans l’urgence des enfants, sans aucune préparation psychique. Ces états traumatiques ne sont pas liés directement aux conséquences du séisme ni aux conditions de vie après. De tels états ne sont presque jamais observés avec une telle intensité ou sur un aussi grand nombre d’enfants dans les suites d’une catastrophe naturelle.

Pendant que nous imaginons être des sauveteurs d’enfants, le monde nous regarde agir, juge nos passages à l’acte et fera le bilan. Les plus graves conséquences seront subies par les enfants et leurs familles et les années à venir révéleront des échecs d’adoption que nous avons fabriqués de toutes pièces.  La « livraison » des enfants d’Haïti va laisser de lourdes traces dans l’histoire de l’adoption internationale en France.

Sophie Marinopoulos et Pierre Lévy-Soussan

Sophie Marinopoulos est psychologue, psychanalyste, Psychologue, Directrice du service de la Prévention et de Promotion de la Santé Psychique (PPSP), Directrice générale de la société AFICG. Spécialiste des questions d’adoption et de filiation avec de nombreux ouvrages : De l’Une à l’Autre : de la grossesse à l’abandon » édition Hommes et perspective 1997,et chez Fayard «  Moïse Œdipe et Superman : de l’abandon à l’adoption » 2003, « Dans l’intime des mères » 2005, « Le corps bavard » 2007, « 9 mois etcætera » avec  Israël Nisand, 2007, « La vie ordinaire d’une mère meurtrière » Edition Fayard 2008 ; «  Dites moi à quoi il joue je vous dirai comment il va » Edition LLL 2009 ; « Pourquoi porter bébé » Edition LLL 2009.

 Pierre Lévy-Soussan est Psychiatre, Psychanalyste, Docteur en Science, ancien Vice-Président du Conseil National d’Accès aux Origines Personnelles (CNAOP), Médecin Directeur, enseignant à l’université Paris VII, Consultant national et international sur les problèmes d’adoption et de filiation, auditionné régulièrement par le Sénat, l’Assemblée nationale sur les questions d’adoption, de filiation et de bioéthique. Auteur d’«Eloge du secret » Hachette littératures, 2006.

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Sur ce sujet de l’adoption internationale,
voir les billets du Juge Rosenzcweig sur son blog :

Haïti : l’adoption, une question publique et pas seulement privée

Arrêtons de parler adoption pour les enfants d’Haiti

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Voir d’autres billets précédents de ce blog :

Sur l’éthique dans l’adoption internationale

Sur l’aventure de l’Arche de Zoé :

(1) : La désobéissance civile par le mensonge ?
et (2)  : Du bricolage des uns avec l’humanité des autres


Disparitions de mineurs étrangers des institutions

8.02.10

L’Abrincate a piloté une campagne d’alerte sur la disparition des mineurs étrangers non accompagnés (M.E.N.A.) des institutions où les autorités des pays d’accueil les ont placés … pour leur protection !”

Extraits des documents de cette campagne :

Introduction :

Dès la fin de 1999, nous avons entrepris de travailler à la prévention, à l’accueil et au rapatriement volontaire assisté de mineurs venant d’Albanie et rencontrés en Grèce.

Au terme d’une enquête de plusieurs mois, nous avons développé des opérations spécifiques de lutte transnationale contre la traite des enfants. Durant l’enquête préliminaire, des informations diffuses, approximatives et invérifiables, faisaient cependant état de centaines d’enfants étrangers placés dans les institutions par les autorités des pays d’accueil, mais qui disparaissaient de ces institutions: fugues, départs volontaires, ou sous une forme ou une autre de contrainte.

D’autres informations parcellaires de même nature, collectées de manière occasionnelle, nous sont progressivement
parvenues de différents pays européens. Jusqu’au jour où il nous est apparu que derrière ces informations allusives se cachaient probablement des réalités humaines à une échelle autrement plus significative que ce qui est présenté comme un simple phénomène marginal et secondaire.

Rien pourtant ne justifie que des enfants, qui ont une capacité relative de discernement, d’expression et le cas échéant, de défense, disparaissent de toute visibilité sociale et de toute responsabilité légale, n’entraînant comme réaction, au mieux, qu’un sentiment de fatalité et d’impuissance et au pire une sorte de soulagement face aux coûts et aux responsabilités légales… qui disparaissent en même temps que les enfants eux-mêmes.

Si nos propres enfants étaient placés en institution, pour quelque motif que ce soit, par des autorités du pays,
celles-ci, en cas de disparition, engageraient avec effet immédiat des procédures de recherche tous azimuts
et de manière durable. Or concernant les mineurs étrangers non accompagnés, la Convention internationale
relative aux droits de l’enfant, ratifiée par la quasi-totalité des pays du monde, est très explicite. Selon l’alinéa
2 de l’article 22, ” (…) le mineur étranger non accompagné se voit accorder … la même protection que tout autre
enfant définitivement ou temporairement privé de son milieu familial pour quelque raison que ce soit.”
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Les mineurs qui disparaissent des institutions où les autorités les ont placés pour leur protection, sont-ils soumis aux mêmes procédures de recherche ? Sinon, serait-ce parce qu’étant non accompagnés, personne ne les réclamera ?
Il nous est donc apparu essentiel de procéder à une enquête sur ces réalités, sur la validité des termes employés
pour les qualifier, sur la responsabilité légale des différents acteurs concernés, en essayant d’appréhender l’extrême
complexité des situations, de déterminer les meilleures pratiques constatées chez les professionnels,
et de formuler des recommandations sur le plan légal et institutionnel. Il faut, au moins, pouvoir dire que le
maximum a été fait – obligation de moyens – à défaut de garantir mécaniquement la réussite des procédures,
sachant qu’il ne peut y avoir de solution uniforme face à la diversité des situations.
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Toutes les littératures du monde regorgent de récits bouleversants d’humanité, de migrants, y compris mineurs,
dans des parcours du combattant où ils ont parfois trouvé, malgré tout, des opportunités de forger leur destin.
Pour des centaines d’enfants, en Europe, qui disparaissent des institutions où ils ont été placés par les autorités,
le pire n’est pas sûr. Mais, pour une partie d’entre eux, le pire est possible et personne n’en saura jamais rien.
Nous sommes conscients que certains enfants migrent en quête d’un avenir meilleur et méritent d’être soutenus
dans leurs efforts. Nombre d’entre eux arrivent sans encombre, ce qui n’enlève rien à leur besoin de protection
car UN SEUL enfant exploité ou trafiqué, c’est déjà trop. D’où l’enquête que nous avons réalisé.

Quoi qu’il en soit, tout doit être mis en oeuvre pour qu’on ne puisse plus jamais lire la phrase suivante: ” Presque
90 % des requérants d’asile (…) quittent le domaine de l’asile par des départs non officiels. Sans cette soupape, la
politique d’asile devrait assumer un fardeau social et financier qu’elle ne pourrait pas porter. Les disparitions – qu’on le veuille ou non – remplissent ainsi une fonction clé dans la gestion des flux migratoires.” (…)

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“Les mineurs non accompagnés constituent une catégorie spécifique, parce qu’ils sont enfants, parce qu’ils sont
migrants et parce qu’ils ne sont pas accompagnés. Cette triple vulnérabilité exige une considération et une
protection particulières. L’art. 20, par. 1 de la CDE reconnaît cette situation: ” Tout enfant qui est temporairement
ou définitivement privé de son milieu familial (…) a droit à une protection et une aide spéciales de l’Etat.”
Dès lors que les enfants reçoivent une protection de remplacement – et dans les cas étudiés dans ce dossier,
un placement institutionnel – ils ont droit à la même attention et aux mêmes prestations de qualité que tous
les autres enfants placés, dès leur admission comme dans les préparatifs et l’exécution de la libération. Si donc
un enfant, quel que soit son statut, et quel qu’en soit le motif, disparaît d’une institution, toutes les procédures
habituelles doivent être déclenchées: la responsabilité de l’institution, et celle de l’Etat, sont engagées.”
(…)

Extraits de la Conclusion  de la publication :
” Certains mécanismes de prévention des disparitions sont en place et fonctionnent bien: ils sont adaptés aux besoins spécifiques des mineurs étrangers non accompagnés, et préviennent les risques de manière proportionnée au degré   de vulnérabilité de chaque enfant. Des centaines de professionnels en contact direct avec les MENA affrontent
quotidiennement l’absurdité de systèmes inadaptés et trouvent pourtant des solutions. La première source
de solutions jaillit souvent de la capacité de l’enfant à agir, à devenir acteur de son propre développement, à
décider de son avenir. Il s’agit donc de mettre en place des mécanismes qui permettent une telle évolution
individuelle, quitte à ce que le mineur s’éloigne de l’institution avant sa majorité. Mais cela doit se faire
en toute transparence et en aucun cas dans la clandestinité, le non-dit, l’irresponsabilité, et dans l’intérêt
supérieur de l’enfant, protégé par la Convention relative aux droits de l’enfant.
Une institution adaptée doit intégrer la possibilité de sa propre insuffisance à gérer tous les cas et à négocier
un départ qui ne serait ni une disparition, ni une fugue, mais la conjonction de l’exercice d’une liberté
pour le mineur et d’une responsabilité de la part de l’institution.”

L’intégralité du dossier et de l’enquête (85 pages en français et en anglais)
est disponible sur demande par email,
ou par commentaire de ce billet du blog.
Voir aussi un précédent billet de ce blog .


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