L’expulsion d’Abdirashid : un non-sens absolu

22.11.09

Mr Abdirashid Ali, 17 ans en 2009, est arrivé de Somalie, son pays d’origine, en 2008 par bateau sur les plages de l’île de Lampedusa (Italie), île mondialement connue pour accueillir les Africains … amateurs d‘”asylum shopping”.

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Après trois mois de promiscuité  et d’hygiène déplorables dans un centre de transit,  il en est ” remercié ” (!),  avec le mot de passe : ” L`Italie est grande, débrouillez-vous”.
Autrement dit : Dis-pa-rais-sez !!! “.

Après quelque temps à errer dans le pays, Abdirashid se présente en Suisse en janvier 2009.
Accueilli au Centre EVAM de Lausanne (Canton de Vaud), spécialisé dans l’accueil des mineurs étrangers non-accompagnés, il fréquente les classes OPTI de l’école publique vaudoise (perfectionnement, transition et insertion professionnelle).
Ses enseignants le disent excellent élève, sérieux, motivé.
Comme les Accords de Dublin, auxquels la Suisse a adhéré (bien que non-membre de l’UE), ne font pas de différence entre adultes et mineurs, Abdirashid risque l’expulsion vers le premier pays de “débarquement”, l’Italie. Et donc le jeudi 12 novembre 2009, à 7 h  du matin, la police cantonale vaudoise se présente à son domicile, l’emmène au Commissariat pour le conduire, menotté, en fourgon grillagé jusqu’à Berne, puis dans un train “adapté” pour Zurich, sans menottes, avec chocolat et biscuits.
A Zurich, douche et vêtements propres, puis re-menottes dans un fourgon blindé vers l’aéroport pour un avion vers l’Italie. A la descente d’avion, les policiers italiens embarquent l’adolescent pour prise d’empreintes digitales aux bureaux d’immigration, lui donnent un ticket de bus pour se rendre dans un centre, ainsi qu’un billet de train pour la Sicile
(où il avait débarqué il y a désormais un an).
On voudrait l’inciter à la clandestinité qu’on ne ferait pas autrement.

Pas d’argent, rien à manger, l’adolescent traîne pendant une nuit dans la gare de Rome, puis dans les locaux de l’ancienne ambassade de Somalie, un journaliste italien rencontré le conduit vers un centre pour mineurs tenu par des Jésuites.
On en est là à ce jour (21.11.09).

Abdirashid Ali, 17 ans, mineur somalien non-accompagné,
expulsé de Suisse en 48 heures, sans avoir commis ni délit ni crime.

Source photo (Eric Vandeville)

D’où ces quelques questions, dont les réponses circonstanciées nous obligeraient :

Mesdames, Messieurs les Conseillers d’Etat
du Canton de Vaud,
force est restée à la loi… mais laquelle ?
et
en quoi Abdirashid l’avait-il enfreinte ?

- la procédure de renvoi est réputée légale, tant au niveau fédéral que cantonal … à cette réserve près que la Convention relative aux Droits de l’enfant (ratifiée par la Suisse, et dont vous n’avez pas manqué de célébrer les 20 ans ce vendredi 20 novembre) dispose dans son Article 22, concernant les mineurs demandeurs d’asile : Lorsque ni le père, ni la mère, ni aucun autre membre de la famille ne peut être retrouvé, l’enfant se voit accorder, selon les principes énoncés dans la présente Convention, la même protection que tout autre enfant définitivement ou temporairement privé de son milieu familial pour quelque raison que ce soit.”

- Le Comité des Droits de l’enfant (en charge du suivi de l’application de la Convention par les Etats) exige, dans son Commentaire No 6 : Le but ultime de la prise en charge d’un enfant non accompagné ou séparé est de définir une solution durable qui permette de répondre à tous ses besoins en matière de protection, tienne compte de l’opinion de l’intéressé, et si possible, mette un terme à la situation de non accompagnement ou de séparation.”

Voilà donc un mineur qui a quitté un pays où il n’y a plus d’Etat depuis 15 ans (ce qui – soit dit en passant –  ne dérange personne, au sein de l’honorable “communauté internationale”), et où la violence règne à chaque coin de rue. Il décide de risquer sa vie sur un bateau pourri en espérant  une vie un peu meilleure que le pire. Il affronte une situation d’ abandon total pendant plusieurs mois, s’obligeant à dénicher la moindre ressource de survie physique et psychologique.
Il arrive dans un pays, la Suisse, qui lui assure le gîte, le couvert et une scolarisation, le temps d’une procédure. Il se tient “à carreau”, ne commet aucun délit ni crime, ni même, que l’on sache, une quelconque incivilité de nature à fragiliser la moindre chance d’un avenir : mais un matin de novembre, la police le menotte et l’expédie par le premier avion vers l’étranger.
La loi, peut-être. Le droit, oui, à géométrie variable. Mais le non-sens, assurément.

Le même Commentaire No 6  du Comité des Droits de l’enfant dispose : (…) ” Les Etats doivent tenir compte du fait que l’entrée illégale ou le séjour illégal dans un pays d’un enfant non accompagné ou séparé est susceptible de se justifier au regard des principes généraux de droit – si cette entrée ou ce séjour constitue le seul moyen d’empêcher une violation des droits fondamentaqux de l’intéressé.”(…)
Ayant sciemment et volontairement été laissé à lui-même en Italie, obligé de survivre seul par tous les moyens, les risques sont tels qu’un retour en Italie était, de l’avis même d’Abdirashid, inconcevable. Il avouait lui-même préférer rentrer en Somalie, car il savait au moins où aller dormir…

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Ne vous aurait-il pas effleuré les neurones qu’un jeune dans cette situation, sachant le “parcours du combattant” qu’il a connu et la résistance à laquelle il a déjà dû faire face, serait peut-être déjà une personne avec qui il est possible de discuter, de négocier (ce qui comporte des obligations qu’il aurait probablement acceptées si on lui avait parlé sérieusement), c’est à dire de discuter des avantages que les “deux parties” pourraient tirer de sa formation et de sa volonté de s’intégrer.
Est-ce qu’au moins quelqu ‘un lui a posé la question de savoir s’il voulait s’intégrer en respectant toutes les lois et procédures qu’on lui imposerait ? Et si oui, a-t-on tenu compte de ses réponses ?

- les menottes et les fourgons grillagés sont en général utilisés pour les délinquants présentant un risque pour l’ordre public. En quoi Mr Abdirashid Ali comportait-il un risque pour l’ordre public ? Quel délit ou crime avait-il commis ou était-il présumé vouloir commettre ? Disparaître dans la clandestinité ? N’est-ce pas hypocrite de préférer le voir disparaître dans la clandestinité en Italie plutôt qu’en Suisse ?

- Vous avez obtenu de l’ODM (l’office fédéral des migrations) l’assurance qu’aucune expulsion de mineur dans un pays “précédent” ne peut se faire sans la garantie qu’il sera accueilli et pris en charge ne serait-ce que sous l’angle de sa protection. Nous savons maintenant par témoignage direct et véréfié que cela n’a pas du tout été le cas. Allez-vous demander, avec le même sérieux, le même degré de garantie pour la dizaine de mineurs que le directeur du centre EVAM annonce comme étant sur liste d’attente pour expulsion ?
Cette expulsion n’est-elle pas un message adressé aux “suivants” : ” Disparaissez avant qu’on ne vous expulse…”
Et si on se mettait à la place du directeur du Centre d’accueil de ces mineurs,on se poserait la question de savoir quel travail on peut faire avec des mineurs qui sont convaincus que s’ils sont placés là, c’est en vue – et uniquement en vue  – de leur expulsion ?

- Même si, en Suisse, la décision de renvoi est prise au niveau fédéral et que le canton est chargé de l’exécution de la décision, vous savez fort bien que vous avez la possibilité d’attendre la fin de l’année scolaire pour procéder à l’”exécution” - voir vos propres archives à propos des  mineurs kosovars de l’école de Moudon en mars 2003. Même si aucun texte fédéral ne le prévoit, il existe, comme vous le savez, une certaine jurisprudence en la matière. Merci de nous indiquer ce qu’il en est pour les mineurs en liste d’attente, sachant qu’il est possible de surseoir à un délai d’exécution si une raison majeure s’y oppose.  Si le droit à l’éducation n’est pas une raison majeure pour un mineur, cela en dit long sur les valeurs que vous prétendez représenter.
La loi suisse étant ce qu’elle est, c’est tout de même un comble de s’apercevoir que si Abdirashid s’était enfui du centre d’accueil pour entrer dans la clandestinité en Suisse, il avait le droit à la scolarisation sans risque, qui est accordée sans risque aux mineurs clandestins, alors qu’en tant que demandeur d’asile officiel, il se retrouve expulsé manu militari dans les 48 heures…
Pourquoi faire perdre un an de formation à un mineur avant de l’expulser ? Encore une fois, où est le délit, où est le crime, qui justifient les menottes, les fourgons grillagés et la mise dans un  avion vers l’étranger, le tout dans les 48 heures, un 12 novembre ?

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Pour terminer, Mesdames et Messieurs le Conseillers d’Etat, vous nous permettrez de vous demander une faveur : cessez définitivement, s’il vous plaît, de répondre aux militants, aux ONG, et autres  ” euv’dentrèdes “ qu’ils sont des idéalistes, des angéliques, et qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde,etc,etc….
VOUS êtes les idéalistes et les angéliques, qui pensez qu’avec un politique répressive, d’expulsions, de renvois avec effets de manche médiatiques et coup de menton, cela va faire diminuer l’immigration. Cela fait diminuer les statistiques pour les batailles de polochon électorales et télévisées, alors que la réalité, c’est l’augmentation de la clandestinité et donc de la délinquance. Ce que vous voulez en fait, c’est que les problèmes aient moins de visibilité publique. Et on en revient toujours au discours tenu à ces immigrés, mineurs ou non : ” DIS-PAR-AIS-SEZ !!!!”.

D’ailleurs, on vous suggère (à moins que ce soit déjà prévu dans les “procédures”) de faire traîner le dossier pendant quelques mois en attendant qu’Abdirashid Ali passe le cap des 18 ans, et le problème aura “disparu” puisqu’il sera devenu majeur. Et l’affaire est close… Au suivant !

On n’est pas près d’oublier ce paragraphe qui figurait en bonne place dans un document officiel – un petit chef d’oeuvre de transparence – de l’Office Fédéral des Migrations, il y a quelques années, à propos des “disparitions” des demandeurs d’asile africains déboutés et donc contraints à la clandestinité :

Presque 90 % des requérants d’asile (…) quittent le domaine de l’asile par des “départs non-officiels”. Sans cette soupape, la politique d’asile devrait assumer un fardeau social et financier qu’elle ne pourrait pas porter. Les disparitions – qu’on le veuille ou non – remplissent ainsi une fonction clé dans la gestion des flux migratoires.”

Or, en matière d’immigration comme en matière d’inondation, on ne peut rien contre l’eau qui monte.

Le choix n’est pas entre accepter ou refuser. Parce que la mondialisation n’est pas à option.
Vous savez aussi bien que nous ce que l’OCDE ne cesse de dire : (…) Il faut adapter l’immigration aux besoins futurs (…) et la traiter comme un phénomène économique et social qui , s’il est bien géré, peut apporter des solutions à certains problèmes et non réagir de façon intuitive ou émotionnelle ou l’utiliser dans un but politique à court terme.”

Et quand face au vieillissement de la population et à la concurrence internationale acharnée, les milieux économiques et patronaux seront en état d’alerte, on écoutera, d’ici quelques années, les campagnes électorales de nos politiques , la main sur le coeur, vanter les mérites d’une immigration permettant de remplir les fonctions qu’une population vieillissante ne veut pas ou plus faire…

Tiens, c’est  une idée, ça … Quand on sait le respect que les populations africaines portent aux personnes âgées, on pourrait accueillir un certain nombre de gens comme Abdirashid Ali, les former et les employer comme accompagnateurs-trices de nos personnes âgées –  il y aurait peut-être moins de maltraitances psychologiques et un peu plus d’humanité dans certains EMS suisses…

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A consulter ces billets précédents du blog, traitant du même sujet :

“Immigration choisie : a-t-on vraiment le choix ?

Lettre-ouverte-a-maitre-fatimata-mbaye/

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Malgré l’ apparences de procédures structurées,
qui donnent le sentiment d’une maîtrise de la situation,
beaucoup de mineurs “disparaissent”
soit en haut à droite
soit en bas à gauche…

Source photo


Identité nationale (on ne joue pas avec l’)

29.10.09

Transcription des principaux extraits de la remarquable chronique d’Alain-Gérard SLAMA, professeur d’histoire des idées politiques, entendu ce matin sur France-Culture.
Peu suspect d’être un suppôt de la Ligue Communiste Révolutionnaire, il s’exprime avec sa clarté  coutumière à propos du “grand débat” relatif à l’identité nationale voulu par Mr Eric Besson (Ministre de ladite Identité nationale).

S’il doit y avoir des contradicteurs, on aimerait que ce soit d’autres porte-voix que les sieurs Frédéric Lefebvre et Eric Besson, qui ont plutôt l’air de gamins avec leurs tambours au coin de la Place du Marché sous le régime de Pétain, que de responsables politiques qui savent que certains mots et concepts ne sont pas des allumettes avec lesquelles on joue sur un terrain de foire.

Donc bien lire et  méditer ce qui suit.

Bibliographie d’Alain-Gérard SLAMA

Titre de la chronique : ” Identité : l’entêtement et l’obsession “

” Faut-il que la société française soit en crise pour que la tentation de réduire sa culture en une identité tourne en ce moment pour elle à l’entêtement et à l’obsession.
L’entêtement est celui de ses dirigeants, l’obsession celle du pays  dans son ensemble.
Le  Président de la République a fait campagne sur le thème de l’identité : il y revient en faisant, par un de ses ministres – peu importe lequel – venu de la gauche, un grand débat national invitant les Français à préciser la notion.

On connaît le prétexte de l’opération : la mondialisation bouleverse la France, qui doit son unité à son Etat plus que toute autre nation. Et on ne voit pas sans inquiétude le lien social s’y défaire au point que notre pays redevient, comme sous l’Ancien Régime, et selon la formule célèbre de Mirabeau, “ un agrégat inconstitué de peuples désunis“.

Or, trois fois hélas, toute l’histoire de la société française témoigne qu’on ne la réunira pas autour du concept d’identité. Ce concept, à la différence de la notion de culture, exclut au lieu de ras-sem-bler. Nous savons bien que ce mot “identité ” est précisément utilisé par le pouvoir pour sa fonction “clivante” entre la droite et la gauche, mais aussi à l’intérieur de la droite, et à l’intérieur de la gauche.

Pour avoir un peu étudié le nationalisme français, j’ai appris combien l’usage du mot identité est dangereux. Certes, si on l’applique à l’individu, il est incontournable, puisqu’il faut bien que chacun identifie en lui-même un “moi” indispensable, qui unifie ses manières d’être et ses possibles.
Mais considéré du point de vue d’autrui, la notion d’identité peut réduire cet individu à un seul aspect de lui-même, à le renvoyer sans cesse à son origine, et à le juger sur un mot, sur une apparence ou sur une profession de foi.”
(…)

La loi qui porte interdiction du voile, entre autres signes religieux, concerne ces sanctuaires du service public que constituent l’école publique et l’administration, dans lesquelles la manifestation ostensible d’une appartenance religieuse fait écran entre l’individu et le citoyen ; entre d’une part la propension de toute religion à répandre ses certitudes et celles des autres cultes – je respecte ces certitudes, bien sûr – et d’autre part la nécessité de former des citoyens respectueux, égaux devant la loi, et distinguant entre les sentiments “clivants” et l’ordre universel de la raison.

Alors, le nationalisme, ce n’est pas autre chose qu’un sentiment religieux, profondément diviseur de l’appartenance nationale, et il n’est pas surprenant que le mot “identité” soit remis en honneur par un pouvoir qui, par ailleurs, remet en question la notion de laïcité, notion pourtant rassembleuse et beaucoup plus respectueuse des croyances que beaucoup d’autres : elle est de plus en plus regardée comme un modèle par nos voisins. Pour en rester à l’Europe, c’est à Londres ou à Copenhague qu’on tue pour des raisons religieuses…

VOILA POURQUOI, SUR LE PLAN COLLECTIF,
LA DEFINITION D’UNE NATION PAR LE MOT IDENTITE
EST PLUS QUE REGRETTABLE, DANGEREUX.
ET VOILA POURQUOI SON USAGE PERVERS PAR UN POUVOIR
EST EN TRAIN D’AJOUTER AU MALAISE FRANCAIS
ET DE TOURNER, AU SEIN DE CE PEUPLE, A L’OBSESSION.

CE SONT LES VALEURS ET LES PRINCIPES CULTURELS,
INSCRITS AU COEUR DE LA CONCEPTION FRANCAISE DE LA LAICITE,
QUI FONDENT L’UNITE D’UN PEUPLE,
LEQUEL SANS EUX, SERAIT PROFONDEMENT DIVISE.

CE SONT CES VALEURS ET CES PRINCIPES
QUE LE SYSTEME EDUCATIF TRANSMET.

ET DANS CE PEUPLE D’IMMIGRES IMMEMORIAUX
QU’EST LE PEUPLE FRANCAIS,
CE SONT CES VALEURS ET CES PRINCIPES
QUE LES GENERATIONS SUCCESSIVES SONT VENUES
ET CONTINUENT DE VENIR CHERCHER.”
(c’est nous qui soulignons cette conclusion)

Source photo – Pedro Uhart

 

 


Des ONG pataugent dans l’économie-fumier

28.10.09

Qu’est-ce que l’économie-fumier ?

Selon le Dictionnaire Littré, le fumier, c’est ” la paille, qui a servi de litière aux animaux domestiques, qui s’est mêlée avec leur fiente, s’est imbibée de leur urine et s’est ensuite décomposée par la fermentation“.

L’économie-fumier, ce pourrait être une économie qui, sur le lit de paille où tout le monde est assis, a laissé traîner ses produits dérivés, ses hedge-funds, ses titrisations, ses subprimes,  ses fonds spéculatifs, ses “private equities”, et tous les produits issus de l’urine des cerveaux des pontes de l’ingeniérie financière globalisée… avec le résultat que l’on connaît avec les conmséquences sur l’économie mondiale.

Des exemples?

(“Le Monde” – 19.10.09)
(…) ” Un milliardaire – qui gérait un fonds spéculatif de 3 milliards de dollars – et plusieurs dirigeants de grandes sociétés américaines, dont deux dirigeants du hedge fund New Castle, ont été arrêtés vendredi 16 octobre (2009).(…) Les fait se seraient déroulés sur trois ans à partir de janvier 2006.(…) Des délits d’initiés auraient permis à plusieurs dirigeants  de gagner plusieurs millions de dollars. Dont un dirigeant d’IBM qui aurait transmis une information d’initié au sujet d’un fabricant de puces, obtenue dans le cadre d’une négociation entre IBM et cette entreprise. Il est aussi accusé d’avoir transmis des renseignements sur IBM avant la publication des résultats trimestriels du groupe. Ironie du sort, IBM vend des logiciels pour aider les sociétés à prévenir les délits d’initiés.”(…)

Le journaliste (P.A.Delhommais) ajoute : (…) ” Le Procureur fédéral de New York, Preet Bharara, a souligné que la justice américaine était décidée à employer vis-à-vis des financiers les mêmes outils de surveillance électronique que pour les organisations criminelles, les trafiquants de drogue et les terroristes.”

Si le moindre factotum militant s’était risqué à assimiler les financiers internationaux  à la grande criminalité organisée, que n’aurait-il pas entendu …!!!

Dans “le Matin-Dimanche” (Suisse) de ce jour 25.10.05, on apprend que, suite à l’annonce bien orchestrée de “l’inévitabilité de l’augmentation des primes d’assurance-maladie” (comme tous les ans on prépare l’opinion publique vers la mi-octobre…), il apparaît pourtant, dit-on, que des caisses d’assurance sont intéressées de perdre des clients pour faire monter le pourcentage de leurs réserves financières … Diantre… Comment est-ce possible ?

(…) ” Parce que les réserves ne sont pas calculées sur la base des prestations versées, mais sur les primes à encaisser.(…) Une caisse qui enregistre de nouvelles affiliations en grand nombre se retrouve donc obligée d’augmenter drastiquement ses réserves, tandis que celle qui voit sa clientèle diminuer bénéficie artificiellement d’une marge confortable.(…) Pour fixer les montants des cotisations, les prévisions des assureurs concernant l’évolution de leurs effectifs et de leurs réserves sont déterminantes. (…) Il est certain que les évaluations de certains assureurs sont systématiquement exagérées.(…) Il est possible que certains assureurs augmentent sciemment leurs primes pour améliorer artificiellement la situation de leurs réserves.(…) La fixation des primes dépend  en grande partie des stratégies commerciales. Avec des cotisations élevées, les caisses évitent  un afflux de mauvais risques, tout en augmentant leurs réserves.. Un double bonus puisqu’une partie de ces réserves font l’objet de placements financiers, dont les résultats, assez opaques(sic) fournissent régulièrement matière à controverse.” Etc,etc,etc…

Un simple détail : on ignore combien coûte le département communication de ces compagnies d’assurances qui , tout au long de l’année, convainquent le grand public de leurs sociétaires que la hausse des primes d’assurance est inévitable, en raison des innovations technologiques, du vieillissement de la population, et toute la panoplie des “éléments de langage” préparés en plats chauds aux cochons de payeurs que nous sommes et qui n’ont qu’à gober leur ration quotidienne de fumier de communication.

 

 

Que viennent faire les ONG dans ce tas de fumier, lesquelles font la morale au monde entier des multinationales et des Etats pour exiger l’application de codes de conduites et d’engagements éthiques, pour la transparence, la bonne gouvernance, and so on… ?

Malheureusement…

On apprend que 17 associations caritatives françaises (ONG loi 1901) font l’objet dune enquête judiciaire ouverte par le Parquet de Paris depuis mars dernier. Il s’agirait d’une escroquerie à plusieurs millions d’euros qui, sous des procédures apparemment légales, auraient ainsi été détournés vers les Etats-Unis. On s’abstiendra ici d’énumérer la liste de ce 17 associations, pour cause de présomption d’innocence , mais le quotidien français “Le Parisien- Aujoud’hui” en a diffusé la liste le mercredi 14 octobre dernier.

Le mécanisme du scandale ?

1 – Aucune indication des destinataires réels des dons collectés en France.
2 – Les associations, juridiquement différentes, procèdent de la même manière, par mailing (courrier en nombre), concoctés par une seul et même agence de marketing. Ces mailings sont agrémentés de petits cadeaux (calendriers, cartes postales, etc). Ces associations s’échangent les fichiers des donateurs qui ont répondu à l’une d’entre elles.
3 – Toutes les apparences de garanties médicales et/ou religieuses noyées alimentaient un discours larmoyant et strictement émotionnel, sans aucune indication précise de destination des dons, ou des partenaires locaux servant d’intermédiaires.
4 – Au maximum 20 % des sommes collectées peuvent être identifiées dans leurs destinations. Les dons ne sont pas gérés directement par les associations. Elles sous-traitent à une compagie américaine, ” leader mondial  dans la gestion des de données en ligne pour le marketing direct“ dont  une branche à Lille  travaille pour le compte de la majorité de ces associations et qui percevait jusqu’à 90 % des sommes collectées.
5 – L’IGAS (Inspection Générale de l’Action Sociale) qui a dans son mandat la supervision des ONG faisant appel aux dons du public (et probablement échaudée d’avoir été très critiquée au  moment de l’affaire de l’Arche de Zoé en 2007) avait fait état en octobre 2008 de soupçons sur deux de ces associations en expliquant : ” la mondialisation de l’activité caritative se traduit par la multiplication d’associations souvent dépourvues de réels moyens humains et matériels”. Et à la question de savoir qui sont les commanditaires,  l’avocate des associations répond : “ Je ne peux pas vous dire qui sont mes clients, cela est couvert par le secret professionnel.”

Bref, la soi-disant professionnalisation des ONG, dont la démarche ne consiste souvent – sans généraliser –  à faire du mimétisme avec le management des entreprises (comme si celles-ci ne faisaient jamais d’erreurs…) est parfois particulièrement ridicule. L’objectif final n’est souvent que de “conquérir ou améliorer leur position sur le marché des donateurs“, leurs salariés ne sont que de variables d’ajustement budgétaire (le sommet du raffinement dans le discours de la modernité…) et la responsabilité du fonctionnement promotionnel, mais aussi comptable, est sous-traitée à des gens qui n’ont aucune idée, ni aucun intérêt à quelque cause que ce soit – sauf évidemment dans le charabia marketing des mailings. Tout le  monde se paye,et s’il reste quelque chose, il y a assez de bénéficiaires qui attendent. Ne pas oublier de faire des photos..


Congrès Mondial “Justice Juvenile Restauratrice”

29.05.09

Le XXème siècle a été témoin
du développement de la justice de mineurs
au sein de l’ensemble des systèmes juridiques.
L’entrée en vigueur quasi universelle
de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CDE)
a donné un élan extraordinaire
au processus de rénovation des législations
et à la mise en place de tribunaux spécifiques pour les mineurs.
Néanmoins, les contextes sont variables
et il n’y a pas d’homogénéité dans la pratique.

La Fondation Terre des hommes-aide à l’enfance,
institution suisse forte d’une grande expérience en matière de projets
de Justice Juvénile en Europe, Afrique et Amérique Latine,
avec le Ministère Public du Pérou

l’
Université Catholique du Pérou

et l ‘ ONG péruvienne “Encuentros- Casa de la Juventud »,

vous invitent au :

PREMIER CONGRES MONDIAL
DE JUSTICE JUVÉNILE RESTAURATRICE

à l’Université Catholique de Lima (Pérou)
du 4 au 7 Novembre 2009

avec l’aval académique et scientifique de
-  l’Association Internationale des Magistrats de la Jeunesse et de la Famille,
- la Société Internationale de Criminologie
- et l’Institut International des Droits de l’Enfant

Ce Congrès vise à promouvoir la Justice Juvénile Restauratrice (JJR)
comme un modèle innovant et prometteur
favorisant les mesures alternatives (socioéducatives) sur la privation de la liberté.
De la même façon il vise à préciser la nature de la JJR,
sa portée et ses applications concrètes,
dans des contextes culturels et juridiques variés.

Compte tenu du caractère participatif et interdisciplinaire de la Justice Juvénile Restauratrice,
ce congrès, premier événement organisé dans le cadre du
du 50ème anniversaire de la Fondation Terre des hommes,
est ouvert à toute personne souhaitant participer aux débats :
avocats, juges, procureurs, psychologues, fonctionnaires de police,
travailleurs sociaux, éducateurs, journalistes, fonctionnaires publics, etc.

A travers des Conférences plénières, des Panels et des Ateliers,
ce congrès fera appel aux experts les plus confirmés
et donnera la parole aux acteurs de terrain.
Il permettra d’échanger les expériences,
les leçons apprises et les bonnes pratiques

ainsi que d’élaborer des guidelines d’une JJR soucieuse de l’enfance,
adaptée à la pratique comme aux normes internationales.

Sur le site du congrès

www.congresomundialjjrperu2009.org

disponible en espagnol, français, anglais et portugais
vous trouverez, la liste des thèmes et des intervenants,
les conditions pour présenter vos articles
et le formulaire d’inscription.

Pour tous renseignements, merci d’écrire à l’adresse électronique :

contacto@congresomundialjjrperu2009.org


mineur2Source photo


La cri-i-i-se : un Musée pour les musées en ruine ?

4.05.09

Dans l’édition du lundi 4 mai du ” Monde “, sous le titre :
Les Musées américains luttent pour leur survie “,
on peut lire le petit paragraphe suivant :

” Malgré leur milliard de visiteurs, les musées du pays ont été violemment secoués par la crise du fait de leur structure de financement. Les subventions publique sont très faibles. Les dons des particuliers ont fortement baissés. Surtout les fonds de dotation, investis en Bourse ou dans la pierre, et dont les intérêts financent l’activité des musées, se sont effondrés.”

Donc vous pouvez disposer des oeuvres les plus sublimes
produits pendant toute l’histoire de l’humanité ;
vous pouvez être capable d’attirer
un milliard de visiteurs chaque année,
et cependant être menacé de disparition
pour cause de crise boursière et de krach immobilier.

Si l’on vous dit que la crise économique en cours est issue d’une idéologie du tout-boursier qui correspond, si elle est poussée à son paroxysme, à l’idéologie du ” tout doit disparaître “, vous répondrez que c’est du délire.
Mais le délire n’est peut-être pas du côté qu’on le dit : il est du côté de ceux qui estiment que même si vous avez des résultats économiques satisfaisants, mais des résultats boursiers – même pas négatifs, mais simplement – insuffisants, cela suffit pour décider de vous faire disparaître.
Et quand ils auront tout fait disparaître, ils n’auront plus que leur fric à bouffer.
Nul fantasme de complot là-dedans : c’est le système qui marche tout seul et que plus personne ne maîtrise, mais que de plus en plus de gens méprisent.

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Combien coûtera, dans 80 ans, l’entrée payante
des ruines d’un Musée du XX ème siècle ?

Il va bien falloir moucher tous ces petits roquets d’opérette qui nous ont, à longueur de médias, lancé à la figure, depuis la chute du Mur en 1989, que la seule alternative économique est le néo-libéralisme, la privatisation des services publics, les licenciements massifs en cas de part de marché insuffisante, et tous les produits dérivés de l’ingéniérie financière (c’est à dire les nouveaux Monopoly que ces petits roquets inventent toutes les semaines).

La preuve est donc  faite : vous avez tous les chef-d’oeuvre du monde, vous attirez un milliard de visiteurs par an, mais vous êtes vraiment menacés de disparition si vos placements boursiers et immobiliers ne rapportent pas 15 % par trimestre…

Appliquons la logique
- dont on voit les conséquences possibles pour les Musées -
à tout ce qui concerne les biens publics,
dont l’eau, l’éducation et la santé,
et imaginez le résultat…

(Y aurait-il quelqu’un qui aurait entendu dans les communiqués du G20 de Londres qu’il ne s’agissait pas seulement de “relancer” l’économie, mais d’en repenser les fondements ? Allô ? Allô?…)

getty_museumLe Musée Paul Getty, à Los Angeles,
qui a perdu 1,5 milliard (oui : milliard) de dollars,
soit 25 % de ses fonds

P.S. : Puisque les Musées américains disent que leur survie c’est l’innovation, nous leur proposons d’innover en louant leurs “grands espaces entourés d’oeuvres” aux communautés religieuses dont les bâtiments et églises traditionnels tombent en ruine.

Invitez les gens là où il y a de la beauté : ils viendront en masse.
Pendant le temps des cérémonies, au moins, ils ne spéculent pas en Bourse, ni ne s’entretuent dans les quartiers les plus pauvres ; ils ont en tous cas une meilleure chance de retrouver une vie communautaire saine et créative et non plus se croire au sommet de la liberté individuelle en s’endormant  tous les soirs  à regarder ” Qui veut gagner des millions ? “.

L’idée n’est ni originale, ni nouvelle :
c’est dans les églises romanes et gothiques
qu’on trouve parmi les chefs d’oeuvre artistiques de l’humanité
(idem pour quantité d’autres religions).


A MM. les Ambassadeurs d’IRAN

2.05.09

Monsieur l’Ambassadeur,

Un communiqué d’Amnesty International
informe l’opinion publique internationale

que votre Gouvernement a procédé
à l’exécution
de Mme DELARA DARABI
ce vendredi 1 er mai.


Mineure au moment du crime qu’elle est réputée avoir commis en 2003, qu’elle a avoué pour ensuite se rétracter, elle a été exécutée, dans la prison centrale de Rasht, sans que son avocat n’en ait été informé, alors que la loi prévoit un préavis légal de 48 heures.

darabi

Mme DELARA DARABI

Cette exécution s’est faite aussi au mépris de la décision du pouvoir central, la veille de la date initialement prévue, de reporter l’exécution : peut-être est-ce effectivement un abus de langage d’affirmer que votre Gouvernement a procédé à l’exécution, puisque cela s’est passé  en province, alors que votre ” Head of the Judiciary ” – donc la plus haute autorité judiciaire de votre pays – avait, le 19 avril, décidé de reporter l’exécution de deux mois (et donc au 19 juin).

Est-ce à dire que les plus hautes autorités iraniennes,
y compris judiciaires,
n’ont pas de contrôle sur ce qui se passe en province ?

En vérité, l’exécution de Delara n’était que la 140 ème pendaison depuis le début de cette année, et la 42 ème de mineur-e-s (au moment des faits) depuis 1990.
La liste d’attente s’éléverait à environ 70 noms (certaines sources disent 120) qui attendent donc d’avoir 18 ans, pour être pendus dans la semaine qui suivra leur anniversaire.

En réalité, comme Ambassadeurs, vous représentez un régime de serial killers.
Vos autorités aiment la mort, comme toutes celles qui fondent leur pouvoir politique sur la religion,  et surtout la mort des autres, en se drapant du discours-bidon de la prévention et de la dissuasion.

L’autorité de la coutume ? Alors,  pourquoi la plupart des autres pays musulmans, qu’ils soient chiites ou sunnites, ont-ils compris qu’un crime n ‘en justifie pas un autre ?

Comment voulez-vous être respecté come Etat de Droit au niveau international en laissant le pouvoir à des religieux de type Halloween, au crâne velu et enturbanné, qui le monopolisent à leur profit, et qui font croire qu’ils ont le dernier mot, alors que – la preuve est faite – il n’en est rien ?

La décision prise en août dernier (et confirmée en octobre) de ” réserver ” la peine capitale aux crimes de sang et non plus aux trafiquants de drogue et autres crimes, était une étape qui pouvait préjuger d’une issue rapide à ce déni de droit  – parce que contraire aux conventions ratifiées par l’Iran.

Eh bien non ! “Au nom du créateur miséricordieux “, il faut tuer, encore tuer et toujours tuer…

Inutile de hurler à l’attaque contre l’Islam : des centaines de millions de musulmans pourraient dire ce qu’ils en pensent. On pourrait aussi ajouter que le combat reste ouvert vis à vis de l’Eglise catholique qui dit : “ L’enseignement traditionnel de l’Eglise n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiés, le recours à la peine de mort, si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger intégralement de l’injuste agresseur la vie des êtres humains.” (Catéchisme No 2267 – 1998 pour la version française). On aimerait lire :” L’Eglise catholique condamne la pratique de la peine de mort en toutes circonstances.” (voir PS 2 ci-dessous)

Inutile de hurler à l’attaque contre votre pays : nous avions le même discours, pendant des décennies, contre les Etats-Unis … dont la Cour Suprême, un beau matin de février 2005, a décidé d’abolir la peine de mort applicable aux mineurs au moment des faits, après avoir dit depuis toujours que cette loi dépendait de la souveraineté de chaque Etat…

Combien de personnes seront donc pendues pour cause de conflits d’influence politique et religieuse entre vos factions qui s’affrontent en vue des prochaines élections ?
Combien d’années faudra-t-il attendre pour lire dans un communiqué anodin que la peine de mort est abolie en Iran pour les mineurs au moment des faits, sans qu’il y ait la moindre protestation ?

Delara, en prison, était devenue peintre et poètesse. Elle avait, semble-t-il, compris l’enjeu dont elle était le jouet :

” I empathise with the scarecrow for being stuck in the field. Her voice is lost behind the clusters of wheat …and Delara’s voice… Ah ! How late I realized that I have become a scarecrow.”

( ” Je sympathise avec l’épouvantail qui est immobile dans le champ. Sa voix se perd derrière les bottes de blé
…et la voix de Delara… Ah! Que de temps j’ai mis à réaliser que je suis devenue un épouvantail ” )

Alors, soyez assurés,
MM. les Ambassadeurs d’une des plus hautes civilisations
de l’histoire de l’humanité,
de la sincérité de notre inépuisable mépris,
tant que ces crimes d’Etat seront permis et commis.


*****************


PS 1 : Amnesty International demande à tous ses militants de venir déposer une gerbe de fleur en signe de deuil à l’Ambassade d’Iran à Londres mercredi 6 mai 2009. Mme Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International sera présente.


PS 2 : Concernant la position de l’Eglise catholique, le pape Jean-Paul II avait pourtant dit, le 27.01.1999, dans un discours à Saint-Louis (Sénegal) : “ « II y a un signe d’espoir dans la reconnaissance croissante que la dignité de la vie humaine ne doit jamais être négligée, même dans le cas de quelqu’un qui a fait beaucoup de mal. La société moderne a les moyens de se protéger, sans ôter au criminel de manière définitive la possibilité de se corriger. Je renouvelle l’appel, que j’ai lancé récemment à Noël, à un accord pour supprimer la peine de mort, qui est à la fois cruelle et inutile ».
Qui a oublié de corriger le catéchisme ?


Les “indicateurs” de performance, une fumisterie ?

12.12.08

Extraits d’un article du “Monde Diplomatique” de décembre 2008, page 32 :

(…) ” L’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (…) est l’organisme chargé par le gouvernement d’évaluer la recherche en France. C’est-à-dire de mettre au point des systèmes de mesure permettant de classer, donc de doter (budgétairement), les centres de recherche, et de déterminer la carrière des chercheurs suivant la valeur estimée de leurs travaux.”

Les chercheurs sont censés classer les revues scientifiques (A,B,C).
En gros, plus on publie dans de bonnes revues (A), plus on est un bon chercheur.
Si vous publiez dans une petite revue de Varsovie, peu citée (C), pas bon.
Si vous publiez dans une revue américaine à forte diffusion (A), vous êtes nettement plus intelligent et c’est excellent pour votre carrière.
Ajoutons le ” facteur impact ” qui mesure le rapport entre le nombre d’articles citant un chercheur et le nombre d’articles que ce chercheur a publiés, sans compter le facteur H, le facteur G et autres affriolants machins que l’universitaire désormais s’amusera à bricoler pour mesurer sa propre importance : ça l’occupera. La “bibliométrie”, c’est ça.

Palais idéal du facteur Cheval par hermann_burgy

Sur Google, le Facteur Cheval est cité 200 000 fois…


(…) Depuis des semaines, les pétitions se multiplient, parmi les chercheurs, pour dénoncer le système d’évaluation.(…) Les directeurs de dizaines de prestigieuses revues internationales d’histoire des sciences ont publié un communiqué commun pour refuser que leurs publications soient utilisées dans l’évaluation bibliométrique.”

Même “ L’union mathématique Internationale – qui décerne la médaille Fields (Prix équivalent au Nobel attribué tous les 4 ans à un mathématicien de moins de 40 ans) – dénonce les gros sabots et la rusticité des outils statistiques sur lesquels se fondent (ces) classements.“(…)

“Quels sont les arguments de ces ennemis de la modernité bibliométrique ?

Ils prétendent :

- que les revues anglo-saxonnes sont surévaluées par ces estimations, sans rapport avec leurs qualités réelles ;
- que la bibliométrie provoque ce qu’elle prétend mesurer : la fuite des textes européens ;
(…)
- que c’est offrir une rente de situation à certaines revues qui n’ont plus qu’à dormir sur leurs lauriers pour l’éternité ;
- que le critère principal de publication dans un titre prestigieux n’est pas nécessairement la qualité scientifique ;
- que la recherche audacieuse est souvent diffusée dans de jeunes revues méconnues ;
- que ces critères sont en réalité quantitatifs et n’ont pas de sens pour mesure la qualité d’un travail ;
- que c’est souvent le temps qui fait apparaître l’importance d’un travail ;
- que la qualité d’une revue ne se mesure pas à sa diffusion,  ni la qualité d’un texte au renom de qui l’accueille ;
- qu’il y a abondance, notamment en sciences humaines, de documents fondamentaux sur des supports rares et confidentiels ;
- que ce fichage condamne d’avance les créations de revues novatrices et audacieuses ;
- que les bouleversements de la connaissance se sont faits souvent en-dehors ou à l’encontre des institutions bien établies
(…) ;
- que la quantité des citations mesure les modes intellectuelles, les positions de pouvoir et l’audience d’un auteur plus que la qualité de l’article cité ;
- que tout cela ne peut produire qu’un aplatissemnent et une servilité de la pensée.”
(…)

S’il est vrai que toute profession se doit d’évaluer ses performances, par rapport à son utilité, économique, sociale, etc… les critères retenus doivent être élaborés par des procédures de concertations participatives avec les professionnels concernés, sans que le résultat ne puisse être un pur et simple instrument de pouvoir de qui détient les cordons de la bourse budgétaire.

Les jeunes chercheurs qui ont inventé Microsoft dans leur garage ont-ils été publiés ?
En viendra-t-on à ” évaluer ” la foi religieuse des Français aux statistiques des hosties distribuées chaque dimanche ?
Les profs de collèges de banlieues difficiles, dont les résultats au Bac sont moins bons qu’ailleurs, sont-ils des mauvais professeurs ?
Sait-on que si l’on refuse les plaintes dans certains commissariats pour des délits mineurs, c’est pour faire augmenter les pourcentages d’élucidation ?
Un ministre des transports, qui aura moins de grèves de la SNCF parce qu’il aura cédé sur tous les “trains de mesure”, est-il un bon ministre ?
Etc,etc…

Statistiques créatifs par frogindidzSource photo

Qui sait où sont publiées les analyses statistiques qui contredisent radicalement les propos officiels sur la délinquance juvénile ?
Sur ” blog.claris.org “, on apprend que ” la part des moins de 18 ans dans l’ensemble des personnes mises en cause par la police et la gendarmerie n’a cessé de baisser depuis 10 ans (de 22% en 1998 à 18 % en 2007)”, alors que le Ministère affirme que ” la population des mineurs délinquants a augmenté de plus de 360 % en moins de 50 ans.” Et ajoute : ” La délinquance est plus jeune ” alors que la comparaison, depuis 1989, du nombre de condamnations prononcées par la justice envers les 13-16 ans, les 16-18 ans, et les adultes montre une stabilité quasi-parfaite de la répartition par âge” répond M.Muccielli, du CNRS.
” Les mineurs de moins de 13 ans représentent 0,3 % des condamnés en 2006 : “ Par comparaison, la part des plus de 60 ans est huit fois plus importante”. Les 13-16 ans comptent pour 3,9% de la délinquance globale. Le point noir, à cet âge, est la délinquance sexuelle : les 13-16 ans représentent 22 % des condamnés pour viols. (Extraits d’un article du “Monde du 28.11.08)

On épargnera au lecteur de ce billet les comparaisons statistiques sur la délinquance des étrangers/nationaux, celles des refoulements à la frontière…

” Faire du chiffre “, on vous dit.
C’est toujours pour justifier un pouvoir ou une politique.




http://wc.lematin.ch

6.12.08

Ce titre est l’adresse sur laquelle vous pouvez vous exprimer sur la qualité des ” toilettes transparentes ” inaugurées ces jours-ci dans le quartier du Flon à Lausanne, dont le coût unitaire est de 200 000 francs suisses pièce (soit environ 125 000 euros) et dont l’architecture (!) s’inspire (!) de la forme d’un diamant.
C’est d’un chic fou.
Et donc ce sujet mérite une des double pages du ” grand quotidien ” de Suisse Romande en ce premier samedi de décembre 2008…

WC publics du Flonsource photo

Ces toilettes sont équipées d’un détecteur de mouvement.
Was ?

Si quelqu’un entre, le courant s’arrête et les molécules des verres à cristaux liquides bougent dans tous les sens : ça rend les vitres opaques.”

Ailleurs dans la même édition, et dans notre chapitre ” La Suisse, pays de la transparence “, on y apprend que Mr Hans-Rudolf Merz, Ministre de l’Economie et des Finances de la Confédération Helvétique, a choisi le paradis fiscal de l’île de Jersey pour y déposer les 6 milliards de francs (4 milliards d’euros) que le gouvernement destine à la recapitalisation de l’UBS, première banque suisse, dans le cadre de la “criiiiise”…


Gestionnaire des finances publiques helvétiques en bon père de famille…
La “trajectoire de tangente” de ce petit tour de passe-passe vise à échapper à la fiscalité … suisse qui met un impôt de 35 % sur le rendement des capitaux, appelé ” impôt anticipé ” qui, ” même s’il est dans certains cas, remboursé, il en résulte des charges pour l’investisseur qui pourraient diminuer le produit de la vente. Pire (sic), cet impôt pénalise les étrangers s’ils ne sont pas ressortissants de pays signataires de conventions de double imposition avec la Suisse. “ (re-sic)
Comme disait Alan Greenspan : ” Si vous m’avez compris, c’est que je me suis mal expliqué “…

Ce que l’on comprend parfaitement en revanche, c’est l’éditorial du rédacteur en chef adjoint du “Matin”, qui éclaire le lecteur en ces termes :

” Alors que l’avenir charrie avec lui son lot d’angoisses et d’incertitudes sur nos situations financières, alors que la majorité des habitants de ce pays se saigne malgré tout pour payer ses impôts, l’attitude de la Confédération est une immense provocation.(…)
” En contournant sa propre fiscalité, en s’exilant sous des cieux fiscaux plus cléments pour sauver la plus grande banque suisse, notre pays se comporte comme un vulgaire voyou sans aucune morale. En agissant de la sorte, les autorités donnent raison à la gauche et aux esprits cyniques qui n’ont cessé de répéter qu’on ne vient au secours que des riches.
Et confirme ce cliché qui n’en est désormais plus un : nous ne sommes que des cochons de payeurs.”

On y ajoutera que les cochons de payeurs payeront deux fois : un fois avec la hausse des prix, l’augmentation du chômage, etc, etc… et une deuxième fois pour renflouer, par l’impôt,  les “ceusses” qui, depuis toujours, font dans l’ingénièrie  financière, laquelle consiste à inventer tous les moyens les plus raffinés de légaliser l’escroquerie.

L’architecture – en forme de diamant ? -
des banques de Jersey
ressemble-t-elle aux toilettes transparentes
de Lausanne ?

Merci de tirer la chasse d’eau.

Les temps sont durs pour tout l'monde ... par Telline de mer


Iran : il n’y aura plus d’exécutions de mineurs

19.10.08

En date du 16 octobre 2008,
Mr Hossein Zabi, “Assistant Attorney for Judicial Affairs“,
donc Procureur-Adjoint de la République d’Iran,
annonce que le gouvernement a intimé l’ordre à tous les Tribunaux
de cesser les exécutions capitales d’individus
ayant commis leurs crimes avant d’avoir atteint l’âge de la majorité.

Cela correspond aux normes internationales et notamment à la Convention relative aux Droits de l’enfant(1989- Article 37) et au Pacte sur les Droits Civils et Politiques(Article 6), instruments juridiques internatinaux ratifiés par la République Islamique d’Iran.

Depuis des décennies, les appels se succèdent : l’Union Européenne, le Conseil de l’Europe, le Haut-Commissariat aux Droits de l’homme des Nations Unies,etc,etc…
Voir la liste des derniers mineurs iraniens exécutés…

Mais il faut surtout rendre hommage à AMNESTY INTERNATIONAL qui n’a cessé d’en appeler aux autorités iraniennes, et qui a toujours su collecter et vérifier les informations les plus précises sur le problème. L’Abrincate, dans ses fonctions (voir billet précédent de ce blog), a organisé une conférence de presse le 8 juillet dernier à Genève, avec d’autres ONG, pour protester une fois de plus, avec le sentiment d’être l’ouvrier de la 25 ème heure, mais avec cependant la conviction que, comme le dit Richard C.Dieter (dans un article intitulé : ” International Influence on the death penalty in the US “) : It is not any single flake that makes the branch break, but rather the collective weight of many flakes accumulating over time.” (” Un flocon de neige seul, ne peut casser une branche, mais, avec le temps, l’accumulation des flocons de neige y parvient.

Il est cocasse de voir qu’un adjoint du Procureur Général annonce la décision gouvernementale de la cessation des exécutions de mineurs par un simple communiqué, alors que depuis toujours, les plus hautes autorités de l’Etat, y compris le Guide Suprême (!), le Ministère de la Justice, y compris le président de la République Islamique, n’ont cessé de de répondre qu’ils ne peuvent strictement rien faire, en affirmant que selon la loi islamique, seuls les parents des victimes avaient le droit d’accorder leur pardon et de surseoir aux exécutions.
Il ne s’agissait donc bien – comme d’habitude -  que de traditions qui se vident d’elles-même avec le temps et qu’une accumulation de flocons de protestations a fait tomber comme des fruits pourris : un simple communiqué gouvernemental suffit….

Une fois de plus, la preuve est faite : la pression internationale est indispensable, à condition qu’elle soit obstinée, multiple (quoique coordonnée, autant que possible), et tous les pisse-froids qui sourient en coin avec condescendance devant les ONG pour leur naïveté face aux pouvoirs en tous genres qui, eux, seraient sérieux et professionnels, tous ces pisse-froids peuvent aller se faire voir ailleurs.

Aucun geste, aucun communiqué, aucune conférence de presse n’est dérisoire : tous ces gestes agissent et s’accumulent sur l’image d’un pays dans un monde désormais globalisé où les pays sont de plus en plus interdépendants (qu’ils le veuillent ou non), et où leur communication devient obessionnelle, leur image internationale étant un élément fondamental de la liste de leurs intérêts.
(Ne pas exclure que cette décision survienne aussi dans un contexte national où les clans affûtent leurs armes en prévision des élections présidentielles de 2009).

A noter cependant que la décision annoncée par “l’adjoint” concerne l’obligation pour tous les tribunaux du pays de ne plus procéder à aucune exécution : il reste donc à obtenir que la peine de mort pour les mineurs soit abolie dans la loi, et qu’il n’y ait aussi plus aucune peine d’emprisonnement à vie pour les mineurs délinquants (Article 37, alinéa a, de la Convention relative aux Droits de l’enfant).

En terminant sur ce qui est désormais – espérons-le – du passé révolu, on citera ici une témoignage publié en exergue d’un des dossiers ‘Amnesty International”:

” Deux semaines après son 18 ème anniversaire en 2006, Sina Paymard était conduit à la potence pour être pendu. Debout avec la corde autour du cou, on lui a demandé s’il avait un dernier souhait à exprimer. Il répondit qu’il voudrait une dernière fois jouer du “ney” – une flûte orientale. Les parents de la victime, présents pour assister à la pendaison, ont été tellement bouleversés par ce dernier morceau joué (par le condamné), qu’ils ont donné leur accord pour le paiement de la diyeh (argent du sang) en lieu et place de l’exécution, comme la loi iranienne le permet.”

Source photo :
Sina Paymard avant son exécution programmée

Source photo :
Sina Paymard, plus jeune, jouant de la flûte

Dernière minute : 20 octobre 2008

Le Procureur-Adjoint mentionné ci-dessus vient d’accorder une interview à l’Agence Associated Press où il confirme la cessation de toutes les exécutions de mineurs, mais à l’exception des crimes de sang…
Autrement dit : les condamnations à mort de mineurs – au moment des faits – pour trafics de drogue et autres crimes et délits sont bien abolis, mais la peine de mort – semble-t-il – demeure pour les auteurs de meurtres.
Voir l’article (en anglais) d’Associated Press
Comme disait l’autre, l’Orient est compliqué… et le double langage aussi.


Qui nourrit la dette publique US ?

29.08.08

” Un désastre économique se produira si la dette de l’Etat américain, de 5 300 miliard de dollars, continue d’augmenter. 70 % de la dette sont détenus par des investisseurs étrangers, ce qui pourrait provoquer des problèmes géopolitiques.”

Billet du “Monde ” en pages économiques, le 23 août 2008.

Qui a prédit cela ?
Des zozos altermondialistes ?
Des adeptes de l’anti-américanisme primaire ?

Non, les deux milliardaires américains, Warren Buffet et Pete Peterson.
On aimerait savoir quels problèmes géopolitiques cela pourrait provoquer.
Et ainsi mieux comprendre ce qui nous pend au nez.

Comme disait l’autre :

” Si tu ne peux pas rembourser tes 10 000 euros de dettes à ta banque, tu as un problème avec ta banque.
Si tu ne peux pas rembourser 10 000 000 euros de dettes à ta banque, c’est ta banque qui a un problème avec toi.”

Combien de “fonds souverains ” (= Etatiques) alimentent la dette publique américaine ? De quels pays ?
C’est-à-dire : dans quels pays les croisades des Etats-Unis s’accomodent-elles des pires violations des droits humains, de situation de jungles sociales, où la population survit dans de véritables dépotoirs économiques ?

Mais, bien entendu, on n’a rien compris et on mélange tout, n’est-ce pas ?
Ce que l’on a cependant bien compris, c’est que ” l’argent, c’est comme la fumée de cigarettes, ça monte toujours, et ne redescend jamais.” (Nicolas Bouvier)

affiche jonction par noukkasource photo