"Aucun mot ne saurait défaire ce qui a été fait"

12.04.13

Ce 11 avril 2013, l’Etat suisse a organisé une cérémonie officielle … d’excuses, à Berne, en présence de la Ministre de la Justice Simonetta Sommaruga, de représentants des institutions, des Eglises, des cantons, des villes, de l’Union suisse des paysans, etc.

… Quid ?

(…) "quelque 100’000 enfants placés aux 19ème et 20ème siècles en Suisse. Formant une force de travail bon marché, ils ont été parfois battus, mal nourris, voire abusés sexuellement. D’autre part, des «filles mères» ou des «marginaux» ont été emprisonnés sans jugement ou internés en hôpital psychiatrique jusqu’aux années 1980. Les autorités ont parfois ordonné la castration et la stérilisation ou l’adoption forcée d’enfants."

(…) Le quotidien de boulevard Blick a calculé, avec l’économiste en chef d’une grande banque, que «le travail gratuit des enfants a rapporté à l’agriculture entre 20 et 65 milliards de francs. Environ 10’000 des enfants concernés vivant encore, ils devraient toucher 1,2 milliard de francs.»

Enfances brisées [DR]

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La Ministre de la Justice s’exprime en ces termes :

(…) De nombreuses femmes et de nombreux hommes dans cette salle savent ce que cela signifie d’être placé, sans protection, sans explication, dans un foyer étranger, d’être méprisé, d’être abaissé, d’être humilié.
De nombreuses personnes dans cette salle savent trop bien ce que c’est de se sentir impuissant, d’être maltraité physiquement et psychiquement, d’être abusé sexuellement.
Ce sont des femmes et des hommes, parmi nous, qui ont été stérilisés contre leur volonté. Ce sont des mères, dans cette salle, auxquelles on a enlevé leur enfant, parce qu’elles n’étaient pas mariées. Ou des femmes qui ont été contraintes d’avorter, ou des mères de donner leur enfant à l’adoption."
(…)
Priver un enfant de ce dont tous les enfants ont besoin – l’amour, l’affection, l’attention et le respect – c’est faire preuve de cruauté. Lorsqu’un enfant – ou un adulte – doit en plus supporter des violences psychiques ou physiques et qu’on lui ôte l’espoir de voir quelqu’un le protéger – c’est une violation de la dignité humaine.
Je le dis en tant que votre concitoyenne. Je l’affirme en tant que ministre de la justice. Et je le répète en tant que membre de notre gouvernement national : rien n’a plus de prix que la dignité humaine." (…)
La maturité d’une société se mesure au regard qu’elle est capable de porter sur son passé.(…) Bien sûr, c’était une autre époque. Même si – bien heureusement – nous voyons aujourd’hui de nombreuses choses d’une autre manière, je m’oppose à un excès de relativisme. (…) La dignité humaine n’est pas une découverte du 21e siècle. La mère à laquelle on arrachait son enfant de 15 jours ne ressentait pas autre chose que ce que ressentirait une mère aujourd’hui. Et un enfant méprisé, humilié, considéré comme moins que rien, ne souffrait pas moins à l’époque que ne souffrirait aujourd’hui un enfant qui serait traité de cette façon."

Mme Simonetta Somaruga , Ministre de la Justice
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L’Histoire se prête trop aux amalgames faciles pour ne pas se méfier des comparaisons et analogies artificielles, sinon douteuses. Et l’énumération qui suit ne suggère aucun amalgame idéologique à partir de faits survenus dans des pays différents et à des périodes différentes.

L’énumération qui suit vise, au contraire, à montrer que, quels que soient les régimes  et les systèmes idéologiques de pouvoir, des réalités historiques sont apparues avec un certain nombre de points communs – à tous les régimes, précisément :

- le rôle de l’Etat et des institutions, publiques et privées;
- le nombre souvent impressionnant d’enfants concernés;
– l’objectif d’assistance à l’enfance, de bonne foi selon les valeurs de l’époque, mais parfois comme prétexte à but lucratif ;
– l’interêt économique (transactions ou épargne…)

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On se permettra donc de rappeler les faits historique suivants :

ESPAGNE

" En Espagne, près de 300 000 enfants pourraient avoir fait l’objet d’adoptions frauduleuses depuis les années 40 jusqu’aux années 90. La justice commence à entendre les victimes de ce juteux marché. Dans ce dossier, le traditionnel silence qui entoure les crimes du franquisme en Espagne n’a pas pu, cette fois, étouffer la clameur des victimes d’une tragédie qui brise encore des vies trente-cinq ans après la mort de Franco. (…) Après la guerre civile espagnole (1936-1939), environ trente mille enfants ont été enlevés à leurs mères républicaines pour être confiés à des institutions publiques ou à des familles proches du régime du général Franco.(…)
Dès les années 60 toutefois, ce sont des motifs purement crapuleux qui ont permis la perpétuation de ces « vols », donnant lieu à un vrai trafic. Les enfants étaient alors enlevés à des femmes vulnérables, mineures ou en situation de précarité sociale, et remis moyennant paiement à une famille adoptive. Lorsque les mères n’avaient pas « cédé » leur enfant, on leur faisait croire qu’il était mort-né. Pour éviter tout problème, on leur affirmait que l’hôpital se chargerait des formalités administratives et de l’enterrement.Le phénomène a été particulièrement intense entre 1960 et 1980. Le sociologue Francisco Tena, qui s’est spécialisé dans cette affaire, affirme toutefois (au quotidien El Mundo) avoir vu des cas jusqu’en 1995, soit vingt ans après la mort de Franco.(…)L’Association nationale des affectés par les adoptions illégales (Anadir) a calculé que 300 000 enfants pourraient avoir fait l’objet d’adoptions frauduleuses. (…)

Source :
- Gaëlle Lucas | MyEurop.info | 07/01/2011 | 13H40
- Chronique d’Audrey Pulvar – France Inter – mardi 25 janvier 2011)
- Quotidien suisse "24 heures" : http://actu.en24heures.com/en-espagne-les-enfants-voles-du-franquisme-reclament-justice

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GRANDE-BRETAGNE

(…) … le fait qu’un pays européen tel que le Royaume-Uni enlève sciemment les enfants de ses propres familles et les fasse adopter sans le consentement des parents de naissance demeure un phénomène peu connu, car les familles touchées n’ont pas le droit d’évoquer leur cas en dehors de la cour de justice familiale, encore moins d’en parler à un journaliste, sous peine d’emprisonnement. Le Royaume-Uni a pourtant une histoire douteuse en matière de «protection de l’enfance» depuis le 19ème siècle. L’un des épisodes les plus dramatiques a duré 70 ans : les enfants volés aux familles pauvres étaient envoyés en Australie dans le cadre du programme d’état «Migrant Children» pour y créer «une bonne souche blanche» ! 40 ans après la fin du programme, au début de l’année 2010, Gordon Brown, David Cameron et Nick Clegg ont produit des excuses publiques à la Chambre des Communes pour ce désastre historique.


La reconnaissance en elle-même de cet exil forcé, malgré plusieurs décennies de campagne par les familles de victimes, n’a pratiquement fait l’objet d’aucune couverture médiatique et ses responsables n’ont jamais été punis. Aujourd’hui, le «gagging order» (ordre de bâillonnement) protège l’état, non seulement de la liberté de la presse, mais aussi de la liberté d’expression. Les parents en sont venus à utiliser les médias alternatifs pour décrire leur calvaire et surtout, retrouver leurs enfants. (…) Et surtout, il y a ces milliers de femmes accusées de «future négligence» ou «futur   dommage émotionnel» de leur enfant, dès les premiers jours de la grossesse… On leur enlève le nourrisson à la naissance et
on leur enlèvera ainsi chaque nouveau bébé, sur la seule foi d’un psychiatre payé par les services sociaux. Leur crime : avoir été victime de violence domestique, soit par leurs parents, soit par leur partenaire, et très souvent
par la famille d’accueil ou l’orphelinat ou elles-mêmes avaient été placées.
Plusieurs centaines de ces mères, seules ou en couple, ont fui à l’étranger afin de pouvoir garder leur bébé. Les histoires et dossiers légaux de ces familles lui ont fait connaître l’étendue et la variété des tactiques utilisées par les services sociaux pour piéger les parents."  – (Etc,etc…)
Source : Blog de jean-Pierre Rosenczweig, juge des  mineurs http://jprosen.blog.lemonde.fr/2011/02/05/gers-des-relents-de-la-ddass-de-jadis-413/

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ARGENTINE

 (…) Lorsqu’en 1976, les forces armées prirent le contrôle du gouvernement argentin, elles commencèrent par mettre en oeuvre un plan systématique de destruction et de violation des droits les plus fondamentaux de l’homme.
De cette manière, elles causèrent la disparition de 30.000 personnes de tous âges, provenant des milieux sociaux les plus divers. Parmi les disparus, on dénombre plusieurs centaines d’enfants qui furent kidnappés avec leurs parents ou qui naquirent dans des centres de détention clandestins où leurs mères enceintes avaient été emmenées.
Plusieurs de ces enfants furent enregistrés comme enfants appartenant à des membres des forces de répression ; certains furent abandonnés alors que d’autres furent laissés dans des institutions en tant qu’enfants sans identité. De cette manière beaucoup d’enfants disparurent et leur identité fut détruite, les privant ainsi de leurs droits, libertés et familles naturelles."(…)
Après des années dramatiques de recherches incessantes, il a été possible de localiser 58 enfants disparus dont 8 avaient été assassinés. Des 50 restants, 33 se trouvent déjà auprès de leur famille légitime et d’autres sont en contact avec leurs grands parents, avec leur vraie identité et leur propre histoire rétablie par des jugements de tribunaux.
Dans le but d’apporter de l’aide à cette tâche, l’Association a créé une équipe technique composée de 18 professionnels incluant des avocats, des médecins et des psychologues.


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Mme De Carlotto,
présidente de l’Association des Grands-mères de la Place de Mai

" Chacun des enfants disparus possède un dossier en attente auprès d’une instance judiciaire et chaque nouvelle information reçue est ajoutée à ce dossier de sorte que plus le temps passe, plus il va être possible de déterminer l’identité réelle de tous les enfants ainsi que celle des responsables de leur enlèvement ou de leur adoption illégale.
Afin de préserver dans le futur les résultats obtenus lors de tests sanguins en vue de l’identification des enfants, une banque de données génétiques a été créée par la loi nationale No. 23.511 où l’histoire génétique de toutes les familles dont les enfants ont été enlevés sera conservée. "(…)

Source : Association "ABUELAS DE PLAZA DE MAYO"
Corrientes 3284 / 4o Piso / Dto. II / (1193) Capital Federal / ARGENTINE
Email: abuelas@wamani.apc.org  -  http://www.wamani.apc.org/abuelas/

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AUSTRALIE

" L’expression « générations volées » (« Stolen Generations » ou « Stolen Children »), utilisée parfois au singulier (« génération volée » ou « Stolen Generation »), désigne les enfants d’Aborigènes australiens et d’indigènes du détroit de Torres enlevés de force à leurs parents par le gouvernement australien depuis 1869 jusqu’en 1969 environ. Ces enfants étaient le plus souvent des métis de mère aborigène et de père blanc. Ils furent placés dans des orphelinats, des internats, ou bien confiés à des missions chrétiennes ou à des familles d’accueil blanches.


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Ces actes sont reconnus par la majorité de la classe politique australienne comme l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire du pays, mais suscitent néanmoins débats et controverses encore aujourd’hui [1]. Le fait de savoir s’il faut ou non des excuses officielles du gouvernement, et s’il y a eu ou non tentative de génocide à l’encontre des Aborigènes[2], sont particulièrement sujets à controverse. En 1997, un rapport intitulé "Bringing them home" (Les ramener à la maison)[3] détaille l’histoire de ces pratiques, publie des témoignages, et suggère qu’environ cent mille enfants appartiennent aux « générations volées ». Le 11 décembre 2007, le gouvernement fédéral dirigé par Kevin Rudd promet des excuses officielles au nom de l’État australien[4]. Ces excuses sont présentées le 13 février 2008[5],[6].

Source : Wikipedia (http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9n%C3%A9rations_vol%C3%A9es

Plus tard, l’ancien Premier Ministre australien, Kevin RUDD s’exprimait ainsi dans une réunions publique en 2012 :

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(…) « Tout est possible si l’on sait ce que l’on veut. Ce lieu est une source d’inspiration. Ne sous-estimez pas le pouvoir que vous avez en tant que membre de la société civile. Avec le temps, vous pouvez soulever des montagnes. »
L’ancien premier ministre a décrit les éléments qui sont, selon lui, cruciaux pour des excuses réussies. Le premier élément est la sincérité des excuses : « Les excuses doivent être sincères, les gens ne sont pas dupes. » Kevin Rudd a écrit lui-même son discours à la main après avoir écouté pendant trois heures le récit d’une dame agée appartenant à la génération volée. « Pour un responsable politique, il est difficile de se taire pendant trois heures et d’écouter quelqu’un d’autre ». Les excuses doivent également être « bien reçues ». « Il y a toujours un risque ». Ces deux premiers éléments sont indispensables pour que « les excuses puissent apporter un réel changement. » La politique est faite de procédures et de comités, il n’existe pas de ministère des sentiments humains. Pourtant, selon Kevin Rudd, cette dimension est cruciale et les excuses sont un sacrement laïc qui peut avoir un impact spirituel et émotionnel profond. Autre élément fondamental, les excuses doivent également être basées sur des faits et ce fut le cas puisque ces excuses sont basées sur un rapport scientifique du comité."(…)
Source : http://www.caux.iofc.org/fr/excuses_Kevin_Rudd

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FRANCE

" Dans les années 1960 et 1970, la DDASS de la Réunion a transféré en métropole plusieurs centaines d’enfants abandonnés ou retirés à leurs parents. Ils étaient alors confiés à des familles ou à des institutions situées principalement dans le Massif central et le Sud-Ouest. Aucun voyage de retour n’était prévu. Ce transfert a été un échec : malgré quelques réussites individuelles, la grande majorité a souffert du déracinement, de la solitude, du racisme, du chômage. Quarante ans plus tard, des anciens pupilles ont intenté un procès retentissant à l’État, réclamant des centaines de milliers d’euros de dédommagement. Faut-il, comme eux, relier cet épisode aux pages les plus noires de l’histoire de France, l’esclavage et la déportation ? Ce transfert d’enfants incarnerait-il un néo-colonialisme qui n’ose pas dire son nom ? L’artisan de cette opération, Michel Debré, s’inquiétait de l’explosion démographique qui pesait sur l’île, mais il avait surtout l’ambition d’intégrer la Réunion à l’ensemble national et de transformer des petits créoles en Français comme les autres. C’est pourquoi il faut plutôt envisager cette inquiétante conclusion : la migration des pupilles réunionnais, avec la somme de souffrances qu’elle a engendrée, a été menée à bien parce qu’elle était conforme à l’idéal républicain.

Source : http://livre.fnac.com/a1990253/Ivan-Jablonka-Exil-d-enfants-transfert-de-pupilles-reunionnais-en-metropole#ficheResume

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" En 1963, Michel Debré devient député de la Réunion. Pour éviter que l’île ne devienne indépendante comme l’Algérie un an plus tôt, il lance un ambitieux programme de développement: il fait distribuer du lait en poudre dans les écoles, organise un système de cantines gratuites, développe des infrastructures hospitalières, met l’accent sur la formation des jeunes, etc. Ce programme est financé par la solidarité nationale, puisque, depuis 1946, la Réunion est officiellement un département français.
Mais Debré, comme la plupart des élites politiques réunionnaises de l’époque, s’inquiète de la surpopulation, qui risque d’annuler tous ces efforts. Il met donc en place un programme de migration destiné à envoyer en métropole de jeunes adultes réunionnais. (…) En parallèle, Debré incite la DDASS de la Réunion à transférer en métropole des mineurs –orphelins, enfants abandonnés, enfants retirés à leur famille par décision de justice. Pour faire du chiffre, la DDASS envoie ses assistantes sociales en tournée dans l’île pour ramasser un maximum d’enfants. D’un côté, elle s’assure de la collaboration des juges; de l’autre, elle berne les parents en leur faisant croire que leur enfant va devenir avocat ou médecin. Elle immatricule à tout va, après quoi, elle a les mains libres pour envoyer les pupilles là où elle le souhaite. En tout, 1.600 enfants ont été expédiés dans une soixantaine de départements, notamment dans les zones rurales et vieillissantes du Massif central et du Sud-Ouest. En transférant une population depuis une île surpeuplée vers des départements désertés, Debré espère faire d’une pierre deux coups.(…)

Depuis la Révolution française, la pensée républicaine vise à régénérer l’enfant né ou élevé dans des conditions jugées anormales. Dès qu’une défaillance familiale est diagnostiquée, l’État disqualifie les parents et s’empare de l’enfant, considéré comme un être malléable: le but est alors de l’extraire de son milieu social et de le métamorphoser dans un environnement sain, avant de le replacer dans la société, remis à neuf, régénéré. Dans le cas des enfants réunionnais, l’administration considère qu’ils ne peuvent souffrir de leur déracinement, puisque leur destin sera préférable à celui que leur réservait leur milieu d’origine.(…)La migration réunionnaise s’est soldée par un désastre humain. En quelques semaines, les pupilles perdent leurs repères familiaux et culturels, sont exposés au froid, à la claustration, au racisme, à des violences dans certains cas. En raison de ce choc très brutal –surtout pour des bébés, des enfants et des adolescents–, la métropole se révèle un milieu particulièrement angoissant et hostile. Dès leur arrivée, les enfants veulent rentrer chez eux; mais le piège s’est refermé. Sur place, le suivi social est inexistant. De ce fait, les pupilles ont subi des carences affectives très graves; un certain nombre a sombré dans la dépression, l’alcoolisme, la délinquance, la clochardisation ou la folie. (…)

Pour éviter les malgames historiques abusifs : 
(…)Dans le cas de la migration britannique (vers l’Australie), on observe la même déculturation et la même catastrophe socio-éducative; mais les enfants ont également subi des violences physiques et sexuelles systématiques, notamment dans les établissements des Frères chrétiens –ce qui n’est pas le cas en France. La migration réunionnaise et la migration britannique ont toutes deux été réalisées avec des arrière-pensées impériales et sans aucun suivi socio-éducatif; elles relèvent de la maltraitance d’État.
Le cas de la «stolen generation», qui concerne les enfants aborigènes
(d’Australie), est différent: il s’agit d’une tentative de génocide, où le déplacement forcé des enfants va de pair avec des vols de terre et des meurtres. (…)

Source : http://observatoire2.blogs.liberation.fr/normes_sociales/2009/11/les-enfances-perdues-de-laustralie-et-de-la-r%C3%A9union-entretien-avec-ivan-jablonka.html

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Bibliographie :

Mathias Gardet, David Niget, Enfances (dé)placées. Migrations forcées et politiques de protection de la jeunesse, XIXe-XXe siècles

David NIGET, Enfances colonisées. Une histoire postcoloniale des migrations juvéniles, XIXe-XXe siècles

Joëlle DROUX, Migrants, apatrides, dénationalisés. Débats et projets transnationaux autour des nouvelles figures de l’enfance déplacée (1890-1940)

Ellen BOUCHER, Enfance et race dans l’Empire britannique. La politique d’émigration juvénile vers la Rhodésie du Sud

Sarah HEYNSSENS, Entre deux mondes. Le déplacement des enfants métis du Ruanda-Urundi colonial vers la Belgique

Yves DENÉCHÈRE, Les « rapatriements » en France des enfants eurasiens de l’ex-Indochine. Pratiques, débats, mémoires

Naomi PARRY, Stolen Childhoods. Reforming Aboriginal and Orphan Children through Removal and Labour in New South Wales (Australia), 1909-1917

Marie-Pierre BOUSQUET,  Êtres libres ou sauvages à civiliser ? L’éducation des jeunes Amérindiens dans les pensionnats indiens au Québec, des années 1950 à 1970

Marta CRAVERI, Anne-Marie LOSONCZY, Trajectoires d’enfances au goulag. Mémoires tardives de la déportation en URSS.

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Revue d’Histoire d’enfance "irrégulière (RHEI) N0 14 :
Ecole Nationale de Protection Judiciaire de la Jeunesse
" Enfances déplacées en situation coloniale"


Cours d’économie contemporaine …

11.04.13

" Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c’est une crise.
Depuis que je suis petit, c’est comme ça…"

" Un crédit à long terme,
ça veut dire que moins tu peux payer, plus tu payes."

"Je vais vous expliquer le principe de base de l’économie :
donne-moi ta montre, et quand tu as besoin de l’heure, moi je te la dis !"

Coluche

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" Il faut prendre l’argent là où il est : chez les pauvres. Ils n’ont pas beaucoup d’argent, mais il y a beaucoup de pauvres. "

Alphonse Allais
 Alphonse Allais , natif de Honfleur .
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" S’il est périlleux de tremper dans une affaire suspecte, il l’est encore davantage de s’y trouver complice d’un grand : il s’en tire, et vous laisse payer doublement, pour lui et pour vous. "
Jean de La Bruyère
 
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" Si d’ordinaire on ne distingue pas capitalisme et économie de marché, c’est que l’un et l’autre ont progressé du même pas, du Moyen- Âge à nos jours, et que l’on a souvent représenté le capitalisme comme le moteur de l’épanouissement du progrès économique. "

Fernand Braudel
 
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" Du faible au fort, ce serait voler ;
du fort au faible, c’est seulement s’approprier le bien d’autrui."

Jean-Jacques Rousseau
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" C’est une règle de prudence vulgaire, lorsqu’on est parvenu au faîte de la grandeur, de rejeter l’échelle avec laquelle on l’a atteint, afin d’ôter aux autres les moyens d’y monter."

Friedrich List
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" Le vrai satellite artificiel, c’est la masse des monnaies flottantes qui encercle la terre de sa ronde orbitale. La monnaie devenue artefact pur, d’une mobilité sidérale, et d’une convertibilité instantanée, a enfin trouvé sa vraie place, plus extraordinaire que le Stock Exchange : ­l’orbite où elle se lève et se couche comme un soleil artificiel."
Jean Baudrillard
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" La situation devient sérieuse lorsque l’entreprise n’est plus qu’une bulle d’air dans le tourbillon spéculatif."

John Maynard Keynes

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" Les profits sont le sang vital du système économique, l’élixir magique sur lequel repose tout progrès. Mais le sang d’une personne peut être le cancer pour un autre."

Paul Samuelson

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" Pourquoi les banquiers n’épousent jamais leur maîtresse ?              
Pour ne pas transformer une action en obligation. "

http://lewebpedagogique.com/maule64/

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" Naturellement, ce sont les régimes communistes qui encagent tout et chacun dans un totalitarisme lugubre. Mais le capitalisme lui aussi d’une autre façon, sous d’autres formes, empoigne et asservit les gens. Comment trouver un équilibre humain pour la civilisation, voilà la grande question de ce siècle ! "

(Charles De Gaulle, "Mémoires d’espoir", entretien avec Michel Droit en juin 1968).


Combien cela coûtera-t-il si on ne fait rien ?

11.04.13

La communauté internationale s’est donné les « Objectifs du Millénaire » pour aboutir en 2015 à réduire de moitié la proportion de la population mondiale qui souffre de la faim et dont le revenu individuel est de moins de 1 dollar par jour, pour garantir l’éducation primaire pour tous, réduire de deux tiers les mortalités maternelle et infantile,  mais aussi pour inverser la tendance à la déperdition des ressources environnementales.

La population mondiale des moins de 18 ans est estimée à 2,2 milliards d’individus, dont 1,2 milliard d’enfants de moins de 9 ans et un milliard de 10 à 18 ans.

Le manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement est la première cause de mortalité dans le monde.

Treize millions d’hectares de forêts naturelles sont annuellement détruits et convertis en terres agricoles, avec toutes les conséquences sur le cycle de l’eau, l’érosion des sols et la diversité biologique. Les changements climatiques modifient les rythmes et les conditions de la vie quotidienne, dans les domaines nutritionnels, médicaux ou éducatifs, surtout lorsqu’ils entraînent les déplacements de population et les migrations au niveau international.

La gravité et l’urgence de la situation sont globales alors que la volonté politique, les lois et règlements, ainsi que les moyens relèvent des Etats et résultent de leurs négociations. Mais la question est désormais posée de la légitimité d’un développement conçu selon le modèle occidental de croissance économique. Le concept traditionnel de croissance n’est plus considéré la seule forme de développement : les systèmes de pensée globale doivent s’adapter à l’urgence, à l’imprévisibilité et à la complexité de problèmes globaux qui ne peuvent être traités que par les apports respectifs des cultures et modes de vie de sociétés diverses, afin d’éviter la destruction progressive de l’environnement.

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A ces données objectives et à leurs conséquences prévisibles s’ajoutent des discours idéologiques selon lesquels seul « le marché » garantirait l’accès du plus grand nombre aux bienfaits du développement : dans cette optique, l’Etat constituerait un obstacle par incompétence et volonté de régulation, y compris au niveau international, par l’établissement des normes et conventions multilatérales contraignantes fondés sur des droits universels.

Les droits humains fondamentaux ne peuvent être effectivement garantis que si l’Etat dispose des moyens de réguler et contrôler leur application. Ce sont les droits imprescriptibles de tous les enfants d’une communauté : ils ne peuvent en aucun cas être programmés et gérés sur la seule base des capacités financières des familles. L’UNICEF a toujours considéré les frais d’inscription et le coût de la scolarisation des enfants comme une forme inacceptable d’ « impôt sur le développement »  pour leurs familles. L’idée répandue que l’instruction et la santé doivent être gérés sur le principe « utilisateurs-payeurs » (ou encore « faire des études est un enrichissement qu’il faut payer ») est évidemment contradictoire avec l’exigence d’universalité et de qualité de l’éducation et de la santé de base.

-  l’Etat porte la responsabilité de l’intérêt collectif quant aux nécessaires investissements à long terme, tandis que le marché est, par définition, la recherche la plus rapide du profit à court terme. Soumis aux fluctuations de la Bourse et de la rentabilité la plus rapide, il ne gère la rareté qu’au bénéfice d’une minorité disposant de moyens, et au prix d’une explosion des inégalités. Le secteur privé, comme les acteurs de la société civile (non-étatique) ont un rôle vital dans la mise en œuvre de ces droits : mais l’Etat en est le garant et le seul redevable devant sa propre population et devant les instances internationales de suivi.

- si la nature est une richesse, elle n’est pas une marchandise : on ne peut monétiser et commercialiser que ce qui est produit par des investissements et du travail humain, à partir des ressources naturelles. Pour quels intérêts faudrait-il commercialiser l’air respirable ? Si les ressources naturelles sont commercialisables, quelle gouvernance mondiale en fixerait et contrôlerait les règles de concurrence ?

Conseil des Ministres des Iles Maldives … sous l’eau
(Octobre 2009)

- la notion de « biens publics » doit sanctuariser certains investissements et services (éducation, eau, santé, etc) dans le sens de cette définition : « un bien public est un type particulier de consommation correspondant au cas où la disponibilité d’un bien pour un individu n’exclut pas sa disponibilité pour d’autres (non-rivalité) et où le fournisseur du bien ne peut empêcher personne de le consommer. »

- il faut en appeler à la responsabilité individuelle des citoyens informés : « La transition écologique ne peut se faire qu’au prix d’une modification de nos habitudes, vers un mode de vie plus sobre et moins dispendieux.”

- au lieu de se demander sans cesse « Combien cela coûte-il ? » (et toujours répondre que cela coûte trop cher), la question serait aussi immédiatement légitime : « Combien cela coûtera-t-il si on ne fait rien ? ». Les bénéfices d’une meilleure prévention en santé publique et d’une amélioration du système éducatif pour l’ensemble de la population sont profitables à toute la société, y compris pour l’adaptation de son économie à un environnement international de plus en plus concurrentiel et globalisé.


Diamants de poche pour la route…

3.02.13

" La liberté n’a pas toujours les mains propres,
mais il faut choisir la liberté,"

André Malraux

"Ce que nous rappelle Freud, ce n’est pas le mal,
mais le bien qui entraîne la culpabilité."

Jacques Lacan

" Le contraire du mal, ce n’est pas le bien,
mais le sens."

Théologienne protestante.

" Qu’y a-t-il dans le vide
qui puisse nous faire peur ? "

Blaise Pascal

" La vérité ne triomphe jamais entièrement par elle-même,
mais ses adversaires finissent toujours par mourir."

Max Planck

" De toutes les manifestations de la puissance,
la retenue est celle qui frappe le plus les hommes."

Thucydide

" L’excuse du mal par le pire serait-elle devenue
un principe de justice ? "

J.P.Mignard, avocat.

" Le vrai point de vue sur les choses,
c’est celui de l’opprimé."

Jean-Paul Sartre.

" Entre le fort et le faible,
entre le riche et le pauvre,
entre le maître et le serviteur,
c’est la liberté qui opprime
et la loi qui affranchit."
Lacordaire

" Le discours conservateur se tient toujours au nom du bon sens."
Pierre Bourdieu

" La loi n’a pas tous les droits. "
Mireille Delmas-Marty

" Qui vit de combattre un ennemi
a tout intérêt à le laisser en vie."
Friedrich Nietzsche

" On ne se définit pas par des racines, mais par des routes. "
Amin Maalouf

" L’universel, c’est le local, moins les murs."
Miguel Toga.

" A chaque effondrement des preuves,
le poète répond par une salve d’avenir."
René Char

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Citations extraites librement d’un tout petit livre intitulé
" Citations à être juste plus humains "
de Yann Le Pennec

Les bénéfices de la vente de ce petit ouvrage vont à l’association " Les mots bleus " qui travaille à l’insertion sociale par l’apprentissage du français.


ARCHE de ZOE : quelques leçons apprises…

2.12.12

        A l’occasion du procès qui s’ouvre, en France, cette semaine (03.12.12), l’affaire de l’Arche de Zoé (en 2007) revient dans l’actualité et permet de rappeler quelques leçons apprises, à la lumière de cette pitoyable saga.

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        Y avait-il « exercice sans autorisation de l’activité d’intermédiaire en adoption d’enfants » ?
L’Arche de Zoé ne s’est jamais présentée aux familles comme ayant le statut légal d’intermédiaire en adoption. Mais, tant par écrit (dans les documents d’informations aux familles) qu’oralement (dans les conférences publiques) la possibilité de l’adoption est toujours mentionnée comme l’étape suivant l’accueil des enfants, mais sous la seule responsabilité des familles, celle de l’Arche de Zoé « s’arrêtant » à la remise des enfants aux familles dès l’arrivée sur sol français.
Un des critères de sélection des familles étant la capacité de prise en charge des enfants à vie, attestée si possible par un agrément de l’Aide Sociale à l’Enfance, des familles ont « naturellement » vu ainsi, de bonne foi, la possibilité de réaliser leur désir d’adoption, plus rapidement et pour moins cher que dans les procédures habituelles.

        Les fondateurs de l’Arche de Zoé ont sciemment surfé sur l’appel d’air créé par la conjonction d’une situation d’urgence et d’une « demande » d’adoption, en proposant une procédure « accélérée » d’arrivée d’enfants présentés – qui plus est – comme orphelins et en danger de mort. Or l’adoption n’est pas une action d’urgence et seuls sont adoptables les enfants déclarés tels par les autorités de leurs pays.

         Y – avait-il  « Aide à l’entrée et au séjour irréguliers de mineurs étrangers en France » ? Imagine-t-on la situation juridique des enfants s’ils avaient été remis aux familles à l’aéroport de Reims-Vatry sur sol français ? Comment des autorités françaises – non prévenues de cette arrivée -  auraient-elles pu délivrer une autorisation collective, alors que toutes les décisions relatives aux demandes d’asile sont évidemment individuelles ?
Dans le document envoyé aux familles par l’Arche de Zoé, il est dit qu’ « il faudra que TOUTES  (sic) les familles soient solidaires au sein d’un même collectif afin qu’une famille ne soit pas seule face à une administration, mais qu’au contraire, le nombre d’enfants et de familles soit un atout pour faire prévaloir et appliquer le droit. » Autrement dit, une manif sous les fenêtres de la Préfecture suffira ? (et le texte ajoute : « Les dépenses d’aide juridique sont à la charge de la famille. »

         Et si les familles, les chefs de village, le personnel local de l’Arche de Zoé avaient témoigné et porté plainte pour manipulation et abus de confiance ?
Et si le gouvernement tchadien avait exigé le retour des enfants enlevés à leurs familles ?
Le président Sarkozy aurait-envoyé la police retirer les enfants des familles françaises, elles aussi victimes d’abus de confiance ?
Imagine-t-on les suites de souffrances humaines que cela aurait pu entraîner, de tous les côtés ?

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      Quant à l’accusation d’escroquerie, comment l’Arche de Zoé a-t-elle pu faire croire que l’argent versé par les familles était un don « pour financer l’opération de sauvetage », sans aucun rapport avec la promesse d’’accueillir « avant Noël » un des enfants « sauvés » ? Le document remis aux familles précisait : « La procédure d’évacuation est gratuite et aucun frais ne pourra être facturé à la famille qui accueille l’enfant. » et plus loin : « l’Arche de Zoé sollicite ces familles pour des dons qui permettront d’assurer le fonctionnement de l’association de manière pérenne (…) Il est demandé aux familles un don d’au moins 90 euros lors de l’inscription, permettant de couvrir l’ensemble des frais administratifs (…) Il sera demandé aux familles, après validation de leur inscription, un don d’au moins 1 400 euros pour participer aux frais d’évacuation des enfants et d’acheminement jusque dans le pays d’accueil. »
Moralité : si l’opération se réalise, votre argent a servi à la financer (dont les « frais de gestion » pour les responsables), et si l’opération échoue, l’association garde l’argent pour sa « pérennité ». Et le tour est joué…

          La justice se prononcera par rapport au droit français, mais on ne peut s’empêcher de penser que quelques notions de droit international mériteraient d’être considérées, notamment du fait que les responsables de l’Arche de Zoé ont abusé de la confiance de tous leurs interlocuteurs en « garantissant » l’absolue conformité de leur projet au droit en vigueur, alors que toute la procédure de cette opération d’enlèvement d’enfants a été, de A à Z, mensongère.
On trouvera autant de clauses du droit international pour critiquer les méthodes de l’association que pour les justifier… Le droit international protège aussi les réfugiés, y compris les enfants, d’actions-mercenaires de ce genre.
L’Arche de Zoé utilisait les articles de conventions internationales qu’elle estimait pertinents et surtout utiles à la justification de l’opération, tout en ignorant les articles qui, dans les mêmes instruments juridiques, la condamnaient. Les instruments juridiques ne sont pas un supermarché…      

          Qui plus est, sur le plan juridique, il est possible que des motifs de « territorialité des faits » et de « juridiction compétente » interdisent d’utiliser d’autres instruments de droit pénal : mais on peut tout de même se demander si toute cette opération ne relèverait pas de l’enlèvement d’enfants par une réseau de criminalité organisée, de manière illégale et clandestine, et ce dans un but lucratif sous paravent humanitaire : et donc l’opération ne mériterait-il pas une considération judiciaire autrement plus grave ?

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            Mais, pour l’opinion publique, le plus important peut-être est de dépasser les questions strictement juridiques pour aborder l’essentiel, à savoir les questions éthiques dans la pratique de l’action humanitaire, auquel le public de donateurs a le droit d’être informé :

        1 – Y a-t-il encore des soi-disant sauveurs de l’humanité qui sollicitent des dons pour des transferts d’enfants à l’étranger qu’ils n’ont jamais rencontrés ni identifiés eux-mêmes sur leur lieu de vie ? Dans un communiqué du 28 avril 2007, l’association annonçait « 10 000 enfants orphelins au Darfour », sans citer aucune source, mais le livre du fondateur de l’Arche de Zoé témoigne de ce que, dans ses « évaluations initiales » sur le terrain, il n’a rencontré aucun des enfants dont ses interlocuteurs lui ont simplement « parlé ».
Un semblant de sélection était opéré sur les enfants accueillis dans la première phase, mais sur la base des informations données par les chefs de village payés pour aller les "sauver"… Les enfants étaient interrogés par traducteur interposés : que vaut la traduction des dires d’un enfant arraché à sa famille ou à son village, et qui a pu être manipulé, « pour son bien »  ?

        2 – Comment est-il possible d’opérer un tel détournement de la signification éthique des mots ? Sous prétexte de trouver des familles pour des enfants « garantis orphelins de père et de mère, de moins de 5 ans et risquant la mort », l’action, en réalité, a consisté à chercher des enfants pour répondre a posteriori à la demande (de bonne foi) de familles qui avaient payé d’avance. L’association avait créé un mouvement d’adhésion et de candidatures de plusieurs centaines de familles : il fallait donc répondre à cette demande, avant fin 2007, pour ne pas les décevoir, et aller chercher des enfants avant d’avoir identifié les enfants correspondant aux critères annoncés. Sans avoir aucun dossier individuel, ni aucune certitude sur leurs âge, identité et état de santé ?
Qui peut affirmer d’emblée qu’un enfant est orphelin, et à l’identité garantie, dans un camp de réfugiés en Afrique, même dans une situation dans une zone frontalière de conflit ?

        3 – Comment la sélection des familles (de bonne foi) a-t-elle pu se faire sur simple dossier, sans jamais avoir procédé à un entretien préparatoire par des professionnels compétents, susceptibles d’assurer le suivi de l’accueil, en cas de problèmes – naturellement inévitables ? L’accueil d’enfants présentés comme traumatisés et déracinés ne s’improvise pas…

        4 – Comment peut-on demander aux parents d’accueil « de faire une déclaration d’entrée sur le territoire français aux autorités préfectorales, afin que celles-ci assurent un suivi particulier de l’enfant », ce qui constituerait une sorte de « fait accompli » pour forcer la main de ces autorités ? Pourquoi serait-ce les parents qui devraient porter le soupçon d’accueil irrégulier d’enfants étrangers sur sol français ? Avec des frais d’avocats à la charge des familles, peut-être pendant des années, puisque les documents signés déchargent l’association de tout frais juridique ultérieur…

        5 – Comment peut-on demander à des personnels paramédicaux de faire des faux pansements et bandages à une centaine d’enfants, pour simuler une opération de sauvetage médical d’urgence ?Pourquoi alors, dans le dossier d’inscription des familles candidates à l’accueil, est-il exigé que « la famille d’accueil s’engage à faire passer (à l’enfant) un examen médical (…) afin de s’assurer de son bon état de santé »

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        6 – A-t-on idée qu’il puisse encore y avoir des opérations de transferts de populations pour sauvetage humanitaire sans aucune information aux autorités (du pays d’origine comme du pays d’accueil), en dissimulant jusqu’au dernier moment – par mensonge délibéré (supposé sécuriser les enfants) – à toutes les parties prenantes locales, familles d’origine, chefs de village, leaders communautaires, autorités de tutelle, et à leur propre personnel engagé pour accueillir temporairement les enfants, que ces enfants étaient destinés à partir et à vivre en France ?

        Le public doit savoir que parmi les acteurs humanitaires, ce lamentable bluff de l’Arche de Zoé n’a pas seulement suscité l’indignation commune, mais surtout de la colère. Rien de tel qu’une opération de ce genre pour donner aux Etats les moins disposés à l’action humanitaire une magnifique occasion de vitupérer l’action des ONG qui « sous prétexte d’action humanitaire, font n’importe quoi… et même illégalement »

        Pourtant, les professions humanitaires tentent de maintenir un haut niveau de règles éthiques, fondées sur l’expérience surmontée d’années d’échecs, d’erreurs, et parfois de perversions. Au XX ème siècle, certain-e-s fondateurs-trices d’organisations humanitaires ont pu engager des actions-commandos qui, avec les lunettes juridiques et éthiques d’aujourd’hui, seraient inacceptables.
Mais il est d’autant plus déplorable de voir des gens se lancer, cinquante ans plus tard, dans des opérations de communication à but lucratif, modèles supposés de story-telling humanitaire, au mépris des lois, des règles éthiques et surtout des leçons apprises.

source : Comité de la Charte

        L’avocat de l’Arche de Zoé déclarait en 2007 que » si les membres de l’association ont œuvré dans l’illégalité, c’est dans une illégalité formaliste, et non pas une illégalité qui permettrait de penser à une quelconque escroquerie à l’humanitaire. »
Dans certaines circonstances, il faut savoir désobéir, pour raisons de conscience, mais en construisant sur des faits, des vérités et des convictions. On ne construit pas la désobéissance civile sur le mensonge. Il ne suffit plus aujourd’hui de prétendre faire le bien : il faut pouvoir le prouver.

        N’est pas l’Abbé Pierre qui veut.

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Autres billets de ce blog,
à titre de réflexion
sur l’identité et les enjeux de l’action humanitaire :

" Haïti : l’adoption n’est pas une action d’urgence "
" L’humanité, fichez-lui la paix !"
" Le reste muet de la politique (Michel Foucault) "
" Martin Hirsch : le réalisme renforce la conviction "
" De partout, des gens se lèvent et parlent "
" Humanitaire, idéologie et… humanité "
" Multinationales et ONG : la danse du ventre ? "
" Des ONG pataugent dans l’économie-fumier "
" La chute du Mur de l’humanitaire ?"
" Le fourre-tout de ce que l’on demande aux ONG "
" Otages … de l’humanitaire ?"
" De l’éthique sur l’étiquette des ONG "
" Edmond kaiser : d’un autre âge ? "


La communication rend-elle fou ?

23.09.12

C’est tout de même un paradoxe qu’une vidéo nulle sur Mahomet (au point qu’on ne peut s’empêcher d’y voir une stratégie planifiée dans un contexte qui n’est pas neutre…) suscite  tant d’émotion, de heurts, de manifestations, alors que la mort de 30 000 Syriens depuis 1 an et demi ne suscite aucune réaction internationale…

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Ce monde serait-il plus malade que pendant la Guerre Froide ?
On craignait alors l’embrasement général par une guerre atomique, et on a le sentiment qu’aujourd’hui un embrasement pourrait émerger, n’importe quand, d’une vulgaire vidéo lancée en orbite sur … Youtube…
Ce monde serait-il dirigé, non pas par des élus responsables et compétents, mais indirectement grâce à des média interposés et complaisants, par une bande de pauvres types et de gamins irresponsables et hystériques ?

Charb, rédacteur en chef de Charlie-Hebdo,
con, béat et satisfait…

Jusqu’à Charlie Hebdo qui a flairé le big business avec deux coups de crayon, tout en jouant les vierges effarouchées devant  tant d’émotion…
Même le porte-parole de la Maison-Blanche a donné son opinion sur l’"initiative" de Charlie-Hebdo !

Tout cela est ridicule, pitoyable et lamentable.

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PS : Comment va-t-on nourrir les 3 milliards d’enfants
qui vont naître dans les 50 ans à venir ?


Le silence, communication éminente…

25.08.12

Extraits libres de l’ouvrage de
Maurice Maeterlinck,
intitulé " Le trésor des humbles "

" Les abeilles ne travaillent que dans l’obscurité, la pensée ne travaille que dans le silence, et la vertu dans le secret. Il ne faut pas croire que la parole serve jamais aux communications véritables entre les êtres. (…)

L’instinct des vérités surhumaines que nous possédons tous nous avertit qu’il est dangereux de se taire avec quelqu’un que l’on désire ne pas connaître ou que l’on n’aime point : car les paroles passent entre les hommes, mais le silence, s’il a eu un moment l’occasion d’être actif, ne s’efface jamais et la vie véritable, la seule qui laisse quelque trace, n’est faite que de silence.(…)


source

S’il vous est donné de descendre un instant en votre âme jusqu’aux profondeurs habitées par les anges, ce qu’avant tout vous vous rappellerez, ce qu’avant tout vous vous rappellerez d’un être aimé profondément, ce n’est pas les paroles qu’il a dites ou les gestes qu’il  faits, mais les silences que vous avez vécus ensemble.(…)

C’est parce qu’aucun de nous n’ignore cette sombre puissance et ses jeux dangereux que nous avons une peur si profonde du silence. Nous supportons à la rigueur le silence isolé, notre propre silence : mais le silence de plusieurs, le silence multiplié et surtout le silence d’une foule est un fardeau surnaturel, dont les âmes les plus fortes redoutent le poids inexplicable.(…)

Il est des êtres qui n’ont pas de silence, et qui tuent le silence autour d’eux ; et ce sont les seules êtres qui passent vraiment inaperçus.(…) Nous ne pouvons nous faire une idée exacte de celui qui ne s’est jamais tu. On dirait que son âme n’a pas eu de visage.(…)

Les âmes se pèsent dans le silence, comme l’or et l’argent se pèsent dans l’eau pure, et les paroles que nous prononçons n’ont de sens que grâce au silence où elles baignent."


ArtBasel 2012 … 500 ème billet de ce blog…

12.07.12

Salvador Dali : "L’orchestre rouge"

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(Trace de l’auteur….égarée…) 

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" L’homme au café " – Juan Gris (vers 1912)

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" Prélude à l’après-midi d’un faune "
Pablo Picasso – 1962

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" Le Clown qui se croit être
le Président de la République "

Kees Van Dongen (ca. 1905 -07)

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" Street Scene Berlin I "
George Grosz – 1928

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" Neuschwanstein "
Andy Wahrol - 1987 

 

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 Divers et variés …

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Maladie infantile, à travers les siècles…

12.07.12

Extrait des "Matins" de France-Culture du 10 juilllet dernier, le "Coup d’oeil" de Thomas Cluzel, à propos des Salafistes qui occupent le nord du Mali et détruisent les sites religueux de l’Islam régional :

" Sur le site marocain "demainonline", intitulé

"Au début était la lumière
puis vinrent les obscurantistes" :

        " Ce qui se trame à Tombouctou est proprement insupportable, il n’est point de mot pour le décrire. On souhaiterait que ce qui se commet là-bas le soit par des extra-terrestres, afin que l’on n’ait jamais un once de confession ou de communauté à partager avec ceux qui ont imaginé cette monstruosité. (…)

        Rien moins que neuf siècles d’un Islam tolérant et pacifique qui veillait paisiblement sur un joyau du patrimoine mondial de l’humanité, se trouvent aux prises avec une barbarie à nulle autre pareille, qui réduit les autodafés du troisième Reich, au rang de feu de camp d’une assemblée de scouts.

        source photo

        Un test grandeur nature, pour la détermination d’une communauté internationale dont la mollesse risque bien de pousser ces proches cousins des talibans à reproduire à l’identique, le modèle afghan en terre africaine.

        La conquête du territoire achevée, ils en sont déjà au troisième chapitre de leur ignominie, la séquence destruction, après avoir mené à bien, le second : la chasse donnée à leurs anciens alliés, les malheureux touaregs qui battent leur coulpe d’avoir introduit le loup dans la bergerie. La suite est courue d’avance. Les femmes devront en faire les frais, entre lapidation, interdiction d’école, imposition de la burqa, mariage forcé et autres persécutions.

        Pourtant, face à l’urgence, le reste du monde persiste à se gratter le menton ou le cuir chevelu et l’Unesco en conciliabule à Saint-Pétersbourg étudie le projet d’une improbable riposte. Pas de quoi impressionner « les fous de Tombouctou ». Disons le clairement, ceux qui accomplissent ce genre de forfaits n’ont rien à voir avec l’Islam, mais avec l’ignorance, la folie et l’obscurantisme.

        La caravane de l’Islam avait enveloppé de lumières et de richesses tous ceux qu’elle avait croisés, de la péninsule arabe aux rivages de l’Atlantique et aux confins de la Chine. Celle qui sévit au nord du Mali est une traîne de ténèbres et d’atrocités. On lui doit, faut-il le rappeler, les plus grandes tragédies de l’histoire de ces vingt dernières années et les attentats les plus sanglants menés, pour la plupart, contre d’innocentes victimes.

        L’Islam avait réussi à synthétiser intelligemment toutes les connaissances du genre humain, avant d’avoir l’intuition de celles qu’il allait concevoir et vulgariser. Les musulmans ont exploré tous les compartiments du savoir, de l’algèbre à l’astronomie, en passant par l’architecture, la médecine, les mathématiques, la peinture et le reste.

 

      source photo

  Les patios de l’Andalousie en sont un témoignage vivant. Ces havres de paix savamment imaginés et décorés par des artisans juifs, chrétiens et musulmans vivant ensymbiose, bruissent encore des clapotis de l’eau que ces derniers ont domestiquée pour que les oiseaux viennent y entonner des concerts et ravir les sens. Colonnes doriques, chapiteaux corinthiens ou zelliges sont autant de témoignages de tolérance, de gratitude et de reconnaissance de l’Islam aux civilisations qui l’ont précédé.

        Par opposition, l’aventure Salafiste est un concentré de sauvagerie, menée par des bandits de grands chemins incultes et ignorants qui se complaisent dans la destruction, la haine et la cruauté. Ils ont tout raté, jusqu’à accepter de s’enlaidir. Rien ne manque. Ni la barbe passée au henné, ni ces tenues venues d’ailleurs, ni la mine sombre et l’éructation menaçante.

       « Si tu ne bâtis point, tu éviteras de détruire ! », recommande expressement l’Islam. Ceux qui s’en prévalent ont pourtant procédé à la destruction de trente-trois mausolées et persistent, sur leur lancée criminelle à brûler des manuscrits séculaires, à infliger des coups de fouet aux couples d’amoureux et à interdire aux femmes l’accès à la place publique. Ils en promettent encore, tant et plus !

         A des milliers de kilomètres de là, des gérontocrates imbus de débauche, de stupre et de soûlographie, observent à distance le désastre qu’ils ont inspiré, depuis les repaires au luxe indécent qu’ils ont bâtis des deniers du peuple. Et comme tout lâche qui se respecte, ils se tiennent en embuscade, à bonne distance de l’empoignade, pendant que les seconds couteaux accomplissent les basses besognes  qu’ils leur ont imparties.
        Le monde, quant à lui, se tait, de peur de se mettre à dos ces pourvoyeurs de pétrodollars, ces maudits papiers dont on dit qu’ils finissent par acheter le silence et les consciences. (…) Mais l’expérience aura, une fois de plus, apporté la preuve de ce qu’on savait déjà : les Salafistes, ces obscurantistes d’un autre âge, qui prennent leurs ordres aux confins de l’Arabie, tels de sombres mafieux, sont les premiers pourfendeurs de l’Islam et son plus grand ennemi. Ils sont aussi sa plus grande honte.
       
A ce titre, ils méritent qu’on les combatte jusqu’à ce qu’ils cessent définitivement de nuire ! "

 ********

        A ce jugement définitif, on ajoutera que toutes les religions ont leur maladie infantile, dont les hérauts et chefs de croisades ne sont jamais animées de seules considérations religieuses : qu’on se souvienne des "Cathares" (les "purs"), de l’Inquisition, et des scissions au sein de la chrétienté, entre ceux qui considèrent le culte des saints comme une idolâtrie, dont il faut détruire toutes les représentations.

         Aucun crime n’en justifie un autre : il suffit simplement de rappeler que comme disait Raymond Aron "quand l’homme veut jouer au loup, il peut faire pire ", sans oublier que "qui veut faire l’ange fait la bête."


Qu’est-ce que l’adolescence ?

30.06.12


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