Identité nationale (on ne joue pas avec l’)

29.10.09

Transcription des principaux extraits de la remarquable chronique d’Alain-Gérard SLAMA, professeur d’histoire des idées politiques, entendu ce matin sur France-Culture.
Peu suspect d’être un suppôt de la Ligue Communiste Révolutionnaire, il s’exprime avec sa clarté  coutumière à propos du “grand débat” relatif à l’identité nationale voulu par Mr Eric Besson (Ministre de ladite Identité nationale).

S’il doit y avoir des contradicteurs, on aimerait que ce soit d’autres porte-voix que les sieurs Frédéric Lefebvre et Eric Besson, qui ont plutôt l’air de gamins avec leurs tambours au coin de la Place du Marché sous le régime de Pétain, que de responsables politiques qui savent que certains mots et concepts ne sont pas des allumettes avec lesquelles on joue sur un terrain de foire.

Donc bien lire et  méditer ce qui suit.

Bibliographie d’Alain-Gérard SLAMA

Titre de la chronique : ” Identité : l’entêtement et l’obsession “

” Faut-il que la société française soit en crise pour que la tentation de réduire sa culture en une identité tourne en ce moment pour elle à l’entêtement et à l’obsession.
L’entêtement est celui de ses dirigeants, l’obsession celle du pays  dans son ensemble.
Le  Président de la République a fait campagne sur le thème de l’identité : il y revient en faisant, par un de ses ministres – peu importe lequel – venu de la gauche, un grand débat national invitant les Français à préciser la notion.

On connaît le prétexte de l’opération : la mondialisation bouleverse la France, qui doit son unité à son Etat plus que toute autre nation. Et on ne voit pas sans inquiétude le lien social s’y défaire au point que notre pays redevient, comme sous l’Ancien Régime, et selon la formule célèbre de Mirabeau, “ un agrégat inconstitué de peuples désunis“.

Or, trois fois hélas, toute l’histoire de la société française témoigne qu’on ne la réunira pas autour du concept d’identité. Ce concept, à la différence de la notion de culture, exclut au lieu de ras-sem-bler. Nous savons bien que ce mot “identité ” est précisément utilisé par le pouvoir pour sa fonction “clivante” entre la droite et la gauche, mais aussi à l’intérieur de la droite, et à l’intérieur de la gauche.

Pour avoir un peu étudié le nationalisme français, j’ai appris combien l’usage du mot identité est dangereux. Certes, si on l’applique à l’individu, il est incontournable, puisqu’il faut bien que chacun identifie en lui-même un “moi” indispensable, qui unifie ses manières d’être et ses possibles.
Mais considéré du point de vue d’autrui, la notion d’identité peut réduire cet individu à un seul aspect de lui-même, à le renvoyer sans cesse à son origine, et à le juger sur un mot, sur une apparence ou sur une profession de foi.”
(…)

La loi qui porte interdiction du voile, entre autres signes religieux, concerne ces sanctuaires du service public que constituent l’école publique et l’administration, dans lesquelles la manifestation ostensible d’une appartenance religieuse fait écran entre l’individu et le citoyen ; entre d’une part la propension de toute religion à répandre ses certitudes et celles des autres cultes – je respecte ces certitudes, bien sûr – et d’autre part la nécessité de former des citoyens respectueux, égaux devant la loi, et distinguant entre les sentiments “clivants” et l’ordre universel de la raison.

Alors, le nationalisme, ce n’est pas autre chose qu’un sentiment religieux, profondément diviseur de l’appartenance nationale, et il n’est pas surprenant que le mot “identité” soit remis en honneur par un pouvoir qui, par ailleurs, remet en question la notion de laïcité, notion pourtant rassembleuse et beaucoup plus respectueuse des croyances que beaucoup d’autres : elle est de plus en plus regardée comme un modèle par nos voisins. Pour en rester à l’Europe, c’est à Londres ou à Copenhague qu’on tue pour des raisons religieuses…

VOILA POURQUOI, SUR LE PLAN COLLECTIF,
LA DEFINITION D’UNE NATION PAR LE MOT IDENTITE
EST PLUS QUE REGRETTABLE, DANGEREUX.
ET VOILA POURQUOI SON USAGE PERVERS PAR UN POUVOIR
EST EN TRAIN D’AJOUTER AU MALAISE FRANCAIS
ET DE TOURNER, AU SEIN DE CE PEUPLE, A L’OBSESSION.

CE SONT LES VALEURS ET LES PRINCIPES CULTURELS,
INSCRITS AU COEUR DE LA CONCEPTION FRANCAISE DE LA LAICITE,
QUI FONDENT L’UNITE D’UN PEUPLE,
LEQUEL SANS EUX, SERAIT PROFONDEMENT DIVISE.

CE SONT CES VALEURS ET CES PRINCIPES
QUE LE SYSTEME EDUCATIF TRANSMET.

ET DANS CE PEUPLE D’IMMIGRES IMMEMORIAUX
QU’EST LE PEUPLE FRANCAIS,
CE SONT CES VALEURS ET CES PRINCIPES
QUE LES GENERATIONS SUCCESSIVES SONT VENUES
ET CONTINUENT DE VENIR CHERCHER.”
(c’est nous qui soulignons cette conclusion)

Source photo – Pedro Uhart

 

 


Des ONG pataugent dans l’économie-fumier

28.10.09

Qu’est-ce que l’économie-fumier ?

Selon le Dictionnaire Littré, le fumier, c’est ” la paille, qui a servi de litière aux animaux domestiques, qui s’est mêlée avec leur fiente, s’est imbibée de leur urine et s’est ensuite décomposée par la fermentation“.

L’économie-fumier, ce pourrait être une économie qui, sur le lit de paille où tout le monde est assis, a laissé traîner ses produits dérivés, ses hedge-funds, ses titrisations, ses subprimes,  ses fonds spéculatifs, ses “private equities”, et tous les produits issus de l’urine des cerveaux des pontes de l’ingeniérie financière globalisée… avec le résultat que l’on connaît avec les conmséquences sur l’économie mondiale.

Des exemples?

(“Le Monde” – 19.10.09)
(…) ” Un milliardaire – qui gérait un fonds spéculatif de 3 milliards de dollars – et plusieurs dirigeants de grandes sociétés américaines, dont deux dirigeants du hedge fund New Castle, ont été arrêtés vendredi 16 octobre (2009).(…) Les fait se seraient déroulés sur trois ans à partir de janvier 2006.(…) Des délits d’initiés auraient permis à plusieurs dirigeants  de gagner plusieurs millions de dollars. Dont un dirigeant d’IBM qui aurait transmis une information d’initié au sujet d’un fabricant de puces, obtenue dans le cadre d’une négociation entre IBM et cette entreprise. Il est aussi accusé d’avoir transmis des renseignements sur IBM avant la publication des résultats trimestriels du groupe. Ironie du sort, IBM vend des logiciels pour aider les sociétés à prévenir les délits d’initiés.”(…)

Le journaliste (P.A.Delhommais) ajoute : (…) ” Le Procureur fédéral de New York, Preet Bharara, a souligné que la justice américaine était décidée à employer vis-à-vis des financiers les mêmes outils de surveillance électronique que pour les organisations criminelles, les trafiquants de drogue et les terroristes.”

Si le moindre factotum militant s’était risqué à assimiler les financiers internationaux  à la grande criminalité organisée, que n’aurait-il pas entendu …!!!

Dans “le Matin-Dimanche” (Suisse) de ce jour 25.10.05, on apprend que, suite à l’annonce bien orchestrée de “l’inévitabilité de l’augmentation des primes d’assurance-maladie” (comme tous les ans on prépare l’opinion publique vers la mi-octobre…), il apparaît pourtant, dit-on, que des caisses d’assurance sont intéressées de perdre des clients pour faire monter le pourcentage de leurs réserves financières … Diantre… Comment est-ce possible ?

(…) ” Parce que les réserves ne sont pas calculées sur la base des prestations versées, mais sur les primes à encaisser.(…) Une caisse qui enregistre de nouvelles affiliations en grand nombre se retrouve donc obligée d’augmenter drastiquement ses réserves, tandis que celle qui voit sa clientèle diminuer bénéficie artificiellement d’une marge confortable.(…) Pour fixer les montants des cotisations, les prévisions des assureurs concernant l’évolution de leurs effectifs et de leurs réserves sont déterminantes. (…) Il est certain que les évaluations de certains assureurs sont systématiquement exagérées.(…) Il est possible que certains assureurs augmentent sciemment leurs primes pour améliorer artificiellement la situation de leurs réserves.(…) La fixation des primes dépend  en grande partie des stratégies commerciales. Avec des cotisations élevées, les caisses évitent  un afflux de mauvais risques, tout en augmentant leurs réserves.. Un double bonus puisqu’une partie de ces réserves font l’objet de placements financiers, dont les résultats, assez opaques(sic) fournissent régulièrement matière à controverse.” Etc,etc,etc…

Un simple détail : on ignore combien coûte le département communication de ces compagnies d’assurances qui , tout au long de l’année, convainquent le grand public de leurs sociétaires que la hausse des primes d’assurance est inévitable, en raison des innovations technologiques, du vieillissement de la population, et toute la panoplie des “éléments de langage” préparés en plats chauds aux cochons de payeurs que nous sommes et qui n’ont qu’à gober leur ration quotidienne de fumier de communication.

 

 

Que viennent faire les ONG dans ce tas de fumier, lesquelles font la morale au monde entier des multinationales et des Etats pour exiger l’application de codes de conduites et d’engagements éthiques, pour la transparence, la bonne gouvernance, and so on… ?

Malheureusement…

On apprend que 17 associations caritatives françaises (ONG loi 1901) font l’objet dune enquête judiciaire ouverte par le Parquet de Paris depuis mars dernier. Il s’agirait d’une escroquerie à plusieurs millions d’euros qui, sous des procédures apparemment légales, auraient ainsi été détournés vers les Etats-Unis. On s’abstiendra ici d’énumérer la liste de ce 17 associations, pour cause de présomption d’innocence , mais le quotidien français “Le Parisien- Aujoud’hui” en a diffusé la liste le mercredi 14 octobre dernier.

Le mécanisme du scandale ?

1 – Aucune indication des destinataires réels des dons collectés en France.
2 – Les associations, juridiquement différentes, procèdent de la même manière, par mailing (courrier en nombre), concoctés par une seul et même agence de marketing. Ces mailings sont agrémentés de petits cadeaux (calendriers, cartes postales, etc). Ces associations s’échangent les fichiers des donateurs qui ont répondu à l’une d’entre elles.
3 – Toutes les apparences de garanties médicales et/ou religieuses noyées alimentaient un discours larmoyant et strictement émotionnel, sans aucune indication précise de destination des dons, ou des partenaires locaux servant d’intermédiaires.
4 – Au maximum 20 % des sommes collectées peuvent être identifiées dans leurs destinations. Les dons ne sont pas gérés directement par les associations. Elles sous-traitent à une compagie américaine, ” leader mondial  dans la gestion des de données en ligne pour le marketing direct“ dont  une branche à Lille  travaille pour le compte de la majorité de ces associations et qui percevait jusqu’à 90 % des sommes collectées.
5 – L’IGAS (Inspection Générale de l’Action Sociale) qui a dans son mandat la supervision des ONG faisant appel aux dons du public (et probablement échaudée d’avoir été très critiquée au  moment de l’affaire de l’Arche de Zoé en 2007) avait fait état en octobre 2008 de soupçons sur deux de ces associations en expliquant : ” la mondialisation de l’activité caritative se traduit par la multiplication d’associations souvent dépourvues de réels moyens humains et matériels”. Et à la question de savoir qui sont les commanditaires,  l’avocate des associations répond : “ Je ne peux pas vous dire qui sont mes clients, cela est couvert par le secret professionnel.”

Bref, la soi-disant professionnalisation des ONG, dont la démarche ne consiste souvent – sans généraliser –  à faire du mimétisme avec le management des entreprises (comme si celles-ci ne faisaient jamais d’erreurs…) est parfois particulièrement ridicule. L’objectif final n’est souvent que de “conquérir ou améliorer leur position sur le marché des donateurs“, leurs salariés ne sont que de variables d’ajustement budgétaire (le sommet du raffinement dans le discours de la modernité…) et la responsabilité du fonctionnement promotionnel, mais aussi comptable, est sous-traitée à des gens qui n’ont aucune idée, ni aucun intérêt à quelque cause que ce soit – sauf évidemment dans le charabia marketing des mailings. Tout le  monde se paye,et s’il reste quelque chose, il y a assez de bénéficiaires qui attendent. Ne pas oublier de faire des photos..


Si la justice ne passe pas, l’économie ne décollera pas…

12.06.09

Extrait d’un article de Emmanuelle Auriol (Ecole d’économie de Toulouse)
dans ” Le Monde – Economie ” du 10 juin 2009 :

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(…) ” La justice pénale internationale, née à la fin de la seconde guerre mondiale, est toujours contestée et fragile : ” justice des vainqueurs “, “ néocolonialiste “, les critiques ne manquent pas.
Et on ignore souvent le rôle qu’elle joue dans le développement économique.

A l’issue de conflits violents, la réconciliation est une  étape décisive de la reconstruction économique. Sans les procès de Nuremberg et de Tokyo, qui, au lendemain de la seconde guerre mondiale, ont permis de designer, juger et châtier les plus hauts responsables, l’Allemagne et le Japon n’auraient pu se reconstruire aussi vite.
Au Cambodge en revanche, pendant plus de trente ans, et jusqu’à ces derniers mois, les anciens Khmers Rouges n’ont pas été inquiétés. Coupables de tortures,  d’exactions et de génocide, les responsables ont continué à inspirer la terreur au sein d’une population traumatisée. Impossible de reconstruire un pays lorsque victimes et anciens bourreaux, qui ne manifestent ni honte ni peur, se côtoient au quotidien.

Tout comme les Tribunaux nationaux, la justice pénale internationale est un bien public essentiel.
En poursuivant les responsables de crimes internationaux, elle supprime le sentiment d’impunité. Elle a ainsi un rôle de dissuasion, crucial pour le maintien de la paix, et contribue à limiter l’occurrence d’exactions au cours des guerres civiles qui, depuis la fin de la guerre froide, sont la forme dominante de conflits sur notre planète.

Elle joue aussi un rôle déterminant dans la consolidation de l’Etat de droit.(…) Ce renforcement de l’Etat de droit est une nécessité pour le développement économique.  Lui seul peut garantir les droits individuels, notamment de propriété et de respect des contrats.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les pays riches sont tous dotés de puissants systèmes judiciaires.”
(…)

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Quelques remarques :

1 – N’étant pas du ” milieu “, il est d’abord rassurant de savoir que des professeurs d’économie savent parler à leurs étudiants des liens  – jusqu’aux plus inattendus – entre l’économie et la vie collective dans ses aspects les moins mesurables.

2 – Après un conflit, la réconciliation n’est pas la justice, mais il n’y a pas de réconciliation au niveau d’une collectivité -  d’une ” volonté de vivre ensemble “, ce qui définit une nation – sans que la justice soit passée.

3 – A celles et ceux qui pensent que ce sont toujours les pays africains et les plus pauvres qui sont concernés par les procédures de la Cour Pénale Internationale, il faut dire que 3 des 4 procédures ont été initiées par les gouvernements africains seux-mêmes, à l’exception de la poursuite en cours contre le président soudanais.
Il est vrai qu’on attend toujours la poursuite de fauteurs de guerre aussi responsables que d’autres de crimnes de guerre et crimes contre l’humanité : patience… La Justice repasse parfois les plats que l’Histoire ne repasse pas.

4 – A celles et ceux qui craignent qu’une procédure en Cour Pénale Internationale ne constitue un obstacle au rétablissement de la paix dans un conflit, se reporter au billet précédent de ce blog sur le sujet , ave cdes extraits d’une interview de Madame Louise Arbour, ex-procureure du Tribunal Pénal International et ex-Haut Commissaire aux Droits de l’homme des Nations Unies.



Congrès Mondial “Justice Juvenile Restauratrice”

29.05.09

Le XXème siècle a été témoin
du développement de la justice de mineurs
au sein de l’ensemble des systèmes juridiques.
L’entrée en vigueur quasi universelle
de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CDE)
a donné un élan extraordinaire
au processus de rénovation des législations
et à la mise en place de tribunaux spécifiques pour les mineurs.
Néanmoins, les contextes sont variables
et il n’y a pas d’homogénéité dans la pratique.

La Fondation Terre des hommes-aide à l’enfance,
institution suisse forte d’une grande expérience en matière de projets
de Justice Juvénile en Europe, Afrique et Amérique Latine,
avec le Ministère Public du Pérou

l’
Université Catholique du Pérou

et l ‘ ONG péruvienne “Encuentros- Casa de la Juventud »,

vous invitent au :

PREMIER CONGRES MONDIAL
DE JUSTICE JUVÉNILE RESTAURATRICE

à l’Université Catholique de Lima (Pérou)
du 4 au 7 Novembre 2009

avec l’aval académique et scientifique de
-  l’Association Internationale des Magistrats de la Jeunesse et de la Famille,
- la Société Internationale de Criminologie
- et l’Institut International des Droits de l’Enfant

Ce Congrès vise à promouvoir la Justice Juvénile Restauratrice (JJR)
comme un modèle innovant et prometteur
favorisant les mesures alternatives (socioéducatives) sur la privation de la liberté.
De la même façon il vise à préciser la nature de la JJR,
sa portée et ses applications concrètes,
dans des contextes culturels et juridiques variés.

Compte tenu du caractère participatif et interdisciplinaire de la Justice Juvénile Restauratrice,
ce congrès, premier événement organisé dans le cadre du
du 50ème anniversaire de la Fondation Terre des hommes,
est ouvert à toute personne souhaitant participer aux débats :
avocats, juges, procureurs, psychologues, fonctionnaires de police,
travailleurs sociaux, éducateurs, journalistes, fonctionnaires publics, etc.

A travers des Conférences plénières, des Panels et des Ateliers,
ce congrès fera appel aux experts les plus confirmés
et donnera la parole aux acteurs de terrain.
Il permettra d’échanger les expériences,
les leçons apprises et les bonnes pratiques

ainsi que d’élaborer des guidelines d’une JJR soucieuse de l’enfance,
adaptée à la pratique comme aux normes internationales.

Sur le site du congrès

www.congresomundialjjrperu2009.org

disponible en espagnol, français, anglais et portugais
vous trouverez, la liste des thèmes et des intervenants,
les conditions pour présenter vos articles
et le formulaire d’inscription.

Pour tous renseignements, merci d’écrire à l’adresse électronique :

contacto@congresomundialjjrperu2009.org


mineur2Source photo


Quand le juste et le juriste ne se parlent plus…

21.03.09

Dans un récent article de réflexions du quotidien suisse “24 Heures”, winter Mr Herbert WINTER, président de la Fédération suisse des communautés israëlites(FSCI) s’exprimait ainsi :

La FSCI (…) représente dix-sept communautés juves, ou quelques 14 000 juives et juifs de Suisse (et) s’occupe d’une multitude de thèmes. La sauvegarde et la promotion des intérêts communs des juifs en Suisse sont des priorités, notamment auprès des autorités fédérales et des institutions.” (…)
Rien de plus normal et personne n’en conteste rien, pour les Juifs, ni plus ni moins que pour toute autre communauté sur le même territoire.

” Comme les Juifs du monde entier, nous sommes étroitement liés à Israël pour des raisons historiques, religieuses et culturelles, et le devenir de l’Etat juif est primordial pour nous. La FSCI s’engage sans restrictions pour le droit d’Israël à l’existence, et est solidaire de sa population.”
Rien de plus normal, et on ne voit pas au nom de quoi cela pourrait ou devrait être contesté, au titre de la liberté d’association et d’expression dans une démocratie.

(…) “La solidarité avec Israël ne signifie pas que nous sommes responsables  de sa politique ou que nous en sommes les porte-parole. S’agissant des questions politiques à traiter au Proche-Orient, il n’existe pas une position juive unique, mais bien plusieurs  appréciations.
La FSCI se mobilise contre toute forme de critique unilatérale contre Israël.
Il est en principe permis de critiquer Israël pour autant que l’on ne remette pas en question son droit à l’existence ou que l’on n’utilise ni n’avive de préjugés antisémites.
“(…)

Ouf ! On peut donc n’avoir, de naissance comme par éducation, aucun lien, aucune racine, de près ou de loin, avec la communauté et la culture juives et critiquer la politique de l’Etat d’Israël sans forcément se faire taxer ou même simplement soupçonner d’antisémitisme.
On n’est donc pas forcément antisémite lorsqu’on affirme que l’Etat d’Israël, auquel le peuple juif a droit (comme tous les peuples), est un Etat comme les autres, avec sa raison d’Etat, sa paranoïa, son haut-niveau de corruption, etc – ni plus ni moins que les autres.
On n’est donc pas automatiquement antisémite lorsqu’on a le sentiment que le mot “paix” dans la bouche des leaders israëliens rappelle parfois l’usage du mot par tous les Brejnev ou les Andropov de feu l’URSS : en parler sans cesse, et faire le contraire. Négocier en annonçant la liste de ce qui n’est pas négociable, continuer la construction de colonies de manière effrénée, ignorer ce que dit la Cour Internationale de Justice de La Haye sur le “mur de sécurité”, ignorer même ce que désapprouvait la Cour Suprême de l’Etat d’Israël, non pas sur le principe du mur, mais sur une partie de son tracé…

On n’est donc pas nécessairement antisémite lorsqu’on se dit impressionné, voire choqué, par la sinistre litanie des 37 Résolutions de Nations Unies sur le conflit israëlo-palestinien (depuis 1947) dont aucune n’aura été appliquée, par l’effet du veto des USA…

On se souviendra de la célébre citation de Theorore HERZL, écrivian-fondateur des théories politiques du sionisme, qui disait : Toute action humaine a commencé par être un rêve et a fini par devenir un rêve.

herzl-balcony

Et c’est tout de même un paradoxe de constater que d’un côté, c’est la culture juive qui a inspiré l’humanité à se percevoir en tant qu’Histoire et en tant qu’oeuvre de justice, et de voir l’Etat qui prétend incarner cette culture se conduire au mépris de toute notion de droit international.
Comme si seul l’Etat d’Israël pouvait dire sa justice en se moquant du droit…

Il n’y a pas de justice privée, même pour un peuple qui se dit “élu” et l’on rappelera ce que répondait le philosophe Emmanuel LEVINAS quand on lui demandait ce qu’il fallait entendre par l’expression ” le peuple juif comme peuple élu ” :


” L’élection ne privilégie pas. L’élection n’a qu’un sens moral.
L’homme moral, c’est celui qui, dans une assemblée, fait la chose qu’il y a à faire. Là, il s’élit.
Le prophète, celui qui revendique la justice, il n’est pas élu par les autres, il est élu parce qu’il a entendu l’appel le premier.
C’est à tort qu’on a pu ressentir l’élection comme un privilège.
Certes, pendant la persécution, elle a pu être un élément de consolation, et cette conscience d’élection a pu devenir égoïste.
Mais il ne faut pas, j’y insiste, voir cette notion comme une prérogative.
Le prophète Amos dit : ” C’est vous seules que j’ai choisi entre toutes les familles de la terre, c’est pourquoi je vous demanderai compte de toutes vos fautes.”(…)

***********

Cela fait du bien de pouvoir écrire ce type de billet
en espérant avoir une chance de ne pas être immédiatement
entarté d’antisémitisme…


Ce blog a trois ans : dictionnaire pour gros temps

17.02.09

Ce blog a donc trois ans : comme, désormais, chaque année, l’Abrincate offre un petit cadeau d’anniversaire, non sans avoir préalablement mentionné que le cap des 100 000 (cent mille) ouvertures de billets de ce blog a été franchi ces derniers jours, pour un total de 300 billets publiés et 565 commentaires reçus.

Les statistiques de ce blog sont donc modestes, pour ne pas dire liliputiennes, comparées aux chiffres records d’autres blogs.  Mais l’intérêt, le plaisir et la liberté d’alimenter ce blog sont intacts, n’était le temps trop discontinu pour y publier tant de choses…

Adoncques il appert
… qu’ayant déniché chez un collègue d’outre-Méditerranée un de ces petits ouvrages-trouvailles, vous en découvrirez ci-dessous (si vous ne les connaissez pas déjà) quelques échantillons choisis : il s’agit du livre “Le Baleinié : Dictionnaire des tracas “ en trois (petits) tomes, dont l’ambition des auteurs se présente  ainsi  dans la préface :

” Certains tracas, on se croyait seul à les subir alors même qu’on était nombreux à les partager. Dès lors, les répertorier et leur donner un nom nous apparut d’utilité publique.(…) Les mots sont neufs, basés sur des principes d’euphonie, ou de cacophonie.(…) Le dessein de ce dictionnaire est de sortir le tracas de la brume pour le voir à visage découvert, de lui donner un nom, et ainsi de le métamorphoser en un petit bonheur, celui de “rire en y repensant.”(…)

Extraits libres … :

Aflète : personne qui ne fait pas de bise quand elle fait la bise.

Azétérie : fleur du jardin qu’on hésite à cueillir parce que si on la cueille elle n’y sera plus.

Argascaner : subir des coups de genoux dans son dossier dès le début du spectacle.

Atarinien : automobiliste qui passe si lentement au vert qu’il vous laisse le rouge.

Beccari : accélération cardiaque lors d’un contrôle de police alors qu’on n’a rien à se reprocher.

Batana : tyrannie de ceux qui vous font quatre fois la bise.

Bernogue : mot qu’on ne se décide pas à supprimer du répertoire.

Belgoyer : se pencher pour ramasser ses clefs et faire tomber stylo, lunettes, monnaie et téléphone portable.

Boulbos : camion qui vous cache systématiquement le panneau sur l’autoroute.

Breudeune : disparition des symptômes le temps de la visite chez le médecin.

Courcueller : tartiner du beurre sortant du frigo sur une tranche de pain de mie mou.

Chouir : faire semblant de ne pas avoir reçu le postillon.

Chacard : pied de table contre lequel vous vous heurtez violemment le petit orteil.

Cra : miette de biscotte dans les draps.

Dadu : bruit malpoli que le fauteuil en cuir a fait quand vous vous êtes assis dessus.
Ousse-dadu : silence du même fauteuil quand vous vous rasseyez pour prouver que ce n’est pas vous.

Doriedoque : ancienne place de la pendule où vous continuez à vouloir lire l’heure.

Enzerpo : plat qui arrive après une longue attente et quand on n’a plus faim

Ertepoul : distance à partir de laquelle on se demande s’il faut ou non tenir la porte à la personne qui vous suit.

Faplaotir : éternuer en doublant un camion.

Flobarder : être tellement en avance qu’on finit par arriver en retard.

Pour ne pas déflorer le plaisir de la découverte, on s’arrêtera ici, mais on ne résiste cependant pas à l’envie de vous faire découvrir ces derniers néologismes :

Hude : poche où ça y était pas tout à l’heure, et pourtant ça y était quand même puisque ça y est maintenant.

Touhamem : réplique imparable qui ne vous vient que quand l’ennemi est déjà loin.

Etre Omar : être pris pour celui qui vient de klaxonner.

Etre Linolinalino : être lâché dès le début de la fête par ceux qui ont tant insisté pour vous y emmener.

Néninaillener : pense très fort ou chanter tout bas pour ne pas être englué par la conversation de ses voisins.

Loustaner : cacheter l’enveloppe avant d’inscrire l’adresse qui est sur la lettre à l’intérieur.

et enfin , pour ceux qui voyagent souvent en avion….

Wewedem : lutte discrète entre vous et votre voisin pour la posssession de l’accoudoir
Terme de géopolitique : conflit international qui a débuté avant votre naissance et qui dure encore.

Bonne lecture…

Articles publiés lors des deux précédents anniversaires de ce blog :

” Ce blog a un an : petit clin d’oeil à Montaigne “

” Un cadeau pour les deux ans de ce blog “


Que faire avec la junte birmane ?

14.05.08

La civilisation est dans les peuples,
la barbarie est dans les gouvernants.

Cette barbarie est-elle voulue ?
Non : elle est simplement professionnelle.
Ce que le genre humain sait, les gouvernements l’ignorent.
Cela tient à ce que les gouvernements ne voient rien
qu’à travers cette myopie, la raison d’état ;
le genre humain regarde avec un autre oeil,
la conscience.”
(Victor Hugo – 1876)

Nature's Fury (7200 x 5600 pixels)

Au jour et à l’heure de ce billet, on estime à 35 000 le nombre de morts, et à plus d’un million et demi de personnes la population sinistrée après le passage du cyclone Nargis, il y a maintenant 13 jours.” Les diplomates occidentaux ” estiment que le bilan sera de 100 000 morts. (Quels sont leurs éléments d’évaluation ?)

Et depuis 13 jours, la junte birmane refuse, non pas l’aide internationale, mais l’arrivée d’équipes étrangères pour l’évaluation de la situation et les distributions d’urgence. Progressivement, le gouvernement birman autorise certains avions à se poser à Rangoon, mais refuse toujours de délivrer des visas aux représentants d’organisations étrangères : Agences des Nations Unies, aides bilatérales, organisations non-gouvernementales.

La junte birmane, dont le chef, dit-on, n’a qu’”une considération limitée pour le reste de la planète (Le Monde, 14.05.08) et dont le dernier symptôme d’orientation idéologique remonte aux années 1980, sous forme de “voie birmane vers le socialisme“, portera ainsi la responsabilité d’un nombre de morts équivalent au double ou au triple du chiffre provisoire, par manque d’aide humanitaire.
Mais bien sûr il n’y aura pas de preuve, puisqu’une bonne partie de la population, notamment enfantine, était déjà modérément à sévèrement malnourrie avant le cyclone.

Voilà un régime militaire de “kleptocrates” (le pouvoir aux voleurs) qui, depuis des décennies, pompe et vole systématiquement toute la richesse produite par une partie de la population soumise, à grande échelle, au travail forcé : il faut relire les semonces formulées, depuis des années, dans un langage inhabituellement sévère, par l’Organisation Internationale du Travail (en français), pour se rendre compte que la Birmanie est véritablement le “mouton noir” du système onusien d’évaluation des droits humains élémentaires.

Sans parler de l’enrôlement – à but lucratif – des enfants, dès l’âge de 10 ans, dans l’armée, selon un rapport détaillé publié par “Human Rights Watch” en octobre 2007. (version française)

Source photo

Faut-il donc accepter de livrer l’aide humanitaire internationale à ce type de régime ?

Si oui, on dira “c’est une honte” d’alimenter un régime au détriment de sa population.
Si non, c’est aussi une honte de ne pas “venir en aide à un pays meurtri”, au risque même de voir les pays étrangers et les agences onusiennes et les ONG accusées de “non-assistance à population en danger”.
Si l’aide humanitaire parvient directement aux populations par des moyens militaires, sans passer par le gouvernement, on hurlera à l’ingérence et à la violation de la souveraineté du pays, etc, etc…

Les lectures politiques sont toujours des équations fatales.

Comment y voir plus clair ?

- La situation géographique du désastre est telle que, de toute façon, que ce soit l’armée birmane ou les logisticiens, civils ou militaires étrangers, tous auront les plus grandes difficultés à donner une réponse rapide à la hauteur de l’ampleur de la tragédie.

Il ne s’agit pas là d’un argument de fatalité ou d’impuissance – une seule vie sauvée vaut la peine. Mais d’affirmer que l’aide gérée par des étrangers aurait été à la hauteur est probablement quelque peu présomptueux.
Il suffit de voir les photos-satellites (“avant-après“)

- Au fil des catastrophes naturelles des dernières décennies, il y a une expertise internationale d’intervention d’urgence - toujours perfectible – non seulement en termes d’approvisionnement en nature et en espèces, mais aussi en termes de coordination.
A l’heure de la mondialisation, il devrait être considéré comme élémentaire que des procédures internationales se mettent en oeuvre avec la rapidité et les volumes nécessaires, tant pour l’évaluation initiale des dégâts que pour l’intervention elle-même, et son évaluation ultérieure.
L’humanitaire ne peut se réduire à ses enjeux politiques : c’est d’abord une capacité technique internationale. Elle existe, mais sa mise en oeuvre reste un enjeu politique pour des régimes qui s’isolent de la communauté internationale, par paranoïa, ou par interprétation mal placée de leur souveraineté.

- Le gouvernement du pays affecté doit participer à la coordination générale :il se trouve, théoriquement, le mieux placé

- pour évaluer les dégâts;
- pour exiger de savoir qui vient pour faire quoi ;
- pour exiger aussi la transparence des actions menées.

- Le destin veut que quelques jours après ce cyclone en Birmanie, un tremblement de terre frappe la Chine : le gouvernement tient le même discours que la junte birmane, en acceptant l’aide internationale mais exclut la présence de personnels étrangers de secours.
Franchement, avons-nous la même sévérité spontanée avec la Chine qu’avec la Birmanie ?
Non, parce que le pouvoir chinois a , pour la première fois, été transparent sur l’ampleur du désastre… quoique transparent dans “sa” communication. On a pourtant lu dans le journal pékinois “Xinjingbao” que “l’efficacité des secours tient en grande partie à la liberté de l’information “ (“Le Temps”, 14.05.08). Et – fait nouveau – plusieurs radios et télévisions étrangères diffusent des reportages en direct du lieu de la catastrophe.
On aurait aussi tendance à plus d’indulgence grâce à l’impression que (vu de loin…) le régime chinois maîtrise les services publics, à commencer par l’armée qui, en Chine comme ailleurs, est la seule force organisée capable de développer les moyens logistiques nécessaires.
Et pourtant, des compétences humaines étrangères pourraient faire la différence, en volume si ce n’est en qualité de travail, ne serait-ce, peut-être, que pour quelques centaines ou milliers de vies sauvées dans cette course contre la mort.

- Le fondement d’une critique justifiée n’est donc que l’expression du bon sens : on ne peut reprocher à un médecin la mort de son patient, mais on peut lui reprocher de ne pas avoir mis tous les moyens en oeuvre pour le sauver.
La déontologie humanitaire participe du même principe : une victime de cyclone ou de tremblement de terre est une victime, un point c’est tout.

Et en l’occurrence, en quoi les chiens renifleurs de spécialistes japonais, américains, thaïlandais ou guatémaltèques constituent-ils une menace politique pour le gouvernement chinois ?

- Il y aurait aussi moins de problèmes sous cet angle si les agences onusiennes et les organisations non-gouvernementales se donnaient les moyens de faire le ménage pour ne pas ouvrir les portes à quantité d’acteurs privés, comme l’Arche de Zoé au Tchad ou l’Eglise de Scientologie – comme on l’a vu en Indonésie au moment du tsunami.
Un système d’accréditation devrait être instauré pour les interventions dans les futures catastrophes naturelles. Après tout, feu le Haut-Commissariat aux Droits de l’homme des Nations Unies avait institué depuis des décennies un système d’accréditation des ONG désirant participer à ses travaux.

- Pour éviter autant que possible que le droit de veto au Conseil de Sécurité ne soit un obstacle à la rapidité de la réponse aux catastrophes naturelles, il devrait être constitué un ” Conseil de Sécurité Humanitaire ” (à décision prise à la majorité des deux-tiers, sans droit de veto), composé d’Etats-membres des Nations Unies (par roulement, comme dans le nouveau Conseil des Droits de l’homme) auquel participeraient de plein droit une sélection d’organisations non-gouvernementales à dimension internationale qui ont fait la preuve de leur compétence en matière d’évaluation de situations.
On pourrait y ajouter un mandat international de prévention, au sens où la liste s’allonge des situations où les ONG internationales ont maintes fois alerté la “communauté internationale” de la gravité d’une situation – hormis les catastrophes naturelles, par définition imprévisibles.
Ce “ Conseil de Sécurité Humanitaire “, composé équitablement de pays et d’ONG représentatifs des différentes régions du monde et des niveaux divers de développement, permettrait d’éviter le procès d’intention d’intervention occidentale ou de pays riches dans des pays pauvres non-occidentaux. Il faut définitivement sortir de ce procès d’intention.

Les instruments juridiques internationaux sont une forme de mondialisation, devant lesquels tous les pays sont juridiquement égaux et peuvent saisir les instances d’investigation, en vertu non pas de considérations géo-politiques, mais de critères négociés, adoptés et ratifiés par les pays membres des Nations Unies.
Par ailleurs, dans tous les pays, sauf ceux qui constituent désormais des exceptions, l’éclosion de la société civile (initiatives associatives, dont l’extension est inévitable par le développement d’Internet) fait apparaître des compétences nationales réelles, en marge des gouvernements, dont de moins en moins peuvent prétendre avoir le monopole de l’information.
Les capacités d’analyse de situations et d’intervention, face aux instruments juridiques internationaux, n’est plus le monopole des seules “grandes ONG internationales” – celles-ci s’alimentant d’ailleurs de plus en plus des informations fournies par les ONG nationales.
Avec les textes internationaux sur les droits humains, nous avons les outils ; avec les compétences humaines et professionnelles qui se développent dans tous les pays, les ouvriers sont de plus ne plus nombreux et ne sont plus le monopole de l’Occident.

Et donc, la “communauté internationale“, si elle se veut démocratique, devrait instituer, au niveau international une représentation des peuples constituée d’une part d’un collège d’élus par les Parlements des Etats membres et d’autre part d’un collège d’acteurs confirmés (par accréditation) de la société civile, afin de ne plus laisser l’alerte, l’évaluation initiale, la décision d’intervention, la mise en oeuvre et l’évaluation finale des opérations de secours aux seuls Etats, mais sans que ceux-ci ne considèrent ce mécanisme comme une ingérence dans leur souveraineté.
Il faut inventer un système international qui ne prétende aucunement se substituer aux Etats, mais qui soit leur interlocuteur crédible, par sa légitimité et sa compétence reconnues.

- Toute contrainte juridique suppose contrôle et si nécessaire, sanction.
Il n’y a - sauf erreur – aucune procédure de sanction efficace contre des gouvernements qui laissent sciemment leur population dans l’abandon total, c’est à dire avec risque vital, en dehors-des conflits armés, hormis la condamnation morale internationale ou par des communiqués des institutions internationales relatives aux Droits de l’Homme, ce qui ne gêne personne. Les embargos, blocus ou sanctions économiques (voir les définitions de ces termes) n’ont souvent eu que des effets limités : la réaction nationaliste n’en est que plus forte, et toute interdiction dans ce domaine consiste le plus souvent à faire monter les prix de sa transgression (même les embargos sur les armes n’empêchent pas de livrer les pièces détachées des précédents contrats…).

Se pose alors la question de la justiciabilité des Droits de l’Homme.

Bien qu’il ne s’agisse que de droit pénal international, le Statut de Rome(version française) qui décrit le fonctionnement de la Cour Pénale Internationale, prévoit la poursuite nominative des personnes, dans l’exercice de leurs fonctions étatiques uniquement dans le contexte des conflits armés : “crime de génocide“, “crime de guerre“, “crime contre l’humanité ” – en attendant la définition du “crime d’agression“.

On rappelera d’abord que la définition du ” Crime contre l’humanité ” n’est -sur le plan juridique- nullement réservé aux situations de conflits armés : l’esclavage, l’apartheid,etc… ont été officiellement qualifiés crimes contre l’humanité – même si cette qualification n’est jusqu’à présent utilisée que dans les procès de criminels de guerre, dont les charges incluent souvent les crimes contre l’humanité.
Le Tribunal Pénal pour l’ex-Yougoslavie a déclaré : ” C’est désormais une règle établie du droit international coutumier que les crimes contre l’humanité ne sont pas nécessairement commis dans le cadre d’un conflit armé international.”

Ensuite, le fait, pour un gouvernement, de ne pas mettre en oeuvre tous les moyens de sauver une population civile des conséquences d’une catastrophe naturelle, sans qu’il y ait conflit armé, est-il un crime contre l’humanité ?
Tous les juristes hurlent en choeur au risque de dilution de la gravité de cette qualification si on l’étend à une plus grande diversité de situation…
C’est une réserve compréhensible, mais quelle qualification faut-il “implorer” face à la mort sciemment assurée – et parfaitement prévisible – d’une partie de la population civile par incurie délibérée de son propre gouvernement ?

Pour mémoire, il faut savoir que le Statut de Rome stipule (Article 6 : crime de Génocide) :

” Aux fins du présent statut, on entend par crime de génocide l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie un groupe national, ethnique, racial ou religieux :
(…) ” c- soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique, totale ou partielle; (…)

Pour qu’un crime soit passible de la Cour Pénale Internationale , il faut donc qu’il y ait intentionnalité. Y a-t-il intentionnalité dans le cas de l’attitude de la junte birmane ?

On rappelera ici un extrait méconnu d’un jugement édicté par le Tribunal Pénal pour l’ex-Yougoslavie, dans son jugement du 25 juin 1999 (Affaire Zlatko Aleksovski) :

L’élément matériel du crime d’atteinte à la dignité des personnes requiert que la victime ait été à ce point humiliée que toute personne raisonnable serait offensée, et son élément moral, que l’auteur ait agi intentionnellement.
Pour ce qui est de ce dernier élément, il n’est pas nécessaire que l’auteur ait eu l’intention spécifique d’humilier ou d’avilir la victime, mais il doit avoir eu conscience que c’était là une conséquence prévisible et raisonnable de ses actes.”
(…)

La junte militaire birmane n’est-elle pas consciente que la mort de dizaines de milliers de personnes est une conséquence prévisible et “raisonnable” de ses actes ?
Pour parodier Victor Hugo (voir ci-dessous) : ” Laissez mourir six personnes, vous êtes un criminel ; laissez mourir 60 000 personnes, on arrive pour négocier…”

Source photo

En réalité, il y a deux concepts fondamentaux dont la signification est en jeu dans une telle situation :

1 – la notion de souveraineté : un Etat qui n’est pas capable d’apporter la preuve qu’il a fait son possible pour venir au secours de sa population victime d’une catastrophe naturelle n’est pas un Etat souverain. De même que la souveraineté de l’Etat du Kampuchéa ne pouvait être invoquée pour justifier le silence de la communauté internationale face au génocide des Khmers Rouges sur son propre peuple…
La souveraineté est invoquée de manière évidemment restrictive lorsqu’une dictature refuse qu’on se mêle de sa gestion intérieure. La souveraineté devrait être conçue non pas seulement comme contrôle de l’Etat sur un territoire et sa population, mais aussi en termes de respect des droits humains élémentaires, dont la survie de sa population … La souveraineté n’est pas seulement un concept utile, c’est aussi une responsabilité devant l’humanité toute entière. Ou bien ???

2 – La notion de sécurité humaine est devenue le slogan universel des Etats pour justifier la lutte contre le terrorisme (mais aussi comme prétexte contre la dissidence et autres formes d’opposition interne), et ne se définit donc implicitement que par les moyens que l’Etat se donne pour se protéger lui-même.
La sécurité humaine de la population civile implique donc aussi une responsabilité de l’Etat vis à vis de sa population en situation de survie, alors qu’il pourrait disposerait de moyens accrus face à une catastrophe naturelle de grande ampleur.

Dans ce débat, on conseillera très vivement de consulter le site du Centre de Recherche International pour le Développement (Canada) dont l’ouvrage La responsabilité de protéger” (texte intégral en français, en bas de la page d’accueil) est lumineux sur ces concepts de souveraineté et de sécurité humaine.

On nous rétorquera :
Tout cela est trop simpliste, la situation est très complexe…”

(…) “ Chicaner l’indignation publique, rien de plus misérable.
Les atténuations aggravent. C’est la subtilité plaidant pour la barbarie.”
(…)
Est-ce que le crime diminue en raison de son énormité ? Hélas, c’est en effet une vieille loi de l’histoire. Tuez six hommes, vous êtes (un criminel) ; tuez-en six cent mille, vous êtes César. Être monstrueux, c’est être acceptable.”(…)
Le moment est venu d’élever la voix. L’indignation universelle se soulève.
Il y a des heures où la conscience humaine prend la parole et intime l’ordre aux gouvernements de l’écouter.

L’avenir est un dieu traîné par des tigres.

(Victor Hugo – 1876)

Pantheon - Messagges to Victor Hugo

Messages à Victor Hugo au Panthéon (Source photo)


Petits diamants philosophiques

8.02.08

De l’ouvrage cité dans un billet précédent de ce blog, où Christian Delacampagne dialogue, au début des années 1980, avec des philosophes à propos de leurs engagements respectifs, ces petites lucioles :

Question de Ch.Delacampagne à Emmanuel LEVINAS :
” Pour moi qui ne suis pas juif, j’avoue que j’ai du mal à
entendre la notion de peuple juif comme peuple élu…”

Réponse d’E. Lévinas :
” L’élection ne privilégie pas. L’élection n’a qu’un sens moral.
L’homme moral, c’est celui qui, dans une assemblée, fait la chose qu’il y a à faire. Là, il s’élit.
Le prophète, celui qui revendique la justice, il n’est pas élu par les autres, il est élu parce qu’il a entendu l’appel le premier.
C’est à tort qu’on a pu ressentir l’élection comme un privilège. Certes, pendant la persécution, elle a pu être un élément de consolation, et cette conscience d’élection a pu devenir égoïste.
Mais il ne faut pas, j’y insiste, voir cette notion comme une prérogative. Le prophète Amos dit : ” C’est vous seules que j’ai choisi entre toutes les familles de la terre, c’est pourquoi je vous demanderai compte de toutes vos fautes.”

C’est probablement dans ce sens culturel très précis que le titre de “Juste” (celui/celle “qui fait ce qu’il y a à faire“) est régulièrement attribué à des anonymes qui ont sauvé quantité de Juifs sous le nazisme.
Notion religieuse qui, cependant, ne saurait en aucun cas “justifier” les comportements de l’Etat d’Israël… qui se conduit comme n’importe quel autre Etat.

Question à Vladimir JANKELEVITCH :
” Pouvez-vous nous dire ce qui vous émerveille aujourd’hui ?”

Réponse de V. Jankelevitch :

” Il n’y a pas lieu de demander à quelqu’un : quelles sont les choses qui vous émerveillent ?
On ne s’émerveille pas parce qu’il y a des choses merveilleuses.
La capacité de s’émerveiller est une capacité que chacun a en soi et qui naît de rien, n’importe où, n’importe quand.
On s’émerveille de la banalité, du jour qui se lève, du soleil qui se couche, de la couleur du ciel, et c’est quand il est injustifié que l’émerveillement est le plus miraculeux, le plus philosophique.”

Question : ” Les sujets d’épouvante et d’ennui sont nombreux… Comment peut-on encore trouver la force, ou la simplicité, de s’étonner, de s’émerveiller ?
” Les sujets d’émerveillement ne viennent pas en déduction des sujets d’ennui, ni par soustraction. Aucun bilan à établir : une arithmétique de l’agrément et du désagrément serait absurde ; on peut être émerveillé même si le passif l’emporte. L’ordre de la qualité exclut toute pesée.”

On est en droit de s’émerveiller de tomber par hasard sur un phrasé qui exprime aussi simplement et aussi brièvement ces “petites choses de la vie” qui nous sont essentielles.

De Jacques DERRIDA :

” Le milieu dans lequel j’ai commencé à écrire était très marqué, voire ” intimidé ” par le marxisme et par la psychanalyse dont la revendication scientifique était d’autant plus violente que leur scientificité n’était pas assurée. Cela se présentait un peu comme l’anti-obscurantisme, les “Lumières” de notre siècle.
Sans jamais rien faire contre les “lumières”, j’ai essayé, discrètement, de ne pas céder à l’intimidation. Par exemple en déchiffrant la métaphysique encore à l’oeuvre dans le marxisme ou dans la psychanalyse, sous une forme qui n’était pas seulement logique ou discursive, mais parfois terriblement institutionnelle et politique.”

Il est vrai qu’étudier et enseigner la philosophie dans les années 1970 laissait peu de marge entre le marxisme et la psychanalyse ambiants…
Et il ajoute :

” Penser la nécessité de la philosophie, ce serait peut-être se rendre en des lieux inaccessibles. (…) Je ne suis pas sûr que cela soit simplement possible et calculable, c’est ce qui se dérobe à toute assurance, et le désir à cet égard ne peut que s’affirmer, énigmatique et sans fin. “ (…)
Il y a le ” système “ (philosophique) et il y a le texte, et dans le texte des fissures ou des ressources qui ne sont pas dominables par le discours systématique : à un certain moment, celui-ci ne peut plus répondre de lui-même. Il entame spontanément sa propre déconstruction. D’où la nécessité d’une interprétation interminable, active, engagée dans une micrologie du sclapel à la fois violente et fidèle…”

Il est effectivement rassurant qu’aucun système n’échappe au “mystère” : ” ce devant quoi on ne peut que se taire“.

De Michel SERRES :

” Pourquoi suis-je philosophe ? A cause de Hiroshima, il n’y a point de doute.
Hiroshima est l’acte premier qui a organisé toute ma vie et m’a fait dire : je me retirerai toujours devant la violence pour essayer de connaître et d’agir autrement.
(…)
Aujourd’hui la politique a en main la violence absolue, c’est à dire la bombe atomique. Il y a séparation de la philosophie et de l’Etat. Pour la première fois depuis Platon !
Nous faisons donc retraite en disant aux politiques : c’est vous désormais qui avez dans les mains cet avenir prévu de violence universelle. Pour notre part, nous avons tout bêtement – et nous en sommes comptables – l’espoir de l’humanité. Ils ont la destruction et nous avons le reste.”

De Jürgen HABERMAS :

” Aujourd’hui , de plus en plus de formes de vie se sont cloisonnées en systèmes autonomes, sous l’emprise des organisations administratives et économiques. Les modes anciens d’intégration sociale, qui passaient par les valeurs, les normes et un accord obtenu dans la communication, disparaissent.
Presque tous les rapports sociaux sont codifiés juridiquement : relations entre parents et enfants, entre enseignants et élèves, entre voisins. Ces réformes corrigent parfois des rapports de domination archaïques. Mais elles provoquent un dépérissement bureaucratique de la communication.
Les schémas de la rationalité économique et administrative envahissent les domaines traditionnellement réservés à la spontanéité morale ou esthétique.
C’est ce que j’appelle la ” colonisation du monde vécu.”
(…)

(…) ” Le réformisme radical consiste à réclamer des réformes qui sont incompatibles avec les mécanismes de la croissance, tout en laissant au capitalisme une chance de se régénérer.
Cela veut dire qu’on est guéri des fautes du marxisme dogmatique, que personne ne détient la vérité, que l’action politique ne doit pas s’inspirer de schémas philosophiques préétablis, mais devenir un jeu des tests, de tâtonnement.
Avec des coups d’Etat et des barricades, on n’arrive plus à rien. Toute transformation radicale implique un changement des subjectivités : la révolution doit être démocratique. J’ai toujours été antiléniniste.
L’idée qu’une élite se sert des instruments de production pour convertir les masses me paraît complètement discréditée.”
(…)
” Tant qu’il n’y a pas de mouvements sociaux dignes de ce nom, le réformisme social-démocrate est l’unique solution. Après les immenses déceptions que nous a réservées l’histoire du socialisme, il convient de se montrer prudent.”

En conclusion :

1 – Qui a dit que la philosophie ne servait à rien ?
2 – A regarder ces visages et ces regards de philosophes, on a le droit de se dire – mais qui a dit cela ? :
Après quarante ans, on le visage qu’on mérite.

Voir aussi un billet précédent de ce blog :
” Un philosophe anonyme, c’est reposant “.


Une “Charte des Musulmans d’Europe”, enfin…

16.01.08

Le 10 janvier dernier, 400 associations islamiques ont signé une Charte des Musulmans d’Europe, s’exprimant ainsi d’une seule voix sur l’intégration et sur les droits des musulmans vivant en Europe.
Dans une opinion publique européenne, traumatisée par les attentats terroristes, une large diffusion de cette prise de position s’impose.

Cette Charte stipule :

- que les valeurs de l’Islam se situent ” loin de tout extrêmisme et de toute marginalisation“;
- que “ l’essence même de l’islam(…) consiste à choisir le juste milieu qui bannit l’excès et le laxisme “;
- que l’Islam ” bannit toute idée ou attitude portant atteinte à la femme ou la privant de ses droits légitimes, quelles qu’en soient les justifications se référant à certaines traditions ou habitudes en cours chez les musulmans”;
On aurait souhaité que le texte fût plus explicite sur la condamnation de certaines actes comme les mutilations génitales féminines (que des musulmans pratiquent sous le prétexte invoqué “d’être de bons musulmans“, alors qu’il n’en est nullement question dans le Coran) ou encore sur la condamnation des “Crimes d’honneur “, sur tout le territoire des 27 pays européens dont sont issues les associations signataires.

- que l’Islam (…) “ condamne la contrainte en religion et laisse à l’individu le libre choix de ses croyances “ et ” recommande (…) que cette liberté obéisse aux valeurs morales et respecte le cadre légal “(…) ;
- que ” le concept de Djihad tel qu’il est cité dans les textes islamiques définit l’effort à fournir dans la quête du bien, à commencer par l’effort sur soi-même jusqu’à la propagation de l’équité et de la justice entre les hommes “;
- que “ le Djihad en tant que combat armé doit être compris comme l’ultime recours auquel peut faire appel un Etat musulman pour se défendre légitimement contre toute agression armée. D’ailleurs, ce que prévoit l’Islam dans ce cas n’est nullement différent du droit international. En foi de quoi, l’Islam refuse la violence et le terrorisme, soutient les causes justes et reconnaît aux hommes le droit de défendre leurs droits par les voies légales (…) ;
On notera ici (avec un certain soulagement) que l’esprit du Djihad ne peut donc être revendiqué dans des actes terroristes commis par des groupes de militants contre des innocents, et que l’appel au Djihad ne peut être invoqué que par un Etat dans le cadre de la légitime défense – et qui plus est, que ce droit ne doit en aucun cas être interprété d’une manière contraire au “droit international”.

-
que l’Islam ” reconnaît les principes du système démocratique fondé sur la liberté de choisir ses institutions politiques et sur le respect du pluralisme et de l’alternance pacifique du pouvoir “;
On notera donc ici que l’appel au Djihad, comme soulèvement général pour l’instauration d’un Sultanat excerçant sa juridiction sur Londres, Paris, Rome ou Berlin, est nul et non avenu…

-
que ” tout en vivant leur appartenance aux différents pays européens et tout en accordant la primauté aux exigences de la citoyenneté, les musulmans d’Europe sauvegardent leur appartenance à la nation de l’Islam (la Oummah);
La double appartenance est donc reconnue, comme elle l’est pour les Juifs, ou pour toute autre communauté de langue ou de religion, avec autant de droits que de devoirs, les devoirs de citoyenneté ayant cependant une primauté – comme pour toutes les autres communautés.

- que ” les musulmans d’Europe respectent les lois et les autorités compétentes chargées de les appliquer. Ceci ne les empêche pas, dans le cadre de ce qui est garanti à tous les citoyens, de défendre leurs droits (…) ;
- que ” les musulmans respectent le principe de Laïcité fondé sur la neutralité de l’Etat à l’égard du religieux ” et que ” ceci implique un traitement équitable de toutes les religions “;
Il est ainsi reconnu que le discours extrêmiste consistant à vouloir imposer la primauté des lois de la Charia sur territoire européen, est inacceptable, à condition que toutes les religions soient traitées avec équité, ce qui est élémentaire.

- que ” les musulmans d’Europe(…) considèrent que l’exigence d’assumer leurs devoirs de citoyens est aussi importante que celle qui consiste à défendre leurs droits “;
- que ” les musulmans d’Europe, vivant dans des sociétés où coexistent diverses convictions religieuses et philosophiques, confirment leur respect de cette pluralité. (…) L’Islam reconnaît le droit à la diversité et à la différence et ne cherche nullement à les restreindre “.

L’auteur de ces lignes, ayant eu la chance de vivre et de travailler plusieurs années dans des pays musulmans, et donc de côtoyer les valeurs quotidiennes d’un Islam populaire, et ne s’étant d’ailleurs jamais senti discriminé de ne pas être musulman, ne peut être insensible au contenu de cette Charte, tant est catastrophique l’image de cette religion dans nos contrées européennes.

Quelques remarques complémentaires :

1 – La manipulation du sentiment religieux – et donc identitaire – est une réalité des deux côtés, tant chez des politiciens européens pour chauffer l’opinion publique en stigmatisant les musulmans, que du côté des extrêmistes musulmans, traîtres aux valeurs de leur religion. Un imam ou un mufti, vivant sur sol européen, n’a-t-il pas la possibilité d’émettre une fatwah contre les auteurs de crimes terroristes sur des innocents ?
On aurait souhaité que cette Charte ne mentionne pas seulement le refus de la violence et du terrorisme, mais sa condamnation.

2 – La question de la réciprocité est souvent abordée dans le débat : or, il n’existe aucun pays musulman qui interdise la pratique d’une autre religion que l’Islam sur son sol – à l’exception, sauf erreur, de l’Arabie Saoudite.
Autre exemple, toujours sauf erreur, l’Egypte autorise, dans son Code Civil, l’adoption pour les non-musulmans, tout en l’interdisant pour les musulmans, pour la remplacer par la pratique de la Kafalah.

Voir d’autres billets de ce blog sur l’Islam: ici, ici, et

Source : www.philippetastet.com

Voir aussi les billets précédents de ce blog sur l’Islam :

” Islam : Mr I. Quraishi dit ce qui doit être dit “
ou encore :
” Qui a peur de Tarik Ramadan ?”
ou encore :
” Pour Mr Robert Redeker et contre sa vision de l’Islam “.


De l’éthique sur l’étiquette des O.N.G.

18.04.07

Même si la notion d’”organisation non-gouvernementale” recouvre une très grande diversité d’associations ou de fondations aux statuts juridiques, objectifs et méthodes très diverses, la question éthique est essentielle et incontournable.
En effet, les missions que se donnent les O.N.G. affirment des principes induisant des jugements sur des situations humaines insuffisamment reconnues ou scandaleusement ignorées : être “la voix des sans-voix“, le service des “plus pauvres“, le respect des “droits des oubliés“, etc…
Ces principes induisent parallèlement des jugements sur les pouvoirs et puissances en tous genres qui ont pourtant le mandat et/ou les moyens de reconnaître ces situations et d’y faire face.

Mais il serait paradoxal que, fondant leurs actions sur des jugements, les ONG ne s’imposent pas au minimum le même degré d’exigence éthique, quant à leur propre fonctionnement, que celui qu’elles exigent par exemple, en demandant aux multinationales l’établissement de code de bonne conduite, chez elles comme chez leurs sous-traitants…
Même si les ONG sont fortement idéalisées dans leur image “grand-public”, elles sont parfois, comme toutes les institutions humaines, “trop humaines“, avec leurs dysfonctionnments, voire même leurs perversions.
Comme partout, le risque est là que “l’argent monte à la tête“, et comme chacun sait ” qui ne vit que par et pour les média, mourra par les média”… sans oublier : “Qui feut faire l’ange…

Dans les O.N.G, la notion d’éthique institutionnelle se rapporte à des valeurs collectives, librement choisies et annoncées, dans lesquelles les acteurs, qui s’y engagent, inscrivent, de manière contractuelle, leur éthique individuelle.
Cette exigence se situe au-delà de la simple notion de déontologie professionnelle. Travailler dans un camp de réfugiés suppose pour un médecin, de se conformer à la déontologie médicale, mais comporte en plus des exigences de comportement vis à vis des populations vulnérables, vis à vis du personnel local et des autorités (“vous êtes ici pour être medecin, et non pas pour vous comporter en colonial…“).
Un code éthique est théoriquement d’autant plus nécessaire qu’un expatrié peut se retrouver en situation de pouvoir quasi-absolu pendant une longue durée, sans contre-pouvoir ni possibilité de contrôle et que d’autre part, l’expatriation est toujours volontaire (ce qui ne veut pas dire “bénévole”) avec des contraintes connues à l’avance et librement consenties.

La question éthique se situe à tous les niveaux d’une ONG et souvent “le diable est dans les détails” : cela peut aller de l’établissement d’une échelles de salaires, aux contraintes de la communication et de la recherche de financements, en passant par le management participatif ou les messages aux donateurs.

Voici, en vrac, quelques exemples de réflexions éthiques, évidemment non-exhaustives :

Il est parfois paradoxal de voir des ONG qui ne cessent de promouvoir en public les notions de service, de solidarité, de respect des personnes et qui sont pourtant minées par des conflits de pouvoir interne (surtout en période de croissance budgétaire) ; de voir des directeurs “charismatiques” faire le siège des média pour des associations dont la mission stipule “l’effacement individuel proche de l’anonymat“, même si l’on sait que la personnalisation est la règle générale des media.

Dans la recherche de fonds “grand-public”, est-il éthique de consacrer des sommes folles à des mandats externes de consultants en marketing qui estiment qu’un premier mailing est réussi s’il couvre ses propres frais, car c’est le deuxième mailing qui est rentable ? On sollicite le public pour les bénéficiaires… ou pour couvrir les frais ?

Est-il éthique de simplifier à outrance la description d’une situation d’urgence en exhibant des besoins chiffrés approximatifs ou exagérés ? Ou encore de surévaluer l’impact et les résultats d’une action dans un conflit à grande échelle, même pour convaincre, et même de bonne foi ? Est-il éthique de se prétendre expert de la complexité du monde quand on gère des budgets parfois quasi-microscopiques ?

Une ONG n’est qu’un intermédiaire entre des donateurs et des bénéficiaires … qui ne se connaissent pas.
Le lien de confiance se doit donc d’être à toute épreuve.
L’argent reçu par une ONG ne lui appartient pas : il appartient aux bénéficiaires.
C’est bien pourquoi une ONG ne devrait jamais remercier les donateurs “au nom des bénéficiaires” : ceux-ci ne sont nullement tenus de remercier : ils ne reçoivent que les prestations qui leur sont dues.

A quoi cela sert-il de dénoncer la marchandisation et la privatisation des services publics dans une économie mondialisée si en même temps on se comporte en multinationale sur le “marché des donateurs ?
Se réjouir de toute nouvelle initiative associative ?… ou tenter de torpiller les ONG “concurrentes” ?

Lorsqu’une ONG reçoit un don anonyme important, doit-elle s’inquiéter – et exiger – de connaître la nature et l’origine des fonds (risque de blanchiment ?) Ou bien n’est-elle responsable que de son utilisation ?

Que répondre au donateur régulier qui reproche à l’ONG de dépenser de l’argent pour l’informer par l’abonnement à sa publication et demande de ne plus lui envoyer le journal de l’association ?

Peut-on encore se présenter comme “organisation non-gouvernementale lorsque 80 % du budget d’une ONG provient de fonds publics, gouvernementaux ou multinationaux (Union Européenne, etc) ?

La participation des bénéficiaires à la conception même des programmes humanitaires (ce n’est parfois possible qu’à des degrés divers) ne devrait-elle pas être vue sous l’angle éthique ? Peut-on vouloir faire le bien-être des gens sans les associer à l’action ? en ignorant les contraintes culturelles – qui peuvent aussi devenir des leviers, lorsqu’on s’efforce de les connaître et de les comprendre ? en outrepassant les prérogatives des autorités locales, quitte à négocier sévèrement ?

Il est pourtant un domaine où l’éthique fait parfois l’objet de soupçons qu’on pourrait qualifier de “mal placés”: l’inusable question des “frais administratifs” : qui peut dire qu’une ONG affichant 15 % de frais administratifs est gérée de manière “moins éthique” qu’un autre affichant “seulement 3 %… ?
Tout dépend de la nature et du volume de son action, des moyens logistiques et des compétences pointues dont elle peut avoir besoin pour mener à bien son action : une ONG “à 3 %” de frais administratifs peut être très mal gérée et en contradiction totale avec son image de “performance“.
Evidemment, un pourcentage de plus de 40% de frais administratifs dans le budget d’une institution humanitaire (comme certaines agences de l’ONU) est inacceptable, mais en-dessous de 20 %, on ne peut se faire une opinion sensée qu’en étudiant précisément la nature et le volume de l’action engagée.

Mais là encore des questions éthiques peuvent se poser : telle ONG met ses frais de publications dans ses frais administratifs, telle autre les fera figurer dans ses frais “d’éducation et de sensibilisation du public“, considérés comme des frais d’action. Les choix peuvent être différents – à une seule condition, c’est de bien les expliquer de manière véritablement transparente.

Pour l’anecdote, on a même connu une grande organisation internationale de développement qui avait inscrit une catégorie comptable spéciale pour les “enveloppes garnies” permettant de “travailler dans des conditions difficiles” : la nomenclature comptable mentionnait les “Frais d’accélération“…

Il serait cependant mal venu de faire de la surenchère éthique : la réflexion éthique ne doit pas devenir une doctrine “politiquement correcte” : les choix éthiques peuvent varier selon les ONG.
L’essentiel est que la question éthique ait fait l’objet d’une réflexion interne et collective pour aboutir à un document institutionnel de référence pour tous les acteurs internes comme pour les donateurs.
Au moment du tsunami asiatique, devant le choix fait par “Médecins sans frontières” de demander au public de cesser d’envoyer des dons, certaines ONG ont approuvé, d’autres se sont dites choquées. La question n’est pas tant de savoir qui a tort ou qui a raison, mais de se déterminer face à des choix clairs et transparents, et les donateurs, de toute façon, ont le dernier mot.

La diversité des objectifs et des méthodes des ONG est un aspect essentiel d’une “société civile” active dans un pays démocratique. L’existence d’une multiplicité d’ONG exprime, d’une certaine manière, le degré de libertés publiques d’un pays.
Mais dans les ONG la barre des exigences éthiques est placée plus haut que dans toute autre institution sociale et humaine : on ne peut se prétendre un contre-pouvoir et en même temps, mimer” les travers des pouvoirs dont on exige des résultats, sans en payer le prix.

Dans les ONG, l’exigence éthique doit être élevée… mais c’est aussi ce qui attire beaucoup de jeunes qui se préparent à en faire leur profession, dans l’espoir d’une cohérence réelle entre des valeurs et une action.

A condition que l’on ne “se paye pas de mots“, au risque de voir les bénéficiaires – que l’on prétend défendre – “payer les mots cassés”…