L’expulsion d’Abdirashid : un non-sens absolu

22.11.09

Mr Abdirashid Ali, 17 ans en 2009, est arrivé de Somalie, son pays d’origine, en 2008 par bateau sur les plages de l’île de Lampedusa (Italie), île mondialement connue pour accueillir les Africains … amateurs d‘”asylum shopping”.

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Après trois mois de promiscuité  et d’hygiène déplorables dans un centre de transit,  il en est ” remercié ” (!),  avec le mot de passe : ” L`Italie est grande, débrouillez-vous”.
Autrement dit : Dis-pa-rais-sez !!! “.

Après quelque temps à errer dans le pays, Abdirashid se présente en Suisse en janvier 2009.
Accueilli au Centre EVAM de Lausanne (Canton de Vaud), spécialisé dans l’accueil des mineurs étrangers non-accompagnés, il fréquente les classes OPTI de l’école publique vaudoise (perfectionnement, transition et insertion professionnelle).
Ses enseignants le disent excellent élève, sérieux, motivé.
Comme les Accords de Dublin, auxquels la Suisse a adhéré (bien que non-membre de l’UE), ne font pas de différence entre adultes et mineurs, Abdirashid risque l’expulsion vers le premier pays de “débarquement”, l’Italie. Et donc le jeudi 12 novembre 2009, à 7 h  du matin, la police cantonale vaudoise se présente à son domicile, l’emmène au Commissariat pour le conduire, menotté, en fourgon grillagé jusqu’à Berne, puis dans un train “adapté” pour Zurich, sans menottes, avec chocolat et biscuits.
A Zurich, douche et vêtements propres, puis re-menottes dans un fourgon blindé vers l’aéroport pour un avion vers l’Italie. A la descente d’avion, les policiers italiens embarquent l’adolescent pour prise d’empreintes digitales aux bureaux d’immigration, lui donnent un ticket de bus pour se rendre dans un centre, ainsi qu’un billet de train pour la Sicile
(où il avait débarqué il y a désormais un an).
On voudrait l’inciter à la clandestinité qu’on ne ferait pas autrement.

Pas d’argent, rien à manger, l’adolescent traîne pendant une nuit dans la gare de Rome, puis dans les locaux de l’ancienne ambassade de Somalie, un journaliste italien rencontré le conduit vers un centre pour mineurs tenu par des Jésuites.
On en est là à ce jour (21.11.09).

Abdirashid Ali, 17 ans, mineur somalien non-accompagné,
expulsé de Suisse en 48 heures, sans avoir commis ni délit ni crime.

Source photo (Eric Vandeville)

D’où ces quelques questions, dont les réponses circonstanciées nous obligeraient :

Mesdames, Messieurs les Conseillers d’Etat
du Canton de Vaud,
force est restée à la loi… mais laquelle ?
et
en quoi Abdirashid l’avait-il enfreinte ?

- la procédure de renvoi est réputée légale, tant au niveau fédéral que cantonal … à cette réserve près que la Convention relative aux Droits de l’enfant (ratifiée par la Suisse, et dont vous n’avez pas manqué de célébrer les 20 ans ce vendredi 20 novembre) dispose dans son Article 22, concernant les mineurs demandeurs d’asile : Lorsque ni le père, ni la mère, ni aucun autre membre de la famille ne peut être retrouvé, l’enfant se voit accorder, selon les principes énoncés dans la présente Convention, la même protection que tout autre enfant définitivement ou temporairement privé de son milieu familial pour quelque raison que ce soit.”

- Le Comité des Droits de l’enfant (en charge du suivi de l’application de la Convention par les Etats) exige, dans son Commentaire No 6 : Le but ultime de la prise en charge d’un enfant non accompagné ou séparé est de définir une solution durable qui permette de répondre à tous ses besoins en matière de protection, tienne compte de l’opinion de l’intéressé, et si possible, mette un terme à la situation de non accompagnement ou de séparation.”

Voilà donc un mineur qui a quitté un pays où il n’y a plus d’Etat depuis 15 ans (ce qui – soit dit en passant –  ne dérange personne, au sein de l’honorable “communauté internationale”), et où la violence règne à chaque coin de rue. Il décide de risquer sa vie sur un bateau pourri en espérant  une vie un peu meilleure que le pire. Il affronte une situation d’ abandon total pendant plusieurs mois, s’obligeant à dénicher la moindre ressource de survie physique et psychologique.
Il arrive dans un pays, la Suisse, qui lui assure le gîte, le couvert et une scolarisation, le temps d’une procédure. Il se tient “à carreau”, ne commet aucun délit ni crime, ni même, que l’on sache, une quelconque incivilité de nature à fragiliser la moindre chance d’un avenir : mais un matin de novembre, la police le menotte et l’expédie par le premier avion vers l’étranger.
La loi, peut-être. Le droit, oui, à géométrie variable. Mais le non-sens, assurément.

Le même Commentaire No 6  du Comité des Droits de l’enfant dispose : (…) ” Les Etats doivent tenir compte du fait que l’entrée illégale ou le séjour illégal dans un pays d’un enfant non accompagné ou séparé est susceptible de se justifier au regard des principes généraux de droit – si cette entrée ou ce séjour constitue le seul moyen d’empêcher une violation des droits fondamentaqux de l’intéressé.”(…)
Ayant sciemment et volontairement été laissé à lui-même en Italie, obligé de survivre seul par tous les moyens, les risques sont tels qu’un retour en Italie était, de l’avis même d’Abdirashid, inconcevable. Il avouait lui-même préférer rentrer en Somalie, car il savait au moins où aller dormir…

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Ne vous aurait-il pas effleuré les neurones qu’un jeune dans cette situation, sachant le “parcours du combattant” qu’il a connu et la résistance à laquelle il a déjà dû faire face, serait peut-être déjà une personne avec qui il est possible de discuter, de négocier (ce qui comporte des obligations qu’il aurait probablement acceptées si on lui avait parlé sérieusement), c’est à dire de discuter des avantages que les “deux parties” pourraient tirer de sa formation et de sa volonté de s’intégrer.
Est-ce qu’au moins quelqu ‘un lui a posé la question de savoir s’il voulait s’intégrer en respectant toutes les lois et procédures qu’on lui imposerait ? Et si oui, a-t-on tenu compte de ses réponses ?

- les menottes et les fourgons grillagés sont en général utilisés pour les délinquants présentant un risque pour l’ordre public. En quoi Mr Abdirashid Ali comportait-il un risque pour l’ordre public ? Quel délit ou crime avait-il commis ou était-il présumé vouloir commettre ? Disparaître dans la clandestinité ? N’est-ce pas hypocrite de préférer le voir disparaître dans la clandestinité en Italie plutôt qu’en Suisse ?

- Vous avez obtenu de l’ODM (l’office fédéral des migrations) l’assurance qu’aucune expulsion de mineur dans un pays “précédent” ne peut se faire sans la garantie qu’il sera accueilli et pris en charge ne serait-ce que sous l’angle de sa protection. Nous savons maintenant par témoignage direct et véréfié que cela n’a pas du tout été le cas. Allez-vous demander, avec le même sérieux, le même degré de garantie pour la dizaine de mineurs que le directeur du centre EVAM annonce comme étant sur liste d’attente pour expulsion ?
Cette expulsion n’est-elle pas un message adressé aux “suivants” : ” Disparaissez avant qu’on ne vous expulse…”
Et si on se mettait à la place du directeur du Centre d’accueil de ces mineurs,on se poserait la question de savoir quel travail on peut faire avec des mineurs qui sont convaincus que s’ils sont placés là, c’est en vue – et uniquement en vue  – de leur expulsion ?

- Même si, en Suisse, la décision de renvoi est prise au niveau fédéral et que le canton est chargé de l’exécution de la décision, vous savez fort bien que vous avez la possibilité d’attendre la fin de l’année scolaire pour procéder à l’”exécution” - voir vos propres archives à propos des  mineurs kosovars de l’école de Moudon en mars 2003. Même si aucun texte fédéral ne le prévoit, il existe, comme vous le savez, une certaine jurisprudence en la matière. Merci de nous indiquer ce qu’il en est pour les mineurs en liste d’attente, sachant qu’il est possible de surseoir à un délai d’exécution si une raison majeure s’y oppose.  Si le droit à l’éducation n’est pas une raison majeure pour un mineur, cela en dit long sur les valeurs que vous prétendez représenter.
La loi suisse étant ce qu’elle est, c’est tout de même un comble de s’apercevoir que si Abdirashid s’était enfui du centre d’accueil pour entrer dans la clandestinité en Suisse, il avait le droit à la scolarisation sans risque, qui est accordée sans risque aux mineurs clandestins, alors qu’en tant que demandeur d’asile officiel, il se retrouve expulsé manu militari dans les 48 heures…
Pourquoi faire perdre un an de formation à un mineur avant de l’expulser ? Encore une fois, où est le délit, où est le crime, qui justifient les menottes, les fourgons grillagés et la mise dans un  avion vers l’étranger, le tout dans les 48 heures, un 12 novembre ?

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Pour terminer, Mesdames et Messieurs le Conseillers d’Etat, vous nous permettrez de vous demander une faveur : cessez définitivement, s’il vous plaît, de répondre aux militants, aux ONG, et autres  ” euv’dentrèdes “ qu’ils sont des idéalistes, des angéliques, et qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde,etc,etc….
VOUS êtes les idéalistes et les angéliques, qui pensez qu’avec un politique répressive, d’expulsions, de renvois avec effets de manche médiatiques et coup de menton, cela va faire diminuer l’immigration. Cela fait diminuer les statistiques pour les batailles de polochon électorales et télévisées, alors que la réalité, c’est l’augmentation de la clandestinité et donc de la délinquance. Ce que vous voulez en fait, c’est que les problèmes aient moins de visibilité publique. Et on en revient toujours au discours tenu à ces immigrés, mineurs ou non : ” DIS-PAR-AIS-SEZ !!!!”.

D’ailleurs, on vous suggère (à moins que ce soit déjà prévu dans les “procédures”) de faire traîner le dossier pendant quelques mois en attendant qu’Abdirashid Ali passe le cap des 18 ans, et le problème aura “disparu” puisqu’il sera devenu majeur. Et l’affaire est close… Au suivant !

On n’est pas près d’oublier ce paragraphe qui figurait en bonne place dans un document officiel – un petit chef d’oeuvre de transparence – de l’Office Fédéral des Migrations, il y a quelques années, à propos des “disparitions” des demandeurs d’asile africains déboutés et donc contraints à la clandestinité :

Presque 90 % des requérants d’asile (…) quittent le domaine de l’asile par des “départs non-officiels”. Sans cette soupape, la politique d’asile devrait assumer un fardeau social et financier qu’elle ne pourrait pas porter. Les disparitions – qu’on le veuille ou non – remplissent ainsi une fonction clé dans la gestion des flux migratoires.”

Or, en matière d’immigration comme en matière d’inondation, on ne peut rien contre l’eau qui monte.

Le choix n’est pas entre accepter ou refuser. Parce que la mondialisation n’est pas à option.
Vous savez aussi bien que nous ce que l’OCDE ne cesse de dire : (…) Il faut adapter l’immigration aux besoins futurs (…) et la traiter comme un phénomène économique et social qui , s’il est bien géré, peut apporter des solutions à certains problèmes et non réagir de façon intuitive ou émotionnelle ou l’utiliser dans un but politique à court terme.”

Et quand face au vieillissement de la population et à la concurrence internationale acharnée, les milieux économiques et patronaux seront en état d’alerte, on écoutera, d’ici quelques années, les campagnes électorales de nos politiques , la main sur le coeur, vanter les mérites d’une immigration permettant de remplir les fonctions qu’une population vieillissante ne veut pas ou plus faire…

Tiens, c’est  une idée, ça … Quand on sait le respect que les populations africaines portent aux personnes âgées, on pourrait accueillir un certain nombre de gens comme Abdirashid Ali, les former et les employer comme accompagnateurs-trices de nos personnes âgées –  il y aurait peut-être moins de maltraitances psychologiques et un peu plus d’humanité dans certains EMS suisses…

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A consulter ces billets précédents du blog, traitant du même sujet :

“Immigration choisie : a-t-on vraiment le choix ?

Lettre-ouverte-a-maitre-fatimata-mbaye/

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Malgré l’ apparences de procédures structurées,
qui donnent le sentiment d’une maîtrise de la situation,
beaucoup de mineurs “disparaissent”
soit en haut à droite
soit en bas à gauche…

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Ventes d’armes : allez jouer ailleurs…

9.08.09

Lu dans “Le matin-Dimanche” de ce 09.08.09 , le billet d’humour de Jean-Charles :

” La Suisse a exporté du matériel de guerre pour 331 millions de francs au 1 semestre 2009.
Car la neutralité, c’est un peu le principe de cadeaux de Noël qu’on donne aux enfants pour qu’ils nous fichent la paix : on fournit les jouets, mais allez vous amuser ailleurs.”

On se permettra d’ajouter que dans certains pays, les achats d’armes servent au chef d’Etat en fonction à affourager (1) les chefs des armées pour calmer les ardeurs et démangeaisons de coup d’Etat.

Au moins dans ce domaine, les choses sont en général – dramatiquement – simples.

2008-06-17_B.A.C. / Eurosatory par aalek

Manifestation lors du Salon de l’armement de Satory (“Eurosatory”)

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Le hasard des dates fait que ce même 9 août, les villes de Hiroshima et Nagasaki (Japon) commémorent le bombardement nucléaire d’août 1945.
Les discours, y compris du Premier Ministre, sont clairs, simples et limpides : plus jamais d’utilisation d’armes nucléaires.
Dès son élection, le président américain Obama a préconisé d’aller vers un monde sans armes nucléaires.
Les réalistes ne sont pas toujours ceux que l’on pense.

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(1) Affourager : ” Donner du fourrage sec aux bestiaux à l’écurie, à l’étable ou à la bergerie”. (Dictionnaire Littré)


Friture sur la ligne : Glucksmann, c’était qui, déjà ?

22.05.09

André Gluksmann, philosophe, a été décoré de la Légion d’Honneur, le 15 avril dernier, par le Président Sarkozy.
Ce qui n’est nullement déshonorant, mais distille cependant une certaine perplexité…
Nul n’est tenu à la cohérence intellectuelle millimétrique pendant 60 ans… à moins qu’il n’y ait une de ces cohérences  “tectoniques” qui font froid dans le dos, sachant que les extrêmismes se rejoignent toujours 683193

Mais tandis qu’on se souvient de De Gaulle demandant au Ministre de l’Intérieur de ne pas faire arrêter Sartre en mai 1968 parce qu’on ne met pas Voltaire en prison”, on peut être surpris du défilé de tous les intellectuels – l’âge aidant ? – à la soupe élyséenne. Et le président (qui doit se tordre de rire intérieurement) qui lui lance :  ” on incarne tous les deux une forme de rupture ” (sic).

My God, on en est là : Glucksmann entre Mireille Mathieu et Gilbert Montagné, à tutoyer Sarkozy, en présence de Kouchner… Comme disait le regretté Edgar Faure, qui s’y connaissait en météo intellectuelle : ” Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent “.

Bon, la liberté des gens est libre, mais on ne peut s’empêcher de se souvenir d’un Glucksmann autrement plus inspiré, du temps du président Giscard d’Estaing et idem pour Kouchner.

Qu’est-ce que notre génération va laisser aux jeunes qui ont 20 ans aujourd’hui ?
Des intellos vieillissants – qui ont le droit de changer d’horizon intellectuel – mais pourquoi donc éprouver le besoin de se pavaner de l’Elysée à ” Vivement Dimanche ” – et réciproquement…
Et après on se plaindra du cynisme d’une jeunesse n’a plus ” ni pères, ni repères “…

Glucksmann, c’était qui déjà ?

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La cri-i-i-se : un Musée pour les musées en ruine ?

4.05.09

Dans l’édition du lundi 4 mai du ” Monde “, sous le titre :
Les Musées américains luttent pour leur survie “,
on peut lire le petit paragraphe suivant :

” Malgré leur milliard de visiteurs, les musées du pays ont été violemment secoués par la crise du fait de leur structure de financement. Les subventions publique sont très faibles. Les dons des particuliers ont fortement baissés. Surtout les fonds de dotation, investis en Bourse ou dans la pierre, et dont les intérêts financent l’activité des musées, se sont effondrés.”

Donc vous pouvez disposer des oeuvres les plus sublimes
produits pendant toute l’histoire de l’humanité ;
vous pouvez être capable d’attirer
un milliard de visiteurs chaque année,
et cependant être menacé de disparition
pour cause de crise boursière et de krach immobilier.

Si l’on vous dit que la crise économique en cours est issue d’une idéologie du tout-boursier qui correspond, si elle est poussée à son paroxysme, à l’idéologie du ” tout doit disparaître “, vous répondrez que c’est du délire.
Mais le délire n’est peut-être pas du côté qu’on le dit : il est du côté de ceux qui estiment que même si vous avez des résultats économiques satisfaisants, mais des résultats boursiers – même pas négatifs, mais simplement – insuffisants, cela suffit pour décider de vous faire disparaître.
Et quand ils auront tout fait disparaître, ils n’auront plus que leur fric à bouffer.
Nul fantasme de complot là-dedans : c’est le système qui marche tout seul et que plus personne ne maîtrise, mais que de plus en plus de gens méprisent.

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Combien coûtera, dans 80 ans, l’entrée payante
des ruines d’un Musée du XX ème siècle ?

Il va bien falloir moucher tous ces petits roquets d’opérette qui nous ont, à longueur de médias, lancé à la figure, depuis la chute du Mur en 1989, que la seule alternative économique est le néo-libéralisme, la privatisation des services publics, les licenciements massifs en cas de part de marché insuffisante, et tous les produits dérivés de l’ingéniérie financière (c’est à dire les nouveaux Monopoly que ces petits roquets inventent toutes les semaines).

La preuve est donc  faite : vous avez tous les chef-d’oeuvre du monde, vous attirez un milliard de visiteurs par an, mais vous êtes vraiment menacés de disparition si vos placements boursiers et immobiliers ne rapportent pas 15 % par trimestre…

Appliquons la logique
- dont on voit les conséquences possibles pour les Musées -
à tout ce qui concerne les biens publics,
dont l’eau, l’éducation et la santé,
et imaginez le résultat…

(Y aurait-il quelqu’un qui aurait entendu dans les communiqués du G20 de Londres qu’il ne s’agissait pas seulement de “relancer” l’économie, mais d’en repenser les fondements ? Allô ? Allô?…)

getty_museumLe Musée Paul Getty, à Los Angeles,
qui a perdu 1,5 milliard (oui : milliard) de dollars,
soit 25 % de ses fonds

P.S. : Puisque les Musées américains disent que leur survie c’est l’innovation, nous leur proposons d’innover en louant leurs “grands espaces entourés d’oeuvres” aux communautés religieuses dont les bâtiments et églises traditionnels tombent en ruine.

Invitez les gens là où il y a de la beauté : ils viendront en masse.
Pendant le temps des cérémonies, au moins, ils ne spéculent pas en Bourse, ni ne s’entretuent dans les quartiers les plus pauvres ; ils ont en tous cas une meilleure chance de retrouver une vie communautaire saine et créative et non plus se croire au sommet de la liberté individuelle en s’endormant  tous les soirs  à regarder ” Qui veut gagner des millions ? “.

L’idée n’est ni originale, ni nouvelle :
c’est dans les églises romanes et gothiques
qu’on trouve parmi les chefs d’oeuvre artistiques de l’humanité
(idem pour quantité d’autres religions).


A MM. les Ambassadeurs d’IRAN

2.05.09

Monsieur l’Ambassadeur,

Un communiqué d’Amnesty International
informe l’opinion publique internationale

que votre Gouvernement a procédé
à l’exécution
de Mme DELARA DARABI
ce vendredi 1 er mai.


Mineure au moment du crime qu’elle est réputée avoir commis en 2003, qu’elle a avoué pour ensuite se rétracter, elle a été exécutée, dans la prison centrale de Rasht, sans que son avocat n’en ait été informé, alors que la loi prévoit un préavis légal de 48 heures.

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Mme DELARA DARABI

Cette exécution s’est faite aussi au mépris de la décision du pouvoir central, la veille de la date initialement prévue, de reporter l’exécution : peut-être est-ce effectivement un abus de langage d’affirmer que votre Gouvernement a procédé à l’exécution, puisque cela s’est passé  en province, alors que votre ” Head of the Judiciary ” – donc la plus haute autorité judiciaire de votre pays – avait, le 19 avril, décidé de reporter l’exécution de deux mois (et donc au 19 juin).

Est-ce à dire que les plus hautes autorités iraniennes,
y compris judiciaires,
n’ont pas de contrôle sur ce qui se passe en province ?

En vérité, l’exécution de Delara n’était que la 140 ème pendaison depuis le début de cette année, et la 42 ème de mineur-e-s (au moment des faits) depuis 1990.
La liste d’attente s’éléverait à environ 70 noms (certaines sources disent 120) qui attendent donc d’avoir 18 ans, pour être pendus dans la semaine qui suivra leur anniversaire.

En réalité, comme Ambassadeurs, vous représentez un régime de serial killers.
Vos autorités aiment la mort, comme toutes celles qui fondent leur pouvoir politique sur la religion,  et surtout la mort des autres, en se drapant du discours-bidon de la prévention et de la dissuasion.

L’autorité de la coutume ? Alors,  pourquoi la plupart des autres pays musulmans, qu’ils soient chiites ou sunnites, ont-ils compris qu’un crime n ‘en justifie pas un autre ?

Comment voulez-vous être respecté come Etat de Droit au niveau international en laissant le pouvoir à des religieux de type Halloween, au crâne velu et enturbanné, qui le monopolisent à leur profit, et qui font croire qu’ils ont le dernier mot, alors que – la preuve est faite – il n’en est rien ?

La décision prise en août dernier (et confirmée en octobre) de ” réserver ” la peine capitale aux crimes de sang et non plus aux trafiquants de drogue et autres crimes, était une étape qui pouvait préjuger d’une issue rapide à ce déni de droit  – parce que contraire aux conventions ratifiées par l’Iran.

Eh bien non ! “Au nom du créateur miséricordieux “, il faut tuer, encore tuer et toujours tuer…

Inutile de hurler à l’attaque contre l’Islam : des centaines de millions de musulmans pourraient dire ce qu’ils en pensent. On pourrait aussi ajouter que le combat reste ouvert vis à vis de l’Eglise catholique qui dit : “ L’enseignement traditionnel de l’Eglise n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiés, le recours à la peine de mort, si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger intégralement de l’injuste agresseur la vie des êtres humains.” (Catéchisme No 2267 – 1998 pour la version française). On aimerait lire :” L’Eglise catholique condamne la pratique de la peine de mort en toutes circonstances.” (voir PS 2 ci-dessous)

Inutile de hurler à l’attaque contre votre pays : nous avions le même discours, pendant des décennies, contre les Etats-Unis … dont la Cour Suprême, un beau matin de février 2005, a décidé d’abolir la peine de mort applicable aux mineurs au moment des faits, après avoir dit depuis toujours que cette loi dépendait de la souveraineté de chaque Etat…

Combien de personnes seront donc pendues pour cause de conflits d’influence politique et religieuse entre vos factions qui s’affrontent en vue des prochaines élections ?
Combien d’années faudra-t-il attendre pour lire dans un communiqué anodin que la peine de mort est abolie en Iran pour les mineurs au moment des faits, sans qu’il y ait la moindre protestation ?

Delara, en prison, était devenue peintre et poètesse. Elle avait, semble-t-il, compris l’enjeu dont elle était le jouet :

” I empathise with the scarecrow for being stuck in the field. Her voice is lost behind the clusters of wheat …and Delara’s voice… Ah ! How late I realized that I have become a scarecrow.”

( ” Je sympathise avec l’épouvantail qui est immobile dans le champ. Sa voix se perd derrière les bottes de blé
…et la voix de Delara… Ah! Que de temps j’ai mis à réaliser que je suis devenue un épouvantail ” )

Alors, soyez assurés,
MM. les Ambassadeurs d’une des plus hautes civilisations
de l’histoire de l’humanité,
de la sincérité de notre inépuisable mépris,
tant que ces crimes d’Etat seront permis et commis.


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PS 1 : Amnesty International demande à tous ses militants de venir déposer une gerbe de fleur en signe de deuil à l’Ambassade d’Iran à Londres mercredi 6 mai 2009. Mme Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International sera présente.


PS 2 : Concernant la position de l’Eglise catholique, le pape Jean-Paul II avait pourtant dit, le 27.01.1999, dans un discours à Saint-Louis (Sénegal) : “ « II y a un signe d’espoir dans la reconnaissance croissante que la dignité de la vie humaine ne doit jamais être négligée, même dans le cas de quelqu’un qui a fait beaucoup de mal. La société moderne a les moyens de se protéger, sans ôter au criminel de manière définitive la possibilité de se corriger. Je renouvelle l’appel, que j’ai lancé récemment à Noël, à un accord pour supprimer la peine de mort, qui est à la fois cruelle et inutile ».
Qui a oublié de corriger le catéchisme ?


UBS : qui imaginerait une bande dessinée pareille ?

24.02.09

C’est l’histoire d’une banque, ” grenouille devenue aussi grosse que le boeuf ” (fusion UBS-SBS), qui ne perdait jamais une occasion de dire qu’elle pouvait déménager n’importe où dans le monde et que le nom de “Suisse” n’était qu’un vernis de sérieux – et qui, finalement, en octobre 2008, se résout à supplier le gouvernement suisse de la recapitaliser. Ce qui fût fait à raison de 6 milliards de francs suisses (4 milliards d’euros)…

Puis on apprend ceci :

Les 6 milliards de francs de la Confédération servant à la recapitalisation de l’UBS iront sur les comptes de la filiale de la banque sur l’île anglo-normande de Jersey, apprend-on ce vendredi.
Le Parti Socialiste en est vert de rage. UBS a confirmé l’information parue vendredi dans la presse : « L’emprunt à conversion obligatoire a été émis à Jersey, indique la porte-parole. La raison en est qu’ainsi, aucun impôt anticipé ne sera prélevé sur le coupon, ce qui est dans l’intérêt de la Confédération. »

Autrement dit, le gouvernement suisse recapitalise sa plus grande banque en plaçant l’argent dans le paradis fiscal de Jersey à seule fin d’échapper à “ ses propres impôts “.
Le Président de la Confédération, qui se trouve être cette année le Ministre des Finances, Mr Hans-Rudolf Merz (et non pas Jurg-Georg Schlumpf, ni un quelconque Luzius-Heini Akchteubleuch) a vanté les mérites de cette décision à la télévision pour  “épargner l’argent des contribuables“. Donc, le bon peuple doit s’estimer satisfait. Plus c’est gros, plus ça passe.

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Attendez, il y a encore mieux :

La banque livre alors aux autorités des Etats-Unis une liste de 250 noms d’Américains ayant ouvert des comptes à l’UBS en Suisse pour échapper au fisc américain, en escomptant ainsi provoquer l’indulgence et la clémence des autorités quant aux dizaines de milliers d’autres comptes.

On apprend alors que les directeurs actuels savaient parfaitement, et depuis des années, que ces démarches utilisaient des pratiques illégales en regard  du droit américain. Ils le savaient d’autant plus que 32 conseillers sont allées au USA, par exemple en 2004 (en classe ” Business ” ?), et chacun restait en moyenne un mois sur place pour rencontrer environ 4 clients par jour. Environ 3 800 contacts étaient donc établis chaque année : ces conseillers proposaient à leurs clients de créer des sociétés-écrans pour ne pas être imposés aux USA, de planquer une partie de l’argent liquide dans des coffres en Suisse, et de faire des achats à partir d’une carte de crédit UBS.  Les “conseillers de l’UBS” transportaient des diamants dans des tubes de dentifrice…

Pour approcher les riches contribuables américains, rien de tel que de fréquenter les tournois de tennis, les compétitions de voile, les grandes expositions internationales d’art contemporain (parfois sponsorisées par l’UBS).

Toutes les communications internes se faisaient par codes de langage, dignes des Pieds Nickelés (“orange” = euro; vert” = dollar ; 250 000, c’est une noixet 1 million un “cygne“,etc,…).

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D’ où le grand débat – et la grande peur – sur l’épée de Damoclès qui flotte au dessus du “ secret bancaire “, notion aussi identitaire pour la Suisse que le chocolat et la Croix-Rouge, et dont il faudrait peut-être changer le nom
Dans un esprit constructif, on proposera :

” arcane fiduciaire “
” flouze labyrinthique “
” ficelle monétaire”
” artifice boutiquier”
” blé furtif “
” fortune pudique “
” espèces latentes “
” tango argent-in “
” grisbi occulte “
” dédale d’oseille “
” pognon subreptice “
” pépètes chafouines “
” oseille cabalistique “
” radis somnolent “

” dédale profond “
” écheveau mystique “
” maquis intimes “
” méandres ténébreux “

etc…

On terminera ce billet par une réflexion qui se veut aussi sérieuse que possible  :

Etant de la génération des littéraires issus de 1968, on a (allégrement – rassurez-vous) porté le poids des insultes selon lesquelles on ne comprenait rien aux mécanismes de l’économie, tout en lisant d’innombrables journaux, magazines et alertes d’associations, d’ONG, de groupes militants dénonçant cette économie comme étant l’organisation sophistiquée de la légalisation de la corruption mondiale, etc…

Nous découvrons aujourd’hui que ce que nous pensions, ce que nous disions de tout cet univers, était vrai. Nous aurions dû penser effectivement que l’effondrement du système n’était possible que miné par ses propres escrocs.
Le système se détruit au sein de ses propres chiottes à l’architecture bancaire, dans un nihilisme de millionnaires affouragés de bonus pompés sur l’argent des contribuables.
Qui plus est – n’est-ce pas -  ils trouveront bien le moyen de nous faire payer plusieurs fois, par les recapitalisations à perpetuité, par le chômage, par l’inflation, etc…

Alors, bravo ! et bon appétit
au Chief Executive Officer de l’UBS,
un certain Rohner, prénommé Marcel.

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Source photo

Si ce n’était le (sincérement) triste spectacle des leaders politiques suisses, toutes tendances confondues, obligés, à l’intérieur de la même phrase, de cracher sur les patrons criminels de l’UBS, fleuron de la banque suisse depuis des décennies, tout en défendant le secret bancaire comme un Saint-Sacrement, raisonnement périlleux par les temps qui courent, on ajouterait ce commentaire spontané d’un journaliste du matin à la Radio Suisse Romande cette semaine :
” Ne plus voir confiance en Dieu, c’est une chose,
mais ne plus avoir confiance dans la plus grande banque suisse,
voilà qui est insupportable…”

Sans oublier le (toujours excellent) dessin de Chappatte dans ” Le Temps ” de ce jour :

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(A) propos de crise

23.11.08

Finalement, dans cette crise financière qui devient économique,

1 – on mesure désormais la part de fumisterie qu’il y a toujours dans l’information économique qu’on nous sert quotidiennement. Il s’agit de communication – et donc de fabrication – et non pas d’information.

UBS Rush Hour par Phil Of Photos

2 – Une fois de plus, la crise nous est présentée et traitée comme un problème purement technique, une quasi-fatalité, sans responsables…

3 – Tout le discours occidental des pays développés sur la bonne gouvernance économique est tourné en ridicule aux yeux des sociétés non-occidentales et en voie de développement. Et cela, après que le discours sur les droits de l’homme ait été tourné aussi en ridicule avec Guantanamo, le soutien aux dictatures, les directives européennes sur l’immigration,etc,etc…
La phase historique de prééminence de l’Occident sur le monde est terminée, jusque et y compris dans sa conception du développement. Il ne s’agit pas de cultiver une quelconque mauvaise conscience de l’ex-colonial,etc : il s’agit de dire que le mensonge de “ce développement-là ” est terminé, ce qui est une chance et une opportunité.

Est-ce de l'eau ? (Koffi Kokora) par Oxfam-Québec

4 – Sur le plan économique, une fois de plus, les gens vont payer deux fois :
- une première fois en assumant les conséquences de la crise (chômage, baisse du pouvoir d’achat, effacement des efforts de développement international,etc)
- une deuxième fois par leurs impôts puisque l’Etat est le seul acteur susceptible de sortir de l’ornière de la crise.

On peut lire cette semaine dans “Le Monde” (18.11.08), un compte-rendu de lecture du livre de Paul Jorion ” Des subprimes au séisme financier planétaire” avec les remarques suivantes (extraits) :

La stabilité des marchés dépend d’une manière cruciale de la compréhension médiocre de ses mécanismes par la grande majorité de ses intervenants. L’opacité du jeu de mistigri, qui consiste à se défausser des créances pourries, était voulue. Comme dans les crises précédentes, l’écran de fumée a  fonctionné. Le piège de l’argent facile s’est refermé sur les acteurs les plus fragiles ou les moins informés.”(…) ” Le libéralisme a soustrait au ressort de l’Etat certaines responsabilités qui étaient devenues les siennes pour les confier aux entreprises, dont le bien général n’est pas le souci.”

Pour éviter de se faire traiter de “beauf”, une fois de plus, on citera ici un extrait d’un éditorial de Laurent Joffrin, rédacteur en chef de “Libération” :

SG08021055 par lemo*

” La seule addition des décisions individuelles des consommateurs et des producteurs, ce qu’on appelle “le marché”, s’il est laissé à ses errements, envoie la civilisation dans le mur.

Le mouvement spontané de l’économie, chacun le voit aujourd’hui, a trois effets désastreux :

- par le biais de la dégradation de l’environnement et du réchauffement climatique, il menace l’intégrité de la planète toute entière ;
- en raison d’une injuste répartition des revenus mondiaux, il creuse l’écart entre les conditios et prépare une société massivement inégalitaire ;
- par l’effet d’une hypertrophie spéculative, il fait courir le risque d’une thrombose financière globale qui peut ruiner l’investissement et arrêter la croissance, si ce n’est déjà fait.

Il n’est qu’une solution à ce problème de civilisation et elle est politique : faire en sorte, par des moyens modernes, que la volonté collective retrouve son droit à orienter le devenir des citoyens du monde.”

Benoît Hamon à Brest le 19 novembre 2008  par jyc1

Et comme disait Benoît Hamon, dans sa campagne de candidat au poste de Premier Secrétaire du Parti Socialiste :
” Devant la crise actuelle, nous n’avons jamais eu autant raison,
et pourtant nous n’avons jamais été aussi nuls”.


La foudre du bon sens frappe de tous côtés…

10.11.08

Le bon sens serait-il solidaire ?

Ce lundi 10.11.08,  “20 minutes” (quotidien suisse gratuit) gronde en ces termes :

“COUP DE TONNERRE DANS LE CIEL DES TOP MANAGERS.
Peter Wuffli, directeur de l’Union de Banques Suisses jusqu’en juillet 2007, renonce à 12 millions de francs, soit une partie de son indemnité de départ (…) en signe de solidarité avec la direction et avec ses collaborateurs.”

UBS Monaco 2 www.yourmonaco.com par Tribune PhotosLe siège de l’UBS à Monaco

La solidarité chez les managers de banque ? Ouaooowww !!!

On se contentera de constater que le simple bon sens – oserait-on parler de simple sens de la justice ? – est présenté comme un coup de tonnerre…
Remarquez bien, il a “renoncé” à une partie de ses indemnités – faut pas pousser le bouchon trop loin…

Le bon sens est-il visionnaire ?

Par ailleurs, on apprend que le trader qui a fait perdre 5 milliards d’euros à la Société Générale consultait régulièrement une voyante. Si, avant la crise boursière, on avait osé dire, ou écrire, que les acteurs de la Bourse se comportaient en cartomanciens, diseurs de bonne aventure ou tireurs de cartes, on se serait fait insulter comme étant des incompétents irresponsables…
La cartomancienne du stand Fable 2 par 9irl5Un trader chez sa cartomancienne

Le bon sens aurait-il besoin du Code Pénal ?
Si on avait dit avant la crise, que Milton Friedman, depuis 30 ans gourou des golden boys, méritait la Cour Pénale Internationale pour Crime contre l’humanité, on se serait fait insulter et mépriser comme des chiens.
Mais puisque c’est Michel Rocard qui le dit publiquement… :” Il est mort et c’est dommage : je le verrai bien comparaître devant la CPI pour crime contre l’humanité” (lire l’interview).

Michel Rocard par Parti socialistesource photo

Michel Rocard fait partie de ces rares intelligences, faites de compétences et de convictions, auxquelles notre génération n ‘aura pas su donner le rôle qu’il méritait et les moyens de conduire la société. Il vient d’annoncer son retrait de la vie politique à la fin de son mandat de député européen en 2009.
Chaque génération ne produit que quelques individus de cette qualité…
Voir précédent billet de ce blog sur Michel Rocard

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Espèrons donc que la crise actuelle écartera – au moins pendant quelque temps – tous les petits et grands roquets de l’économie, dont on nous ressasse depuis des années que ce sont de grands professionnels de l’ingéniérie financière (!) dans un système économique néo-libéral réputé ne pas avoir d’alternative…

Et de voir tous ces ” politiciens de la modernité ” manger leur chapeau, et se précipiter pour aller voter la garantie de l’Etat sur les échanges entre banques (tiens… on croyait que c’était le rôle des Banques Centrales ? ), est un spectacle renouvelé.

Le bon sens réclame des fonds souverains.
Le peu que l’on sache des motifs détaillés de la grève des écoles en Italie fin octobre  se résume à ceci (“Le Monde” du 31.10.08) :

(…) A partir du 1 er septembre 2009, retrour au maître unique pour les élèves de cours préparatoire. D’où la colère des parents et enseignants : les 24 heures de cours hebdomadaires sont jugées insuffisantes. Chaque établissement, selon le texte, peut élargir le temps de l’enseignement, mais sur ses fonds. Pour les contestataires, continuer à envoyer les enfants à l’école l’après-midi nécessitera un service de cantine privé et des classes d’étude payantes.”
Les contestataires ont probablement tout compris : l’Etat assure un service minimum. Si les parents demandent plus, l’école devra “faire-appel-au-secteur-privé“. Et s’ils veulent des cours l’après-midi, les parents n’ont qu’à financer une cantine.
C’est du simple bon sens, n’est-ce pas, puisque l’Etat n’a plus d’argent…

Ne pourrait-on faire appel – ou créer – des “Fonds (de tiroirs) souverains” pour l’éducation, la recherche et la santé ?

Poison/Remedy ? par Erodo.besource photo


Ouvrir un compte bancaire ? Allez en liste d’attente…

29.10.08

Ce 28 octobre 2008, on pouvait lire ceci dans le quotidien suisse romand ” 24 heures “ :

” C’est la Banque Cantonale de Zurich qui a ouvert les feux : suivant les cas, elle se permettra de refuser de nouveaux clients. La Banque Cantonale de Schwytz (…) rejette purement et simplement toute nouvelle ouverture de compte.
Le directeur de la Banque Cantonale de Neuchâtel : Si une entreprise basée hors du canton et qui n’est pas cliente chez nous veut placer dans notre établissement 100 millions pour une période d’un mois, nous refusons.
Les dizaines de milliards – retirés prioritairement de l’UBS, mais également du crédit Suisse - ne font plus le bonheur de petites banques“. Ni la Banque Cantonale Vaudoise ni celle de Genève ” ne refusent aucun client, que cela soit un particulier ou une entreprise” (mais) ” le flux de ces nouveaux clients semble prendre tout le monde de court.”
” Les Banques Raiffaisen sont submergées par les demandes, elles qui, en Suisse, voient affluer 1 milliard de francs frais chaque mois.”
(…) Nous n’en sommes pas à refuser l’ouverture de nouveaux comptes, mais, pour la première fois de notre histoire, nous demandons à nos futurs clients de prendre rendez-vous. Deux semaines à l’avance…

” Refuser de l’argent frais ? La situation peut paraître absurde.” (Mais comme l’explique) ” le porte-parole de PostFinance – qui a accueilli 62 000 nouveaux clients depuis le début de l’année, ayant amené avec eux 4,8 milliards d’épargne -compte tenu de la situation du marché interbancaire, nous ne pouvons plus placer les fonds de façon aussi lucrative qu’avant”.”Placer l’argent pour qu’il rapporte et permettre ainsi aux banques de rétribuer l’épargnant, telle est bien la question. Les dépositaires refusent que leur bas de laine soit investi en actions : trop risqué, clament-ils en choeur.
Jusque là, les banques se prêtaient mutuellement de l’argent, en échange de papiers valeurs: (…) ce marché-là est, pour l’heure, mort.”.(…)
Reste en dernier recours, à parquer ces milliards auprès de la Banque Nationale Suisse. Qui elle, garantit les prêts à d’autres banques. Mais les taux y sont tellement bas que les placements n’en valent pas la peine. Pire : l’ouverture d’un compte leur coûte plus cher que ce qu’elles peuvent en retirer. Pour les petits épargnants méfiants, le retour au matelas semble donc, provisoirement, programmé.

Bon appétit tout le monde…

Au moins le nom des banques là bas c'est explicite ... par blairette

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Crise financière : ce que nous avons tous bien compris

8.10.08

Devant la litanie des mauvalises nouvelles financières, le défilé médiatique des experts économiques a quelque chose d’aussi surréaliste que celui des experts militaires dans les deux guerres du Golfe : ils avaient tous prédit la crise et ils savent tous ce qu’il faudrait faire.

Paris LG Action Sports World Tour 2006 par sam*source photo

Dans la jungle du charabia des économistes, on a cependant compris :

- que le principe des crédits immobiliers américains consistait à faire miroiter à des gens non solvables une propriété dont la valeur était sujette aux risques des chefs-d’oeuvre d’ingéniérie financière (!), visant à dédouaner les banques prêteuses de tout risque pour elles-mêmes, et bien sûr, tout cela sans le leur dire. On sait par aileurs qu’avec cet argent, les petits roquets de la Société Générale faisaient des bulles sur leurs écrans d’ordinateurs (1 milliard d’euros par bulle) : et un de ces petits roquets de bande dessinée a, comme disaient tous les médias, ” fait perdre 5 milliards d’euros à sa banque ” (pas aux déposants directement, mais c’est eux qui payeront si le trader a perdu à la loterie mondiale)

- que si les Etats n’intervenaient pas pour éviter la faillitte des banques, c’était la perte garantie pour des millions d’épargnants et le chômage massif dans les banques : on sait donc désormais que les Etats savent trouver des dizaines de milliards dans les 12 heures, y compris la nuit. Devant l’incendie, il fallait bien un pompier. Mais ces milliards sont des emprunts, rendus possibles parce que les Etats ne peuvent disparaître comme une banque, mais dont les intérêts seront payés par les contribuables. Autrement dit, une fois de plus, les gens payeront deux fois :
1 – en perdant leurs maisons, leurs économies ou leur retraite à cause des banques
2 – en payant la facture des emprunts pour renflouer les banques.

Comme on l’a déjà mentionné dans d’autres billets de ce blog :

“L’argent , c’est comme la fumée de cigarettes, ça monte toujours et ne redescend jamais.” (Nicolas Bouvier)
” Il faut prendre l’argent là où il se trouve, c’est à dire chez les pauvres. Bon, d’accord… ils n’ont pas beaucoup d’argent, mais il y a beaucoup de pauvres.” (Alphonse Allais)

A quoi on peut ajouter ce que Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie 2001, disait dans “24 Heures” (quotidien suisse) le 7.09.08 :

Joseph Stiglitz par A child in the nightsource photo

” Pendant que l’on cherchait des armes de destruction massive en Irak, on ne voyait pas que c’était à Wall Street qu’elles étaient en train de se fabriquer.(Georges Bush serait-il encore capable de nous dire que c’est la faute à Ben Laden ?). Les 700 milliards de dollars approuvés par le Congrès américain, “ c’est comme faire une transfusion sanguine à une personne qui soufffre d’hémorragie interne. Tant que l’on aidera pas les petits emprunteurs à faire face à leurs dettes, les banques n’auront aucune chance de rétablir leurs comptes – il est là, le vrai problème. Cette crise financière menace de se transformer en une grave crise économique.”

Puisqu’on est dans les Prix Nobel, le dessin humoristique de Chappatte dans “Le Temps”(quotidien suisse – 07.09.08) est irrésistible (on ne peut malheureusement pas le reproduire ici) :

Le porte-parole du Comité Nobel annonce, au micro sur une scène, devant une brave grand-mère au visage ébahi tenant une tire-lire dans ses mains :“Le Prix Nobel d’Economie 2008 est décerné à Madame Bruchon qui a gardé ses économies.”