Notes de lecture aérienne

17.10.09

Dans l’Airbus de la Royal Jordan Airlines (seule compagnie à avoir un rangée No 13 dans ses sièges-passagers ?), pendant les quatre heures de vol entre Zurich et Amman (Jordanie), lu ces quelques informations en vrac :

Dans ” le Monde ” du 15 10.09, dans l’article consacré au procès Clearstream, une citation extraite de la plaidoirie de Maître Comte, avocat des Editions Odile Jacob :

(…) Il y a dans cette affaire, une densité de haine comme j’en ai peu vue. De cette plongée dans les eaux glacées des services de l’Etat, on sort effaré. Je ne sais pas si nous avons devant nous les élites de la nation, mais si c’est le cas, on comprendra qu’il y a encore beaucoup de Bastille à prendre.”(…)
Dans “Le Figaro” du même jour, le président Sarkozy reconnaît avoir fait une boulette – qu’il regrette – pour avoir parlé des coupables dans ce procès qui n’est pas terminé. Soit. Passons.
Mais que tous les sbires et autres parasites politiques qui, devant le tollé, avaient couvert les radios et télés d’exégèses de la parole présidentielle, veuillent bien  porter un entonnoir à l’envers sur le crâne, à prochaine sortie du prochain Conseil des Ministres, et l’affaire sera complètement oubliée.

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Dans l’article du même numéro, à propos du dernier livre de Nicolas Baverez (“Après le déluge”  -Ed. Perrin), extrait de l’article signé Claire Guélaud :

(…) “ Le capitalisme présente les mêmes risques qu’à la veille de la crise, tout en ayant épuisé tous ses moyens de défense.”(…) C’est une rupture historique : elle clôt trente ans de néolibéralisme, marque la fin de la suprématie absolue exercée sur l’économie mondiale par les Etats-Unis depuis un siècle et ferme le cycle historique de la domination sans partage de l’Occident sur l’histoire du monde depuis la fin du XVI ème siècle.”(…)

Rien que cela :::!!!
C’est fou ce que la lucidité vient éclairer les cerveaux des experts économistes médiatisés face à la crise – et faut-il que celle-ci soit radicale…

Que répondait Mr Baverez à tous les altermondialistes et militants de toutes ONG possibles et imaginables qui tenaient ce même discours jusqu’à il y a encore 3 ou 4 ans ?

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Pendant les affaires, les affaires continuent…

1 – L’affaire Polanski : si la loi américaine prévoit l’imprescritibilité pour le viol des mineures, il n’y a rien de choquant à son arrestation. La loi est la même pour tous. Cela n’enlève rien au génie de l’artiste, s’il en a.
Sans être juriste confirmé, il n’est pas étonnant qu’une action judiciaire se poursuive même lorsque la victime a retiré sa plainte ou accordé son pardon, etc…
Seule question en suspens : pourquoi cette arrestation, aujourd’hui, en 2009, alors que Polanski venait régulièrement dans son chalet en Suisse depuis 15 ans ? Peut atteint-on ici le sommet  d’un ignominie qui n’aurait pas encore de nom…. Un accord américano-suisse dont le compromis sur les litiges économiques comprendrait l’arrestation dudit…

(Quand vous pensez que Radovan Karadzic, criminel de guerre serbe de Bosnie, aujourd’hui sous les verrous à la Haye, affirme que son impunité  définitive était garantie en échange de sa signature des accords de Dayton… On ne se plaindra pas de l’arrestation du bourreau de Sarajevo, ni ne fera d’amalgame outrancier avec Polanski : il s’agit seulement de dire qu’on apprend toujours… un jour ce qui a été effectivement négocié.)

2 – L’affaire Mitterrand Frédéric… Une simple remarque de bon sens : il ne faut pas se plaindre d’être victimes d’amalgames quand on confesse publiquement avoir eu des relations sexuelles avec ” des garçons “. C’est peut-être le jargon parmi les homosexuels, mais tout le monde ne fréquente pas ces dictionnaires-là.

3 – Le fils Sarkozy ? Relire la citation de Maître Comte au début de ce billet.

Quant aux choses sérieuses…

Le calvaire de la Guinée est interminable : cinquante ans d’indépendance, et deux dictateurs successifs, aussi sanguinaires, comme présidents.
Il faudra un jour inventer une procédure internationale de survie et de perfusion lorsqu’un pays se délite à ce point et de manière aussi durable.

Lu dans le “Nouvel Observateur” du15-21.10 une interview de Mme Dambisa Moyo, économiste zambienne.
Extraits :
(…)” Si l’Europe et l’Amérique du Nord continuent d’aider l’Afrique, c’est parce que cela leur coûte moins cher que d’ouvrir leurs marchés aux produits du tiers-monde. S’ils le faisaient, une partie des fermiers européens se retrouveraient au chômage. “(…)

Une remarque d’un autre ordre, entendue ici ou là : il serait question de  faire poursuivre le “caporal-chef ” Dadis Camara par la Cour Pénale Internationale(CPI), pour le massacre qui s’est déroulé au stade de Conakry. C’est au procureur du CPI d’en juger. Mais certains regrettent qu’une fois de plus, les poursuites de la CPI concernent un pays africain. Il faut rappeler ici que si les quatre poursuites juriciaires en cours à la CPI  concernent un pays africain,  trois des quatre procédures (à l’exception de celle contre le président soudanais El-Béchir) ont été lancées à la demande et sur plainte de gouvernements africains.

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Il reste que la question est toujours posée, lancinante et sans réponse : pourquoi  tout le système des droits de l’homme et les procédures judiciaires internationales ne concernent-ils jamais les droits de Palestiniens ?

Rencontré ce jour une psychologue jordanienne(d’origine palestinienne) : ” Mon père a toujours dans sa poche, depuis 1948, la clé de notre maison à Haifa… Les droits de l’homme c’est pour le monde entier, sauf pour les Palestiniens. Après tout, le génocide des juifs, c’est vous les Européens qui l’avez fait… Pourquoi, nous les Palestiniens, devons supporter les conséquences de votre mauvaise conscience vis à vis du peuple juif ?Alors débrouillez-vous pour régler le problème, mais pas sur notre dos, pour l’éternité…”

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Il paraît qu’une des règle d’or d’un blog
est de ne jamais traiter plusieurs sujets dans le même billet.
” Caramba, encore raté...”
Mais il est difficile de passer quatre heures d’avion
sur un seul et même sujet.


En Israël aussi, choisir entre écoles et prisons

19.08.09

Lu dans “Le Temps” (quotidien suisse) du 18 août 2009 un article signé Serge Dumont, correspondant à Tel-Aviv, sur le degré croissant de violence au sein de la société israëlienne.

Extraits libres:

(…) En 2008,  le Hamas, l’Iran et le Hezbollah figuraient toujurs en tête de liste des préoccupations des dirigeants de l’Etat hébreu. Or trois Israëliens en tout et pour tout ont été tués à la suite d’opérations terroristes.
En revanche, 244 autres ont perdu la vie lors de règlements de compte entre clans mafieux, à la suite de bagarres dans des lieux publics, ou dans le cadre de conflits familiaux.”
(—)

Le correspondant fait ensuite état de plusieurs points de vue de divers interlocuteurs, et termine son article par la position de l’ex-Ministre de l’Education, Mr.Yossi Sarid, qui porte le jugement suivant :

” Voilà des années que l’on réduit le budget de l’Education, que l’on licencie des professeurs et que l’on supprime des cours considérés comme improductifs.
Voilà également des années que les nouveaux immigrants en situation sociale précaire sont abandonnés à eux-mêmes et que les services sociaux censés aider les familles en détresse sont négligés au profit des dépenses militaires ou sécuritaires.
La violence, c’est dans tous ces manquements qu’elle trouve sa source, mais mes ex-collègues de la Knesset et du gouvernement feignent de ne pas le savoir.
Ils préfèrent croire que tout ira mieux en donnant plus de pouvoir à la police. C’est facile et cela va dans le sens de ce que les gens de la rue veulent entendre, même si cette approche ne mène nulle part.”

Source photo Yossi Sarid


C’est tellement vrai que cela s’applique à tous les pays, y compris la France dans ses banlieues…
Comme disait Victor Hugo : ” Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons
(si ce n’est la lettre de la citation, c’en est, en tout cas, l’esprit)

Eh, oui, l’Eat d’Israël est un Etat comme les autres,
et lorsque c’est un ancien Ministre de cet Etat qui le critique,
au moins, on ne sera pas taxé d’antisémitisme.


Friture sur la ligne : Glucksmann, c’était qui, déjà ?

22.05.09

André Gluksmann, philosophe, a été décoré de la Légion d’Honneur, le 15 avril dernier, par le Président Sarkozy.
Ce qui n’est nullement déshonorant, mais distille cependant une certaine perplexité…
Nul n’est tenu à la cohérence intellectuelle millimétrique pendant 60 ans… à moins qu’il n’y ait une de ces cohérences  “tectoniques” qui font froid dans le dos, sachant que les extrêmismes se rejoignent toujours 683193

Mais tandis qu’on se souvient de De Gaulle demandant au Ministre de l’Intérieur de ne pas faire arrêter Sartre en mai 1968 parce qu’on ne met pas Voltaire en prison”, on peut être surpris du défilé de tous les intellectuels – l’âge aidant ? – à la soupe élyséenne. Et le président (qui doit se tordre de rire intérieurement) qui lui lance :  ” on incarne tous les deux une forme de rupture ” (sic).

My God, on en est là : Glucksmann entre Mireille Mathieu et Gilbert Montagné, à tutoyer Sarkozy, en présence de Kouchner… Comme disait le regretté Edgar Faure, qui s’y connaissait en météo intellectuelle : ” Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent “.

Bon, la liberté des gens est libre, mais on ne peut s’empêcher de se souvenir d’un Glucksmann autrement plus inspiré, du temps du président Giscard d’Estaing et idem pour Kouchner.

Qu’est-ce que notre génération va laisser aux jeunes qui ont 20 ans aujourd’hui ?
Des intellos vieillissants – qui ont le droit de changer d’horizon intellectuel – mais pourquoi donc éprouver le besoin de se pavaner de l’Elysée à ” Vivement Dimanche ” – et réciproquement…
Et après on se plaindra du cynisme d’une jeunesse n’a plus ” ni pères, ni repères “…

Glucksmann, c’était qui déjà ?

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Source photo


Quand le juste et le juriste ne se parlent plus…

21.03.09

Dans un récent article de réflexions du quotidien suisse “24 Heures”, winter Mr Herbert WINTER, président de la Fédération suisse des communautés israëlites(FSCI) s’exprimait ainsi :

La FSCI (…) représente dix-sept communautés juves, ou quelques 14 000 juives et juifs de Suisse (et) s’occupe d’une multitude de thèmes. La sauvegarde et la promotion des intérêts communs des juifs en Suisse sont des priorités, notamment auprès des autorités fédérales et des institutions.” (…)
Rien de plus normal et personne n’en conteste rien, pour les Juifs, ni plus ni moins que pour toute autre communauté sur le même territoire.

” Comme les Juifs du monde entier, nous sommes étroitement liés à Israël pour des raisons historiques, religieuses et culturelles, et le devenir de l’Etat juif est primordial pour nous. La FSCI s’engage sans restrictions pour le droit d’Israël à l’existence, et est solidaire de sa population.”
Rien de plus normal, et on ne voit pas au nom de quoi cela pourrait ou devrait être contesté, au titre de la liberté d’association et d’expression dans une démocratie.

(…) “La solidarité avec Israël ne signifie pas que nous sommes responsables  de sa politique ou que nous en sommes les porte-parole. S’agissant des questions politiques à traiter au Proche-Orient, il n’existe pas une position juive unique, mais bien plusieurs  appréciations.
La FSCI se mobilise contre toute forme de critique unilatérale contre Israël.
Il est en principe permis de critiquer Israël pour autant que l’on ne remette pas en question son droit à l’existence ou que l’on n’utilise ni n’avive de préjugés antisémites.
“(…)

Ouf ! On peut donc n’avoir, de naissance comme par éducation, aucun lien, aucune racine, de près ou de loin, avec la communauté et la culture juives et critiquer la politique de l’Etat d’Israël sans forcément se faire taxer ou même simplement soupçonner d’antisémitisme.
On n’est donc pas forcément antisémite lorsqu’on affirme que l’Etat d’Israël, auquel le peuple juif a droit (comme tous les peuples), est un Etat comme les autres, avec sa raison d’Etat, sa paranoïa, son haut-niveau de corruption, etc – ni plus ni moins que les autres.
On n’est donc pas automatiquement antisémite lorsqu’on a le sentiment que le mot “paix” dans la bouche des leaders israëliens rappelle parfois l’usage du mot par tous les Brejnev ou les Andropov de feu l’URSS : en parler sans cesse, et faire le contraire. Négocier en annonçant la liste de ce qui n’est pas négociable, continuer la construction de colonies de manière effrénée, ignorer ce que dit la Cour Internationale de Justice de La Haye sur le “mur de sécurité”, ignorer même ce que désapprouvait la Cour Suprême de l’Etat d’Israël, non pas sur le principe du mur, mais sur une partie de son tracé…

On n’est donc pas nécessairement antisémite lorsqu’on se dit impressionné, voire choqué, par la sinistre litanie des 37 Résolutions de Nations Unies sur le conflit israëlo-palestinien (depuis 1947) dont aucune n’aura été appliquée, par l’effet du veto des USA…

On se souviendra de la célébre citation de Theorore HERZL, écrivian-fondateur des théories politiques du sionisme, qui disait : Toute action humaine a commencé par être un rêve et a fini par devenir un rêve.

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Et c’est tout de même un paradoxe de constater que d’un côté, c’est la culture juive qui a inspiré l’humanité à se percevoir en tant qu’Histoire et en tant qu’oeuvre de justice, et de voir l’Etat qui prétend incarner cette culture se conduire au mépris de toute notion de droit international.
Comme si seul l’Etat d’Israël pouvait dire sa justice en se moquant du droit…

Il n’y a pas de justice privée, même pour un peuple qui se dit “élu” et l’on rappelera ce que répondait le philosophe Emmanuel LEVINAS quand on lui demandait ce qu’il fallait entendre par l’expression ” le peuple juif comme peuple élu ” :


” L’élection ne privilégie pas. L’élection n’a qu’un sens moral.
L’homme moral, c’est celui qui, dans une assemblée, fait la chose qu’il y a à faire. Là, il s’élit.
Le prophète, celui qui revendique la justice, il n’est pas élu par les autres, il est élu parce qu’il a entendu l’appel le premier.
C’est à tort qu’on a pu ressentir l’élection comme un privilège.
Certes, pendant la persécution, elle a pu être un élément de consolation, et cette conscience d’élection a pu devenir égoïste.
Mais il ne faut pas, j’y insiste, voir cette notion comme une prérogative.
Le prophète Amos dit : ” C’est vous seules que j’ai choisi entre toutes les familles de la terre, c’est pourquoi je vous demanderai compte de toutes vos fautes.”(…)

***********

Cela fait du bien de pouvoir écrire ce type de billet
en espérant avoir une chance de ne pas être immédiatement
entarté d’antisémitisme…


Omar El-Béchir : la justice, obstacle à la paix ???

5.03.09

Que disait Madame Louise ARBOUR,
ancienne  Procureure du Tribunal Pénal International
et ancienne Haut-Commissaire aux Droits de l’homme
des Nations Unies ?


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“Certains disent : la paix d’abord, la justice ensuite. (…)
“ Asservir la justice à des processus politiques,
c’est la compromettre.
Quand on commence à dire
que “
la justice doit intervenir au bon moment ”,

par définition, on l’instrumentalise.”

“Quand j’ai inculpé Milosevic,
la majorité des opinions de l’OTAN était
qu’un acte d’accusation serait catastrophique,
que Milosevic allait se braquer.
Moi, j’ai décidé que je porterais des accusations
au moment approprié sur le plan de la justice.
Huit jours plus tard, le conflit était terminé.

Je ne veux pas suggérer que c’est l’acte d’accusation
qui a mis fin au conflit,
mais on ne doit pas présumer
des conséquences d’un geste de justice,
surtout si c’est un geste
qui a sa propre intégrité.

LA JUSTICE A SES RAISONS
QUE LA RAISON POLITIQUE NE CONNAÎT PAS.”

Question : “Vous suggérez que des inculpations
pourraient faciliter un réglement de la crise au Darfour ?

Réponse : ” Non. Je ne spéculerais ni dans un sens ni dans l’autre.
Porter des accusations de génocide,
de crimes contre l’humanité
est un geste très solennel,
qui a des conséquences importantes
pour les victimes,
pour l’accusé,
et pour l’environnement international.
Je me fais l’avocate de cette position extrême
parce que personne d’autre ne le fait.
Tout le monde parle de compromis,
mais moi je pense qu’on doit dissocier les agendas.

Quels sont donc les résultats politiques
actuellement au Darfour
pour nous dire d’y aller doucement avec la justice ?”

Le contexte afghan ?
“Dans ce pays, le premier geste de justice, important,
c’est la “vérification” :
empêcher que des personnes contre lesquelles
il y a des preuves sérieuses
puissent accéder à des postes importants
dans le domaine politique,
dans la fonction publique, dans la police.

Certains répondent qu’alors,
ils continuent leurs activités de “seigneurs de la guerre”.
C’est spéculatif.
Et même si c’était le cas, que va-t-on faire ?
Légitimer leur pouvoir ?
Cela non plus n’est pas acceptable.”

(Le Monde, 07.02,07)


Crise économique : des sorties de secours ?

7.02.09

Sans en avoir jamais la certitude et encore moins la preuve, il n’est pas exclu que la crise économique actuelle ait comme conséquence (à défaut d’en avoir l’objectif – mais qui sait ?) de torpiller pour longtemps l’Union Européenne et l’Euro comme monnaie unique, lesquels s’affirment, aux deux niveaux, politique et économique, comme des rivaux des USA au niveau mondial.
Si certains pays de l’Union Européenne (ayant adopté l’Euro ou non) sombrent dans une dette insurmontable avec incapacité de susciter un minimum de confiance dans leurs garanties face aux faillittes de leurs banques, c’en sera fini de la volonté européenne. Les Agences de Notation – qui ont besoin de se refaire une image – auront-elles retrouvé une crédibilité en pointant ceux qui s’en réjouissent, se régalent du spectacle et en tirent les bénéfices.
Dans notre chapitre  “Le délire n’a pas de limites”, on se prend parfois pris de vertige en se disant que l’idéologie du capitalisme financier, à l’origine du chaos actuel, est bien une variante d’un autre délire, mais cette fois nihiliste et radical : ” Tout doit disparaître, et quand on aura tout mangé, on mangera notre fric.”

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- On voit vraiment très mal comment, et sur la base de quels critères de confiance, il faudrait de nouveau s’appuyer sur les Etats-Unis comme puissance économique pour remettre la machine en route. Encore moins sur la Chine, qui a voulu jouer au jeu du ” plus capitaliste que moi, tu meurs” dans la cours des grands, en acquérant un maximum de bons du trésor américain. Dans le charivari actuel, les USA et la Chine se tiennent par la barbichette, et le premier des deux qui pleurera noiera l’autre…
Il doit bien se trouver dans ce monde des pays de taille et d’économie moyenne, qui n’0nt jamais eu les moyens de faire des bulles à Wall Street, qui trouvent des forces au sein de leur propre peuple en y encourageant l’émergence et la responsabilité de la société civile. Il n’est pas exclu que l’on voie apparaître des alliances inattendues entre pays, non plus en termes politiques (comme autrfois le groupe des ” Non-alignés “), mais sur des bases économiques pour faciliter les échanges entre eux en ignorant délibérément tout le fatras de la fumisterie et de l’ingéniérie financières occidentales.

Une autre manière de voir la croissance,
une autre manière de voir le crédit,
une autre manière de voir la solidarité
une autre manière de gérer les immigrés et étrangers,
etc,etc…

De toute façon, il est frappant – une fois de plus – de voir que même si les mouvements et évènements altermondialistes n’ont jamais débouché sur une alternative crédible et structurée au niveau international, les thèmes, slogans et propositions sont toujours un jour ou l’autre, reprises en choeur par les gouvernants – même si cela prend 10 ou 20 ans…
C’est le cas dans nos sociétés depuis 30 ans pour les écologistes : ils sont très crédibles dans l’opinion publique, même si le public ne vote pas pour eux de manière significative – même si les faits, parfois dramatiques, attestent de la pertinence de leurs analyses.
Ce sera – c’est déjà – la même chose pour les analystes altermondialistes : à terme, ils ont raison, même s’ils ne représentent pas une alternative politique crédible. Le comportement d’échec systématique des leaders politiques occidentaux qui prétendent régir le monde depuis deux siècles, par l’exploitation et l’injustice, entraîne de telles conséquences qu’on voit mal comment le système pourrait redécoller sur les mêmes bases et avec les mêmes leaders.
Comme dit, paraît-il, le proverbe des députés français : “ L’essentiel est d’avoir raison : avoir la majorité d’idées, c’est une simple question de date.”

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Dans les périodes de crise aigüe, il y a parfois des petits symptômes dont on se demande comment les interpréter – ou même s’ils ont une signification durable et lourde :

- lu quelquepart que, 35 ans après avoir été chassés par l’indépendance de leurs colonies africaines, 7 000 portugais avaient déjà repris le chemin de la recherche du travail en Angola, pays au taux de croissance à deux chiffres (11 ou 12 %) alors que le Portugal est en phase de “croissance zéro”.

- il faut avoir vu – de ses yeux vu – les litanies de mobil-homes de personnes âgées européennes sur les routes, plages et dans les campings des côtes marocaines, pour se dire qu’avec une pension devenue ridiculement basse en Europe, des dizaines de milliers d’Européens à la retraite trouvent en mobile-home au Maroc un niveau de vie décent (un mobil-home spacieux se loue 650 euros par mois, au soleil, à 200 mètres de la mer); ce qui contribue à l’emploi des Marocains chez eux : ces “touristes-résidents” ont besoin d’infrastructures permanentes, d’approvisionnement quotidien, etc…

Ces deux petits faits sont des symptômes de quoi, pour l’avenir ?

2921766429_35925a399a_m2Un cadre, licencié de la Banque d’Ecosse, fait la manche
pour finir de payer un mobile-home
et partir en pré-retraite sur les côtes du Maroc ????

(Sans ironie aucune…)


Lettre ouverte à Mr Bernard Kouchner

6.02.09

Monsieur le Ministre,

La polémique dont vous êtes la cible, à partir du livre de Pierre Péan, a cette caractéristique – typique de notre époque – que tout le monde a une opinion bien arrêtée alors que le livre … n’est pas encore, à ce jour, disponible.

Mais ce que l’on ne peut s’empêcher d’écouter des deux côtés nous incite à ne pas acheter le livre, ni à contribuer au lynchage politico-médiatique.

D’avoir milité pendant des décennies pour les droits de l’homme et de s’instaurer consultant privé est une chose. Mais se faire affourager par des dictateurs pourris pour des mandats rémunérés est indigne. Entrer dans la logique, largement dénoncée par tant d’ONG, d’exploitation de la misère de l’Afrique, via le marché hyper-lucratif de consultants, est profondément affligeant.

Vous nous faites penser – la comparaison n’est pas déshonorante – aux débats qui ont accompagné l’engagement d’André Malraux aux côtès  du De Gaulle de la V ème République. On se souvient du dessin humoristique, paru à son décès, à la “une” du “Monde”, qui représentait deux tombes. Sur la première était inscrit : ” André Malraux : 1901-1958 ” et sur la deuxième : ” André Malraux : 1958-1975 “.

On gardera de vous, Monsieur Kouchner, le souvenir du fondateur d’organisations humanitaires.

On mettra le reste sur le compte de l’âge. D’avoir notamment dit, en décembre dernier, de votre Secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, qu’en réalité ce poste était incompatible avec les responsabilités d’un ministère politique, on mettra cela sur le compte des paroles verbales, car il est impossible que vous ne vous en soyez pas rendu compte dans vos décennies de missions humanitaires de par le vaste monde.

Et – si l’on ose – on se permettra de vous rappeler le contenu de la lettre que vous aviez reçue, en avril 1990, d’un autre fondateur d’organisation humanitaire, avec qui vous aviez effectué quelques missions périlleuses au tout début de votre carrière, notamment au Biafra, et à qui, lorsque vous étiez Ministre de la Santé , vous aviez proposé de recevoir la Légion d’Honneur.
Il vous avait répondu comme suit :

Excellence et très cher Bernard,

kaiser_boy1Ta présence affectueuse et constante m’est précieuse et je t’en remercie.
Mais pour nous être souvent découverts semblables au secours du pire, tu comprendras que je ne puisse me revêtir des honneurs auxquels tu me convies.
En effet, planté parmi les enfants biafrais à l’agonie ou morts, au milieu des enfants du Vietnam épluchés au napalm ou sans tête, c’est comme si je trouvais naturel et dû d’être couronné de leur martyre.
Si bien qu’il ne m’est vraiment pas possible, Bernard, d’accueillir une “distinction” si profondément étrangère à ce qu’ils ont souffert et au tout petit peu que nous avons tenté.
Je t’en demande pardon et je t’embrasse fraternellement.”


On vous accordera, Monsieur Kouchner, que nul  n’est tenu d’être un saint.

Et comme ce fondateur finissait souvent ses lettres, ” Soyez assuré, Monsieur, de la sincérité de nos sentiments.”


Obama : ” Out of many, we are one “

24.01.09

Hal-lu-ci-nant !!!

Un président des Etats-Unis
qui prononce les mots ” human rights ” (” droits de l’homme “)…
Vous rendez-vous compte ?

C’était Barack Obama lors de son discours d’investiture,
ce mardi 20 janvier 2009, vers 12 h 08

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Source photo

Comment dissimuler qu’on a aussi tenu, ce mardi 20 janvier, à regarder en direct, le départ (dé-fi-ni-tif, vous rendez-vous compte ? ) de Georges W. Bush, en savourant chacun des pas qui le conduisait vers son hélicoptère, avec une absence totale d’expression, à l’exception de l’inévitable esquisse de sourire mécanique.

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source photo

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Visitant le surlendemain, le Musée de la Résistance à Lyon, et en regardant le film du procès Barbie, on est pris de frissons en écoutant le témoignage d’une de ses victimes, l’inoubliable Simone Kadosche, qui raconte les tortures subies dans les cachots lyonnais, lesquelles n’étaient autres, au détail près, que celles subies par les prisonniers de la prison américaine d’Abu Ghraïb en Irak…


Israël-Palestine : la guerre des faux-nez

18.01.09

Comme cela était prévisible, le gouvernement israëlien estime, le 18 janvier 2009, que ” les objectifs de Tsahal sont atteints à Gaza ” et décrète un cessez-le-feu unilatéral (ce qui est en-soi une contradiction) à la veille de l’intronisation du président Barack Obama.

Hormis les élections toute proches en Israël, l’objectif est aussi de mettre le nouveau président américain devant des “faits accomplis” en se drapant dans “la toge morale” du belligérant qui témoigne de sa bonne foi par l’initiative d’un cessez-le-feu. Tout faire pour apparaître comme “le juste” dans l’affaire.

Comme le disait Georges Clémenceau : ” On ne ment jamais autant qu’avant les élections, pendant la guerre et après la chasse.”

Tant que d’un côté, le Hamas revendiquera la destruction d’Israël et l’instauration d’un régime islamiste en Palestine, et tant que de l’autre côté, Israël fera tout pour rendre un éventuel Etat palestinien impossible et invivable, il n’y aura pas de solution, autre que mensongère, surtout si, des deux côtés on invoque des motifs et justifications religieux.

Source photo

Comme au terme de toute guerre, la solution sera négociée, mais sans Torah ni Coran, sur pression de la communauté internationale (“ensemble de ceux qui tiennent les cordons de la bourse” - avec un petit “b”) à condition que les acteurs tapent cette fois du poing sur la table avant d’envoyer les chéques mensuels pour payer les salaires des fonctionnaires.

Incidemment, il y en a peu marre d’être soupçonné d’” antisémitisme ” à chaque fois que l’on critique les décisions du gouvernement israëlien, qui, comme tous les gouvernements, gère les intérets d’un “Etat-monstre froid”.
Quoiqu’en disent les porte-parole du gouvernement israëlien, aucune cause juste ne justifie de bombarder les hôpitaux, ou les écoles et entrepôts des Nations Unies (ce qui était déjà le cas au Sud-Liban en 2006), avec plus de 1 000 morts civils, dont un bon tiers d’enfants. On épargnera ici la nomenclature des articles de la Cour Pénale Internationale sur les crimes de guerre et crime contre l’humanité, articles qui doivent s’appliquer à tous les pays du monde, sauf au gouvernement d’Israël – n’est-ce-pas – pays des justes par excellence… Les ONG israëliennes qui dénoncent l’utilisation d’armes interdites sont-elles antisémites ?

Peut-être faudra-t-il encore attendre quelques décennies pour que, comme en Irlande du Nord, la guerre se termine par épuisement des belligérants.
Le seul avantage du “mur de sécurité” décidé et construit par Ariel Sharon est qu’il constituera un excellent symbole médiatique à démolir pour ouvrir les frontières et développer les échanges commerciaux.
C’est ce qu’on se dit lorsqu’on marche, au lever du jour, à Bethléem le long du mur qui bouche l’horizon au bout de l’avenue commerçante, vide et sinistre…
Et comme le disait Shimon Peres – mais c’était évidemment avant qu’il ne devienne président de l’Etat d’Israël – : “  La seule solution est d’aboutir à créer un espace de coopération économique à l’image du processus initial du Marché Commun” (c’était l’idée, sinon la lettre de son message).
C’est fou ce que les présidents sont intelligents, avant d’être élus et après la fin de leur mandat…

Comme le mensonge et la corruption régnent des deux côtés du conflit, il reste à attribuer conjointement aux deux peuples, israëlien et palestinien, le Prix Nobel 2009 de la Patience des Peuples.


Peut-on être génial et stupide ?

6.01.09

Au détour d’une escapade parisienne, visite rapide de l’exposition organisée par le Centre Beaubourg à l’occasion du centenaire du futurisme et du Manifeste futuriste publié dans le “Figaro” du 20 février 1909 .

On peut y lire  (extraits libres) :
- ” Il n’y a de beauté que dans la lutte. Aucune oeuvre d’art sans caractère agressif ne peut être considérée comme un chef d’oeuvre.(…)
- ” La splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse.”(…)
- ” Nous voulons glorifier la guerre – seule hygiène du monde – le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles idées pour lesquelles on meurt et le mépris de la femme.”
(…)

Tout cela dans un Manifeste signé par des artistes dont voici deux exemples d’oeuvres exposées :

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On ne doute pas un seul instant que l’apparition de ce style et de ces formes dans les toutes premières années du 20 ème siècle ait été perçue comme un expression géniale de créativité.
Mais 1909, ça n’est jamais que six ans avant l’explosion de la Première Guerre Mondiale…
On peut se demander comment des artistes capables de telles ruptures créatives dans leur art sont aussi capables de proférer de pareilles insanités.

La même mouvance avait aussi divulgué un Manifeste futuriste de la luxure où l’on peut lire cette phrase : ” (…) La luxure est pour les conquérants un tribut qui leur est dû. Après une bataille où des hommes sont morts, il est normal que les victorieux, sélectionnés par la guerre, aillent en pays conquis jusqu’au viol pour recréer la vie. Après les batailles, les soldats aiment les voluptés où se détendent, pour se renouveler, leurs énergies toujours à l’assaut.“(…)

On rappelera simplement l’article 7 (alinéa g) des statuts de la Cour Pénale Internationale , qui définit comme crime contre l’humanité : ” Viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation forcée et toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable.”

Quand on sait la gravité des crimes de viols commis en masse sur les femmes des régions en guerre pendant le conflit des Balkans dans les années 1992-1995, et de nos jours dans le conflit à l’est du Congo, dans la région du Kivu ,on se dit que, malgré tout, même si les crimes sont toujours les mêmes, les écrits – et donc la perception collective que l’on en a  - ont évolué, de manière certes lente et insensible, mais on l’espère, irréversible, dans le sens d’une criminalisation extrême du viol collectif, dans un contexte de guerre, au titre de crime contre l’humanité.