Le journal “Ouest-France” distribué en prison

26.12.07

On s’étonne … qu’on puisse s’étonner de la distribution gratuite du quotidien “Ouest-France” dans les prisons de l’ouest de la France. Un exemplaire du quotidien est distribué (un par cellule) au moment du petit-déjeuner.

Les gardiens de prison ont émis des réserves, en se demandant si bientôt il leur faudra aussi distribuer des croissants. Ces réserves ont été balayées par l’offre du même journal de leur accorder un tarif réduit pour leur propre abonnement personnel.

Il faut pourtant rappeler que la prison n’est pas l’abolition de tous les droits.

On relira avec intérêt ces extraits d’une publication de l’ONG anglaise “Penal Reform International” :

“Les délinquants subissent une peine de prison et non pas une peine en prison.
Beaucoup de détenus se trouvent en prison pour y accomplir une peine. L’expression est ambigüe : on ne va pas en prison pour y recevoir des châtiments, c’est l’absence de liberté en tant que telle qui constitue la peine.
Dès lors, les conditions de détention ne devraient pas ajouter de la souffrance à l’emprisonnement en tant que tel, et les effets pervers inhérents à l’enfermement devraient être atténués sinon éliminés. Car s’il est impossible de recréer en prison les conditions d’une vie normale, tout doit être mis en oeuvre pour s’en approcher.
Le devoir de l’administration est d’offrir aux détenus le maximum d’occasions de restaurer ce droit et d’exercer leur responsabilité personnelle. Au nom de considérations aussi bien juridiques que pratiques, il importe que les seules souffrances subies par les détenus soient celles qui sont inévitables parce qu’inhérentes à l’incarcération.
(…)
Les activités organisées à l’intérieur de la prison doivent tenir compte autant que possible de la re-socialisation des détenus à l’issue de leur peine. En conséquence, les règles et les régimes pénitentiaires ne doivent pas limiter plus qu’il n’en est besoin les libertés des détenus, leurs contacts avec l’extérieur et les possibilités de leur développement personnel.”

On y ajoutera les ” Règles Minima pour le Traitement des Détenus “, adoptées par le premier Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et le traitement des détenus … en 1955 et approuvé par le Conseil économique et social des Nations Unies dans ses Résolutions 663 de 1957 et 2076 de 1977 :

No 39 : ” Les détenus doivent être tenus régulièrement au courant des évènements les plus importants, soit par la lecture des journaux quotidiens, des périodiques ou de publications pénitentiaires spéciales, soit par des émissions radiophoniques, des conférences ou tout autre moyen analogue, autorisés ou contrôlés par l’administration.”

No 57 : “ L’emprisonnement et les autres mesures qui ont pour effet de retrancher un délinquant du monde extérieur sont afflictives par le fait même qu’elles dépouillent l’individu du droit de disposer de sa personne en le privant de sa liberté. Sous réersrve de mesures de ségrégation justifiées ou du maintien de la discipline, le système pénitentiaire ne doit donc pas aggraver les souffrances inhérentes à une telle situation.”

No 60 : ” Le régime de l’établissement doit chercher à réduire les différences qui peuvent exister entre la vie en prison et la vie libre dans la mesure où ces différences tendent à établir le sens de la responsabilité du détenu ou le respect de la dignité de sa personne.”

Et pour les détenus analphabètes ou illettrés, on ose penser que tous les établissements pénitentiaires ont un programme d’alphabétisation…

PS :

L’analphabétisme se caractérise par l’absence de la maîtrise de l’écriture et de la lecture, causée par le non-apprentissage de ces notions.

L’illétrisme se distingue de l’analphabétisme par le niveau d’apprentissage des personnes : contrairement à l’analphabète, qui n’a généralement jamais été scolarisé, la personne illettrée a reçu un enseignement de l’écriture, de la lecture et des bases de calcul, mais ne les maîtrise pas suffisamment pour les usages de la vie courante.


Une semaine de prison humaine…

18.12.07

Au cours de la semaine du 10 au 15 décembre, l’Abrincate a animé, dans un Centre Educatif fermé de Roumanie, à quelques dizaines de kilomètres de Timisoara, une formation de personnels de l’Administration Pénitentiaire roumaine sur la prévention de la violence et de la maltraitance dans les institutions s’occupant de mineurs.
Ouverte à une vingtaine de fonctionnaires de plusieurs régions du pays, cette formation s’est déroulée dans le Centre lui-même, entouré de palissades éclairées toute la nuit, avec quelques miradors au sol, pour surveiller les déplacements de 62 mineurs incarcérés après jugement pour un an au minimum.

Pour avoir fait la même formation il y a un an dans un Centre identique d’une autre région du pays, la différence est nette : l’atmosphère est saine, le personnel, plutôt jeune, est visiblement désireux d’élever les standards des pratiques professionnelles avec les mineurs en milieu carcéral. C’est toujours la même chose : dans une institution, quel que soit son standard, ce qui compte c’est la volonté des personnels d’améliorer leurs pratiques.

Exemples de questions traitées :
- Faut-il promouvoir les caméras vidéos pour surveiller chaque centimètre du centre ?
- Faut-il confier une part de responsabilité de la discipline aux mineurs plus âgés sur les plus jeunes ?
- Comment prévenir la violence entre mineurs ? Ou la violence du personnel sur les mineurs ?
- Quelles sont les procédures de signalement interne ?
- Comment faire comprendre aux mineurs que c’est leur acte qui a été jugé et non leur personne ?
- Comment préparer les jeunes incarcérés à leur sortie ?

Autant de questions débattues avec sérieux - et parfois quelques tensions - mais toujours dans un souci, et dans l’esprit positif, de mieux respecter la sécurité des mineurs, celle du personnel et celle de l’institution.

Mais aussi :
- Comment aussi sortir progressivement d’une gestion quasi-militaire, héritée de l’ancien régime communiste ?
- Comment convaincre l’opinion publique de la nécessité de donner des sanctions véritablement éducatives à des mineurs qui n’ont parfois jamais connu leurs familles et qui découvrent - dans un centre privatif de liberté - une vie quotidienne réglée, une vie communautaire avec d’autres jeunes qui ne se sont pas choisis,  les 3 repas chauds et le sommeil à heures fixes, alors que beaucoup d’entre eux vivaient dans le chaos de la rue ?

Interrogés individuellement, certains d’entre eux, à qui l’on a demandé ce dont ils souffraient le plus dans le Centre, répondaient : je ne sais pas ce que je vais faire quand je vais sortir

Toujours est-il que ces contacts, avec les jeunes comme avec le personnel, furent une expérience humaine et professionnelle très forte, d’autant plus que vivant toute la semaine dans une des cellules du centre, comme les participants, les pauses, les temps libres et les repas ont été l’occasion d’entretiens spontanés, parfois individuels, avec ceux-ci, à propos de telle ou telle situation qu’ils-elles affrontent dans leur travail quotidien : des situations douloureuses, des conflits de prérogatives au sein du personnel (est-ce le job du psychologue ou de l’éducateur ?), une hiérarchie souvent absente, et un contact permanent avec des mineurs qui refusent parfois toute autorité - mais parce qu’ils n’ont jamais connu de vie sociale où les contraintes sont compensées par des avantages - ce que personne ne leur a jamais expliqué avant 14 ou 15 ans…

Dans ce contexte professionnel, le travail éducatif est frustrant, en raison des affrontements verbaux et des multiples formes d’agressivité jamais bien graves, mais qui parfois désespèrent les travailleurs sociaux et les éducateurs.
On ne parle jamais de la souffrance professionnelle de ces personnels, qui, parfois, ne voient pas de résultat de leur travail quotidien avant plusieurs mois…

Au cours de la formation, plusieurs jeux de rôles ont été réalisés. Exemples :
- un jeune se plaint auprès d’un membre du personnel de la violence de ses compagnons de cellule ;
- un membre du personnel estime inacceptable le comportement d’un de ses collègues vis à vis des jeunes et décide de parler à la direction du Centre ;
- le Directeur du Centre est interpelé par un journaliste qui a reçu le témoignage d’un parent d’un des mineurs incarcérés qui se plaint d’avoir été abusé sexuellement par un membre du personnel de nuit ;

- etc,etc…

Ayant l’expérience de ces formations dans plusieurs pays, on ne peut que constater que les situations - et les questions - sont toujours les mêmes :
- Comment organiser la prévention de la maltraitance et des abus de pouvoirs dans un milieu fermé ?
- Comment assurer la sécurité des mineurs, la présomption d’innocence d’un collègue accusé faussement d’avoir violenté un mineur ?
- Comment gérer les clans dans le personnel ?
- Comment répondre à un journaliste ?
- Qu’est-ce qu’un signalement ? Qu’est-ce qu’une plainte ? Qu’est-ce qu’une preuve ?

- etc,etc…

Le paradoxe est que ce type de problèmes ne peut être traité que comme si la vérité ne pouvait sortir que de la fiction d’un jeu de rôle…
” La vérité de l’homme est ce qu’il cache. “ (A.Malraux)

C’est peut-être ainsi qu’est né le théâtre ???


L’Afrique pillée de tous les côtés

9.11.07

D’abord une petite diapo anecdotique :
Le 29 octobre dernier à 15 h 30, à l’Elysée, le Président de la République a reçu son homologue de la République Islamique de Mauritanie, Son Excellence Mr Sidi Ould Cheikh Abdallahi, lequel avait été accueilli à Paris la veille, à sa descente d’avion, “par le Sous- Secrétaire d’Etat à l’Environnement”, selon un journal mauritanien (”L’Authentique” du 30.10.07) . Comme on ne trouve pas cette fonction dans l’organigramme du gouvernement, on suppose que Madame Kosciusco-Morizet s’est attelée à la tâche.
Espérons qu’elle en a profité pour lui demander comment, dans le désert, on vit avec presque rien.

Avis de décès : la disparition d’Air Mauritanie
Extrait du journal mauritanien “Nouakchott Echos” du 18 .09.07 :

(…) Autre scandale qui secoue également aujourd’hui la Mauritanie démocratique, l’affaire des deux avions d’Air Mauritanie, immobilisés à l’aéroport de Paris, sur plainte d’une compagnie aérienne américaine qui réclame plus de 1 milliard d’euros d’arriérés. Qui est responsable ? Les principaux directeurs généraux de cette compagnie, à qui l’on faisait croire que la compagnie était une simple prébende qu’il fallait piller sans crainte. La preuve, Air Mauritanie, a toujours été confiée à des personnes souvent en dèche que les pouvoirs politiques successifs cherchent à caser, le temps qu’ils se tapent un bon embonpoint financier. C’est dans ce même élan philanthropique, que l’Etat offrit successivement à deux anciennes personnalités qui sortaient de prison, fauchées comme Job, les caisses de l’établissement qu’ils ne se gênèrent pas de dépouiller.. (…) Chaque fois qu’Air Mauritanie touchait le fond, l’Etat, sans demander de comptes aux gestionnaires, se précipitait pour lui insuffler vie en lui injectant quelques milliards d’ouguyias (monnaie mauritanienne) généreusement extorqués au près du pauvre contribuable mauritanien. Résultat, la compagnie était devenue un zombie que l’on maintenait en vie en suçant les caisses de l’Etat. En fin de compte, Air Mauritanie,, c’était plutôt une affaire de prestige que de productivité ou de compétitivité. Les victimes étaient toujours le personnel que l’on compressait, que l’on pressurait, que l’on jetait dans la rue, en cas de crise, alors que les premiers responsables gardaient leurs postes et leur butin.(…) Aujourd’hui encore, l’impunité qui entoure l’affaire des avions immobilisés à Paris, une honte pour tout le pays, risque d’être complète.(…)

Avis de privatisation :
La Mauritanie est connue pour ses mines de fer de Zouerate, d’où part le “train le plus long du monde” (200 wagons par train sur 600 kms) qui conduit le minerai de fer au port de Nouadhibou. Depuis 1974, l’activité est gérée, par une société d’Etat, la SNIM (Société Nationale Industrielle et Minière) dont la gestion calamiteuse oblige à préparer sa privatisation. Elle représente environ 15 % du P.I.B. du pays et emploie actuellement 4208 travailleurs, sans compter environ 3000 emplois indirects
Où l’on reparle d’”Arcelor-Mittal”, la société indienne qui rachète tout ce qui lui tombe sous la main.

Extrait de “Challenge” du 22.10.07 :

“Ismaël Ould Amar, ancien directeur de la SNIM, a vivement contesté samedi l’éventuelle ouverture du capital de l’entreprise et la possible cession d’actifs en faveur de la société minière Arcelor-Mittal. (Il) estime que la SNIM ” maîtrise parfaitement les techniques de recherche géologique et minière, les méthodes et procédés d’exploitation des mines à ciel ouvert, la gestion et l’entretien de son chemin de fer et de son port. Mittal ne peut rien apporter à la SNIM dans son domaine d’expertise minière”. Considérant l’apport technologique de Mittal comme nul, l’ancien Directeur général met également en doute l’intérêt financier d’une telle opération. La cession, selon lui, ne devrait pas dépasser 200 millions de US Dollars. Il pose alors la question de la destination d’une telle enveloppe, versée au Trésor Public, (qui) sera mise à disposition du gouvernement pour qu’il la consomme en salaires et achats divers de biens et services.(Il) qualifie une telle option de ” bêtise qu’aucun député ne peut accepter : tuer sa vache laitière pour la consommer en une seule fois et rester tout le temps sans revenu provenant de l’investissement initial. Ceci est contraire à la philosophie économique des nomades que nous sommes”.
Par ailleurs, l’ancien DG attribue la responsabilité de la situation actuelle de l’entreprise aux différents régimes militaires, dont les dirigeants ” ont imposé des contraintes administratives et fiscales.” Il a notamment accordé une attention particulière aux années 1992-2003, période pendant laquelle la SNIM fut intégrée “dans un système de corruption généralisée“.

Moralité : si c’est l’Etat qui “gère”, la corruption gangrène l’entreprise.
Si on la privatise, une multinationale la rachète…. au prix qu’elle veut bien l’acheter. C’est du cash pour le gouvernement pour une durée limitée : et les futurs profits seront exportés en même temps que le minerai.
Dans les deux cas, le peuple mauritanien paiera - en nature bien entendu.

Avis de poursuites :
Du pétrole a été trouvé en Mauritanie il y a quelques années, ce qui a suscité un espoir des ressources durables pour l’avenir du pays. L’exploitation a été confiée dès le départ à la société australienne Woodside, qui a décidé de se retirer (il n’y aurait que 20 000 barils/jour au lieu des 100 000 barils/jour escomptés …parce que les forages auraient été mal placés !)

Extraits de “Lumière du Nord” du 28.10.07 :

“Un pool de 6 entreprises mauritaniennes réclame 7 millions de dollars à la compagnie pétrolière australienne Woodside en se fondant sur ” des factures non honorées relatives à des prestations de service (main-d’oeuvre portuaire, douanière, impôts,etc.) “. La Chambre commerciale du Tribunal de Nouakchott a rendu mercredi dernier une ordonnance de saisie-arrêt sur les comptes de l’opérateur pétrolier australien, ouverts dans toutes les banques de la place, bloquant un montant liquide évalué à 800 millions de francs CFA. Cette mesure a un ” caractère purement conservatoire “.
Woodside conteste la validité de la dette, ” dénonce un chantage et estime avoir toujours réglé ses factures “.
(…) Les avocats de Woodside pointent du doigt une action en justice ” qui pose le problème de la sécurité de l’investissement” dans un pays qui affiche la volonté et l’ambition d’offrir un environnement juridique sécurisant aux investisseurs étrangers.”

P.S. qui n’a rien à voir :

Notre chapitre sur l’immigration clandestine :

09.11.07 : la police de Sierra Leone a arrêté 41 étrangers pour infractions aux lois sur l’immigration, dont des Britanniques, des Libanais, des Chinois, des Indiens et des Pakistanais.
Commentaire de l’autorité du Sierra Leone : ” L’afflux d’étrangers dans ce pays riche en diamants est un problème pour le gouvernement et je considère leur présence comme une menace pour la sécurité de la Nation”.

06.11.07 : 45 émigrants sénégalais sont morts de faim et de soif pendant leur tentative de rejoindre les Canaries, et ont été jetés par dessus bord par les 98 survivants qui ont échoué sur les côtes mauritaniennes. Parmi les morts, le capitaine du bateau qui s’est noyé en tentant de réparer la panne de moteur.


Arche de Zoé : du bricolage avec l’humanité des autres

28.10.07

Le jour et l’heure de ce billet sont essentiels, au sens où l’auteur de ces lignes se réserve de changer d’avis sur tel ou tel point de son analyse, en fonction des informations qui peuvent survenir au fil des heures et des jours à venir. Si des modifications importantes de ce billet devaient être apportées, elles le seront nécessairement à la suite de ce texte et non pas dans un ou des billets séparés.

A ce jour (28.10.07), nous sommes dans la phase “paroxystique” de la crise provoquée par l ‘action de cette association “Arche de Zoé” : l’action elle-même est très émotionnelle, le contexte de la crise du Darfour est aussi émotionnel - et donc les réactions, de toutes parts, le sont aussi. La multitude des acteurs et de leurs prises de positions - et aussi de leurs silences - crée une confusion générale.
Essayons de forcer l’analyse aussi objective que possible en l’état actuel des informations.

Deux actions judiciaires sont en cours, tant au Tchad qu’en France : la présomption d’innocence est donc obligatoire. Cela n’empêche pas les questions qui ne doivent en aucun cas être interprétées comme une présomption de culpabilité de qui que ce soit :

1 - Pourquoi l’association a-t-elle maintenu son plan d’action, après 3 mises en garde du Ministère Français des Affaires Etrangères (25 mai 07, 14 juin 07 et 3 août 07), après la visite de Mme Rama Yade qui a constaté l’unanimité du désaccord des ONG actives sur place, rencontrées sur place au Soudan ?

2 - Pourquoi, depuis maintenant 5 jours, devant l’accumulation, sur la place publique, des questions élémentaires sur l’origine des enfants, sur les critères de sélection, sur leur état médical, sur la préparation des familles d’accueil, etc,etc …, n’y a-t-il aucun communiqué de presse de l’association pour répondre à toutes ces questions ?
N’y aurait-il donc même pas de dossiers individuels des enfants au siège français de l’association permettant de répondre à toutes ces questions dans les 24 heures qui ont suivi le début de la crise ? Chaque dossier d’enfant comprenant - on l’espère - son nom, sa nationalité, son âge, le certificat d’abandon d’une autorité légale, son dossier médical, le dossier d’enquête sociale et l’agrément de chaque famille d’accueil, etc…
Si tout cela est en ordre au siège de l’association, pourquoi ne pas répondre, toutes affaires cessantes, à toutes ces questions sur la place publique ?
D’ailleurs, pourquoi, à ce jour, n’y a-t-il aucun communiqué de l’association sur son propre site, face à une telle charrette de critiques ?

3 - Les familles d’accueils françaises et belges ont-elles été agréées comme telles par un service social quelconque ? Etait-ce pour être famille d’accueil ou famille adoptive ?
Dans le dossier d’inscription des familles, il est mentionné : ” Un agrément de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) est fortement recommandé même s’il n’est pas obligatoire”…
Et plus loin : ” Il s’agit avant tout de sauver la vie de ces enfants en les mettant à l’abri dans des familles bénévoles et volontaires. Ces familles “accueillent” (”sic”) un enfant mais n’auront pas pour autant le statut de famille d’accueil, qui implique une rémunération.
Les procédures prévues pour régulariser la situation administrative des enfants peuvent être longues(…) Lorsque l’enfant sera régularisé, les familles qui le souhaitent pourront alors entamer les démarches en vue d’une adoption (simple ou plénière).” On ne peut pas être plus clair.

Et à la question : La procédure est-elle différente d’une adoption internationale ? , la réponse est lumineuse :
“La procédure est différente dans la mesure où l’enfant sera déjà présent en France dans une famille, qu’il aura un statut particulier(réfugié) et peut-être même déjà obtenu la nationalité française (article21-12 du code civil).”

Le Ministère des Affaires Etrangères certifie que dans ses contacts initiaux avec l’association, celle-ci avait explicitement mentionné son projet d’adoption de ces enfants.
Si ce sont des familles d’accueil, l’hypothèse du retour de ces enfants dans leur pays, après le conflit, a-t-elle été explicitement envisagée, y compris après l’obtention du statut de mineur non-accompagné/demandeur d’asile ?

La demande d’asile n’était-elle qu’une démarche temporaire en vue d’adoption ultérieure, sachant pertinemment qu’après un séjour de plusieurs mois dans une famille, celle-ci s’attache tout naturellement à l’enfant - et réciproquement - au point que l’adoption devient une suite logique et un acte “naturel”.
Le projet d’adoption n’est nullement en-soi critiquable, mais le fait de passer par une étape intermédiaire de demande d’asile en dissimulant le projet d’adoption peut être interprété, pour le moins, comme un stratagème.

De toute façon, que ce soit famille d’accueil ou famille d’adoption, toute association professionnelle se doit de préparer les familles in-di-vi-duel-le-ment : l’accueil d’enfants traumatisés et déracinés, parfois blessés, ne s’improvise pas.
Dans le dossier des familles d’accueil, il leur est demandé “ de participer aux réunions d’information et de préparation organisées par l’association dans toute la France“…
Dans le même dossier, il est indiqué : “Comment les familles seront-elles sélectionnées ? Toutes les familles qui auront rempli un dossier d’inscription et fourni l’ensemble des justificatifs nécessaires seront alors inscrites sur une liste d’attente puis invitées aux réunions d’information.”
Quoi ? On ne les rencontre même pas ? On peut ne pas être agréé par l’ASE, envoyer un dossier, assister à une réunion publique … et attendre l’arrivée de l’enfant ? Quelles garanties pour l’enfant, déjà victime de traumatismes graves ? On enverra en France un “stock d’enfants” et on les distribuera à gauche et à droite, à des familles qu’on a peut-être même jamais rencontrées ?

4 - L’association dit que ce sont des enfants orphelins. Sur le site de l’association, la page d’explication mentionne qu’elle ” propose aux familles d’accueil qui le souhaitent de venir en aide et de prendre en charge dans leur foyer un enfant orphelin de moins de 5 ans, réfugié de la guerre du Darfour.”

D’abord, tous les médias rapportent que les enfants rassemblés pour l’évacuation avaient entre 1 et 8 ans.
Ensuite, l’UNICEF annonce que, sur la moitié des enfants qui ont fait l’objet d’un entretien, plusieurs d’entre eux n’étaient pas orphelins.
Or, dans une situation normale, un enfant est soit avec une famille, soit orphelin : mais dans les situations de réfugiés, chacun sait qu’un enfant est soit avec une famille (la sienne ou une autre), soit PEUT-ETRE orphelin : c’est le propre d’une situation de réfugiés. Qui peut affirmer d’emblée qu’un enfant est orphelin dans un camp de réfugiés ?

5 - Sur son site Internet, l’association fait référence à des instruments juridiques internationaux (en-bas du texte) en inviquant notamment la Convention des droits de l’enfant (1989) dont l’Article 38- alinéa4 demande que tous ” les Etats-parties prennent toutes les mesures possibles pour que les enfants qui sont touchés par un conflit armé bénéficient d’une protection et de soins”.
Peut-on rappeler que l’Article 11-alinéa 1 de la même Convention ajoute que les Etats signataires sont tenus de “prendre des mesures pour lutter contre les déplacements et les non-retours illicites d’enfants à l’étranger” ?

6 - Pourquoi, dans le dossier d’inscription des familles candidates à l’accueil est-il mentionné que ” la famille s’engage à faire passer (à l’enfant) un examen médical (…) afin de s’assurer de son bon état de santé “(…), alors que les enfants ont été déclarés par l’association comme des cas médicaux (avec bandages visibles…) ?

La colère de l’opinion publique face au génocide du Darfour est parfaitement légitime : après tout, la communauté internationale, c’est chacun-e d’entre nous, et pas seulement les acteurs institutionnels, y compris les “grandes ONG”(dans le paysage des ONG, on est toujours le grand de quelqu’un et le petit de quelqu’un d’autre).

Mais il ne suffit pas d’être en colère pour en déduire qu’on a raison contre tous : de nos jours, après des décennies d’action humanitaire, et à force d’”essais et d’erreurs” dans ce genre de situation, malheureusement répétitive, il ne suffit plus, de nos jours, de vouloir le bien, ni même de le faire, il faut pouvoir le prouver.
Et sur-le-champ.

Il faut notamment prouver que l’évacuation vers l’étranger était, en dernière instance, la seule solution pour ces enfants : et donc tenir compte des avis des ONG présentes sur place depuis plusieurs mois ou années, qui connaissent les populations et sont capables de détecter les cas les plus graves, avec des critères très stricts à la fois médicaux et sociaux.

Du point de vue des principes de l’action humanitaire, le plus frustrant dans cette affaire, est que sur la base d’une volonté humanitaire respectable de centaines de familles candidates à l’accueil d’enfants en risque de mort, l’association n’ait pas procédé de manière professionnelle, à savoir :

- contacter les ONG présentes en leur demandant s’ils ont connaissance de situations particulièrement extrêmes d’enfants sur le plan social (abandon) ou médical (traitement de maladies incurables dans le contexte, voire de malformations congénitales nécessitant une intervention chirurgicale irréalisable dans le contexte du pays, etc,etc..), et pour lesquels aucune solution n’est recevable sur place, y compris dans l’hypothèse d’un retour dans son village d’origine (parents massacrés, absence totale de suivi possible,etc) ;

- contacter les autorités des pays concernés (Soudan, Tchad, France) de manière formelle - et donc écrite - et notamment de la France (administration, hôpitaux, services sociaux, institutions spécialisées) ;

- recevoir individuellement les familles d’accueil après les avoir sélectionnées et sur la base d’un agrément par un Service Social français (pour accueil et non pour adoption) et les informer du détail de la situation réelle de chacun des enfants qu’ils vont accueillir - et avec l’hypothèse d’un retour dans le pays après le conflit et/ou après traitement ;

- et surtout : avoir obtenu des autorités françaises l’accord écrit pour chacun des enfants, en toute transparence, et non pas demander aux parents d’accueil “de faire une déclaration d’entrée sur le territoire français aux autorités préfectorales, afin que celles-ci assurent un suivi particulier de l’enfant”, ce qui constituerait une sorte de “fait accompli” pour forcer la main des autorités du pays d’accueil…

Or, dans le dossier d’inscription des familles candidates (du type “Questions fréquemment posées“), à la question :
“Avez-vous le soutien des autorités françaises (ou européennes) dans l’organisation de l’opération d’évacuation ?
Réponse : ” Non, (…) La France est paralysée par la complexité et l’inefficacité du système diplomatique onusien.(…) Notre opération d’évacuation repose sur le droit international qui s’applique (à tous les pays). Nous n’avons donc pas besoin de l’accord du pays d’accueil pour organiser l’évacuation des enfants. Nous avons encore moins besoin de l’accord du pays d’origine, puisque c’est lui justement, aujourd’hui, attente à la vie de ces enfants.”

On ne peut s’empêcher de voir, dans toute cette affaire, un bricolage de A à Z (si l’on peut se permettre d’utiliser ces initiales…) au point qu’on peut se demander si l’objectif final, non-dit, était une véritable opération de communication de l’association (l’opération était suivie, en temps réel et sur place, par trois journalistes), une volonté de ” positionnement “dans le paysage médiatique, en surfant - simultanément, et donc intelligemment, d’une certaine manière - sur deux facteurs très fortement sensibles dans l’opinion publique française en ce moment : le drame du Darfour et la demande d’enfants adoptables …

Sur la question du rôle des autorités publiques dans cette affaire :

Le Ministère français des Affaires étrangères avait reçu l’association et mis le public en garde à trois reprises : les 25 mai, 14 juin et 3 août 2007. Rien à redire.
Une petite question, cependant : si l’avion avait réellement décollé du Tchad et atterri en France, les autorités françaises auraient-elles refoulé les 103 enfants ?...

Du côté des autorités françaises
, le volontarisme affiché face à la crise du Darfour, comme pour les infirmières bulgares en Lybie ou d’autres situations d’otages ou de crise, a peut-être entraîné une hésitation de nature “politique”, c’est à dire, comme chacun sait, essentiellement sous l’angle de la communication, et ce au-delà de l’attitude “technique ” très négative du Ministère des Affaires Etrangères.

Du côté tchadien, on sera plus réservé…
Nul ne conteste la souveraineté de l’Etat tchadien sur tout ce qui se passe sur son sol (quoique l’avion - affreté comme un charter - avait bien été autorisé à atterrir, non…???)
Mais lorsque le Chef de l’Etat tchadien proclame sa “sainte indignation” sur ce “trafic d’enfants” pour ” leur vente ou pour des trafics d’organes”, c’est un peu délirant.Les trafics d’organes existent, mais ne procèdent pas par envoi d’avions-charters…

Le Chef de l’Etat tchadien ferait bien d’orienter sa sollicitude et son indignation pour le respect des droits de l’enfant en enquêtant sur l’enrôlement des enfants, à grande échelle, dans son armée… (Voir le rapport de “Human Rights Watch” du 16 juilllet 2007) ;

La notion de “trafic d’enfants” a une définition précise qui fait partie des hypothèses d’une enquête judiciaire en cours, mais qu’on ne peut pas affirmer d’emblée - ne serait-ce que parce que même l’association peut avoir commis des actes, et surtout des “non-respect de lois et de procédures”, qui conduisent à cette qualification, même si elle n’en avait pas l’intention. Mais c’est à la justice de le dire.

Ce qui définit un trafic peut se résumer ainsi :

a) déplacement géographique soit sous contrainte, soit par séduction : dans le cas précis, ni l’un ni l’autre, mais utilisation de la notion de danger de mort et donc d’urgence humanitaire ;

b) manipulation de la légalité, jusques et y compris par l’apparence d’une procédure totalement légale : dans ce cas, il n’y a même pas de respect des procédures légales ; il est même écrit dans le dossier destiné aux parents :
” Bien que l’opération d’évacuation des enfants
(…) repose sur une législation internationale indiscutable et incontournable, nul n’est à l’abri d’une décision arbitraire d’une administration d’un pays d’accueil.
Dans ce cas, il faudra utiliser toutes les voies de recours juridiques pour faire valoir les droits de ces enfants et des familles les accueillant. Les avocats spécialisés et les associations seront une aide précieuse.
Mais plus encore, il faudra que TOUTES
(sic) les familles soient solidaires au sein d’un même collectif afin qu’une famille ne soit pas seule face à une administration, mais qu’au contraire, le nombre d’enfants et de familles soit un atout pour faire prévaloir et appliquer le droit. ”
Quant on sait par ailleurs que dans le même dossier, il est écrit que “les dépenses d’aide juridique sont à la charge de la famille”, on voit le cauchemar que cela pourrait devenir pour certaines familles…

c) multiplication des intermédiaires : dans ce cas, l’amalgame entre l’”Arche de Zoe” et “Children Rescue” a probablement contribué à l’aveuglement de l’armée française qui a transporté des enfants de la frontière vers l’aéroport d’Abéché.

d) L’objectif lucratif : dans le cas, rien ne peut être prouvé, à la lecture du site de l’association. Il n’y a cependant aucun compte-rendu budgétaire ou de l’utilisation des fonds sur ce site. On ne peut donc que se perdre en conjectures : si 300 familles ont versé une moyenne de 3 500 euros, l’association aurait pu percevoir, avant même le lancement de l’opération d’évacuation, une somme approximative de 1 million d’euros ? Selon la presse, la location de l’avion-charter a coûté entre 140 000 et 165 000 euros, selon les sources. Il y a eu l’achat sur place d’un Piper PA 32 pour un montant de 50 000 euros, selon le “Journal du Dimanche” de ce jour…

Sur les sommes versées par les familles candidates à l’accueil, les médias rapportent qu’elles ont versé chacune entre 2000 et 6 000 euros. Pourquoi cette différence entre les familles ? On peut imaginer que certaines familles aient mis volontairement des sommes plus importantes, en guise de soutien à l’association…

Il reste cependant intriguant de lire dans le dossier d’inscription des familles candidates :

“La procédure d’évacuation est gratuite et aucun frais ne pourra être facturé à la famille qui accueille l’enfant.
En revanche, le coût d’entretien et d’éducation de l’enfant, les dépenses de santé et d’aide juridique seront à la charge de la famille.
D’autre part, l’Arche de Zoé sollicite ces familles pour des dons qui permettront d’assurer le fonctionnement de l’association de manière pérenne
(…)
Il est demandé aux familles un don d’au moins 90 euros lors de l’inscription, permettant de couvrir l’ensemble des frais administratifs et juridiques (?), d’organisation des réunions,etc.
Il sera demandé aux familles, après validation de leur inscription, un don d’au moins 1 400 euros pour participer aux frais d’évacuation des enfants et d’acheminement jusque dans le pays d’accueil (frais d’évacuation, logistique humanitaire, location d’avion,etc.).
Notez bien : “ il sera demandé un don “…
“Il sera ensuite demandé aux familles un don annuel de 100 euros pour permettre la création d’un “Collectif de soutien à l’accueil des enfants orphelins du Darfour” afin d’assurer dans le temps, l’entraide entre les familles et le suivi des enfants.” (le suivi des enfants, c’est 100 euros par tête ???)

Pour terminer, quelques impressions en vrac :

- Sur la page du site de l’association (paragraphe “Procédures en France” - alinéa ” Au préalable, ces familles…) concernant l’opération Darfour, ne figure plus de lien avec le dossier d’inscription des familles candidates à l’accueil, dossier que l’Abrincate s’est procuré pour en citer des extraits ci-dessus, sur ce billet.

- Dans son communiqué de presse du 28 avril, l’”Arche de Zoe” annonce l’évacuation de 10 000 orphelins du Darfour. A la lecture de tout ce que nous apprenons aujourd’hui, on se demande sur quelle base ce chiffre a été diffusé, sur quels critères les enfants seront sélectionnées, etc.

- Puisque l’intention initiale de l’association était de procéder à des adoptions, il faut rappeler que l’adoption est toujours un acte et une aide individuels, et jamais une solution globale pour une population d’enfants.

- La justification annoncée de l’opération est rédigée, dans le même communiqué, comme suit :
“Le droit international le permet autant que la morale l’impose.”
Le droit international ne permet pas n’importe quelle méthode. On trouvera autant de clauses du droit international pour critiquer les méthodes de l’association que pour les justifier… Le droit international protège aussi les réfugiés, y compris les enfants, d’actions-mercenaires de ce genre.
Il reste que, sous réserve d’entendre le point de vue de l’association (toujours rien, à ce jour, sur son site…), le problème est tout éthique autant que juridique, y compris dans les méthodes autant que dans les objectifs.

- A un tout autre niveau, quelle magnifique occasion pour les gouvernements - et particulièrement celui du Soudan - de vitupérer l’action des ONG qui “sous prétexte d’action humanitaire, font n’importe quoi… et même illégalement”…

Un mot enfin pour les familles qui se sont portées candidates à l’accueil d’enfants orphelins de moins de 5 ans provenant du Darfour ” : leur bonne foi n’est pas en cause, mais il n’est pas exclu (sous réserve des conclusions de l’enquête judiciaire) qu’elles aient été victimes d’abus de leur confiance, au moins autant sur le plan éthique que sur le plan juridique.

Par ailleurs, au vu de ce que nous savons aujourd’hui du fonctionnement de l’association (et toujours sous réserves de corrections à apporter), nous aimerions leur dire :

- qu’elles n’avaient aucunement été préparées à l’accueil d’enfants traumatisés par la guerre, ce qui ne s’improvise pas ;
- que les enfants prévus à l’arrivée n’étaient probablement pas tous ceux qu’ils avaient imaginés - et qu’on leur avait annoncés ;
- qu’elles auraient (à la seule lecture des clauses du dossier d’inscription) probablement été “abandonnées” à elles-mêmes, dès l’arrivée de l’enfant, en cas de problèmes, inévitables, sur les mois et les années à venir, sur tous les plans, financier, éducatif, psychologique, juridique, etc…

Nous partageons tous leur colère sur ce que nous savons de la situation au Darfour, mais :

- d’une part, quantité d’ONG font sur le terrain, un travail quotidien, harrassant, mais déterminant et utile, dans un quasi-anonymat au service de ces enfants : elles méritent d’être soutenues par vous, en même temps qu’elles vous doivent une information détaillée, précise, transparente et honnête ;
- d’autre part, aucun geste n’est dérisoire dans les “Collectifs Darfour” : on l’a bien vu dans la campagne électorale française récente.


Manquent 18 millions d’enseignants…

13.10.07

Selon le document diffusé à l’occasion de la Journée Internationale des Enseignants (5 octobre), l’UNESCO estime que ” d’ici 2015, il faudra recruter dix-huit millions de nouveaux enseignants dans le monde - quatre millions pour le seul continent africain. Une croissance démographique élevée, une scolarisation accrue et les effets du VIH et du sida dans certains pays arabes, d’Afrique Sub-saharienne et d’Asie du Sud et de l’Est, mais aussi un grand nombre de départs de la profession, phénomène auquel s’ajoute une pénurie d’enseignants dans certaines disciplines dans les pays plus développés, compromettent gravement la réalisation des objectifs ” (du Millénaire pour le Développement).

Le chiffre de 18 millions d’enseignants à recruter est à mettre en rapport avec le nombre d’enseignants en exercice à ce jour, estimé à 50 millions dans le monde.

Sur le site de l’Internationale de l’Education, on apprend ceci :

- que les enseignants congolais (R.D.Congo) en grève depuis le 3 septembre 2007, ont suspendu leur grève le 8 octobre, suite à l’aboutissement des négociations avec le gouvernement, qui leur accordé d’être payés au salaire minimum des employés du secteur public, établi à 35 000 francs congolais, soit environ 40 dollars par mois ;

- que les enseignants de Bulgarie sont en grève illimitée pour réclamer de meilleurs salaires. le salaire moyen d’un enseignant s’élève à 340 levs, soit environ 174 euros par mois. Même s’ils obtenaient une augmentation de 100 %, leur rémunération serait encore inférieure à celle de leurs homologues des pays voisins, tels la Serbie et la Roumanie. ” Le Ministre des Finances a déclaré : ” Nous pourrions discuter d’une augmentation des enseignants si 25 % des enseignants étaient licenciés en vue d’optimiser le système éducatif.”

Rappelons qu’en 2003, en Bulgarie, le gouvernement avait fermé environ 500 écoles, malgré des prêts de la Banque Mondiale pour la “modernisation du système scolaire”.

Document en provenance
du Bureau de l’UNICEF - Mozambique (traduit du portugais)

L’enseignant anonyme

Par quel tour de passe-passe un être humain …

sans formation ou presque,
avec un encadrement professionnel réduit au minimum,
qui vit dans un hutte au toit de chaume,
loin de tout magasin et de tout point d’eau
à 5 ou 10 kms de l’école, où il se rend à pied,
qui n’achète ni vêtements ni meubles,
qui reçoit un salaire à peine suffisant
pour acheter de quoi manger pendant une semaine,
et versé souvent en retard,

… réussit à aider un enfant …

qui a fait 5 ou 10 kms à pied pour aller à l’école
après avoir adormi sur une vieille natte
dans une hutte fissurée de toute part et envahie par le froid
sans avoir mangé grand chose
et après avoir fait les travaux ménagers

... à apprendre à lire, à écrire et à compter …

à l’ombre d’un arbre
à même le sol
avec 70 autres enfants
sans craie ni moyens pédagogiques
sans livre et sans cahier
sans stylo et sans crayon ?

Voilà les héros anonymes de toutes les nations.
Ce sont les héros de la paix.


Des rats dans la Françafrique

23.09.07

Le 19 septembre dernier, un Français ayant résidé comme chercheur scientifique pendant au moins deux décennies dans un pays d’Afrique a été condamné à 12 ans de réclusion criminelle par la Cour d’Assises des Hauts-de Seine pour viols sur mineurs. Déjà, il y a deux ans, la même Cour d’Assises avait condamné un prêtre, très médiatique, à huit ans de prison pour la même qualification criminelle.

Deux cas, parmi tant d’autres, de ces personnages qui se sont construit, patiemment, des statues de bienfaiteurs humanitaires tout en profitant de ce “prestige” pour violer des mineurs dans leurs domiciles respectifs. Pendant des années…

Une différence de taille entre les deux cas : l’un, le prêtre, niait tout, tandis que le chercheur n’avouait que les actes qui étaient prescrits… le chercheur ayant été le président du Comité de soutien lors du procès précédent du prêtre, raison pour laquelle il était venu témoigner en sa faveur, mais avec les menottes au poignet, puisqu’il avait été arrêté quelques semaines auparavant pour les mêmes faits…
Pitoyable…

Dans les deux cas, l’enquête et les débats ont révélé plusieurs données fondamentales qu’il importe de connaître pour travailler sur la prévention et la détection de ces crimes :

- ces personnes agissent, soit dans le cadre de leur action publique, soit en marge de leur profession, c’est à dire bénévolement, au service des déshérités, et notamment des jeunes et prennent prétexte de leur action “humanitaire” pour accéder facilement et quotidiennement aux jeunes ;
- mais cela n’est possible - et durable - qu’en se construisant patiemment un réseau de relations personnelles et professionnelles, de façon que le maximum de gens leur soient “redevables de quelque chose”. Ainsi, en face de suspicions, ou de malaises des interlocuteurs sur le comportement de ces personnes, ces gens mettent dans la balance ce qu’ils soupçonnent sans preuve avec ce dont ils bénéficient grâce à cette action.
Et d’abord de l’argent : on ferme les yeux sur ce dont il est difficile d’obtenir des preuves et des témoignages “quand on sait le bien qu’ils font et l’argent qu’ils apportent d’Europe“…
Le chercheur avait d’ailleurs réussi à se faire nommer tuteur de 9 jeunes garçons des rues, pour toucher les indemnités…
Quant à l’ambassadeur de France (il y a 20 ans) du pays de résidence d’un des condamnés, son témoignage au procès était lumineux : “ quand on est ambassadeur, on a d’autres chats à fouetter” (sic).

Au-delà des traumatismes vécus par les victimes, quelques réflexions s’imposent :

- que dit-on dans l’opinion publique européenne lorsqu’un étranger viole un enfant sur sol européen ?

- plus la statue humanitaire est haute, plus il y a de démons à l’intérieur…

- ces comportements criminels ne sont-ils pas des restes d’une perception coloniale des pays d’Afrique ? Ces pays sont indépendants, mais avec l’argent qui afflue d’Europe, dans le cadre de la coopération, publique ou privée, on se permet de considérer les jeunes ou les enfants - ou les femmes - comme des propriétés privées avec lesquels on s’autorise des actes qu’on ne se permettrait pas dans son pays d’origine. Dans toutes ces procédures judiciaires concernant des expatriés, l’élément de racisme est souvent négligé.

- comment s’étonner que dans certains milieux de la nouvelle génération africaine, certains éléments extrêmistes tiennent désormais un discours radical sur l’hypocrisie des droits des l’homme ou des droits de l’enfant, comme étant une volonté d’imposer des normes occidentales sur le reste du monde, alors que le comportement privé de certains expatriés européens (résidents ou touristes) est en contradiction totale avec leur discours “humanitaire universel” ?

Il ne s’agit pas d’idéaliser les pays pauvres - ou ce qu’on appelait autrefois le “tiers monde”, qui n’est pas en reste sur le plan des violations des droits humains, y compris des viols sur mineurs par des nationaux - mais en quoi un crime en justifierait-il un autre, surtout lorsqu’on enrobe ce dernier dans un charabia humanitaire ?
Le chercheur disait, pour sa défense, qu’”on ne sort pas ces jeunes de la rue sans affection ni tendresse“…
Il avait aussi affirmé en 2005 qu’un enfant qui acceptait des relations sexuelles “parce qu’il avait faim n’était pas un enfant violé“. Le “chercheur” aurait-il donc inventé la molécule de la “pédophilie humanitaire” ?
Pauvre type…

Les autorités, nationales ou étrangères, sont accaparées par la lutte contre la criminalité internationale ? Par la lutte contre le terrorisme ?
Quand on sait que ces individus, poursuivis par seulement deux ou trois victimes qui ont déposé plainte, sont restés parfois des décennies à résider ou à voyager en Afrique (ou ailleurs), vous imaginez le nombre d’enfants victimes ?
N’est-ce pas une forme de criminalité organisée et de terrorisme que de violer des centaines d’enfants ? Le chercheur affirmait, lors de l’enquête judiciaire, avoir “accueilli” successivement “environ 500 enfants” chez lui pendant une quinzaine d’années…

Finalement, on se dit que puisque l’Assemblée Nationale Française, ce même 19 septembre, a adopté, en nocturne, la nouvelle clause sur les tests ADN exigés des candidats au regroupement familial vers la France, on pourrait suggérer aux pays africains d’exiger des empreintes génétiques dans tous les dossiers de demandes de visas pour futurs résidents en Afrique…
Vous imaginez le scandale ?


Ciel de plomb sur Lima; du fuel pour Managua

10.09.07

De passage pour 4 jours au Pérou, dans un déplacement prévu depuis longtemps, et donc sans savoir que, quelques jours avant d’atterrir, un tremblement de terre de force 8 mobiliserait les énergies et les esprits vers les villes de Pisco et Ica, à 250 kms au sud de Lima, détruites à 80 %.
Donc, changement de programme, réduit à quelques contacts fort intéressants, et plus de temps que prévu pour humer l’air du temps.

D’abord, du début à la fin du séjour, un froid humide (90% d’humidité) sous un ciel bas et lourd, et véritablement “de plomb”, par ses nuances de gris et son immobilisme. Un poète péruvien décrit, paraît-il, ce ciel d’hiver comme étant de la couleur “du ventre d’un âne”…

Lima : une capitale de 8 millions d’habitants, dont la plupart des quartiers sont d’apparence totalement impersonnelle, traversés d’avenues interminables, saturés de panneaux publicitaires.
Mais comme dans toutes les grandes villes désormais, c’est en s’approchant du centre que l’air devient plus respirable, et que marcher redevient un plaisir élémentaire, l’”urbanisme” des siècles précédents ayant respecté un certain équilibre entre les parcs et espaces et monuments et bâtiments construits avec raffinement et, semble-t-il, avec une solidité éprouvée, lorsque l’on sait la récurrence des tremblements de terre dans la région.

Mais rien dans les formes publiques d’expression artistique ne suggère, rappelle ou met en valeur la période pré-hispanique ou pré-coloniale. Seuls les visages de la quasi-totalité des visages croisés dans les rues témoigne des origines indiennes de ce peuple des Andes.
A New York, vous buvez du Coca-Cola ; à Dubaï, vous buvez du Mecca-Cola, et à Lima, vous pouvez boire l’Inca-Cola

Visité les programmes d’une ONG qui travaille dans une banlieue de Lima, pour promouvoir la justice des mineurs, par des sanctions éducatives, comme alternatives à la détention. Un travail quotidien de fourmi, dont l’anonymat n’a d’égal que l’obstination, dans un océan de détresse économique et sociale. Visité quelques familles, dont certaines, très dignes, cultivent l’espoir de voir leurs adolescents s’en sortir. D’autres familles, comme cette mère seule avec huit enfants dans une seule pièce, dont l’aînée, vivant dans une pièce adjacente, a déjà trois enfants et en attend un quatrième. Un des garçons, âgé de 16 ans, déjà accoutumé à la “colle”, allongé sur “le lit du dessus”, soigne sa grippe et ne souhaite qu’une chose : “étudier”…
Repas avec le Commissaire en chef de la police des 5 commissariats de cette banlieue : convaincu que la pure et simple répression des mineurs délinquants par incarcération ne sert qu’à alimenter la récidive, et que “la prison est l’école du crime”, il semble cependant bien seul, et doit d’ailleurs être bientôt muté…


Managua
(Nicaragua) :
Organisé par la Cour Suprême (système judiciaire largement inspiré des Etats-Unis), un séminaire international rassemble 120 acteurs de la justice des mineurs (dont les gardiens de la prison de Tipitapa, à 30 kms de Managua, où croupissent, entre autres, 42 mineurs chinois, immigrants illégaux - que fait l’ambassade de Chine ?). Des participants qui se révèlent très bien informés des normes internationales, au point qu’on se dit qu’il ne manque que la volonté politique. Que fait donc Ortega II ?
Question posée en fin de séminaire, et en catimini, par une fonctionnaire du Ministère de l’Education : ” Pourriez-vous nous aider à former nos personnels à la prévention des abus sexuels dans les institutions scolaires ?

Visité l’église de Santa Maria de Los Angeles, dont les peintures murales témoignent de toute l’histoire du pays, mais aussi de ce que le foi catholique a inspiré les révoltes sandinistes contre le régime de Somoza. “Somos cristianos, somos revolucionarios”.
L’évêque actuel a tenté de faire disparaître ces peintures murales, devenues lieu de pélerinage, àa la fois religieux, nationaliste et révolutionnaire… En vain, la révolte grondait. Le compromis a été trouvé : elles sont recouvertes d’une toile qui officiellement sert à les protéger de l’humidité…

Pays le plus pauvre de l’Amérique centrale : les pénuries réapparaissent. A la une de “La Prensa”, grand quotidien de Managua, une grande photo du tanker qui vient livrer du fuel vénézuelien : il faut rassurer la population, car l’électricité est désormais coupée tous les jours, de 14 heures à 20 heures.
Du temps de “Ortega I”, chaque personne avait droit à un demi-savon par mois…

C’était un petit morceau de notre chapitre : ” Comment vit l’autre moitié du monde ?


Bangladesh : on ne peut rien contre l’eau qui monte.

9.08.07

Pour avoir travaillé quelques années au nord du Bangladesh, l’Abrincate mesure l’ampleur des conséquences des inondations de cette année dans ce pays, ainsi qu’en Inde et au Pakistan.

De toutes les catastrophes naturelles possibles et imaginables, la pire est - de loin - la montée des eaux.
On en peut rien contre l’eau qui monte.

Un cyclone au Bangladesh est très spectaculaire, par sa soudaineté et sa force, mais moins grave : les maisons villageoises étant en bambou, il est relativement facile de les redresser.
Face à une sécheresse, les populations affectées sont accessibles : c’est une question de mobilisation, de moyens logistiques et de volonté.
Face à une inondation, une seule solution pour les populations : la fuite. Fuite sur les digues, quand il y en a - et si elles tiennent le coup. Les familles s’installent sur les bas-côtés des digues, pour laisser la partie plate à la disposition des véhicules de secours et des familles qui partent s’installer ailleurs.

Il suffit de voir une carte de la capitale, Dhaka, pour mesurer la vulnérabilité d’une ville de près de 9 millions d’habitants.
Et rappeler que le Bangladesh a une population d’environ 140 millions d’habitants sur une surface équivalente à un quart de la superficie de la France.

A 400 kms au nord de Dhaka, au bord du Brahmapoutre, les eauxdu fleuve érodent les rives et les populations se déplacent régulièrement, chaque semaine ou chaque mois, vers l’intérieur : non seulement ce sont des populations de paysans sans terre … mais ils n’ont même pas la terre sous leurs pieds.
Au pied des digues, des échelles étalonnées, plantées dans le fleuve permettent de mesurer la montée des eaux : et avec l’expérience, il est tout a fait possible de prévoir que, si l’eau est montée de 50 centimètres en une semaine, il y aura 150 enfants sévèrement malnourris de plus admis dans chacun des centres médicaux voisins, et ce dans un délai prévisible de 3 semaines au maximum.
Ces populations ne sont accessibles que par barque ou par bateau et les autorités ne disposent pas des moyens logistiques pour secourir des dizaines de milliers de personnes dans un délai aussi court. Et lorsqu’on arrive en barque sur ce qui est devenu une île ou sur une digue (qui a résisté), on affronte une des situations les plus difficiles dans l’action humanitaire d’urgence : sélectionner les enfants les plus atteints de malnutrition ou de quelque maladie générée par la malnutrition. Dire à une mère seule avec 5 enfants qu’on ne prendra en clinique que les deux derniers qui sont les plus atteints, tout en sachant pertinemment que les trois autres enfants, moins atteints, le seront à coup sûr dans les deux semaines à venir, au risque de perdre ses cinq enfants…
Ils bénéficient d’une aide alimentaire sur place, mais deux semaines plus tard, cette mère sera peut-être partie ailleurs, sans qu’on puisse la retrouver.
Pas d’état-civil, pas de titre de propriété de la terre (et pour cause…).

Et tout ceci au milieu d’une population d’un million de personnes dans un cercle de 50 kms de rayon en milieu rural, soit près de 1300 habitants au Km2. En Asie, les chiffres sont toujours très impressionnants : un dispensaire de villages “fait” jusqu’à 200 ou 300 consultations par jour.

Le plus frustrant est de savoir - et de voir - que dans une circonstance pareille, il y a très souvent dans les entrepôts des stocks disponibles de riz et sur les marchés les quantités nécessaires de nourriture de base, mais dont le prix est inaccessible. Au Bangladesh, ce type de catastrophe est globalement prévisible chaque année, notamment en août, mais les propriétaires terriens et les commerçants savent précisément stocker en prévision des pénuries
Il serait fort intéressant comparer la mesure de la montée des eaux et l’augmentation du prix du kilo de riz sur le marché : le parallèle est quotidien…
Incidemment, il faut rappeler ici que les véritables pénuries alimentaires à grande échelle sont très rares : elles surviennent dans des populations victimes de conflits et donc déplacées par la guerre, ou réfugiées dans un pays voisin (surtout lorsque les combats incluent la destruction des récoltes et des champs cultivables).
Autre problème : l’absence d’information. D’où la prolifération des rumeurs, notamment celle de l’apparition du choléra, qui n’est souvent qu’une épidémie de dhiarrées ou de gastro-entérites, due au paradoxe de la pénurie d’eau potable.

Et lorsque, pour “coordonner l’intervention d’urgence“, vous allez rencontrer l’équivalent du Préfet de région, à l’époque - il y a 25 ans - il disposait d’un bureau, d’une table, d’une chaise et d’une moto 125 cm3 contre le mur de son bureau. Aujourd’hui, il a probablement un téléphone portable et un ordinateur…

Face à ce type de situations tout à fait prévisibles, car saisonnières (sauf leur ampleur), des progrès logistiques ont été réalisés, mais rien ne remplace l’apprentissage de la solidarité.

Le plus étonnant, lorsqu’on va à la rencontre des familles réfugiées sur les pentes des digues, c’est un certain silence : aucune révolte, aucune agressivité, voire une atmosphère bon enfant. En réalité, c’est le fatalisme qui est révoltant.

Au fil des années, des efforts considérables ont été réalisés par des ONG bangladeshi, notamment à travers la création de coopératives de paysans sans terre qui se préparent aux pénuries, couplée avec l’alphabétisation des mères pour la prévention des maladies les plus courantes de leurs enfants. Sur ce plan, les programmes d’”éducation fonctionnelle” sont souvent remarquables.
Mais il n’y aura pas de solution durable sans une véritable répartition des terres et sans une volonté politique quant aux prix des denrées vitales sur les marchés en cas de catastrophe de cette ampleur.


Comment vit l’autre moitié de l’humanité ? (1)

28.06.07

Le seul élément fictif de ce billet sera le prénom de cette jeune fille : Halima.

Née en 1988 dans un village rural africain, orpheline de père et de mère, Halima est recueillie par sa tante et son oncle. En 2005, peu après son 17 ème anniversaire, elle se laisse séduire par un travailleur journalier de passage dans le village pour un chantier de quelques semaines.
Elle tombe enceinte, mais ne dit rien à personne. A la fin du chantier, l’homme a quitté le village, destination inconnue. 
De forte constitution, la grossesse d’Halima ne se perçoit pas spontanément. Faute de travail régulier, ses oncle et tante décident de venir s’installer à la capitale, dans le quartier des ” arrivants “, sorte de bidonville de la périphérie.
Comme elle doit travailler pour survivre, Halima s’engage comme domestique chez des particuliers. C’est au cours d’une de ses journées de travail qu’elle accouche, seule, dans la clandestinité chez ses ” patrons”, absents.
Elle prend un couteau de cuisine et coupe le cordon ombilical. Hémorragie de l’enfant, qui meurt dans les heures qui suivent. Elle glisse le corps dans un sac plastique et se dirige vers une poubelle de quartier. Des passants la repérent et la dénoncent.
Rattrapée par la police, elle est conduite en garde à vue et poursuivie pour infanticide. Douze mois de détention préventive à la prison des femmes.
Après un an, procès en cour criminelle (avec photo dans le journal…) : mineure au moment des faits, Halima est condamnée à 18 mois de prison ferme.

La peine de prison se termine le 28 juin 2007.
Problème : l’entourage exige qu’Halima, au terme de sa peine, soit flagellée de 80 coups de fouet, selon la Charia, pour avoir eu des activités sexuelles ” illégales”.
Rendez-vous chez le Procureur pour argumenter sur le fait que lorsqu’il y a deux qualifications, et que la peine a été effectuée pour la qualification la plus grave, la peine de la qualification la moins grave passe à la trappe. Accordé sur-le-champ.
Muni d’ un ordre de levée d’écrou, direction la prison pour femmes.
Halima, timide au milieu d’un groupe de prisonnières, apprend qu’on vient la chercher pour la ramener chez elle. Incrédule, elle fait son baluchon, et dit au revoir ” aux copines “. Dont une Asiatique, incarcérée pour avoir organisé la prostitution de jeunes filles locales au sous-sol de son restaurant chinois.

Dans le bidonville, Halima a du mal à retrouver le chemin de sa maison. Finalement, après quelques tours de quartier, elle s’ y retrouve. La cabane de bois est fermée avec cadenas. Des voisines s’approchent, mais se tiennent sur la réserve en reconnaissant Halima, mais affirment cependant que la mère sera de retour dans environ une demi-heure à une heure.
Pas question, évidemment, de laisser Halima sur place, seule, sous le regard méfiant des voisines. On repart faire un tour de quartier.
Une heure plus tard, la mère (et donc sa tante), de retour chez elle, accueille Halima avec une apparente réserve, sinon froideur. D’après les collègues nationaux, l’émotion était forte sans pour autant submerger la réserve devant des étrangers.

Probléme : pendant 18 mois, en prison, Halima a mangé à sa faim, trois fois par jour.
Or, revenue chez elle, son oncle gagnant comme travailleur journalier l’équivalent de deux kilos de riz (pour nourrir trois personnes), le risque est réel qu’Halima sombre dans la prostitution pour survivre. Elle sera donc suivie par une équipe sociale, pour apprendre un métier, parallélement à une aide alimentaire familiale régulière, aussi pour éviter que le couple d’oncle et tante d’Halima ne la rejette, sous prétexte que devenue adulte, elle doive survivre seule.

C’était notre chapitre :
” Scènes de la vie quotidienne
dans le monde du sous-sol
d’une bonne moitié de l’humanité “.


Kosovo : un officiel serbe a tout compris

22.06.07

Dans une période où le scepticisme grandit au sein de l’Union Européenne, tant chez les leaders que dans une partie des peuples, il n’est pas inutile de se rappeler que le fondement historique de cette Union est d’éviter le retour des guerres ancestrales en Europe.

On n’imagine plus une guerre entre la France et l’Allemagne, et les leaders polonais actuels seraient bien inspirés de ne pas ravivier les frustations anciennes dans les relations entre l’Allemagne et la Pologne.

Paradoxalement, ce sont peut-être certains leaders de pays candidats qui vont remettre les pendules à l’heure…
Dans “Le Temps” du 21 juin 2007, le vice-premier ministre serbe, Mr Bozidar Djelic, homme-orchestre surdoué, a déclaré à Bruxelles, à propos de l’interminable irrésolution de la communauté internationale à prendre une décision sur le Kosovo, affirme clairement :

“La solution, c’est que la Serbie et le Kosovo accèdent tous deux en même temps à l’Union Européenne.”

(Voir billet précédent sur le Kosovo : “Kosovo : pourquoi pas l’impossible ?“)