Des diamants chez R.M.Rilke

18.01.09

Extraits de la “Lettre à un jeune poète“, de Rainer-Maria RILKE :

(…) Vous me demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l’avez demandé à d’autres. Vous les envoyez aux revues… Désormais, je vous demande de renoncer à  tout cela. Votre regard est tourné vers le dehors : c’est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire… Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n’est qu’un seul chemin : entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s’il pousse des racines au plus profond de votre coeur…

Source photo : Rainer Maria Rilke et son égérie, Lou Andreas Salomé

” Les oeuvres d’art sont d’une infinie solitude : rien n’est pire que la critique pour les aborder. Seul l’amour peut les saisir, les garder, être juste avec elles.
Donnez toujours raison à votre sentiment à vous contre ces analyses, ces comptes rendus, ces introductions. Eussiez-vous même tort, le développement naturel de votre vie intérieure vous conduira lentement, avec le temps, à un autre état de connaissance.
Laissez vos jugements à leur développement propre, silencieux. Ne le contrariez pas, car, comme tout progrès, il doit venir du profond de votre être et ne peut souffrir ni pression ni hâte. Porter jusqu’au terme, puis enfanter, tout est là… Il faut que vous laissiez chaque impression, chaque germe de sentiment mûrir en vous, dans l’obscur, dans l’inexprimable, dans l’inconscient, ces régions fermées à l’entendement. Attendez avec humilité et patience l’heure de la naissance d’une nouvelle clarté. Le temps ici n’est pas une mesure. Un an ne compte pas ; dix ans ne sont rien.
Etre artiste, c’est ne pas compter, c’est croître comme l’arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps, sans craindre que l’été ne puisse pas venir.
L’été ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils
avaient l’éternité devant eux… Je l’apprend tous les jours au prix de souffrances que je bénis : patience est tout...(…)
Tout ce que ne sera possible au nombre qu’un jour lointain, l’homme de solitude peut dès maintenant en jeter la base, la bâtir de ses mains qui ne trompent point.
Aussi, cher Monsieur, aimez votre solitude, supportez-en la peine
…(…)
Si tout ce qui est proche vous semble loin, c’est que cet espace touche les étoiles, qu’il est déjà très étendu. Réjouissez-vous de votre marche en avant : personne ne peut vous y suivre.”(…)

Et ailleurs :

(…) Que (l’homme) ait le culte de sa fécondité. Qu’elle soit de chair ou de l’esprit, la fécondité est “une” : car l’oeuvre d’esprit procède de l’oeuvre de chair et partage sa nature. Elle n’est que la reproduction en quelque sorte plus mystérieuse, plus pleine d’extase,  plus éternelle de l’oeuvre charnelle..(…)
Le sentiment qu’on est créateur, que l’on peut engendrer donner forme n’est rien sans cette confirmation perpétuelle et universelle du monde, sans l’approbation mille fois répétée ,des choses et des animaux. La jouissance d’un tel pouvoir n’est indiciblement belle et pleine que parce qu’elle est riche de l’héritage d’engendrements et d’enfantements de millions d’êtres.(…)

Rainer Maria Rilke words by toiouvrant.

Source photo : les mots les plus utilisés dans l’oeuvre de Rilke

Quand on est écrivain et poète, et qu’on parvient à écrire ainsi, on peut aller se coucher le soir avec le sentiment du travail bien fait et du devoir accompli.


Y a-t-il des phrases définitives ?

11.01.09

On a beau faire fonctionner la chaudière de l’esprit critique à plein régime, le cerveau parfois s’étonne de se sentir subitement tétanisé à la lecture d’une phrase ou d’un paragraphe devant lequel on se dit : “ il n’y a vraiment rien à redire à cela…

Tenez, par exemple, cette définition de la beauté :

” La beauté ne peut être proprement dépassée, ne laisse place à aucune connaissance.
Son domaine est l’espérance, et non la possession; l’analogie et non l’identité.
Les liens mystérieux des choses ne s’y découvrent que sous la forme de symboles.
La beauté devient beauté pure, non en ce qu’elle se sépare du monde, mais en ce que tous les problèmes du monde viennent pour l’homme y aboutir, et semblent contenus en elle, de telle sorte qu’elle ne puisse plus renvoyer à rien qui lui soit supérieur, ou du moins qu’elle ne puisse pas dire, sous forme de discours rationnel, ce à quoi elle renvoie.
Une telle beauté n’est plus interprétable. Elle n’est pas la solution, mais elle est la question que le savoir humain ne saurait dépasser. Elle est la forme dernière de l’espoir aux yeux de celui qui ne veut pas affirmer plus qu’il ne sait.
Elle est la preuve que, dans les circonstances les plus tragiques, les plus accablantes, quelque chose apparaît et luit qui condamne le désespoir.”

Ferdinand Alquié (1906-1985) ancien professeur de philosophie à la Sorbonne

decembre-2008-divers-108

Est-il permis de rapprocher cela de ceci ?

” Il appartient à l’art de connaître le déchaînement de la vie, mais de le dompter,  soit la contradiction la plus riche, mais dans l’unité du simple ; la plénitude de la croissance, mais dans ce qui est de longue durée, avec peu de moyens. “
Friedrich Nietzsche.

Et de ceci encore :

” Il est beau que l’animal qui sait qu’il doit mourir, arrache à l’ironie des nébuleuses le chant des constellations, et qu’il lance au hasard des siècles, auxquels il imposera des paroles inconnues.
Dans le soir où dessine encore Rembrandt, toutes les ombres illustres, et celles des dessinateurs des cavernes, suivent du regard la main hésitante qui prépare leur nouvelle survie ou leur nouveau sommeil. Et cette main, dont les millénaires accompagnent le tremblement dans le crépuscule, tremble d’une des formes secrètes, et les plus hautes, de la force et de l’honneur d’être homme.
(…)
” L’humanisme, ce n’est pas de dire : ” ce que j’ai fait, aucun animal ne l’aurait fait “, c’est dire : ” nous avons refusé ce que voulait en nous la bête et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase.

André Malraux.

Ces trois réflexions sont à relire
trois fois
à haute voix
avant de risquer un commentaire…


Le bourbier afghan est aussi humanitaire

24.08.08

Trois humanitaires nord-américaines mitraillées sur une route à 50 kilomètres de Kaboul.
Dix soldats Français mitraillés au passage d’un col à 40 kilomètres de Kaboul.
Trois soldats Canadiens, et trois soldats Polonais abattus au sud du pays.
Soixante seize civils Afghans, femmes et enfants, morts sous les bombes de la coalition de l’OTAN.

Voilà donc le bilan des dix derniers jours de la vie quotidienne en Afghanistan. Sans oublier les deux humanitaires Français pris en otages, puis libérés, en juillet.

Tout a été dit sur le type de guerre qui se déroule dans ce pays depuis …. 30 ans.
Quelques réflexions cependant :

1 – Les Anglais et les Russes ont déjà expérimenté au 20 ème siècle qu’on ne gagne pas une guerre en Afghanistan avec une armée étrangère, même super-équipée en moyens logistiques sophistiqués.
Les Américains et les Français l’ont aussi vérifié au Vietnam.
Mais comme disait l’autre (?) : ” L’Histoire nous apprend que l’Histoire ne nous apprend rien.”

americain GI falouja iraksource photo

2 – Si les forces de l’OTAN continuent de massacrer les populations civiles afghanes, même “par erreur”, on voudrait que les populations villageoises s’engagent du côté des Talibans qu’on ne s’y prendrait pas autrement. C’est quoi le “professionnalisme ” des “armées professionnelles” ?

3 – Les humanitaires, qu’ils le veuillent ou non, sont assimilées aux forces militaires étrangères.
Se croire immunisé parce qu’on intervient dans un souci humanitaire est un leurre.
Envoyer trois humanitaires nord-américaines sur les routes afghanes, dans des véhicules avec logo d’identification, est totalement irresponsable de la part des responsables de cette organisation … américaine.
Les ONG ont été attaquées à 84 reprises cette année, dont 21 fois rien qu’en juillet 2008. (Source : Agency Coordinating Body for Afghan Relief“).
L’attaque mortelle contre les trois humanitaires nord-américaines incite Mr Waliullah Rahmani (Kabul Center for Strategic Studies – cité dans le “Christian Science monitor”) à penser que : ” The assault signals a shift in the Taliban ’s strategy toward a policy of direct confrontation with non-governmental organisations.(…) This appears to be the beginning of a new approach to surround Kaboul and eliminate any foreign or government presence in the area.” (” L’assault témoigne d’un changement dans la stratégie des Talibans vers une approche de confrontation directe avec les organisations non-gouvernementales.(…) Cela semble être le début d’une nouvelle approche pour encercler Kaboul et éliminer toute présence étrangère ou gouvernementale dans la région.”)

4 – Comme le Hamas à Gaza, et comme le Hezbollah au sud du Liban, les Talibans estiment pouvoir assumer les “services sociaux” de la population. Mais ils ne font que répliquer, en symétrie, le raisonnement utilisé de l’autre côté : ” on envoie les militaires, et les agences des Nations Unies, avec les ONG reconstruiront les services à la population “, le tout drapé dans la croisade pour les droits de l’homme et le rétablissement de l’Etat de droit. Dans toute l’histoire de l’humanité, quel Etat est né et a vécu durablement par la grâce des ONG étrangères ?
On sait ce qu’ont fait les Talibans lorsqu’ils étaient au pouvoir (après qu’ils aient été soutenus pendant des décennies par les Américains pour libérer le pays de l’Armée Rouge).
La solution n’est pas évidente, mais elle n’est sûrement pas pas dans le mélange des genres et dans l’inadaptation des mandats des intervenants respectifs ; ce n’est pas aux ONG de faire du renseignement militaire, ni aux militaires de faire de l’humanitaire. Et plutôt que de s’enfermer dans l’autisme idéologique, il faudra bien, des deux côtés, s’asseoir pour négocier avec le Diable…

Le problème de la sécurité des personnels humanitaires n’est pas d’abord dans les mesures techniques préventives – qui ont leur importance – mais en amont, dans la perception qu’elles ont de la réalité du contexte d’intervention – et dans les perceptions des différentes parties en conflit, dans lesquelles elles insèrent leurs objectifs humanitaires.

“Aid organisations are warning that if aid workers go, badly needed social services will dry up and cripple the Afghan governement, strengthening the Taliban’s position.” ( “Les organisations d’aide avertissent que si les humanitaires s’en vont, les services sociaux essentiels se videront et affaibliront le gouvernement afghan, renforçant ainsi la position des Talibans.“). Si cette position est bien celle exprimée par les organisations humanitaires sur place, ce qui confirme leur engagement dans une des parties du conflit, elles se mettent ainsi en symétrie avec les Talibans dans une lutte pour le pouvoir. Est-ce leur mandat ?
Ce raisonnement n’est-il pas le meilleur moyen de faire mitrailler leurs employés ? Si les organisations humanitaires se “gonflent les chevilles” à se vouloir des “grandes puissances “, dans un pays où l’Etat est déliquescent – et donc pour se substituer à lui – comment s’étonner que leurs volontaires soient pris en otages, ou descendus comme des lapins, par la partie adverse ?

Comme disait le philosophe anglais Bertrand Russel :

” War doesn’t determine who is right, only who is left.”
” La guerre ne détermine pas qui a raison, mais qui est abandonné à son sort.”

Afghanistan / Portrait # 3source photo

Autres billets de ce blog sur le même thème :

” Le fourre-tout de ce que l’on demande aux ONG “

” L ‘Occident se prend les pieds dans le tapis afghan “


” Humanitaire, idéologie et …humanité “

” Un si détestable petit livre de Mme Saporta “


Un peu de l’essentiel en peu de mots …

28.06.08

Paul_ValeryPhoto Paul Valéry

” La conscience règne, mais ne gouverne pas. ”
(Paul Valéry – ” Mauvaises pensées et autres” )

” Si l’Etat est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons.”
(Paul Valéry – “Regards sur le monde actuel“.

” Les hommes se distinguent par ce qu’ils montrent, et se ressemblent par ce qu’ils cachent.”
(Paul Valéry)

” L’homme de génie est celui qui m’en donne.”
(Paul Valéry – ” Mauvaises pensées et autres “)

” Qui rougit en sait un peu plus qu’il ne devrait en savoir. “
(Paul Valéry – “Mélanges“)

Jules MicheletPhoto Jules Michelet

La politique est l’art d’obtenir de l’argent des riches et les suffrages des pauvres, sous prétexte de les protéger les uns des autres.
(Jules Michelet)

De Mr Jean-Marie Delarue, contrôleur général des prisons françaises (extraits de l’inteview dans “Le Monde” du 24.06.08):

” La prison, c’est l’envers de notre société. Elle présente une image condensée du rôle de l’Etat et de la façon dont il se comporte avec des personnes qui sont mises sous son autorité 24 h sur 24.”

S’adressant à des journalistes qui l’interrogaient sur les émeutes de banlieue française :

” Vous êtes attentifs aux bruits, moi je suis surtout attentif aux silences.”

Photo J.M. Delarue

A propos d’Albert Cossery, écrivain égyptien décédé à Paris, d’un autre écrivain égyptien, Georges Henein :

Le sérieux de la vie sociale, qui pose un masque de tristesse sur le visage de l’homme moderne, est une chose moins encore inaccessible qu’inintelligible pour les créatures de Cossery. On peut se laisser dépouiller de tous les biens matériels, accepter le dénuement le plus extrême, et cependant s’arc-bouter à cette dernière possession, à ce pacte avec le temps, grâce à quoi l’on se donne le sentiment d’apprivoiser la seule vraie force consumante de l’existence.”(…)

Photo d’Albert Cossery

” Avec des phrases mal taillées, avec des personnages voûtés qui se meuvent dans des ruelles sordides, avec des décombres et des gravats, Albert Cossery forge une matière durable et des images tenaces. Dans chaque aspect particulier des choses, il perçoit et isole le germe d’une vision ample, plus essentielle. Peut-être son inattention est-elle plus feinte que réelle, car s’il néglige, ça et là, son devoir d’écrivain, il ne dérobe pas à sa fonction qui consiste à arracher à la nuit des figures qui eussent pu demeurer à jamais fantomatiques – de les promouvoir de palier en palier, pour enfin les marquer d’une signification universelle.”

Y a-t-il meilleure définition de la littérature ?


Identités remarquables … en littérature

6.04.08

Les attentes interminables dans les aéroports laissent le loisir de lire plus attentivement qu’ailleurs…
Dans le “Monde des Livres” (28.03.08), au hasard des articles, on déniche parfois des petits diamants d’écriture, comme ce qui suit :

D’Abdelkédir KHATIBI, écrivain marocain :

” J’appartiens à un pays magnifique qui est marginal.
Il est de force vive.
Je lui dois ma naissance, mon nom, mon identité initiale.
Je lui dois mon histoire, sauf le récit de ma liberté d’esprit, celle d’avoir à inventer un espace et une relation de dialogue avec n’importe quel être venant vers moi.
Je me modifie au contact de l’étranger qui me veut du bien, grâce au discernement et à la clarté d’esprit.
Et après tout, vivre avec soi-même avec la liberté d’esprit, partager le principe de communauté d’esprit avec le proche, le voisin, le lointain, l’ancêtre qui nous fait encore signe, est le destin de tout intellectuel contemporain qui soit conséquent en parole et en acte.
Mondialiste et altermondialiste à la fois, je migre dans cette constellation d’affinités actives avec les scientifiques, les penseurs et les artistes. En tout cas, je fais mon travail, c’est-à-dire la transfiguration de mon expérience en un chemin initiatique.”

(” L’intellectuel et le mondialisme ” – “Essais”, page 323)

Ce qui rappelle une des citations les plus célèbres du poète autrichien Rainer-Maria Rilke :

” Nous naissons, pour ainsi dire, provisoirement, quelque part ;
c’est peu à peu que nous composons en nous
le lieu de notre origine, pour y naître après coup,
et chaque jour plus définitivement.”

(” Lettres milanaises” , 23.01.1923)


Pourquoi faire un blog ?

21.03.08

Dans le cahier spécial du “Contre-journal” de “Libération”,
Le blog, notre gueuloir électronique “,
plusieurs écrivains tentent de déchiffrer ce qui les incite à entretenir un blog :

Emmanuelle Pagano :

Son blog

Mon blog (…) “c’est une sorte de carnet extensible. J’ai appelé la partie blog de mon site “ dans la marge ” parce que la marge, c’est l’endroit où l’on prend des notes, où l’on se corrige aussi, c’est tout ce qu’il y a à côté du texte lui-même. Et la marge ce n’est pas rien, c’est ce qui tient ensemble les pages d’un livre.”(…)
“Le blog est aussi une manière de classer les brouillons : il permet de trier dans la matière.”
(…)

Oui, y compris pour celles et ceux qui n’ont ni le talent ni le temps d’être écrivains : un blog peut exprimer les marges d’une vie quotidienne. Et on se surprend parfois à relire ce que l’on écrit plusieurs mois ou années auparavant. Et s’apercevoir que ce ne sont que des brouillons… et que, peut-être ce que l’on note dans les marges d’une vie justifiera un livre, qui sait ? Mais un livre ne se justifiera que pour y déposer ce qui aura résisté au temps.

François Bon :

Son blog

(…) Juste une petite vitrine sur mon atelier, comme on va boire un café chez le copain luthier. je n ‘aime pas le mot “oeuvre”. Dans celle de Kafka, il y a ses lettres, ses journaux, ses leçons de grammaire d’hébreu, ses conversations (…). Dans la haute solitude de Beckett, il y a les 3 000 lettres en 5 langues qu’il a laissées. Via Internet, on fait la même chose, mais à vue. La littérature dans la friction du monde. (…)

Oui, un blog n’est une oeuvre, mais des miettes de pensée et d’intuitions, qui ne sont que de vagues échos de tout ce qui est vécu et ressenti. Avec un minimum de désir de mettre en forme, car on n’écrit pas tout ce que l’on ressent, on n’écrit même pas tout ce que l’on dit. S’adresser à un public virtuel suppose qu’on parie sur l’intérêt qu’il peut y trouver…

Christophe Claro :

Son blog

(…) “Il n’est pas inutile d’aller houler (on ne vas quand même pas utiliser cet horrible mot de “surfer”) sur le triple-doublevé afin d’y découvrir des plate-forme pertinentes qui ne cherchent pas à jouer les prescripteurs ou les têtes de gondole.”
(Il faut) ” trouver les plus intéressantes dans la pléthore existante – mais bon, on a tous galéré au début dans les grande surfaces et les catacombes. Passé ce cap du défrichage, on est vite étonné (et bien souvent admiratif) devant le mélange de passion et de culture qui sévit dans ces eaux supposées troubles.
En plus, de ne pas être bridés par l’espace alloué ou le calendrier
(…).
Un gueuloir électronique, une carte blanche du tendre et du moins tendre.
J’ai récemment installé un compteur pour connaître le nombre de visiteurs sur mon blog
(…)
C’est très édifiant. Environ cent trente deux personnes le visitent par jour
(…) et la plupart n’y aboutissent par erreur après avoir recherché des vocables que la décence m’empêche de reproduire ici.”

Oui, un blog c’est d’abord l’exercice d’une liberté, après avoir “plongé” dans un “océan de l’inutile” – mais non sans y avoir découvert par hasard des blogs de photographes absolument exceptionnels.
Quant aux statistiques, elles sont effectivement illusoires, puisque la recherche par mot-clé rend l’exercice totalement aléatoire. Celui ou celle qui fait un blog d’abord et uniquement pour être lu se désespérera très vite, surtout si il-elle n’a rien d’autre à dire que la recette de cuisine ou le film de la veille au soir.
C’est très curieux un blog : on fait peut-être un blog d’abord pour soi-même, les notes du parcours, les brouillons, les évènements marquants pour soi – et peut-être que cela en intéressera d’autres. On dit toujours que le succès d’un blog, ce sont les commentaires : oui et non… pourquoi le billet de ce blog “Le droit de ne pas être père”, du 12 mai 2006 reçoit toujours des commentaires (44 à ce jour) et d’autres billets, aucun… alors que le nombre d’ouvertures dépasse largement celui du précédent ?
On a aussi l’exemple de blogs époustouflants de commentaires de tous côtés, de tous sujets, même en-dehors du thème traité dans le billet – une sorte de nouveau ” salon où l’on cause”… Le plus étonnant est celui, “Big Picture”, de Corinne Lesnes, correspondante du “Monde” à New York, blog fort intéressant, mais qui a parfois autant de commentaires, et par centaines, lorsqu’elle fait un billet pour signaler qu’elle part en vacances, que lorsqu’elle traite une information américaine particulière (toujours pertinente, même si souvent simplement anecdotique).

Laure Limongi :

Son blog

” J’aime l’extrême liberté du support et j’essaie, comme dans on écriture, de détourner les outils et les genres. J’aime l’immédiateté et l’accès libre, anonyme. Lancer quelques crus maison dans la mer d’Internet.(…) C’est un espace indocile, hétérogène, non systématique, à la fois impulsif et maîtrisé, comme je les aime.(…)
Internet est déjà un présent de l’écriture, un lieu d ‘expérimentation et de diffusion essentiel
.(…) C’est une l’alternative aux pressions économiques du marché de l’édition. Un océan où l’on déniche des trésors. Quant à l’avenir… j’ai du mal à accepter la notion de livre numérique (comme) strict remplacement du livre par un PDF téléchargeable.(…)
Car pour moi, texte en ligne n’est pas synonyme de livre. Je suis très attachée à l’objet, à sa matérialité, à son format, au grain de son papier aux caractères choisis
(…)
Le papier brûle, l’ordinateur plante. J’ai toujours aimé jouer avec le feu.
(…)

Charles Pennequin :

Son blog

(…) ” Internet, c’est comme faire des ronds dans l’eau. (…) “ Internet est le brouillon d’un livre, quelque chose à agencer, à mettre en place, ou à laisser tel quel… C’est comme faire des improvisations chez soi ou des gammes (ou des grimaces devant le miroir !). (…) “ L’écriture est ma seule liberté, c’est ma vie libre. J’ai tout accepté dans la vie pour écrire, c’est-à-dire pour qu’on me foute la paix. “

Bien vu, et notamment par celui qui alimente ce blog, n’ayant ni le talent, ni le temps, ni pour métier d’écrire, et qui cherche par son blog à sauvegarder et à fixer quelque part, les impressions, coups de coeur, réflexions, coups de gueule, et miettes de lectures d’ ici et là, qui ont de l’importance ou de la valeur à ses yeux – et qui en fait ainsi profiter celles et ceux qui tombent dessus par hasard dans une recherche par mots-clés – même s’ils ne sont pas toujours utilisés dans le sens recherché…

Eric Chevillard :

Son blog

(…) ” L’immédiateté de la publication sur un blog est une révolution. Les possibilités d’intervention sont infinies. J’ai toujours pensé que l’écriture était une forme de contre-attaque ou de riposte et ce mode de diffusion permet à la réaction de porter en temps réel.(…)
” Ces petites écritures absolument libres de toute injonction (y compris de la forme) me rendent aussi euphorique que mes premières tentatives poétiques à l’adolescence.
(…)
” J’ai opté pour un dispositif léger que je reconduis chaque jour assidûment : trois fragments brefs à tonalité le plus souvent humoristique, qui peuvent être des micro-récits, des aphorismes, des réflexions diverses, notes ou formules poétiques,
(…) en suivant quelques fils aussi afin que se construise jour après jour un livre, car il y aura un livre.(…)
” I
nternet ne saurait en effet dans l’état actuel des choses se substituer à l’édition traditionnelle. On va lire le billet du jour sur les blogs que l’on suit, mais les archives sont finalement aussi peu visitées que les caves ou tiroirs où elles étaient précédemment stockées. La lecture reste inconfortable.
(…)
” De nouvelles habitudes de lecture s’ensuivront…
(…) De nouvelles pratiques éditoriales aussi verront le jour, c’est inévitable.
Pour moi qui entre dans une papeterie comme d’autres dans une confiserie, en salivant, je ne me lasserai jamais des livre de papier. Je pense qu’il en va de même pour les écrivains de mon âge qui s’aventurent sur Internet. Nous sommes des conquérants exaltés mais déjà nostalgiques du pays natal.”

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Un blog ?

Immédiateté et perennité,
(que reste-t-il quand on a tout tamisé ?)

Intuition et langage,
face à des “excès de réalités”
quand on a la chance de parcourir le vaste monde

Liberté et contrainte,
et choisir de dire, sans jamais dire “je”

Image et texte ,
l’un-e ne remplaçant pas l’autre

Se retirer du monde (voir ceci)
pour mieux l’appréhender

Foutez-moi la paix,
mais j’aimerais quand même vous signaler ceci...
ou encore cela.

Résister au bastringue de la communication ambiante
et courir après les vraies étoiles.

Un blog, c’est, somme toute,
une manière de plaisir dans un environnement de procédures et de charabia
un espace de gratuité dans une société du ” how much ?
un espace de silence où l’on peut poser son propre sens des mots,
et, à défaut, citer ceux et celles qui le disent mille fois mieux qu’on ne saurait le dire.

Si c’est lu, tant mieux ; si ce n’est pas lu, tant pis,
Si ça plaît, tant mieux ; si ça ne plaît pas, tant pis.
Avec tout l’humour que supposent les choses sérieuses.

” Dans le désert,
les mots ont un contours net.”

(Lawrence d’Arabie)

” Le rêve est donné à ceux
qu’une âme vigilante
empêche de dormir. “

(Edmond Kaiser)


David Grossman : écrire pour survivre

15.03.08

Lors de “Matins de France-Culture” (14.03.08), dialogue entre Ali Badou et David Grossman, écrivain israëlien, (avec interprétation simultanée) , après la parution de son dernier livre “Dans la peau de Gisela” (Seuil) où il analyse les liens entre politique et création littéraire. Transcription d’un extrait de l’interview :

” Vous venez au Salon du livre pour rencontrer des lecteurs ? Parler de vos romans ? Donner envie de lire ?”

” En général, quand un écrivain vient d’Israël, on parle directement avec lui de politique, mais nous, les écrivains, nous voulons raconter une histoire, essayer de raconter une bonne histoire, et même dans un certain sens, que nous surmontions la situation de violence, la situation qui, comme un récit, dévore le corps et l’âme. Ecrire sur les choses, ce qu’on a pas le temps de faire d’habitude lorsque la guerre se déroule…

“Quelles choses ?…”

” Eh bien, personnellement au cours des dernières années, je ne voulais pas que ” la situation ” fasse disparaître les choses importantes, les relations entre parents et enfants, les relations entre homme et femme, etc (…)
Principalement je voulais tourner le dos à la violence, aux craintes, aux peurs, essayer de trouver une voix intérieure, personnelle, apaisée. Et c’est parfois effrayant, car il y a tellement de violence et de sang autour de moi … m’enfermer dans une pièce et d’écrire sur les choses les plus intimes de la relation familiale, ce qu’est d’être un enfant, ce qu’est d’être un parent… et pour moi écrire a toujours été une façon de respirer mon propre être, dans une situation où l’air est vraiment très mauvais. Dans une situation où il y a des problèmes de langue … et même en tant que citoyen, j’ai des problèmes de langue, parfois…

” Des problèmes de langue, comme citoyen ? Expliquez-nous ça…”

” Je pense que la première chose que les institutions, l’armée, le gouvernement, le judiciaire, la première chose qu’elles prennent en main, c’est la langue, qu’elles déforment, et au lieu d’utiliser une langue qui décrit la réalité, elles créent une langue qui sépare le citoyen de la réalité.

” C’est partout, dans toutes les zones de guerre … il y a création d’une langue dont le rôle est de cacher l’horreur, parce que la majeure partie des citoyens sont des gens moraux : il savent très bien au fond d’eux-mêmes lorsqu’ils font des choses qui ne sont pas bonnes, et ces grandes institutions tentent de les protéger ou de leur cacher ce qu’ils font, et donc elles fabriquent, elles créent une langue, dont le but est de permettre aux citoyens de vivre en paix avec les choses les plus horribles.

Je crois que le rôle de l’écrivain est d’appeler les choses par leur nom, de ne pas utiliser de slogans ” collés “, de ne pas se soumettre aux clichés, parce que si on parle par clichés, finalement on ne dit rien, et celui qui écoute n’entend rien non plus : on échange entre soi une monnaie que tout le monde accepte mais qui veut dire finalement : ” on ne va pas en parler “. Et donc j’espère que chaque fois que j’appelle les choses par leur nom, par leur prénom…quand j’ai écrit ce livre, ou cet article, j’ai soudain senti que je cesse d’être une victime de la situation, senti que j’ai une liberté face à la réalité.

Une des libertés, un des droits que nous avons, c’est d’écrire par nos propres mots la tragédie dans laquelle nous sommes. Si nous faisons ainsi, nous cessons d’être des victimes.

Ne pas être victimes dans la situation où nous sommes, c’est quelque chose de très important. Lorsque c’est vraiment quelque chose de terrible, à laquelle nous nous soumettons tous, le fatalisme, nous, les Israëliens et les Palestiniens, le sentiment qu’il n’y a rien à faire pour changer, que nous sommes condamnés à vivre et à mourir par l’épée, et jusqu’à la fin des temps.

Alors, j’écris… il y a une alternative : quand je crée un personnage, je sens soudain combien il y a de possibilités, de possibles : choisir entre ceci et cela… me tourner vers celui-ci ou vers celle-là… Là véritablement, l’utilisation d’une langue fine, détaillée, me montre à quel point il y a d’autres dimensions possibles, à quel point je ne suis pas condamné à être enfermé dans une situation.

Je dois vous dire que lorsque je le fais, lorsque j’écris ainsi, lorsque je sens que j’écris correctement, soudain, je sens que je respire des deux poumons, je ne suis pas contracté, je ne suis pas handicapé, et comme je l’ai dit, ne pas se ressentir comme victime, sentir que j’ai une possibilité de changer mon destin, qu’il y a une alternative à la situation. C’est la meilleure des choses qu’on puisse se souhaiter dans la situation actuelle.”

Pas de commentaires sur un discours qui se suffit à lui-même.

Voir un billet précédent de ce blog : “Quand les écrivains écrivent sur l’écriture” .


Philippe Sollers, léger et grave

17.12.07

Au hasard de lectures de voyages, découvert un petit livre fort plaisant de Philippe Sollers, “Carnet de Nuit” (1989) où l’on peut savourer ces quelques réflexions et aphorismes à la fois graves (sur le fond) et légers (sur la forme) – ou l’inverse (?) :

” J’ai tiré mon nom des dictionnaires et il s’y retrouve. Ce n’était pas évident.”

” Il m’est arrivé de combattre des évidences parce que des imbéciles les soutenaient. “

Trop, pas assez : arrange-toi pour qu’on dise sans cesse de toi : trop ceci, pas assez cela.
Pas assez, c’est eux. Trop, c’est toi. “

” L’impression de n’arriver à rien (vraiment à rien) veut dire que beaucoup se prépare. “

” Toute conversation se réduit désormnais à une succession de monologues alternés où chacun, à toute allure, fait sa propre publicité en face de l’autre. On se tronperait en donnant de ce phénomène criant une interprétation psychologique. Non, votre interlocuteur n’est pas “ narcissique “, ” arriviste “, ” autistique “, voire ” paranoïaque ” : c’est une particule du spectacle, il ne peut pas faire autrement.”

” Il est bien, si on en a le courage, de donner à ceux qui souffrent une compréhension qui leur paraîtra un reproche quand ils auront changé” (Marcel Proust)

” La charité doit être aussi savante que le vice. “ (Balzac)

” Essaye de vivre toute une journée en esprit, à chaque instant, dans un tableau de Cézanne.
Tu verras bien. “

” Tout système est vrai en ce qu’il affirme, et faux en ce qu’il nie. ” (Leibniz)

” Le sable échappe au calcul. “ (Pindare)

” Le mot, pas assez célèbre, de Louis XIV pour les jardins de Versailles :
Vous y mettrez un peu d’enfance.

De Voltaire à Diderot (lettre en date du 14 août 1776) :
” Si jamais vous retournez en Russie, daignez donc passer par mon tombeau.”

” On ne tue pas par la colère, mais par le rire. “ (Nietszche)

” Pour vivre cachés, vivons heureux.”

” Je crois au Dieu de Jean-Sébastien Bach “ 


Du bon aloi de certaines phrases

7.10.07

Qu’est-ce qui rend une phrase parfaite ?

- Son aloi.
L’aloi, chez les Anciens, chez Villon par exemple, c’est le bruit que fait une pièce en tombant sur le comptoir. On entend de quel alliage elle est faite. On entend si c’est une bonne pièce ou une mauvaise.
Il y a un aloi pour la littérature. Je l’entends, tout de suite.
Si la phrase est écrite, elle est versée à mon compte sur l’éternité.”

(Pierre Michon, dans une interview au “Nouvel Observateur” – septembre 07)

Au hasard de lectures récentes et discontinues, voici quelques phrases de bon aloi :

“Toutes les civilisations sont des Organismes Génétiquement Modifiés.”
(Malheureusement, impossible de retrouver l’auteur, entendu par hasard sur RFI)

” Dans un monde qui court sans savoir où, on ne perd jamais son temps à perdre du temps.”
(Jean Contrucci -N.O. – septembre 07)

“Les journalistes servent à s’inventer soi-même.”
(Yasmina Reza)
“Il n’y a pas de gène du destin. Ni malheureux, ni heureux.”
(idem)

” Le philosophe a régné sur le monde antique.
Le savant règne provisoirement sur le monde d’aujourd’hui.
Tout laisse à penser que c’est l’artiste qui règnera sur le monde de demain.”
(Georges Mathieu, peintre, né en 1921)
Pour l’instant, ce serait plutôt le règne des golden boys avec leurs stock-options – et la parenthèse est un peu longue – mais ça passera, comme le reste…

Enfin, dans la catalogue – mince – des phrases lumineuses et définitives :

” Je prends un bloc de marbre,
et j’enlève tout ce qui est en trop.”

(Michel-Ange, sculpteur, 1475-1564)


Petit clin d’oeil à Pierre-Henri Simon

24.08.07

Au hasard d’un fond de grenier et en prévision d’un long parcours en avion, retrouvé un petit livre de Pierre-Henri Simon : ” Mauriac par lui-même” (Collection “Ecrivains de toujours” / Seuil), non pas tant pour Mauriac en soi, que par plaisir de retrouver le style de celui qui fut critique littéraire, en page 2 du “Monde”, pendant des années.
Un style parfait de clarté jusque dans les nuances, qui donnait envie de lire, par sa capacité à susciter l’empathie, sans cependant céder à aucune complaisance mondaine,  ni dissimuler le néant de l’analyse par des successions de jeux de mots ou des effets de style.
Empathie, rigueur, précision des mots : Pierre-Henri Simon, c’était une maîtrise de la langue, véritablement au service d’un contenu.

Qu’on en juge :

” La poésie est un frisson qui naît quand l’essence d’une âme se mêle au fond des choses “.

” Le romancier donne vie à ses personnages en projetant hors de lui non pas sa personnalité consciente et réalisée, mais les virtualités secrètes et opprimées du moi créateur. “

” Le propre des incendies du coeur est qu’ils nous séduisent plus par l’ardeur de leurs flammes qu’ils ne nous effraient par la désolation de leurs cendres. “

Sur les personnages des romans de Mauriac : ” Ses créatures n’existent qu’autant que leurs  voix éveillent des échos complices dans les consciences solitaires “.

” Dans la polémique, (Mauriac a) une technique raffinée de l’acupuncture, un art de toucher l’adversaire au point douloureux; après quoi, craignant d’avoir été trop fort, il se rétracte, il s’excuse ; car, si son premier mouvement n’est pas toujours bon, sa conscience est honnête et ses intentions sont droites. “

” Entre la chose décrite et l’état d’âme, il aperçoit, plutôt qu’un rapport analogique, un lien nécessaire, une solidarité vitale, de telle sorte que le décor et l’aventure, le climat physique et le climat moral sont donnés ensemble, s’expliquant l’un par l’autre, dans une totalité à la fois psychologique et intensément poétique.” (…) Ce n’est point un artifice littéraire : c’est l’exigence profonde d’un art qui, voulant refléter le drame de l’esprit incarné, tend constamment à rejoindre l’âme à travers la sensation. “

On ne peut clore ce petit et modeste hommage à P.H.Simon sans citer quelques fulgurances de François Mauriac lui-même :

Sur les rapports entre réalité et fiction :

” Tout drame inventé reflète un drame qui ne s’invente pas.”

Sur sa foi religieuse :

” La possession, hors de l’espace et du temps, de cet amour en qui j’ai foi, plus qu’en ma propre vie, est à la lettre inimaginable, échappe à toute vie humaine, à toute approximation. Il faut y tendre mais n’en point parler.”