Commerce des armes : des statistiques effarantes

15.03.08

Sur ce site, on peut prendre connaissance
des informations suivantes :

16 milliards de munitions sont produites chaque année, soit plus de 2 balles pour chaque homme, femme ou enfant sur la planète.

60 % des armes légères sont entre les mains de civils et plus de 80 % des armes légères illégales proviendraient au départ d’un commerce reconnu par les Etats.

Un tiers des pays du monde consacre plus d’argent aux dépenses militaires qu’aux dépenses de santé.

Les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies sont responsables de deux tiers des exportations d’armes conventionnelles dans le monde.
Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni dégagent des exportations d’armes un revenu supérieur à celui de l’aide qu’ils ont versés aux pays acheteurs.

L’Indonésie, deuxième destinataire au monde de l’aide étrangère, dépense pour ses forces militaires, presque le même montant que les fonds reçus au titre de l’aide internationale.

Source photo

Voir aussi un billet précédent :
” Faire son beurre sur les canons “ 


Orphelins de l’”Arche de Zoé” et statuettes du Bangladesh

31.12.07

Puisque la période de transition d’une année à l’autre favorise les visions dites d’”altitude”… la concomitance de deux éléments d’actualité incite à la réflexion suivante :

Le gouvernement tchadien a bloqué in extremis, sur le chemin de l’aéroport d’Abéché, le transfert d’une centaine d’enfants vers la France organisé par l’association française “Arche de Zoé“.
Le gouvernement du Bangladesh a aussi bloqué in extremis, à l’aéroport de Dacca, l’envoi de la totalité des caisses de statuettes destinées au Musée Guimet de Paris, pour cause de vol d’une des caisses contenant deux statuettes inestimables, au coeur même des entrepôts de la douane de l’aéroport, juste avant l’envol pour Paris.
Le Musée Guimet est donc obligé d’annuler cette exposition exceptionnelle de plus d’une centaine de chefs-d’oeuvre archéologiques. Et l’exposition n’aura probablement jamais lieu (mais le catalogue existe et peut être acheté).

L’analogie entre ces deux évènements est évidemment abusive au sens où, dans un cas, des baroudeurs humanitaires se sont cru permis, en roulant tout le monde, de kidnapper au Tchad une centaine d’enfants dits “orphelins soudanais”, au mépris des règles éthiques humanitaires élémentaires, tandis que d’un autre côté, le Musée Guimet ne peut être considéré que comme victime d’une vraie cabale interne au Bangladesh, puisque tout avait été préparé dans les formes administratives et politiques légales et sans but lucratif.

Dans les deux cas, cependant, les réactions d’une partie de l’opinion publique locale sont symptomatiques d’une hyper-sensibilité à tout ce qui touche à l’identité nationale, les biens culturels constituant, aux yeux de cette opinion - et à juste titre - une valeur tout aussi fondamentale que les enfants du pays.

En effet, on ne s’empêchera pas de penser que, dans un contexte d’extrême pauvreté et de désastre économique, les opinions publiques de beaucoup de pays pauvres s’accrochent à ce qui définit l’identité nationale, qui est autant son passé que son avenir.
La mondialisation est perçue par beaucoup de gens de ces pays comme un pillage éhonté des pays pauvres par les pays riches, et les transferts d’enfants, comme ceux des statuettes, moyennant finances, sont perçus comme une variante de l’exploitation internationale des pays pauvres.

A juste titre dans le cas de l’”Arche de Zoé” qui n’était au départ qu’une opération de marketing humanitaire : on part d’une idée (”sauver des enfants de la mort”), et on cherche les solutions (les familles d’accueil dont on sollicite les fonds pour payer l’opération) et on part ensuite chercher les enfants qui doivent correspondre à l’idée initiale et à l’attente des parents qu’il ne faut pas décevoir, au prix de mensonges sur les origines réelles des enfants - qui n’étaient ni orphelins, ni soudanais, ni menacés de mort.

Dans le cas du Musée Guimet, aucune mauvaise intention ne peut être prêtée aux organisateurs de l’exposition, qui l’ont préparée en toute transparence et en toute légalité. Le fantasme est plutôt du côté des opposants au gouvernement du Bangladesh, qui ont imaginé (sincèrement ou non…) que ce prêt n’était que le prétexte à un trafic d’oeuvres d’art.

Mais, que ce soit dans l’action humanitaire ou dans les échanges entre musées, nous vivons désormais une époque où il faut compter avec les sentiments nationaux collectifs, qu’on ne peut isoler d’un contexte économique mondialisé où l’identité culturelle et nationale est souvent la seule dignité que les populations estiment pouvoir conserver lorsqu’elles n’en peuvent plus de survivre, face au spectacle télévisé quotidien de leaders-”renards” mondiaux arrogants dans le “poulailler” de la jungle économique internationale.

C’est un point de vue.

Bien dommage pour le Musée Guimet qui ne méritait pas une telle déconvenue.

Voir aussi les billets précédents de ce blog sur l”Arche de Zoé ” :

” Arche de Zoé : du bricolage avec l’humanité des autres “
” Arche de Zoé : la désobéissance civile par le mensonge ?” 


Toujours plus fort …

19.11.07

Décidément, les nouvelles sont de plus en plus époustouflantes:

Exemples divers et variés, sans aucun lien entre eux :

1 - CAMBODGE : Kieu Shampan, ancien Président de la République du Kampuchéa, de 1975 à 1979, vient d’être arrêté ce matin pour être jugé par le “Tribunal parrainé par l’ONU” pour juger les crimes contre l’humanité commis sous le régime des Khmers Rouges.
Dans une interview diffusée ce matin par France-Culture, Kieu Shampan affirme, dans un français parfait, qu’il ignorait tout, pendant son mandat, des massacres dont on lui impute la co-responsabilité.
On en est donc écouter tranquillement un ancien Chef d’Etat qui dit avoir ignoré, pendant 4 ans de mandat, qu’un million et demi de ses compatriotes étaient systématiquement massacrés sous un régime qu’il présidait.

Dans le même registre, il y a encore mieux : l’actuel Ministre d’Etat des Affaires Humanitaires du Soudan est poursuivi depuis le 2 mai 2007 par la Cour Pénale Internationale pour crimes contre l’humanité

C’est comme au Cirque : chaque année, on voit toujours plus fort…

2 - Extrait du “Matin-Dimanche” (Suisse - 18.11.07) :
” BOLIVIE - Près de 16 000 enfants sont sortis de Bolivie illégalement et sans leurs parents à destination de l’Argentine et du Pérou. Il s’agit là d’un trafic ayant pour but de les exploiter au travail et sexuellement, a affirmé hier le Défenseur du peuple bolivien dans la presse.”
On craint que le nombre de zéros soit exact.

3 - NIGERIA - Extrait de l’excellente chronique régulière de Catherine Morand, publiée dans le “Matin-Dimanche” (18.11.07) :

Le Nigéria vient, le 7 novembre dernier, de réclamer 40 milliards de dollars de dommages et intérêts contre les géants mondiaux du tabac :
(…) Le Nigéria est donc le premier Etat africain à partir en guerre contre des compagnies de tabac, accusées de cibler leurs campagnes de promotion sur les adolescents et les enfants pour booster leurs ventes.(…) C’est que pour compenser la chute des ventes de tabac dans les pays occidentaux, les fabricants de cigarettes prennent désormais d’assaut les marchés des pays émergents et en développement. De véritables eldorados puisque les législations anti-tabac y sont le plus souvent absentes, ou alors facilement contournables.(…) D’une redoutable efficacité, la publicité, omniprésente, met en scène la réussite à l’occidentale à laquelle aspire beaucoup de monde dans les pays du Sud et d’Europe de l’Est.(…) De géniaux ” créatifs “ont même baptisé ” VISA ” une marque de cigarettes destinée au marché africain, sachant que de nombreux jeunes vivant sur ce continent rêvent d’obtenir un visa pour émigrer en Europe ou aux Etats-Unis.(…)

4 - SUISSE :

Sur le site de la “Radio Suisse Romande” (18.11.07) :

” NOËL : Les Suisses vont dépenser 5 milliards de francs.

(…) Dans le détail, les Suisses dépenseront plus de 2,6 milliards de francs en cadeaux, 2 milliards pour la nourriture et la boisson et 1 milliard pour pour les festivités et autres sorties, estiment les auteurs de l’étude, de la société de consulting Deloitte, dans leurs conclusions publiées mardi.
Deloitte qui mène son étude sur les achats de fin d’année depuis 1998 en Europe et aux Etats-Unis, s’intéresse pour la première fois à la Suisse. Réalisée depuis octobre, l’enquête 2007 se fonde sur les données recueillies sur Internet, par téléphone et par le biais d’entretiens individuels.
(…)
Il paraît qu’on peut demander aux éboueurs suisses le nombre de paquets-cadeaux retrouvés non-ouverts dans les poubelles des jours qui suivent Noël et le Jour de l’An.

Bon appétit tout le monde.


Arche de Zoé : la désobéissance civile par le mensonge ?

6.11.07

Rien à corriger au billet précédent de ce blog, selon ce que l’on apprend jusqu’à ce jour.
Mais de ce que l’on a appris ces derniers jours (dont le reportage du journaliste Capa, etc.), quelques réflexions :

1 - De toute évidence, l’erreur était, dès le départ de l’opération, dès avril 2008, de nature éthique et non pas juridique : la démarche humanitaire consiste à chercher des familles pour des enfants pour lesquels il n’y a pas d’autre solution - et non pas le contraire.
Dès lors que l’association avait créé un mouvement d’adhésion et de candidatures d’environ 300 familles - ce qui ne dit long sur les objectifs finaux de l’association - l’objectif immédiat (avant fin 2007) était devenu de répondre à cette demande et de ne pas la décevoir, avant même d’avoir identifié les enfants.

Dans quelle organisation humanitaire aujourd’hui, décide-ton de faire signer un contrat - avec versement préalable de fonds - à des centaines de familles d’accueil avant même d’avoir identifié les enfants, un par un, pour lesquels la formule d’accueil à l’étranger est la plus adaptée ?

D’où l’invraisemblable attitude de dissimulation des objectifs, y compris au personnel tchadien engagé pour les accueillir, et une attitude de clandestinité vis à vis des autorités locales, en pensant d’une part rouler tout le monde sur place et mettre les autorités françaises devant le fait accompli.
Il y a des lustres que les ONG humanitaires ne pratiquent plus ainsi : si les responsables de l’opération avaient pris la peine d’écouter les personnes actives sur le terrain et s’étaient ouvertes à une collaboration pour évaluer la situation réelle, l’opération aurait été soit annulée soit radicalement repensée. Selon nos sources, le président de l’association s’est rendu pendant une semaine dans les camps de déplacés, côté Soudan, sans contact significatif avec les autres ONG - mais se rendant probablement compte que la “collecte d’enfant” ne pourrait se faire aussi facilement qu’il le pensait de ce côté, il s’est “rabattu” sur le côté tchadien (les familles françaises attendent…), avec les méthodes de manipulation et de mensonges dont le reportage du journaliste de l’agence CAPA a témoigné de manière ahurissante…

2 - On ne construit pas une opération dite de “désobéissance civile ” sur des mensonges tous azimuths :

- mensonges aux familles françaises, sur le statut d’orphelin des enfants, sur leur âge, sur leur état de santé, sur le danger imminent de mort, etc ;
- mensonges aux familles tchadiennes
, à qui personne n’a parlé d’un transfert de leurs enfants en France;
- mensonges au personnel tchadien
recruté sur place pour la prise en charge des enfants tchadiens à Abéché (c’est au moment de la fin de leur contrat, peu de temps avant le départ programmé, qu’ils ont appris l’objectif final de leur travail…. merci à eux d’avoir alerté la police immédiatement),
- mensonges aux autorités tchadiennes et françaises, par la planification d’une opération destinée à les mettre devant le fait accompli.

3 - On ne peut que respecter la tristesse ou la colère, selon les cas, des familles françaises, mais elle doivent maintenant se rendre compte que si les enfants étaient arrivés en France, elles auraient vite compris que l’association les aurait larguées dans la nature, avec les frais d’avocats à leur charge pendant des années et des années (voir le dossier d’inscription pour les familles candidates). Ces frais juridiques ne concernaient pas seulement les frais de procédures et de recours interminables pour la succession des étapes juridiques à franchir : elles auraient pu devoir faire face à des plaintes de parents tchadiens, abusés par l’Arche de Zoé, afin de récupérer leurs enfants. Quel pataquès cela eût été ! Et quelle suites de souffrances…

4 - D’entendre l’avocat de l’association défendre ses responsables en déclarant que ” si les membres de l’association ont oeuvré dans l’illégalité, c’est dans une illégalité formaliste, et non pas une illégalité qui permettrait de penser à une quelconque escroquerie à l’humanitaire”… laisse pantois, car un juge se prononce sur la légalité d’une action et non sur des considérations morales.
On rappellera par ailleurs à l’avocat que l’action humanitaire se fonde sur une éthique, la plus élémentaire : la vérité sur la réalité des bénéficiaires, la compétence technique, la transparence à toutes les étapes d’une action… (Est-il vrai, entre autres questions, que le transport des enfants d’Abéché vers l’aéroport a commencé après l’heure du couvre-feu ? A-t-on idée de l’irresponsabilité que cela représente, ne serait-ce que pour les enfants ?) ;

5 - Last but not the least : comment est-il possible qu’il y ait encore des Français pour croire qu’on peut intervenir en Afrique comme au temps de la période coloniale, c’est à dire en prétendant pouvoir manipuler tout le monde et en se considérant comme quasi-propriétaire des personnes, dont des enfants qui ne comprennent rien à ce qui leur arrive ?

L’auteur de ces lignes, de retour de Mauritanie, s’est fait aborder vendredi dernier (02.11.07), en attendant un taxi dans une avenue de Nouakchott, par un boutiquier qui lui demande : Vous êtes français ? - Oui. - Vous travaillez pour une ONG ? - Oui. - Vous venez chercher des enfants mauritaniens ?. ???!!!???
De passage au port de pêche de Nouakchott, un vendeur de poisson : “ de la lotte ? du capitaine ? non ?“, et saisissant par le bras un adolescent de passage devant son étal, demande, avec un grand éclat de rire : ” Celui-là , vous voulez l’acheter ?

On imagine mal l’impact que cette histoire invraisemblable a dans l’opinion publique africaine francophone… grâce aussi à Radio-France International, radio de grande qualité et de grande crédibilité, écoutée tous les jours dans le moindre village de brousse.

Et quand on pense à ces dizaines d’ONG qui, depuis deux ou trois générations, et après avoir commis des erreurs, subi des échecs, éprouvés leurs carences, ont fait tout un travail de professionnalisation et de formation, et dont le travail se trouve ridiculisé…


Arche de Zoé : du bricolage avec l’humanité des autres

28.10.07

Le jour et l’heure de ce billet sont essentiels, au sens où l’auteur de ces lignes se réserve de changer d’avis sur tel ou tel point de son analyse, en fonction des informations qui peuvent survenir au fil des heures et des jours à venir. Si des modifications importantes de ce billet devaient être apportées, elles le seront nécessairement à la suite de ce texte et non pas dans un ou des billets séparés.

A ce jour (28.10.07), nous sommes dans la phase “paroxystique” de la crise provoquée par l ‘action de cette association “Arche de Zoé” : l’action elle-même est très émotionnelle, le contexte de la crise du Darfour est aussi émotionnel - et donc les réactions, de toutes parts, le sont aussi. La multitude des acteurs et de leurs prises de positions - et aussi de leurs silences - crée une confusion générale.
Essayons de forcer l’analyse aussi objective que possible en l’état actuel des informations.

Deux actions judiciaires sont en cours, tant au Tchad qu’en France : la présomption d’innocence est donc obligatoire. Cela n’empêche pas les questions qui ne doivent en aucun cas être interprétées comme une présomption de culpabilité de qui que ce soit :

1 - Pourquoi l’association a-t-elle maintenu son plan d’action, après 3 mises en garde du Ministère Français des Affaires Etrangères (25 mai 07, 14 juin 07 et 3 août 07), après la visite de Mme Rama Yade qui a constaté l’unanimité du désaccord des ONG actives sur place, rencontrées sur place au Soudan ?

2 - Pourquoi, depuis maintenant 5 jours, devant l’accumulation, sur la place publique, des questions élémentaires sur l’origine des enfants, sur les critères de sélection, sur leur état médical, sur la préparation des familles d’accueil, etc,etc …, n’y a-t-il aucun communiqué de presse de l’association pour répondre à toutes ces questions ?
N’y aurait-il donc même pas de dossiers individuels des enfants au siège français de l’association permettant de répondre à toutes ces questions dans les 24 heures qui ont suivi le début de la crise ? Chaque dossier d’enfant comprenant - on l’espère - son nom, sa nationalité, son âge, le certificat d’abandon d’une autorité légale, son dossier médical, le dossier d’enquête sociale et l’agrément de chaque famille d’accueil, etc…
Si tout cela est en ordre au siège de l’association, pourquoi ne pas répondre, toutes affaires cessantes, à toutes ces questions sur la place publique ?
D’ailleurs, pourquoi, à ce jour, n’y a-t-il aucun communiqué de l’association sur son propre site, face à une telle charrette de critiques ?

3 - Les familles d’accueils françaises et belges ont-elles été agréées comme telles par un service social quelconque ? Etait-ce pour être famille d’accueil ou famille adoptive ?
Dans le dossier d’inscription des familles, il est mentionné : ” Un agrément de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) est fortement recommandé même s’il n’est pas obligatoire”…
Et plus loin : ” Il s’agit avant tout de sauver la vie de ces enfants en les mettant à l’abri dans des familles bénévoles et volontaires. Ces familles “accueillent” (”sic”) un enfant mais n’auront pas pour autant le statut de famille d’accueil, qui implique une rémunération.
Les procédures prévues pour régulariser la situation administrative des enfants peuvent être longues(…) Lorsque l’enfant sera régularisé, les familles qui le souhaitent pourront alors entamer les démarches en vue d’une adoption (simple ou plénière).” On ne peut pas être plus clair.

Et à la question : La procédure est-elle différente d’une adoption internationale ? , la réponse est lumineuse :
“La procédure est différente dans la mesure où l’enfant sera déjà présent en France dans une famille, qu’il aura un statut particulier(réfugié) et peut-être même déjà obtenu la nationalité française (article21-12 du code civil).”

Le Ministère des Affaires Etrangères certifie que dans ses contacts initiaux avec l’association, celle-ci avait explicitement mentionné son projet d’adoption de ces enfants.
Si ce sont des familles d’accueil, l’hypothèse du retour de ces enfants dans leur pays, après le conflit, a-t-elle été explicitement envisagée, y compris après l’obtention du statut de mineur non-accompagné/demandeur d’asile ?

La demande d’asile n’était-elle qu’une démarche temporaire en vue d’adoption ultérieure, sachant pertinemment qu’après un séjour de plusieurs mois dans une famille, celle-ci s’attache tout naturellement à l’enfant - et réciproquement - au point que l’adoption devient une suite logique et un acte “naturel”.
Le projet d’adoption n’est nullement en-soi critiquable, mais le fait de passer par une étape intermédiaire de demande d’asile en dissimulant le projet d’adoption peut être interprété, pour le moins, comme un stratagème.

De toute façon, que ce soit famille d’accueil ou famille d’adoption, toute association professionnelle se doit de préparer les familles in-di-vi-duel-le-ment : l’accueil d’enfants traumatisés et déracinés, parfois blessés, ne s’improvise pas.
Dans le dossier des familles d’accueil, il leur est demandé “ de participer aux réunions d’information et de préparation organisées par l’association dans toute la France“…
Dans le même dossier, il est indiqué : “Comment les familles seront-elles sélectionnées ? Toutes les familles qui auront rempli un dossier d’inscription et fourni l’ensemble des justificatifs nécessaires seront alors inscrites sur une liste d’attente puis invitées aux réunions d’information.”
Quoi ? On ne les rencontre même pas ? On peut ne pas être agréé par l’ASE, envoyer un dossier, assister à une réunion publique … et attendre l’arrivée de l’enfant ? Quelles garanties pour l’enfant, déjà victime de traumatismes graves ? On enverra en France un “stock d’enfants” et on les distribuera à gauche et à droite, à des familles qu’on a peut-être même jamais rencontrées ?

4 - L’association dit que ce sont des enfants orphelins. Sur le site de l’association, la page d’explication mentionne qu’elle ” propose aux familles d’accueil qui le souhaitent de venir en aide et de prendre en charge dans leur foyer un enfant orphelin de moins de 5 ans, réfugié de la guerre du Darfour.”

D’abord, tous les médias rapportent que les enfants rassemblés pour l’évacuation avaient entre 1 et 8 ans.
Ensuite, l’UNICEF annonce que, sur la moitié des enfants qui ont fait l’objet d’un entretien, plusieurs d’entre eux n’étaient pas orphelins.
Or, dans une situation normale, un enfant est soit avec une famille, soit orphelin : mais dans les situations de réfugiés, chacun sait qu’un enfant est soit avec une famille (la sienne ou une autre), soit PEUT-ETRE orphelin : c’est le propre d’une situation de réfugiés. Qui peut affirmer d’emblée qu’un enfant est orphelin dans un camp de réfugiés ?

5 - Sur son site Internet, l’association fait référence à des instruments juridiques internationaux (en-bas du texte) en inviquant notamment la Convention des droits de l’enfant (1989) dont l’Article 38- alinéa4 demande que tous ” les Etats-parties prennent toutes les mesures possibles pour que les enfants qui sont touchés par un conflit armé bénéficient d’une protection et de soins”.
Peut-on rappeler que l’Article 11-alinéa 1 de la même Convention ajoute que les Etats signataires sont tenus de “prendre des mesures pour lutter contre les déplacements et les non-retours illicites d’enfants à l’étranger” ?

6 - Pourquoi, dans le dossier d’inscription des familles candidates à l’accueil est-il mentionné que ” la famille s’engage à faire passer (à l’enfant) un examen médical (…) afin de s’assurer de son bon état de santé “(…), alors que les enfants ont été déclarés par l’association comme des cas médicaux (avec bandages visibles…) ?

La colère de l’opinion publique face au génocide du Darfour est parfaitement légitime : après tout, la communauté internationale, c’est chacun-e d’entre nous, et pas seulement les acteurs institutionnels, y compris les “grandes ONG”(dans le paysage des ONG, on est toujours le grand de quelqu’un et le petit de quelqu’un d’autre).

Mais il ne suffit pas d’être en colère pour en déduire qu’on a raison contre tous : de nos jours, après des décennies d’action humanitaire, et à force d’”essais et d’erreurs” dans ce genre de situation, malheureusement répétitive, il ne suffit plus, de nos jours, de vouloir le bien, ni même de le faire, il faut pouvoir le prouver.
Et sur-le-champ.

Il faut notamment prouver que l’évacuation vers l’étranger était, en dernière instance, la seule solution pour ces enfants : et donc tenir compte des avis des ONG présentes sur place depuis plusieurs mois ou années, qui connaissent les populations et sont capables de détecter les cas les plus graves, avec des critères très stricts à la fois médicaux et sociaux.

Du point de vue des principes de l’action humanitaire, le plus frustrant dans cette affaire, est que sur la base d’une volonté humanitaire respectable de centaines de familles candidates à l’accueil d’enfants en risque de mort, l’association n’ait pas procédé de manière professionnelle, à savoir :

- contacter les ONG présentes en leur demandant s’ils ont connaissance de situations particulièrement extrêmes d’enfants sur le plan social (abandon) ou médical (traitement de maladies incurables dans le contexte, voire de malformations congénitales nécessitant une intervention chirurgicale irréalisable dans le contexte du pays, etc,etc..), et pour lesquels aucune solution n’est recevable sur place, y compris dans l’hypothèse d’un retour dans son village d’origine (parents massacrés, absence totale de suivi possible,etc) ;

- contacter les autorités des pays concernés (Soudan, Tchad, France) de manière formelle - et donc écrite - et notamment de la France (administration, hôpitaux, services sociaux, institutions spécialisées) ;

- recevoir individuellement les familles d’accueil après les avoir sélectionnées et sur la base d’un agrément par un Service Social français (pour accueil et non pour adoption) et les informer du détail de la situation réelle de chacun des enfants qu’ils vont accueillir - et avec l’hypothèse d’un retour dans le pays après le conflit et/ou après traitement ;

- et surtout : avoir obtenu des autorités françaises l’accord écrit pour chacun des enfants, en toute transparence, et non pas demander aux parents d’accueil “de faire une déclaration d’entrée sur le territoire français aux autorités préfectorales, afin que celles-ci assurent un suivi particulier de l’enfant”, ce qui constituerait une sorte de “fait accompli” pour forcer la main des autorités du pays d’accueil…

Or, dans le dossier d’inscription des familles candidates (du type “Questions fréquemment posées“), à la question :
“Avez-vous le soutien des autorités françaises (ou européennes) dans l’organisation de l’opération d’évacuation ?
Réponse : ” Non, (…) La France est paralysée par la complexité et l’inefficacité du système diplomatique onusien.(…) Notre opération d’évacuation repose sur le droit international qui s’applique (à tous les pays). Nous n’avons donc pas besoin de l’accord du pays d’accueil pour organiser l’évacuation des enfants. Nous avons encore moins besoin de l’accord du pays d’origine, puisque c’est lui justement, aujourd’hui, attente à la vie de ces enfants.”

On ne peut s’empêcher de voir, dans toute cette affaire, un bricolage de A à Z (si l’on peut se permettre d’utiliser ces initiales…) au point qu’on peut se demander si l’objectif final, non-dit, était une véritable opération de communication de l’association (l’opération était suivie, en temps réel et sur place, par trois journalistes), une volonté de ” positionnement “dans le paysage médiatique, en surfant - simultanément, et donc intelligemment, d’une certaine manière - sur deux facteurs très fortement sensibles dans l’opinion publique française en ce moment : le drame du Darfour et la demande d’enfants adoptables …

Sur la question du rôle des autorités publiques dans cette affaire :

Le Ministère français des Affaires étrangères avait reçu l’association et mis le public en garde à trois reprises : les 25 mai, 14 juin et 3 août 2007. Rien à redire.
Une petite question, cependant : si l’avion avait réellement décollé du Tchad et atterri en France, les autorités françaises auraient-elles refoulé les 103 enfants ?...

Du côté des autorités françaises
, le volontarisme affiché face à la crise du Darfour, comme pour les infirmières bulgares en Lybie ou d’autres situations d’otages ou de crise, a peut-être entraîné une hésitation de nature “politique”, c’est à dire, comme chacun sait, essentiellement sous l’angle de la communication, et ce au-delà de l’attitude “technique ” très négative du Ministère des Affaires Etrangères.

Du côté tchadien, on sera plus réservé…
Nul ne conteste la souveraineté de l’Etat tchadien sur tout ce qui se passe sur son sol (quoique l’avion - affreté comme un charter - avait bien été autorisé à atterrir, non…???)
Mais lorsque le Chef de l’Etat tchadien proclame sa “sainte indignation” sur ce “trafic d’enfants” pour ” leur vente ou pour des trafics d’organes”, c’est un peu délirant.Les trafics d’organes existent, mais ne procèdent pas par envoi d’avions-charters…

Le Chef de l’Etat tchadien ferait bien d’orienter sa sollicitude et son indignation pour le respect des droits de l’enfant en enquêtant sur l’enrôlement des enfants, à grande échelle, dans son armée… (Voir le rapport de “Human Rights Watch” du 16 juilllet 2007) ;

La notion de “trafic d’enfants” a une définition précise qui fait partie des hypothèses d’une enquête judiciaire en cours, mais qu’on ne peut pas affirmer d’emblée - ne serait-ce que parce que même l’association peut avoir commis des actes, et surtout des “non-respect de lois et de procédures”, qui conduisent à cette qualification, même si elle n’en avait pas l’intention. Mais c’est à la justice de le dire.

Ce qui définit un trafic peut se résumer ainsi :

a) déplacement géographique soit sous contrainte, soit par séduction : dans le cas précis, ni l’un ni l’autre, mais utilisation de la notion de danger de mort et donc d’urgence humanitaire ;

b) manipulation de la légalité, jusques et y compris par l’apparence d’une procédure totalement légale : dans ce cas, il n’y a même pas de respect des procédures légales ; il est même écrit dans le dossier destiné aux parents :
” Bien que l’opération d’évacuation des enfants
(…) repose sur une législation internationale indiscutable et incontournable, nul n’est à l’abri d’une décision arbitraire d’une administration d’un pays d’accueil.
Dans ce cas, il faudra utiliser toutes les voies de recours juridiques pour faire valoir les droits de ces enfants et des familles les accueillant. Les avocats spécialisés et les associations seront une aide précieuse.
Mais plus encore, il faudra que TOUTES
(sic) les familles soient solidaires au sein d’un même collectif afin qu’une famille ne soit pas seule face à une administration, mais qu’au contraire, le nombre d’enfants et de familles soit un atout pour faire prévaloir et appliquer le droit. ”
Quant on sait par ailleurs que dans le même dossier, il est écrit que “les dépenses d’aide juridique sont à la charge de la famille”, on voit le cauchemar que cela pourrait devenir pour certaines familles…

c) multiplication des intermédiaires : dans ce cas, l’amalgame entre l’”Arche de Zoe” et “Children Rescue” a probablement contribué à l’aveuglement de l’armée française qui a transporté des enfants de la frontière vers l’aéroport d’Abéché.

d) L’objectif lucratif : dans le cas, rien ne peut être prouvé, à la lecture du site de l’association. Il n’y a cependant aucun compte-rendu budgétaire ou de l’utilisation des fonds sur ce site. On ne peut donc que se perdre en conjectures : si 300 familles ont versé une moyenne de 3 500 euros, l’association aurait pu percevoir, avant même le lancement de l’opération d’évacuation, une somme approximative de 1 million d’euros ? Selon la presse, la location de l’avion-charter a coûté entre 140 000 et 165 000 euros, selon les sources. Il y a eu l’achat sur place d’un Piper PA 32 pour un montant de 50 000 euros, selon le “Journal du Dimanche” de ce jour…

Sur les sommes versées par les familles candidates à l’accueil, les médias rapportent qu’elles ont versé chacune entre 2000 et 6 000 euros. Pourquoi cette différence entre les familles ? On peut imaginer que certaines familles aient mis volontairement des sommes plus importantes, en guise de soutien à l’association…

Il reste cependant intriguant de lire dans le dossier d’inscription des familles candidates :

“La procédure d’évacuation est gratuite et aucun frais ne pourra être facturé à la famille qui accueille l’enfant.
En revanche, le coût d’entretien et d’éducation de l’enfant, les dépenses de santé et d’aide juridique seront à la charge de la famille.
D’autre part, l’Arche de Zoé sollicite ces familles pour des dons qui permettront d’assurer le fonctionnement de l’association de manière pérenne
(…)
Il est demandé aux familles un don d’au moins 90 euros lors de l’inscription, permettant de couvrir l’ensemble des frais administratifs et juridiques (?), d’organisation des réunions,etc.
Il sera demandé aux familles, après validation de leur inscription, un don d’au moins 1 400 euros pour participer aux frais d’évacuation des enfants et d’acheminement jusque dans le pays d’accueil (frais d’évacuation, logistique humanitaire, location d’avion,etc.).
Notez bien : “ il sera demandé un don “…
“Il sera ensuite demandé aux familles un don annuel de 100 euros pour permettre la création d’un “Collectif de soutien à l’accueil des enfants orphelins du Darfour” afin d’assurer dans le temps, l’entraide entre les familles et le suivi des enfants.” (le suivi des enfants, c’est 100 euros par tête ???)

Pour terminer, quelques impressions en vrac :

- Sur la page du site de l’association (paragraphe “Procédures en France” - alinéa ” Au préalable, ces familles…) concernant l’opération Darfour, ne figure plus de lien avec le dossier d’inscription des familles candidates à l’accueil, dossier que l’Abrincate s’est procuré pour en citer des extraits ci-dessus, sur ce billet.

- Dans son communiqué de presse du 28 avril, l’”Arche de Zoe” annonce l’évacuation de 10 000 orphelins du Darfour. A la lecture de tout ce que nous apprenons aujourd’hui, on se demande sur quelle base ce chiffre a été diffusé, sur quels critères les enfants seront sélectionnées, etc.

- Puisque l’intention initiale de l’association était de procéder à des adoptions, il faut rappeler que l’adoption est toujours un acte et une aide individuels, et jamais une solution globale pour une population d’enfants.

- La justification annoncée de l’opération est rédigée, dans le même communiqué, comme suit :
“Le droit international le permet autant que la morale l’impose.”
Le droit international ne permet pas n’importe quelle méthode. On trouvera autant de clauses du droit international pour critiquer les méthodes de l’association que pour les justifier… Le droit international protège aussi les réfugiés, y compris les enfants, d’actions-mercenaires de ce genre.
Il reste que, sous réserve d’entendre le point de vue de l’association (toujours rien, à ce jour, sur son site…), le problème est tout éthique autant que juridique, y compris dans les méthodes autant que dans les objectifs.

- A un tout autre niveau, quelle magnifique occasion pour les gouvernements - et particulièrement celui du Soudan - de vitupérer l’action des ONG qui “sous prétexte d’action humanitaire, font n’importe quoi… et même illégalement”…

Un mot enfin pour les familles qui se sont portées candidates à l’accueil d’enfants orphelins de moins de 5 ans provenant du Darfour ” : leur bonne foi n’est pas en cause, mais il n’est pas exclu (sous réserve des conclusions de l’enquête judiciaire) qu’elles aient été victimes d’abus de leur confiance, au moins autant sur le plan éthique que sur le plan juridique.

Par ailleurs, au vu de ce que nous savons aujourd’hui du fonctionnement de l’association (et toujours sous réserves de corrections à apporter), nous aimerions leur dire :

- qu’elles n’avaient aucunement été préparées à l’accueil d’enfants traumatisés par la guerre, ce qui ne s’improvise pas ;
- que les enfants prévus à l’arrivée n’étaient probablement pas tous ceux qu’ils avaient imaginés - et qu’on leur avait annoncés ;
- qu’elles auraient (à la seule lecture des clauses du dossier d’inscription) probablement été “abandonnées” à elles-mêmes, dès l’arrivée de l’enfant, en cas de problèmes, inévitables, sur les mois et les années à venir, sur tous les plans, financier, éducatif, psychologique, juridique, etc…

Nous partageons tous leur colère sur ce que nous savons de la situation au Darfour, mais :

- d’une part, quantité d’ONG font sur le terrain, un travail quotidien, harrassant, mais déterminant et utile, dans un quasi-anonymat au service de ces enfants : elles méritent d’être soutenues par vous, en même temps qu’elles vous doivent une information détaillée, précise, transparente et honnête ;
- d’autre part, aucun geste n’est dérisoire dans les “Collectifs Darfour” : on l’a bien vu dans la campagne électorale française récente.


La glu suisse ” Blocher”

22.10.07

La glu est une colle très forte utilisée pour attraper les pigeons.
L’image vient à l’esprit en constatant les résultats des élections générales en Suisse ce dimanche.

Les commentaires de la presse frisent ce que les British appellent un “over-statement” : en Suisse, dès qu’un parti fait 5 % de plus que la fois précédente, c’est un tsunami - et 5 % de moins, c’est une “Bérésina“…

Christoph Blocher est un tribun “qui se marre” dans l’adversité, qui fait une campagne à l’ aide d’affiches racistes, qui balaie d’un revers de main tout ce qui suggère un rapprochement avec l’Union Européenne, qui n’hésite pas à proposer l’annulation de la ratification de son pays à la Convention Européenne des Droits de l’homme, qui se fait le chantre d’un national-populisme aussi rigolard qu’ombrageux - mais qui a eu surtout le culot d’utiliser des arguments de campagne comme s’il était toujours dans l’opposition, alors que sur les sujets les plus sensibles comme l’immigration, il a réussi à faire oublier qu’en tant que Chef du Département Fédéral de Justice et Police (Ministère de l’Intérieur et de la Justice), il était le premier responsable de ce qu’il dénonce.

Mais au-delà d’une campagne électorale de circonstance, la question se pose de savoir comment un pays dont la santé économique est éclatante, voire insolente, peut ainsi exprimer un enfermement mental de cette ampleur.

A quoi cela sert-il d’être un des pays les plus riches du monde par habitant (hormis les pays pétroliers) si c’est pour se faire gouverner par un batteleur de préau d’école dont le message au monde entier est : “allez vous faire voir ailleurs“…
sauf, bien entendu, si vous débarquez avec de coquettes valises garnies d’au moins 6 zéros.

La peur ressentie par une population vieillissante …
La peur de perdre la poule aux oeufs d’or …
La peur de l’éclatement …

La Suisse n’existe pas“, affichait l’artiste Ben, en lettres minuscules sur fond noir.
On aurait presque envie de dire que la Suisse, aux trois langues et cultures, n’existe, par définition, qu’en retrait de l’étranger, sans quoi elle n’existerait plus.

Pour contrer le discours xénophobe de Blocher, le Syndic (Maire) de Lausanne, Daniel Brélaz, écologiste et mathématicien de formation, avait calculé, en pleine campagne électorale, que si la Suisse se fermait à toute immigration, et en se basant sur le taux actuel de fécondité de 1,5 enfant par femme, la population suisse se diviserait par 4 en un siècle, qu’à l’horizon 2400, il resterait environ 28 000 Suisses, et que dans 700 ans, il resterait tout au plus 300 personnes pour partager la fondue…

On trouvera sur ce site le florilège des affiches racistes de l’UDC, parti de Blocher qui vient de frôler les 30 % d’électeurs.

Or si l’on regarde bien une des dernières affiches (en bas de la page du site), représentant des musulmans en prière devant le Palais Fédéral, à Berne, avec le slogan : ” Utilisez votre tête“, on peut imaginer que cette affiche soit considérée par les Musulmans comme plus insultante, pour chacun d’entre eux, que toute caricature de Mahomet.

Le Code Pénal suisse énonce dans son Article 261 bis (c’est nous qui soulignons en italique):

” Celui qui , publiquement, aura incité à la haine ou à la discrimination envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur appartenance raciale, ethnique ou religieuse ;

Celui qui, publiquement, aura propagé une idéologie visant à rabaisser ou à dénigrer de façon systématique les membres d’une race, d’une ethnie ou d’une religion ;

Celui qui, dans le même dessein, aura organisé ou encouragé des actions de propagande ou y aura pris part ;

Celui qui aura publiquement, par la parole, l’écriture, l’image, le geste, par des voies de fait ou de toute autre manière, abaissé ou discriminé d’une façon qui porte atteinte à la dignité humaine une personne ou un groupe de personnes en raison de leur race, de leur religion (…) ;
sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire.”

Or, dans le programme électoral de l’UDC et de Ch.Blocher, figure en toute première priorité, l’abolition de cette loi sur la discrimination raciale.
Des plaintes ont été déposées par la LICRA, et même par le Procureur du Canton du Valais : elles ont toutes été déboutées.
A cette occasion, on pourra lire utilement la prise de position d’une Pasteure, Mme Helen Küng.

Si même la Justice se couche, c’est une autoroute pour ce “vent mauvais“… et pour Blocher qui, s’il est élu par les Chambres - ce qui ne fait maintenant aucun doute - assurera la présidence tournante de la Confédération Helvétique en 2009…

A quoi cela sert-il
d’être le pays le plus riche du monde
si c’est pour en arriver là ?


Des rats dans la Françafrique

23.09.07

Le 19 septembre dernier, un Français ayant résidé comme chercheur scientifique pendant au moins deux décennies dans un pays d’Afrique a été condamné à 12 ans de réclusion criminelle par la Cour d’Assises des Hauts-de Seine pour viols sur mineurs. Déjà, il y a deux ans, la même Cour d’Assises avait condamné un prêtre, très médiatique, à huit ans de prison pour la même qualification criminelle.

Deux cas, parmi tant d’autres, de ces personnages qui se sont construit, patiemment, des statues de bienfaiteurs humanitaires tout en profitant de ce “prestige” pour violer des mineurs dans leurs domiciles respectifs. Pendant des années…

Une différence de taille entre les deux cas : l’un, le prêtre, niait tout, tandis que le chercheur n’avouait que les actes qui étaient prescrits… le chercheur ayant été le président du Comité de soutien lors du procès précédent du prêtre, raison pour laquelle il était venu témoigner en sa faveur, mais avec les menottes au poignet, puisqu’il avait été arrêté quelques semaines auparavant pour les mêmes faits…
Pitoyable…

Dans les deux cas, l’enquête et les débats ont révélé plusieurs données fondamentales qu’il importe de connaître pour travailler sur la prévention et la détection de ces crimes :

- ces personnes agissent, soit dans le cadre de leur action publique, soit en marge de leur profession, c’est à dire bénévolement, au service des déshérités, et notamment des jeunes et prennent prétexte de leur action “humanitaire” pour accéder facilement et quotidiennement aux jeunes ;
- mais cela n’est possible - et durable - qu’en se construisant patiemment un réseau de relations personnelles et professionnelles, de façon que le maximum de gens leur soient “redevables de quelque chose”. Ainsi, en face de suspicions, ou de malaises des interlocuteurs sur le comportement de ces personnes, ces gens mettent dans la balance ce qu’ils soupçonnent sans preuve avec ce dont ils bénéficient grâce à cette action.
Et d’abord de l’argent : on ferme les yeux sur ce dont il est difficile d’obtenir des preuves et des témoignages “quand on sait le bien qu’ils font et l’argent qu’ils apportent d’Europe“…
Le chercheur avait d’ailleurs réussi à se faire nommer tuteur de 9 jeunes garçons des rues, pour toucher les indemnités…
Quant à l’ambassadeur de France (il y a 20 ans) du pays de résidence d’un des condamnés, son témoignage au procès était lumineux : “ quand on est ambassadeur, on a d’autres chats à fouetter” (sic).

Au-delà des traumatismes vécus par les victimes, quelques réflexions s’imposent :

- que dit-on dans l’opinion publique européenne lorsqu’un étranger viole un enfant sur sol européen ?

- plus la statue humanitaire est haute, plus il y a de démons à l’intérieur…

- ces comportements criminels ne sont-ils pas des restes d’une perception coloniale des pays d’Afrique ? Ces pays sont indépendants, mais avec l’argent qui afflue d’Europe, dans le cadre de la coopération, publique ou privée, on se permet de considérer les jeunes ou les enfants - ou les femmes - comme des propriétés privées avec lesquels on s’autorise des actes qu’on ne se permettrait pas dans son pays d’origine. Dans toutes ces procédures judiciaires concernant des expatriés, l’élément de racisme est souvent négligé.

- comment s’étonner que dans certains milieux de la nouvelle génération africaine, certains éléments extrêmistes tiennent désormais un discours radical sur l’hypocrisie des droits des l’homme ou des droits de l’enfant, comme étant une volonté d’imposer des normes occidentales sur le reste du monde, alors que le comportement privé de certains expatriés européens (résidents ou touristes) est en contradiction totale avec leur discours “humanitaire universel” ?

Il ne s’agit pas d’idéaliser les pays pauvres - ou ce qu’on appelait autrefois le “tiers monde”, qui n’est pas en reste sur le plan des violations des droits humains, y compris des viols sur mineurs par des nationaux - mais en quoi un crime en justifierait-il un autre, surtout lorsqu’on enrobe ce dernier dans un charabia humanitaire ?
Le chercheur disait, pour sa défense, qu’”on ne sort pas ces jeunes de la rue sans affection ni tendresse“…
Il avait aussi affirmé en 2005 qu’un enfant qui acceptait des relations sexuelles “parce qu’il avait faim n’était pas un enfant violé“. Le “chercheur” aurait-il donc inventé la molécule de la “pédophilie humanitaire” ?
Pauvre type…

Les autorités, nationales ou étrangères, sont accaparées par la lutte contre la criminalité internationale ? Par la lutte contre le terrorisme ?
Quand on sait que ces individus, poursuivis par seulement deux ou trois victimes qui ont déposé plainte, sont restés parfois des décennies à résider ou à voyager en Afrique (ou ailleurs), vous imaginez le nombre d’enfants victimes ?
N’est-ce pas une forme de criminalité organisée et de terrorisme que de violer des centaines d’enfants ? Le chercheur affirmait, lors de l’enquête judiciaire, avoir “accueilli” successivement “environ 500 enfants” chez lui pendant une quinzaine d’années…

Finalement, on se dit que puisque l’Assemblée Nationale Française, ce même 19 septembre, a adopté, en nocturne, la nouvelle clause sur les tests ADN exigés des candidats au regroupement familial vers la France, on pourrait suggérer aux pays africains d’exiger des empreintes génétiques dans tous les dossiers de demandes de visas pour futurs résidents en Afrique…
Vous imaginez le scandale ?


Davos 2007 : une bulle spéculative d’autistes ?

23.01.07

Le Forum Economique de Davos, c’est comme Noël ou Pâques : le rite annuel se déroule - mais à la fin d’un “mois creux” - avec les mêmes cantiques, les mêmes antiennes, les mêmes évangiles.

La seule différence avec les fêtes religieuses, c’est que les officiants arrivent à Davos en hélicoptère, dont l’incessant ballet, dans le silence neigeux, suggère l’importance des impétrants au cercle restreint du Grand Casino des “think tanks“.

Cette année, on annonce 2400 participants, dont 24 Chefs d’Etat, 85 ministres et 800 chefs d’entreprise et “un casting moins people que l’an dernier” : il est vrai que, les années précédentes, les prestations de Sharon Stone et d’Angelina Jolie avaient probablement fait de l’ombre à certains.

Mais, foin des poncifs et des impressions passagères, le rituel est - comme chaque année - déséspérant à la simple lecture des thèmes des 229 sessions qui occupent les inscrits pendant 5 jours, lorsqu’on sait que le Forum de Davos se présente ainsi : “Committed to improving the state of the world” (“s’engage à améliorer l’état du monde”).
Déséspérant … car comme chaque année, on peut mettre au défi quiconque de trouver le moindre mot, le moindre titre, la moindre mention, même simplement allusive, aux droits humains, ne serait-ce qu’à titre de composante, même marginale, de tout diagnostic sur l’état du monde.

Le mot “droits” (”Rights“) ne figure dans AUCUN thème d’atelier. Il serait probablement outrecuidant d’imaginer la simple mention des “droits humains”…
Le fondateur du Forum de Davos ne croit pas si bien dire : ” Nous sommes confrontés à un monde schizophrène, car l’économie va bien, mais les risques et les déséquilibres sont nombreux”. (Le Monde - 22.01.07)

Evidemment, le Forum de Davos est un Forum Economique et non pas une annexe du Conseil des Droits de l’homme… Mais si c’est un Forum économique, pourquoi y a-t-il des Ateliers sur :
- ” Pourquoi les cerveaux dorment-ils ? “ (”Why do brains sleep ?”). Finalement, c’est une bonne question…
-
” Relations et estime de soi ” (“Relationships and self-esteem”) , avec cette question transcendantale : “Améliorer le bien-être avec la sexualité et la sensualité améliore l’estime de soi” (”Greater comfort with sexuality and sensuality improve self-esteem”);
- ” Les salaires des grands patrons : jusqu’où iront-ils ? “ (“CEO Salaries : how high will they go ?“) - merci d’avoir posé la question ;
- Etc,etc….

Evidemment, en marge du Forum officiel, il y a un “Open Forum” où les ONG peuvent s’exprimer, mais dont les thèmes - cette année - reprennent quasiment mot à mot ceux des sessions du Forum officiel : pourquoi donc, sur les mêmes questions, faut-il parquer les ONG dans une salle de spectacle de cette bonne ville de Davos ?

Evidemment, aux même dates, il y a le Forum Social Mondial de Nairobi. Et comme chacun sait (et le dit de plus en plus) : ” les droits de l’homme, c’est l’affaire des ONG “
Pour avoir eu la chance d’assister au Forum Social Mondial de Mumbaï(Inde) en 2004, l’Abrincate ne peut s’empêcher de repenser à ce carrefour de souffrances, d’espoirs, de volontés, et de solidarités qui se croisent dans un tel rassemblement.
A tous ceux qui pensent et qui disent : ” A Davos on dialogue et à Nairobi on palabre “ perdent une occasion de se taire. Toute l’intelligence concentrée sur Davos peut être trouvée dans tous les bons médias. Mais ce que l’on ressent et apprend au contact des foules d’un Forum Social, comme ceux de Nairobi ou de Mumbaï, ne se trouve dans aucun livre. C’est dans un Forum Social Mondial que se trouvent les acteurs du futur.

Evidemment, à Davos, il y a des ateliers sur :
- ” L’agenda des réformes en Inde ” (“India Reform Agenda”) : mais y sera-t-il question de la résistance des paysans de la région où Coca-Cola pille les ressources naturelles au point de les contraindre à l’exil ? Des multitudes d’ONG indiennes qui scolarisent les enfants exploités par le travail, en inventant des systèmes d’éducation informelle et fonctionnelle ? “Chimères et billevesées…”
- ” L’émergence de l’Afrique comme interêt vital stratégique “ (“Africa’s emergence as vital strategic interest”) : un petit coup d’oeil sur la Guinée, en grève générale depuis 10 jours , avec 33 morts dans la seule manifestation d’hier (22.01) d’un peuple ruiné par 30 ans de corruption et d’impéritie ? Un mot sur la dette ?

En réalité ” la peur que les puissants inspirent au début disparaît dès qu’il est manifeste, en réalité, que ce sont eux qui ont peur. Ils ne sont qu’apparatchiks, leur appareil n’est qu’apparat, ils ne sont forts que de leur force.” (Edmond Kaiser)
A quoi on pourrait ajouter le slogan entendu au Forum Social de Mumbaï en 2004 : ” Il n’y a désormais que deux grandes puissances dans le monde : les Etats-Unis et l’homme de la rue”.

Et puisqu’il est beaucoup question de l’Abbé Pierre ces jours-ci, on pourrait suggérer aux “global leaders” du Forum-Bunker de Davos la consigne qu’il donnait à un groupe de ses propres chiffonniers d’Emmaüs inaugurant un Foyer tout neuf : ” ” N’oubliez pas de casser une vitre pour continuer d’écouter les souffrances de l’extérieur “.


“Ne capturez surtout pas Ben Laden !”

19.12.06

D’après le quotidien suisse “Le Matin” (10.12.06), on en apprend de belles par les extraits d’un reportage de l’agence www.hamsa-press.com, qui sera diffusé en janvier sur une chaîne francophone :

Des soldats français du Commandement des Opérations Spéciales, dans le sud de l’Afghanistan, près de la frontière pakistanaise, auraient eu, par deux fois, fin 2003 puis en 2004, l’opportunité de capturer Ben Laden, mais qu’à deux reprises, l’Etat-Major américain (sous les ordres duquel les soldats français sont placés) leur aurait donné l’ordre de le laisser partir (avec 70 de ses hommes) et de ne pas intervenir.

Encore plus fort : les témoignages collectés dans ces reportages attesteraient que les Américains approvisionnent le gouvernement Karzaï en armes et munitions … mais aussi les Talibans en quantité équivalente…
Des armes de destruction massive, I presume ?

Il s’agit - évidemment ? - d’une simple rumeur alimentée par une campagne d’anti-américanisme primaire … comme les ventes d’armes à l’Iran sous l’administration Reagan, n’est-ce pas ?

De toute façon,
la situation en Irak
la situation au Liban
la situation en Afghanistan
la situation en Palestine
sont telles qu’on n’en est plus à un conflit entre Israël contre peuple palestinien, ou Israël contre les pays arabes : on en est aux prémisses d’un conflit Islam-Occident, qui traverse les pays comme une traînée de poudre.
Avec l’Iran d’Hamadinejad comme chef de file d’un côté et Bush de l’autre ?

Dans la guerre mondiale de la communication, Bush va réussir à faire passer la Chine, la Russie et l’Inde pour des pôles de stabilité mondiale…
Après les élections américaines de novembre, il a annoncé qu’il prendrait “ses” décisions sur l’Irak “après les Fêtes”.
Après tout, au rythme de 3 500 morts par mois en Irak, un mois de plus ou de moins…

Et Ben Laden, c’est déjà de l’histoire ancienne.
En réalité, Ben Laden est bien plus utile comme ennemi invisible pour galvaniser les peurs collectives que comme martyr dans une prison. Surtout n’y touchez pas.


Un mineur en prison pour 260 000 euros ?

24.11.06

A Lausanne, le Conseil d’Etat (gouvernement cantonal) du Canton de Vaud vient d’annoncer la construction, pour un montant de 30 millions de francs suisses (environ 20 millions d’euros) d’un Centre de détention pour mineurs de 15 à 17 ans, d’une capacité de 56 places, soit, selon la presse, une moyenne d’environ 400 000 francs suisses (260 000 euros) par “tête de pipe”. Cette décision applique une décision fédérale, donc c’est la loi suisse.

Il y a quelques années, le même Conseil d’Etat, sollicité par son propre Service des réfugiés, d’ouvrir un Centre d’accueil de 30 places pour mineurs non-accompagnés demandeurs d’asile, avait refusé pour raisons budgétaires. Ce refus était en contradiction avec les normes et lois internationales qui exigent de tout pays la protection immédiate et systématique des mineurs demandeurs d’asile, quelles que soient les conditions - et les bonnes ou mauvaises raisons - de leur arrivée (Convention des Droits de l’enfant, normes du Haut-Commissariat aux Réfugiés, etc, etc…) : l’objectif était d’assurer un accueil, une protection, physique et juridique, une écoute, ainsi qu’un préparation, soit à l’intégration, soit au retour dans le pays d’origine. Mais au moins, sans nier les risques d’échecs, les autorités auraient fait leur devoir légal : obligation de moyens à défaut d’obligation de résultats.

Mais la loi internationale (ratifiée par la Suisse) a donc moins d’importance que la loi nationale dont les effets d’annonce médiatiques “rassurent” l’opinion publique.

On citera pour mémoire, un morceau d’anthologie de l’Office Fédéral (suisse) des Etrangers, datant de 2004, qui avait au moins le mérite de la franchise (Paragraphe 5.1 d’un texte intitulé “L’Afrique en Suisse : éléments d’analyse et de politique “, concernant les migrants en général, et pas seulement les mineurs) :

“Les disparitions :

Presque 90 % des requérants d’asile originaires d’Afrique quittent le domaine de l’asile par des “départs non-officiels”. Sans cette soupape (sic), la politique d’asile devrait assumer un fardeau social et financier qu’elle ne pourrait pas porter. Les disparitions - qu’on le veuille ou non - remplissent ainsi une fonction-clé dans la gestion des flux migratoires entre la Suisse et l’Afrique sub-saharienne” (…)

Les mineurs non-accompagnés demandeurs d’asile qui seront déboutés, disparaîtront donc dans la nature, deviendront clandestins, à la merci du premier trafiquant venu, qui offrira hébergement, nourriture, et téléphone portable, pour vendre de la drogue dans les rues de Lausanne ou d’ailleurs - et ils se retrouveront bien un jour dans le nouveau Centre de détention pour mineurs, flambant neuf, (premier nommé ci-dessus) où le prix de journée sera peut-être le double d’une journée dans un hôtel moyen de la place.

Quand on a de l’argent, on fait les choses propres-en-ordre, n’est-ce pas ?