L’Amérique, enfin !!!

9.11.06

N’en déplaise aux psychanalystes-de-boulevard de l’anti-américanisme, c’est avec soulagement qu’on apprend la claque infligée à ce président américain lors des élections législatives, ce président qui suinte le mensonge et la méthode Coué depuis des années ; qui ne se cache pas de se moquer publiquement de toutes les conventions internationales, quel qu’en soit le sujet - et à commencer par les droits humains ; qui ne cesse de discréditer toutes les approches inévitablement multilatérales ; qui se moque éperduement du conflit israëlo-palestinien ; qui laisse détruire le Liban ; qui n’a d’autre stratégie en Irak que de cogner, encore cogner et toujours cogner, qui laisse (sciemment ?) les Talibans reprendre du poil de “La Bête” en Afghanistan et redonne à ce pays le pompom international de la production de drogue ; qui laisse les copains et les coquins s’enrichir sous couvert d’une idéologie qui se retournera contre lui ; qui finance à coups de centaines de milliards de dollars des interventions militaires tout en laissant des dizaines de millions d’Américains sans couverture sociale et médicale, et les rescapés du cyclone Katrina se débrouiller ; etc, etc… Pauvre type …qui se dit, au lendemain même de sa défaite politique “ouvert à toute idée ou suggestion sur l’Irak“.
Oui, c’est le peuple américain qui a libéré l’Europe du nazisme, puis du communisme (mais pas par la guerre du Vietnam…), et qui a promu, construit et financé la construction du système international des Nations Unies après la deuxième guerre mondiale.

Oui, le peuple américain montre enfin qu’il résiste au désastre et à l’installation rampante d’une nouvelle forme de totalitarisme idéologique.

Sarkozy risque de se mordre les doigts d’être allé serrer la main de Bush pour sa propre campagne présidentielle en France… Mais cela ne l’empêche pas de se réclamer de la “rupture à l’image de De Gaulle en 1958″… Manque pas d’air, celui-là.


Les nouveaux gangs idéologiques

4.10.06

Avant de s’absenter pour 2 semaines (sans accès à Internet), l’Abrincate aimerait mentionner ce qui suit :

A la page 3 du quotidien économique suisse “L’AGEFI” du 20 septembre dernier, intitulée : ” Le capitalisme globalisé tend à encourager la paix mondiale”, on peut lire sous la plume de Pierre Bessard :

“La paix capitaliste (…) est corroborée par un nombre croissant d’études empiriques. Le risque aujourd’hui réside dans l’activisme anti-capitaliste et une analyse politique erronée favorisant les droits de vote au détriment des marchés libres, ce qui pourrait priver de nombreux pays d’une occasion historique.”
Bon, ça donne envie de lire la suite.

(…)“A une époque où le capitalisme est attaqué(…) il n’est pas inutile d’établir à nouveau la justice intrinsèque de capitalisme global, synonyme de respect des droits de chacun d’échanger avec qui bon lui semble au sein de la grande communauté humaine .”(…)
(…) Trop souvent, des régimes totalitaires et corrompus érigent des barrières qui maintiennent des populations entières dans la pauvreté. Or l’ONU, censée promouvoir la paix dans le monde, sert précisément de protectorat à ces Etats (…) qui siègent jusque dans le Conseil des Droits de l’homme, tout en prétendant dénoncer les pays libres(…) L’expérience montre que la paix n’émergera pas de ce théâtre de l’absurde de démagogie anti-occidentale, mais de la reconnaissance que le commerce guérit des préjugés destructeurs.”

Et de citer le professeur Erik Gartzke (Columbia University - donc génial) : ” Etant donné que la prospérité est nécessaire à une démocratie stable et suffisante pour introduire la paix, la meilleure politique étrangère est celle approfondit et étend le capitalisme”.

Donc, si l’on comprend bien :

1 - La notion de droit est un obstacle au développement puisqu’elle entrave la liberté du renard dans le poulailler.
2 - Il n’y a évidemment qu’un seul système économique possible, toutes les notions d’égalité des chances, de redistribution par l’impôt - qui est comme chacun sait une violation du droit de propriété - ou de dialogue international sur les droits humains, etc, ne sont que des hypocrisies et turpitudes d’idéologues attardés.

3 - La démocratie n’est donc possible qu’à partir d’un certain niveau de prospérité économique - alors que grands benêts que nous sommes, nous pensions l’inverse … Car l’article ajoute : ” (…) un gouvernement élu démocratiquement prive souvent de leurs droits fondamentaux ceux qui ont perdu l’élection et même les membres de l’électorat qui ont voté pour le groupe vainqueur. (…) Les pays dotés d’Etats qui respectent les droits civils et les libertés économiques de leurs citoyens sont moins enclins aux conflits internes, (…) guerres civiles ou insurrections”. Effectivement, on ne va pas s’em…. avec les “Droits de l’homme”. Ce serait donc le combat pour la justice qui crée et alimente conflits et guerres civiles ?

Comme chacun sait, l’intervention militaire en Irak - qui n’est pas une “guerre” puisqu’il s’agit de rétablir la démocratie …- est un exemple frappant de cette vision révolutionnaire. Car comme le proclame Dick Cheney (citation de mémoire, mais contenu authentique) : ” Nous interviendrons militairement où nous voudrons, quand nous voudrons, et sous la forme que nous déciderons, face aux pays qui refusent notre politique”.
Mais pourquoi donc la Somalie, qui n’a plus d’Etat depuis 14 ans, n’a-t-elle pas décollé économiquement ? La liberté des Somaliens est totale “d’échager avec qui bon (leur) semble au sein de la grande communauté humaine”. Il est vrai que puisqu’il n’y a pas de règles écologiques contraignantes pour restreindre l’exercice de la liberté économique des “gérants de déchets industriels étrangers”, tous les espoirs sont permis. D’ailleurs même lorsqu’il y a un Etat, comme en Côte d’Ivoire, on se permet d’y larguer tous les déchets toxiques possibles et imaginables. Comme le précise un autre membre du gang, cité dans l’article : ” Les déçus de la défaite du communisme avancent désormais le mythe du développement durable”.
Erik Gartzke (déjà nommé) ajoute : ” Lorsque les égoïstes travaillent selon leurs propres termes et à leurs propres buts, ils créent les circonstances qui permettent la coopération internationale et évitent une occupation”. Si l’on comprend bien, le résultat de l’intervention américaine en Somalie en 1992 a été de libérer le peuple somalien d’un Etat destructeur des libertés individuelles. Bon sang, mais c’est bien sûr…

Quand “la justice intrinsèque du capitalisme global” (bis repetita et sic) aura illuminé le monde, on espère qu’il n’aura pas disparu entre-temps.


Qui a peur de Tariq Ramadan ?

28.09.06

L’interview en ligne de Tariq Ramadan sur le site du “Monde” le 27 septembre mérite attention et lecture, surtout lorsqu’on sait les fantasmes qu’il provoque et les procès d’intention qui lui sont faits, à répétition. Les réponses sont aussi claires que les questions, pour autant qu’on puisse l’être lorsqu’on a, comme lui, à la fois la chance et la difficulté d’être au vrai carrefour des “plaques tectoniques” des civilisations. Et il prend les coups des deux côtés… Il n’est pas facile d’être un homme de “logos” dans ce déchaînement de violence et de discours irrationnels que suscite l’Islam dans nos sociétés occidentales - et réciproquement.

Pour avoir eu la chance de vivre plusieurs années en pays islamiques, asiatiques et africains, (parmi les villageois et non avec les diplomates), mais aussi pour avoir rencontré Tariq Ramadan à quelques reprises, bien avant qu’il ne soit connu, pisté et épluché à chaque apparition à sa fenêtre, il me semble qu’il constitue bien plus une chance qu’un danger. D’ailleurs, en même temps que les USA lui refusent systèmatiquement un visa, le gouvernement britannique le nomme Professeur invité à l’Université d’Oxford…

Lors d’une dernière rencontre, lui ayant dit partager l’incompréhension que suscite sa demande de “moratoire sur la lapidation“, sa réponse fut nette : ” Regarde le site d’Amnesty International qui demande un moratoire sur l’application de la peine de mort”…

On reproche à Tariq Ramadan d’être le petit-fils du fondateur des Frères Musulmans d’Egypte.
So what ?
On n’est pas responsable de ses racines, même si on n’y échappe pas.

Mais la grande question, le grand soupçon sur Tariq Ramadan consiste à savoir s’il tient un double langage.
D’abord que celui ou celle qui n’a jamais proféré de contradictions publiques s’avance le premier pour le lapider…
Ensuite, l’expérience vécue quotidiennement en Asie permet de constater que la lecture de la réalité par le discours occidental est toujours dualiste : “ou bien-ou bien “, et “les choses sont claires “.
Le discours oriental, lui, fonctionne de manière beaucoup plus fine et parfois plus riche : “et- et“… Le principe logique de non-contradiction ne fonctionne pas du tout de la même manière… et le temps aidant, en travaillant avec des orientaux ou des asiatiques, on aboutit souvent à des solutions là où le cartésien fonctionne sur deux pieds (l’un n’avance que si l’autre reste en retrait, et ainsi de suite) et n’en trouve pas.

Dans une interview au journal suisse “Le Temps” (06.02.06) à propos des caricatures de Mahomet :
Question : ” En Europe, ces réactions (musulmanes) butent sur une totale incompréhension. Comment l’expliquez-vous ? “
T.Ramadan : ” C’est vrai, et il faut éviter les explications simplistes : il ne s’agit pas d’un conflit entre la liberté d’expression et le dogme religieux. Ce que certains musulmans demandent, ce n’est pas plus de censure, mais un usage plus sage de la liberté d’expression. De leur côté, ils doivent comprendre qu’il existe une tradition, de Voltaire à Hugo, jusqu’aux littératures contemporaines de l’Occident, de se moquer du fait religieux.”(…)

Question : ” (Ce mur d’incompréhension) semble alimenter la thèse de Huntington selon laquelle on assiste à un choc de civilisations ? “
T.Ramadan : “Dire et répéter cela nous conduit à donner corps à cette prophétie de malheur. Non il ne s’agit pas de cela. Ce n’est pas la fracture entre deux univers, mais deux fractures, dans chacun des deux univers, entre ceux qui cherchent à se décentrer (…), à entrer dans un dialogue critique et constructif, et ceux qui ont une approche exclusive de la vérité, qui se définissent contre l’autre et ont une vision binaire du monde”.

De nouveau dans “Le Monde “:

Question : “Pensez-vous que l’islam soit compatible avec la démocratie occidentale “ ?
T. Ramadan : “ La première des choses qu’il faut dire, c’est qu’il y a déjà de l’Islam dans l’Occident et de l’Occident dans la tradition musulmane : il me paraît faux de proposer une approche binaire.
(…) Il n’y a absolument aucune contradiction entre les principes sur lesquels se fonde la démocratie et les références islamiques. L’Etat de droit, la citoyenneté égalitaire, le suffrage universel, le fait pour l’élu d’avoir des comptes à rendre devant ses électeurs et la séparation des pouvoirs (…) sont tout à fait compatibles avec l’Islam”.
Double langage ?

Attention, Tariq, tu risques plus de choper une “fatwa” que de te faire lapider à Piccadilly Circus…

Mais quand tu auras cinq minutes, un petit message de soutien de ta part serait le bienvenu à l’”Afghan Women Network” qui vient de faire un communiqué pour protester contre le projet de loi du président afghan Karzaï visant à rétablir le “Ministère du Vice et de la Vertu…


Bienvenue à la Roumanie et à la Bulgarie, mais…

26.09.06

Très sincèrement, bienvenue à la Roumanie et à la Bulgarie au sein de l’Union Européenne. L’histoire (ancienne et récente) ainsi que la géographie justifient pleinement cette adhésion au 1 er janvier 2007.

Mais on n’a toujours pas compris quel agenda a pu conduire à l’accumulation des adhésions (de 15 à 25, puis de 25 à 27 pays membres) avant d’avoir “coulé dans le marbre” la Constitution européenne. Après tout, dans n’importe quelle association au monde, si vous voulez devenir membre, vous donnez en connaître et en approuver les statuts avant que votre candidature soit acceptée. L’Abrincate s’est vu répondre - vertement - d’une Lithuanienne que les pays candidats avaient aussi le droit de donner leur avis sur le contenu de cette Constitution. Alors oui, on aurait pu les associer, les consulter, etc… Mais après tout, le “rêve d’Europe” est aussi de bénéficier des budgets européens largement alimentés par les pays riches, fondateurs de l’Europe, comme les exemples de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce l’ont attesté - et l’Union Européenne a aussi prouvé que l’intégration est vraiment réelle.

En fait, comme on le sait, il existe une tension fondamentale au sein de l’Europe entre les partisans de l’Europe politique et ceux d’une simple zone de libre-échange. La procédure suivie depuis le début du chantier de la Constitution correspond à la deuxième conception : on intégre le plus possible de pays, on ouvre les frontières, on instaure la libre circulation à l’intérieur de l’Union, on déréglemente pour laisser le champ libre aux fusions entre les grands groupes stratégiques de l’économie européenne - et l’Europe politique attendra … Elle attendra d’être rendue impossible, pour cause d’idéologie néo-libérale : un maximum d’échanges, un minimum d’Etat, national ou supranational.
Pourquoi est-il pourtant indispensable que l’Union Européenne soit aussi politique ?

Voulons-nous voir (ré) apparaître des Milosevic hongrois, des nationalistes polonais, des fascistes français ?
Comment pouvons-nous traiter quantité de problèmes communs à tous nos pays sans nous accorder sur des régles communes que seule une autorité politique peut établir et imposer, à propos de l’environnement, de l’immigration, de la criminalité transnationale, de l’énergie, des négociations économiques internationales, et tant d’autres problèmes aigüs ?

Ceux qui ne veulent pas d’union politique européenne sont ceux qui pensent que les règles du marché - et donc l’absence de règles - apporteront spontanément les solutions à ces problèmes collectifs … comme si le marché avait une vision sur deux ou trois générations, alors que la plupart des acteurs économiques ont, au maximum, une vision sur 3 à 5 ans, et les politiques une vision qui s’arrête à la prochaine élection…

On répondra que c’est le vote des Français qui a bloqué la Constitution. Oui, et on le regrette, mais il est aussi vrai que le texte en était interminable, illisible, et rendait aussi méfiant que la lecture d’un contrat d’assurance.

Pourtant il y avait dans ce projet de Constitution une véritable originalité historique, et même juridique : cette Union basée sur des intérêts communs fondamentaux se combinait avec une large “subisdiarité” des politiques nationales. Mais ce projet avait aussi une autre originalité historique, celle d’intégrer les “tables de la loi” d’une économie libérale : or, on ne connaît aucune autre Constitution existante qui détermine le système économique d’un pays. On dit qu’une des parties du texte, celle qui fixe les règles du système économique, a été, paraît-il, “glissée” subrepticement dans le “package” quelques mois avant le bouclage…

Il y avait dans ce projet de Constitution une multiplicité de niveaux d’analyses, un amalgame de contraintes de nature très diverses, au point de le rendre confus, illisible - et “on” a pensé qu’avec quelques bons slogans bien pensés et bien formulés, le bon peuple … “qui n’y comprend rien” (on a tout fait pour ça), suivrait dans l’enthousiasme. Erreur…

Avec l’épisode du scandale des avions américains venus en Europe, soit pour placer des détenus clandestins, soit en transit vers d’autres pays permettant de “délocaliser la torture”, certains ont pensé que l’absence d’Europe politique arrangerait bien du monde. Et l’insistance avec laquelle les USA et la Grande-Bretagne soutiennent à répétition la candidature de la Turquie ne manquera pas de créer des tensions et des blocages “bienvenus” au sein de l’Union.
L’Europe des bâtisseurs est bel et bien terminée et le débat européen n’est plus qu’un marchandage de boutiquiers-idéologues.
Vivement une nouvelle génération politique - mais vraiment politique !!!


Réponse à Benoît XVI

18.09.06

Nonobstant l’outrecuidance … de prétendre répondre à un Pape, le tohu-bohu que provoque dans le monde son discours à l’Université de Ratisbonne, le 12 septembre dernier, incite - c’est le bon côté, et pas le moindre des paradoxes, de la polémique - à prendre la peine de lire l’intégralité de son texte.

En outre, la polémique surgit à partir d’une phrase, qui plus est une citation - laquelle ne vaut que par l’argument qu’elle prétend soutenir ou contredire - extraite d’un raisonnement d’ensemble, adapté à un auditoire universitaire qui n’attend pas moins d’un ancien collègue devenu Pape qu’une argumentation stricte, pleine de références savantes, avec toutes les nuances qui s’imposent. Malheureusement, il faudrait rappeler au Département de la Communication du Vatican qu’un Pape ne s’adresse jamais à un segment-marketing du peuple, fût-il universitaire, et que d’un Pape comme de tous les personnages publics, les médias ne retiennent que la “petite phrase”. L’écho est désormais universel, “globalisé” dit-on aujourd’hui, et autant son prédécesseur de Pape avait la fibre populaire, autant celui-ci, qui a le droit d’être ce qu’il est, a du mal à s’abstraire des dernières 25 années dans le rôle de Ministre des Consciences.

Mais laissons de côté tout le fatras institutionnel et médiatique, et lisons attentivement l’intégralité du discours de Ratisbonne :

D’abord, le Pape est heureux de revenir dans son Université, tout en regrettant le temps où le contact était direct avec les étudiants, et où les échanges entre collègues enseignants étaient à la fois respectueux, voire distants, mais enrichissants, même avec des collègues non-croyants, puisque l’on ne s’offusquait pas, dit-il, d’entendre un collègue proclamer : ” Dans notre Université existe une chose remarquable : deux facultés s’occupent de quelque chose qui n’existe même pas - de Dieu.”

Aujourd’hui, les étudiants reçoivent des emails de leurs professeurs, et ceux-ci s’enferment souvent, sauf exceptions, soit dans leur perspectives de carrière, soit dans leurs recherches microscopiques, pour publier et être invités dans les Congrès.

Puis le discours déboule d’emblée - sans préalable - sur la mention d’un dialogue publié par le Prof. Khoury, entre Manuel II Paléologue (et non pas “Le paléologue”, comme disent tous les médias) et un savant persan. Le Pape cite l’empereur… qui cite une Sourate du Coran : ” Pas de contrainte en matière de foi ” - et Benoît XVI ajoute: datant de l’époque ou Mahomet lui-même était privé de pouvoir et se trouvait menacé.Puis en référence à une époque plus tardive, l’empereur ajoute : ” Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de neuf, et alors tu ne trouveras rien que de mnauvais et d’inhumain, par exemple le fait qu’il a prescrit que la foi qu’il prêchait, il fallait la répandre par le glaive.”

Et Benoît XVI de commenter ainsi : Il est absurde de répandre la foi par la contrainte (…) Et de re-citer l’empereur : “Si l’on veut amener quelqu’un à la foi, on doit user de la faculté de bien parler et de penser correctement, non de la contrainte et de la menace.(…)

Pourquoi le Pape n’a-t-il pas ajouté que la différence entre la première citation de la Sourate et la remarque de l’empereur était qu’entre-temps, Mahomet avait pris le pouvoir ? et que c’est une perversion historique de toutes les religions que de viser à conquérir le pouvoir, spirituel et temporel ? Lorsqu’on n’a pas de pouvoir, on demande la liberté de religion, et dès qu’on a le pouvoir, on crée une police…

Pourquoi le Pape n’a-t-il pas clairement dit que des religions à visée universelle, le Christianisme comme l’Islam, peuvent être -ou avoir été - pervertis par le pouvoir, y compris pour massacrer des populations entières, comme le suggère un dénommé Lichtenberg…en 1800 : ” N’est-il pas étrange que les hommes se battent si volontiers pour la religion et vivent si peu volontiers selon ses règles?”

Le discours du Pape aborde ensuite la relation entre “Foi et Raison”, terrain sur lequel on ne prétendra pas argumenter face à un puits de science… On notera cependant la paradoxe entre la célèbre phrase de Blaise Pascal, croyant s’il en est : ” Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas” et l’étonnante première phrase de la Préface à la 1 ère édition de la “Critique de la Raison Pure” d’Emmanuel Kant : La raison humaine a cette destinée singulière, dans un genre de ses connaissances, d’être accablée de questions qu’elle ne peut éviter, car elles lui sont imposées par sa nature même, mais auxquelles elle ne peut répondre, car elles dépassent totalement le pouvoir de la raison humaine”.
L’un croyant sépare clairement la foi de la raison, l’autre, non-croyant, initie sa réflexion par une ouverture “accablante et inévitable” de la raison à ce qui la dépasse…

Quant aux relations entre la foi chrétienne “unique” et la diversité des cultures, il faut reconnaître au christianisme d’avoir formulé un Dieu contre les mythes et les idoles, et d’avoir fait une synthèse remarquable entre les conceptions cycliques du monde (les cycles annuels de la liturgie) et la conception linéaire de l’Histoire, héritée de l’Ancien Testament, dans laquelle chacun-e est supposée apporter sa pierre à l’édifice. On rêve d’avoir le temps de lire ce qu’écrivaient les Jésuites en Chine…
Il reste que le contraste est fort entre un Jean-Paul II qui a abondamment formulé des excuses pour un tas de perversions historiques de l’Eglise Catholique (de Galilée aux prêtres pédophiles, en passant par l’Inquisition) et un Benoît XVI qui va citer des références chez un empereur du 14 ème siècle - et dans un contexte hyper-sensible d’un Islam surchauffé pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la métaphysique universitaire…

Il reste aussi que s’il y a eu gaffe de Benoît XVI sur la forme, le débat est permis sur le fond.
Et sur ce plan, bien qu’il soit faux d’affirmer que les pays musulmans interdisent toute pratique religieuse non-musulmane sur leurs territoires (à l’exception de l’Arabie Séoudite), on attend toujours que des élites musulmanes condamnent haut et fort, et à répétition quotidienne s’il le faut, toutes les perversions - et massacres - qui se font, quotidiennement, au nom de l’Islam.

Où sont les leaders religieux musulmans, dont une phrase prononcée dans une Université du Caire ou de Djakarta, aurait un impact universel et dans les 24 heures pour condamner et prononcer des “fatwas” contre les bouchers nihilistes qui égorgent des otages et manipulent des adolescents kamikazes ?


Chocs en stock

14.09.06

L’Abrincate a été choqué :

- d’entendre que dans les échanges d’étudiants et d’enseignants qui se développent entre Hautes Ecoles Spécialisées au niveau européen, notamment depuis la généralisation des grades en “Bachelor” et “Master”, les Hautes Ecoles francophones qui n’enseignent pas en anglais reçoivent de moins en moins - et parfois plus du tout - de demandes d’étudiants européens. Tout le monde veut des cours en anglais (mais est-ce encore de l’anglais ?) ; d’entendre dans un colloque sur la coopération internationale que le français était désormais considéré par les “stratèges” comme une des langues régionales en Afrique…

- de regarder par hasard une émission (”L’arène de France”) de Stephane Bern sur une chaîne française, un débat absolument pitoyable d’une incroyable vulgarité machiste sur la question de savoir si une femme pouvait devenir Présidente de la République, et d’entendre un neuropsychiatre dire, à propos de Ségolène Royal, qu’il “se la ferait bien”…Quelle déchéance… Madame Royal, votre campagne sera un bain de boue…

- de revoir, jusqu’à saturation, les images du World Trade Center le 11 septembre 2001, avec cette impression lancinante de ne pas arriver à croire qu’un attentat de cette sophistication technique et logistique ait pu être effectué sans que PERSONNE n’en soit informé, ou n’ait su ce qui se préparait. Comment croire définitivement que le réseau Al-Qaida a agi par surprise totale au coeur du pays le plus contrôlé, surveillé, le plus communiquant qui soit, dans le pays qui a installé le “réseau Echelon” d’écoute universelle. Ben Laden aurait fait mieux que la nature ? L’ouragan Katrina était annoncé…
Bien que très vigilant sur les manipulations, fantasmes et délires que peut susciter un tel évènement, il faut voir, sur la chaîne “Planète”, un documentaire qui pose des questions absolument effarantes à propos de quantité d’incohérences dans la communication qui a suivi l’attentat. A voir sur cette chaîne, les 18.09 à 22 h 35, le 26.09 à 13 h 30, le 02.10 à 13 h 35 ou le 08.10 à 13 h 50.
Comme disait (mais qui donc déjà ?) : ” La vérité ne meurt jamais, mais elle mène une existence misérable…

- de voir la “catastrophe” écologique des déchets répandus en Côte d’Ivoire : ce n’est pas une catastrophe, c’est le résultat de vidanges d’entreprises qui profitent du chaos général dans ce pays pour se croire autorisées à vider leurs poubelles en toute impunité. Parfois, on se demande si le “j’m'enfoutisme” ne confine pas à une sorte d’idéologie du “tout doit disparaître”…


Léger malaise après perquisitions

10.09.06

La succession des “complots terroristes” déjoués laisse un sentiment de malaise, à la lecture des quotidiens habituels. Les articles mentionnent les intentions déjouées, les arrestations, la liste des “objets trouvés” dans les perquisitions, que ce soit à Londres, à Bruxelles ou ailleurs. Des tracts, des armes, des livres, des plans d’entraînement…

Nul ne conteste que ces faits sont avérés, mais depuis toujours, des groupuscules se constituent sur la base d’une radicalité idéologique - de droite comme de gauche - et les membres de ces sortes de sectes sont dans l’illégalité pour port d’armes, pour discours raciste, ou pour tentative (fantasmagorique) de déstabilisation de l’Etat. Mais en d’autres temps, un communiqué du Conseil des Ministres y aurait mis un terme, par dissolution…

Dans le contexte actuel, la moindre perquisition entre dans le discours sur la menace terroriste “globale”, et cela entretient l’opinion publique dans une crainte et une vigilance à la fois bienvenues et indéterminées de chaque instant. Nul dénonciation d’une quelconque “machination” dans ce sentiment. De toute façon, la peur du terrorisme est désormais générale, “globale” : s’il y avait machination dans cette stratégie de la terreur annoncée et entretenue, il y a longtemps que ses initiateurs ne la maîtrisent plus. Bientôt, les enfants des rues ou les mineurs délinquants seront perçus comme des éléments d’insécurité publique à grande échelle et donc intégrés dans le fantasme terroriste, ce qui justifierait - selon le Sarkozy d’il y a trois mois - la détection précoce des enfants à risque de comportements asociaux dès l’école maternelle, à partir d’une analyse scientifique de l’INSERM…

Nous avons tellement été échaudés depuis 5 ans - depuis le 11 septembre 2001 - par les annonces et alertes à grand renfort de coups de mentons, pour ensuite - mais plusieurs mois après - apprendre qu’aucune poursuite ne pouvait être engagée contre des anciens détenus de Guantanamo par leurs autorités nationales, que les armes de destruction massive en Irak relevaient d’imprécisions des services secrets ou de véritables montages, que telle alerte aux USA était surfaite,etc,…

Que le mensonge - sous toutes formes - soit un instrument de gouvernement, cela n’est pas nouveau, et le président Mitterrand qui s’y connaissait en manipulations, a laissé cette phrase historique : ” on ne sort de l’équivoque qu’à son détriment “. Mais la question, aujourd’hui, est de savoir combien de journaux ont la possibilité de rémunérer un ou deux journalistes pour faire de véritables investigations et tenter de faire autre chose que de répercuter les communiqués officiels et les assaisonner de simples rappels historiques, avec quelques petits recherches de quelques idées pertinentes sur Internet, pour préparer un bon petit plat, affublé d’un bon titre accrocheur, si possible sous forme de bon jeu de mots, pour donner le sentiment au lecteur de comprendre ce qui se passe…alors qu’en réalité on n’apprend rien.
De grandes stratégies de communication “fabriquées”, ou plus exactement présentées selon un certain contexte, reprises “en 20 lignes pour demain matin” par des médias exsangues - et le tour est joué… De toute façon, dans trois jours, l’air du temps sera passé à autre chose… à moins que ce ne soit la même chose, mais ailleurs dans le monde.


L’enfant et l’argent

20.08.06

Extrait d’un exposé de l’Abrincate pour un prochain congrès sur le thème : “L’enfant et l’argent” :

(…) Il y a différentes manières de traiter la question de “l’enfant et l’argent“. Abordons la question sous différents angles successifs, dont certains vous surprendront peut-être :

1 - une fillette albanaise, âgée de 8 ou 10 ans, contrainte par des trafiquants de mendier dans les rues de Thessalonique (Grèce), doit rapporter l’équivalent de 20 dollars par jour, sous peine d’être maltraitée. Faites vous-même le calcul de ce que rapporte une vingtaine d’enfants mendiants pendant six mois… Dans la diversité illimitée des formes de criminalité organisée, le trafic d’enfants, souis quelque forme qu’il rapporte, est celui qui suppose le moins d’investissements : il est effarant de devoir constater que l’enfant est la matière première du monde la moins chère…

2 - il existe des capitales africaines ou asiatiques où des petites filles, dès l’âge de 12 ans, se prostituent à des clients locaux pour l’équivalent de moins d’1 euro la passe…

3 - au mépris de la violation de leurs droits élémentaires à l’éducation et à la santé, des millions d’enfants sont contraints à travailler, dans des conditions souvent insalubres, dont ils n’ont pas conscience des risques, pour un profit économique “en creux”, c’est à dire qui ne suppose pas de transaction financière, ce qui n’a jamais vraiment été évalué. Ces enfants, devenus des marchandises, ont des défis impossibles à relever : ils ne profitent jamais de l’argent qu’ils rapportent ou font économiser. Comme disait Nicolas Bouvier : ” L’argent, c’et comme la fumée de cigarettes, ça monte toujours et ça ne redescend jamais”.

Mais en matière de mépris de l’enfant, les pays riches ne sont pas en reste: il est une autre manière de mépriser l’enfance. Dans certains pays, des catégories d’enfants n’ont aucun défi à relever. Le compte bancaire est ouvert à la naissance : le délire de consommation que suscite l’idéologie de l’enfant-roi noie celui-ci sous une orgie de cadeaux, d’outils technologiques sophistiqués, et de produits de marque pour honorer le “look scolaire“, au point qu’on voit renaître l’idée de l’uniforme à l’école… Sans oublier l’argent de poche, cible privilégiée des publicités formatées à leur intention, avec une argumentation très sophistiquée, par la suggestion/séduction d’une liberté trompeuse. Objectif : fidéliser, dès la prime adolescence, voire avant, les futurs adultes consommateurs par une pseudo-autonomie vis à vis des parents. Le surendettement guette les ados dès les premiers effluves d’indépendance que donne l’usage de l’ordinateur, des téléphones portables,etc… Les banques excellent aussi auprès des parents, en multipliant les offres qui s’habillent souvent d’un contenu pédagogique : ” Apprenez-lui à gérer son argent et son compte grâce à une carte de retrait dès 12 ans”.

Extraits libres d’un Colloque tenu au Ministère français de l’Economie et des Finances (www.minefi.gouv.fr/dgccrf/02_actualité/ateliers_conso/atelier14.htm):

“En un siècle, les savoirs sur l’enfance se sont démultipliés. Cela a complexifié l’éducation des enfants et contribué à la “déparentalisation”. Aujourd’hui, les enfants sont rares et précieux. Ils sont surinvestis, idéalisés au même titrre que la fonction parentale et la famille. Ecoutés, promus, valorisés, les enfants-roi deviennent souvent clients-roi, prescripteurs d’achats ou de choix familiaux face à des adultes désireux d’éviter les conflits.

(…) Dès avant la naissance, les enfants sont inscrits dans le monde de la consommation (produits et publicités). Télévision, courses dans les grandes surfaces, affiches (…) Passifs au début, leurs comportements évoluent vite en fonction directe de celui de leur entourage. Les modèles parentaux de consommation sont leurs premiers apprentissages.”

(…) L’accès aux nouvelles technologies positionne le jeune à ses propres yeux comme pour ceux qui l’entourent. Il devient un expert avisé. Ses choix disent son identité. Le jeune est de plus en plus tôt autonome au sein de sa famille. Il consomme les média, en particulier la télévision, sans que la famille ou les structures éducatives soient en mesure d’exercer parallèlement un contrôle sur les programmes qui lui sont destinés.”

(…) Partons d’un constat étonnant : moins les enfants sont nombreux, plus leur poids compte en tant que consommateurs. Dans les grandes familles du passé, il fallait économiser et il y avait peu de place pour les “caprices de l’enfant”. Depuis plusieurs années, l’INSEE observe une élévation du coût de l’enfant, qui n’est rien d’autre que le constat factuel d’une augmentation des dépenses que nous décidons d’accorder à l’enfant. Il n’est plus question de transmettre systématiquement les vêtements des aînés aux fréres et soeurs, et dorénavant chaque pré-adolescent revendique une chaîne hi-fi personnelle dans une chambre dont il finit souvent par avoir l’usage exclusif (on peut y ajouter : l’ordinateur avec Internet, le téléphone portable, le MP3,etc…).

L’enfant rare est un enfant-roi et il coûte cher(…) Il fait preuve à cet égard à la fois d’un esprit critique très acéré, tout autant que d’un suivisme et d’une passivité bien étonnants à d’autres moments.”

Une Députée Fédérale belge, Mme Colette Burgeon, citée dans “La Libre Entreprise” du 6.05.06, affirme : ” Je suis mère de deux filles de 15 et 12 ans et je suis heurtée par les courriers qui leur sont régulièrement adressés pour vanter tel ou tel produit bancaire. Encore récemment, ma fille aînée s’est vu offrir une carte verte de crédit liée à plusieurs avantages (billets d’entrée, concours gratuits, magazine, sac de sports, chèque-cadeau,etc…), la publicité allant jusqu’à affirmer que de nombreux parents voudraient également une telle carte, mais que c’était malheureusement impossible pour eux(…) Cette publicité joue sur l’identification à l’adulte dont on s’approprie l’image au travers du symbole de l’argent.(…) Manque de transparence au niveau des comptes à vue, façon provoquante de s’adresser aux jeunes : autant de transgressions à un Code de Conduite que les banques elles-mêmes ont édicté. Il faut donc plus de sévérité dans son application et son contrôle. C’est pourquoi j’ai pris l’initiaitve de le rendre contraignant en l’assortissant de fortes sanctions par une proposition de loi.

Cela donnera à tout un chacun l’occasion de réfléchir sur les avantages et inconvénients respectifs des codes de conduite, des approches contactuelles et des contraintes législatives…

Si vous consultez le site www.adosurf.free/combines.html, ciblé sur les adolescent-e-s, vous y trouverez la page intitulée : ” Argent facile”, avec des liens sur “MailoMail: gagner de l’argent en recevant des mails”, ” “Mediapplazza : créez rapidement votre propre site de rencontres, gains importants(…) ou de téléchargement de logos et sonneries de téléphones portables, et gagnez rapidement 0,90 euros par téléchargement”, sans oublier la crétinisation habituelle des horoscopes, des tests de personnalité, des “love-tests”, etc…

Sans oublier non plus la méthode qu’on appellera “Tupperware” ou encore “Jeu de l’avion - version ados”, intitulée ici “argent4u” qui annonce : ” En surfant tous les jours sur nos sites partenaires et en vous inscrivant aux newsletters que nous vous proposons, vous gagnez 1 210 points par mois. Si vous parrainez 5 amis et que chacun d’eux parraine 5 filleuls, qui parrainent 5 filleuls et ainsi de suite, votre gain sera de 61 987 points, soit l’équivalent de 619,87 euros par mois.” Notez bien que “l’équivalent de” ne suggère pas que cet argent puisse perçu… Tant qu’à faire, une proposition ultérieure pourrait suggérer de les placer en Bourse…

Si enfin vous ouvrez le site : www.luxusbuerg.net, vous pourrez lire ceci : ” Luxusbuerg est une palteforme de communication en temps réel(…) qui a totalisé en novembre 2005 une moyenne de 4 200 visites par jour, 35 minutes par visite, plus de 17 000 heures de chat par semaine (etc…) Les données démographiques de plus de 82 000 utilisateurs ont été collectionnées. Luxusbuerg s’avère donc être un support publicitaire incontournable pour entrer en contact avec les jeunes au Luxembourg.”

Paradoxalement, on pouvait lire dans un article du “Monde”(14.08.06) (…) “Une étude menée aux Etats-Unis par la Kaiser Family Foundation et l’Université Stanford avait mesuré en 2005 qu’enfants et adolescents consommaient quotidiennement huit heures trente trois de différents médias sur un amplitude moyenne effective de six heures vingt et une… Il en résultait que plus du quart de ce temps était consacré au minimum à deux média. Une proportion qui a doublé en six ans.

Pour autant, dopée par de nouvelles technologies, cette génération de plus en plus “multitâches” n’échapperait pas à … l’ennui. Un sondage réalisé auprès de 1 650 jeunes Américains et publiée outre-Atlantique, lundi 7 août, par le Los Angeles Times et l’agence Bloomberg révèle que la multiplication des médias, l’essor de l’Internet et des loisirs électroniques n’empêchent pas les adolescents et les jeunes adultes américains de se morfondre dans leur coin (ce qui ne les priverait pas d’embarquer leur ordinateur sur un île déserte s’ils n’avaient qu’un seul objet à emporter).

A la question “les choix de divertissement qui vous sont proposés vous ennuient-ils ?”, près des trois quarts des garçons et des filles de 12 à 20 ans ont répondu “parfois” ou “souvent”. La pauvreté des activités, des jeux et des loisirs proposés paraît en cause, mais, à l’analyse, il semble qu’il y ait comme une soif plus profonde et difficile à étancher.”

Alors quand on a 14 ans, et qu’on se retrouve avec les copains pour comparer les ordinateurs, les téléphones portables, les MP3, et autres “must” de la modernité - et pour tromper l’ennui - on décide d’aller au centre commercial, pour sonder les opportunités de changer le “vieux téléphone portable” (il a 18 mois…). En plus c’est gratuit… si vous prenez un abonnement…

Une réprésentante de l’EPE (“Ecole des Parents et des Educateurs”) disait lors du colloque sus-mentionné : ” Dans nos services téléphoniques qui leur sont dévolus (”Fil Santé Jeunes”, Jeunes Violence Ecoute” ), les jeunes n’évoquent que rarement ces questions. Pour eux, l’essentiel se joue ailleurs : découverte d’eux-mêmes, problèmes relationnels, recherche d’adultes qui les protègent et les aident à trouver leur voie, sens de la vie”.

 

Quelle est donc cette fameuse “société de communication”
où il faut créer des permanences téléphoniques anonymes - et gratuites -
pour que les jeunes parlent d’eux-mêmes
à quelqu’un qui n’a rien à leur vendre ?


Günter Grass, “humain, trop humain”

18.08.06

Il faut d’abord dire qu’il y a eu des jeunes de 18 ans qui se sont engagés dans la Résistance, au moment du nazisme, au risque de leur vie, et qui n’ont jamais fait ni ne feront jamais la “une” des média.

Il faut rappeler aussi que l’Etat d’Israël, qui gratifie du titre de “Juste” celles et ceux qui ont sauvé des Juifs pendant la guerre, ont attribué ce titre à une concierge parisienne qui avait abrité clandestinement des Juifs : elle était à l’époque analphabète, ce qu’un journaliste avait commenté ainsi : “Elle ne savait ni lire ni écrire, mais elle savait où était le bien et le mal”.

Ayant dit cela, le choeur des “vierges effarouchées” devant l’auto-révélation tardive de l’engagement de Gûnter Grass, à 17 ans, dans la Waffen SS, a quelque chose d’hypocrite. Outre que c’est le sujet idéal pour les journaux du mois d’aôut, on pourrait ajouter ceci :

C’est lui-même qui a dévoilé cet engagement, et non pas un scribouillard teigneux.

Pourquoi si tardivement ? c’est son affaire, ou plutôt c’est l’affaire de son “âme”. Peut-être ne le sait-il pas lui-même. Cela ressemble à quelque chose du genre : “A 80 ans, je range mes affaires“.

Que Günter Grass ait été pendant des décennies une sorte de conscience allemande, bonne ou mauvaise, à travers son oeuvre, ce nouvel épisode n’en fait qu’un élément d’humanité supplémentaire. Car enfin :

- quand les apôtres de la lutte révolutionnaire violente des années 1968 feront-ils leurs aveux ? Sans oublier les staliniens et autres maoïstes pour lesquels le nombre de millions de morts ne devait pas empêcher les avancées de la cause ?

- quand certains “nouveaux philosophes” regretteront-ils d’avoir déraillé en soutenant l’arrivée et les premiers années au pouvoir des Khmers Rouges au Cambodge ?

- quand certains généraux de l’armée française révéleront-ils leur responsabilité dans la torture pendant la Guerre d’Algérie ? Jusqu’à présent, on n’a entendu que ceux qui s’en vantaient, Aussaresses et autres… Au passage, saluons la mémoire du Général de la Bollardière et son combat contre la torture.

- et, in fine, qui n’a pas une “tache” dans sa vie, comme le disait hier Daniel Cohn-Bendit ?

Un autre Allemand, de la même génération que Günter Grass, retraité de l’Université allemande, Hans-Robert Jauss, qui s’était engagé à 17 ans dans les “Jeunesses Hitlériennes”, a porté témoignage, pour le restant de ses jours, des risques de l’engagement “enthousiaste”, comme on peut l’être à 18 ans ?

Il a écrit une phrase qu’il faudrait afficher pour l’éternité au fronton de toutes les Universités du monde :

“Il y a trois possibilités :

Si on est intelligent et au Parti, on n’est pas sincère.

Si on est sincère et au Parti, on n’est pas intelligent.

Si on est sincère et inteligent, on n’est pas au Parti.”


Coupe du monde de football

9.07.06

D’abord, une nouvelle de dernière minute :

Au procès de Saddam Hussein, la Cour pénètre dans la salle pour prononcer le verdict.
Saddam Hussein se lève. Le Président du Tribunal :
“Vous êtes condamné à la peine capitale. Vous serez exécuté demain matin à l’aube par un peloton de 4 tireurs : Ronaldo, Zidane, Figo et Buffone.”

Bon…

Comme tout un chacun, l’Abrincate a suivi la Coupe du Monde et en a retiré quelques impressions.

La Coupe du Monde, c’est une forme de mondialisation, un des rares endroits désormais où le patriotisme - qui n’est malheureusement pas toujours distinct du nationalisme - s’exprime d’une manière d’autant plus forte que chacun sait que cela n’engage à rien : c’est la “société du spectacle“, “à fond les watts“. Ce qui n’est pas forcément négatif, lorsqu’on se souvient que l’idée initiale des Jeux Olympiques consistait à cesser de se faire la guerre pendant les Jeux. D’où la notion de “trêve olympique“.

Avant de connaître le résultat de la finale, quelques réflexions en vrac :

L’Abrincate a :

- pensé que finalement, les équipes nationales, qui se préparent à l’évènement pendant plusieurs années, se divisent en 2 catégories : d’une part, les équipes qui font forte impression dès le début, mais qui perdent au bout de trois ou quatres matchs (par épuisement, qui inclut la pression psychologique croissante), et d’autre part, les équipes qui intégrent une tactique de profil bas (de type “service minimum”) dans les premiers matches et qui montent en puissance pour accèder aux quarts de finale, demi-finales et finale, ces trois dernières étapes étant à la merci d’un pénalty, justifié ou non.

- été intrigué, dans l’équipe de France, par la relation entre Domenech et Zidane. Il ne faut peut-être pas exclure que les rôles se soient spontanément répartis au fil des semaines : Domenech (le degré zéro du charisme) dans le rôle officiel, technique, logistique, de type “pilote de l’avion”, et Zidane dans le rôle du leader d’équipe, chef de cabine (“on vit ensemble, ou on meurt ensemble”). Si les Français gagnent la finale, on pourra parler d’un petit chef-d’oeuvre de gestion institutionnelle, dans la durée et dans l’improvisation, soumise dans un premier temps à un mépris généralisé (pas exclu que la “remontée” soit le résutlat d’un réflexe d’orgeuil collectif), suivie d’une pression incroyable sur les joueurs (ce qui les dope…).

- trouvé ridicule la décision du sélectionneur de l’équipe US qui a soudainement décidé de s’enfermer avec son équipe dans une base militaire américaine pour préparer le 3 ème match, afin que l’équipe se sente “plus en sécurité“. Pauvre type… rien compris. Se croyait à Bagdad.

- admiré l’organisation générale de l’évènement par l’Allemagne. Quasi-parfait. Ainsi que la qualité des retransmissions télévisées et surtout les ralentis des fautes, des “hors-jeu”, des arrêts de gardiens de but et des coups de pied arrêtés. Si quelqu’un n’a pas encore compris les règles du football…

Et pendant ce temps-là, à Gaza …