Notes de lecture aérienne

17.10.09

Dans l’Airbus de la Royal Jordan Airlines (seule compagnie à avoir un rangée No 13 dans ses sièges-passagers ?), pendant les quatre heures de vol entre Zurich et Amman (Jordanie), lu ces quelques informations en vrac :

Dans ” le Monde ” du 15 10.09, dans l’article consacré au procès Clearstream, une citation extraite de la plaidoirie de Maître Comte, avocat des Editions Odile Jacob :

(…) Il y a dans cette affaire, une densité de haine comme j’en ai peu vue. De cette plongée dans les eaux glacées des services de l’Etat, on sort effaré. Je ne sais pas si nous avons devant nous les élites de la nation, mais si c’est le cas, on comprendra qu’il y a encore beaucoup de Bastille à prendre.”(…)
Dans “Le Figaro” du même jour, le président Sarkozy reconnaît avoir fait une boulette – qu’il regrette – pour avoir parlé des coupables dans ce procès qui n’est pas terminé. Soit. Passons.
Mais que tous les sbires et autres parasites politiques qui, devant le tollé, avaient couvert les radios et télés d’exégèses de la parole présidentielle, veuillent bien  porter un entonnoir à l’envers sur le crâne, à prochaine sortie du prochain Conseil des Ministres, et l’affaire sera complètement oubliée.

***********

Dans l’article du même numéro, à propos du dernier livre de Nicolas Baverez (“Après le déluge”  -Ed. Perrin), extrait de l’article signé Claire Guélaud :

(…) “ Le capitalisme présente les mêmes risques qu’à la veille de la crise, tout en ayant épuisé tous ses moyens de défense.”(…) C’est une rupture historique : elle clôt trente ans de néolibéralisme, marque la fin de la suprématie absolue exercée sur l’économie mondiale par les Etats-Unis depuis un siècle et ferme le cycle historique de la domination sans partage de l’Occident sur l’histoire du monde depuis la fin du XVI ème siècle.”(…)

Rien que cela :::!!!
C’est fou ce que la lucidité vient éclairer les cerveaux des experts économistes médiatisés face à la crise – et faut-il que celle-ci soit radicale…

Que répondait Mr Baverez à tous les altermondialistes et militants de toutes ONG possibles et imaginables qui tenaient ce même discours jusqu’à il y a encore 3 ou 4 ans ?

**************

Pendant les affaires, les affaires continuent…

1 – L’affaire Polanski : si la loi américaine prévoit l’imprescritibilité pour le viol des mineures, il n’y a rien de choquant à son arrestation. La loi est la même pour tous. Cela n’enlève rien au génie de l’artiste, s’il en a.
Sans être juriste confirmé, il n’est pas étonnant qu’une action judiciaire se poursuive même lorsque la victime a retiré sa plainte ou accordé son pardon, etc…
Seule question en suspens : pourquoi cette arrestation, aujourd’hui, en 2009, alors que Polanski venait régulièrement dans son chalet en Suisse depuis 15 ans ? Peut atteint-on ici le sommet  d’un ignominie qui n’aurait pas encore de nom…. Un accord américano-suisse dont le compromis sur les litiges économiques comprendrait l’arrestation dudit…

(Quand vous pensez que Radovan Karadzic, criminel de guerre serbe de Bosnie, aujourd’hui sous les verrous à la Haye, affirme que son impunité  définitive était garantie en échange de sa signature des accords de Dayton… On ne se plaindra pas de l’arrestation du bourreau de Sarajevo, ni ne fera d’amalgame outrancier avec Polanski : il s’agit seulement de dire qu’on apprend toujours… un jour ce qui a été effectivement négocié.)

2 – L’affaire Mitterrand Frédéric… Une simple remarque de bon sens : il ne faut pas se plaindre d’être victimes d’amalgames quand on confesse publiquement avoir eu des relations sexuelles avec ” des garçons “. C’est peut-être le jargon parmi les homosexuels, mais tout le monde ne fréquente pas ces dictionnaires-là.

3 – Le fils Sarkozy ? Relire la citation de Maître Comte au début de ce billet.

Quant aux choses sérieuses…

Le calvaire de la Guinée est interminable : cinquante ans d’indépendance, et deux dictateurs successifs, aussi sanguinaires, comme présidents.
Il faudra un jour inventer une procédure internationale de survie et de perfusion lorsqu’un pays se délite à ce point et de manière aussi durable.

Lu dans le “Nouvel Observateur” du15-21.10 une interview de Mme Dambisa Moyo, économiste zambienne.
Extraits :
(…)” Si l’Europe et l’Amérique du Nord continuent d’aider l’Afrique, c’est parce que cela leur coûte moins cher que d’ouvrir leurs marchés aux produits du tiers-monde. S’ils le faisaient, une partie des fermiers européens se retrouveraient au chômage. “(…)

Une remarque d’un autre ordre, entendue ici ou là : il serait question de  faire poursuivre le “caporal-chef ” Dadis Camara par la Cour Pénale Internationale(CPI), pour le massacre qui s’est déroulé au stade de Conakry. C’est au procureur du CPI d’en juger. Mais certains regrettent qu’une fois de plus, les poursuites de la CPI concernent un pays africain. Il faut rappeler ici que si les quatre poursuites juriciaires en cours à la CPI  concernent un pays africain,  trois des quatre procédures (à l’exception de celle contre le président soudanais El-Béchir) ont été lancées à la demande et sur plainte de gouvernements africains.

************

Il reste que la question est toujours posée, lancinante et sans réponse : pourquoi  tout le système des droits de l’homme et les procédures judiciaires internationales ne concernent-ils jamais les droits de Palestiniens ?

Rencontré ce jour une psychologue jordanienne(d’origine palestinienne) : ” Mon père a toujours dans sa poche, depuis 1948, la clé de notre maison à Haifa… Les droits de l’homme c’est pour le monde entier, sauf pour les Palestiniens. Après tout, le génocide des juifs, c’est vous les Européens qui l’avez fait… Pourquoi, nous les Palestiniens, devons supporter les conséquences de votre mauvaise conscience vis à vis du peuple juif ?Alors débrouillez-vous pour régler le problème, mais pas sur notre dos, pour l’éternité…”

*************

Il paraît qu’une des règle d’or d’un blog
est de ne jamais traiter plusieurs sujets dans le même billet.
” Caramba, encore raté...”
Mais il est difficile de passer quatre heures d’avion
sur un seul et même sujet.


Internet et sécurité des jeunes

10.10.09

Pour les enfants et les jeunes comme pour les adultes, Internet est un outil fantastique qui répond à de nombreux besoins d’information, de loisirs, d’éducation, de travail, d’échanges matériels, et de vie sociale.
A l’occasion d’une conférence internationale sur la ” Sécurité des enfants et des jeunes sur Internet “, il a été glané les quelques informations suivantes sur quelques aspects de la protection des enfants et des jeunes dans l’utilisation des nouvelles technologies d’information.

source photo

En vrac :

Les réseaux sociaux (“social networking“) sont des communautés d’individus ou d’organisations, en relation directe ou indirecte, rassemblées en fonction de centres d’intérêts commun ou dans le cadre de la vie professionnelle.

Cela signifie :
- plus de 300 millions d’utilisateurs actifs
- un utilisateur moyen a 130 “amis” sur le site
- plus de 2 milliards de photos sont téléchargées (uploaded) chaque mois
- plus de 14 millions de videos sont telechargées chaque mois
- plus de 2 miliards de contenus (web links, blog posts,photos.etc…) sont partagés chaque semaine
- plus de 350 000 applications actives fonctionnent sur Facebook Platform
- plus de 65 millions d’utilisateurs actifs ont accès à Facebook par leur appareils mobiles
- plus de 180 opérateurs de téléphonie mobile dans 60 pays font la promotion des produits Facebook.

*******

Un enfant passe :
50 heures par an à s’entretenir seul avec ses parents ;
850 heures par an  avec ses professeurs à l’école ;
- 1 500 heures par an devant un écran (cinéma, TV, ordinateur, console de jeux, Internet, téléphone mobile, i-phone, etc). Soit entre 3 et 5 heures en moyenne par jour.
Addendum : il n’y aura désormais plus de vacances scolaires … puisque l’utilisation des technologies d’information personnelle est encore plus fort pendant les vacances

source photo

    Mais certains intervenants mentionnent quelques aspects inquiétants :
         – toutes les informations et tous les savoirs, dans tous les domaines, étant disponibles sur Internet, immédiatement et sur simple click : certains jeunes ont tendance à considérer qu’il n’est plus nécessaire d’entretenir et de développer leur mémoire (puisque « Google est là…);
        – chez les adolescents (âge de la recherche d’identité) la notion de culture individuelle est sérieusement malmenée : les technologies d’information semblent plus largement utilisées pour se promouvoir (émotions, photos, vidéos, etc) dans une démarche presque exclusivement narcissique que pour recevoir et s’enrichir. Le succès de Facebook et de la course aux statistiques du nombre « d’amis » le prouve.

*******

Des enseignants s’interrogent : une spécialiste EU a fait une recherche sur les blogs individuels d’enseignants, qui, dans l’ensemble sont désemparés et se plaignent de ne pas être formés ni compétents dans l’utilisation des technologies d’information. Globalement, leurs demandes concernent les « 3 V » : Qu’est-ce qui est VALIDE ? Que faut-il VALORISER ? Que faut-il rendre VISIBLE ?

Quel type de citoyenneté une génération nourrie dès la naissance par les technologies d’information pratiquera-t-elle ? Quelle forme de citoyenneté faut-il promouvoir à l’école si l’on tient compte de ce nouveau contexte technologique ? Les enfants ont l’autonomie d’accès sur les technologies, mais cette autonomie ne signifie pas la maîtrise des outils : comment développer chez les enfants leur « empowerment » ?

Les enseignants, par ailleurs, constatent, comme tout le monde, que les enfants jouent beaucoup sur Internet et sur l’ordinateur (hors usage d’Internet) : comment utiliser le jeu dans le processus d’apprentissage ? Quels Quels “>sont les cadres pédagogiques ? Quels produits existent ? Comment sont-ils validés sur le plan pédagogique ? etc…

*******
 300 ou 5 000 « amis » ?

Une compagnie antivirus (« SOPHOS ») a fait un test sur FACEBOOK en créant une grenouille fictive verte appelée «FREDDI STAUR» (anagramme de « ID Fraudster ») en mentionnant quelques informations basiques supposées personnelles. (Voir le site ci-dessous)


200 demandes de contacts ont été créés (« Veux-tu être mon ami-e ? ») pour voir combien de personnes répondent, et quel degré d’information les répondants sont prêts à donner sur eux-mêmes.
Résultats :
-
87 des 200 utilisateurs de Facebok contactés ont répondu, dont 82 ont donné des informations personnelles (soit 41 % des contacts recherchés);
- 72 % ont divulgué un ou plusieurs détails de leur adresse email;
- 84 % des répondants ont donné leur date de naissance;
-
87 % ont donné des détails sur leur niveau d’éducation ou leur travail;
- 78 % ont donné leur adresse à jour ou leur lieu d’habitation (ville, etc)
- 23 % ont donné leur numéro de téléphone
-
26 % ont donné leur « pseudo » (« messaging screenname »)

*******

Quels sont les risques les plus fréquents et les plus graves
pour les enfants et les jeunes sur Internet ?

- Ne plus voir de différences entre monde réel et monde virtuel
Donner ses informations personnelles (dates de naissance, adresse, photo, numéro de téléphone, “pseudo“,etc…)
- Etre incité à dépenser son argent de poche sur des jeux en ligne
- Etre en contact avec des documents pornographiques et/ou violents
- Rencontrer en réalité un contact établi virtuellement.
- Etre agressé, oralement par video, ou humilié publiquement par écrit sur un site,etc…
- “Online sexual abuse through webcams” : être témoins d’abus sexuels par transmission via caméras
- “Sex trips agencies(des agences contactent des jeunes par Internet pour des rendez-vous dans des appartements loués pour un ou deux jours, dans leur ville, le temps de tourner un film porno, pour lequel on leur propose de les rémunérer en cash sur le champ. Toute trace disparaît en moins d’une journée).

 Breaking news : l’innovation récente – et donc la priorité des prochains congrès et séminaires internationaux sur la sécurité des enfants sur Internet – est le GROOMING “. A savoir : la technique consiste pour des adultes à entrer en contact avec des mineurs, en prenant tout le temps nécessaire pour susciter sa confiance par l’établissement d’une relation amicale et affective, visant à détecter ses faiblesses, ses frustrations (parfois par contact réguliers via Internet pendant plusieurs mois) pour lui donner ensuite le sentiment d’être “la seule personne” à le comprendre et à pouvoir répondre à son attente.
 
 
Sites utiles :
 
 Digital Manifesto
42 recommandations faites au législateur et aux autorités politiques par une coalition d’ONG britanniques (texte en anglais)
 
 
 
 « WILD WEB WOODS » –  Jeu pour enfants en version française
 
Site du gouvernement français a l’intention des parents
INSAF _ European network of e-safety awareness nodes (texte en version française)
 
 
 

source photo


Un vrai bonheur de lecture grâce à A.Finkielkraut

7.10.09

Le dernier ouvrage d’Alain Finkielkraut, ” Un coeur intelligent “ est exceptionnel à plus d’un titre.

Contrairement à beaucoup d’intellectuels qui donnent à chaque livraison le sentiment de planter leur drapeau sur le marché de l’édition, avec force mastication des mêmes idées et intuitions dans des formulations les plus variées, l’auteur reste ici en retrait d’autres écrivains, plutôt romanciers, tout en les accompagnant dans leurs démarches, et sans se priver pour autant d’émettre un avis, une analyse ou une hypothèse.
Son livre  est sous-titré, non pas “Nouvelles” ou “Essai”, mais ” Lectures”. Les analyses et intuitions sont d’autant plus fortes qu’on sent en permanence une sorte d’humilité, teintée d’empathie, si ce n’est d’admiration, non pas tant pour les auteurs eux-mêmes que pour ce qu’ils réussissent à transmettre à travers leurs fictions.

Le livre commence ainsi :

” Le Roi Salomon suppliait l’Eternel de lui accorder un coeur intelligent.
Au sortir d’un siècle ravagé par les méfaits conjoints des bureaucrates, c’est-à-dire d’une intelligence purement fonctionnelle, et des possédés, c’est-à-dire d’une sentimentalité sommaire, binaire, abstraite, souverainement indifférente à la singularité et à la précarité des destins individuels, cette prière pour être doué de perspicacité affective a gardé toute sa valeur.”
(…)
” Ce n’est directement à (Dieu), ni à l’Histoire, cet avatar moderne de la théodicée, que nous pouvons adresser notre requête avec quelque chance de succès, c’est à  la littérature.” (…) ” Sans elle, la grâce d’un coeur intelligent nous serait à jamais inaccessible. Et nous connaîtrions peut-être les lois de la vie, mais non sa jurisprudence.”

source photo


Tout le livre est ainsi, de concision, d’intelligence, accumulant de petits diamants de lecture, avec parfois la sourde intuition d’atteindre une dimension définitive dans ce qu’il faut extraire des lectures choisies.
Ce livre est une fête pour l’esprit, quand il cherche à dialoguer avec le coeur.
On le referme avec émotion et avec regret, tant il nous a élevé à un degré de qualité d’écriture, abordable par tous, et d’authenticité humaine effleurée de manière aussi sobre et donc hautement convaincante.

Voici quelques échantillons de diamants, volontairement sortis de leurs contextes, pour vous faire saliver – et  si vous voulez en savoir plus, fermez ce blog, éteignez votre ordinateur et précipitez-vous chez votre libraire : ce livre est un des cinquante livres à emporter pour vingt ans sur une île déserte.

” Le rire de l’humour dérègle les unions sacrées; le rire des amuseurs désigne des victimes sacrificielles. Le premier défie la meute ; le second la déchaîne. Le premier est une modalité du doute tandis que les  verdicts du second tombvent en cascade. Le rire de l’humour ébranle, par la fantaisie, les certitudes sentencieuses de l’idéologie; le rire des amuseurs tranche les têtes qui dépassent et punit, à coups de caricatures, tous les arriérés, tous les retardataires, tous les réactionnaires, tous ceux qui contreviennent, par leur anachronisme, aux évidences narquoises de l’esprit du temps.” (p.39)

La sale race, ce n’est pas tel peuple ou telle civilisation, c’est l’humanité quand elle se désentrave de tout ce qui la distingue d’une espèce sanguinaire.” (p. 137)

” L’imaginaire est double : l’imagination confère à l’homme le pouvoir de sortir de lui-même et d’habiter d’autres consciences; le fantasme l’installe au centre du monde et lui assujettit les êtres, les choses, les évènements; l’imagination explore l’immaîtrisable, le fantasme en constitue la négation; l’imagination prend acte de la pluralité, le fantasme la conjure; l’imagination enseigne la modération, le fantasme nourrit la démesure; l’imagination relève de l’attention, le fantasme est une production du désir.
Imaginer, pour le moi, c’est se quitter; fantasmer, c’est s’écouter, se dédommager, se repaître de scénarios compensatoires.”
(p.31-32)

” Les activistes qui conduisirent ce massacre n’étaient pas au départ des scélérats ou des criminels. C’étaient des idéalistes effrénés jusque dans leur matérialisme radical et leur impeccable efficacité. Ils habitaient un monde allégorique, un univers exclusivement peuplé de formes : le koulak, l’ouvrier, le bourgeois, l’aristocrate, le payssan pauvre. Ils ne se contentaient pas de soumettre le particulier au général, ils ne voyaient que le général. Les archétypes étaient pour eux plus réels que les individus, les noms plus tangibles que les êtres, les énoncés doctrinaux plus vivants que la vie,  la division du monde en deux entités antagonistes plus vraie que la variété des situations et la diversité humaine. Nul visage ne les déconcertait jamais, rien ne les prenait de court, car ils étaient entièrement immergés dans le drame de la Raison. Là le concept régnait sans partage, là les corps n’étaient que des supports, là se résorbait tragiquement la différence ontologique entre la réfutation des idées et l’élimination des personnes.”(p.57)

pologne poznan lignitz dresden 153

” Le monde est indocile. La réalité excède perpétuellement l’image qu’on en forme ou l’idée qu’on s’en fait. Les circonstances les plus décisives n’ont presque jamais la tête de l’emploi.” (p-197)

” Tout ce qui arrive nous parvient sous forme de récit. Et eux auxquels même les plus sophistiqués d’entre nous ajoutent foi, ceux que nous faisons spontanément pour mettre de l’ordre dans l’anarchie des évènements, sont édifiants et rudimentaires. Nous sommes dès l’enfance des consommateurs insatiables de fictions stéréotypées. Nous ne nous lassons pas de réduire les problèmes, les dilemmes et les casse-tête de l’existence à des scènes éblouissantes où le Bien affronte le Mal en combat singulier. les contenus de ces deux notions changent, la structure demeure : c’est toujours saint Georges qui enfonce sa lance dans la gueule du dragon.
Contre cet activisme romanesque, impétueux et monotone, il existe une instance d’appel : le roman. Le roman n’est pas une modalité parmi d’autres de la fable, il est la fable qui ne joue pas le jeu et qui, pour le dire comme Milan Kundera, déchire ” le rideau magique tissé de légendes suspendu devant le monde.”
(p.171)

Avec ce livre de lectures d”Alain Finkielkraut,
le monde est plus lisible
et l’air du temps est beaucoup plus respirable.


Un “Docteur Folamour du Cyberespace” ?

25.09.09

DECLARATION D’INDEPENDANCE DU CYBERESPACE

Gouvernements du monde industriel, géants fatigués de chair et d’acier, je viens du cyberespace, nouvelle demeure de l’esprit. Au nom de l’avenir, je vous demande, à vous qui êtes du passé, de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.

Nous n’avons pas de gouvernement élu et nous ne sommes pas près d’en avoir un, aussi je m’adresse à vous avec la seule autorité que donne la liberté elle-même lorsqu’elle s’exprime. Je déclare que l’espace social global que nous construisons est indépendant, par nature, de la tyrannie que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d’aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.

Les gouvernements tirent leur pouvoir légitime du consentement des gouvernés. Vous ne nous l’avez pas demandé et nous ne vous l’avons pas donné. Vous n’avez pas été conviés. Vous ne nous connaissez pas et vous ignorez tout de notre monde. Le cyberespace n’est pas borné par vos frontières. Ne croyez pas que vous puissiez le construire, comme s’il s’agissait d’un projet de construction publique. Vous ne le pouvez pas. C’est un acte de la nature et il se développe grâce à nos actions collectives.

Vous n’avez pas pris part à notre grande conversation, qui ne cesse de croître, et vous n’avez pas créé la richesse de nos marchés. Vous ne connaissez ni notre culture, ni notre éthique, ni les codes non écrits qui font déjà de notre société un monde plus ordonné que celui que vous pourriez obtenir en imposant toutes vos règles.

Vous prétendez que des problèmes se posent parmi nous et qu’il est nécessaire que vous les régliez. Vous utilisez ce prétexte pour envahir notre territoire. Nombre de ces problèmes n’ont aucune existence. Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. L’autorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent.

Le cyberespace est constitué par des échanges, des relations, et par la pensée elle-même, déployée comme une vague qui s’élève dans le réseau de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n’est pas là où vivent les corps.

Nous créons un monde où tous peuvent entrer, sans privilège ni préjugé dicté par la race, le pouvoir économique, la puissance militaire ou le lieu de naissance.

Nous créons un monde où chacun, où qu’il se trouve, peut exprimer ses idées, aussi singulières qu’elles puissent être, sans craindre d’être réduit au silence ou à une norme.

Vos notions juridiques de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement et de contexte ne s’appliquent pas à nous. Elles se fondent sur la matière. Ici, il n’y a pas de matière.

Nos identités n’ont pas de corps; ainsi, contrairement à vous, nous ne pouvons obtenir l’ordre par la contrainte physique. Nous croyons que l’autorité naîtra parmi nous de l’éthique, de l’intérêt individuel éclairé et du bien public. Nos identités peuvent être réparties sur un grand nombre de vos juridictions. La seule loi que toutes les cultures qui nous constituent s’accordent à reconnaître de façon générale est la Règle d’Or. Nous espérons que nous serons capables d’élaborer nos solutions particulières sur cette base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous tentez de nous imposer.

Aux États-Unis, vous avez aujourd’hui créé une loi, la loi sur la réforme des télécommunications, qui viole votre propre Constitution et représente une insulte aux rêves de Jefferson, Washington, Mill, Madison, Tocqueville et Brandeis. Ces rêves doivent désormais renaître en nous.

source photo


Vous êtes terrifiés par vos propres enfants, parce qu’ils sont les habitants d’un monde où vous ne serez jamais que des étrangers. Parce que vous les craignez, vous confiez la responsabilité parentale, que vous êtes trop lâches pour prendre en charge vous-mêmes, à vos bureaucraties. Dans notre monde, tous les sentiments, toutes les expressions de l’humanité, des plus vils aux plus angéliques, font partie d’un ensemble homogène, la conversation globale informatique. Nous ne pouvons pas séparer l’air qui suffoque de l’air dans lequel battent les ailes.

En Chine, en Allemagne, en France, en Russie, à Singapour, en Italie et aux États-Unis, vous vous efforcez de repousser le virus de la liberté en érigeant des postes de garde aux frontières du cyberespace. Ils peuvent vous préserver de la contagion pendant quelque temps, mais ils n’auront aucune efficacité dans un monde qui sera bientôt couvert de médias informatiques.

Vos industries de l’information toujours plus obsolètes voudraient se perpétuer en proposant des lois, en Amérique et ailleurs, qui prétendent définir des droits de propriété sur la parole elle-même dans le monde entier. Ces lois voudraient faire des idées un produit industriel quelconque, sans plus de noblesse qu’un morceau de fonte. Dans notre monde, tout ce que l’esprit humain est capable de créer peut être reproduit et diffusé à l’infini sans que cela ne coûte rien. La transmission globale de la pensée n’a plus besoin de vos usines pour s’accomplir.

Ces mesures toujours plus hostiles et colonialistes nous mettent dans une situation identique à celle qu’ont connue autrefois les amis de la liberté et de l’autodétermination, qui ont eu à rejeter l’autorité de pouvoirs distants et mal informés. Nous devons déclarer nos subjectivités virtuelles étrangères à votre souveraineté, même si nous continuons à consentir à ce que vous ayez le pouvoir sur nos corps. Nous nous répandrons sur la planète, si bien que personne ne pourra arrêter nos pensées.

Nous allons créer une civilisation de l’esprit dans le cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créé.

Davos (Suisse), le 8 février 1996.

John Perry Barlow, Cognitive Dissident Co-Founder, Electronic Frontier Foundation Home

source photo

***************

Dans 30 ans, cette Déclaration restera-t-elle dans les archives comme une chimère d’un Docteur Folamour du cyberespace, ou bien comme véritablement prophétique, au sens où tout avocat pourra plaider avec ces arguments pour défendre des clients virtuels…

En réalité, peut-on en même temps affirmer :

d’une part :
” Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.”(…)”Vous n’avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d’aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.”

et d’autre part :

“Nous croyons que l’autorité naîtra parmi nous de l’éthique, de l’intérêt individuel éclairé et du bien public.” (…) “Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. L’autorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent.”

Albert Camus disait .

On commence toujours par vouloir la justice
et on finit toujours par créer une police.”


Le “focus stratégique” a encore frappé…

17.09.09

Dans le déluge de charabia managerial contemporain, le ” focus stratégique ” figure en bonne place dans le verbiage supposé professionnel. En voici un exemple :

La Direction du Développement et de la Coopération du gouvernement suisse (dépendant du Ministère des Affaires Etrangères) a annoncé son retrait, fin 2008, du co-financement des programmes de réinsertion des détenus palestiniens, par les études ou par le travail.

Source photo

Motif invoqué, selon l’agence Infosud (mentionné dans “le Courrier ” du 14.09.09) :
L’impact de ce programme est considérable. Surtout le volet octroyant des bourses d’études”, affirme la porte-parole du Ministère.” Mais la Suisse a soutenu ce programme de 1995 à 2008.”
La durée d’une contribution est-elle un critère suffisant pour y renoncer ?

La Suisse dit ne pas avoir subi de pressions israëliennes (ce qu’affirme pourtant le Conseiller du Ministère palestinien des détenus), mais s’être simplement “ adaptée au nouveau trend du milieu des donateurs “ : financer les grands ministères de l’Autorité palestinienne plutôt que de soutenir des petits départements un peu partout.

Il serait aburde de reprocher à un gouvernement de travailler directement avec un autre gouvernement, mais on sait depuis des décennies où va l’argent envoyé à l’Autorité Palestinienne. Et parmi ces fonctionnaires fédéraux, affouragés par le contribuable, il n’y en aurait pas eu un seul pour proposer de passer par l’intermédiaire des échanges universitaires entre établissements publics, parfaitement à même, non seulement de gérer ces fonds, mais d’en valider les contenus de formation et d’en évaluer l’impact ?

Et si pour la coopération gouvernementale comme pour, désormais, beaucoup d’ONG, ce n’est plus l’évaluation directe des situations qui détermine les choix, ni l’évaluation de l’intervention, mais ” les trends du milieu des donateurs “…
Autrement dit, quels sont les malheurs qui payent le plus ?
Autrement dit : how much ?


Les faits, les chiffres, les indicateurs … et la réalité

13.09.09

A l’intention de celles et ceux qui ne se satisfont pas d’ infotainments (1), et qui se posent de manière silencieuse, voire souterraine, la question de savoir comment nos perceptions du monde, des évènements et des personnes, sont conditionnées, y compris dans notre vie quotidienne, il nous paraît de salubrité cérébrale de bien lire ces extraits attentivement, avec nos plus chaleureuses – et sincères – félicitations à celles et ceux qui auront fait l’effort de lire ce billet jusqu’au bout :

Extraits de l’article ” La fin des théories ? ” de Jannis Kallinikos, professeur au ” London School of Economics“, publié dans Telos-eu.com (17.07.09):

” L’époque où des données sans théorie n’étaient que du bruit est-elle révolue ? L’analyse de données prend de plus en plus le pas sur les autres formes de connaissance. Les situations de vie ont tendance à être définies comme des problèmes cognitifs, dont la nature est computationnelle (2) ou qui se posent en termes de navigation. Dans ce néopositivisme, non seulement la perception, mais une part essentielle de l’analyse conceptuelle est désormais superflue. (…)

Ce changement est induit par de nombreux facteurs technologiques et culturels, dont le principal est la circulation toujours plus massive et plus aisée d’éléments cognitifs disponibles sous la forme de données informatiques, à partir desquelles, via des opérations statistiques, des significations sont construites. Cela se joue au détriment de l’intuition, mais aussi et plus généralement d’une expertise construite à partir de l’observation et de la connaissance du monde.(…)
 

La disponibilité des données est la marque distinctive de notre époque. Sa croyance est que, correctement lues, les données méticuleusement recueillies chaque jour nous tendraient un miroir dans lequel, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous pourrions dévisager notre vrai visage – même si nous ne parvenons pas à le reconnaître.
Dans un contexte au sein duquel technologie et vie quotidienne sont de plus en plus imbriquées, les données peuvent nous dire qui nous sommes, comment notre corps se sent (au-delà de la conscience que nous en avons), mais aussi comment fonctionnent notre société et ses organisations, quels amis choisir et quelles communautés rejoindre, quel voyage faire cette année, quelle assurance souscrire, quels vols sont aujourd’hui meilleur marché, comment investir dans les prochains mois, quel film voir cette semaine, et ainsi de suite.

Le développement des connaissances et plus généralement la construction du sens sont conduits non plus par confrontation d’une théorie à la réalité, mais simplement à partir de commutations et permutations exécutées sur d’énormes masses de données. Les conditions dans lesquelles les données sont ici capturées et agrégées surpassent de loin la capacité de mémoire et de concentration des humains, fussent-ils les meilleurs experts.

Dans ce contexte néopositiviste, non seulement la perception, mais une part essentielle de l’analyse conceptuelle est désormais inutile. L’analyse de données prend de plus en plus le pas sur les autres formes de connaissance. La « réalité » surgit, après un long détour analytique, de la poussière cognitive de particules computationnelles.

Source photo

(…) Une conséquence importante de ces développements est la mise en forme et le contrôle technologiques des aspects même les plus futiles de notre existence. Un nouveau quotidien prend forme. Les activités de tous les jours sont de plus en plus appuyées sur des données produites technologiquement. Elles sont conduites à partir d’un ensemble de modules informatiques via Internet ou d’autres réseaux de communications.
Dans ce processus se fait jour un changement furtif mais crucial, qui ne concerne pas que la façon dont les chercheurs appréhendent notre existence, mais dont nous-mêmes la construisons. Les situations de vie ont tendance être définies comme les problèmes cognitifs, dont la nature est computationnelle ou se lit en termes de navigation (que voir ou que faire, comment trouver un film, mais aussi un ami ou un partenaire), et qui peuvent être résolus par des calculs automatisés complexes, exécutés à partir des données et informations que fournissent les technologies modernes et les modes de vie qui leur sont associés.”

Dans combien de métiers désormais, la “production” consiste-t-elle exclusivement à recomposer sur ordinateur ce que nous avons reçu par ordinateur, et pour des destinataires qui, eux aussi, considérent que leur ordinateur leur donne un accès direct à la réalité “du terrain” ?
Qu’est-ce, au juste, que connaître le monde, aujourd’hui ?
Dans combien de situations professionnelles nous répond-on désormais que si nous n’avons pas utilisé des indicateurs mesurables, défini les objectifs rationnels, fabriqué, en gestion matricielle, des outils d’évaluation dûment validés par la hiérarchie et composés d’inputs provenant “du terrain” mais savamment métabolisés par les experts du knowledge management – tous ces braves gens ayant le sentiment, en travaillant sur l’ordinateur, d’un bout à l’autre de la chaîne, d’avoir labouré le monde réel – alors… tout ce que nous pouvons raconter n’est que charabia idéologique, fatras émotionnel, remugles charismatiques, convictions sympathiques mais qui ne font pas le poids devant le graphique du cash-flow, sachant que les meilleures idées du monde sont toujours récupérées par les commerçants… ou les politiques.

************

Dans son excellent petit livre : ” Les stratégies absurdes : comment faire pire en croyant faire mieux” (Ed. du Seuil, 2009), Maya Beauvallet, économiste, professeure à l’Ecole Normale Supérieure, qui a mené de nombreuses recherches sur les indicateurs de performance, affirme :

En l’espace de trente ans, ces mécanismes (incitatifs) se sont généralisés et ont profondément transformé le paysage des relations humaines au sein de l’entreprise (…) On est passé d’un monde de la “logique de l’honneur” au monde enchanté des indicateurs er des incitations. Le vocabulaire de la performance a remplacé les notions de devoir et d’engagement.(…)
On invite les salariés des entreprises à entrer en compétition les uns avec les autres pour les pousser à augmenter leurs production, et l’on s’aperçoit qu’au lieu de la saine émulation attendue, ce sont les actes de sabotage qui augmentent et l’entraide qui diminue.”(…) “Pour évaluer les performances des individus dans une profession donnée, on met au point un indicateur tellement complexe, qu’au bout du compte on en sait plus très bien ce que l’on observe, ni ce à quoi on incite finalement les individus : on peut même se demander si ceux qui renseignent l’ indicateur ne sont pas en train de rouler gentiment leurs managers dans la farine…“(…)

…. l’esprit humain est plus rationnel et plus stratège encore que les indicateurs les plus astucieux.(…) ” On ne gagne jamais à réduire l’autre à un comportement binaire.”(…) ” La carotte et le bâton suffisent peut-être pour faire avancer un âne récalcitrant, mais les hommes, eux, s’arrangent souvent pour attraper la carotte et éviter le bâton tout en vous faisant croire le contraire.”

PhotoMme Maya Beauvallet donne un exemple :

“Aux Etats-Unis, en 1987, dans le but d’accroître la lisibilité des dépenses publiques et l’efficacité de la gestion des juridictions, une réforme décentralisée cherchait à mettre en place des normes de qualité : les Trial and Court Performance Standards (TCPS).

” La première tâche de la commission (ad hoc) fut donc de définir les objectifs de la réforme et d’établir clarement les missions de la justice. Notons que cette première étape est par nature politique. Ce n’est pas une question de bonne gestion mais de choix collectif. On pourrait bien sûr être tenté de dépolitiser le débat en s’en remettant à la neutralité supposée des chiffres. (…) ” En réalité, construire les indicateurs avant de définir le cap ne revient pas à dépolitiser l’opération, mais à laisser les indicateurs “faire” la politique. En effet, ces instruments n’ont que l’apparence de la neutralité : ils auront des effets, détermineront des comportements, et poursuivront, même implicitement, des objectifs particuliers.(…)

Indicateurs France... par PHOTOJOL

Les indicateurs d’un camion de pompiers sont millimétriques… (Mais le feu a-t-il été éteint ?)

(Suite du texte) “Cinq objectifs ont été retenus : l’accessibilité de la justice, sa rapidité, son respect des valeurs d’égalité, d’impartialité et d’intégrité, son indépendance, et enfin sa capacité à susciter la confiance du public.(…)
En 1990, une première version des TCPS a été publiée, avec les cinq objectifs, 22 standards et 75 indicateurs
(…) dans un document de 258 pages dont 58 d’annexes.(…) L’appareil est tellement lourd qu’à partir de 1994, des sessions de formation doivent être organisées auprès des juges et administrateurs de juridictions pour leur apprendre non seulement les objectifs de leur métier – ce qui laisse un peu perplexe – mais également comment remplir les indicateurs…Ce qui devait servir à y voir plus clair nécessite à présent le secours d’exégètes spécialisés.(…)

Traduire la notion d’impartialité en indicateurs réduit les marges de manoeuvre et risque de faire passer par-dessus bord les fruits d’une longue expérience. Cette méthode revient à transformer une mission aux contours nécessairement complexes en une série de tâches standardisées.(…)

On pourrait en dire autant, sinon avec encore plus d’évidence, pour l’évaluation de la profession d’assistant-e social-e, notamment dans le travail de ré-insertion des mineurs délinquants.

De même pour les enseignants : évaluer des enseignants sur des indicateurs de performance, c’est inciter ces enseignants à porter leur efforts sur les meilleurs élèves et recréer ainsi l’inégalité des chances parmi les élèves alors que l’école vise à créer les conditions de l’égalité des chances. Les indicateurs d’efficacité sont-ils compatibles avec l’exigence d’égalité ?

On mentionnera aussi pour mémoire le débat qui s’est instauré sur les indicateurs bibliométriques de qualité du travail des chercheurs :

 

si les indicateurs peuvent donner des tendances sur un nombre
réduit d’aspects de la vie scientique, il convient d’être très circonspect dans leur usage en raison
de la possibilité d’interprétations erronées, des erreurs de mesure (souvent considérables) et des
biais dont ils sont aectés. Un usage abusif des indicateurs est facilité par la nature chirée du
résultat qui introduit la possibilité d’établir dans l’urgence toutes sortes de statistiques, sans
se préoccuper d’en analyser la qualité et le contenu, et en occultant l’examen d’autres éléments
de la vie scientique comme, par exemple, l’innovation et le transfert intellectuel et industriel.

(…) ” Si les indicateurs peuvent donner des tendances sur un nombre réduit d’aspects de la vie scientifique, il convient d’être très circonspect dans leur usage en raison de la possibilité d’interprétations erronées, des erreurs de mesure (souvent considérables) et des biais dont ils sont affectés. Un usage abusif des indicateurs est facilité par la nature chiffrée du résultat qui introduit la possibilité d’établir dans l’urgence toutes sortes de statistiques, sans se préoccuper d’en analyser la qualité et le contenu, et en occultant l’examen d’autres éléments de la vie scientifique comme, par exemple, l’innovation et le transfert intellectuel et industriel.” (Site de l’INRIA - Institut National de Recherche en informatique et en automatique)

(…)“Les indicateurs bibliométriques reposent sur l’analyse des citations, c’est-à-dire la partie ”Références” d’un article scientifique qui fait mention des travaux effectués par la communauté scientifique (y compris les auteurs de l’article) sur le sujet de l’article. Il faut d’ores et déjà indiquer que les indicateurs ne reposant que sur des citations ne donnent qu’une vision partielle du travail scientifique puisque 90% des papiers publiés dans les journaux scientifiques ne sont jamais cités [9] et qu’il semble difficile de croire que seulement 10% de la production scientifique serait significatif.” (Ibidem)

************


Dans un ouvrage remarquable et lumineux : ” Et si les chiffres ne disaient pas toute la vérité ? ” (Ed. Fayard, 2009), Valérie Charollesdirectrice des affaires économiques et financières de Radio France.

Et si les chiffres ne disaient pas toute la vérité ?

” Pour sortir le soir, on met une tenue à notre avantage, qui sera le plus souvent bien différente de celle que l’on choisit pour faire du sport. Il en va de même pour les chiffres: la manière dont on les présente sert à mettre en valeur ce sur quoi ils portent en vue d’un certain objectif. Cela ne signifie pas qu’on  travestit la réalité, mais que l’on cherche à l’habiller au mieux en fonction d’un projet particulier.“(….) Il faut être conscient de ce que ces pratiques “signifient quant à l’objectivité généralement prêtée aux données chiffrées.”(…)


Valérie Charolles

(…) “Le problème majeur traité par la philosophie au XX ème siècle aura été celui des mots et des choses. Mais ce problème s’est déplacé : il concerne désormais les faits et les chiffres.” (…) ” On ne peut plus opposer le monde de la nature et celeui de l’action : tous deux interagissent continuellement. Dans ce contexte, la technique est nécessaire et elle passe de plus en plus par l’objectivation du réel au travers des données.”(…) “C’est un monde dans lequel les actions des hommes sont des faits, observables selon des méthodes scientifiques,”(…) ” C’est (aussi) un monde communicationnel et performatif où la parole a souvent le statut d’un acte.”

L’auteur propose l’exemple des sondages d’opinion :

(…) ” La publication des sondages a un effet sur les résultats. Cela fait plus d’un siècle que l’on sait, dans les sciences physiques, que la position de l’observateur influe sur les résultats mesurés.”(…)” Dans le domaine des sciences de l’homme, cette équation est “encore plus vraie” et elle est au coeur de toute l’analyse économique moderne.”(…)

” L’essentiel de l’analyse néo-classique en économie repose sur la théorie des anticipations, c’est à dire sur le fait que les informations dont disposent les agents jouent un rôle déterminant dans les choix qu’ils vont effectuer.
Autrement dit, en économie, un résultat anticipé a plus de chances de se produire qu’un résultat non anticipé : les prévisions sont pour une part autoréalisatrices.

C’est un mécanisme couramment utilisé par les banques centrales ; elles sont particulièrement attentives  à leur réputation, de sorte que le comportement qu’elles vont adopter puisse être prévu par les marchés et produire son effet avant même qu’elles aient à intervenir sur les taux d’intérêt.”

Cet ouvrage analyse quantité d’exemples de chiffres, de statistiques, d’indicateurs dans beaucoup de domaines de  la vie courante et de la vie économique, et on espère que la lecture de ce billet vous donnera l’envie de lire les deux ouvrages mentionnés, passionnants et… salubres, dans le contexte de la guerre quotidienne de communication dont nous sommes l’enjeu.

Source photo – Création de Laurent Courau


(1) Infotainment : information-contenu des médias qui comprend également un contenu de divertissement dans un effort visant à renforcer la popularité auprès du public et des consommateurs.

(2) Computationnel : par le traitement d’un ordinateur, de manière logico-algébrique.

 


Quelques “insolites” de vacances

5.08.09

6a00e550e0cd72883300e5517a95ae8833-800wiUn aéroport européen, le 31 juillet vers 17 heures…

**********

vacances été 09 042En Suisse, le lait est joyeux…(Lausanne, juillet 2009)

***********

vacances été 09 046Et après, on s’étonne que la religion
devienne un instrument de manipulation des foules…
C’est ainsi que, dans l’Histoire,
des multitudes de gens ont été massacrés
pour la gloire de Dieu
et le salut du monde…”)

(Lausanne, juillet 2009)

************

Photos 2008 007

Rayonnants, assurément…(Lausanne, juillet 2009)

************

Photos 2008 046Donc, on part vers la mer…(Lausanne, 2008)

************

mont-saint-michel paysages 083…pour rejoindre le troupeau des millions de touristes au Mont-Saint-Michel

**************

mont-saint-michel paysages 029

Voilà un commerçant qui a compris que
le temps c’est de l’argent “.

**************

mont-saint-michel paysages 159Une manière insolite de voir le Mont-Saint-Michel…
à moins qu’on ne préfère cette version :

mont-saint-michel paysages 172

************

mont-saint-michel marée granville 032

De l’humour en plaques …

**********

décembre 2008 divers 024Publicité pour l’hebdomadaire du Département de la Manche
“La Manche Libre”

**************

mont-saint-michel marée granville 062Inscrit sur le pont de Pontaubault – chez les Abrincates…

***********

mont-saint-michel marée granville 104Vu de ce Pont de Pontaubault, la marée – le mascaret – arrive, que les surfeurs honorent…

***********

mont-saint-michel marée granville 167Seule cette fillette sait ce qu’elle exprime sur la plage de Granville…

************

mont-saint-michel marée granville 221Sieste forcée des bateaux, à marée basse…

*************

mont-saint-michel marée granville 224Un vrai Corsaire peut se payer une jambe de bois en bronze.

***********

mont-saint-michel marée granville 236A Granville, on sait accueillir les touristes.

*************

msm chausey 037Aux commandes de son vaisseau spatial,
le pilote de la navette maritime vers les Iles Chausey

***********

vacances été 09 (2) Patton chorale coques 14 juillet 046Cinquante euros la poupée…

***********

mont-saint-michel paysages 285Coucher de soleil sur grande marée de 106…

 


L’essence de la marche

14.07.09

Beaucoup, l’été venant, mettront bientôt un pied devant l’autre.
Acharnés à faire vite, pour certains. Bêtement.
Pour la plupart, heureusement, ce sera avec lenteur, mesure et endurance, en avançant pas à pas, solitaire en soi-même, au coeur du paysage soudain retrouvé, une fois largués les artifices, les semblants, les urgences où l’on crève.
Cette lenteur de la marche, où l’on oublie l’inutile pour l’essentiel, et l’actualité de l’heure pour la présence du monde, indique une philosophie.
(…)

” Sur terre, l’homme habite en marcheur.
En parcourant le monde à pied, ne fût-ce que quelques heures ou quelques jours, on le voit différemment. Et l’on se voit soi-même autre.
Car la marche insiste sur les articulations, en particulier celle du corps et de l’âme.
Elle métamorphose le temps, impose fatigue à la pensée, se fait subversion ou vacuité.
En pérégrinant, on se perd et on se retrouve, comme en tout exercice spirituel.
On cesse de s’affairer, on crée parfois…”
(…)

” On évitera donc de croire que la marche est un sport. pas même un loisir, encore moins un divertissement. Au contraire, si l’on en croit Frédéric Gros (1), ce serait plutôt une ascèse – au vieux sens grec – exercice, entraînement qui nous ramène à l’essentiel, c’est à dire à ce presque rien que nous sommes, présent-absent dans le monde, ne faisant qu’y glisser.
Avec des mots de tous les jours, et sans en avoir l’air, façon Montaigne, ce philosophe donne là une vraie leçon.”
(…)

Roger-Pol Droit, “Le Monde des livres ” – 19 juin 2009

FRANCE postcard swap Traversée de la baie du Mt St Michel par manchot6150

Celles et ceux qui ont la chance de faire la traversée à pied de la Baie du Mont-Saint-Michel, au lever du jour ou au coucher du soleil, comprennent le mot à mot de ces réflexions.

(1) “Marcher, une philosophie“, de Frédéric Gros, Ed Carnets Nord


Se méfier des eaux calmes du marigot

5.07.09

Ceci n’est pas une fable.

Un cadre, ressortissant d’un pays A, est nouvellement recruté comme premier directeur général par une compagnie nationale d’un pays B désirant créer un marché dans le pays A. Dès sa prise de fonctions, il recrute donc, comme planifié, une équipe de délégués régionaux.
Les ventes se développent dans le pays A, de manière régulière, même s’il ne s’agit pas d’une croissance exponentielle.

Quatre ans plus tard, les élections générales s’annoncent dans le pays B (siège central de la compagnie), et l’opposition de droite libérale inscrit dans son programme la privatisation de cette compagnie nationale que le gouvernement socialiste sortant avait nationalisée. Les sondages annoncent une nette victoire du programme de l’opposition libérale.

Dans la même période, et donc cinq ans après avoir été recruté dans son pays (pays A), le directeur en question reçoit l’ordre du siège de la compagnie de licencier rapidement les délégués régionaux qu’il a recrutés, formés, et animés pendant ces années, sans aucune considération des résultats positifs ni de la croissance régulière de l’activité.

Il se dit alors qu’après lui avoir fait faire le “sale boulot” (virer toute son équipe), il sera certainement lui-même licencié.  Ce qui s’est effectivement réalisé.
Son chef (qui sera viré trois mois plus tard) le convoque au siège du pays B et lui explique (en faisant appel, bien sûr, à sa “compréhension”) que malgré les résultats positifs obtenus en France, les perspectives du marché sont nettement supérieures en Amérique Latine. Mais aussi qu’en vue de la privatisation inéluctable, il importe de licencier pour montrer aux futurs actionnaires ce qu’il en est de la gestion de cette multinationale que les sondages annoncent donc comme privatisables dès la victoire électorale.
Autrement dit, il faut urgemment, avant les élections, valoriser les actions de la compagnie, car – comme chacun sait – pour valoriser une action en Bourse, il faut licencier.

Moralité  – et ce directeur licencié s’exprime en ces termes :
” La preuve est ainsi faite que, même si vous avez fourni un travail acharné et créatif, avec des résultats probants, cela ne sert strictement à rien : vous pouvez être licencié du jour au lendemain, pour des raisons stratégiques qui n’ont strictement rien à voir avec le volume ou la qualité de votre travail.
Et du marigot en eaux calmes à côté duquel vous travaillez – même avec succès – depuis des années, peut sortir, n’importe quel matin, un crocodile qui vous dit : “ dans l’intérêt stratégique supérieur de la compagnie, dans dix minutes, vous n’existerez plus.


crocodile_020


Nations Unies : une “véhémence” bienvenue

5.07.09

Pour une fois qu’une Agence des Nations Unies ne produit pas du langage purement technique qui gomme les responsabilités (voir précédent billet de ce blog : ” Le sabir des Nations Unies“) voici un rapport qui fait le lien entre un problème récurrent au niveau mondial et les risques et conséquences possibles de la grave crise économique actuelle.

Il faut s’en réjouir et citer des extraits de ce rapport de l’UNODC (United Nations Office on Drugs and Crime),  publié le 24 juin 2009 et intitulé : ” Rapport mondial 2009 sur les drogues “ dans lequel on peut lire les extraits suivants de la préface signée de Mr Antonio Maria COSTA, directeur exécutif de l’UNODC, face au discours de ceux qui préconisent la légalisation des drogues :

(…) On fait valoir plusieurs arguments en faveur de l’abolition de contrôles visant les drogues, d’ordre économique, sanitaire et sécuritaire :

1 – L’argument économique en faveur de la légalisation des drogues se résume à ceci : dépénalisons les drogues et fiscalisons-les. Il séduit de plus en plus les gouvernements, qui souhaitent augmenter les recettes de l’Etat en cette période de crise économique.
Or la solution consistant à légaliser et fiscaliser est contraire à l’éthique et à la logique économique. Elle propose un impôt pervers, frappant de génération en génération un groupe marginal (les toxicomanes) pour relancer l’économie : les partisans de cette solution sont-ils favorables aussi à la légalisation et à la fiscalisation d’autres infractions apparemment irréductibles comme la traite de êtres humains ? Les esclaves modernes (et il y en a des millions) procureraient sans doute des recettes importantes qui permettraient de venir à la rescousse des banques en faillitte.
L’argument économique se fonde aussi sur une logique déficiente : toute économie réalisée dans le contrôle des drogues
(…) se traduirait par une augmentation beaucoup plus importante des dépenses de santé (en raison de l’explosion de la consommation qui en résulterait). (…)

2 – D’autres ont fait valoir qu’à la suite de la légalisation, l’Etat pourrait écarter la menace sanitaire (épidémies de drogue) en réglementant le marché des drogues.
Encore une fois, c’est faire montre de naïveté et de myopie. D’abord plus les contrôles se resserrent, plus le marché parallèle, clandestin, se développe rapidement. – ce qui vient discréditer cette idée.
Ensuite, seuls quelques pays (riches) peuvent se premettre des contrôles aussi sophistiqués.
Qu’en est-il du reste de l’humanité (qui représente la majorité) ?
Pourquoi déclencher une épidémie de drogues dans les pays en développement au nom d’arguments libertaires brandis par le lobby favorable aux drogues …qui a les moyens de faire traiter ses toxicomanes ?
Les drogues ne sont pas néfastes parce qu’elle sont placées sous contrôle : elle sont placées sous contrôle parce qu’elles sont néfastes, et elles causent des dommages au toxicomane, qu’il fasse partie du beau monde ou qu’il soit pauvre et marginalisé
.(…)

Un sous-marin bourré de cocaïne fait naufrage en Colombie (Source photo)

3 – Le dossier le plus grave concerne la criminalité organisée.
Toutes les activités assujetties au contrôle de l’Etat font naître des opérations parallèles, illicites.
(…) Par la force des choses,, les contrôles ont favorisé l’émergence d’un marché illicite de très grande envergure, où la violence et la corruption imprègnent le jeu de l’offre et de la demande.  Si on légalise les drogues, la criminalité organisée sera privée de son activité la plus lucrative, estiment les censeurs.(…)

Après avoir réflchi longuement à la question, nous avons conclu que les arguments concernant les liens entre drogue et criminalité organisée étaient valables.(Mais) ” D’abord, les services de détection et de répression devraient cibler les trafiquants plutôt que les consommateurs de drogue. La toxicomanie est une maladie : il faut apporter un soutien médical à ceux  qui se droguent et non les sanctionner.(…)
Ensuite, nous devons mettre fin au drame des villes livrées à l’anarchie. La revente de drogues, comme les autres infractions, ont lieu le plus souvent dans des milieux urbains qui se trouvent sous le contrôle de groupes criminels.. Ce problème s’aggravera dans les mégapoles de demain, si la gouvernance ne suit pas le rythme de l’urbanisation. Or, appréhender les individus et confisquer les drogues,
(…) c’est un peu comme désherber, il faut recommencer le lendemain. On ne peut y remédier qu’en luttant contre la prolifération des bidonvilles et le délabrement de nos villes, en renouvelant les équipements et en augmentant l’effort social (…).
Les ghettos ne produisent pas les toxicomanes et les chômeurs, c’est souvent l’inverse. Et les mafias de prospérer.”

spider3

Et l’adresse se termine ainsi :

Nous pouvons affirmer que la légalisation des drogues n’arrêtera pas la criminalité organisée internationale. Les coffres des mafias sont également alimentés par le trafic d’armes, la traite des personnes, , le trafic d’organes, la contrefaçon et la contrebande, le racket et le prêt usuraire, les enèvements et la piraterie, la violence à l’encontre de l’environnement (exploitation forestière illégale, déversement de déchets toxiques, etc) L ‘argument sur le compromis entre drogue et cirminalité ne fait que s’inscrire dans l’ancien projet de légalisation des drogues, que ne cesse de soutenir le lobby favorable aux drogues (…) La politique de lutte contre la criminalité doit évoluer. Il ne suffit plus de dire non aux drogues, nous devons également dire non à la criminalité, avec autant de véhémence.”(…)

La véhémence n’étant pas la caractéristique habituelle des documents officiels des Nations Unies, il faut saluer cete clarté d’analyse et de discours, en se demandant cependant s’il n’est pas déjà trop tard…
Il faut entendre les paysans afghans ou ceux de la Bekaa (Liban) à qui on a promis des subventions pour des cultures alternatives aux cultures alimentant le marché mondial de la drogue, et qui n’ont rien reçu. On peut douter très sérieusement de la réelle volonté politique des Etats concernés pour éradiquer ce fléau, quand on sait le volume d’argent  en jeu – sans oublier ceux qui discutent le plus sérieusement du monde du lien entre la légalisation de la drogue et les perspectives de  ressources fiscales…

(PS : Rôle de la mafia dans le scandale des poubelles de Naples il y a six mois ???)