Notes de lecture vagabonde

8.09.09

Dans ” Le Monde des livres du 04.09.09,
un écrivain américain, Joseph O’Neill,
à propos de son livre “Netherland”
(gros succés aux Etats-Unis) le commente ainsi :

:

(…)” Je n’ai jamais aimé les livres qui prétendent éclairer la société ou nous apprendre quoi que ce soit sur la condition humaine. Les seuls qui m’intéressent sont ceux qui créent une intimité entre le lecteur et la page. Si ce lien existe, l’auteur peut (presque) écrire n’importe quoi.” (…) ” L’idée d’écrire un livre” avec un sujet ” me fait horreur. Celui-ci n’a donc aucun sens et je voulais qu’il en soit ainsi. Insaisissable. Comme le monde.”

On conçoit bien que l’intérêt d’une oeuvre réside d’abord dans son style, et que les “romans à message” secrètent l’ennui. Mais on attend d’un écrivain qu’il nous ouvre des horizons d’écoute et de lecture du “monde”, même si ce sont les siens – et même si monde  est insaisissable. Le romancier propose, mais il propose à des lecteurs, parmi lesquels les adeptes de ” l’art pout l’art ” sont probablement minoritaires. Et si l’on en croit les critiques de “Netherland”, ce livre est bien enraciné dans son époque.

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Extrait du livre de Patrick Besson ” Mais le fleuve tuera l’homme blanc” (même source que la citation précédente) :

” Dès qu’on franchit l’Equateur, tout le monde devient un mystére, même les gens les plus limpides. C’est peut-être parce que (au Nord) on marche au plafond. Le sang nous descend à la tête, qui se brouille.”

C’est peut-être aussi pour cela qu’au sud de l’Equateur, on voit pas “la crise” de la même manière qu’au Nord : la crise, ces pays la connaissent depuis toujours, et c’est bien parce qu’il existe une économie parallèle, dite “informelle”, que des populations entières survivent malgré tout. Les “produits dérivés”, ils les trouvent dans les poubelles.

Et les jeunes qui vivent des “petits métiers” de la rue – ce qui n’est pas indigne – ont bien raison de protester contre l’étiquette “enfants des rues” avec laquelle les gens du Nord les stigmatisent et les enferment.


Du progrès en art

2.09.09

Dans son ouvrage,
Paris-New York et retour,
voyage dans les arts et les images”
,

Marc Fumaroli propose :

” Il y a quelque chose comme du progrès en art,
comme en religion et en éducation,
même si ce progrès n’est ni cumulatif,
comme dans les sciences et les techniques,
ni évolutif et ininterrompu,
comme dans le darwinisme et le marxisme.
Des éclaircies qui s’accroissent,
des moments de grâce qui se poursuivent,
des dons qui se multiplient.
Leur source invisible, elle, ne tarit jamais.
Elle donne à croire
à l’éternel retour de la beauté.”

mont-saint-michel paysages 290


Instants furtifs d’intimité avec la perfection

9.08.09

Ce billet se veut un modeste florilège
de photos prises, lors de voyages, par l’Abrincate,
et placées en vrac
sans aucune logique géographique ni chronologique,
rien que pour le plaisir des yeux,
qu’on espère partager…

Photos 2008 054Coucher de soleil sur le lac Léman, vu de Lausanne,
avec au fond la côte française (Yvoire, Thonon,etc…)

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Photos 2008 008Au loin , entre les deux massifs de fleurs, Evian.

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P1000694Avant l’atterrissage à Kaboul.

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P1000850Est-ce l’intérieurde la nef d’une église romane ?
L’intérieur d’une mosquée ?
Non, rien que les reflets des matériaux utilisés
dans le grand hall de l’aéroport de Dubaï,
qui se reflètent dans un des piliers du hall…

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Photos 2008 089Lever du jour au bord d’une plage de Rio de Janeiro (Brésil)

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Photos 2008 185Château de sable sur la plage de Copacabana (Rio de Janeiro)

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Saint-Pétersbourg 2008 068Mosaïque d’une église de St Pétersbourg

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mont-saint-michel paysages 076

Près du Mont-Saint-Michel à marée basse

mont-saint-michel paysages 094et lorsque la marée monte,
elle arrive par le lit de plusieurs rivières
et lorsque lesvagues séparées se rejoignent,
vous n’avez plus qu’une solution,
l’hélicoptère de la Sécurité Civile…

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mont-saint-michel paysages 259Un pilier du cellier restauré de l’Abbaye de la Lucerne d’Outremer (Manche)

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mont-saint-michel paysages 286Le soleil, aussi, contemple la marée jusqu’à la dernière minute…

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msm chausey appart 162Une jeune violoncelliste lors des nocturnes
des visites libres de l’Abbaye du Mont-Saint-Michel
(dans le Promenoir des moines)
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mont-saint-michel marée granville 168Lorsqu’on se présente ainsi – rayonnante -
à l’entrée d’une plage
où circulent plusieurs milliers de personnes,
il ne faut pas s’étonner de se retrouver sur un blog…

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juin 2009 art basel ouchy divers 042Oeuvre exposée à ArtBasel 2009

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Les détails font la perfection,
mais la perfection n’est pas un détail. “

Léonard de Vinci

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Et si vous cherchez une photo de l’Abrincate,
qui rédige ce blog et publie ses photos
(celles qui n’ont pas de lien de source en référence),
désolé, caramba, c’est encore raté…

juin 2009 art basel ouchy divers 046ArtBasel 2009







“Pourquoi s’obstiner à construire des tours ?”

10.06.09

Le bon sens se fait tellement rare
que la lecture de cet interview est irrésistible :

Interview de Thierry PAQUOT, dans ” Le Temps ” du 10.06.09
auteur d’un ouvrage : ” La folie des hauteurs “
Bourin Editeur, Paris 2008, 219 pages.

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Vous dites que la tour exprime l’avenir… d’un siècle passé. En quoi ?

- La tour est une invention de la fin du XIXe siècle. Elle est obsolète. La présenter comme le symbole du XXIe siècle est un combat d’arrière-garde.L’objet architectural du siècle à venir reste à inventer.
Ce pourrait être le bâtiment écologique, plus significatif de notre époque et de ses questionnements.

– Pourtant la tour est présentée comme une solution pour densifier les villes, alors même que l’exiguïté du territoire est une problématique très actuelle …

– C’est un faux argument. La loi interdit de construire des tours mitoyennes. On doit donc les séparer les unes des autres. Il y a par conséquent tout un espace à leurs pieds que l’on ne peut utiliser pour ne pas voler la lumière aux autres. Ce qui réduit leur densité, même si elles accueillent beaucoup d’habitants. On y vit enfermé, isolé, dans une forme d’autisme. Le seul lieu de rencontre est l’ascenseur. Mais qu’est-ce qui se passe dans un ascenseur? Chacun évite le regard de l’autre et contemple ses pieds.
La tour, le centre commercial, l’autoroute vont contre la ville. De mon point de vue, l’intensité urbaine est plus importante que la densité. J’entends par intensité la possibilité de se rencontrer, de se promener dans la ville, d’y mener des activités. Dans une ville intense, on se trouve dans le bain de ville, dans le bain de foule, dans l’échange.

– Quelles sont les principales faiblesses de la tour?

– Elle est totalement énergivore, par conséquent réservée à une population aisée. Les charges sont plus élevées. L’ascenseur est un moyen de transport plus coûteux que la voiture.
En outre, les matériaux sont de plus en plus sophistiqués, avec une surconsommation d’énergie pour les fabriquer et pour les faire fonctionner ensuite. Avec les vitres qui font effet de serre, la climatisation est indispensable. Une tour écologique devrait être en pierre, et non vitrée. Ce qui est absurde.

– Pourquoi a-t-elle toujours ses défenseurs?

– L’engouement pour les tours s’observe surtout dans les pays non occidentaux, comme les Emirats arabes unis ou la Chine. C’est une revanche inconsciente et non théorisée de la part de pays autrefois considérés comme sous-développés et devenus riches. Et puis, il subsiste dans les entreprises cette idée qu’un siège social doit être symbolique, témoigner de sa puissance. Mais cela ne correspond plus à rien. Avec l’informatique, le télétravail se répandra encore, avec pour conséquence un éparpillement dans de petits bureaux. On n’est plus dans la logique de l’entassement, mais dans la logique des réseaux, très éclatés au niveau spatial.

– Quelles sont les alternatives aux gratte-ciel ?

– Je crois beaucoup aux quartiers compacts, aux habitats groupés. Je suis contre l’étalement urbain qui va paradoxalement de pair avec la tour. A l’inverse, les maisons isolées sont un non-sens. Il faudrait inventer de nouvelles maisons, écologiques et économiques en espace. L’inventivité des architectes devrait être mobilisée pour trouver des solutions en ce sens. Dès qu’on fait un paysage de tours, il gomme le reste. Le plus petit disparaît, écrasé sous leur domination. Ce sont des objets qui effraient. Des objets totalitaires. “


Quelques peintres contemporains du Moyen-Orient

21.05.09

A la faveur d’un déplacement professionnel en Jordanie, le samedi 16.0509 (jour férié), une petite fugue au Jordan National Gallery of Fine Arts, permet de voir des peintures contemporaines rarement exposées en Europe.
Le gardien ayant autorisé la prise de photos, c’est l’occasion de leur faire une (modeste) publicité, sans avoir le sentiment de violer des droits d’auteur, ce blog n’ayant aucune visée commerciale : le seul objectif de ce billet est de contribuer à faire découvrir ces oeuvres, et leurs auteurs. Si cette diffusion posait problème, merci de le signaler en commentaire ci-dessous et suite sera donnée dès qu’il en sera pris connaissance.

Comme l’indique le catalogue du musée, ces oeuvres témoignent des compétences techniques acquises au contact d’artistes ou à travers des écoles étrangères, mais dont le contenu sensible – et parfois émotif, au bon sens du terme – reflête et témoigne d’un enracinement indélébile dans une situation géographique et historique très précise.

Voici quelques échantillons :
décembre 2008 divers 456

Untitled “(“Sans titre”)
de OMAR HAMDAN (Jordanie – 1994)
Ce tableau représente cependant, de toute évidence,
l’amphithéâtre romain au coeur – et au creux – du centre-ville de Amman

décembre 2008 divers 399

Next to Erez Passage
(“Près du passage Erez ” – seul voie de passage entre la Bande de Gaza et Israël)
de ISMAIL SHAMMOUT (Palestine – 1997)

décembre 2008 divers 427

Al-Entefada ” (” L’Intifada” – détail)
de ABD AL-QADER RAYS (Emirats Arabes Unis – 1988)

décembre 2008 divers 376

Untitled ” (“Sans titre”)
de SARKIS HAMALBASHIAN (Arménie – 1999)

décembre 2008 divers 384

Untitled ” (*Sans titre “)
de HOSSEIN AHMADINASAB (Iran – 2000)

décembre 2008 divers 440

Morning market  Malaka” (“Le marché Malaka le matin”)
de CHIANG SHIN WEN (Malaysie – 2002)

décembre 2008 divers 442

Untitled” (“Sans titre”)
de NAWAL ABDULLAH (Jordanie – 2003)

décembre 2008 divers 480

Untitled ” (“Sans Titre”)
de PG.Haji Muhammad BIN PG DURAMAN (Brunei)

décembre 2008 divers 472

Peaceful Village” (“Village paisible”)
de Saïd HADDADIN (Jordanie – 1984)

décembre 2008 divers 467

A scene from Ma’aloula ” (“Une vue de Ma’aloula”)
de NASIR CHURA (Syrie – 1988)

décembre 2008 divers 483

Market Place in Baghdad ” (“Place du Marché à Bagdad”)
de Ismaël SHEIKHLY (Irak – 1980)

décembre 2008 divers 469

Jabal Al-Qusour
de Diana SHAMOUNKI (Jordanie – 1981)

décembre 2008 divers 500

“Dance under le moonlight”
(“Danse au clair de lune”)
de NE’MET NASSER (Tunisie – 2004)

décembre 2008 divers 454

“Amman covered with snow ” (“Amman sous la neige”)
de AFAF ARAFAT (Palestine)

décembre 2008 divers 446

Amman and I ” (” Amman et moi”)
de MAHMOUD SADIQ (Jordanie – 2000)

décembre 2008 divers 490

Dream City” (“Ville de rêve”)
de Dodgog Soeseno ( Indonésie – 20o01)

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Three mourning women” (“Trois femmes en deuil”)
de BASTAWI BAGHDADI (Soudan – 1971)

décembre 2008 divers 404


Des diamants chez R.M.Rilke

18.01.09

Extraits de la “Lettre à un jeune poète“, de Rainer-Maria RILKE :

(…) Vous me demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l’avez demandé à d’autres. Vous les envoyez aux revues… Désormais, je vous demande de renoncer à  tout cela. Votre regard est tourné vers le dehors : c’est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire… Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n’est qu’un seul chemin : entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s’il pousse des racines au plus profond de votre coeur…

Source photo : Rainer Maria Rilke et son égérie, Lou Andreas Salomé

” Les oeuvres d’art sont d’une infinie solitude : rien n’est pire que la critique pour les aborder. Seul l’amour peut les saisir, les garder, être juste avec elles.
Donnez toujours raison à votre sentiment à vous contre ces analyses, ces comptes rendus, ces introductions. Eussiez-vous même tort, le développement naturel de votre vie intérieure vous conduira lentement, avec le temps, à un autre état de connaissance.
Laissez vos jugements à leur développement propre, silencieux. Ne le contrariez pas, car, comme tout progrès, il doit venir du profond de votre être et ne peut souffrir ni pression ni hâte. Porter jusqu’au terme, puis enfanter, tout est là… Il faut que vous laissiez chaque impression, chaque germe de sentiment mûrir en vous, dans l’obscur, dans l’inexprimable, dans l’inconscient, ces régions fermées à l’entendement. Attendez avec humilité et patience l’heure de la naissance d’une nouvelle clarté. Le temps ici n’est pas une mesure. Un an ne compte pas ; dix ans ne sont rien.
Etre artiste, c’est ne pas compter, c’est croître comme l’arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps, sans craindre que l’été ne puisse pas venir.
L’été ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils
avaient l’éternité devant eux… Je l’apprend tous les jours au prix de souffrances que je bénis : patience est tout...(…)
Tout ce que ne sera possible au nombre qu’un jour lointain, l’homme de solitude peut dès maintenant en jeter la base, la bâtir de ses mains qui ne trompent point.
Aussi, cher Monsieur, aimez votre solitude, supportez-en la peine
…(…)
Si tout ce qui est proche vous semble loin, c’est que cet espace touche les étoiles, qu’il est déjà très étendu. Réjouissez-vous de votre marche en avant : personne ne peut vous y suivre.”(…)

Et ailleurs :

(…) Que (l’homme) ait le culte de sa fécondité. Qu’elle soit de chair ou de l’esprit, la fécondité est “une” : car l’oeuvre d’esprit procède de l’oeuvre de chair et partage sa nature. Elle n’est que la reproduction en quelque sorte plus mystérieuse, plus pleine d’extase,  plus éternelle de l’oeuvre charnelle..(…)
Le sentiment qu’on est créateur, que l’on peut engendrer donner forme n’est rien sans cette confirmation perpétuelle et universelle du monde, sans l’approbation mille fois répétée ,des choses et des animaux. La jouissance d’un tel pouvoir n’est indiciblement belle et pleine que parce qu’elle est riche de l’héritage d’engendrements et d’enfantements de millions d’êtres.(…)

Rainer Maria Rilke words by toiouvrant.

Source photo : les mots les plus utilisés dans l’oeuvre de Rilke

Quand on est écrivain et poète, et qu’on parvient à écrire ainsi, on peut aller se coucher le soir avec le sentiment du travail bien fait et du devoir accompli.


Y a-t-il des phrases définitives ?

11.01.09

On a beau faire fonctionner la chaudière de l’esprit critique à plein régime, le cerveau parfois s’étonne de se sentir subitement tétanisé à la lecture d’une phrase ou d’un paragraphe devant lequel on se dit : “ il n’y a vraiment rien à redire à cela…

Tenez, par exemple, cette définition de la beauté :

” La beauté ne peut être proprement dépassée, ne laisse place à aucune connaissance.
Son domaine est l’espérance, et non la possession; l’analogie et non l’identité.
Les liens mystérieux des choses ne s’y découvrent que sous la forme de symboles.
La beauté devient beauté pure, non en ce qu’elle se sépare du monde, mais en ce que tous les problèmes du monde viennent pour l’homme y aboutir, et semblent contenus en elle, de telle sorte qu’elle ne puisse plus renvoyer à rien qui lui soit supérieur, ou du moins qu’elle ne puisse pas dire, sous forme de discours rationnel, ce à quoi elle renvoie.
Une telle beauté n’est plus interprétable. Elle n’est pas la solution, mais elle est la question que le savoir humain ne saurait dépasser. Elle est la forme dernière de l’espoir aux yeux de celui qui ne veut pas affirmer plus qu’il ne sait.
Elle est la preuve que, dans les circonstances les plus tragiques, les plus accablantes, quelque chose apparaît et luit qui condamne le désespoir.”

Ferdinand Alquié (1906-1985) ancien professeur de philosophie à la Sorbonne

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Est-il permis de rapprocher cela de ceci ?

” Il appartient à l’art de connaître le déchaînement de la vie, mais de le dompter,  soit la contradiction la plus riche, mais dans l’unité du simple ; la plénitude de la croissance, mais dans ce qui est de longue durée, avec peu de moyens. “
Friedrich Nietzsche.

Et de ceci encore :

” Il est beau que l’animal qui sait qu’il doit mourir, arrache à l’ironie des nébuleuses le chant des constellations, et qu’il lance au hasard des siècles, auxquels il imposera des paroles inconnues.
Dans le soir où dessine encore Rembrandt, toutes les ombres illustres, et celles des dessinateurs des cavernes, suivent du regard la main hésitante qui prépare leur nouvelle survie ou leur nouveau sommeil. Et cette main, dont les millénaires accompagnent le tremblement dans le crépuscule, tremble d’une des formes secrètes, et les plus hautes, de la force et de l’honneur d’être homme.
(…)
” L’humanisme, ce n’est pas de dire : ” ce que j’ai fait, aucun animal ne l’aurait fait “, c’est dire : ” nous avons refusé ce que voulait en nous la bête et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase.

André Malraux.

Ces trois réflexions sont à relire
trois fois
à haute voix
avant de risquer un commentaire…


Peut-on être génial et stupide ?

6.01.09

Au détour d’une escapade parisienne, visite rapide de l’exposition organisée par le Centre Beaubourg à l’occasion du centenaire du futurisme et du Manifeste futuriste publié dans le “Figaro” du 20 février 1909 .

On peut y lire  (extraits libres) :
- ” Il n’y a de beauté que dans la lutte. Aucune oeuvre d’art sans caractère agressif ne peut être considérée comme un chef d’oeuvre.(…)
- ” La splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse.”(…)
- ” Nous voulons glorifier la guerre – seule hygiène du monde – le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles idées pour lesquelles on meurt et le mépris de la femme.”
(…)

Tout cela dans un Manifeste signé par des artistes dont voici deux exemples d’oeuvres exposées :

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On ne doute pas un seul instant que l’apparition de ce style et de ces formes dans les toutes premières années du 20 ème siècle ait été perçue comme un expression géniale de créativité.
Mais 1909, ça n’est jamais que six ans avant l’explosion de la Première Guerre Mondiale…
On peut se demander comment des artistes capables de telles ruptures créatives dans leur art sont aussi capables de proférer de pareilles insanités.

La même mouvance avait aussi divulgué un Manifeste futuriste de la luxure où l’on peut lire cette phrase : ” (…) La luxure est pour les conquérants un tribut qui leur est dû. Après une bataille où des hommes sont morts, il est normal que les victorieux, sélectionnés par la guerre, aillent en pays conquis jusqu’au viol pour recréer la vie. Après les batailles, les soldats aiment les voluptés où se détendent, pour se renouveler, leurs énergies toujours à l’assaut.“(…)

On rappelera simplement l’article 7 (alinéa g) des statuts de la Cour Pénale Internationale , qui définit comme crime contre l’humanité : ” Viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation forcée et toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable.”

Quand on sait la gravité des crimes de viols commis en masse sur les femmes des régions en guerre pendant le conflit des Balkans dans les années 1992-1995, et de nos jours dans le conflit à l’est du Congo, dans la région du Kivu ,on se dit que, malgré tout, même si les crimes sont toujours les mêmes, les écrits – et donc la perception collective que l’on en a  - ont évolué, de manière certes lente et insensible, mais on l’espère, irréversible, dans le sens d’une criminalisation extrême du viol collectif, dans un contexte de guerre, au titre de crime contre l’humanité.


Petite fugue à Hambourg

5.01.09

De quelques journées passées en décembre à Hambourg, on retiendra d’abord l’étonnant chantier de rénovation d’une partir du port traditionnel, dans un projet appelé ” HafenCity “,  aux objectifs présentés ainsi : faire en sorte que cette partie du port, devenue inutile, redevienne un partie du centre-ville, où se sit par exemple, la mairie (“Rathaus”) qui n’est éloignée que de 8 00 mètres. Autrement dit, pas de ghetto culturel supposé “underground”, mais un ensemble qui se veut l’extension de toute la diversité de ce qui fait le coeur d’une ville : les affaires, le commerce, l’administration, l’action culturelle, ainsi que des résidents qui se considérent au centre-ville.

Le symbole et l’élément le plus spectaculaire en seront l’Elbphilharmonie dont les projections et simulations sont impressionnantes : situé à la pointe d’une des avancées du port, l’ensemble symbolisera en même temps la proue d’un bateau et une sorte d’iceberg de verre et d’aluminium, mais dont le toit suggérera plutôt une houle :

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 Quelques tableaux pédagogiques révèlent ce que sera l’intérieur de cette salle de concert :

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Ne serait-ce pas sans rappeler l’architecture intérieure de l’Eglise St Michaelis, où se déroulait la grande cérémonie traditionnelle de Noël ?

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La difference entre les techniques de construction de l’époque et celles d’aujourd’hui, c’est cette présentation des études acoustiques – qui ressemblent à des scanners du cerveau…

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Dans la grande compétition internationale des grandes villes
qui soignent leur image et leur attractivité,
nos grandes villes auront-elles encore dans 30 ans, 
les moyens d’entretenir et de faire fonctionner ces joyaux ? 

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PS : Comme on n’arrête pas le progrès, et puisque l’Abrincate  a réussi à comprendre, grâce à son prof de blog  (voir le lien en haut à droite de cette page) comment insérer ses propres photos dans ses textes, il doit donc être indiqué qu’à partir de dorénavant… et jusqu’à désormais, les photos sans lien affiché avec leur source Internet sont des photos originales que l’auteur de ces notes n’est pas peu fier d’avoir saisi et inséré by himself

Quelques reflets de flâneries en ville pendant le Marché de Noël :

 1- une mime en action (!) au coin de la rue :

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 2 – Le factotum de service à l’entrée prinicipale de la Police Municipale :

 

 

 

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3 – Les yeux d’une star saisis au détour d’une Mercedes de collection :

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4 – Message de l’artiste au coin d’une fenêtre ?

 

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5 – En levant les yeux sur la grand-place du Rathaus :decembre-2008-divers-215

6 – Les arbres du parc du Restaurant Witthüs de Blankenese:

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Petite fugue à St Petersbourg

23.11.08

De quelques jours passés à St Petersbourg, ces quelques impressions :

Dans cette ville, vous n’échappez pas à un sentiment d’exaltation, que provoque la beauté architecturale, inévitablement associée à la signification historique des évènements qui s’y sont déroulés, depuis sa fondation par Pierre le Grand : la création de la ville, la succession des tsars, les premières révoltes communistes, le siège de 3 ans par les nazis pendant la dernière guerre mondiale, et tout au long de cette histoire, une profusion culturelle et artistique – dont ce qui a survécu à 70 ans de communisme a été restauré en 2003 pour le 300 ème anniversaire de la ville.

Quelques diapos…

L’appartement de Dostoïevski transpire l’humanité du personnage, mais aussi de sa femme, Anna Gigorievna (qu’il avait engagée comme secrétaire-dactylo), et dont Tolstoï, qui l’a rencontrée, dira que “si tous les écrivains russes avaient eu une telle épouse, quels chefs-d’oeuvres nous aurions ! “.

Dostoevsky in 1880 par raskolni_comDostoïevski en 1880

Dostoievski par Anthony Romm
Bureau de Dostoïevski

responsable par ^ mAyAkA ^Source photo

” C’est trop idéaliste … et de ce fait, cruel. “
(“Humiliés et offensés” – 1861)

” Nous rabaissons trop la providence quand, par dépit de ne pouvoir la comprendre, nous lui prêtons nos idées “. (Source)

” Si l’on chasse Dieu de la terre, nous le rencontrerons sous la terre.”
(“Notes d’un souterrain” – 1864)

Le Musée de l’Ermitage, restauré comme neuf, dont l’entrée est impressionnante :

La Cathedrale St Isaac est un chef-d’oeuvre :, qui fut un Musée de l’Athéisme pendant les décennies de communisme, avec un “Pendule de Foucault” suspendu à la coupole

Intérieur de la Coupole de St Isaac (100 mètres de hauteur)

L’Eglise de la Résurrection :

“Nabucco” de Verdi au Theâtre Mariinsky (ex-théâtre Kirov) :

Musée Russe :

Saint Boris et Saint Gleb (XIV siècle)

La Forteresse Pierre et Paul, où sont inhumés tous les tsars :

Mais une question taraude le piéton étranger qui croise tant de Russes grisonnants dans les rues ou dans le métro : que se passe-t-il dans la tête de gens nés après la dernière guerre, qui ont grandi et qui ont été éduqués dans l’idéologie communiste stalinienne, et qui aujourd’hui, à l’âge de la retraite, voient ces touristes admirer les fastes impériaux dans une ville qui a retouvé son nom germanique (St Petersbourg) et non pas russe (Petrograd) ?

Ya-t-il un Dostoïevski ou un Soljenitsine en germe dans cette génération ?