Notes de lecture aérienne

17.10.09

Dans l’Airbus de la Royal Jordan Airlines (seule compagnie à avoir un rangée No 13 dans ses sièges-passagers ?), pendant les quatre heures de vol entre Zurich et Amman (Jordanie), lu ces quelques informations en vrac :

Dans ” le Monde ” du 15 10.09, dans l’article consacré au procès Clearstream, une citation extraite de la plaidoirie de Maître Comte, avocat des Editions Odile Jacob :

(…) Il y a dans cette affaire, une densité de haine comme j’en ai peu vue. De cette plongée dans les eaux glacées des services de l’Etat, on sort effaré. Je ne sais pas si nous avons devant nous les élites de la nation, mais si c’est le cas, on comprendra qu’il y a encore beaucoup de Bastille à prendre.”(…)
Dans “Le Figaro” du même jour, le président Sarkozy reconnaît avoir fait une boulette – qu’il regrette – pour avoir parlé des coupables dans ce procès qui n’est pas terminé. Soit. Passons.
Mais que tous les sbires et autres parasites politiques qui, devant le tollé, avaient couvert les radios et télés d’exégèses de la parole présidentielle, veuillent bien  porter un entonnoir à l’envers sur le crâne, à prochaine sortie du prochain Conseil des Ministres, et l’affaire sera complètement oubliée.

***********

Dans l’article du même numéro, à propos du dernier livre de Nicolas Baverez (“Après le déluge”  -Ed. Perrin), extrait de l’article signé Claire Guélaud :

(…) “ Le capitalisme présente les mêmes risques qu’à la veille de la crise, tout en ayant épuisé tous ses moyens de défense.”(…) C’est une rupture historique : elle clôt trente ans de néolibéralisme, marque la fin de la suprématie absolue exercée sur l’économie mondiale par les Etats-Unis depuis un siècle et ferme le cycle historique de la domination sans partage de l’Occident sur l’histoire du monde depuis la fin du XVI ème siècle.”(…)

Rien que cela :::!!!
C’est fou ce que la lucidité vient éclairer les cerveaux des experts économistes médiatisés face à la crise – et faut-il que celle-ci soit radicale…

Que répondait Mr Baverez à tous les altermondialistes et militants de toutes ONG possibles et imaginables qui tenaient ce même discours jusqu’à il y a encore 3 ou 4 ans ?

**************

Pendant les affaires, les affaires continuent…

1 – L’affaire Polanski : si la loi américaine prévoit l’imprescritibilité pour le viol des mineures, il n’y a rien de choquant à son arrestation. La loi est la même pour tous. Cela n’enlève rien au génie de l’artiste, s’il en a.
Sans être juriste confirmé, il n’est pas étonnant qu’une action judiciaire se poursuive même lorsque la victime a retiré sa plainte ou accordé son pardon, etc…
Seule question en suspens : pourquoi cette arrestation, aujourd’hui, en 2009, alors que Polanski venait régulièrement dans son chalet en Suisse depuis 15 ans ? Peut atteint-on ici le sommet  d’un ignominie qui n’aurait pas encore de nom…. Un accord américano-suisse dont le compromis sur les litiges économiques comprendrait l’arrestation dudit…

(Quand vous pensez que Radovan Karadzic, criminel de guerre serbe de Bosnie, aujourd’hui sous les verrous à la Haye, affirme que son impunité  définitive était garantie en échange de sa signature des accords de Dayton… On ne se plaindra pas de l’arrestation du bourreau de Sarajevo, ni ne fera d’amalgame outrancier avec Polanski : il s’agit seulement de dire qu’on apprend toujours… un jour ce qui a été effectivement négocié.)

2 – L’affaire Mitterrand Frédéric… Une simple remarque de bon sens : il ne faut pas se plaindre d’être victimes d’amalgames quand on confesse publiquement avoir eu des relations sexuelles avec ” des garçons “. C’est peut-être le jargon parmi les homosexuels, mais tout le monde ne fréquente pas ces dictionnaires-là.

3 – Le fils Sarkozy ? Relire la citation de Maître Comte au début de ce billet.

Quant aux choses sérieuses…

Le calvaire de la Guinée est interminable : cinquante ans d’indépendance, et deux dictateurs successifs, aussi sanguinaires, comme présidents.
Il faudra un jour inventer une procédure internationale de survie et de perfusion lorsqu’un pays se délite à ce point et de manière aussi durable.

Lu dans le “Nouvel Observateur” du15-21.10 une interview de Mme Dambisa Moyo, économiste zambienne.
Extraits :
(…)” Si l’Europe et l’Amérique du Nord continuent d’aider l’Afrique, c’est parce que cela leur coûte moins cher que d’ouvrir leurs marchés aux produits du tiers-monde. S’ils le faisaient, une partie des fermiers européens se retrouveraient au chômage. “(…)

Une remarque d’un autre ordre, entendue ici ou là : il serait question de  faire poursuivre le “caporal-chef ” Dadis Camara par la Cour Pénale Internationale(CPI), pour le massacre qui s’est déroulé au stade de Conakry. C’est au procureur du CPI d’en juger. Mais certains regrettent qu’une fois de plus, les poursuites de la CPI concernent un pays africain. Il faut rappeler ici que si les quatre poursuites juriciaires en cours à la CPI  concernent un pays africain,  trois des quatre procédures (à l’exception de celle contre le président soudanais El-Béchir) ont été lancées à la demande et sur plainte de gouvernements africains.

************

Il reste que la question est toujours posée, lancinante et sans réponse : pourquoi  tout le système des droits de l’homme et les procédures judiciaires internationales ne concernent-ils jamais les droits de Palestiniens ?

Rencontré ce jour une psychologue jordanienne(d’origine palestinienne) : ” Mon père a toujours dans sa poche, depuis 1948, la clé de notre maison à Haifa… Les droits de l’homme c’est pour le monde entier, sauf pour les Palestiniens. Après tout, le génocide des juifs, c’est vous les Européens qui l’avez fait… Pourquoi, nous les Palestiniens, devons supporter les conséquences de votre mauvaise conscience vis à vis du peuple juif ?Alors débrouillez-vous pour régler le problème, mais pas sur notre dos, pour l’éternité…”

*************

Il paraît qu’une des règle d’or d’un blog
est de ne jamais traiter plusieurs sujets dans le même billet.
” Caramba, encore raté...”
Mais il est difficile de passer quatre heures d’avion
sur un seul et même sujet.


Les faits, les chiffres, les indicateurs … et la réalité

13.09.09

A l’intention de celles et ceux qui ne se satisfont pas d’ infotainments (1), et qui se posent de manière silencieuse, voire souterraine, la question de savoir comment nos perceptions du monde, des évènements et des personnes, sont conditionnées, y compris dans notre vie quotidienne, il nous paraît de salubrité cérébrale de bien lire ces extraits attentivement, avec nos plus chaleureuses – et sincères – félicitations à celles et ceux qui auront fait l’effort de lire ce billet jusqu’au bout :

Extraits de l’article ” La fin des théories ? ” de Jannis Kallinikos, professeur au ” London School of Economics“, publié dans Telos-eu.com (17.07.09):

” L’époque où des données sans théorie n’étaient que du bruit est-elle révolue ? L’analyse de données prend de plus en plus le pas sur les autres formes de connaissance. Les situations de vie ont tendance à être définies comme des problèmes cognitifs, dont la nature est computationnelle (2) ou qui se posent en termes de navigation. Dans ce néopositivisme, non seulement la perception, mais une part essentielle de l’analyse conceptuelle est désormais superflue. (…)

Ce changement est induit par de nombreux facteurs technologiques et culturels, dont le principal est la circulation toujours plus massive et plus aisée d’éléments cognitifs disponibles sous la forme de données informatiques, à partir desquelles, via des opérations statistiques, des significations sont construites. Cela se joue au détriment de l’intuition, mais aussi et plus généralement d’une expertise construite à partir de l’observation et de la connaissance du monde.(…)
 

La disponibilité des données est la marque distinctive de notre époque. Sa croyance est que, correctement lues, les données méticuleusement recueillies chaque jour nous tendraient un miroir dans lequel, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous pourrions dévisager notre vrai visage – même si nous ne parvenons pas à le reconnaître.
Dans un contexte au sein duquel technologie et vie quotidienne sont de plus en plus imbriquées, les données peuvent nous dire qui nous sommes, comment notre corps se sent (au-delà de la conscience que nous en avons), mais aussi comment fonctionnent notre société et ses organisations, quels amis choisir et quelles communautés rejoindre, quel voyage faire cette année, quelle assurance souscrire, quels vols sont aujourd’hui meilleur marché, comment investir dans les prochains mois, quel film voir cette semaine, et ainsi de suite.

Le développement des connaissances et plus généralement la construction du sens sont conduits non plus par confrontation d’une théorie à la réalité, mais simplement à partir de commutations et permutations exécutées sur d’énormes masses de données. Les conditions dans lesquelles les données sont ici capturées et agrégées surpassent de loin la capacité de mémoire et de concentration des humains, fussent-ils les meilleurs experts.

Dans ce contexte néopositiviste, non seulement la perception, mais une part essentielle de l’analyse conceptuelle est désormais inutile. L’analyse de données prend de plus en plus le pas sur les autres formes de connaissance. La « réalité » surgit, après un long détour analytique, de la poussière cognitive de particules computationnelles.

Source photo

(…) Une conséquence importante de ces développements est la mise en forme et le contrôle technologiques des aspects même les plus futiles de notre existence. Un nouveau quotidien prend forme. Les activités de tous les jours sont de plus en plus appuyées sur des données produites technologiquement. Elles sont conduites à partir d’un ensemble de modules informatiques via Internet ou d’autres réseaux de communications.
Dans ce processus se fait jour un changement furtif mais crucial, qui ne concerne pas que la façon dont les chercheurs appréhendent notre existence, mais dont nous-mêmes la construisons. Les situations de vie ont tendance être définies comme les problèmes cognitifs, dont la nature est computationnelle ou se lit en termes de navigation (que voir ou que faire, comment trouver un film, mais aussi un ami ou un partenaire), et qui peuvent être résolus par des calculs automatisés complexes, exécutés à partir des données et informations que fournissent les technologies modernes et les modes de vie qui leur sont associés.”

Dans combien de métiers désormais, la “production” consiste-t-elle exclusivement à recomposer sur ordinateur ce que nous avons reçu par ordinateur, et pour des destinataires qui, eux aussi, considérent que leur ordinateur leur donne un accès direct à la réalité “du terrain” ?
Qu’est-ce, au juste, que connaître le monde, aujourd’hui ?
Dans combien de situations professionnelles nous répond-on désormais que si nous n’avons pas utilisé des indicateurs mesurables, défini les objectifs rationnels, fabriqué, en gestion matricielle, des outils d’évaluation dûment validés par la hiérarchie et composés d’inputs provenant “du terrain” mais savamment métabolisés par les experts du knowledge management – tous ces braves gens ayant le sentiment, en travaillant sur l’ordinateur, d’un bout à l’autre de la chaîne, d’avoir labouré le monde réel – alors… tout ce que nous pouvons raconter n’est que charabia idéologique, fatras émotionnel, remugles charismatiques, convictions sympathiques mais qui ne font pas le poids devant le graphique du cash-flow, sachant que les meilleures idées du monde sont toujours récupérées par les commerçants… ou les politiques.

************

Dans son excellent petit livre : ” Les stratégies absurdes : comment faire pire en croyant faire mieux” (Ed. du Seuil, 2009), Maya Beauvallet, économiste, professeure à l’Ecole Normale Supérieure, qui a mené de nombreuses recherches sur les indicateurs de performance, affirme :

En l’espace de trente ans, ces mécanismes (incitatifs) se sont généralisés et ont profondément transformé le paysage des relations humaines au sein de l’entreprise (…) On est passé d’un monde de la “logique de l’honneur” au monde enchanté des indicateurs er des incitations. Le vocabulaire de la performance a remplacé les notions de devoir et d’engagement.(…)
On invite les salariés des entreprises à entrer en compétition les uns avec les autres pour les pousser à augmenter leurs production, et l’on s’aperçoit qu’au lieu de la saine émulation attendue, ce sont les actes de sabotage qui augmentent et l’entraide qui diminue.”(…) “Pour évaluer les performances des individus dans une profession donnée, on met au point un indicateur tellement complexe, qu’au bout du compte on en sait plus très bien ce que l’on observe, ni ce à quoi on incite finalement les individus : on peut même se demander si ceux qui renseignent l’ indicateur ne sont pas en train de rouler gentiment leurs managers dans la farine…“(…)

…. l’esprit humain est plus rationnel et plus stratège encore que les indicateurs les plus astucieux.(…) ” On ne gagne jamais à réduire l’autre à un comportement binaire.”(…) ” La carotte et le bâton suffisent peut-être pour faire avancer un âne récalcitrant, mais les hommes, eux, s’arrangent souvent pour attraper la carotte et éviter le bâton tout en vous faisant croire le contraire.”

PhotoMme Maya Beauvallet donne un exemple :

“Aux Etats-Unis, en 1987, dans le but d’accroître la lisibilité des dépenses publiques et l’efficacité de la gestion des juridictions, une réforme décentralisée cherchait à mettre en place des normes de qualité : les Trial and Court Performance Standards (TCPS).

” La première tâche de la commission (ad hoc) fut donc de définir les objectifs de la réforme et d’établir clarement les missions de la justice. Notons que cette première étape est par nature politique. Ce n’est pas une question de bonne gestion mais de choix collectif. On pourrait bien sûr être tenté de dépolitiser le débat en s’en remettant à la neutralité supposée des chiffres. (…) ” En réalité, construire les indicateurs avant de définir le cap ne revient pas à dépolitiser l’opération, mais à laisser les indicateurs “faire” la politique. En effet, ces instruments n’ont que l’apparence de la neutralité : ils auront des effets, détermineront des comportements, et poursuivront, même implicitement, des objectifs particuliers.(…)

Indicateurs France... par PHOTOJOL

Les indicateurs d’un camion de pompiers sont millimétriques… (Mais le feu a-t-il été éteint ?)

(Suite du texte) “Cinq objectifs ont été retenus : l’accessibilité de la justice, sa rapidité, son respect des valeurs d’égalité, d’impartialité et d’intégrité, son indépendance, et enfin sa capacité à susciter la confiance du public.(…)
En 1990, une première version des TCPS a été publiée, avec les cinq objectifs, 22 standards et 75 indicateurs
(…) dans un document de 258 pages dont 58 d’annexes.(…) L’appareil est tellement lourd qu’à partir de 1994, des sessions de formation doivent être organisées auprès des juges et administrateurs de juridictions pour leur apprendre non seulement les objectifs de leur métier – ce qui laisse un peu perplexe – mais également comment remplir les indicateurs…Ce qui devait servir à y voir plus clair nécessite à présent le secours d’exégètes spécialisés.(…)

Traduire la notion d’impartialité en indicateurs réduit les marges de manoeuvre et risque de faire passer par-dessus bord les fruits d’une longue expérience. Cette méthode revient à transformer une mission aux contours nécessairement complexes en une série de tâches standardisées.(…)

On pourrait en dire autant, sinon avec encore plus d’évidence, pour l’évaluation de la profession d’assistant-e social-e, notamment dans le travail de ré-insertion des mineurs délinquants.

De même pour les enseignants : évaluer des enseignants sur des indicateurs de performance, c’est inciter ces enseignants à porter leur efforts sur les meilleurs élèves et recréer ainsi l’inégalité des chances parmi les élèves alors que l’école vise à créer les conditions de l’égalité des chances. Les indicateurs d’efficacité sont-ils compatibles avec l’exigence d’égalité ?

On mentionnera aussi pour mémoire le débat qui s’est instauré sur les indicateurs bibliométriques de qualité du travail des chercheurs :

 

si les indicateurs peuvent donner des tendances sur un nombre
réduit d’aspects de la vie scientique, il convient d’être très circonspect dans leur usage en raison
de la possibilité d’interprétations erronées, des erreurs de mesure (souvent considérables) et des
biais dont ils sont aectés. Un usage abusif des indicateurs est facilité par la nature chirée du
résultat qui introduit la possibilité d’établir dans l’urgence toutes sortes de statistiques, sans
se préoccuper d’en analyser la qualité et le contenu, et en occultant l’examen d’autres éléments
de la vie scientique comme, par exemple, l’innovation et le transfert intellectuel et industriel.

(…) ” Si les indicateurs peuvent donner des tendances sur un nombre réduit d’aspects de la vie scientifique, il convient d’être très circonspect dans leur usage en raison de la possibilité d’interprétations erronées, des erreurs de mesure (souvent considérables) et des biais dont ils sont affectés. Un usage abusif des indicateurs est facilité par la nature chiffrée du résultat qui introduit la possibilité d’établir dans l’urgence toutes sortes de statistiques, sans se préoccuper d’en analyser la qualité et le contenu, et en occultant l’examen d’autres éléments de la vie scientifique comme, par exemple, l’innovation et le transfert intellectuel et industriel.” (Site de l’INRIA - Institut National de Recherche en informatique et en automatique)

(…)“Les indicateurs bibliométriques reposent sur l’analyse des citations, c’est-à-dire la partie ”Références” d’un article scientifique qui fait mention des travaux effectués par la communauté scientifique (y compris les auteurs de l’article) sur le sujet de l’article. Il faut d’ores et déjà indiquer que les indicateurs ne reposant que sur des citations ne donnent qu’une vision partielle du travail scientifique puisque 90% des papiers publiés dans les journaux scientifiques ne sont jamais cités [9] et qu’il semble difficile de croire que seulement 10% de la production scientifique serait significatif.” (Ibidem)

************


Dans un ouvrage remarquable et lumineux : ” Et si les chiffres ne disaient pas toute la vérité ? ” (Ed. Fayard, 2009), Valérie Charollesdirectrice des affaires économiques et financières de Radio France.

Et si les chiffres ne disaient pas toute la vérité ?

” Pour sortir le soir, on met une tenue à notre avantage, qui sera le plus souvent bien différente de celle que l’on choisit pour faire du sport. Il en va de même pour les chiffres: la manière dont on les présente sert à mettre en valeur ce sur quoi ils portent en vue d’un certain objectif. Cela ne signifie pas qu’on  travestit la réalité, mais que l’on cherche à l’habiller au mieux en fonction d’un projet particulier.“(….) Il faut être conscient de ce que ces pratiques “signifient quant à l’objectivité généralement prêtée aux données chiffrées.”(…)


Valérie Charolles

(…) “Le problème majeur traité par la philosophie au XX ème siècle aura été celui des mots et des choses. Mais ce problème s’est déplacé : il concerne désormais les faits et les chiffres.” (…) ” On ne peut plus opposer le monde de la nature et celeui de l’action : tous deux interagissent continuellement. Dans ce contexte, la technique est nécessaire et elle passe de plus en plus par l’objectivation du réel au travers des données.”(…) “C’est un monde dans lequel les actions des hommes sont des faits, observables selon des méthodes scientifiques,”(…) ” C’est (aussi) un monde communicationnel et performatif où la parole a souvent le statut d’un acte.”

L’auteur propose l’exemple des sondages d’opinion :

(…) ” La publication des sondages a un effet sur les résultats. Cela fait plus d’un siècle que l’on sait, dans les sciences physiques, que la position de l’observateur influe sur les résultats mesurés.”(…)” Dans le domaine des sciences de l’homme, cette équation est “encore plus vraie” et elle est au coeur de toute l’analyse économique moderne.”(…)

” L’essentiel de l’analyse néo-classique en économie repose sur la théorie des anticipations, c’est à dire sur le fait que les informations dont disposent les agents jouent un rôle déterminant dans les choix qu’ils vont effectuer.
Autrement dit, en économie, un résultat anticipé a plus de chances de se produire qu’un résultat non anticipé : les prévisions sont pour une part autoréalisatrices.

C’est un mécanisme couramment utilisé par les banques centrales ; elles sont particulièrement attentives  à leur réputation, de sorte que le comportement qu’elles vont adopter puisse être prévu par les marchés et produire son effet avant même qu’elles aient à intervenir sur les taux d’intérêt.”

Cet ouvrage analyse quantité d’exemples de chiffres, de statistiques, d’indicateurs dans beaucoup de domaines de  la vie courante et de la vie économique, et on espère que la lecture de ce billet vous donnera l’envie de lire les deux ouvrages mentionnés, passionnants et… salubres, dans le contexte de la guerre quotidienne de communication dont nous sommes l’enjeu.

Source photo – Création de Laurent Courau


(1) Infotainment : information-contenu des médias qui comprend également un contenu de divertissement dans un effort visant à renforcer la popularité auprès du public et des consommateurs.

(2) Computationnel : par le traitement d’un ordinateur, de manière logico-algébrique.

 


Notes de lecture vagabonde

8.09.09

Dans ” Le Monde des livres du 04.09.09,
un écrivain américain, Joseph O’Neill,
à propos de son livre “Netherland”
(gros succés aux Etats-Unis) le commente ainsi :

:

(…)” Je n’ai jamais aimé les livres qui prétendent éclairer la société ou nous apprendre quoi que ce soit sur la condition humaine. Les seuls qui m’intéressent sont ceux qui créent une intimité entre le lecteur et la page. Si ce lien existe, l’auteur peut (presque) écrire n’importe quoi.” (…) ” L’idée d’écrire un livre” avec un sujet ” me fait horreur. Celui-ci n’a donc aucun sens et je voulais qu’il en soit ainsi. Insaisissable. Comme le monde.”

On conçoit bien que l’intérêt d’une oeuvre réside d’abord dans son style, et que les “romans à message” secrètent l’ennui. Mais on attend d’un écrivain qu’il nous ouvre des horizons d’écoute et de lecture du “monde”, même si ce sont les siens – et même si monde  est insaisissable. Le romancier propose, mais il propose à des lecteurs, parmi lesquels les adeptes de ” l’art pout l’art ” sont probablement minoritaires. Et si l’on en croit les critiques de “Netherland”, ce livre est bien enraciné dans son époque.

**********

Extrait du livre de Patrick Besson ” Mais le fleuve tuera l’homme blanc” (même source que la citation précédente) :

” Dès qu’on franchit l’Equateur, tout le monde devient un mystére, même les gens les plus limpides. C’est peut-être parce que (au Nord) on marche au plafond. Le sang nous descend à la tête, qui se brouille.”

C’est peut-être aussi pour cela qu’au sud de l’Equateur, on voit pas “la crise” de la même manière qu’au Nord : la crise, ces pays la connaissent depuis toujours, et c’est bien parce qu’il existe une économie parallèle, dite “informelle”, que des populations entières survivent malgré tout. Les “produits dérivés”, ils les trouvent dans les poubelles.

Et les jeunes qui vivent des “petits métiers” de la rue – ce qui n’est pas indigne – ont bien raison de protester contre l’étiquette “enfants des rues” avec laquelle les gens du Nord les stigmatisent et les enferment.


Ceux qui ont du caractère l’ont souvent mauvais

16.07.09

Extraits du livre de Anthony BEEVOR,
D-Day et la Bataille de Normandie”

(Ed. Calmann-Lévy – 2009)

à propos de la phase de préparation
du débarquement en Normandie le 6 juin 1944

” En tant que commandant suprême, Eisenhower devait composer avec les rivalités personnelles et politiques tout en préservant son autorité au sein de l’Alliance. Il était très apprécié du maréchal de l’air Alan Brooke (…) et du général Bernard Montgomery (…). Mais ni l’un ni l’autre ne l’estimaient vraiment comme militaire. ” Il ne fait aucun doute que Ike est disposé à faire tout son possible pour maintenir les meilleures relations qui soient entre Britanniques et Américains, écrivit Brooke dans son journal, mais il est tout aussi clair qu’il n’y connaît rien en stratégie et que, pour ce qui concerne la poursuite de la guerre, il n’est pas du tout fait pour le poste de commandant suprême.” Après la guerre, Montgomery porta sur Eisenhower un de ces jugements laconiques dont il avait le secret : “ Un brave gars, mais pas un soldat.

Ces opinions étaient certainement très injustes. Eisenhower fit preuve d’un grand discernement sur toutes esl décisions clés concernant le débarquement en Normandie et par ses talents de diplomate, il parvint à assurer la cohésion d’une coalition rétive – ce qui, en soi, était déjà un véritable exploit.”(…)

Des tensions couvaient au sein de la structure de commandement alliée. Le maréchal de l’air en chef Arthur Tedder, commandant suprême-adjoint de Eisenhower, détestait Montgomery, mais lui-même déplaisait fort à Winston Churchill. Le général Omar Bradley, commandant de la première armée américaine, qui venait d’une famille de fermiers pauvres du Missouri, n’avait pas une allure très martiale, avec son “air de péquenaud” et ses lunettes de GI. Mais c’était ” un homme pragmatique, imperturbable, apparemment sans ambitions, quelque peu terne, ni altier ni prétentieux, et il n’indisposait jamais personne.” Il affichait un grand respect pour Montgomery, mais n’avait en fait rien de commun avec lui. Il s’entendait très bien avec Eisenhower, mais ne partageait pas son indulgence pour ce franc-tireur de George Patton.

Montgomery et Patton


En fait Bradley avait du mal à cacher la méfiance que lui inspiraitcet excentrique officier de cavalerie sudiste. Patton, homme très croyant et connu pour ses blasphèmes, aimait s’adresser à ses hommes en termes provocants : ” Bon, je tiens à vous rappler que l’objet de la guerre n’est pas de mourir pour son pays, mais de faire en sorte que le pauvre crétin d’en face meure pour le sien”, leur avait-il dit un jour.Il ne fait aucun doute que sans le soutien d’Eisenhower dans les moments critiques, Patton n’aurait jamais eu l’occasion de se faire un nom dans la campagne à venir.
La capacité d’Eisenhower de maintenir unie une équipe aussi disparate fut une réussite extraordinaire.”
(…)

On ne sera pas très surpris d’apprendre par les historiens que derrière les stautes que la Grande Histoire leur a édifiées, la coordination entre de telles personnalités fut difficile. La réussite d’Eiusenhower dans la plus grande opération miltiaire de l’Histoire aura surtout été d’éviter le clash …quotidien entre ses généraux…

Et quand on pense que le Général de Gaulle, dans le même temps, tentait de faire une place au respect de la dignité française qu’il essayait d’încarner…

Les généraux Bradley, Tedder, Eisenhower (de gauche à droite)

Question subsidiaire : Pourquoi le Général Montgomery portait-il toujours un béret noir ?
Réponse de l’intéressé :

” Mon couvre-chef vaut 3 divisions.
Les hommes le voient de loin. Ils disent : ” Voilà Monty “,
et ils sont alors prêts à affronter n’importe qui.”


“Relire Marx, mais cette fois sans se tromper”.

21.06.09

” Le capital, semblable au vampire, ne s’anime qu’en suçant le travail vivant et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage.”
(Cité sur Evene)

” Moins vous êtes, plus vous avez…
Ainsi, toutes les passions et toutes les activités sont englouties dans la cupidité.”
(Cité sur Evene)

” Etre radical, c’est prendre les choses à la racine.
Et la racine de l’homme c’est l’homme lui-même.” :
Extrait de “L’idéologie allemande”

” L’état politique est vis-à-vis de la société civile
dans un rapport aussi spiritualiste que le ciel par rapport à la terre “.

Extrait de ” La question juive “.

” Le comportement borné des hommes en face de la nature
conditionne leur comportement borné entre eux.”

Extrait de ” L’Idéologie allemande “

” Il n’y a qu’une seule façon de tuer le capitalisme :
des impôts, des impôts et toujours plus d’impôts.”
(Cité sur Evene)

” De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins.”
Extrait de “L’Idéologie allemande”.

” Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre “.
(Cité sur Evene)

” La production du capitalisme engendre, avec l’inexorabilité d’une loi de la nature, sa propre négation.”
Extrait de ” Le capital ”

‘ Owners of capital will stimulate the working class to buy more and more expensive goods, houses and technology, pushing them to take more and more expensive credits, until debt becomes unbearable.

The unpaid debt will lead to the bankruptcy of banks, which will have to be nationalised, and the state will have to take the road which will eventually lead to communism. ‘

Karl Marx.

A suivre…

PS : le titre de ce billet est repris de mémoire  d’un commentaire d’article de presse dont il nous est impossible de retrouver la trace. Si donc l’auteur se reconnaît, merci de l’indiquer en commentaire.




Les temps changent, mais pas toujours l’air du temps

21.05.09

A l’occasion de la parution de la 20 000 ème édition du journal ” Le Monde “, ce quotidien réédite les unes des évènements considérés comme les plus significatifs de l’histoire depuis la création du journal.

En lisant ces “Unes” rédigées dans la “chaleur” des évènements, on ne peut s’empêcher de ressentir parfois un trouble parfois une heureuse surprise quant à la perception que nous avons aujourd’hui de ces évènements.

Exemples libres :

Dans l’édition du 3 mai 1945, dont la “Une” mentionne “Hitler est mort“, il y a aussi un article sur la mort de Mussolini, qu’après avoir raconté par quel stratagème il fut capturé, l’analyste René Courtin commente  ainsi: (…) ” Qui pourrait déplorer cette exécution sommaire, qui constitue l’aboutissement logique d’une telle destinée, dont, depuis l’Antiquité, l’Italie offre tant d’exemples ?
On eût voulu, cependant, que la libre justice des hommes se prononçat seule ici, et non la passion sans contrôle, la haine déchaînée d’une populace qui, après avoir sans doute adulé bassement le maître tout-puissant qui flattait ses appétits, a piétiné et souillé de ses crachat le corps du vaincu et s’est ainsi placée à sa mesure.
De toutes les catatrophes que la dictature amoncelle sur un pays, la moindre n’est, sans doute, pas celle qui résulte de l’anéantissement de tous les cadres sociaux et des règles fondamentales de la morale sociale. L’homme est alors ramené à sa sauvagerie primitive.”
(…)

Source photo

***********

Dans l’édition du 16 mai 1948, concernant la  création de l’Etat d’Israël :

Extrait :

A 16 heures, hier vendredi, huit heures avant l’expiration du mandat britannique, (…) Mr David Ben Gourion, président du Comité Exécutif de l’Agence juive a lu une proclamation devant les délégués du Conseil national juif :
(…) L’Etat d’Isarël sera ouvert à l’immigration de juifs de tous les pays, et leur arrivée permettra de favoriser le développement du pays pour le plus grand bien de tous ses habitants. L’Etat d’Israël sera fondé sur les préceptes de la  justice, de la liberté, et de la paix qu’ont enseigné les prophètes hébreux. Il établira une complète égalité des droits à tous les citoyens sans distinction de race, de foi ni de sexe, et garantira la pleine liberté de culte, l’éducation et la culture pour tous. Il garantira le caractère sacré et l’inviolabilité des lieux saints de toutes les religions. Il se conformera aux principes de la Charte des Nations Unies.
(…)

Merci de bien vouloir transmettre à MM.Netanhyaou et Libermann.

Source photo

*****************

Dans l’édition du 30 novembre 1974, à propos du vote de la loi libéralisant l’interruption volontaire de grossesse, soumise au Parlement français par le gouvernement de V.Giscard d’Estaing et la ministre Simone Veil, le billet du jour de Robert Escarpit le commente ainsi :

(…) ” Le vote (…) apporte un changement d’importance dans la société.
(Le président) n’a obtenu ce succès personnel que grâce à une majorité incontestablement non-présidentielle.
Dès lors on peut se demander si nous ne sommes pas en présence d’un nouveau système de double commande politique, où le président disposerait de deux et non plus d’une majorité : une pour changer, l’autre pour continuer. En somme un accélérateur et un frein.
Toute la question est maintenant de savoir si, automatique ou non, il dispose d’un débrayage pour éviter de caler le moteur.”

Merci de bien vouloir transmettre le message au Président Sarkozy, qui semble déterminé à tenir un discours destiné à une large majorité de droite modérée et de centre gauche, mais dont les actes sont plutôt destinés à la droite économique  la plus radicale et à l’extrême-droite sur les questions d’immigration. De toute façon, comme le disait un autre maître-expert en brouillage ès concepts, le président Mitterrand :

En politique, on ne sort de l’ambiguité qu’à son détriment.”


Des diamants chez R.M.Rilke

18.01.09

Extraits de la “Lettre à un jeune poète“, de Rainer-Maria RILKE :

(…) Vous me demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez à moi. Vous l’avez demandé à d’autres. Vous les envoyez aux revues… Désormais, je vous demande de renoncer à  tout cela. Votre regard est tourné vers le dehors : c’est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire… Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n’est qu’un seul chemin : entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s’il pousse des racines au plus profond de votre coeur…

Source photo : Rainer Maria Rilke et son égérie, Lou Andreas Salomé

” Les oeuvres d’art sont d’une infinie solitude : rien n’est pire que la critique pour les aborder. Seul l’amour peut les saisir, les garder, être juste avec elles.
Donnez toujours raison à votre sentiment à vous contre ces analyses, ces comptes rendus, ces introductions. Eussiez-vous même tort, le développement naturel de votre vie intérieure vous conduira lentement, avec le temps, à un autre état de connaissance.
Laissez vos jugements à leur développement propre, silencieux. Ne le contrariez pas, car, comme tout progrès, il doit venir du profond de votre être et ne peut souffrir ni pression ni hâte. Porter jusqu’au terme, puis enfanter, tout est là… Il faut que vous laissiez chaque impression, chaque germe de sentiment mûrir en vous, dans l’obscur, dans l’inexprimable, dans l’inconscient, ces régions fermées à l’entendement. Attendez avec humilité et patience l’heure de la naissance d’une nouvelle clarté. Le temps ici n’est pas une mesure. Un an ne compte pas ; dix ans ne sont rien.
Etre artiste, c’est ne pas compter, c’est croître comme l’arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps, sans craindre que l’été ne puisse pas venir.
L’été ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s’ils
avaient l’éternité devant eux… Je l’apprend tous les jours au prix de souffrances que je bénis : patience est tout...(…)
Tout ce que ne sera possible au nombre qu’un jour lointain, l’homme de solitude peut dès maintenant en jeter la base, la bâtir de ses mains qui ne trompent point.
Aussi, cher Monsieur, aimez votre solitude, supportez-en la peine
…(…)
Si tout ce qui est proche vous semble loin, c’est que cet espace touche les étoiles, qu’il est déjà très étendu. Réjouissez-vous de votre marche en avant : personne ne peut vous y suivre.”(…)

Et ailleurs :

(…) Que (l’homme) ait le culte de sa fécondité. Qu’elle soit de chair ou de l’esprit, la fécondité est “une” : car l’oeuvre d’esprit procède de l’oeuvre de chair et partage sa nature. Elle n’est que la reproduction en quelque sorte plus mystérieuse, plus pleine d’extase,  plus éternelle de l’oeuvre charnelle..(…)
Le sentiment qu’on est créateur, que l’on peut engendrer donner forme n’est rien sans cette confirmation perpétuelle et universelle du monde, sans l’approbation mille fois répétée ,des choses et des animaux. La jouissance d’un tel pouvoir n’est indiciblement belle et pleine que parce qu’elle est riche de l’héritage d’engendrements et d’enfantements de millions d’êtres.(…)

Rainer Maria Rilke words by toiouvrant.

Source photo : les mots les plus utilisés dans l’oeuvre de Rilke

Quand on est écrivain et poète, et qu’on parvient à écrire ainsi, on peut aller se coucher le soir avec le sentiment du travail bien fait et du devoir accompli.


Y a-t-il des phrases définitives ?

11.01.09

On a beau faire fonctionner la chaudière de l’esprit critique à plein régime, le cerveau parfois s’étonne de se sentir subitement tétanisé à la lecture d’une phrase ou d’un paragraphe devant lequel on se dit : “ il n’y a vraiment rien à redire à cela…

Tenez, par exemple, cette définition de la beauté :

” La beauté ne peut être proprement dépassée, ne laisse place à aucune connaissance.
Son domaine est l’espérance, et non la possession; l’analogie et non l’identité.
Les liens mystérieux des choses ne s’y découvrent que sous la forme de symboles.
La beauté devient beauté pure, non en ce qu’elle se sépare du monde, mais en ce que tous les problèmes du monde viennent pour l’homme y aboutir, et semblent contenus en elle, de telle sorte qu’elle ne puisse plus renvoyer à rien qui lui soit supérieur, ou du moins qu’elle ne puisse pas dire, sous forme de discours rationnel, ce à quoi elle renvoie.
Une telle beauté n’est plus interprétable. Elle n’est pas la solution, mais elle est la question que le savoir humain ne saurait dépasser. Elle est la forme dernière de l’espoir aux yeux de celui qui ne veut pas affirmer plus qu’il ne sait.
Elle est la preuve que, dans les circonstances les plus tragiques, les plus accablantes, quelque chose apparaît et luit qui condamne le désespoir.”

Ferdinand Alquié (1906-1985) ancien professeur de philosophie à la Sorbonne

decembre-2008-divers-108

Est-il permis de rapprocher cela de ceci ?

” Il appartient à l’art de connaître le déchaînement de la vie, mais de le dompter,  soit la contradiction la plus riche, mais dans l’unité du simple ; la plénitude de la croissance, mais dans ce qui est de longue durée, avec peu de moyens. “
Friedrich Nietzsche.

Et de ceci encore :

” Il est beau que l’animal qui sait qu’il doit mourir, arrache à l’ironie des nébuleuses le chant des constellations, et qu’il lance au hasard des siècles, auxquels il imposera des paroles inconnues.
Dans le soir où dessine encore Rembrandt, toutes les ombres illustres, et celles des dessinateurs des cavernes, suivent du regard la main hésitante qui prépare leur nouvelle survie ou leur nouveau sommeil. Et cette main, dont les millénaires accompagnent le tremblement dans le crépuscule, tremble d’une des formes secrètes, et les plus hautes, de la force et de l’honneur d’être homme.
(…)
” L’humanisme, ce n’est pas de dire : ” ce que j’ai fait, aucun animal ne l’aurait fait “, c’est dire : ” nous avons refusé ce que voulait en nous la bête et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase.

André Malraux.

Ces trois réflexions sont à relire
trois fois
à haute voix
avant de risquer un commentaire…


Un peu de l’essentiel en peu de mots …

28.06.08

Paul_ValeryPhoto Paul Valéry

” La conscience règne, mais ne gouverne pas. ”
(Paul Valéry – ” Mauvaises pensées et autres” )

” Si l’Etat est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons.”
(Paul Valéry – “Regards sur le monde actuel“.

” Les hommes se distinguent par ce qu’ils montrent, et se ressemblent par ce qu’ils cachent.”
(Paul Valéry)

” L’homme de génie est celui qui m’en donne.”
(Paul Valéry – ” Mauvaises pensées et autres “)

” Qui rougit en sait un peu plus qu’il ne devrait en savoir. “
(Paul Valéry – “Mélanges“)

Jules MicheletPhoto Jules Michelet

La politique est l’art d’obtenir de l’argent des riches et les suffrages des pauvres, sous prétexte de les protéger les uns des autres.
(Jules Michelet)

De Mr Jean-Marie Delarue, contrôleur général des prisons françaises (extraits de l’inteview dans “Le Monde” du 24.06.08):

” La prison, c’est l’envers de notre société. Elle présente une image condensée du rôle de l’Etat et de la façon dont il se comporte avec des personnes qui sont mises sous son autorité 24 h sur 24.”

S’adressant à des journalistes qui l’interrogaient sur les émeutes de banlieue française :

” Vous êtes attentifs aux bruits, moi je suis surtout attentif aux silences.”

Photo J.M. Delarue

A propos d’Albert Cossery, écrivain égyptien décédé à Paris, d’un autre écrivain égyptien, Georges Henein :

Le sérieux de la vie sociale, qui pose un masque de tristesse sur le visage de l’homme moderne, est une chose moins encore inaccessible qu’inintelligible pour les créatures de Cossery. On peut se laisser dépouiller de tous les biens matériels, accepter le dénuement le plus extrême, et cependant s’arc-bouter à cette dernière possession, à ce pacte avec le temps, grâce à quoi l’on se donne le sentiment d’apprivoiser la seule vraie force consumante de l’existence.”(…)

Photo d’Albert Cossery

” Avec des phrases mal taillées, avec des personnages voûtés qui se meuvent dans des ruelles sordides, avec des décombres et des gravats, Albert Cossery forge une matière durable et des images tenaces. Dans chaque aspect particulier des choses, il perçoit et isole le germe d’une vision ample, plus essentielle. Peut-être son inattention est-elle plus feinte que réelle, car s’il néglige, ça et là, son devoir d’écrivain, il ne dérobe pas à sa fonction qui consiste à arracher à la nuit des figures qui eussent pu demeurer à jamais fantomatiques – de les promouvoir de palier en palier, pour enfin les marquer d’une signification universelle.”

Y a-t-il meilleure définition de la littérature ?


” Peu de paroles suffisent au sage …”

27.05.08

” Peu de paroles suffisent au sage, même dans un vaste sujet.
Saisir l’à-propos est, en toutes choses, le plus grand mérite. “

(Pindare – V ème siècle avant J.C).

Au hasard d’une brocante à la Porte de Châtillon, à Paris, l’Abrincate a déniché, pour la modique somme de un euro, un ” Dictionnaire de citations du monde entier, dans une vieille édition datant de 1979. Il y a découvert des petits diamants d’écriture, où des auteurs, connus ou inconnus, anciens ou modernes, parviennent à résumer, avec une extraordinaire économie de mots, des sommes de réflexions et d’expériences humaines. Et comme chacun sait, cela prend du temps de faire court… En voici une sélection parfaitement subjective, et en vrac, faute de temps pour les classer … mais le faudrait-il ? Chacun-e peut picorer à volonté (chaque photo illustre la citation qui la suit) :

” Je déteste l’humanité et toutes les abstractions de ce genre, mais j’aime les humains. Ceux qui aiment l’humanité détestent en général les personnes.” (Roy Campbell)

” L’amour de l’humanité est une abstraction à travers laquelle on n’aime guère que soi.” (Dostoïevski)

” Les êtres auxquels nous servons de soutien, sont pour nous un appui dans la vie.” (M. Von Ebner-Eschenbach)

” Mon humanité consiste à sentir que nous sommes voix de la même pénurie”. (J.L.Borgès)

” La solitude rend sensible, non étranger, à autrui.” (M.Valtari)

” Un seul don : connaître les gens par instinct.” (V.Woolf)

De leurs ennemis les sages apprennent bien des choses.” (Aristophane)

” Je n’ai pas assez de foi dans la nature humaine pour être anarchiste.” (J.Dos Passos)

” Gloire aux Français ! Ils ont travaillé pour les deux plus grands besoins de l’humanité : la bonne chère et l’égalité civile.” (Heinrich Heine)

Concert pour les Droits de l'Homme / ONU / Ile Verte Les Humains Associés

” Le progrès de l’histoire d’une nation est, en fin de compte, le produit de la noblesse de coeur de ses simples citoyens, hommes et femmes. ” (Reine Elizabeth II – 1954)

” En général, on donne plus facilement l’aumône à un misérable qu’un salaire honorable aux travailleurs.” ( L. Kassak)

Stencil_poésiePhoto

” La poésie est à la fois une cachette et un haut-parleur. “ (Nadine Gordimer)

” Il en est d’un poème comme d’un vitrail : qui veut voir dans l’église en restant sur la place n’a devant lui que ténèbres opaques.” (Goethe)

” Toutes les choses ont leur mystère, et la poésie, c’est le mystère de toutes les choses. “(M. de Unamuno)

” Les hommes éveillés n’ont qu’un monde, mais les hommes endormis ont chacun leur monde.” (Héraclite)

” Il n’est personne, fut-on jusque là sans culture, qui ne devienne poète quand de lui Amour s’est emparé.” (Platon)

” La peinture est une poésie qu’on voit au lieu de l’entendre, la poésie une peinture qu’on entend au lieu de la voir “. (L. De Vinci)

” Je ne recherche certainement pas l’universalité. J’ai assez à faire pour écrire cette foutue pièce.” (H.Pinter)

” Le talent se développe dans la retraite : la caractère se forme dans le tumulte du monde.” (Goethe)

PICT2575_72Photo

” Les homme sont comme les horloges : bons, ils servent très longtemps; mauvais, personne ne peut les réparer.” ( M. Aub)

” Un auteur n’existe que lorsque tous ceux qui le souhaitent peuvent le lire indépendamment de leur formation ou de leurs privilèges.” (Heinrich Böll)

” La misère n’est sinistre que parce qu’elle n’est pas générale. “ (L. Scutenaire)

“Les conséquences de ce qu’on ne fait pas sont les plus graves.” (M. Mariën)

” Coeurs durs et cerveaux ramollis vont de pair.” (J. MacNaughton)

” Il est plus difficile d’être un héros pour son valet que pour son biographe. “(J. Dafoe)

” En faisant une promesse, on contracte une dette. “ (R.W. Service)

” Pour obtenir quelque chose d’un gouvernement, il suffit de le mettre dos au mur, de le prendre à la gorge, et on a tout ce que l’on veut.” (A. Macphail)

” Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. “ (A. Césaire)

” On peut enlever un général à son armée, mais non à un homme sa volonté.” (Confucius)

” On cherche le bien sans le trouver, et l’on trouve le mal sans le chercher.” (Démocrite)

” Plus on est riche, plus on est chiche; et plus on est chiche, plus on devient riche. “ (Lu Xun)

” La langue est un sabre qui peut transpercer le corps. “ (Prince Yon-San)

” Les mots peuvent ressembler aux rayons X si l’on s’en sert convenablement – ils transpercent n’importe quoi. “ (A. Huxley)

” Interroger, c’est enseigner. ” (Xénophon)

” Ce qui persuade, c’est le caractère de celui qui parle, non son langage. “ ( Ménandre)

SommeilPhoto

” S’introduire comme un rêve dans l’esprit d’une jeune fille est un art…” (S. Kierkegaard)

” Si je viens à te prendre en rêve, tu es mienne, car il n’est de plaisir qui ne soit figuré.” (J. Donne)

” Les souvenirs vibrent comme des îles lointaines.” (P.Saarikoski)

” L’homme qui perd l’honneur à cause du négoce, perd le négoce et l’honneur.” (Fr. de Quevedo)

” Les délinquants font moins de mal qu’un mauvais juge.” (F.de Quevedo)

” Quand l’Histoire se charge de faire du théâtre, elle en fait du bon.” (M.J.de Larra)

” Heureux ceux qui ne parlent pas, car ils s’entendent. ” (M.J.deLarra)

mon oeilPhoto

L’horizon est dans les yeux, non dans la réalité.” (A.Ganivet)

” Il suffit de regarder une chose avec attention pour qu’elle devienne intéressante.” (E.D’Ors)

Paris

” Les foules sont exigeantes avec l’art : elles exigent ce qui n’exige rien d’elles.” (K.Marjanen)

” La vérité souffre davantage de l’emportement de ses partisans que des arguments de ses opposants.” (W.Penn)

” Trois déménagements valent un incendie.” (B. Franklin)

” Si vous voulez savoir la valeur de l’argent, essayez-donc d’en emprunter.” (B. Franklin)

” Les petites annonces contiennent toute la vérité que l’on puisse trouver dans un journal.” Th. Jefferson)

” Les grands principes parviennent rarement à ne pas créer l’injustice dans les cas particuliers.” (J.F. Cooper)

” La pauvreté n’enlève de noblesse à personne, la richesse oui.” (Boccace)

” La seule façon de se faire un ami est d’en être un.” (R.W. Emerson)

” Il vaut mieux te parler à l’auberge en secret qu’aller prier sans toi au pied du minaret.” (O. Khayyam)

” On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps.” (attribué à A. Lincoln)

Une multitude est sans doute plus facile à leurrer qu’un seul homme.” (Hérodote)

” La différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération.” (J.F. Clarke)

Honoré Victorin Daumier

” Plus un personnage a de pouvoir, plus il devient caricature. ” (L. Anderson)

” Parlez doucement, et tenez un gros bâton, vous irez loin.” (Th. Roosevelt)

” La paix ne corrompt pas moins que la guerre ne dévaste.” (J. Milton)

” A la guerre, l’occasion n’attend pas.” (Thucydide)

” L’objet de la guerre, c’est la paix.” (Aristote)

Un combattant de la grande guerre.Photo

” On ne connaît jamais la vraie raison d’une guerre avant que tous ceux qui l’ont faite soient morts.” (E.M. Forster)

” Les hommes ne sont jamais aussi dangereux que quand ils se vengent des crimes qu’ils ont commis eux-mêmes. ” (S. Marai)

” On fait la guerre quand on veut, on la termine quand on peut.” (Machiavel)

IMG_0311Photo

” Un réactionnaire est un somnambule qui marche à reculons.” (F.D. Roosevelt)

” Il faut perdre la moitié de son temps pour pouvoir employer l’autre.” (J. Locke)

loisirs intellectuelsPhoto

” Il ne faut pas oublier avec quelle rapidité les visions du génie deviennent des mets en conserve pour intellectuels.” (S. Bellow)

” Le plus sûr moyen de cacher aux autres les limites de son savoir est de ne pas les dépasser.” ( G. Leopardi)

” Souvent on filtre un moustique, tout en avalant un chameau.” (M. Agricola)

” L’homme n’atteint pas tout ce qu’il espère. Le vents ne soufflent pas au gré des voiliers.” (Zahiri de Samarcande)

” C’est la présence qui fait le silence d’une chambre.” (H.D. Thoreau)

” Un classique est un livre que tout le monde veut avoir lu, et que personne ne veut lire.” (M. Twain)

” Aucune généralisation n’est totalement vraie, même pas celle-ci.” (O.W. Holmes Jr)

” L’employeur met son argent dans les affaires et l’ouvrier y met sa vie. Le second a tout autant le droit que le premier de diriger ces affaires.” (C. Darrow)

” Dans une cohue, on ne peut penser qu’à ses orteils.” (L. Viita)

” Les idées sont comme les gros billets. Si tu les montres, on te les vole.” (K. Tuukkanen)

” La mer est aussi profonde dans le calme que dans la tempête.” (J. Donne)

Ce que les hommes veulent en fait, ce n’est pas la connaissance, mais la certitude.” (B. Russell)

” Chacun parle de l’opinion publique, entendant par là l’opinion publique, moins la sienne.” (G. Chesterton)

” Nous pourrions bien nous apercevoir un jour que les aliments en conserve sont des armes bien plus meurtrières que les mitrailleuses.” (G. Orwell)

Et comme disait Mark Twain :

” Dans le doute, dites la vérité ” …

Mark Twain and IDialogue avec Mark Twain

PS – Autres billets de ce blog avec citations choisies :

” Des petits diamants pour respirer “

” Une pause avec Woody Allen “

” Humour en bref et en vrac (1) “

” Petites pensées printanières “

” Humour en bref et en vrac (2) “

” Petits diamants de lecture (2)”

” Humour en vrac et en bref (3) “

” Sagesse, proverbes et dictons africains “

” Humour en bref et en vrac (4) “

” Coluche inépuisable “