Eloge de la lecture

12.12.11

Extrait lu lors de l’émission “L’esprit Public”
de Philippe MEYER sur France Culture,
le 4 décembre 2011

« La littérature élargit notre être en nous introduisant à des expériences qui ne nous sont pas propres. Celles-ci peuvent être belles, terribles, impressionnantes, excitantes, pathétiques, comiques, ou simplement piquantes. La littérature nous donne accès à elles toutes.

Ceux d’entre nous qui ont été de vrais lecteurs toute leur vie réalisent rarement de façon plénière cette énorme extension de leur être qu’ils doivent aux auteurs. Nous en prenons mieux la mesure quand nous bavardons avec un ami qui ne lit guère. Il peut être plein de bonnes qualités et de bon sens, mais il habite un monde étriqué, un monde dans lequel nous aurions du mal à respirer.

L’homme qui se contente de n’être que lui-même, et dont l’individualité se trouve donc rétrécie, vit dans une prison. Mes seuls yeux ne me suffisent pas… Même les yeux de toute l’humanité ne me suffisent pas.

Je regrette que les bêtes n’écrivent pas. Comme je serais heureux de savoir quel visage ont les choses pour une souris ou pour une abeille, et je serais encore plus heureux de percevoir l’univers olfactif chargé de toutes les informations et émotions que connaît un chien.

Quand je lis de la bonne littérature, je deviens mille autres hommes tout en restant moi-même. Comme le ciel nocturne d’un poème grec, je regarde avec une myriade d’yeux, mais c’est encore moi qui regarde.
Ici, tout comme dans la prière, dans l’amour, dans l’action morale, dans le savoir, je me transcende, et c’est quand je me transcende que je deviens vraiment moi-même. ».

Clive Staple Lewis,
Surpris par la joie

(cité par Simon Leys)


” Faire du chiffre ” ou être efficace ?

3.12.11

Dans ” Le Monde ” du 29.11.11 (page 13), au détour d’un dialogue sur la sécurité avec le criminologue Alain Bauer,présenté par certains comme  éminence grise du pouvoir, et notamment de Nicolas Sarkozy“, sur les questions de sécurité, on lit ceci :

(…) En fait , la réponse policière reste formatée autour de logiques qui sont quantitatives et pas qualitatives. Avec tous les effets secondaires du quantitatif : quand ça monte trop , on se fait engueuler; quand c’est trop bas, on se refait engueuler. Et donc tout le monde vise une moyenne-moyenneté visant à répondre à des outils administratifs de comptage de l’activité et pas à des outils qualitatifs d’efficacité du service.” (…)

Mr Alain Bauer

Venant d’un personnage influent du pouvoir sur la sécurité publique depuis des années, on relit une deuxième fois, une troisième fois, en se disant

- qu’il serait bon d’afficher cette réflexion dans tous les commissariats, notamment ceux où l’on dissuade le public de porter plainte quand on pressent que le pronostic d’interpellation des auteurs sera trop difficile et peu efficient (volume de temps et d’énergie démesuré par rapport au résultat attendu). Ce qui permet de faire monter le ” taux d’élucidation “;

- qu’il est rassurant de voir que de vrais professionnels, qu’ils soient de droite ou de gauche, sont capables d’être réalistes et pertinents.
Et qu’un vrai dialogue serait donc possible, au-delà des oeillères du pouvoir…


Danielle Mitterrand : “le pouvoir, c’est le citoyen”

22.11.11

Décédée cette nuit,
voici ce que disait Danielle Mitterrand,
en août 2010,
et qui vaut pour un certain nombre de droits fondamentaux :
la nourriture, la santé,
l’éducation, le logement, etc…

Extraits de l’ interview de Danielle Mitterrand
dans ” Libération ” du 2 août 2010 :

” Qu’est-ce que le droit universel à l’eau ?

D’abord, c’est reconnaître que l’eau n’est pas une marchandise, que c’est un bien constitutif de la vie. Qu’elle doit être rendue à la nature dans un état suffisant pour que les générations à venir puissent en user sans risque. Elle doit pouvoir être gérée par les pouvoirs publics qui ont le sens de l’intérêt général, avec une grande vigilance démocratique. Il faut que les Etats inscrivent dans leur Constitution que l’accès à l’eau est un droit de l’homme contraignant et qu’ils sont tenus de le respecter.

(…)

L’eau, pour la Terre, c’est l’équivalent du système sanguin pour l’homme. Vous arrêtez une artère, le membre meurt. En construisant un barrage, en conditionnant l’accès à l’eau, les grandes entreprises disposent des vies de millions de personnes entre leurs mains.
Pourquoi la Chine ne quittera-t-elle jamais le Tibet ? Parce que la province recèle les sources des fleuves qui alimentent l’Inde et la Chine. On ne peut pas résoudre le problème de l’eau derrière les frontières. Il faudrait imaginer pour l’élément vital de la planète un droit international différent, avec un traitement politique innovant. On réunirait des sages, la société civile, les entreprises et les politiques…

Si l’eau n’a pas de prix, le service, lui, a un coût. Une bonne gouvernance impose à ce service que la quantité d’eau nécessaire soit gratuite pour pouvoir vivre dignement. L’Organisation mondiale de la santé a fixé cette quantité à 40 litres par jour et par personne. Il faut que chacun, riche ou pauvre, puisse avoir cet accès universel.

En juin, Nicolas Sarkozy a annoncé que la France se battrait pour un droit universel à l’eau. Une bonne chose ?

Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Si c’est pour privatiser la gestion de l’eau… Entre ce qui est dit et ce qui est fait, on est à des années-lumière. On me dit souvent que je suis contre les entreprises, mais pas du tout. Elles sont nécessaires, mais il faut qu’elles se cantonnent à leurs missions : être des plombiers. Qu’ils fassent bien leur travail de maintenance, de raccordement, qu’on les paie pour leurs prestations, un point, c’est tout.
Ce n’est pas à ces entreprises de définir la politique de l’eau dans les Etats.

Vous êtes pourtant souvent critique avec le Forum mondial de l’eau…

Le problème, c’est que c’est un club de business – ce qui n’est pas illégitime en soi -, qui se présente comme une autorité de la gestion de l’eau dans le monde qui travaillerait dans le sens de l’intérêt général. C’est tromper l’opinion. Ces réunions sont une foire, c’est un marché. Le Conseil mondial de l’eau est présidé par le PDG de la société des eaux de Marseille, une filiale de Veolia. Nous, quand on dit «l’eau pour tous», c’est un bien pour tous. Eux, c’est l’eau pour tous ceux qui peuvent payer. Quand ils parlent d’humanité, ils parlent de consommateurs. Quand ils parlent d’individus, ils parlent d’usagers.

Pensez-vous que l’eau deviendra un enjeu politique, lors des prochaines échéances électorales ?

Je l’espère, il le faut. Un jour, ça sera tellement évident que ceux qui nous dirigent ne pourront plus passer à côté. Tous les grands mouvements sont partis d’un petit groupe qui a convaincu le plus grand nombre.

Le pouvoir, c’est le citoyen qui l’a, mais on ne l’utilise pas.”

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Danielle Mitterrand,
entrée dans la Résistance, à 17 ans,
pendant la Seconde Guerre Mondiale….

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Voir le site de la “Fondation France-Libertés


Claude Roy, l’oeil et le bon sens de l’honnête homme

19.08.11

Claude ROY habitait Vézelay,
comme Romain  Rolland, Max-Pol Fouchet ou Maurice Clavel.
Excellente compagnie pour ” être habité “
et inspirer les réflexions suivantes,
prises au hasard de lecture estivale d’un ouvrage
(qui aujourd’hui pourrait constituer la matière évolutive d’un blog),
et que l’éditeur résume fort bien ainsi : (…)
Chuchotements du vent dans les blés
et grondements des révolutions à l’Est de l’Europe (…),
les sagesses de la solitude,
les plaisirs de la sociabilité,
le regard intérieur
et l’attention à l’Histoire
“ :

« L’étonnement du voyageur – 1987-1989 »
Ed. Gallimard 1990

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Libres extraits :

« Ne pas se croire malin parce qu’on est pessimiste, fausse lucidité à la portée du premier venu. » (p.246)

« Il y a un domaine où l’économie de marché est sans aucun doute possible supérieure à l’économie d’Etat : les idées. » (p.277)

« Le despotisme naît parfait. L’intérêt de la démocratie est qu’elle est toujours imparfaite et constamment perfectible. » (p.220)

« Les gardiens de la loi la gardent pour eux. » (p.272)

« Gorbatchev a créé beaucoup de problèmes. Ouvrir une prison entraîne du désordre. » (p. 272)

« Socialisme à visage humain ? Cela faisait dire à Vladimir Boukovsky : «  Le visage humain me suffit . » (p. 328)

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« Pour pouvoir emprunter de l’argent, les pauvres doivent fournir la preuve qu’ils pourraient se passer de l’emprunter. » (p.72)

« Ce proverbe yiddish qui constate que si les riches pouvaient payer les pauvres pour mourir à leur place, les pauvres seraient tirés d’affaire. » (p.151)

« L’Histoire et les statistiques prouvent qu’être un homme n’oblige pas à être humain. » (p.72)

« La vie augmente régulièrement, sauf le prix de la vie humaine. » (p.244)

« Une société bien ordonnée, où  les pauvres sont coupables de l’être et les malheureux responsables de leur malheur… » (p.267)

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« Dans le théâtre social des apparences, où personne ne parle vraiment à personne, où personne n’écoute personne et où personne ne répond, on fait grand tapage autour de ce qui manque le plus : les relations humaines. Les bateleurs sur l’estrade n’ont que le mot communication à la bouche.(…) Les vrais problèmes de communication entre les hommes n’ont aucun rapport avec les pitreries des experts en communication, des publicitaires et des manipulateurs de médias.(…) La littérature est ce passe-muraille qui tente de « faire passer » ce que disent les inconnus au-delà des murs. » (p.15)

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«  Walter Benjamin montre  que le personnage central des récits de Kafka, c’est ce « citoyen moderne  qui se sait à la merci d’une immense mécanique dont le fonctionnement est dirigé par des autorités qui restent nébuleuses pour les exécutants et plus encore pour ceux dont la machine s’occupe. » (p.53)

«  J’essaie de garder présents à l’esprit, comme principes de salubrité intellectuelle, un aphorisme, une remarque et un théorème.

L’aphorisme  est de Lichtenberg: « Il se coupait à lui-même la parole. » (On ne le fait jamais trop.)

La remarque est de Wittgenstein : « s’il existait, disait-il, un verbe signifiant « croire à tort », il
n’aurait pas de première personne de l’indicatif présent.
 » (cf. la conduite automobile : il y a toujours un angle mort.)

Le théorème est celui que publie Gödel en 1931 qui énonce que n’importe quel système formel susceptible d’exprimer adéquatement l’arithmétique content une formule, au moins, qui est indécidable, et qui ne pourra jamais être démontrée dans le système considéré. Un tel système ne pourra donc jamais apporter la démonstration de sa propre consistance.(…) Ce qui illustre parfaitement ce qu’écrit un des plus subtils commentateurs du Théorème de Gödel, le mathématicien  Jean-Yves Girard : « Le théorème de Gödel est une réfutation d’un modèle mécanique de la science, de la pensée, du monde. » (p.13 et 14)

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« Je crains plus les faiblesses de la suffisance que les dangers du doute de soi » (p.277)

« A son ton, je devine qu’il ne cherche par des vérités possibles mais des certitudes certaines. » (p.306)

« On a parfois l’impression qu’il y a plus de gens que de personnes. » (p.227)

« Voir, de se yeux voir, se fait de plus en plus rare : on regarde pour nous. » (p.55)

« J. aimerait que je l’admire parce qu’il se bat pour une cause perdue. Mais je le soupçonne de la croire juste parce que perdue. » (p.306)

 « Une pleine poubelle de certitudes inexpugnables et de solutions définitives. » (p.322)

«  Une pensée pure n’a pas de prix, mais elle peut être fausse : la vertu n’implique pas l’exactitude. » (p.323)

La certitude d’un gardien de buts… (source photo)

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« Si nous nous consolions moins vite, l’humanité  ferait plus de progrès. Mais notre compassion devant la souffrance s’estompe, notre indignation, devant l’absurdité noire s’éteint. On laisse souffrir. On laisse la société aller de travers. L’oubli du mal est un mal aussi grand que le mal. » (p.161)

« Une méchante fée lui accorda le don de justice – mais seulement de justice. Il découvrit que c’était une malédiction. » (p.267) – A mettre en rapport avec Camus : « On commence toujours par vouloir la justice et on finit toujours par créer une police. »

 

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« Où diable s’est donc caché en moi ce mot qui m’échappe ?» (p.138)

« Quand tu écris, garde à portée de la main le fusil à tuer les adjectifs. » (p.277)

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« Il semble que plus la vie des hommes était courte, moins ils se pressaient, et plus ils avaient le temps. » (p.132)

« Je ne trouve aucune trace d’un droit de propriété des hommes sur la terre. Juste un droit de passage. » (p.158)

« Quel est l’imprudent qui a dit : «  Cette planète est la vôtre. Faites comme chez vous » ? On voit le résultat » (p.119)

« A  force d’occuper la planète, les hommes vont se sentir un peu seuls. » (p. 271)

« Reviens, Noé. On a besoin de ton arche. » (p.83)

 

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« Ce que j’aime notamment chez les chats,
c’est qu’ils vous interdisent de se croire leur propriétaire. »
(p. 15)

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L’humanité, selon Goethe

17.08.11

Extrait de l’”Anthologie de la littérature allemande
(Ed. Delagrave – 1932 – page 177)
cette réflexion intitulée
Bornes de l’humanité
(“Grenzen der Menschheit“) :

 

           (…)  ” Aucun homme, quel qu’il soit, ne doit se mesurer avec les dieux. S’il se dresse vers le ciel et touche les astres de sa tête, ses pieds incertains ne trouvent alors d’appui nulle part et il deveint le jouet des nuées et des vents.
              Si de ses membres fermes et vigoureux il se tient sur le sol inébranlable et immortel de la terre,  il n’arrive pas seulement à égaler le chêne ou la vigne.
             Où est la différence entre les dieux et les hommes ? C’est que devant les premiers bien des vagues s’écoulent en un flot éternel : nous autres, la vague nous soulève, la vague nous engloutit, et nous disparaissons.
             Un petit cercle enferme notre vie, tandis que des milliers de générations s’ajoutent incessamment à la chaîne de leur existence.”

Rien à ajouter, n’est-ce pas ?


Petites annonces saugrenues

19.04.11

S’il existe encore des internautes qui ignorent ces petites annonces, ce blog vous propose de les découvrir… Malheureusement, l’Abrincate ignore la source qu’il eût été élémentaire de mentionner…  Si quelqu’un la connaît, ne pas hésiter à la mentionner dans un commentaire…

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RENCONTRE

 -  Astronaute recherche femme lunatique.
-   Artificier cherche femme canon
-  Sourd rencontrerait sourde pour terrain d’entente.
 -  Jeune homme désintéressé épouserait jeune fille laide même fortunée.
 -  Abeille épouserait frelon. Lune de miel assurée.
 

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ACHAT – VENTE
 -  Cause fausse alerte, vend cercueil en ébène, jamais servi.
 -  Chien à vendre : mange n’importe quoi. Adore les enfants.
 -  Vend robe de mariée portée une seule fois par erreur.
 -  Petits prix : un lot de livres auquel il manque la plupart des pages. Conviendrait à une personne n’aimant pas la lecture.

EMPLOI

 -  Metteur en scène cherche nain pour petit rôle dans court métrage.
 -  Cherchons décoratrice d’intérieur connaissant bien Louis XV et ayant moins de 30 ans.
 -  Recherche deux hommes de paille (un grand et un petit) pour tirage au sort.
 -  Cannibale mélomane cherche travail dans opéra-bouffe.
 -  Offre bonne place de gardien de vache. Paiement par traites.
 -  Inventeur produit amaigrissant cherche grossiste.

SERVICE

 -  Analphabète? Ecrivez-nous dès aujourd’hui pour obtenir une brochure gratuite sur nos formations accélérées.
 
 DIVERS

 -  Homme sans histoire recherche éditeur pour devenir écrivain.
 -  Souffrant d’insomnies, échangerais matelas de plumes contre sommeil de plomb.
 -  Échangerais voiture de sport endommagée contre chaise roulante en bon état.
 -  Perdu rue Jean Lecanuet, partie haute d’un dentier. Merfi de le reftituer à fon propriétaire auffitôt que poffible.

 

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Public ou privé : des logiciels différents !

31.03.11

         

Dans “Le Monde” de l’économie du mardi 29 mars 2011,
cette réflexion claire et nette qui se suffit à elle-même :

De Mr Luc ROUBAN, directeur de recherches au CNRS :

(…) « Fondamentalement, une entreprise n’est créée que pour générer du profit, tandis qu’une administration publique a pour rôle de gérer des dépenses et d’appliquer l’état de droit dans un système de contraintes particulier, comme l’égalité de traitement de tous les usagers.
            Des budgets sont alloués en conséquence mais l’ajustement final entre la ressource disponible et la demande des usagers se fait par l’implication des personnels.
            Dans l’Education nationale, le but est de distribuer un savoir à tous les élèves sans tenir compte de leurs origines sociales ou ethniques. Ce travail qualitatif de réponse à la complicité sociale fait par les personnels n’apparaît jamais dans les budgets. (…)

            La mise en place d’une gestion publique à l’image de ce qui se pratique dans le privé, qui s’appuie sur des partenariats, des privatisations, des externalisations, dilue les responsabilités. Il n’y a plus de transparence, on ne sait plus qui fait quoi ni pour qui.

            A partir du moment où il généralise la contractualisation, le pouvoir politique n’est plus légitime à revendiquer sa préoccupation du bien public.(…)

            Il ne faut jamais oublier que l’usager du service public est à la fois actionnaire, client et citoyen. Contrairement au secteur privé, la relation qui lie l’usager au service public est de nature éminemment politique.(…)

            « Les indicateurs chiffrés ne mesurent que ce que l’on veut mesurer. A tout réduire à des grilles quantitatives, on tombe dans le formalisme bureaucratique, qui pousse par exemple des policiers à dissuader des gens de porter plainte pour améliorer leur performance… Ces statistiques « mortes » ne disent rien de ce qui se joue dans la réalité des services sur le terrain. »

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Ce que l’on compte… et ce qui compte

13.03.11

Interview de Jean-Claude Guillebaud,
ce dimanche 13 mars 2011
sur France-Inter :

 

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Question :

(…) “Pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, votre enquête sur le désarroi contemporain vous amène à relever un défi face à ce que le monde offre de nouveau, dans la bonne humeur plutôt que dans la peur ou la nostalgie :La vie vivante” (Ed. les Arènes – mars 2011) se veut une réflexion combative, offensive parfois, où vous nous recommandez de ne pas accepter la modernité en bloc sous prétexte qu’elle est nouvelle, car si cette modernité profite à certains, elle ne se partage pas forcément de manière équitable. Et si la domination des uns et des autres se fait plus pernicieuse, à nous de la débusquer et de nous méfier des ” nouveaux pudibonds “…

                                                                                   Réponse : 

(…) ” La pudibonderie religieuse fait un retour désastreux : je suis catastrophé de voir l’Eglise catholique redevenir pudibonde de manière complètement archaïque, mais de la voir aussi dans l’Islam (religion sensuelle) ou dans l’Hindouisme (voir le cinéma moralisateur de Bollywood…loin du Kama-Sutra).
               Mais le retour de la pudibonderie religieuse ne doit pas nous détourner d’une autre pudibonderie qui, elle, est scientiste.
               Tout ce qui se passe dans la cyberculture, des gender-studies, du “transhumanisme”,etc va dans le sens d’une utopie de l’immatériel.
               Nous sommes désormais plongés dans ce que j’appelle le sixième continent, c’est à dire Internet, et nous assistons à une dématérialisation des choses, à telle enseigne que peu à peu, progressivement, un discours s’installe qui tient le corps en horreur, parce qu’au fond le corps c’est compliqué, ça se dégrade, ça vieillit, il faut le nourrir … et dans les utopies de la cyberculture c’est à dire d’un monde dématérialisé, le corps redevient l’ennemi.
               J’ai retrouvé sous la plume de ceux qu’on appelle les “techno-prophètes”, c’est à dire tous ces gens qui nous annoncent un monde nouveau totalement immatériel, des témoignages de leur haine du corps qui sont invraisemblables, qui reprennent mot pour mot les arguments de la “Gnose” du premier siècle du christianisme où le corps était l’horreur(…).
               Prenons un exemple simple : ceux qui promeuvent l’exogénèse - pardonnez-moi, c’est au fond, ce qu’on appelle l’utérus artificiel, pourquoi ne pas faire grandir l’enfant dans une machine articielle, qui serait plus propre, plus sûre,etc, – on trouve des descriptions de l’utérus féminin qui sont extravagantes : c’est malpropre, c’est sanguinolent, c’est plein de bactéries…Ce serait mieux si les enfants pouvaient grandir dans une éprouvette !
                De la même façon, il y a une autre utopie scientiste aux Etats-Unis c’est le “uploading“, c’est à dire de pouvoir télécharger le contenu d’un cerveau humain sur une disquette d’ordinateur… Si vous considérez que le cerveau humain n’est qu’un agencement de neurones (…) dans ces conditions, le corps devient inutile, devient l’ennemi. Il y a donc une espèce de détestation du corps qui s’impose partout et que l’on retrouve sur le terrain de l’économie, de la politique, etc…

                Regardez les crises économiques que nous vivons : pensons à la crise des “ subprimes “, survenue le 12 septembre 2008. Ce qu’on appelle la financiarisation de l’économie, c’est à dire le fait que l’économie mondiale a été subvertie par les logiques boursières et financières, c’est aussi le triomphe de l’immatériel sur le matériel. Les marchés financiers sont des impulsions électroniques qui circulent à la vitesse de la lumière d’un bout à l’autre de la planète et souvent au détriment de l’économie réelle, avec des usines, des ouvriers, etc…
               L’économie réelle se trouve disqualifiée par l’économie virtuelle qu’est la financiarisation de l’économie. Vous pouvez très bien imaginer qu’un trader, sur un clic de souris, fait basculer 50 milliards de dollars de la Pologne vers l’Argentine, parce que c’est plus avantageux, et du coup transforme et ruine la vie de dizaines de milliers de salariés. Là aussi, c’est une forme de pudibonderie, parce que cela veut dire que ce qui se compte, ce qui peut être traduit en algorythme est plus important que ce qui compte. Or ce qui compte, c’est la “”vie vivante”, c’est à dire la vie quotidienne, la gratuité , la générosité, etc.

              On pourrait faire le même constat en politique : à quoi pensent nos hommes politiques ? Aux sondages, aux quantités, aux cotes de popularité… Ils pensent au jour le jour, ils ont le nez sur le guidon… Mais les sondages, c’est ce qui se compte, ce qui peut s’évaluer, ils sont obsédés par le quantitatif… Le qualitatif, la vie quotidienne des gens, le bon peuple qui trime, est oublié, et là, à mes yeux c’est aussi une forme de pudibonderie, c’est à dire rejeter la vie véritable… parce que c’est encombrant.”

********

On trouve dans le numéro du quotidien suisse “Le Temps” du vendredi 11 mars, un article de Claudio Chiacchiari, consultant, intitulé : ” Créativité : une entreprise dans l’entrepris “, les réflexions suivantes :

                                                     source photo

(…) ” Des freins à la créativité existent dans l’entreprise lorsqu’il y a manque de découplage entre organisation industrielle et organisation humaine, autrement dit quand certains processus de rationalisation et de normalisation, efficaces quand ils sont appliqués aux chaînes industrielles, s’avèrent contre-productifs quand ils sont transposés sans réserves aux individus. Le culte des statistiques, la vision négative de l’échec, l’exigence de productivité permanente, le «court-termisme», le bruit continu des flux d’informations sont autant «d’approches industrielles» qui réduisent la créativité humaine et la font refluer sous les radars.
            La normalisation des business schools qui se classent en comparant les premiers salaires gagnés par leurs diplômés et qui usinent des managers dont la motivation première est de gagner beaucoup d’argent rapidement est un autre facteur de cette «industrialisation des intelligences» réductrice. Certains amalgames procèdent de la même tendance. Considérer les individus comme des «ressources humaines», c’est confondre le muscle et le cerveau.(…)

Confondre créativité et jeunesse, c’est oublier qu’un pianiste ou un manager sont meilleurs à 50 ans qu’à 30.(…)

                  Les sociétés de la connaissance qui placent l’économie au centre et l’humain au centre du centre génèrent une complexité qui demande plus de créativité à un nombre croissant d’individus. Un défi, une entreprise dans l’entreprise, qui passe par un meilleur découplage entre processus destinés aux produits et aux machines et processus humains qui devraient mêler de façon plus équilibrée méthodes quantitatives et approches qualitatives.
                 Etre à l’écoute, va-et-vient, contraintes instaurées et poursuite d’un idéal sont des principes qualitatifs qui ne réduisent pas l’incertitude et le doute, mais qui les intègrent comme des moteurs parce qu’ils suscitent la confiance, le respect, le désir et l’exigence.”

                                                           **********

Quels liens peut-il y avoir
entre les deux extraits ci-dessus ?

La dématérialisation du travail réduit le cerveau à n’être qu’un catalogue de procédures, de connexions de neurones, de polices de vocabulaire – comme celles que connaissent et relisent les pilotes d’avion lorsqu’ils ont un problème.
Où va l’avion ?
Pourquoi vole-t-il ?
Qu’attendent les passagers ?
Pffffttt…
En un mot, si vous voulez vous professionnaliser,
videz votre cerveau de toutes questions inutiles,
autres que de suivre la notice
du fonctionnement de la machine.

 


L’esclavage aurait-il aussi sa “modernité” ?

20.02.11

 L’esclavage, sous la forme des traites négrières des siècles passés, a été qualifié,  dans le droit français (Loi Taubira), et à juste titre, de crime contre l’humanité. Or dans les textes officiels des Nations Unies, on parle fréquemment des formes contemporaines d’esclavage : y aurait-il des différences de nature entre ce qu’était un crime contre l’humanité il y a 3 ou 4 siècles et certaines réalités d’aujourd’hui ?

Que ce soit l’enrôlement des enfants dans les conflits armés, la promotion de la prostitution des enfants sur Internet, les multiples formes de travail forcé, domestique ou non, dans le cadre de la servitude pour dettes, le transport de jeunes filles à l’étranger pour prostitution après leur avoir soustrait leur passeport, etc… la liste est longue de réalités contemporaines où la contrainte, la perte d’identité, l’abolition de tous les droits, sont organisés de manière planifiée et systématique.

LArticle 7 (alinéa 2- c) des statuts de la Cour Pénale Internationale, définit ainsi une des formes du “Crime contre l’humanité” : ” Par réduction en esclavage, on tend le fait d’exercer sur une personne l’un ou l’ensemble des pouvoirs liés à la propriété, y compris dans le cas de la traite des êtres humains, ne particulier des femmes et des enfants à des fins d’exploitation sexuelle”.

 

Dans un ouvrage de Kevin Bales, Disposable people – New slavery in the global economy”, ( “Personnes disponibles – Le Nouvel escalavage dans l’économie globale“), on trouve les comparaisons suivantes :

Ancien esclavage : 
       “legal ownership assertedpropriété légale avérée
Nouvel esclavage :
       legal ownership avoidedpropriété légale évitée

Ancien esclavage :
       high purchase costprix d’achat élévé
Nouvel esclavage :
       very low purchase costprix d’achat très bas

Ancien esclavage :
       low profitsprofits minimes
Nouvel esclavage:
       very high profitsprofits très élevés

Ancien esclavage:
       long-term relationshiplien durable
Nouvel esclavage:
       short-term relationshiplien à court terme

Ancien esclavage:
        slaves maintainedles esclaves restent esclaves
Nouvel esclavage:
        slaves disposable”les esclaves sont “jetables”

Ancien esclavage:
       ethnic differences importantl’origine ethnique est importante
Nouvel esclavage:
       ethnic différences not importantl’origine ethnique est secondaire.

Lorsqu’on sait qu’aucun texte de droit – repeat : aucun texte  ne prévoit que la notion de Crime contre l’humanité doive être strictement réservée aux situations de conflits armés (même si, dans la réalité, cette notion n’est utilisée que dans les procès de criminels de guerre), pourquoi faut-il donc que, dans l’histoire du droit et de la perception collective des réalités, il faille toujours attendre que les crimes soient commis – et attendre 50 ans, un ou plusieurs siècles – pour que les crimes soient qualifiés pour ce qu’ils sont vraiment ?

 

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Gbagbo : sa trace dans l’Histoire des adages politiques

9.12.10

Lu dans “Libération” du 6 décembre :

” Si javais su qu’il était si facile
d’acheter les consciences,
j’aurais acheté moins d’armes.  “

Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d’Ivoire.
Cette citation mériterait de constituer à elle seule un billet de blog :
Laurent Gbagbo aura au moins laissé cette citation comme trace dans l’Histoire…

Comme le disait Christophe Gallaz dans une chronique récente :
…” la rusticité de dirigeants politiques crûment portraiturés…” 

 

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Autres citations dénichées
dans “Libération” du 6 décembre 2010 :

” Je pense qu’il faut éviter, dans la vie politique,
de dire des choses qui paraissent gentilles
mais qui sont en fait des grossieretés.”

Michel Sapin, député socialiste français, ancien Ministre des Finances,
à propos de Ségolène Royal.

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“… Cette vieille droite démodée et sans imagination
pour laquelle le rachat des riches
passe par la crucifixion des pauvres …”

Un leader syndicaliste irlandais (“Trade Union Congress”)

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” Les promenades Bastille-Nation et les jours de grève
sont inefficaces.
Et l’on ne peut rester sans rien faire.
La résistance, c’est le moment où la décision politique
dépasse la parole
et se traduit dans la vie.”

Un enseignant syndiqué français qui préconise de se battre/résister
dans les “petites choses” du travail quotidien.

 

 


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