Un vrai bonheur de lecture grâce à A.Finkielkraut

7.10.09

Le dernier ouvrage d’Alain Finkielkraut, ” Un coeur intelligent “ est exceptionnel à plus d’un titre.

Contrairement à beaucoup d’intellectuels qui donnent à chaque livraison le sentiment de planter leur drapeau sur le marché de l’édition, avec force mastication des mêmes idées et intuitions dans des formulations les plus variées, l’auteur reste ici en retrait d’autres écrivains, plutôt romanciers, tout en les accompagnant dans leurs démarches, et sans se priver pour autant d’émettre un avis, une analyse ou une hypothèse.
Son livre  est sous-titré, non pas “Nouvelles” ou “Essai”, mais ” Lectures”. Les analyses et intuitions sont d’autant plus fortes qu’on sent en permanence une sorte d’humilité, teintée d’empathie, si ce n’est d’admiration, non pas tant pour les auteurs eux-mêmes que pour ce qu’ils réussissent à transmettre à travers leurs fictions.

Le livre commence ainsi :

” Le Roi Salomon suppliait l’Eternel de lui accorder un coeur intelligent.
Au sortir d’un siècle ravagé par les méfaits conjoints des bureaucrates, c’est-à-dire d’une intelligence purement fonctionnelle, et des possédés, c’est-à-dire d’une sentimentalité sommaire, binaire, abstraite, souverainement indifférente à la singularité et à la précarité des destins individuels, cette prière pour être doué de perspicacité affective a gardé toute sa valeur.”
(…)
” Ce n’est directement à (Dieu), ni à l’Histoire, cet avatar moderne de la théodicée, que nous pouvons adresser notre requête avec quelque chance de succès, c’est à  la littérature.” (…) ” Sans elle, la grâce d’un coeur intelligent nous serait à jamais inaccessible. Et nous connaîtrions peut-être les lois de la vie, mais non sa jurisprudence.”

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Tout le livre est ainsi, de concision, d’intelligence, accumulant de petits diamants de lecture, avec parfois la sourde intuition d’atteindre une dimension définitive dans ce qu’il faut extraire des lectures choisies.
Ce livre est une fête pour l’esprit, quand il cherche à dialoguer avec le coeur.
On le referme avec émotion et avec regret, tant il nous a élevé à un degré de qualité d’écriture, abordable par tous, et d’authenticité humaine effleurée de manière aussi sobre et donc hautement convaincante.

Voici quelques échantillons de diamants, volontairement sortis de leurs contextes, pour vous faire saliver – et  si vous voulez en savoir plus, fermez ce blog, éteignez votre ordinateur et précipitez-vous chez votre libraire : ce livre est un des cinquante livres à emporter pour vingt ans sur une île déserte.

” Le rire de l’humour dérègle les unions sacrées; le rire des amuseurs désigne des victimes sacrificielles. Le premier défie la meute ; le second la déchaîne. Le premier est une modalité du doute tandis que les  verdicts du second tombvent en cascade. Le rire de l’humour ébranle, par la fantaisie, les certitudes sentencieuses de l’idéologie; le rire des amuseurs tranche les têtes qui dépassent et punit, à coups de caricatures, tous les arriérés, tous les retardataires, tous les réactionnaires, tous ceux qui contreviennent, par leur anachronisme, aux évidences narquoises de l’esprit du temps.” (p.39)

La sale race, ce n’est pas tel peuple ou telle civilisation, c’est l’humanité quand elle se désentrave de tout ce qui la distingue d’une espèce sanguinaire.” (p. 137)

” L’imaginaire est double : l’imagination confère à l’homme le pouvoir de sortir de lui-même et d’habiter d’autres consciences; le fantasme l’installe au centre du monde et lui assujettit les êtres, les choses, les évènements; l’imagination explore l’immaîtrisable, le fantasme en constitue la négation; l’imagination prend acte de la pluralité, le fantasme la conjure; l’imagination enseigne la modération, le fantasme nourrit la démesure; l’imagination relève de l’attention, le fantasme est une production du désir.
Imaginer, pour le moi, c’est se quitter; fantasmer, c’est s’écouter, se dédommager, se repaître de scénarios compensatoires.”
(p.31-32)

” Les activistes qui conduisirent ce massacre n’étaient pas au départ des scélérats ou des criminels. C’étaient des idéalistes effrénés jusque dans leur matérialisme radical et leur impeccable efficacité. Ils habitaient un monde allégorique, un univers exclusivement peuplé de formes : le koulak, l’ouvrier, le bourgeois, l’aristocrate, le payssan pauvre. Ils ne se contentaient pas de soumettre le particulier au général, ils ne voyaient que le général. Les archétypes étaient pour eux plus réels que les individus, les noms plus tangibles que les êtres, les énoncés doctrinaux plus vivants que la vie,  la division du monde en deux entités antagonistes plus vraie que la variété des situations et la diversité humaine. Nul visage ne les déconcertait jamais, rien ne les prenait de court, car ils étaient entièrement immergés dans le drame de la Raison. Là le concept régnait sans partage, là les corps n’étaient que des supports, là se résorbait tragiquement la différence ontologique entre la réfutation des idées et l’élimination des personnes.”(p.57)

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” Le monde est indocile. La réalité excède perpétuellement l’image qu’on en forme ou l’idée qu’on s’en fait. Les circonstances les plus décisives n’ont presque jamais la tête de l’emploi.” (p-197)

” Tout ce qui arrive nous parvient sous forme de récit. Et eux auxquels même les plus sophistiqués d’entre nous ajoutent foi, ceux que nous faisons spontanément pour mettre de l’ordre dans l’anarchie des évènements, sont édifiants et rudimentaires. Nous sommes dès l’enfance des consommateurs insatiables de fictions stéréotypées. Nous ne nous lassons pas de réduire les problèmes, les dilemmes et les casse-tête de l’existence à des scènes éblouissantes où le Bien affronte le Mal en combat singulier. les contenus de ces deux notions changent, la structure demeure : c’est toujours saint Georges qui enfonce sa lance dans la gueule du dragon.
Contre cet activisme romanesque, impétueux et monotone, il existe une instance d’appel : le roman. Le roman n’est pas une modalité parmi d’autres de la fable, il est la fable qui ne joue pas le jeu et qui, pour le dire comme Milan Kundera, déchire ” le rideau magique tissé de légendes suspendu devant le monde.”
(p.171)

Avec ce livre de lectures d”Alain Finkielkraut,
le monde est plus lisible
et l’air du temps est beaucoup plus respirable.


Les faits, les chiffres, les indicateurs … et la réalité

13.09.09

A l’intention de celles et ceux qui ne se satisfont pas d’ infotainments (1), et qui se posent de manière silencieuse, voire souterraine, la question de savoir comment nos perceptions du monde, des évènements et des personnes, sont conditionnées, y compris dans notre vie quotidienne, il nous paraît de salubrité cérébrale de bien lire ces extraits attentivement, avec nos plus chaleureuses – et sincères – félicitations à celles et ceux qui auront fait l’effort de lire ce billet jusqu’au bout :

Extraits de l’article ” La fin des théories ? ” de Jannis Kallinikos, professeur au ” London School of Economics“, publié dans Telos-eu.com (17.07.09):

” L’époque où des données sans théorie n’étaient que du bruit est-elle révolue ? L’analyse de données prend de plus en plus le pas sur les autres formes de connaissance. Les situations de vie ont tendance à être définies comme des problèmes cognitifs, dont la nature est computationnelle (2) ou qui se posent en termes de navigation. Dans ce néopositivisme, non seulement la perception, mais une part essentielle de l’analyse conceptuelle est désormais superflue. (…)

Ce changement est induit par de nombreux facteurs technologiques et culturels, dont le principal est la circulation toujours plus massive et plus aisée d’éléments cognitifs disponibles sous la forme de données informatiques, à partir desquelles, via des opérations statistiques, des significations sont construites. Cela se joue au détriment de l’intuition, mais aussi et plus généralement d’une expertise construite à partir de l’observation et de la connaissance du monde.(…)
 

La disponibilité des données est la marque distinctive de notre époque. Sa croyance est que, correctement lues, les données méticuleusement recueillies chaque jour nous tendraient un miroir dans lequel, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous pourrions dévisager notre vrai visage – même si nous ne parvenons pas à le reconnaître.
Dans un contexte au sein duquel technologie et vie quotidienne sont de plus en plus imbriquées, les données peuvent nous dire qui nous sommes, comment notre corps se sent (au-delà de la conscience que nous en avons), mais aussi comment fonctionnent notre société et ses organisations, quels amis choisir et quelles communautés rejoindre, quel voyage faire cette année, quelle assurance souscrire, quels vols sont aujourd’hui meilleur marché, comment investir dans les prochains mois, quel film voir cette semaine, et ainsi de suite.

Le développement des connaissances et plus généralement la construction du sens sont conduits non plus par confrontation d’une théorie à la réalité, mais simplement à partir de commutations et permutations exécutées sur d’énormes masses de données. Les conditions dans lesquelles les données sont ici capturées et agrégées surpassent de loin la capacité de mémoire et de concentration des humains, fussent-ils les meilleurs experts.

Dans ce contexte néopositiviste, non seulement la perception, mais une part essentielle de l’analyse conceptuelle est désormais inutile. L’analyse de données prend de plus en plus le pas sur les autres formes de connaissance. La « réalité » surgit, après un long détour analytique, de la poussière cognitive de particules computationnelles.

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(…) Une conséquence importante de ces développements est la mise en forme et le contrôle technologiques des aspects même les plus futiles de notre existence. Un nouveau quotidien prend forme. Les activités de tous les jours sont de plus en plus appuyées sur des données produites technologiquement. Elles sont conduites à partir d’un ensemble de modules informatiques via Internet ou d’autres réseaux de communications.
Dans ce processus se fait jour un changement furtif mais crucial, qui ne concerne pas que la façon dont les chercheurs appréhendent notre existence, mais dont nous-mêmes la construisons. Les situations de vie ont tendance être définies comme les problèmes cognitifs, dont la nature est computationnelle ou se lit en termes de navigation (que voir ou que faire, comment trouver un film, mais aussi un ami ou un partenaire), et qui peuvent être résolus par des calculs automatisés complexes, exécutés à partir des données et informations que fournissent les technologies modernes et les modes de vie qui leur sont associés.”

Dans combien de métiers désormais, la “production” consiste-t-elle exclusivement à recomposer sur ordinateur ce que nous avons reçu par ordinateur, et pour des destinataires qui, eux aussi, considérent que leur ordinateur leur donne un accès direct à la réalité “du terrain” ?
Qu’est-ce, au juste, que connaître le monde, aujourd’hui ?
Dans combien de situations professionnelles nous répond-on désormais que si nous n’avons pas utilisé des indicateurs mesurables, défini les objectifs rationnels, fabriqué, en gestion matricielle, des outils d’évaluation dûment validés par la hiérarchie et composés d’inputs provenant “du terrain” mais savamment métabolisés par les experts du knowledge management – tous ces braves gens ayant le sentiment, en travaillant sur l’ordinateur, d’un bout à l’autre de la chaîne, d’avoir labouré le monde réel – alors… tout ce que nous pouvons raconter n’est que charabia idéologique, fatras émotionnel, remugles charismatiques, convictions sympathiques mais qui ne font pas le poids devant le graphique du cash-flow, sachant que les meilleures idées du monde sont toujours récupérées par les commerçants… ou les politiques.

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Dans son excellent petit livre : ” Les stratégies absurdes : comment faire pire en croyant faire mieux” (Ed. du Seuil, 2009), Maya Beauvallet, économiste, professeure à l’Ecole Normale Supérieure, qui a mené de nombreuses recherches sur les indicateurs de performance, affirme :

En l’espace de trente ans, ces mécanismes (incitatifs) se sont généralisés et ont profondément transformé le paysage des relations humaines au sein de l’entreprise (…) On est passé d’un monde de la “logique de l’honneur” au monde enchanté des indicateurs er des incitations. Le vocabulaire de la performance a remplacé les notions de devoir et d’engagement.(…)
On invite les salariés des entreprises à entrer en compétition les uns avec les autres pour les pousser à augmenter leurs production, et l’on s’aperçoit qu’au lieu de la saine émulation attendue, ce sont les actes de sabotage qui augmentent et l’entraide qui diminue.”(…) “Pour évaluer les performances des individus dans une profession donnée, on met au point un indicateur tellement complexe, qu’au bout du compte on en sait plus très bien ce que l’on observe, ni ce à quoi on incite finalement les individus : on peut même se demander si ceux qui renseignent l’ indicateur ne sont pas en train de rouler gentiment leurs managers dans la farine…“(…)

…. l’esprit humain est plus rationnel et plus stratège encore que les indicateurs les plus astucieux.(…) ” On ne gagne jamais à réduire l’autre à un comportement binaire.”(…) ” La carotte et le bâton suffisent peut-être pour faire avancer un âne récalcitrant, mais les hommes, eux, s’arrangent souvent pour attraper la carotte et éviter le bâton tout en vous faisant croire le contraire.”

PhotoMme Maya Beauvallet donne un exemple :

“Aux Etats-Unis, en 1987, dans le but d’accroître la lisibilité des dépenses publiques et l’efficacité de la gestion des juridictions, une réforme décentralisée cherchait à mettre en place des normes de qualité : les Trial and Court Performance Standards (TCPS).

” La première tâche de la commission (ad hoc) fut donc de définir les objectifs de la réforme et d’établir clarement les missions de la justice. Notons que cette première étape est par nature politique. Ce n’est pas une question de bonne gestion mais de choix collectif. On pourrait bien sûr être tenté de dépolitiser le débat en s’en remettant à la neutralité supposée des chiffres. (…) ” En réalité, construire les indicateurs avant de définir le cap ne revient pas à dépolitiser l’opération, mais à laisser les indicateurs “faire” la politique. En effet, ces instruments n’ont que l’apparence de la neutralité : ils auront des effets, détermineront des comportements, et poursuivront, même implicitement, des objectifs particuliers.(…)

Indicateurs France... par PHOTOJOL

Les indicateurs d’un camion de pompiers sont millimétriques… (Mais le feu a-t-il été éteint ?)

(Suite du texte) “Cinq objectifs ont été retenus : l’accessibilité de la justice, sa rapidité, son respect des valeurs d’égalité, d’impartialité et d’intégrité, son indépendance, et enfin sa capacité à susciter la confiance du public.(…)
En 1990, une première version des TCPS a été publiée, avec les cinq objectifs, 22 standards et 75 indicateurs
(…) dans un document de 258 pages dont 58 d’annexes.(…) L’appareil est tellement lourd qu’à partir de 1994, des sessions de formation doivent être organisées auprès des juges et administrateurs de juridictions pour leur apprendre non seulement les objectifs de leur métier – ce qui laisse un peu perplexe – mais également comment remplir les indicateurs…Ce qui devait servir à y voir plus clair nécessite à présent le secours d’exégètes spécialisés.(…)

Traduire la notion d’impartialité en indicateurs réduit les marges de manoeuvre et risque de faire passer par-dessus bord les fruits d’une longue expérience. Cette méthode revient à transformer une mission aux contours nécessairement complexes en une série de tâches standardisées.(…)

On pourrait en dire autant, sinon avec encore plus d’évidence, pour l’évaluation de la profession d’assistant-e social-e, notamment dans le travail de ré-insertion des mineurs délinquants.

De même pour les enseignants : évaluer des enseignants sur des indicateurs de performance, c’est inciter ces enseignants à porter leur efforts sur les meilleurs élèves et recréer ainsi l’inégalité des chances parmi les élèves alors que l’école vise à créer les conditions de l’égalité des chances. Les indicateurs d’efficacité sont-ils compatibles avec l’exigence d’égalité ?

On mentionnera aussi pour mémoire le débat qui s’est instauré sur les indicateurs bibliométriques de qualité du travail des chercheurs :

 

si les indicateurs peuvent donner des tendances sur un nombre
réduit d’aspects de la vie scientique, il convient d’être très circonspect dans leur usage en raison
de la possibilité d’interprétations erronées, des erreurs de mesure (souvent considérables) et des
biais dont ils sont aectés. Un usage abusif des indicateurs est facilité par la nature chirée du
résultat qui introduit la possibilité d’établir dans l’urgence toutes sortes de statistiques, sans
se préoccuper d’en analyser la qualité et le contenu, et en occultant l’examen d’autres éléments
de la vie scientique comme, par exemple, l’innovation et le transfert intellectuel et industriel.

(…) ” Si les indicateurs peuvent donner des tendances sur un nombre réduit d’aspects de la vie scientifique, il convient d’être très circonspect dans leur usage en raison de la possibilité d’interprétations erronées, des erreurs de mesure (souvent considérables) et des biais dont ils sont affectés. Un usage abusif des indicateurs est facilité par la nature chiffrée du résultat qui introduit la possibilité d’établir dans l’urgence toutes sortes de statistiques, sans se préoccuper d’en analyser la qualité et le contenu, et en occultant l’examen d’autres éléments de la vie scientifique comme, par exemple, l’innovation et le transfert intellectuel et industriel.” (Site de l’INRIA - Institut National de Recherche en informatique et en automatique)

(…)“Les indicateurs bibliométriques reposent sur l’analyse des citations, c’est-à-dire la partie ”Références” d’un article scientifique qui fait mention des travaux effectués par la communauté scientifique (y compris les auteurs de l’article) sur le sujet de l’article. Il faut d’ores et déjà indiquer que les indicateurs ne reposant que sur des citations ne donnent qu’une vision partielle du travail scientifique puisque 90% des papiers publiés dans les journaux scientifiques ne sont jamais cités [9] et qu’il semble difficile de croire que seulement 10% de la production scientifique serait significatif.” (Ibidem)

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Dans un ouvrage remarquable et lumineux : ” Et si les chiffres ne disaient pas toute la vérité ? ” (Ed. Fayard, 2009), Valérie Charollesdirectrice des affaires économiques et financières de Radio France.

Et si les chiffres ne disaient pas toute la vérité ?

” Pour sortir le soir, on met une tenue à notre avantage, qui sera le plus souvent bien différente de celle que l’on choisit pour faire du sport. Il en va de même pour les chiffres: la manière dont on les présente sert à mettre en valeur ce sur quoi ils portent en vue d’un certain objectif. Cela ne signifie pas qu’on  travestit la réalité, mais que l’on cherche à l’habiller au mieux en fonction d’un projet particulier.“(….) Il faut être conscient de ce que ces pratiques “signifient quant à l’objectivité généralement prêtée aux données chiffrées.”(…)


Valérie Charolles

(…) “Le problème majeur traité par la philosophie au XX ème siècle aura été celui des mots et des choses. Mais ce problème s’est déplacé : il concerne désormais les faits et les chiffres.” (…) ” On ne peut plus opposer le monde de la nature et celeui de l’action : tous deux interagissent continuellement. Dans ce contexte, la technique est nécessaire et elle passe de plus en plus par l’objectivation du réel au travers des données.”(…) “C’est un monde dans lequel les actions des hommes sont des faits, observables selon des méthodes scientifiques,”(…) ” C’est (aussi) un monde communicationnel et performatif où la parole a souvent le statut d’un acte.”

L’auteur propose l’exemple des sondages d’opinion :

(…) ” La publication des sondages a un effet sur les résultats. Cela fait plus d’un siècle que l’on sait, dans les sciences physiques, que la position de l’observateur influe sur les résultats mesurés.”(…)” Dans le domaine des sciences de l’homme, cette équation est “encore plus vraie” et elle est au coeur de toute l’analyse économique moderne.”(…)

” L’essentiel de l’analyse néo-classique en économie repose sur la théorie des anticipations, c’est à dire sur le fait que les informations dont disposent les agents jouent un rôle déterminant dans les choix qu’ils vont effectuer.
Autrement dit, en économie, un résultat anticipé a plus de chances de se produire qu’un résultat non anticipé : les prévisions sont pour une part autoréalisatrices.

C’est un mécanisme couramment utilisé par les banques centrales ; elles sont particulièrement attentives  à leur réputation, de sorte que le comportement qu’elles vont adopter puisse être prévu par les marchés et produire son effet avant même qu’elles aient à intervenir sur les taux d’intérêt.”

Cet ouvrage analyse quantité d’exemples de chiffres, de statistiques, d’indicateurs dans beaucoup de domaines de  la vie courante et de la vie économique, et on espère que la lecture de ce billet vous donnera l’envie de lire les deux ouvrages mentionnés, passionnants et… salubres, dans le contexte de la guerre quotidienne de communication dont nous sommes l’enjeu.

Source photo – Création de Laurent Courau


(1) Infotainment : information-contenu des médias qui comprend également un contenu de divertissement dans un effort visant à renforcer la popularité auprès du public et des consommateurs.

(2) Computationnel : par le traitement d’un ordinateur, de manière logico-algébrique.

 


Instants furtifs d’intimité avec la perfection

9.08.09

Ce billet se veut un modeste florilège
de photos prises, lors de voyages, par l’Abrincate,
et placées en vrac
sans aucune logique géographique ni chronologique,
rien que pour le plaisir des yeux,
qu’on espère partager…

Photos 2008 054Coucher de soleil sur le lac Léman, vu de Lausanne,
avec au fond la côte française (Yvoire, Thonon,etc…)

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Photos 2008 008Au loin , entre les deux massifs de fleurs, Evian.

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P1000694Avant l’atterrissage à Kaboul.

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P1000850Est-ce l’intérieurde la nef d’une église romane ?
L’intérieur d’une mosquée ?
Non, rien que les reflets des matériaux utilisés
dans le grand hall de l’aéroport de Dubaï,
qui se reflètent dans un des piliers du hall…

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Photos 2008 089Lever du jour au bord d’une plage de Rio de Janeiro (Brésil)

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Photos 2008 185Château de sable sur la plage de Copacabana (Rio de Janeiro)

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Saint-Pétersbourg 2008 068Mosaïque d’une église de St Pétersbourg

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mont-saint-michel paysages 076

Près du Mont-Saint-Michel à marée basse

mont-saint-michel paysages 094et lorsque la marée monte,
elle arrive par le lit de plusieurs rivières
et lorsque lesvagues séparées se rejoignent,
vous n’avez plus qu’une solution,
l’hélicoptère de la Sécurité Civile…

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mont-saint-michel paysages 259Un pilier du cellier restauré de l’Abbaye de la Lucerne d’Outremer (Manche)

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mont-saint-michel paysages 286Le soleil, aussi, contemple la marée jusqu’à la dernière minute…

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msm chausey appart 162Une jeune violoncelliste lors des nocturnes
des visites libres de l’Abbaye du Mont-Saint-Michel
(dans le Promenoir des moines)
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mont-saint-michel marée granville 168Lorsqu’on se présente ainsi – rayonnante -
à l’entrée d’une plage
où circulent plusieurs milliers de personnes,
il ne faut pas s’étonner de se retrouver sur un blog…

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juin 2009 art basel ouchy divers 042Oeuvre exposée à ArtBasel 2009

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Les détails font la perfection,
mais la perfection n’est pas un détail. “

Léonard de Vinci

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Et si vous cherchez une photo de l’Abrincate,
qui rédige ce blog et publie ses photos
(celles qui n’ont pas de lien de source en référence),
désolé, caramba, c’est encore raté…

juin 2009 art basel ouchy divers 046ArtBasel 2009







Ceux qui ont du caractère l’ont souvent mauvais

16.07.09

Extraits du livre de Anthony BEEVOR,
D-Day et la Bataille de Normandie”

(Ed. Calmann-Lévy – 2009)

à propos de la phase de préparation
du débarquement en Normandie le 6 juin 1944

” En tant que commandant suprême, Eisenhower devait composer avec les rivalités personnelles et politiques tout en préservant son autorité au sein de l’Alliance. Il était très apprécié du maréchal de l’air Alan Brooke (…) et du général Bernard Montgomery (…). Mais ni l’un ni l’autre ne l’estimaient vraiment comme militaire. ” Il ne fait aucun doute que Ike est disposé à faire tout son possible pour maintenir les meilleures relations qui soient entre Britanniques et Américains, écrivit Brooke dans son journal, mais il est tout aussi clair qu’il n’y connaît rien en stratégie et que, pour ce qui concerne la poursuite de la guerre, il n’est pas du tout fait pour le poste de commandant suprême.” Après la guerre, Montgomery porta sur Eisenhower un de ces jugements laconiques dont il avait le secret : “ Un brave gars, mais pas un soldat.

Ces opinions étaient certainement très injustes. Eisenhower fit preuve d’un grand discernement sur toutes esl décisions clés concernant le débarquement en Normandie et par ses talents de diplomate, il parvint à assurer la cohésion d’une coalition rétive – ce qui, en soi, était déjà un véritable exploit.”(…)

Des tensions couvaient au sein de la structure de commandement alliée. Le maréchal de l’air en chef Arthur Tedder, commandant suprême-adjoint de Eisenhower, détestait Montgomery, mais lui-même déplaisait fort à Winston Churchill. Le général Omar Bradley, commandant de la première armée américaine, qui venait d’une famille de fermiers pauvres du Missouri, n’avait pas une allure très martiale, avec son “air de péquenaud” et ses lunettes de GI. Mais c’était ” un homme pragmatique, imperturbable, apparemment sans ambitions, quelque peu terne, ni altier ni prétentieux, et il n’indisposait jamais personne.” Il affichait un grand respect pour Montgomery, mais n’avait en fait rien de commun avec lui. Il s’entendait très bien avec Eisenhower, mais ne partageait pas son indulgence pour ce franc-tireur de George Patton.

Montgomery et Patton


En fait Bradley avait du mal à cacher la méfiance que lui inspiraitcet excentrique officier de cavalerie sudiste. Patton, homme très croyant et connu pour ses blasphèmes, aimait s’adresser à ses hommes en termes provocants : ” Bon, je tiens à vous rappler que l’objet de la guerre n’est pas de mourir pour son pays, mais de faire en sorte que le pauvre crétin d’en face meure pour le sien”, leur avait-il dit un jour.Il ne fait aucun doute que sans le soutien d’Eisenhower dans les moments critiques, Patton n’aurait jamais eu l’occasion de se faire un nom dans la campagne à venir.
La capacité d’Eisenhower de maintenir unie une équipe aussi disparate fut une réussite extraordinaire.”
(…)

On ne sera pas très surpris d’apprendre par les historiens que derrière les stautes que la Grande Histoire leur a édifiées, la coordination entre de telles personnalités fut difficile. La réussite d’Eiusenhower dans la plus grande opération miltiaire de l’Histoire aura surtout été d’éviter le clash …quotidien entre ses généraux…

Et quand on pense que le Général de Gaulle, dans le même temps, tentait de faire une place au respect de la dignité française qu’il essayait d’încarner…

Les généraux Bradley, Tedder, Eisenhower (de gauche à droite)

Question subsidiaire : Pourquoi le Général Montgomery portait-il toujours un béret noir ?
Réponse de l’intéressé :

” Mon couvre-chef vaut 3 divisions.
Les hommes le voient de loin. Ils disent : ” Voilà Monty “,
et ils sont alors prêts à affronter n’importe qui.”


L’essence de la marche

14.07.09

Beaucoup, l’été venant, mettront bientôt un pied devant l’autre.
Acharnés à faire vite, pour certains. Bêtement.
Pour la plupart, heureusement, ce sera avec lenteur, mesure et endurance, en avançant pas à pas, solitaire en soi-même, au coeur du paysage soudain retrouvé, une fois largués les artifices, les semblants, les urgences où l’on crève.
Cette lenteur de la marche, où l’on oublie l’inutile pour l’essentiel, et l’actualité de l’heure pour la présence du monde, indique une philosophie.
(…)

” Sur terre, l’homme habite en marcheur.
En parcourant le monde à pied, ne fût-ce que quelques heures ou quelques jours, on le voit différemment. Et l’on se voit soi-même autre.
Car la marche insiste sur les articulations, en particulier celle du corps et de l’âme.
Elle métamorphose le temps, impose fatigue à la pensée, se fait subversion ou vacuité.
En pérégrinant, on se perd et on se retrouve, comme en tout exercice spirituel.
On cesse de s’affairer, on crée parfois…”
(…)

” On évitera donc de croire que la marche est un sport. pas même un loisir, encore moins un divertissement. Au contraire, si l’on en croit Frédéric Gros (1), ce serait plutôt une ascèse – au vieux sens grec – exercice, entraînement qui nous ramène à l’essentiel, c’est à dire à ce presque rien que nous sommes, présent-absent dans le monde, ne faisant qu’y glisser.
Avec des mots de tous les jours, et sans en avoir l’air, façon Montaigne, ce philosophe donne là une vraie leçon.”
(…)

Roger-Pol Droit, “Le Monde des livres ” – 19 juin 2009

FRANCE postcard swap Traversée de la baie du Mt St Michel par manchot6150

Celles et ceux qui ont la chance de faire la traversée à pied de la Baie du Mont-Saint-Michel, au lever du jour ou au coucher du soleil, comprennent le mot à mot de ces réflexions.

(1) “Marcher, une philosophie“, de Frédéric Gros, Ed Carnets Nord


Se méfier des eaux calmes du marigot

5.07.09

Ceci n’est pas une fable.

Un cadre, ressortissant d’un pays A, est nouvellement recruté comme premier directeur général par une compagnie nationale d’un pays B désirant créer un marché dans le pays A. Dès sa prise de fonctions, il recrute donc, comme planifié, une équipe de délégués régionaux.
Les ventes se développent dans le pays A, de manière régulière, même s’il ne s’agit pas d’une croissance exponentielle.

Quatre ans plus tard, les élections générales s’annoncent dans le pays B (siège central de la compagnie), et l’opposition de droite libérale inscrit dans son programme la privatisation de cette compagnie nationale que le gouvernement socialiste sortant avait nationalisée. Les sondages annoncent une nette victoire du programme de l’opposition libérale.

Dans la même période, et donc cinq ans après avoir été recruté dans son pays (pays A), le directeur en question reçoit l’ordre du siège de la compagnie de licencier rapidement les délégués régionaux qu’il a recrutés, formés, et animés pendant ces années, sans aucune considération des résultats positifs ni de la croissance régulière de l’activité.

Il se dit alors qu’après lui avoir fait faire le “sale boulot” (virer toute son équipe), il sera certainement lui-même licencié.  Ce qui s’est effectivement réalisé.
Son chef (qui sera viré trois mois plus tard) le convoque au siège du pays B et lui explique (en faisant appel, bien sûr, à sa “compréhension”) que malgré les résultats positifs obtenus en France, les perspectives du marché sont nettement supérieures en Amérique Latine. Mais aussi qu’en vue de la privatisation inéluctable, il importe de licencier pour montrer aux futurs actionnaires ce qu’il en est de la gestion de cette multinationale que les sondages annoncent donc comme privatisables dès la victoire électorale.
Autrement dit, il faut urgemment, avant les élections, valoriser les actions de la compagnie, car – comme chacun sait – pour valoriser une action en Bourse, il faut licencier.

Moralité  – et ce directeur licencié s’exprime en ces termes :
” La preuve est ainsi faite que, même si vous avez fourni un travail acharné et créatif, avec des résultats probants, cela ne sert strictement à rien : vous pouvez être licencié du jour au lendemain, pour des raisons stratégiques qui n’ont strictement rien à voir avec le volume ou la qualité de votre travail.
Et du marigot en eaux calmes à côté duquel vous travaillez – même avec succès – depuis des années, peut sortir, n’importe quel matin, un crocodile qui vous dit : “ dans l’intérêt stratégique supérieur de la compagnie, dans dix minutes, vous n’existerez plus.


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“Pourquoi s’obstiner à construire des tours ?”

10.06.09

Le bon sens se fait tellement rare
que la lecture de cet interview est irrésistible :

Interview de Thierry PAQUOT, dans ” Le Temps ” du 10.06.09
auteur d’un ouvrage : ” La folie des hauteurs “
Bourin Editeur, Paris 2008, 219 pages.

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Vous dites que la tour exprime l’avenir… d’un siècle passé. En quoi ?

- La tour est une invention de la fin du XIXe siècle. Elle est obsolète. La présenter comme le symbole du XXIe siècle est un combat d’arrière-garde.L’objet architectural du siècle à venir reste à inventer.
Ce pourrait être le bâtiment écologique, plus significatif de notre époque et de ses questionnements.

– Pourtant la tour est présentée comme une solution pour densifier les villes, alors même que l’exiguïté du territoire est une problématique très actuelle …

– C’est un faux argument. La loi interdit de construire des tours mitoyennes. On doit donc les séparer les unes des autres. Il y a par conséquent tout un espace à leurs pieds que l’on ne peut utiliser pour ne pas voler la lumière aux autres. Ce qui réduit leur densité, même si elles accueillent beaucoup d’habitants. On y vit enfermé, isolé, dans une forme d’autisme. Le seul lieu de rencontre est l’ascenseur. Mais qu’est-ce qui se passe dans un ascenseur? Chacun évite le regard de l’autre et contemple ses pieds.
La tour, le centre commercial, l’autoroute vont contre la ville. De mon point de vue, l’intensité urbaine est plus importante que la densité. J’entends par intensité la possibilité de se rencontrer, de se promener dans la ville, d’y mener des activités. Dans une ville intense, on se trouve dans le bain de ville, dans le bain de foule, dans l’échange.

– Quelles sont les principales faiblesses de la tour?

– Elle est totalement énergivore, par conséquent réservée à une population aisée. Les charges sont plus élevées. L’ascenseur est un moyen de transport plus coûteux que la voiture.
En outre, les matériaux sont de plus en plus sophistiqués, avec une surconsommation d’énergie pour les fabriquer et pour les faire fonctionner ensuite. Avec les vitres qui font effet de serre, la climatisation est indispensable. Une tour écologique devrait être en pierre, et non vitrée. Ce qui est absurde.

– Pourquoi a-t-elle toujours ses défenseurs?

– L’engouement pour les tours s’observe surtout dans les pays non occidentaux, comme les Emirats arabes unis ou la Chine. C’est une revanche inconsciente et non théorisée de la part de pays autrefois considérés comme sous-développés et devenus riches. Et puis, il subsiste dans les entreprises cette idée qu’un siège social doit être symbolique, témoigner de sa puissance. Mais cela ne correspond plus à rien. Avec l’informatique, le télétravail se répandra encore, avec pour conséquence un éparpillement dans de petits bureaux. On n’est plus dans la logique de l’entassement, mais dans la logique des réseaux, très éclatés au niveau spatial.

– Quelles sont les alternatives aux gratte-ciel ?

– Je crois beaucoup aux quartiers compacts, aux habitats groupés. Je suis contre l’étalement urbain qui va paradoxalement de pair avec la tour. A l’inverse, les maisons isolées sont un non-sens. Il faudrait inventer de nouvelles maisons, écologiques et économiques en espace. L’inventivité des architectes devrait être mobilisée pour trouver des solutions en ce sens. Dès qu’on fait un paysage de tours, il gomme le reste. Le plus petit disparaît, écrasé sous leur domination. Ce sont des objets qui effraient. Des objets totalitaires. “


Federer, exceptionnellement humain

10.06.09

Extraits de l’interview de Mr Pierre Paganini,
préparateur sportif de Rodger FEDERER,
dans ” 24 Heures ” du 10.06.09 :

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“  Où se situe la grande force de Roger Federer?

- Le tennis, c’est athlétique, mais s’il n’y a pas une tête pour guider tout cela, on ne va nulle part. L’homme Federer a le joueur Federer sous contrôle, c’est sa force, c’est pour cela que c’est un grand champion.
Les gens le reconnaissent aussi en cela, sans forcément se l’expliquer clairement, mais il est le boss, le patron de lui-même, et c’est tellement important !
C’est à lui de gérer, de savoir ce qui va bien aujourd’hui, ce qui va moins bien, dans les différents paramètres, c’est là qu’il est si fort, qu’il est unique.”

(…)

Le plaisir, chez lui, c’est un moteur…

- Sans plaisir, sans sourire, il meurt. Il aime la vie, il est fait pour créer.
D’habitude, c’est du moins ce qu’on dit, les artistes sont des gens moins bien structurés, organisés que les autres, et on dit que quelqu’un de structuré, organisé, manque d’étincelles.
Rodger a les deux: la structure et les étincelles.”

Mais comme le suggère ” Le Temps ” (Numéro spécial) en donnant la parole à André Agassi, ancien champion, qui a remis le trophée des Internationaux de Roland-Garros à Rodger Federer :

(…) ” Roger Federer n’oubliera pas qu’avant ce jour béni il a risqué l’élimination à trois reprises, et que, depuis quelque temps déjà, son aisance naturelle n’y suffisait plus. Passé le stade jubilatoire de la prodigieuse évidence, le maître a exprimé des valeurs morales exceptionnelles, admises communément comme le privilège des conquérants :

«Cette aptitude à la souffrance est un lien invisible, presque mystique, qui relie tous les champions de tous les sports. En un regard, nous savons que l’autre a vécu «ça», nous nous reconnaissons entre mille», s’enflamme Andre Agassi.”

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Sur ce lien, la liste des records battus ou égalés par Roger Federer


Comment Mitterrand honore la dette de Bonaparte…

31.05.09

Si vos vacances vous conduisent à passer par le Col du Grand-Saint-Bernard, entre la Suisse et l’Italie, vous y parviendrez d’abord par cette route (photo prise ce 31.o5.09):

 

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pour parvenir au sommet du col avec cette vue magnifique sur ce qui est déjà l’Italie :

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Si vous avez cependant le souci du détail vous trouverez au coin d’un mur, au bord de la route cette plaque commémorative :

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Ce que peu d’ouvrages historiques ont raconté est la dette que Bonaparte avait contractée auprès des habitants de la petite commune de Bourg-Saint-Pierre (dernier village avant le col) pour le transit et l’aide au transport des hommes, du matériel et des chevaux de l’armée française. Les Suisses ont livré en tout 22 000 bouteilles de vin, 3 500 livres de fromage, 400 de riz, 500 de pain, 1 800 de viande,etc… pour une somme totale de 40 000 francs de l’époque, dont seuls 18 000 francs ont été réglés 5 ans plus tard en 1805…

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Bonaparte avait envoyé une lettre (non datée) au responsable de la commune, ainsi libellée :

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En réalité, que s’est-il passé ?

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Et donc en 1984, le Président Mitterrand, à la suite d’une visite officielle en Suisse, écrit au titulaire de la fonction de Président de la Municipalité de Bourg Saint Pierre :

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Médaillon (environ 80 centimètres de diamètre) dont voici l’essentiel : 

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” O Temps, suspend nos dettes …!!!” 


Les temps changent, mais pas toujours l’air du temps

21.05.09

A l’occasion de la parution de la 20 000 ème édition du journal ” Le Monde “, ce quotidien réédite les unes des évènements considérés comme les plus significatifs de l’histoire depuis la création du journal.

En lisant ces “Unes” rédigées dans la “chaleur” des évènements, on ne peut s’empêcher de ressentir parfois un trouble parfois une heureuse surprise quant à la perception que nous avons aujourd’hui de ces évènements.

Exemples libres :

Dans l’édition du 3 mai 1945, dont la “Une” mentionne “Hitler est mort“, il y a aussi un article sur la mort de Mussolini, qu’après avoir raconté par quel stratagème il fut capturé, l’analyste René Courtin commente  ainsi: (…) ” Qui pourrait déplorer cette exécution sommaire, qui constitue l’aboutissement logique d’une telle destinée, dont, depuis l’Antiquité, l’Italie offre tant d’exemples ?
On eût voulu, cependant, que la libre justice des hommes se prononçat seule ici, et non la passion sans contrôle, la haine déchaînée d’une populace qui, après avoir sans doute adulé bassement le maître tout-puissant qui flattait ses appétits, a piétiné et souillé de ses crachat le corps du vaincu et s’est ainsi placée à sa mesure.
De toutes les catatrophes que la dictature amoncelle sur un pays, la moindre n’est, sans doute, pas celle qui résulte de l’anéantissement de tous les cadres sociaux et des règles fondamentales de la morale sociale. L’homme est alors ramené à sa sauvagerie primitive.”
(…)

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Dans l’édition du 16 mai 1948, concernant la  création de l’Etat d’Israël :

Extrait :

A 16 heures, hier vendredi, huit heures avant l’expiration du mandat britannique, (…) Mr David Ben Gourion, président du Comité Exécutif de l’Agence juive a lu une proclamation devant les délégués du Conseil national juif :
(…) L’Etat d’Isarël sera ouvert à l’immigration de juifs de tous les pays, et leur arrivée permettra de favoriser le développement du pays pour le plus grand bien de tous ses habitants. L’Etat d’Israël sera fondé sur les préceptes de la  justice, de la liberté, et de la paix qu’ont enseigné les prophètes hébreux. Il établira une complète égalité des droits à tous les citoyens sans distinction de race, de foi ni de sexe, et garantira la pleine liberté de culte, l’éducation et la culture pour tous. Il garantira le caractère sacré et l’inviolabilité des lieux saints de toutes les religions. Il se conformera aux principes de la Charte des Nations Unies.
(…)

Merci de bien vouloir transmettre à MM.Netanhyaou et Libermann.

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Dans l’édition du 30 novembre 1974, à propos du vote de la loi libéralisant l’interruption volontaire de grossesse, soumise au Parlement français par le gouvernement de V.Giscard d’Estaing et la ministre Simone Veil, le billet du jour de Robert Escarpit le commente ainsi :

(…) ” Le vote (…) apporte un changement d’importance dans la société.
(Le président) n’a obtenu ce succès personnel que grâce à une majorité incontestablement non-présidentielle.
Dès lors on peut se demander si nous ne sommes pas en présence d’un nouveau système de double commande politique, où le président disposerait de deux et non plus d’une majorité : une pour changer, l’autre pour continuer. En somme un accélérateur et un frein.
Toute la question est maintenant de savoir si, automatique ou non, il dispose d’un débrayage pour éviter de caler le moteur.”

Merci de bien vouloir transmettre le message au Président Sarkozy, qui semble déterminé à tenir un discours destiné à une large majorité de droite modérée et de centre gauche, mais dont les actes sont plutôt destinés à la droite économique  la plus radicale et à l’extrême-droite sur les questions d’immigration. De toute façon, comme le disait un autre maître-expert en brouillage ès concepts, le président Mitterrand :

En politique, on ne sort de l’ambiguité qu’à son détriment.”