Des ONG pataugent dans l’économie-fumier

28.10.09

Qu’est-ce que l’économie-fumier ?

Selon le Dictionnaire Littré, le fumier, c’est ” la paille, qui a servi de litière aux animaux domestiques, qui s’est mêlée avec leur fiente, s’est imbibée de leur urine et s’est ensuite décomposée par la fermentation“.

L’économie-fumier, ce pourrait être une économie qui, sur le lit de paille où tout le monde est assis, a laissé traîner ses produits dérivés, ses hedge-funds, ses titrisations, ses subprimes,  ses fonds spéculatifs, ses “private equities”, et tous les produits issus de l’urine des cerveaux des pontes de l’ingeniérie financière globalisée… avec le résultat que l’on connaît avec les conmséquences sur l’économie mondiale.

Des exemples?

(“Le Monde” – 19.10.09)
(…) ” Un milliardaire – qui gérait un fonds spéculatif de 3 milliards de dollars – et plusieurs dirigeants de grandes sociétés américaines, dont deux dirigeants du hedge fund New Castle, ont été arrêtés vendredi 16 octobre (2009).(…) Les fait se seraient déroulés sur trois ans à partir de janvier 2006.(…) Des délits d’initiés auraient permis à plusieurs dirigeants  de gagner plusieurs millions de dollars. Dont un dirigeant d’IBM qui aurait transmis une information d’initié au sujet d’un fabricant de puces, obtenue dans le cadre d’une négociation entre IBM et cette entreprise. Il est aussi accusé d’avoir transmis des renseignements sur IBM avant la publication des résultats trimestriels du groupe. Ironie du sort, IBM vend des logiciels pour aider les sociétés à prévenir les délits d’initiés.”(…)

Le journaliste (P.A.Delhommais) ajoute : (…) ” Le Procureur fédéral de New York, Preet Bharara, a souligné que la justice américaine était décidée à employer vis-à-vis des financiers les mêmes outils de surveillance électronique que pour les organisations criminelles, les trafiquants de drogue et les terroristes.”

Si le moindre factotum militant s’était risqué à assimiler les financiers internationaux  à la grande criminalité organisée, que n’aurait-il pas entendu …!!!

Dans “le Matin-Dimanche” (Suisse) de ce jour 25.10.05, on apprend que, suite à l’annonce bien orchestrée de “l’inévitabilité de l’augmentation des primes d’assurance-maladie” (comme tous les ans on prépare l’opinion publique vers la mi-octobre…), il apparaît pourtant, dit-on, que des caisses d’assurance sont intéressées de perdre des clients pour faire monter le pourcentage de leurs réserves financières … Diantre… Comment est-ce possible ?

(…) ” Parce que les réserves ne sont pas calculées sur la base des prestations versées, mais sur les primes à encaisser.(…) Une caisse qui enregistre de nouvelles affiliations en grand nombre se retrouve donc obligée d’augmenter drastiquement ses réserves, tandis que celle qui voit sa clientèle diminuer bénéficie artificiellement d’une marge confortable.(…) Pour fixer les montants des cotisations, les prévisions des assureurs concernant l’évolution de leurs effectifs et de leurs réserves sont déterminantes. (…) Il est certain que les évaluations de certains assureurs sont systématiquement exagérées.(…) Il est possible que certains assureurs augmentent sciemment leurs primes pour améliorer artificiellement la situation de leurs réserves.(…) La fixation des primes dépend  en grande partie des stratégies commerciales. Avec des cotisations élevées, les caisses évitent  un afflux de mauvais risques, tout en augmentant leurs réserves.. Un double bonus puisqu’une partie de ces réserves font l’objet de placements financiers, dont les résultats, assez opaques(sic) fournissent régulièrement matière à controverse.” Etc,etc,etc…

Un simple détail : on ignore combien coûte le département communication de ces compagnies d’assurances qui , tout au long de l’année, convainquent le grand public de leurs sociétaires que la hausse des primes d’assurance est inévitable, en raison des innovations technologiques, du vieillissement de la population, et toute la panoplie des “éléments de langage” préparés en plats chauds aux cochons de payeurs que nous sommes et qui n’ont qu’à gober leur ration quotidienne de fumier de communication.

 

 

Que viennent faire les ONG dans ce tas de fumier, lesquelles font la morale au monde entier des multinationales et des Etats pour exiger l’application de codes de conduites et d’engagements éthiques, pour la transparence, la bonne gouvernance, and so on… ?

Malheureusement…

On apprend que 17 associations caritatives françaises (ONG loi 1901) font l’objet dune enquête judiciaire ouverte par le Parquet de Paris depuis mars dernier. Il s’agirait d’une escroquerie à plusieurs millions d’euros qui, sous des procédures apparemment légales, auraient ainsi été détournés vers les Etats-Unis. On s’abstiendra ici d’énumérer la liste de ce 17 associations, pour cause de présomption d’innocence , mais le quotidien français “Le Parisien- Aujoud’hui” en a diffusé la liste le mercredi 14 octobre dernier.

Le mécanisme du scandale ?

1 – Aucune indication des destinataires réels des dons collectés en France.
2 – Les associations, juridiquement différentes, procèdent de la même manière, par mailing (courrier en nombre), concoctés par une seul et même agence de marketing. Ces mailings sont agrémentés de petits cadeaux (calendriers, cartes postales, etc). Ces associations s’échangent les fichiers des donateurs qui ont répondu à l’une d’entre elles.
3 – Toutes les apparences de garanties médicales et/ou religieuses noyées alimentaient un discours larmoyant et strictement émotionnel, sans aucune indication précise de destination des dons, ou des partenaires locaux servant d’intermédiaires.
4 – Au maximum 20 % des sommes collectées peuvent être identifiées dans leurs destinations. Les dons ne sont pas gérés directement par les associations. Elles sous-traitent à une compagie américaine, ” leader mondial  dans la gestion des de données en ligne pour le marketing direct“ dont  une branche à Lille  travaille pour le compte de la majorité de ces associations et qui percevait jusqu’à 90 % des sommes collectées.
5 – L’IGAS (Inspection Générale de l’Action Sociale) qui a dans son mandat la supervision des ONG faisant appel aux dons du public (et probablement échaudée d’avoir été très critiquée au  moment de l’affaire de l’Arche de Zoé en 2007) avait fait état en octobre 2008 de soupçons sur deux de ces associations en expliquant : ” la mondialisation de l’activité caritative se traduit par la multiplication d’associations souvent dépourvues de réels moyens humains et matériels”. Et à la question de savoir qui sont les commanditaires,  l’avocate des associations répond : “ Je ne peux pas vous dire qui sont mes clients, cela est couvert par le secret professionnel.”

Bref, la soi-disant professionnalisation des ONG, dont la démarche ne consiste souvent – sans généraliser –  à faire du mimétisme avec le management des entreprises (comme si celles-ci ne faisaient jamais d’erreurs…) est parfois particulièrement ridicule. L’objectif final n’est souvent que de “conquérir ou améliorer leur position sur le marché des donateurs“, leurs salariés ne sont que de variables d’ajustement budgétaire (le sommet du raffinement dans le discours de la modernité…) et la responsabilité du fonctionnement promotionnel, mais aussi comptable, est sous-traitée à des gens qui n’ont aucune idée, ni aucun intérêt à quelque cause que ce soit – sauf évidemment dans le charabia marketing des mailings. Tout le  monde se paye,et s’il reste quelque chose, il y a assez de bénéficiaires qui attendent. Ne pas oublier de faire des photos..


Notes de lecture aérienne

17.10.09

Dans l’Airbus de la Royal Jordan Airlines (seule compagnie à avoir un rangée No 13 dans ses sièges-passagers ?), pendant les quatre heures de vol entre Zurich et Amman (Jordanie), lu ces quelques informations en vrac :

Dans ” le Monde ” du 15 10.09, dans l’article consacré au procès Clearstream, une citation extraite de la plaidoirie de Maître Comte, avocat des Editions Odile Jacob :

(…) Il y a dans cette affaire, une densité de haine comme j’en ai peu vue. De cette plongée dans les eaux glacées des services de l’Etat, on sort effaré. Je ne sais pas si nous avons devant nous les élites de la nation, mais si c’est le cas, on comprendra qu’il y a encore beaucoup de Bastille à prendre.”(…)
Dans “Le Figaro” du même jour, le président Sarkozy reconnaît avoir fait une boulette – qu’il regrette – pour avoir parlé des coupables dans ce procès qui n’est pas terminé. Soit. Passons.
Mais que tous les sbires et autres parasites politiques qui, devant le tollé, avaient couvert les radios et télés d’exégèses de la parole présidentielle, veuillent bien  porter un entonnoir à l’envers sur le crâne, à prochaine sortie du prochain Conseil des Ministres, et l’affaire sera complètement oubliée.

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Dans l’article du même numéro, à propos du dernier livre de Nicolas Baverez (“Après le déluge”  -Ed. Perrin), extrait de l’article signé Claire Guélaud :

(…) “ Le capitalisme présente les mêmes risques qu’à la veille de la crise, tout en ayant épuisé tous ses moyens de défense.”(…) C’est une rupture historique : elle clôt trente ans de néolibéralisme, marque la fin de la suprématie absolue exercée sur l’économie mondiale par les Etats-Unis depuis un siècle et ferme le cycle historique de la domination sans partage de l’Occident sur l’histoire du monde depuis la fin du XVI ème siècle.”(…)

Rien que cela :::!!!
C’est fou ce que la lucidité vient éclairer les cerveaux des experts économistes médiatisés face à la crise – et faut-il que celle-ci soit radicale…

Que répondait Mr Baverez à tous les altermondialistes et militants de toutes ONG possibles et imaginables qui tenaient ce même discours jusqu’à il y a encore 3 ou 4 ans ?

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Pendant les affaires, les affaires continuent…

1 – L’affaire Polanski : si la loi américaine prévoit l’imprescritibilité pour le viol des mineures, il n’y a rien de choquant à son arrestation. La loi est la même pour tous. Cela n’enlève rien au génie de l’artiste, s’il en a.
Sans être juriste confirmé, il n’est pas étonnant qu’une action judiciaire se poursuive même lorsque la victime a retiré sa plainte ou accordé son pardon, etc…
Seule question en suspens : pourquoi cette arrestation, aujourd’hui, en 2009, alors que Polanski venait régulièrement dans son chalet en Suisse depuis 15 ans ? Peut atteint-on ici le sommet  d’un ignominie qui n’aurait pas encore de nom…. Un accord américano-suisse dont le compromis sur les litiges économiques comprendrait l’arrestation dudit…

(Quand vous pensez que Radovan Karadzic, criminel de guerre serbe de Bosnie, aujourd’hui sous les verrous à la Haye, affirme que son impunité  définitive était garantie en échange de sa signature des accords de Dayton… On ne se plaindra pas de l’arrestation du bourreau de Sarajevo, ni ne fera d’amalgame outrancier avec Polanski : il s’agit seulement de dire qu’on apprend toujours… un jour ce qui a été effectivement négocié.)

2 – L’affaire Mitterrand Frédéric… Une simple remarque de bon sens : il ne faut pas se plaindre d’être victimes d’amalgames quand on confesse publiquement avoir eu des relations sexuelles avec ” des garçons “. C’est peut-être le jargon parmi les homosexuels, mais tout le monde ne fréquente pas ces dictionnaires-là.

3 – Le fils Sarkozy ? Relire la citation de Maître Comte au début de ce billet.

Quant aux choses sérieuses…

Le calvaire de la Guinée est interminable : cinquante ans d’indépendance, et deux dictateurs successifs, aussi sanguinaires, comme présidents.
Il faudra un jour inventer une procédure internationale de survie et de perfusion lorsqu’un pays se délite à ce point et de manière aussi durable.

Lu dans le “Nouvel Observateur” du15-21.10 une interview de Mme Dambisa Moyo, économiste zambienne.
Extraits :
(…)” Si l’Europe et l’Amérique du Nord continuent d’aider l’Afrique, c’est parce que cela leur coûte moins cher que d’ouvrir leurs marchés aux produits du tiers-monde. S’ils le faisaient, une partie des fermiers européens se retrouveraient au chômage. “(…)

Une remarque d’un autre ordre, entendue ici ou là : il serait question de  faire poursuivre le “caporal-chef ” Dadis Camara par la Cour Pénale Internationale(CPI), pour le massacre qui s’est déroulé au stade de Conakry. C’est au procureur du CPI d’en juger. Mais certains regrettent qu’une fois de plus, les poursuites de la CPI concernent un pays africain. Il faut rappeler ici que si les quatre poursuites juriciaires en cours à la CPI  concernent un pays africain,  trois des quatre procédures (à l’exception de celle contre le président soudanais El-Béchir) ont été lancées à la demande et sur plainte de gouvernements africains.

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Il reste que la question est toujours posée, lancinante et sans réponse : pourquoi  tout le système des droits de l’homme et les procédures judiciaires internationales ne concernent-ils jamais les droits de Palestiniens ?

Rencontré ce jour une psychologue jordanienne(d’origine palestinienne) : ” Mon père a toujours dans sa poche, depuis 1948, la clé de notre maison à Haifa… Les droits de l’homme c’est pour le monde entier, sauf pour les Palestiniens. Après tout, le génocide des juifs, c’est vous les Européens qui l’avez fait… Pourquoi, nous les Palestiniens, devons supporter les conséquences de votre mauvaise conscience vis à vis du peuple juif ?Alors débrouillez-vous pour régler le problème, mais pas sur notre dos, pour l’éternité…”

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Il paraît qu’une des règle d’or d’un blog
est de ne jamais traiter plusieurs sujets dans le même billet.
” Caramba, encore raté...”
Mais il est difficile de passer quatre heures d’avion
sur un seul et même sujet.


Les faits, les chiffres, les indicateurs … et la réalité

13.09.09

A l’intention de celles et ceux qui ne se satisfont pas d’ infotainments (1), et qui se posent de manière silencieuse, voire souterraine, la question de savoir comment nos perceptions du monde, des évènements et des personnes, sont conditionnées, y compris dans notre vie quotidienne, il nous paraît de salubrité cérébrale de bien lire ces extraits attentivement, avec nos plus chaleureuses – et sincères – félicitations à celles et ceux qui auront fait l’effort de lire ce billet jusqu’au bout :

Extraits de l’article ” La fin des théories ? ” de Jannis Kallinikos, professeur au ” London School of Economics“, publié dans Telos-eu.com (17.07.09):

” L’époque où des données sans théorie n’étaient que du bruit est-elle révolue ? L’analyse de données prend de plus en plus le pas sur les autres formes de connaissance. Les situations de vie ont tendance à être définies comme des problèmes cognitifs, dont la nature est computationnelle (2) ou qui se posent en termes de navigation. Dans ce néopositivisme, non seulement la perception, mais une part essentielle de l’analyse conceptuelle est désormais superflue. (…)

Ce changement est induit par de nombreux facteurs technologiques et culturels, dont le principal est la circulation toujours plus massive et plus aisée d’éléments cognitifs disponibles sous la forme de données informatiques, à partir desquelles, via des opérations statistiques, des significations sont construites. Cela se joue au détriment de l’intuition, mais aussi et plus généralement d’une expertise construite à partir de l’observation et de la connaissance du monde.(…)
 

La disponibilité des données est la marque distinctive de notre époque. Sa croyance est que, correctement lues, les données méticuleusement recueillies chaque jour nous tendraient un miroir dans lequel, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous pourrions dévisager notre vrai visage – même si nous ne parvenons pas à le reconnaître.
Dans un contexte au sein duquel technologie et vie quotidienne sont de plus en plus imbriquées, les données peuvent nous dire qui nous sommes, comment notre corps se sent (au-delà de la conscience que nous en avons), mais aussi comment fonctionnent notre société et ses organisations, quels amis choisir et quelles communautés rejoindre, quel voyage faire cette année, quelle assurance souscrire, quels vols sont aujourd’hui meilleur marché, comment investir dans les prochains mois, quel film voir cette semaine, et ainsi de suite.

Le développement des connaissances et plus généralement la construction du sens sont conduits non plus par confrontation d’une théorie à la réalité, mais simplement à partir de commutations et permutations exécutées sur d’énormes masses de données. Les conditions dans lesquelles les données sont ici capturées et agrégées surpassent de loin la capacité de mémoire et de concentration des humains, fussent-ils les meilleurs experts.

Dans ce contexte néopositiviste, non seulement la perception, mais une part essentielle de l’analyse conceptuelle est désormais inutile. L’analyse de données prend de plus en plus le pas sur les autres formes de connaissance. La « réalité » surgit, après un long détour analytique, de la poussière cognitive de particules computationnelles.

Source photo

(…) Une conséquence importante de ces développements est la mise en forme et le contrôle technologiques des aspects même les plus futiles de notre existence. Un nouveau quotidien prend forme. Les activités de tous les jours sont de plus en plus appuyées sur des données produites technologiquement. Elles sont conduites à partir d’un ensemble de modules informatiques via Internet ou d’autres réseaux de communications.
Dans ce processus se fait jour un changement furtif mais crucial, qui ne concerne pas que la façon dont les chercheurs appréhendent notre existence, mais dont nous-mêmes la construisons. Les situations de vie ont tendance être définies comme les problèmes cognitifs, dont la nature est computationnelle ou se lit en termes de navigation (que voir ou que faire, comment trouver un film, mais aussi un ami ou un partenaire), et qui peuvent être résolus par des calculs automatisés complexes, exécutés à partir des données et informations que fournissent les technologies modernes et les modes de vie qui leur sont associés.”

Dans combien de métiers désormais, la “production” consiste-t-elle exclusivement à recomposer sur ordinateur ce que nous avons reçu par ordinateur, et pour des destinataires qui, eux aussi, considérent que leur ordinateur leur donne un accès direct à la réalité “du terrain” ?
Qu’est-ce, au juste, que connaître le monde, aujourd’hui ?
Dans combien de situations professionnelles nous répond-on désormais que si nous n’avons pas utilisé des indicateurs mesurables, défini les objectifs rationnels, fabriqué, en gestion matricielle, des outils d’évaluation dûment validés par la hiérarchie et composés d’inputs provenant “du terrain” mais savamment métabolisés par les experts du knowledge management – tous ces braves gens ayant le sentiment, en travaillant sur l’ordinateur, d’un bout à l’autre de la chaîne, d’avoir labouré le monde réel – alors… tout ce que nous pouvons raconter n’est que charabia idéologique, fatras émotionnel, remugles charismatiques, convictions sympathiques mais qui ne font pas le poids devant le graphique du cash-flow, sachant que les meilleures idées du monde sont toujours récupérées par les commerçants… ou les politiques.

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Dans son excellent petit livre : ” Les stratégies absurdes : comment faire pire en croyant faire mieux” (Ed. du Seuil, 2009), Maya Beauvallet, économiste, professeure à l’Ecole Normale Supérieure, qui a mené de nombreuses recherches sur les indicateurs de performance, affirme :

En l’espace de trente ans, ces mécanismes (incitatifs) se sont généralisés et ont profondément transformé le paysage des relations humaines au sein de l’entreprise (…) On est passé d’un monde de la “logique de l’honneur” au monde enchanté des indicateurs er des incitations. Le vocabulaire de la performance a remplacé les notions de devoir et d’engagement.(…)
On invite les salariés des entreprises à entrer en compétition les uns avec les autres pour les pousser à augmenter leurs production, et l’on s’aperçoit qu’au lieu de la saine émulation attendue, ce sont les actes de sabotage qui augmentent et l’entraide qui diminue.”(…) “Pour évaluer les performances des individus dans une profession donnée, on met au point un indicateur tellement complexe, qu’au bout du compte on en sait plus très bien ce que l’on observe, ni ce à quoi on incite finalement les individus : on peut même se demander si ceux qui renseignent l’ indicateur ne sont pas en train de rouler gentiment leurs managers dans la farine…“(…)

…. l’esprit humain est plus rationnel et plus stratège encore que les indicateurs les plus astucieux.(…) ” On ne gagne jamais à réduire l’autre à un comportement binaire.”(…) ” La carotte et le bâton suffisent peut-être pour faire avancer un âne récalcitrant, mais les hommes, eux, s’arrangent souvent pour attraper la carotte et éviter le bâton tout en vous faisant croire le contraire.”

PhotoMme Maya Beauvallet donne un exemple :

“Aux Etats-Unis, en 1987, dans le but d’accroître la lisibilité des dépenses publiques et l’efficacité de la gestion des juridictions, une réforme décentralisée cherchait à mettre en place des normes de qualité : les Trial and Court Performance Standards (TCPS).

” La première tâche de la commission (ad hoc) fut donc de définir les objectifs de la réforme et d’établir clarement les missions de la justice. Notons que cette première étape est par nature politique. Ce n’est pas une question de bonne gestion mais de choix collectif. On pourrait bien sûr être tenté de dépolitiser le débat en s’en remettant à la neutralité supposée des chiffres. (…) ” En réalité, construire les indicateurs avant de définir le cap ne revient pas à dépolitiser l’opération, mais à laisser les indicateurs “faire” la politique. En effet, ces instruments n’ont que l’apparence de la neutralité : ils auront des effets, détermineront des comportements, et poursuivront, même implicitement, des objectifs particuliers.(…)

Indicateurs France... par PHOTOJOL

Les indicateurs d’un camion de pompiers sont millimétriques… (Mais le feu a-t-il été éteint ?)

(Suite du texte) “Cinq objectifs ont été retenus : l’accessibilité de la justice, sa rapidité, son respect des valeurs d’égalité, d’impartialité et d’intégrité, son indépendance, et enfin sa capacité à susciter la confiance du public.(…)
En 1990, une première version des TCPS a été publiée, avec les cinq objectifs, 22 standards et 75 indicateurs
(…) dans un document de 258 pages dont 58 d’annexes.(…) L’appareil est tellement lourd qu’à partir de 1994, des sessions de formation doivent être organisées auprès des juges et administrateurs de juridictions pour leur apprendre non seulement les objectifs de leur métier – ce qui laisse un peu perplexe – mais également comment remplir les indicateurs…Ce qui devait servir à y voir plus clair nécessite à présent le secours d’exégètes spécialisés.(…)

Traduire la notion d’impartialité en indicateurs réduit les marges de manoeuvre et risque de faire passer par-dessus bord les fruits d’une longue expérience. Cette méthode revient à transformer une mission aux contours nécessairement complexes en une série de tâches standardisées.(…)

On pourrait en dire autant, sinon avec encore plus d’évidence, pour l’évaluation de la profession d’assistant-e social-e, notamment dans le travail de ré-insertion des mineurs délinquants.

De même pour les enseignants : évaluer des enseignants sur des indicateurs de performance, c’est inciter ces enseignants à porter leur efforts sur les meilleurs élèves et recréer ainsi l’inégalité des chances parmi les élèves alors que l’école vise à créer les conditions de l’égalité des chances. Les indicateurs d’efficacité sont-ils compatibles avec l’exigence d’égalité ?

On mentionnera aussi pour mémoire le débat qui s’est instauré sur les indicateurs bibliométriques de qualité du travail des chercheurs :

 

si les indicateurs peuvent donner des tendances sur un nombre
réduit d’aspects de la vie scientique, il convient d’être très circonspect dans leur usage en raison
de la possibilité d’interprétations erronées, des erreurs de mesure (souvent considérables) et des
biais dont ils sont aectés. Un usage abusif des indicateurs est facilité par la nature chirée du
résultat qui introduit la possibilité d’établir dans l’urgence toutes sortes de statistiques, sans
se préoccuper d’en analyser la qualité et le contenu, et en occultant l’examen d’autres éléments
de la vie scientique comme, par exemple, l’innovation et le transfert intellectuel et industriel.

(…) ” Si les indicateurs peuvent donner des tendances sur un nombre réduit d’aspects de la vie scientifique, il convient d’être très circonspect dans leur usage en raison de la possibilité d’interprétations erronées, des erreurs de mesure (souvent considérables) et des biais dont ils sont affectés. Un usage abusif des indicateurs est facilité par la nature chiffrée du résultat qui introduit la possibilité d’établir dans l’urgence toutes sortes de statistiques, sans se préoccuper d’en analyser la qualité et le contenu, et en occultant l’examen d’autres éléments de la vie scientifique comme, par exemple, l’innovation et le transfert intellectuel et industriel.” (Site de l’INRIA - Institut National de Recherche en informatique et en automatique)

(…)“Les indicateurs bibliométriques reposent sur l’analyse des citations, c’est-à-dire la partie ”Références” d’un article scientifique qui fait mention des travaux effectués par la communauté scientifique (y compris les auteurs de l’article) sur le sujet de l’article. Il faut d’ores et déjà indiquer que les indicateurs ne reposant que sur des citations ne donnent qu’une vision partielle du travail scientifique puisque 90% des papiers publiés dans les journaux scientifiques ne sont jamais cités [9] et qu’il semble difficile de croire que seulement 10% de la production scientifique serait significatif.” (Ibidem)

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Dans un ouvrage remarquable et lumineux : ” Et si les chiffres ne disaient pas toute la vérité ? ” (Ed. Fayard, 2009), Valérie Charollesdirectrice des affaires économiques et financières de Radio France.

Et si les chiffres ne disaient pas toute la vérité ?

” Pour sortir le soir, on met une tenue à notre avantage, qui sera le plus souvent bien différente de celle que l’on choisit pour faire du sport. Il en va de même pour les chiffres: la manière dont on les présente sert à mettre en valeur ce sur quoi ils portent en vue d’un certain objectif. Cela ne signifie pas qu’on  travestit la réalité, mais que l’on cherche à l’habiller au mieux en fonction d’un projet particulier.“(….) Il faut être conscient de ce que ces pratiques “signifient quant à l’objectivité généralement prêtée aux données chiffrées.”(…)


Valérie Charolles

(…) “Le problème majeur traité par la philosophie au XX ème siècle aura été celui des mots et des choses. Mais ce problème s’est déplacé : il concerne désormais les faits et les chiffres.” (…) ” On ne peut plus opposer le monde de la nature et celeui de l’action : tous deux interagissent continuellement. Dans ce contexte, la technique est nécessaire et elle passe de plus en plus par l’objectivation du réel au travers des données.”(…) “C’est un monde dans lequel les actions des hommes sont des faits, observables selon des méthodes scientifiques,”(…) ” C’est (aussi) un monde communicationnel et performatif où la parole a souvent le statut d’un acte.”

L’auteur propose l’exemple des sondages d’opinion :

(…) ” La publication des sondages a un effet sur les résultats. Cela fait plus d’un siècle que l’on sait, dans les sciences physiques, que la position de l’observateur influe sur les résultats mesurés.”(…)” Dans le domaine des sciences de l’homme, cette équation est “encore plus vraie” et elle est au coeur de toute l’analyse économique moderne.”(…)

” L’essentiel de l’analyse néo-classique en économie repose sur la théorie des anticipations, c’est à dire sur le fait que les informations dont disposent les agents jouent un rôle déterminant dans les choix qu’ils vont effectuer.
Autrement dit, en économie, un résultat anticipé a plus de chances de se produire qu’un résultat non anticipé : les prévisions sont pour une part autoréalisatrices.

C’est un mécanisme couramment utilisé par les banques centrales ; elles sont particulièrement attentives  à leur réputation, de sorte que le comportement qu’elles vont adopter puisse être prévu par les marchés et produire son effet avant même qu’elles aient à intervenir sur les taux d’intérêt.”

Cet ouvrage analyse quantité d’exemples de chiffres, de statistiques, d’indicateurs dans beaucoup de domaines de  la vie courante et de la vie économique, et on espère que la lecture de ce billet vous donnera l’envie de lire les deux ouvrages mentionnés, passionnants et… salubres, dans le contexte de la guerre quotidienne de communication dont nous sommes l’enjeu.

Source photo – Création de Laurent Courau


(1) Infotainment : information-contenu des médias qui comprend également un contenu de divertissement dans un effort visant à renforcer la popularité auprès du public et des consommateurs.

(2) Computationnel : par le traitement d’un ordinateur, de manière logico-algébrique.

 


Afghanistan : un candidat intègre…

31.08.09

Un des candidats aux élections présidentielles afghanes, Mr Ramazan Bashardost, interviewé par Valérie Crova, correspondante de France-Info à Kaboul, répond – dans un français parfait –  aux questions de la journaliste sur la corruption en Afghanistan :

Extraits du reportage :

Il cible d’abord ses attaques sur les organisations non-gouvernementales :

Les ONG se créent pour servir le peuple, mais elles se servent : des maisons à dix chambres pour les directeurs, 10 000 dollars à 15 000 dollars de loyers ; des voitures à 60 000 dollars avec des téléviseurs dedans … mais à qui ça sert  ?”

Ancien Ministre du Plan  jusqu’en 2004, il a démissionné avec fracas,  parce qu’il était en désaccord avec la politique menée par le président Karzaï, à cause du clientélisme :

Lorsque j’ai commencé mon travail, j’avais droit à un lot de terres  pour construire une maison. J’ai refusé, j’ai dit “je ne veux pas” … n’est-ce pas … donnez d’abord aux Afghans pauvres.”

Il a aussi refusé la somme de 10 000 dollars allouée à tous les parlementaires pour acheter une voiture.

“J’étais le seul à ne pas vouloir de cet argent. C’est là que pour la première fois, j’ai entendu un député me traiter de fou.”

Depuis qu’il est député, Bashardost reverse 60 % de son salaire pour aider les Afghans dans le besoin.
40 % de la population afghane vit avec 10 euros par mois.

Lors d’un débat télévisé, pendant la campagne, opposé aux autres candidats, dont Hamid Karzai, il a asséné quelques vérités :

” Dans tous les pays, il y a de la corruption, mais la différence, en Afghanistan, c’est que la corruption est pratiquement légale : elle fait partie de l’administration. C’est un signe de pouvoir.”

Bashardost se définit comme un idéaliste, mais pas comme un utopiste.

” Car tous les idéaux se réalisent un jour.
Il n’est que de voir Barak Obama.”


En Israël aussi, choisir entre écoles et prisons

19.08.09

Lu dans “Le Temps” (quotidien suisse) du 18 août 2009 un article signé Serge Dumont, correspondant à Tel-Aviv, sur le degré croissant de violence au sein de la société israëlienne.

Extraits libres:

(…) En 2008,  le Hamas, l’Iran et le Hezbollah figuraient toujurs en tête de liste des préoccupations des dirigeants de l’Etat hébreu. Or trois Israëliens en tout et pour tout ont été tués à la suite d’opérations terroristes.
En revanche, 244 autres ont perdu la vie lors de règlements de compte entre clans mafieux, à la suite de bagarres dans des lieux publics, ou dans le cadre de conflits familiaux.”
(—)

Le correspondant fait ensuite état de plusieurs points de vue de divers interlocuteurs, et termine son article par la position de l’ex-Ministre de l’Education, Mr.Yossi Sarid, qui porte le jugement suivant :

” Voilà des années que l’on réduit le budget de l’Education, que l’on licencie des professeurs et que l’on supprime des cours considérés comme improductifs.
Voilà également des années que les nouveaux immigrants en situation sociale précaire sont abandonnés à eux-mêmes et que les services sociaux censés aider les familles en détresse sont négligés au profit des dépenses militaires ou sécuritaires.
La violence, c’est dans tous ces manquements qu’elle trouve sa source, mais mes ex-collègues de la Knesset et du gouvernement feignent de ne pas le savoir.
Ils préfèrent croire que tout ira mieux en donnant plus de pouvoir à la police. C’est facile et cela va dans le sens de ce que les gens de la rue veulent entendre, même si cette approche ne mène nulle part.”

Source photo Yossi Sarid


C’est tellement vrai que cela s’applique à tous les pays, y compris la France dans ses banlieues…
Comme disait Victor Hugo : ” Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons
(si ce n’est la lettre de la citation, c’en est, en tout cas, l’esprit)

Eh, oui, l’Eat d’Israël est un Etat comme les autres,
et lorsque c’est un ancien Ministre de cet Etat qui le critique,
au moins, on ne sera pas taxé d’antisémitisme.


Ventes d’armes : allez jouer ailleurs…

9.08.09

Lu dans “Le matin-Dimanche” de ce 09.08.09 , le billet d’humour de Jean-Charles :

” La Suisse a exporté du matériel de guerre pour 331 millions de francs au 1 semestre 2009.
Car la neutralité, c’est un peu le principe de cadeaux de Noël qu’on donne aux enfants pour qu’ils nous fichent la paix : on fournit les jouets, mais allez vous amuser ailleurs.”

On se permettra d’ajouter que dans certains pays, les achats d’armes servent au chef d’Etat en fonction à affourager (1) les chefs des armées pour calmer les ardeurs et démangeaisons de coup d’Etat.

Au moins dans ce domaine, les choses sont en général – dramatiquement – simples.

2008-06-17_B.A.C. / Eurosatory par aalek

Manifestation lors du Salon de l’armement de Satory (“Eurosatory”)

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Le hasard des dates fait que ce même 9 août, les villes de Hiroshima et Nagasaki (Japon) commémorent le bombardement nucléaire d’août 1945.
Les discours, y compris du Premier Ministre, sont clairs, simples et limpides : plus jamais d’utilisation d’armes nucléaires.
Dès son élection, le président américain Obama a préconisé d’aller vers un monde sans armes nucléaires.
Les réalistes ne sont pas toujours ceux que l’on pense.

Source photo

(1) Affourager : ” Donner du fourrage sec aux bestiaux à l’écurie, à l’étable ou à la bergerie”. (Dictionnaire Littré)


Le député des Abrincates contre le travail dominical

9.08.09

Dans le débat récent sur le travail dominical au Parlement farnçais, Mr Guénaël HUET, maire d’Avranches et député apparenté UMP du Sud-Manche s’est exprimé ainsi à l’Assemblée Nationale, le 7 juillet dernier :

(…) On peut s’interroger en période de crise économique sur le volume de consommation supplémentaire que pourrait générer l’ouverture des commerces le dimanche. Une analyse prudente impose de considérer que le pouvoir d’achat des ménages n’est pas extensible à souhait et qu’il y a de bonnes raisons de penser qu’on assistera pour l’essentiel à un simple transfert de chiffre d’affaires d’un jour sur l’autre.”(…)
“On peut également se poser la question de savoir s’il appartient au législateur d’intervenir pour légaliser des pratiques illégales.”(…)
“Notre débat n’est pas anodin(…) car il ne saurait être réduit au risque de réduire l’individu lui-même à des aspects purement économiques et juridiques. En effet, poser le problème du travail dominical, c’est aborder un sujet de fond, qui porte en germe une évolution importante de nos comportements, de notre mode de vie, et, au final, d’un certain équilibre de notre société.(…) ” L’impérium des chiffres et des statistiques ne doit pas nous faire oublier que l’individu n’est pas seulement un producteur et un cosommateur et que notre responsabilité politique consiste à construire une société équilibrée.(…)” L’épanouissement individuel et la cohésion sociale reposent sur (…) des valeurs sociales et morales qu’il ne faut ni banaliser ni négliger.”

vacances été 09 (2) Patton chorale coques 14 juillet 039Mr Guénaël Huet, député-maire d’Avranches, aux cérémonies du 14 juilllet 2009

Puisqu’on reproche toujours à ceux qui ” font de la résistance à la modernité” de se référer aux “valeurs” sans dire lesquelles, on pourrait illustrer les risques de cette loi en constatant que la plupart des jeunes couples qui se constituent doivent travailler les deux pour joindre les deux bouts du budget familial, et que si le travail dominical se généralise, il ne manquera de gens du même bord pour se plaindre, devant l’augmentation de la délinquance et des incivilités juvéniles, de la “démission des parents”.
Par ailleurs, ceux qui iront travailler le dimanche seront, nous dit-on, “volontaires“… Quand on gagne moins que le SMIC, on est toujours volontaires pour travailler le dimanche.

Dans le même ordre d’idées, un chroniqueur de la Radio suisse romande affirmait récemment : Le travail, le dimanche, c’est non seulement salutaire. C’est aussi une façon de se libérer des interdits injustifiés de la société.”
Comme le disait, en réaction à cette sornette, un journaliste de l’Hebdo(Philippe Le Bé) : ” … Libre enfin de ne plus avoir besoin de se préoccupper de sa propre liberté.”

Parmi les petits roquets de la modernité ambiante, il en est un, dénommé Frédéric Lefèbvre, qui prône, de son côté, le travail pendant les congés-maladie. On va finir par croire que ce triste sire est chargé de lancer des idées, de se prendre les coups dans la figure (on appelle cela le dévouement politique en attendant de devenir ministre), mais d’avoir rempli le sale boulot de commencer à banaliser des sujets délicats.

 

C’est comme la comédie de communication parfaitement au point, qui consiste à laisser un PDG de société publique demander des augmentations de tarifs éhontés, pour qu’ensuite le gouvernement apparaisse comme ayant protégé le bon peuple en “ne tolérant qu’une augmentation minime” (1,5 % pour l’électricité contre 20 % sur 5 ans demandés par le patron de l’EDF).
La règle de la communication publique, c’est de lâcher les loups pour effrayer le bon peuple (“tollé général”), pour dans un second temps, lui donner le sentiment que le gouvernement est raisonnable.
Vous verrez qu’ un jour, Frédéric Lefebvre viendra, en service commandé, prôner, dans un débat télévisé des plus sérieux, la “question” du ” travail pendant les vacances.” A moins que d’ici là, il n’y ait déjà plus de débat télévisé ..

.Afficher l'image en taille réelle

Frédéric Lefebvre,
muezzin
et lanceurs de boomerang de l’UMP






Se méfier des eaux calmes du marigot

5.07.09

Ceci n’est pas une fable.

Un cadre, ressortissant d’un pays A, est nouvellement recruté comme premier directeur général par une compagnie nationale d’un pays B désirant créer un marché dans le pays A. Dès sa prise de fonctions, il recrute donc, comme planifié, une équipe de délégués régionaux.
Les ventes se développent dans le pays A, de manière régulière, même s’il ne s’agit pas d’une croissance exponentielle.

Quatre ans plus tard, les élections générales s’annoncent dans le pays B (siège central de la compagnie), et l’opposition de droite libérale inscrit dans son programme la privatisation de cette compagnie nationale que le gouvernement socialiste sortant avait nationalisée. Les sondages annoncent une nette victoire du programme de l’opposition libérale.

Dans la même période, et donc cinq ans après avoir été recruté dans son pays (pays A), le directeur en question reçoit l’ordre du siège de la compagnie de licencier rapidement les délégués régionaux qu’il a recrutés, formés, et animés pendant ces années, sans aucune considération des résultats positifs ni de la croissance régulière de l’activité.

Il se dit alors qu’après lui avoir fait faire le “sale boulot” (virer toute son équipe), il sera certainement lui-même licencié.  Ce qui s’est effectivement réalisé.
Son chef (qui sera viré trois mois plus tard) le convoque au siège du pays B et lui explique (en faisant appel, bien sûr, à sa “compréhension”) que malgré les résultats positifs obtenus en France, les perspectives du marché sont nettement supérieures en Amérique Latine. Mais aussi qu’en vue de la privatisation inéluctable, il importe de licencier pour montrer aux futurs actionnaires ce qu’il en est de la gestion de cette multinationale que les sondages annoncent donc comme privatisables dès la victoire électorale.
Autrement dit, il faut urgemment, avant les élections, valoriser les actions de la compagnie, car – comme chacun sait – pour valoriser une action en Bourse, il faut licencier.

Moralité  – et ce directeur licencié s’exprime en ces termes :
” La preuve est ainsi faite que, même si vous avez fourni un travail acharné et créatif, avec des résultats probants, cela ne sert strictement à rien : vous pouvez être licencié du jour au lendemain, pour des raisons stratégiques qui n’ont strictement rien à voir avec le volume ou la qualité de votre travail.
Et du marigot en eaux calmes à côté duquel vous travaillez – même avec succès – depuis des années, peut sortir, n’importe quel matin, un crocodile qui vous dit : “ dans l’intérêt stratégique supérieur de la compagnie, dans dix minutes, vous n’existerez plus.


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Nations Unies : une “véhémence” bienvenue

5.07.09

Pour une fois qu’une Agence des Nations Unies ne produit pas du langage purement technique qui gomme les responsabilités (voir précédent billet de ce blog : ” Le sabir des Nations Unies“) voici un rapport qui fait le lien entre un problème récurrent au niveau mondial et les risques et conséquences possibles de la grave crise économique actuelle.

Il faut s’en réjouir et citer des extraits de ce rapport de l’UNODC (United Nations Office on Drugs and Crime),  publié le 24 juin 2009 et intitulé : ” Rapport mondial 2009 sur les drogues “ dans lequel on peut lire les extraits suivants de la préface signée de Mr Antonio Maria COSTA, directeur exécutif de l’UNODC, face au discours de ceux qui préconisent la légalisation des drogues :

(…) On fait valoir plusieurs arguments en faveur de l’abolition de contrôles visant les drogues, d’ordre économique, sanitaire et sécuritaire :

1 – L’argument économique en faveur de la légalisation des drogues se résume à ceci : dépénalisons les drogues et fiscalisons-les. Il séduit de plus en plus les gouvernements, qui souhaitent augmenter les recettes de l’Etat en cette période de crise économique.
Or la solution consistant à légaliser et fiscaliser est contraire à l’éthique et à la logique économique. Elle propose un impôt pervers, frappant de génération en génération un groupe marginal (les toxicomanes) pour relancer l’économie : les partisans de cette solution sont-ils favorables aussi à la légalisation et à la fiscalisation d’autres infractions apparemment irréductibles comme la traite de êtres humains ? Les esclaves modernes (et il y en a des millions) procureraient sans doute des recettes importantes qui permettraient de venir à la rescousse des banques en faillitte.
L’argument économique se fonde aussi sur une logique déficiente : toute économie réalisée dans le contrôle des drogues
(…) se traduirait par une augmentation beaucoup plus importante des dépenses de santé (en raison de l’explosion de la consommation qui en résulterait). (…)

2 – D’autres ont fait valoir qu’à la suite de la légalisation, l’Etat pourrait écarter la menace sanitaire (épidémies de drogue) en réglementant le marché des drogues.
Encore une fois, c’est faire montre de naïveté et de myopie. D’abord plus les contrôles se resserrent, plus le marché parallèle, clandestin, se développe rapidement. – ce qui vient discréditer cette idée.
Ensuite, seuls quelques pays (riches) peuvent se premettre des contrôles aussi sophistiqués.
Qu’en est-il du reste de l’humanité (qui représente la majorité) ?
Pourquoi déclencher une épidémie de drogues dans les pays en développement au nom d’arguments libertaires brandis par le lobby favorable aux drogues …qui a les moyens de faire traiter ses toxicomanes ?
Les drogues ne sont pas néfastes parce qu’elle sont placées sous contrôle : elle sont placées sous contrôle parce qu’elles sont néfastes, et elles causent des dommages au toxicomane, qu’il fasse partie du beau monde ou qu’il soit pauvre et marginalisé
.(…)

Un sous-marin bourré de cocaïne fait naufrage en Colombie (Source photo)

3 – Le dossier le plus grave concerne la criminalité organisée.
Toutes les activités assujetties au contrôle de l’Etat font naître des opérations parallèles, illicites.
(…) Par la force des choses,, les contrôles ont favorisé l’émergence d’un marché illicite de très grande envergure, où la violence et la corruption imprègnent le jeu de l’offre et de la demande.  Si on légalise les drogues, la criminalité organisée sera privée de son activité la plus lucrative, estiment les censeurs.(…)

Après avoir réflchi longuement à la question, nous avons conclu que les arguments concernant les liens entre drogue et criminalité organisée étaient valables.(Mais) ” D’abord, les services de détection et de répression devraient cibler les trafiquants plutôt que les consommateurs de drogue. La toxicomanie est une maladie : il faut apporter un soutien médical à ceux  qui se droguent et non les sanctionner.(…)
Ensuite, nous devons mettre fin au drame des villes livrées à l’anarchie. La revente de drogues, comme les autres infractions, ont lieu le plus souvent dans des milieux urbains qui se trouvent sous le contrôle de groupes criminels.. Ce problème s’aggravera dans les mégapoles de demain, si la gouvernance ne suit pas le rythme de l’urbanisation. Or, appréhender les individus et confisquer les drogues,
(…) c’est un peu comme désherber, il faut recommencer le lendemain. On ne peut y remédier qu’en luttant contre la prolifération des bidonvilles et le délabrement de nos villes, en renouvelant les équipements et en augmentant l’effort social (…).
Les ghettos ne produisent pas les toxicomanes et les chômeurs, c’est souvent l’inverse. Et les mafias de prospérer.”

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Et l’adresse se termine ainsi :

Nous pouvons affirmer que la légalisation des drogues n’arrêtera pas la criminalité organisée internationale. Les coffres des mafias sont également alimentés par le trafic d’armes, la traite des personnes, , le trafic d’organes, la contrefaçon et la contrebande, le racket et le prêt usuraire, les enèvements et la piraterie, la violence à l’encontre de l’environnement (exploitation forestière illégale, déversement de déchets toxiques, etc) L ‘argument sur le compromis entre drogue et cirminalité ne fait que s’inscrire dans l’ancien projet de légalisation des drogues, que ne cesse de soutenir le lobby favorable aux drogues (…) La politique de lutte contre la criminalité doit évoluer. Il ne suffit plus de dire non aux drogues, nous devons également dire non à la criminalité, avec autant de véhémence.”(…)

La véhémence n’étant pas la caractéristique habituelle des documents officiels des Nations Unies, il faut saluer cete clarté d’analyse et de discours, en se demandant cependant s’il n’est pas déjà trop tard…
Il faut entendre les paysans afghans ou ceux de la Bekaa (Liban) à qui on a promis des subventions pour des cultures alternatives aux cultures alimentant le marché mondial de la drogue, et qui n’ont rien reçu. On peut douter très sérieusement de la réelle volonté politique des Etats concernés pour éradiquer ce fléau, quand on sait le volume d’argent  en jeu – sans oublier ceux qui discutent le plus sérieusement du monde du lien entre la légalisation de la drogue et les perspectives de  ressources fiscales…

(PS : Rôle de la mafia dans le scandale des poubelles de Naples il y a six mois ???)


“Relire Marx, mais cette fois sans se tromper”.

21.06.09

” Le capital, semblable au vampire, ne s’anime qu’en suçant le travail vivant et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage.”
(Cité sur Evene)

” Moins vous êtes, plus vous avez…
Ainsi, toutes les passions et toutes les activités sont englouties dans la cupidité.”
(Cité sur Evene)

” Etre radical, c’est prendre les choses à la racine.
Et la racine de l’homme c’est l’homme lui-même.” :
Extrait de “L’idéologie allemande”

” L’état politique est vis-à-vis de la société civile
dans un rapport aussi spiritualiste que le ciel par rapport à la terre “.

Extrait de ” La question juive “.

” Le comportement borné des hommes en face de la nature
conditionne leur comportement borné entre eux.”

Extrait de ” L’Idéologie allemande “

” Il n’y a qu’une seule façon de tuer le capitalisme :
des impôts, des impôts et toujours plus d’impôts.”
(Cité sur Evene)

” De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins.”
Extrait de “L’Idéologie allemande”.

” Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre “.
(Cité sur Evene)

” La production du capitalisme engendre, avec l’inexorabilité d’une loi de la nature, sa propre négation.”
Extrait de ” Le capital ”

‘ Owners of capital will stimulate the working class to buy more and more expensive goods, houses and technology, pushing them to take more and more expensive credits, until debt becomes unbearable.

The unpaid debt will lead to the bankruptcy of banks, which will have to be nationalised, and the state will have to take the road which will eventually lead to communism. ‘

Karl Marx.

A suivre…

PS : le titre de ce billet est repris de mémoire  d’un commentaire d’article de presse dont il nous est impossible de retrouver la trace. Si donc l’auteur se reconnaît, merci de l’indiquer en commentaire.