L’expulsion d’Abdirashid : un non-sens absolu

22.11.09

Mr Abdirashid Ali, 17 ans en 2009, est arrivé de Somalie, son pays d’origine, en 2008 par bateau sur les plages de l’île de Lampedusa (Italie), île mondialement connue pour accueillir les Africains … amateurs d‘”asylum shopping”.

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Après trois mois de promiscuité  et d’hygiène déplorables dans un centre de transit,  il en est ” remercié ” (!),  avec le mot de passe : ” L`Italie est grande, débrouillez-vous”.
Autrement dit : Dis-pa-rais-sez !!! “.

Après quelque temps à errer dans le pays, Abdirashid se présente en Suisse en janvier 2009.
Accueilli au Centre EVAM de Lausanne (Canton de Vaud), spécialisé dans l’accueil des mineurs étrangers non-accompagnés, il fréquente les classes OPTI de l’école publique vaudoise (perfectionnement, transition et insertion professionnelle).
Ses enseignants le disent excellent élève, sérieux, motivé.
Comme les Accords de Dublin, auxquels la Suisse a adhéré (bien que non-membre de l’UE), ne font pas de différence entre adultes et mineurs, Abdirashid risque l’expulsion vers le premier pays de “débarquement”, l’Italie. Et donc le jeudi 12 novembre 2009, à 7 h  du matin, la police cantonale vaudoise se présente à son domicile, l’emmène au Commissariat pour le conduire, menotté, en fourgon grillagé jusqu’à Berne, puis dans un train “adapté” pour Zurich, sans menottes, avec chocolat et biscuits.
A Zurich, douche et vêtements propres, puis re-menottes dans un fourgon blindé vers l’aéroport pour un avion vers l’Italie. A la descente d’avion, les policiers italiens embarquent l’adolescent pour prise d’empreintes digitales aux bureaux d’immigration, lui donnent un ticket de bus pour se rendre dans un centre, ainsi qu’un billet de train pour la Sicile
(où il avait débarqué il y a désormais un an).
On voudrait l’inciter à la clandestinité qu’on ne ferait pas autrement.

Pas d’argent, rien à manger, l’adolescent traîne pendant une nuit dans la gare de Rome, puis dans les locaux de l’ancienne ambassade de Somalie, un journaliste italien rencontré le conduit vers un centre pour mineurs tenu par des Jésuites.
On en est là à ce jour (21.11.09).

Abdirashid Ali, 17 ans, mineur somalien non-accompagné,
expulsé de Suisse en 48 heures, sans avoir commis ni délit ni crime.

Source photo (Eric Vandeville)

D’où ces quelques questions, dont les réponses circonstanciées nous obligeraient :

Mesdames, Messieurs les Conseillers d’Etat
du Canton de Vaud,
force est restée à la loi… mais laquelle ?
et
en quoi Abdirashid l’avait-il enfreinte ?

- la procédure de renvoi est réputée légale, tant au niveau fédéral que cantonal … à cette réserve près que la Convention relative aux Droits de l’enfant (ratifiée par la Suisse, et dont vous n’avez pas manqué de célébrer les 20 ans ce vendredi 20 novembre) dispose dans son Article 22, concernant les mineurs demandeurs d’asile : Lorsque ni le père, ni la mère, ni aucun autre membre de la famille ne peut être retrouvé, l’enfant se voit accorder, selon les principes énoncés dans la présente Convention, la même protection que tout autre enfant définitivement ou temporairement privé de son milieu familial pour quelque raison que ce soit.”

- Le Comité des Droits de l’enfant (en charge du suivi de l’application de la Convention par les Etats) exige, dans son Commentaire No 6 : Le but ultime de la prise en charge d’un enfant non accompagné ou séparé est de définir une solution durable qui permette de répondre à tous ses besoins en matière de protection, tienne compte de l’opinion de l’intéressé, et si possible, mette un terme à la situation de non accompagnement ou de séparation.”

Voilà donc un mineur qui a quitté un pays où il n’y a plus d’Etat depuis 15 ans (ce qui – soit dit en passant –  ne dérange personne, au sein de l’honorable “communauté internationale”), et où la violence règne à chaque coin de rue. Il décide de risquer sa vie sur un bateau pourri en espérant  une vie un peu meilleure que le pire. Il affronte une situation d’ abandon total pendant plusieurs mois, s’obligeant à dénicher la moindre ressource de survie physique et psychologique.
Il arrive dans un pays, la Suisse, qui lui assure le gîte, le couvert et une scolarisation, le temps d’une procédure. Il se tient “à carreau”, ne commet aucun délit ni crime, ni même, que l’on sache, une quelconque incivilité de nature à fragiliser la moindre chance d’un avenir : mais un matin de novembre, la police le menotte et l’expédie par le premier avion vers l’étranger.
La loi, peut-être. Le droit, oui, à géométrie variable. Mais le non-sens, assurément.

Le même Commentaire No 6  du Comité des Droits de l’enfant dispose : (…) ” Les Etats doivent tenir compte du fait que l’entrée illégale ou le séjour illégal dans un pays d’un enfant non accompagné ou séparé est susceptible de se justifier au regard des principes généraux de droit – si cette entrée ou ce séjour constitue le seul moyen d’empêcher une violation des droits fondamentaqux de l’intéressé.”(…)
Ayant sciemment et volontairement été laissé à lui-même en Italie, obligé de survivre seul par tous les moyens, les risques sont tels qu’un retour en Italie était, de l’avis même d’Abdirashid, inconcevable. Il avouait lui-même préférer rentrer en Somalie, car il savait au moins où aller dormir…

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Ne vous aurait-il pas effleuré les neurones qu’un jeune dans cette situation, sachant le “parcours du combattant” qu’il a connu et la résistance à laquelle il a déjà dû faire face, serait peut-être déjà une personne avec qui il est possible de discuter, de négocier (ce qui comporte des obligations qu’il aurait probablement acceptées si on lui avait parlé sérieusement), c’est à dire de discuter des avantages que les “deux parties” pourraient tirer de sa formation et de sa volonté de s’intégrer.
Est-ce qu’au moins quelqu ‘un lui a posé la question de savoir s’il voulait s’intégrer en respectant toutes les lois et procédures qu’on lui imposerait ? Et si oui, a-t-on tenu compte de ses réponses ?

- les menottes et les fourgons grillagés sont en général utilisés pour les délinquants présentant un risque pour l’ordre public. En quoi Mr Abdirashid Ali comportait-il un risque pour l’ordre public ? Quel délit ou crime avait-il commis ou était-il présumé vouloir commettre ? Disparaître dans la clandestinité ? N’est-ce pas hypocrite de préférer le voir disparaître dans la clandestinité en Italie plutôt qu’en Suisse ?

- Vous avez obtenu de l’ODM (l’office fédéral des migrations) l’assurance qu’aucune expulsion de mineur dans un pays “précédent” ne peut se faire sans la garantie qu’il sera accueilli et pris en charge ne serait-ce que sous l’angle de sa protection. Nous savons maintenant par témoignage direct et véréfié que cela n’a pas du tout été le cas. Allez-vous demander, avec le même sérieux, le même degré de garantie pour la dizaine de mineurs que le directeur du centre EVAM annonce comme étant sur liste d’attente pour expulsion ?
Cette expulsion n’est-elle pas un message adressé aux “suivants” : ” Disparaissez avant qu’on ne vous expulse…”
Et si on se mettait à la place du directeur du Centre d’accueil de ces mineurs,on se poserait la question de savoir quel travail on peut faire avec des mineurs qui sont convaincus que s’ils sont placés là, c’est en vue – et uniquement en vue  – de leur expulsion ?

- Même si, en Suisse, la décision de renvoi est prise au niveau fédéral et que le canton est chargé de l’exécution de la décision, vous savez fort bien que vous avez la possibilité d’attendre la fin de l’année scolaire pour procéder à l’”exécution” - voir vos propres archives à propos des  mineurs kosovars de l’école de Moudon en mars 2003. Même si aucun texte fédéral ne le prévoit, il existe, comme vous le savez, une certaine jurisprudence en la matière. Merci de nous indiquer ce qu’il en est pour les mineurs en liste d’attente, sachant qu’il est possible de surseoir à un délai d’exécution si une raison majeure s’y oppose.  Si le droit à l’éducation n’est pas une raison majeure pour un mineur, cela en dit long sur les valeurs que vous prétendez représenter.
La loi suisse étant ce qu’elle est, c’est tout de même un comble de s’apercevoir que si Abdirashid s’était enfui du centre d’accueil pour entrer dans la clandestinité en Suisse, il avait le droit à la scolarisation sans risque, qui est accordée sans risque aux mineurs clandestins, alors qu’en tant que demandeur d’asile officiel, il se retrouve expulsé manu militari dans les 48 heures…
Pourquoi faire perdre un an de formation à un mineur avant de l’expulser ? Encore une fois, où est le délit, où est le crime, qui justifient les menottes, les fourgons grillagés et la mise dans un  avion vers l’étranger, le tout dans les 48 heures, un 12 novembre ?

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Pour terminer, Mesdames et Messieurs le Conseillers d’Etat, vous nous permettrez de vous demander une faveur : cessez définitivement, s’il vous plaît, de répondre aux militants, aux ONG, et autres  ” euv’dentrèdes “ qu’ils sont des idéalistes, des angéliques, et qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde,etc,etc….
VOUS êtes les idéalistes et les angéliques, qui pensez qu’avec un politique répressive, d’expulsions, de renvois avec effets de manche médiatiques et coup de menton, cela va faire diminuer l’immigration. Cela fait diminuer les statistiques pour les batailles de polochon électorales et télévisées, alors que la réalité, c’est l’augmentation de la clandestinité et donc de la délinquance. Ce que vous voulez en fait, c’est que les problèmes aient moins de visibilité publique. Et on en revient toujours au discours tenu à ces immigrés, mineurs ou non : ” DIS-PAR-AIS-SEZ !!!!”.

D’ailleurs, on vous suggère (à moins que ce soit déjà prévu dans les “procédures”) de faire traîner le dossier pendant quelques mois en attendant qu’Abdirashid Ali passe le cap des 18 ans, et le problème aura “disparu” puisqu’il sera devenu majeur. Et l’affaire est close… Au suivant !

On n’est pas près d’oublier ce paragraphe qui figurait en bonne place dans un document officiel – un petit chef d’oeuvre de transparence – de l’Office Fédéral des Migrations, il y a quelques années, à propos des “disparitions” des demandeurs d’asile africains déboutés et donc contraints à la clandestinité :

Presque 90 % des requérants d’asile (…) quittent le domaine de l’asile par des “départs non-officiels”. Sans cette soupape, la politique d’asile devrait assumer un fardeau social et financier qu’elle ne pourrait pas porter. Les disparitions – qu’on le veuille ou non – remplissent ainsi une fonction clé dans la gestion des flux migratoires.”

Or, en matière d’immigration comme en matière d’inondation, on ne peut rien contre l’eau qui monte.

Le choix n’est pas entre accepter ou refuser. Parce que la mondialisation n’est pas à option.
Vous savez aussi bien que nous ce que l’OCDE ne cesse de dire : (…) Il faut adapter l’immigration aux besoins futurs (…) et la traiter comme un phénomène économique et social qui , s’il est bien géré, peut apporter des solutions à certains problèmes et non réagir de façon intuitive ou émotionnelle ou l’utiliser dans un but politique à court terme.”

Et quand face au vieillissement de la population et à la concurrence internationale acharnée, les milieux économiques et patronaux seront en état d’alerte, on écoutera, d’ici quelques années, les campagnes électorales de nos politiques , la main sur le coeur, vanter les mérites d’une immigration permettant de remplir les fonctions qu’une population vieillissante ne veut pas ou plus faire…

Tiens, c’est  une idée, ça … Quand on sait le respect que les populations africaines portent aux personnes âgées, on pourrait accueillir un certain nombre de gens comme Abdirashid Ali, les former et les employer comme accompagnateurs-trices de nos personnes âgées –  il y aurait peut-être moins de maltraitances psychologiques et un peu plus d’humanité dans certains EMS suisses…

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A consulter ces billets précédents du blog, traitant du même sujet :

“Immigration choisie : a-t-on vraiment le choix ?

Lettre-ouverte-a-maitre-fatimata-mbaye/

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Malgré l’ apparences de procédures structurées,
qui donnent le sentiment d’une maîtrise de la situation,
beaucoup de mineurs “disparaissent”
soit en haut à droite
soit en bas à gauche…

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Des ONG pataugent dans l’économie-fumier

28.10.09

Qu’est-ce que l’économie-fumier ?

Selon le Dictionnaire Littré, le fumier, c’est ” la paille, qui a servi de litière aux animaux domestiques, qui s’est mêlée avec leur fiente, s’est imbibée de leur urine et s’est ensuite décomposée par la fermentation“.

L’économie-fumier, ce pourrait être une économie qui, sur le lit de paille où tout le monde est assis, a laissé traîner ses produits dérivés, ses hedge-funds, ses titrisations, ses subprimes,  ses fonds spéculatifs, ses “private equities”, et tous les produits issus de l’urine des cerveaux des pontes de l’ingeniérie financière globalisée… avec le résultat que l’on connaît avec les conmséquences sur l’économie mondiale.

Des exemples?

(“Le Monde” – 19.10.09)
(…) ” Un milliardaire – qui gérait un fonds spéculatif de 3 milliards de dollars – et plusieurs dirigeants de grandes sociétés américaines, dont deux dirigeants du hedge fund New Castle, ont été arrêtés vendredi 16 octobre (2009).(…) Les fait se seraient déroulés sur trois ans à partir de janvier 2006.(…) Des délits d’initiés auraient permis à plusieurs dirigeants  de gagner plusieurs millions de dollars. Dont un dirigeant d’IBM qui aurait transmis une information d’initié au sujet d’un fabricant de puces, obtenue dans le cadre d’une négociation entre IBM et cette entreprise. Il est aussi accusé d’avoir transmis des renseignements sur IBM avant la publication des résultats trimestriels du groupe. Ironie du sort, IBM vend des logiciels pour aider les sociétés à prévenir les délits d’initiés.”(…)

Le journaliste (P.A.Delhommais) ajoute : (…) ” Le Procureur fédéral de New York, Preet Bharara, a souligné que la justice américaine était décidée à employer vis-à-vis des financiers les mêmes outils de surveillance électronique que pour les organisations criminelles, les trafiquants de drogue et les terroristes.”

Si le moindre factotum militant s’était risqué à assimiler les financiers internationaux  à la grande criminalité organisée, que n’aurait-il pas entendu …!!!

Dans “le Matin-Dimanche” (Suisse) de ce jour 25.10.05, on apprend que, suite à l’annonce bien orchestrée de “l’inévitabilité de l’augmentation des primes d’assurance-maladie” (comme tous les ans on prépare l’opinion publique vers la mi-octobre…), il apparaît pourtant, dit-on, que des caisses d’assurance sont intéressées de perdre des clients pour faire monter le pourcentage de leurs réserves financières … Diantre… Comment est-ce possible ?

(…) ” Parce que les réserves ne sont pas calculées sur la base des prestations versées, mais sur les primes à encaisser.(…) Une caisse qui enregistre de nouvelles affiliations en grand nombre se retrouve donc obligée d’augmenter drastiquement ses réserves, tandis que celle qui voit sa clientèle diminuer bénéficie artificiellement d’une marge confortable.(…) Pour fixer les montants des cotisations, les prévisions des assureurs concernant l’évolution de leurs effectifs et de leurs réserves sont déterminantes. (…) Il est certain que les évaluations de certains assureurs sont systématiquement exagérées.(…) Il est possible que certains assureurs augmentent sciemment leurs primes pour améliorer artificiellement la situation de leurs réserves.(…) La fixation des primes dépend  en grande partie des stratégies commerciales. Avec des cotisations élevées, les caisses évitent  un afflux de mauvais risques, tout en augmentant leurs réserves.. Un double bonus puisqu’une partie de ces réserves font l’objet de placements financiers, dont les résultats, assez opaques(sic) fournissent régulièrement matière à controverse.” Etc,etc,etc…

Un simple détail : on ignore combien coûte le département communication de ces compagnies d’assurances qui , tout au long de l’année, convainquent le grand public de leurs sociétaires que la hausse des primes d’assurance est inévitable, en raison des innovations technologiques, du vieillissement de la population, et toute la panoplie des “éléments de langage” préparés en plats chauds aux cochons de payeurs que nous sommes et qui n’ont qu’à gober leur ration quotidienne de fumier de communication.

 

 

Que viennent faire les ONG dans ce tas de fumier, lesquelles font la morale au monde entier des multinationales et des Etats pour exiger l’application de codes de conduites et d’engagements éthiques, pour la transparence, la bonne gouvernance, and so on… ?

Malheureusement…

On apprend que 17 associations caritatives françaises (ONG loi 1901) font l’objet dune enquête judiciaire ouverte par le Parquet de Paris depuis mars dernier. Il s’agirait d’une escroquerie à plusieurs millions d’euros qui, sous des procédures apparemment légales, auraient ainsi été détournés vers les Etats-Unis. On s’abstiendra ici d’énumérer la liste de ce 17 associations, pour cause de présomption d’innocence , mais le quotidien français “Le Parisien- Aujoud’hui” en a diffusé la liste le mercredi 14 octobre dernier.

Le mécanisme du scandale ?

1 – Aucune indication des destinataires réels des dons collectés en France.
2 – Les associations, juridiquement différentes, procèdent de la même manière, par mailing (courrier en nombre), concoctés par une seul et même agence de marketing. Ces mailings sont agrémentés de petits cadeaux (calendriers, cartes postales, etc). Ces associations s’échangent les fichiers des donateurs qui ont répondu à l’une d’entre elles.
3 – Toutes les apparences de garanties médicales et/ou religieuses noyées alimentaient un discours larmoyant et strictement émotionnel, sans aucune indication précise de destination des dons, ou des partenaires locaux servant d’intermédiaires.
4 – Au maximum 20 % des sommes collectées peuvent être identifiées dans leurs destinations. Les dons ne sont pas gérés directement par les associations. Elles sous-traitent à une compagie américaine, ” leader mondial  dans la gestion des de données en ligne pour le marketing direct“ dont  une branche à Lille  travaille pour le compte de la majorité de ces associations et qui percevait jusqu’à 90 % des sommes collectées.
5 – L’IGAS (Inspection Générale de l’Action Sociale) qui a dans son mandat la supervision des ONG faisant appel aux dons du public (et probablement échaudée d’avoir été très critiquée au  moment de l’affaire de l’Arche de Zoé en 2007) avait fait état en octobre 2008 de soupçons sur deux de ces associations en expliquant : ” la mondialisation de l’activité caritative se traduit par la multiplication d’associations souvent dépourvues de réels moyens humains et matériels”. Et à la question de savoir qui sont les commanditaires,  l’avocate des associations répond : “ Je ne peux pas vous dire qui sont mes clients, cela est couvert par le secret professionnel.”

Bref, la soi-disant professionnalisation des ONG, dont la démarche ne consiste souvent – sans généraliser –  à faire du mimétisme avec le management des entreprises (comme si celles-ci ne faisaient jamais d’erreurs…) est parfois particulièrement ridicule. L’objectif final n’est souvent que de “conquérir ou améliorer leur position sur le marché des donateurs“, leurs salariés ne sont que de variables d’ajustement budgétaire (le sommet du raffinement dans le discours de la modernité…) et la responsabilité du fonctionnement promotionnel, mais aussi comptable, est sous-traitée à des gens qui n’ont aucune idée, ni aucun intérêt à quelque cause que ce soit – sauf évidemment dans le charabia marketing des mailings. Tout le  monde se paye,et s’il reste quelque chose, il y a assez de bénéficiaires qui attendent. Ne pas oublier de faire des photos..


Le “focus stratégique” a encore frappé…

17.09.09

Dans le déluge de charabia managerial contemporain, le ” focus stratégique ” figure en bonne place dans le verbiage supposé professionnel. En voici un exemple :

La Direction du Développement et de la Coopération du gouvernement suisse (dépendant du Ministère des Affaires Etrangères) a annoncé son retrait, fin 2008, du co-financement des programmes de réinsertion des détenus palestiniens, par les études ou par le travail.

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Motif invoqué, selon l’agence Infosud (mentionné dans “le Courrier ” du 14.09.09) :
L’impact de ce programme est considérable. Surtout le volet octroyant des bourses d’études”, affirme la porte-parole du Ministère.” Mais la Suisse a soutenu ce programme de 1995 à 2008.”
La durée d’une contribution est-elle un critère suffisant pour y renoncer ?

La Suisse dit ne pas avoir subi de pressions israëliennes (ce qu’affirme pourtant le Conseiller du Ministère palestinien des détenus), mais s’être simplement “ adaptée au nouveau trend du milieu des donateurs “ : financer les grands ministères de l’Autorité palestinienne plutôt que de soutenir des petits départements un peu partout.

Il serait aburde de reprocher à un gouvernement de travailler directement avec un autre gouvernement, mais on sait depuis des décennies où va l’argent envoyé à l’Autorité Palestinienne. Et parmi ces fonctionnaires fédéraux, affouragés par le contribuable, il n’y en aurait pas eu un seul pour proposer de passer par l’intermédiaire des échanges universitaires entre établissements publics, parfaitement à même, non seulement de gérer ces fonds, mais d’en valider les contenus de formation et d’en évaluer l’impact ?

Et si pour la coopération gouvernementale comme pour, désormais, beaucoup d’ONG, ce n’est plus l’évaluation directe des situations qui détermine les choix, ni l’évaluation de l’intervention, mais ” les trends du milieu des donateurs “…
Autrement dit, quels sont les malheurs qui payent le plus ?
Autrement dit : how much ?


Germaine Tillion, apprendre à lire l’humain (2)

20.08.09

Toujours des extraits libres du livre de Tzvetan Todorov à partir des écrits de Germaine Tillion :

Sur sa méthode d’investigation ethnographique :

” Que la quantité soit assez importante pour prendre valeur qualitative, j’en étais convaincue, mais convaincue aussi que les statistiques, mêmes exactes, omettent des éléments essentiels. Aujourd’hui où les chiffres occupent en force les sciences humaines, je regrette souvent que l’on tienne si peu compte de ce que disent, pensent et veulent les gens. Pourtant s’il existe des comportements humains apparemment comparables, il n’en est pas qui soient identiquement motivés. Mais seuls les romanciers nous sortent de l’approximation.”


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” Je m’étais amusée à condenser le fruit de mon expérience pratique en quatre formulettes que j’appelais  ” les commandements du Parfait Petit Explorateur ” :

1 – “ Quand l’eau est jaune on fait du thé; quand l’eau est noire, on fait du café”. Je l’ai suivi et par chance ou par raison, me furent épargnés les typhoïdes, amibes, ainsi que les différents crus dysentériques qui pullullaient.

2 – ” Les objets utiles empêchent de trouver les objets nécessaires.” (Variante : “tout ce qui n’est pas indispensable nuit”.)

3 – ” Ne jamais dire aujourd’hui ce qu’on peut dire demain.” Cette prescription régira avantageusement l’attiude de l’étranger, particulièrement dans ces régions archaïques où l’honneur est méticuleux et la vie de peu de prix.

4 – ” Choisissez les gens nobles, et traitez-les noblement.”

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Sur le vécu de la Résistance et de la Déportation :

” Peut-être que la patrie, comme l’air,  n’est perçue que lorsqu’elle manque ? (…)
Une origine ethnique cela n’existe pas. Mais une “inculcation” extrêmement longue , ça c’est nous.
(…) Cette unanimité unique que nous avons connue en 1940 et 1941 (entre résistants de différent partis), je l’ ai retrouvée dans d’autres pays et d’autres circonstances, mais il faut le dire : leur nature est d’être exceptionnelles…
Une nation, une tribu, une communauté quelconque ne la connaissent qu’à l’extrême fond de l’abîme, lorsqu’une seule exigence efface provisoirement toutes les autres.

Dès les premiers mois de 1941, dans un couloir de la prison du Cherche-Midi, un prisonnier, le commandant d’Estienne d’Orves, inventa un rite, une voix qui criait dans la nuit : ” la France” , tandis que de toutes les cellules, de tous les cachots, les autres captifs répondaient : “vivra”.
Jusqu’au jour de son exécution, d’Estienne d’Orves appela ainsi dans les ténèbres ; après lui, d’autres prirent la relève et, quatre années plus tard, dans le block 32 du camp de Ravensbrück où je me trouvais, chaque soir,  ponctuellement, nous répondions au même appel : “vivra, vivra, vivra” .
(…)

D’Estienne d’Orves – Source photo

” Je ne pouvais pas supporter sans haine et sans colère l’intolérable pitié pour ceux qu’on vient chercher dans une cellule et qu’on mène froidement vers le lieu de leur supplice, mais les rumeurs de la prison disaient qu’on n’exécutait moins.
Pour cette raison, vers le sixième mois de ma captivité, me sentant quitte de mon devoir vis à vis de ma patrie et de mes compatriotes assassinés (puisque j’avais tout engagé dans la lutte), j’ai éprouvé un apaisement profond à pouvoir me dégager de plein droit de la haine et de l’obsession des crimes allemands.
Ce sentiment de paix et de joie, beaucoup de mes camarades l’ont connu et je l’ai retrouvé dans le journal de captivité de deux premiers fusillés de la Résistance, tous deux jeunes (1)
, heureux et sains, ayant donné leur vie dans la plénitude et en accord avec l’univers, dans la sérénité du sacrifice consenti et de la haine dépassée.”

(1) Boris Vildé et Pierre Walter.

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Germaine Tillion écrivit enfin ceci, à propos des années qui ont immédiatement suivi la fin de la Deuxième Guerre Mondiale :

(…) ” De toute cette période (de l’immédiat après-guerre), je n’ai gardé que le souvenir d’une fatigue écrasante et d’un désespoir morne. Non que j’aie le moins du monde, et à aucun moment, minimisé l’importance de la victoire que nous avions remportée en 1945 sur la plus scélérate des entreprises humaines, mais pour atteindre cette victoire, il avait fallu à quelques-uns d’entre nous une telle dépense d’énergie qu’il ne leur en restait plus pour avoir envie de poursuivre l’entreprise vitale(…) Usure totale de toute la trame physique et psychique ? Certes, mais cela n’aurait pas suffi. La vie est normalement rude : elle a exigé de l’espèce humaine, pour lui permettre de devenir maîtresse de la planète, l’extraordinaire robustesse nerveuse qui la caractérise : l’être humain est apte à compenser de très rudes coups. Il ” éponge”, il ” étale”, il “répare” sans cesse des dégâts incessants.(…)

” Grande originalité zoologique, cet être détient l’extraordinaire aptitude de pouvoir dissiper des forces et des énergies supérieures à celles qu’il possède, à la condition de les concentrer sur un but situé au-delà de lui-même. S’il atteint ce but, il devra alors, dans cette situation dépouillée, affronter l’énorme dépense que représente nécessairement la transposition dans le réel d’un idéal pour lequel tout a été sacrifié, dissipé…
Il est assez nornal que l’animal humain succombe alors :
Résistants de tous les pays, méfiez-vous de votre victoire.”

Ecrire cela après une vie pareille…
On se surprend à regretter qu’il n’y ait aucune transcription d’un dialogue entre Germaine Tillion et André Malraux.
On imagine mal qu’ils ne se soient pas rencontrés…

Seul Jean Lacouture, biographe des deux, pourrait peut-être l’imaginer …


Germaine Tillion : apprendre à lire l’humain (1)

16.08.09

Très curieuse de notre univers et de ses habitants “, Germaine Tillion, décédée en 2008 à l’âge de 101 ans , avec les honneurs de la République,  fut une universitaire remarquable et une résistante de la première heure pendant le seconde guerre mondiale, ce qui lui valut un séjour au camp de concentration des femmes à Ravensbrück.

Du remarquable ouvrage écrit à sa mémoire par Tzvetan Todorov, on retiendra ces quelques extraits libres :

Avant la guerre, Germaine Tillion étudie, dans les Aurès (à l’époque, colonie française) une ethnie algérienne, les Chaouias.
Après la guerre (1954), elle retourne en Algérie, reprend ses études ethnologiques et découvre alors … “l’inversion des rôles “.
Elle mène l’enquête à partir de témoignages de tortures perpétrées par l’armée française : elle découvre que ce sont les nôtres, mes compatriotes, mes proches, dont je ne suis toujours sentie solidaire… Et pourtant ce qui se passe sous mes yeux est une évidence : il y a, à ce moment-là, en Algérie, des pratiques qui furent celles du nazisme.”
Au contact des militants du FLN, elle découvre parallèlement que “ces “terroristes” agissent comme elle et ses camarades, en France, quinze ans plus tôt”, contre le nazisme.
Sur le moment je n’ose établir franchement aucun parallèle” écrit-elle. Sans se désolidariser de son pays, “elle se met au service de ceux qui ont souffert par la France: grâce à elle, des dizaines, des centaines d’individus échappent à la peine capitale et aux sévices.”

Après la guerre d’Algérie, elle reprend ses recherches ethnologiques et projette d’écrire un livre “qui expose les fondements de la connaissance dans le domaine des sciences humaines, à partir de son expérience d’ethnologue – mais aussi de résistante et déportée”.

Elle  part de ses intuitions de jeunesse (ses premières recherches dans les Aurès en Algérie, avant la seconde guerre mondiale) et les approfondit en formulant une “véritable révolution dans la manière de pratiquer les sciences humaines ou même, plus généralement, sa connaissance de l’humain”.
L’idée de base de Germaine Tillion est qu’il est vain d’aspirer à la pure objectivité : pour comprendre les autres, nous faisons appel toujours et nécessairement, à notre sensibilité subjective.
Elle ajoute :

” Je tiens à signaler que les rapports “scientifiques” – c’est à dire basés sur l’observation des autres – sont faux et factices : pour connaître une population, il faut à la fois la “vivre” et la “regarder”.”(…)
” Toute la mécanique de notre érudition ressemble aux notes écrites d’une partition musicale, et notre expérience d’être humain, c’est la gamme sonore sans laquelle la partition restera lettre morte. Combien y-a-t-il d’historiens, de psychologues, d’ethnologues – les spécialistes de l’homme –  qui, lorsqu’ils assemblent leurs fiches, ressemblent à un sourd de naissance copiant les dièses et les bémols d’une sonate ?”(…)
“L’absence totale de participation affective à un évènement est un élément d’incompréhension quasi radical.”(…)
” Le choix n’est pas vraiment entre celui qui fait intervenir sa subjectivité et celui qui ne le fait pas, mais entre celui qui en est conscient et celui qui ne l’est pas, celui qui cache cette identité et celui qui accepte de la révèler.”
(…)

Les évènements vécus sont la clé des évènements observés”.(…) et T.Todorov ajoute : ” On se sert de son soi pour comprendre l’autre :  sans cette contiguïté entre les deux, les informations accumulées restent lettre morte. C’est la méthode même de l’enquête qui doit être transformée : le vécu individuel ne doit plus être évacué; bien au contraire, il faut en rendre compte avec précision, car il est reponsable de notre construction de l’autre, celui qu’on est censé étudier.”

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Sans faire d’analogie abusive, on aimerait être sûr que nos charismatiques humanitaires se préoccupent de la nature et de la qualité de leurs perceptions des sites d’intervention, de la manière dont ces sites sont identifiés et analysés avant de décider d’ouvrir ou de fermer une action humanitaire. Et ce au-delà des critères objectifs, des indicateurs “professionnels” et des statistiques en tous genres, qui, comme chacun sait, ne sont souvent qu’une des formes modernes du mensonge – dans ce qu’on leur fait dire.

Qu’est-ce, au juste, que lire une situation humaine collective ?
Avec quels paires de lunettes décide-t-on parfois d’intervenir ?
Est-ce encore de l’action humanitaire que d’être en permanence à l’affût des magots budgétaires des Etats et à la chasse aux prospects (nouveau look des donateurs) ?

En lisant les conseils méthodologiques de cette grande professionnelle académique de la recherche en sciences humaines que fut Germaine Tillion, on se dit que le soi-disant professionnalisme de certains “technocrates de l’humain” a parfois – pas toujours, heureusement – quelques relents de fumisterie.


“De partout, des gens se lèvent et parlent”

29.05.09

Pour une fois qu’un-e responsable international-e s’exprime au premier degré, sans que l’on devine ou soupçonne des arrières-pensées ou des agendas cachés, cela repose, cela motive, cela rassure, et cela mobilise….
Surtout lorsqu’on sait que d’autres acteurs ont des stratégies mondiales – précisément – destinées à effacer toute référence aux droits élémentaires que la communauté internationale a mis 60 ans à négocier et rendre crédibles comme objectifs.
Il n’est pas inutile de rappeler ces choses élémentaires, sachant que tous les petits roquets du néo-libéralisme , tous les escrocs du discours sur l’importance du “compassionnel”, et bla-bla-bla, vont renaître, sans aucun scrupule, de plus belle, après s’être cachés pour pleurer des larmes de crocodiles dans les jupes de l’Etat…

Dans un éditorial de l’”Hebdo” (Suisse -13.04.09) , Jacques Pilet affirme :
La crise ? ” En Afrique, les populations ne la ressentent guère. Car elles sont de toute façon privées du bénéfice des exportations qui filent vers les compagnies étrangères et les élites locales corrompues. Les pauvres, que la conjoncture mondiale soit bonne ou mauvaise, en sont réduits à se débrouiller tant bien que mal dans les méandres de l’économie souteraine.”
Et de citer l’économiste péruvien Hermando De Soto, qui, dans Marianne, affirme que ” les chiffres officiels ignorent la part énorme de l’économie informelle. (…)  Le tissu insondable de la débrouillardise, peu mondialisé, résiste mieux à la crise que le grand business international…”

Alors quand on voit l’état humanitaire de dizaines de millions de gens en Corée du nord, en Somalie, en Irak, en Palestine, en Afghanistan, à l’est du Congo, au Zimbabwe, au Sri-Lanka et ailleurs… il est de simple bon sens de lire ces extraits de l’ interview dans ” Le Monde ” du 29 mai 2009, de  Mme Irene Khan (originaire du Bangladesh), Secrétaire Générale de l’organisation AMNESTY INTERNATIONAL, qui prend la défense des “prisonniers de la pauvreté”.

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Source photo

” La crise mondiale changerait-elle la cause des droits de l’homme ?

- Les informations recueillies sur 157 pays renforcent notre conviction : la crise n’est pas seulement économique, c’est une crise des droits de l’homme. Les populations les plus pauvres sont les premières victimes . Des milliards de gens souffrent d’insécurité, d’injustice et d’indignité. Et lorsque certains protestent, les gouvernements les répriment : 100 morts au Cameroun, 2 morts et des centaines d’arrestations en Tunisie…
La crise met en cause les droits fondamentaux : elle se traduit en pertes d’emplois et de logements, en restriction d’eau et de nourriture, en discriminations. Elle attise le racisme, la xénophobie, fait monter l’insécurité.”
(…)

Vous écrivez que 2008 donne un avant-goût de ce qui nous attend. Quelles sont vos craintes ?

- Si on continue d’ignorer les questions de discrimination, de xénophobie, cela va empirer.
Regardez ce qui s’est passé en Afrique du Sud, quand les gens s’en sont pris aux étrangers accusés de prendre leurs emplois. On voit le même phénomène en Europe avec l’hostilité à l’égard des Roms et des migrants. En France, en Italie, en Espagne, regardez comment la police se comporte avec les étrangers ! En Pologne et en Hongrie, on voit l’intolérance monter. En Grèce, en Argentine, en Haïti, on constate un mécontentement grandissant et une répression accrue.
Les Etats affaiblis par la dérégulation peuvent-ils promouvoir les droits de l’homme ? Les Etats restent les premiers garants du respect des droits de l’homme.
Mais beaucoup ont abandonné certaines de leurs obligations, en privatisant la sécurité, les prisons, en réduisant leurs dépenses sociales.
Tout le monde voit aujourd’hui à quoi a mené le manque de régulation dans le domaine économique et réclame l’intention accrue de l’Etat. Il faut promouvoir la même exigence en matière de droits de l’homme.

Dans beaucoup de pays pauvres, les ONG assument les missions abandonnées par les Etats.
Ont-elles une part de responsabilité dans leur affaiblissement ?

- Le retrait des Etats a créé un vide qui a été comblé par des sociétés privées et par des ONG.
Celles-ci peuvent fournir des services, mais non garantir les droits de l’homme.
Ce ne sont pas des entités démocratiques : leurs responsables ne sont pas élus et ne sont pas responsables devant la population même si certaines ont été créées localement.
Ce n’est pas leur faute : elles sont là parce qu’on s’est défaussé sur elles.

Le mépris affiché par Pékin et Moscou pour les droits de l’homme met-il en cause leur universalité ?

- Il serait très dangereux que des pays appelés à dominer le monde ne prennent aucun engagement en la matière. Reconstruire l’économie mondiale sans vision commune des droits de l’homme augmenterait les risques d’inégalités, de marginalisations et donc de conflits et d’insécurité.
Mais la reconnaissance doit être réciproque :
à la Chine de reconnaître les droits civils et politiques ;
aux Etats-Unis de reconnaître les droits sociaux et économiques.

Est-il possible d’ouvrir ce débat en période de crise économique ?

- Mais c’est au contraire une opportunité ! Les Etats se concertent sur la manière de juguler la crise.
C’est aussi le moment pour eux de remettre les gens au centre, de fonder un nouveau leadership tenant compte des droits de l’homme. Mais les Etats ne suffisent pas.
Les sociétés multinationales, parfois plus puissantes qu’eux, doivent être soumises à des règles universelles de respect des droits humains et à un système de sanctions qu’il serait possible d’actionner partout dans le monde.

Les droits de l’homme passent-ils par l’abolition des frontières ?

- Nous sommes pour que les sociétés, et non les frontières, soient ouvertes.
La question des migrations ne peut être traitée que par une coopération multilatérale.
Ni le verrouillage des législations nationales ni les accords bilatéraux ne sont efficaces parce qu’ils oublient que le phénomène est planétaire. Il faut mettre autour de la table tous les pays, ceux de départ, ceux de transit et ceux d’accueil dans le cadre de la convention des Nations unies sur les migrations.

Barack Obama est-il un allié ?

- Nous sommes heureux qu’il ait décidé la fermeture de Guantanamo que nous réclamons depuis 2003. Il apporte beaucoup d’espoir. Mais nous sommes inquiets du fait qu’il use du même langage de guerre que l’administration Bush à propos d’Al-Qaida. Il faut laisser la justice décider si les gens sont coupables et ne laisser personne en prison sans jugement.

Dans ce monde troublé, percevez-vous des signes d’espoir ?

- Qui pouvait imaginer voici quelques mois que Guantanamo, le Goulag de notre temps, serait fermé ?
La campagne pour le contrôle des armes a été un succès aux Nations Unies, de même que le vote d’un moratoire sur les exécutions capitales. Les débuts effectifs de la Cour pénale internationale constituent un autre sujet de satisfaction. Mais le premier signe d’espoir reste la manière dont, partout dans le monde, émergent les sociétés civiles, y compris sous les régimes les plus durs.
Sur tous les continents, des gens se lèvent et parlent.”

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Il naît environ 125 millions d’enfants par an dans le monde.
Compte tenu de la baisse relative du taux de croissance démographique ,
cela fera 3 milliards de naissances dans les 50 ans à venir.

SO WHAT ?


Somalie : qui sont donc les pirates ?

3.05.09

Dans moins de deux ans, en 2011, la Somalie sera la seule région du monde où il n’y aura pas eu d’Etat pendant 20 ans.
Le retour progressif, silencieux à l’état de jungle, de cohabitation de clans, de tribus et de groupes qui se font la guerre dans un dénuement et une misère effroyables, et surtout dans un abandon total, et durable, de la part de la commnuauté internationale, dont la capacité d’indifférence est effarante.

Retour à la jungle ? Retour ou préfiguration de la description – prophétique – qu’en faisait Jean-Christophe Ruffin dans son roman “Globalia” ?

Il ne manque pas d’analystes pour faire le rapprochement entre cette situation de vide juridique et les attaques de bateaux par des pirates le long des côtes somaliennes – et il n’est pas question de justifier en quelque manière ce genre d’action illégale, mais simplement de faire le rapprochement entre ces actes de piraterie et d’autres réalités dont personne ne parle avec le même impact médiatique…

Il y a cependant un envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour la Somalie , Mr Ahmedou Ould Abdallah qui a tiré maintes fois la sonnette d’alarme…

Lors d’une réunion du Conseil de Sécurité  qui s’est tenu spécialement sur la Somalie en septembre 2008, une Somalienne s’est exprimée ainsi :

” Depuis 1991, la Somalie est impliquée dans une guerre civile attisée et incitée par l’extérieur.
Il n’y a plus guère d’infrastructure étatique, et toute personne qui en a la possibilité, quitte le pays, très souvent dans des conditions extrêmement dangereuses.
Les souffrances des Somaliens sont immenses, mais l’opinion mondiale, y compris l’ONU, ne s’y intéresse pas vraiment. Selon Leyla Kanyare, il semble qu’il y ait des hommes qui n’ont pas droit au respect de leurs droits humains, comme notamment en Somalie.
Personne ne s’engage pour ce pays et pour les populations en détresse qui y vivent.
Tout au contraire, on l’utilise pour tester de nouvelles armes, et pour se décharger à bon marché ou même gratuitement des déchets nucléaires. Des maladies nouvelles et horribles en sont la conséquence. Comme il n’y a plus guère de médecins et qu’il n’y a pas de médicaments, les gens sont tout à fait désemparés et abandonnés.
Leyla Kanyare a terminé son intervention en lançant un appel d’urgence à la communauté des Etats, pour qu’on soutienne son pays de manière honnête.”
(…)

On trouve aussi dans un article de URB Magazine Los Angeles (USA) un article (traduit dans “Courrier International” No 963 d’avril 2009) d’un poète et chanteur somalien, K’Naan, exilé au Canada, affirmant ceci :

” La Somalie n’a plus de gouvernement en état de marche depuis 1991.
Après le renversement de Siyad Barre, le dictateur qui a dirigé le pays pendant une vingtaine d’années, deux grandes forces du clan Hawiye sont arrivées au pouvoir.
Ali Mahdi et le général Mohamed Farah Aidid, les deux chefs des rebelles Hawiye, ont à l’époque été considérés comme des libérateurs. Leur unité et celle de leurs clans respectifs n’ont cependant duré que très peu de temps : un désaccord sur le fait de savoir qui allait passer du statut de chef de milice à celui de président a provoqué l’une des guerres les plus dévastatrices de l’histoire somalienne et a fait des millions de réfugiés et des centaines de milliers de morts.
Or la guerre coûte cher et les milices ont besoin de nourriture pour leur famille et de jaad (un stimulant à base d’amphétamines) pour les combats.
Les hommes d’Aidid ont alors commencé à piller les camions de l’aide internationale qui apportaient des vivres aux masses affamées et à en revendre le contenu pour continuer leur guerre. Ali Mahdi avait pour sa part les yeux rivés sur une ressource plus vaste et moins exploitée : l’océan Indien. 

A cette époque, les pêcheurs locaux dénonçaient déjà ces bateaux qui entraient illégalement dans les eaux somaliennes et volaient tout le poisson, mais ils n’étaient pas entendus.
Au même moment, une pratique plus sinistre et plus méprisante fut lancée.
Une société suisse du nom d’Achair Partners et une entreprise italienne appelée Progresso conclurent avec Ali Mahdi un accord qui les autorisait à déposer des conteneurs de déchets dans les eaux somaliennes.
Ces sociétés européennes versaient, dit-on, dans les 3 dollars la tonne [8 dollars selon un article de
Times de mars 2005] aux seigneurs de la guerre, alors qu’en Europe se débarrasser d’une tonne de déchets coûte dans les 1 000 dollars. 

Le tsunami de 2004 a fracassé plusieurs conteneurs qui se sont répandus sur la côte et des milliers de personnes de la région du Puntland ont commencé à se plaindre de troubles graves et sans précédent : hémorragies abdominales, ulcères cutanés et plusieurs symptômes similaires à ceux du cancer. Selon Nick Nuttall, un porte-parole du Programme des Nations unies pour l’environnement, les conteneurs renfermaient différents types de déchets, parmi lesquels
“de l’uranium, d’autres déchets radioactifs, des métaux lourds, comme du plomb, du cadmium, du mercure, et des déchets chimiques”. Et cette pratique continue de nos jours, selon les Nations unies.
Ce n’est que plusieurs mois plus tard que les pêcheurs locaux, accompagnés de milices terrestres, se sont lancés sur les eaux pour empêcher les Occidentaux de détruire complètement et en toute impunité la vie marine somalienne.
Aujourd’hui, leurs objectifs sont moins nobles et les anciens pêcheurs et leurs milices se sont mis à rançonner les navires.
Cette forme de piraterie représente un élément important de l’économie somalienne, en particulier dans la région où les sociétés privées de traitement des déchets ont enterré leurs pièges mortels pour notre pays.”

On laissera chacun déterminer qui est pirate (le bon , la brute et le truand) dans ce contexte…
La Bourse reconnaîtra les siens parmi les sociétés de gestion de déchets…

PS : dans un article de “Libération” du 28 avril 2009, l’activiste écologiste  et Capitaine canadien Paul Watson, controversé pour ses méthodes d’intervention dans la protection des animaux marins, se définit ainsi :


” Nous sommes des pirates inspirés par la compassion,
qui luttons contre des pirates motivés par le profit.
(…)

De toute façon, ils peuvent nous donner
tous les surnoms qu’ils veulent,
nous , on fait le job.”
(…)

” Nous avons la loi pour nous,
nous agissons au nom des règlementations internationales.
Le jour où les Etats les feront respecter, nous arrêterons.”
(…)

” Personne n’accepterait que des braconniers
sillonnent l’Afrique en tuant tous les lions et les éléphants.
C’est pourtant ce qui se passe en mer.”
(…)

On me traite de Cassandre.
On oublie que Cassandre avait raison.”


Lettre ouverte à Mr Bernard Kouchner

6.02.09

Monsieur le Ministre,

La polémique dont vous êtes la cible, à partir du livre de Pierre Péan, a cette caractéristique – typique de notre époque – que tout le monde a une opinion bien arrêtée alors que le livre … n’est pas encore, à ce jour, disponible.

Mais ce que l’on ne peut s’empêcher d’écouter des deux côtés nous incite à ne pas acheter le livre, ni à contribuer au lynchage politico-médiatique.

D’avoir milité pendant des décennies pour les droits de l’homme et de s’instaurer consultant privé est une chose. Mais se faire affourager par des dictateurs pourris pour des mandats rémunérés est indigne. Entrer dans la logique, largement dénoncée par tant d’ONG, d’exploitation de la misère de l’Afrique, via le marché hyper-lucratif de consultants, est profondément affligeant.

Vous nous faites penser – la comparaison n’est pas déshonorante – aux débats qui ont accompagné l’engagement d’André Malraux aux côtès  du De Gaulle de la V ème République. On se souvient du dessin humoristique, paru à son décès, à la “une” du “Monde”, qui représentait deux tombes. Sur la première était inscrit : ” André Malraux : 1901-1958 ” et sur la deuxième : ” André Malraux : 1958-1975 “.

On gardera de vous, Monsieur Kouchner, le souvenir du fondateur d’organisations humanitaires.

On mettra le reste sur le compte de l’âge. D’avoir notamment dit, en décembre dernier, de votre Secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, qu’en réalité ce poste était incompatible avec les responsabilités d’un ministère politique, on mettra cela sur le compte des paroles verbales, car il est impossible que vous ne vous en soyez pas rendu compte dans vos décennies de missions humanitaires de par le vaste monde.

Et – si l’on ose – on se permettra de vous rappeler le contenu de la lettre que vous aviez reçue, en avril 1990, d’un autre fondateur d’organisation humanitaire, avec qui vous aviez effectué quelques missions périlleuses au tout début de votre carrière, notamment au Biafra, et à qui, lorsque vous étiez Ministre de la Santé , vous aviez proposé de recevoir la Légion d’Honneur.
Il vous avait répondu comme suit :

Excellence et très cher Bernard,

kaiser_boy1Ta présence affectueuse et constante m’est précieuse et je t’en remercie.
Mais pour nous être souvent découverts semblables au secours du pire, tu comprendras que je ne puisse me revêtir des honneurs auxquels tu me convies.
En effet, planté parmi les enfants biafrais à l’agonie ou morts, au milieu des enfants du Vietnam épluchés au napalm ou sans tête, c’est comme si je trouvais naturel et dû d’être couronné de leur martyre.
Si bien qu’il ne m’est vraiment pas possible, Bernard, d’accueillir une “distinction” si profondément étrangère à ce qu’ils ont souffert et au tout petit peu que nous avons tenté.
Je t’en demande pardon et je t’embrasse fraternellement.”


On vous accordera, Monsieur Kouchner, que nul  n’est tenu d’être un saint.

Et comme ce fondateur finissait souvent ses lettres, ” Soyez assuré, Monsieur, de la sincérité de nos sentiments.”


“La solidarité internationale comme seule posture réaliste”

23.01.09

Dans une analyse fort pertinente, Pierre Calame, polytechnicien, haut fonctionnaire, Directeur de la Fondation Charles Leopold Mayer, s’exprime sur le rôle futur des organisations non-gouvernementales dans la perspective d’une nouvelle gouvernance mondiale :

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(…) Les grands réseaux (internationaux) d’ONG se présentent volontiers comme porteuses d’alternatives à un ordre mondial néolibéral qui fait selon eux la part trop belle au marché. Mais comme le dit Mr Ousmane Sy, ancien ministre malien (…) le phénomène ONG fait lui-même partie intégrante de cet ordre néo-libéral (…) : les ONG en quelque sorte sont au plan des idées l’équivalent des entreprises au plan des marchandises.(…)

” Il faut accepter qu’au 21 ème siécle, la gouvernance ne se réduit ni au modèle étriqué de la bonne gouvernance tel qu’il est promu par les institutions financières internationales, ni à l’action publique elle-même.
Une nouvelle définition de la bonne gouvernance
(doit) englober l’ensemble des régulations de la société. Ainsi l’existence de réseaux internationaux d’ONG capables de capter et d’organiser les informations, de prendre des positions, de constituer des observatoires sur la mise en oeuvre concrète des décisions internationales est en soi une modalité très importante de la gouvernance.”
(Sur ce point, l’Abrincate estime depuis de nombreuses années qu’un Conseil de Sécurité humanitaire composé des principales ONG traitant des droits humains les plus essentiels, au sein desquelles il y a désormais 50 ans – ou plus -  d’expérience dans l’évaluation et la logistique des interventions, devrait s’adjoindre au Conseil de Sécurité, à titre d’alerte des situations.)

” Plus une société est complexe, plus les solutions à élaborer suppoosent la prise en compte de facteurs et de domaines de nature différente.(…) En raccourci, on passe de systèmes où le rôle du politique est centré sur la décision, sur le choix entre les solutions alternatives, à des systèmes où le rôle du politique n’est plus de choisir entre des solutions alternatives mais d’organiser le processus social de dialogue entre les parties prenantes pour faire émerger progressivement des solutions efficaces, englobant et suscitant l’adhésion du plus grand nombre. Dans ce nouveau rôle déterminant du politique, les responsables politiques proprement dit n’ont plus de monopole.
Il faut parvenir à construire progressivement ” des alliances citoyennes internationales et (passer) d’un modèle de régulation internationale fondé sur la diplomatie, donc la confrontati0n d’intérêts nationaux, à un modèle beaucoup plus élaboré où la relation entre ces alliances citoyennes internationales jouera un rôle essentiel.

On se permettra d’ajouter que si la crise financière actuelle se transforme durablement en crise économique généralisée où les pays les plus pauvres sont les principales victimes d’un système qui ne serait régi que par les intérêts nationaux – tentés par le nationalisme – cette vision des alliances citoyennes internationales, partenaires de Etats , est peut-être la seul alternative au conflit généralisé. Donc la guerre. On prend date ?

Pierre Calame rejoint en grande partie ce qu’énonce par ailleurs Mr Henri Rouillé d’Orfeuil (Coordination Sud) qui s’exprime ainsi (extraits libres) :

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(…) Les ONG, dans la contestation comme dans la proposition, agissent dans un espace de négociation beaucoup plus ouvert. Le temps de l’intergouvernementalité pure est terminé. Les diplomates, qui gardent la main sur la négociation, oeuvrent aujourd’hui dans un chanp de forces où interviennent des acteurs économiques, sociaux, territoriaux, ou scientifiques les plus divers.
Avant de se dérouler autour d’un tapis vert, une négociation se gagne ou se perd dans l’opinion publique.
(…)

Il  y a un paradoxe à prôner la solidarité internationale dans cet univers de compétition. (…)
Pour avoir un poids dans les débats internationaux et les batailles diplomatiques, les ONG doivent connaître parfaitement les règles du jeu et faire admettre la solidarité internationale à la fois comme valeur éthique et comme la seule posture réaliste.
L’avenir que nous promettent avec une quasi-certitude les comportements des acteurs dominant les négociations internationales est totalement bouché. L’accroissement vertigineux des déséquilibress sociaux, la dégradation accélérée des resources naturelles, le pouvoir discrétionnaire des pouvoirs financiers et le recours à la force militaire pour maintenir l’ordre et la sécurité des puissaants conduisent l’humanité et la planéte droit dans le mur.
(…)

(Extraits de : ” Rôle des ONG dans le débat public et les négociations internationales“)

La liste est longue des coalitions internationales thématiques ayant fait la preuve de leur efficacité.
Qu’attend-on pour formaliser cette nécessité au niveau international, à l’intérieur  – ou en marge – des Nations Unies.

Mais comme il ne sert à rien  de s’époumonner à promouvoir la bonne gouvernance chez les autres sans au moins essayer de l’appliquer à soi-même, on conseillera aux militants d’ONG de lire ce petit ouvrage :

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Mer ” agitée à forte ” sur l’humanitaire

3.12.08

Extraits de lectures improvisées ces derniers jours :

1 – Déclaration de Bernard KOUCHNER, Ministre français des Affaires Etrangères, à Jérusalem: ” Officiellement, nous n’avons aucun contact avec le Hamas, mais officieusement, il y a des organisations internationales qui entrent dans la Bande de Gaza, en particulier des ONG françaises qui nous donnent des informations.”


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Qu’il mentionne des organisations internationales (type CICR), ou intergouvernementales, (type agences des Nations Unies) n’aurait rien de choquant. Mais mentionner les organisations non-gouvernementales comme sources d’information gouvernementale est le meilleur moyen de susciter des prises d’otages parmi les personnels d’ONG. Le Ministre devrait créer une cellule de crise permanente dans son Ministère, pour “gérer” les prises d’otages…

2 – Le gouvernement éthiopien vient de soumettre au Parlement un projet de loi pénale sur les organisations Non-Gouvernementales (ONG). Il y aurait ainsi trois catégories d’ONG :

- les ONG internationales, qui doivent fournir des services et des prestations humanitaires, ne pourront plus faire de plaidoyer, de lobbying ou de campagnes sur les droits humains dans le pays;
- les ONG nationales qui, si elles sont financées à plus de 10 % de leur budget par des sources étrangères, seront assimilées à la première catégorie ci-dessus, avec les mêmes restrictions;
- les ONG locales (de type associations de jeunes, de femmes, de paysans, etc…) auront seuls le droit de faire du lobbying ou d’interpeller des autorités sur les droits humains – surtout si leur existence suppose une approbation préalable des dites autorités…

Autrement  dit : ” fournissez l’aide humanitaire, mais fermez vos grandes gueules “. A l’instar de la Russie poutinienne, l’Ethiopie, devenue démocratique, cloue le bec de la société civile en criminalisant toute prise de position réclamant l’amélioration des droits humains dans ce pays, ce qui est pourtant la base même du fonctionnement démocratique, qui ne peut se satisfaire des simples élections.

L’Union Européenne vient de déclarer que si la loi est votée au Parlement, une partie des financements au développement sera suspendue.

Broken Chair / Geneva par Acedulinesource photo

Quand on veut bien ouvrir les yeux sur la planisphère et identifier les zones du monde où les ONG n’ont plus accès (Tchétchénie, Corée du Nord, Irak, Somalie, Est du Congo, etc…), et si l’on y ajoute les pays où la prise de parole est – ou sera – interdite par la loi, sous peine d’expulsion ou d’incarcération, il y aurait matière à re-penser “le système d’intervention “, non ?