L’action sociale de plus en plus incompétente ?

1.12.11

Un étrange entretien, publié dans le quotidien suisse ” Le Temps ” (29.11.11),
donne la parole à un pédopsychiatre
et fondateur d’une association d’aide aux migrants,
Jean-Claude Métraux
qui vient d’éditer un livre :
La migration comme métaphore ”
(Ed. La Dispute) :

Question de la journaliste : ” Nous sommes de plus en plus incompétents, écrivez-vous à propos des professionnels de l’aide aux migrants. Le constat est rude ! …”

Réponse : ” C’est dit brutalement, mais cela correspond bien à ce que je vois sur le terrain : les professionnels sont de mieux en mieux formés, mais souvent pas plus compétents à améliorer la santé des personnes en souffrance.” (…)
Le noeud  du problème, c’est celui d’une aide qui va du haut en bas, du professionnel compétent au fragilisé sans parole.
Le premier besoin des migrants en difficulté est d’être reconnus en tant qu’ êtres humains.
On en peut pas se contenter d’adopter la distance thérapeutique habituelle sans se poser la question de l’inégalité fondamentale entre eux et nous.

(Il y a quinze ans ) nombre de projets contestaient le modèle de haut en bas.Les professionnels s’engageaient aux côtés de migrants.(…) On considérait les médiateurs migrants comme des interlocuteurs à part entière.(…)

(L’interprète joue un rôle-clé) car il permet  de rendre la, parole à la personne migrante (et) sa présence casse le rapport de haut en bas entre elle et le professionnel. Lorsque l’interprète est là, mois, le psychiatre, je ne suis plus tout à fait maître de l’entretien.. (…)
Aujourd’hui la tendance se répand à prôner un interprétariat “transparent”, qui fournit une traduction mot à mot et où l’interprète n’est plus considéré comme un interlocuteur à part entière.

Jean-Claude Métraux

Question : ” Que penser des jeunes délinquants issus de familles migrantes, ceux dont personne ne sait que faire ? “ 

R : ” Souvent le comportement des jeunes en rupture  constitue une manière de renvoyer dos à dos les parents et les professionnels : lorsqu’on est tiraillé entre deux appartenances, rompre avec l’une et l’autre est une manière de s’en sortir. Dans ces cas-là, la priorité est d’établir une alliance entre la famille et les professionnels : on a affaire à un problème de relation, pas de compétence. Et pour qu’il y ait alliance, il faut que les parents soient pris en considération et pas disqualifiés par une armada de spécialistes qui augmentent à mesure que l’affaire se complique.” (…)

” La tendance est de former des spécialistes. Il vaudrait mieux miser sur des généralistes dotés d’une attitude ouverte face à l’altérité. Surtout le plus difficile : commencer par reconnaître notre impuissance à soulager la souffrance sociale.”(…)

Question : ” Vous suggérez aussi de dynamiter la distance thérapeutique ?”

Avec les personnes  qui sont privées de lien social, l’établissement d’un tel lien constitue une prémisse indispensable à toute relation thérapeutique. Les aidants ont appris à ne rien livrer d’eux-mêmes. Mon expérience me dit que par moments, livrer quelque chose de soi est essentiel. Cela permet à mon interlocuteur de reconnaître  la commune humanité entre nous et de commencer  à construire un monde de sens commun.

Question : ” Nous sommes tous des migrants ” : qu’entendez-vous par là ? “

(…) Passer d’un univers à l’autre, cela rrive dans un même pays,  entre classes sociales, entre deux époques. Nous vivons tous cette expérience, il n’y a pas d’un côté les autochtones et de l’autre les migrants. Le danger c’est de figer l’autre dans sa différence, de considérer son problème comme forcément lié à la migration. Je crois que si nous parvenons à reconnaître le migrant en chacun de nous, notre regard change et cela dénoue beaucoup de choses.

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Toutes choses égales par ailleurs, dans beaucoup de domaines de l’action sociale, éducative, humanitaire ou  médicale, à des degrés divers et sans exagération  intempestive, on constate une tendance à la volonté de formation poussée à l’extrême (ce qui est une forme de management des esprits – “ vous n’êtes jamais à la hauteur de nos ambitions “, etc – et il arrive parfois que le degré de complexité et d’exigence de formation tourne, sous prétexte de professionnalisation, à l’abrutissement humain, à la dématérialisation de la relation et, parfois  de l’action elle-même (ce qui compte c’est ce que l’”on” en dit et l’image qu’”on” donne, surtout si, dans le cade associatif, “on” cherche des budgets).

On se permettra ici, librement, de suggérer le rapprochement avec les constats et analyses de ” L’Appel des appels” (2008) où plusieurs représentants de diverses professions expriment les mêmes réserves sur les tendances contemporaines du travail “avec l’humain” :

“ Nous, professionnels du soin, du travail social, de la justice, de l’éducation, de la recherche, de l’information, de la culture et de tous les secteurs dédiés au bien public, avons décidé de nous constituer en collectif national pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social. Réunis sous le nom d’Appel des appels, nous affirmons la nécessité de nous réapproprier une liberté de parole et de pensée bafouée par une société du mépris.


Pendant la mort, les affaires continuent

3.06.11

Dans le “Canard Enchaîné”  du mercredi 1 er juin 2011, un article sur l’intervention en Lybie se termine ainsi :

(…) ” Des avions français ont mis hors d’état de nuire, dans les ports de Tripoli et Syrte, sept patrouilleurs lybiens. Ces bateaux de 310 tonnes, du type “Combattante II”, avaient été livrés à Khadafi par les Chantiers de Cherbourg au début des années 80. Et ils étaient équipés de missiles anti-navires Otomat conçus par Matra. Bien joué. Ainsi la future marine lybienne et démocratique pourra, on l’espère, passer toutes ses commandes à la France. Ce serait de bonne guerre.”(J.C.)

La guerre, ça sert donc à vendre des armes à des pays qu’on bombarde en attendant que les nouvelles commandes arrivent de la nouvelle équipe au pouvoir … qu’on a aidé en détruisant ce qu’on avait vendu au régime précédent…

Rien ne vaut donc une guerre pour garantir l’emploi durable… 
Combien de civils lybiens sont morts sous les bombes des avions venus… protéger les civils ?

Ce jeudi 2 juin, tandis que 600 réfugiés étaient secourus, 270 autres, venus de Lybie, sont morts noyés au large des côtes tunisiennes, dans les bousculades pour monter à bord des canots de sauvetage  dépêchés par les autorités, à 36 kms des côtes, puisque leur bateau de pêche était tombé en panne.
Selon un bilan de l’ONU au moins 1200 personnes ayant tenté de fuir par bateau les vilences en Lybie sont mortes ou portées disparues.

Dans tout le charabia politique européen sur les “risques d’invasion”, y aurait-il une voix  un peu plus haute que les autres, pour prendre un coup de colère et dire que si l’ intervention en Lybie consiste à protéger les civils, ces milliers de personnes qui fuient la Lybie, au risque de leur vie et après avoir épuisé toutes leurs maigres économies, en sachant qu’ils ont “un risque sur deux” d’y mourir noyé dans l’anonymat le plus total … sont aussi des civils qu’il faudrait protéger du conflit ?

Extrait du communiqué de presse de “France-Terre d’asile” du 3 juin 2011 :

(…) ” Nous savons que chaque jour des hommes, des femmes, des enfants meurent en Méditerranée – 1500 – 2000 – 3000 – on ne sait plus très bien.  Nous savons et nous nous taisons.

Le silence et l’indifférence de l’Europe deviennent une non assistance à réfugiés en danger.  Les pays de la coalition sont entrés en guerre autour du concept de protection des populations civiles. En quoi ce concept de protection ne concernerait-il pas les hommes et les femmes qui fuient le chaos libyen et qui tentent de rejoindre l’Europe pour sauver leur peau ? 

Comme si nous ne savions pas que la machine à fabriquer des réfugiés, des sans papiers, des naufragés, augmente chaque jour au rythme des bombardements  et de la poursuite de la guerre. Est-il encore possible d’imaginer un sursaut moral de l’Europe, d’imaginer que les navires de l’Otan, que les forces navales françaises et italiennes, que l’agence Frontex mettent d’abord leurs moyens en œuvre pour sauver des vies et non pour se protéger des migrants et des réfugiés ?


Les droits de l’homme ont avancé de 2,40 m.

18.03.11

En ces temps de séismes et de tsunami, on doit se rappeler que l’Histoire humaine est aussi la confrontation inévitable de plaques tectoniques tout aussi imprévisibles…

Même si – ne serait-ce que quelques jours plus tard – on peut parfois regretter d’avoir dit ceci ou cela, on ne boudera pas son plaisir d’exprimer dans l’instant une satisfaction – ce qui se fait rare – dans ce qui vient de se passer ce jeudi 17 mars 2011, vers 23 h , heure européenne.

Les droits de l’homme ont peut-être, eux aussi, avancé de 2.40m, comme la terre japonaise s’est, paraît-il, déplacée pendant le tremblement de terre du 11 mars dernier…

La Résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, adoptée cette nuit à New York, décide qu’au nom de la “responsabilité de protéger” (terme définitivement préférable au “droit d’ingérence”), les pays membres ont le droit et le devoir de prendre ” toutes les mesures ” destinées à protéger la population civile des risques encourus par le comportement criminel du régime en place.

La Résolution dit ceci, tel que résumée dans le site “Bruxelles2“ :

- l’établissement de l’interdiction de tout avion dans l’espace aérien libyen « constitue un élément important pour la protection des civils aussi bien que la sécurité de la fourniture de l’assistance humanitaire et un pas décisif pour la cessation des hostilités en Libye« .

- un appel à un cessez-le-feu immédiat et la fin complète de la violence et de toutes les attaques, et abus, contre les civils ;

- autorise les Etats membres à « prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les civils et les zones peuplées de civils sous la menace d’une attaque en Libye, y compris Bengazhi » (cette ville est nommément citée). Ceci « exclut une force d’occupation étrangère sous quelque forme ou partie du territoire libyen que ce soit« . C’est le point principal qui est nouveau et satisfait donc à la fois les pays arabes et la Russie. Il peut éviter aussi un scénario à l’afghane.

- le texte garde un rôle-clé à la Ligue Arabe mais sous une forme différente : il reconnait un « important rôle dans les domaines relatifs au maintien de la paix internationale et de la sécurité de la région et demande aux pays de la Ligue arabe de coopérer avec les autres Etats membres » pour la mise en vigueur de cette protection des civils.

On aimerait partager, dans l’instant, les sentiments suivants :

1 – L’action du ministre des Affaires Etrangères, Mr Juppé, a été remarquable de conviction, de clarté, de sang-froid, de détermination et de rapidité malgré les lenteurs institutionnelles européennes et onusiennes, et malgré la vacuité de l’histrion qui nous fait office de Président de la République.

Même si c’est Bernard Kouchner (et quelques autres…) qui ont inventé le concept de “droit d’ingérence”, c’est – ironie de l’histoire – un Ministre des Affaires Etrangères de la droite française qui a obtenu, à l’arraché, la mise en oeuvre de la “responsabilité de protéger” le peuple lybien. Kouchner a eu un métro de retard…

A un niveau plus général, il eût été tout de même effarant que la “communauté internationale” se ridiculise en acceptant de laisser faire et de maintenir des relations officielles avec l’abruti botoxé qui dirige la Lybie, avec tous les risques de déstabilisation des pays voisins qui, comme la Tunisie ou l’Egypte, ont franchi une étape irréversible, dont les suites démocratiques prendront beaucoup de temps à se construire.

2 – Ce n’est pas rien d’avoir obtenu une Résolution dans une réunion dirigée par un représentant de la Chine, qui a voté l’abstention, sans mettre de veto. 

3 – Ce n’est pas rien d’avoir obtenu que la Ligue Arabe et plusieurs pays arabes se soient joints aux autres pays d’autres régions, occidentaux, américains et africains, à la Résolution et à ses conséquences pratiques.  
         18.03.11 -”Libération” -  “13 h 15 : Un sommet Union européenne-Union africaine-Ligue arabe sur la Libye se tiendra samedi à Paris en présence du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, annonce Hicham Youssef, le directeur du bureau du chef de l’organisation panarabe Amr Moussa.”

Le spectre de la “guerre des civilisations” aurait-il reculé…? 

Sans faire dans le raccourci abusif ni dans la boursouflure, est-ce que par hasard cette phrase de Barak Obama, dans son Discours du Caire aurait infiltré - par osmose – dans les plaques tectoniques des générations de diplômés arabes au chômage ?
                                                                              

(…)Tant que notre relation restera définie par nos différences, nous donnerons du pouvoir à ceux qui sèment la haine et non la paix et qui encouragent le conflit au lieu de la coopération qui peut aider nos deux peuples à connaître la justice et la prospérité. C’est ce cycle de la méfiance et de la discorde qui doit être brisé.
          Je suis venu ici au Caire en quête d’un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l’intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l’Amérique et l’islam ne s’excluent pas et qu’ils n’ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l’Amérique et l’islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.”

Dans la phase actuelle – pour l’instant positive – de ce fameux “printemps arabe”, il est un aspect qui n’a pas été vraiment mentionné mais qui permet pourtant de comprendre sa dimension “non-géostratégique” – c’est à dire qui n’est le résultat de la manipulation de personne d’autre que les peuples eux-mêmes qui exigent leurs droits.
Cette dimension a été illustrée dans un article de la toujours excellente Natalie Nougayrèdede  (“Le Monde” – 04.03.11 – page).

Sous le titre : “ Diplomatie : le discours sur les droits de l’homme réhabilité par les révoltes arabes – Un temps contestée, la notion d’universalité des droits fondamentaux revient en force à l’ONU.
(…) Le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté à l’unanimité, le 28 février, une résolution inédite : sanctions lourdes contre le pouvoir lybien et activation de la Cour Pénale Internationale (CPI) en invoquant des “crimes contre l’humanité”. Un vote unanime, du jamais-vu… La CPI s’apprêtait, jeudi 3 mars, à ouvrir une enquête. Fait notable, le moteur le plus puissant, dans ce retour en force de la lutte contre l’impunité, est venu des pays arabes et africains, alors que nombre d’entre eux avaient critiqué le travail de la CPI concernant le Soudan. Ce ne sont pas les Occidentaux mais les Africains et les Arabes qui ont conduit l’assaut.”(…)

Avec les mouvements pour la liberté survenus dans le monde arabo-musulman, les vieux arguments”culturalistes”, selon lesquels les droits fondamentaux se déclineraient de manière différente d’un continent à l’autre, sont devenus monis audibles.”

Oui, lorsque ce sont les peuples eux-mêmes qui se soulèvent, et délibérément sans armes, au nom de la dignité et de la liberté, c’est un tsunami contre lequel on ne peut rien.
Et comme le disait André Malraux, : ” L’honneur d’un pays réside dans ce qu’il apporte au monde.”

Qu’il s’agisse de la Tunisie ou de l’Egypte, les gens exigent l’application et le respect de leurs droits humains, consignés dans quantité d’”instruments juridiques internationaux”, donnant ainsi à tout ce travail mutilatéral juridique depuis 60 ans une validité et une légitimité incontestables, susceptibles de moucher définitivement tous les petits roquets de l’ultra-libéralisme idéologique, pour qui les droits humains ne sont que de la soupe à chien.

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source photo 

Un hommage final à Mohamed Bouazizi,
dont l’immolation volontaire a été l’étincelle
d’une étape irréversible
dans le sursaut de dignité et de liberté
d’une “nation arabe” qui mériterait
le “Prix Nobel de la Patience.”

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PS : Bon, maintenant on fait quoi
pour virer Laurent Gbagbo
de son trou à rat d’Abidjan ?


La politique, comment ça marche.

2.03.11

Extrait d’un article paru dans “Le Courrier”, quotidien de Genève le 1e rmars 2011 :

             ” Hier après-midi , le Conseil National (= Assemblée Nationale) a accepté à son tour, après le Conseil des Etats (=Sénat) d’augmenter les budgets de l’aide au développement de 640 millions de francs (= 500 millions d’euros) pour les années 2011-2012, pour des projets liés à l’eau et au climat.
               De cette manière, la Suisse allouera 0,5%  de son Revenu National Brut (RNB) aux pays les plus pauvres à l’horizon 2015.
             Le Parti Socialiste avait  fait du vote de ces crédits supplémentaires une condition sine qua non à son soutien à un autre objet figurant à l’ordre du jour du National ce mardi matin à la première heure : un crédit extraordinaire de 12,5 milliards de francs
(9,5 milliards d’euros) au Fonds Monétaire International (FMI).” (…)

             ” L’actualité  brûlante du monde arabe a peut-être joué un rôle”, analysait à chaud Micheline Calmy-Rey (Présidente de la Suisse pour l’année 2011). 
             Il est possible  qu’on se soit rendu compte que pour répondre aux défis globaux, la Suisse devait être active sur place et que c’est une bonne manière d’aider les gens  que de leur offrir des perspectives.”

               Son collègue Johann Schneider-Amman, Conseiller Fédéral (Economie) se montre moins elliptique : Premièrement,  la migration doit être endiguée, et deuxièmement,  les pays concernés doivent être stabilisés, de sorte que nos relations commerciales avec eux puissent être à nouveau normalisées. Car elles signifient des emplois, non seulement là-bas, mais aussi chez nous.”(…)

             Tout cela est très bien vu et dit, et les ONG ont raison de se réjouir de cette décision sur l’aide au développement (qui leur offre aussi des perspectives de co-financement).

             Cependant on peut penser que cette double décision (Aide - FMI) aura une efficacité lorsque les chiffres seront inversés. Car si, pour répondre aux “défis globaux” et “créer des emplois“, on envoie 640 millions pour le développement, tandis qu’on affourage le FMI de 12,5 mil-l-i-a-r-d-s de francs pour soulager la dette de gouvernements qui ont renfloué les banques privées en faillitte (voir l’Irlande) à cause  de transactions pourries (dans un désastre dont on n’est pas encore sûr, à ce jour, de connaître l’ampleur) il est légitime de penser que les montants auraient dûs être inversés : il aurait fallu envoyer 12,5 milliards à l’aide au développement et 640 millions au FMI.

                source photo

Mais au rythme où vont le surprises depuis quelque temps, ne pas exclure que les retournements de raisonnement arrivent plus vite que prévu…

                Qui est prêt à parier que d’ici quelques années, les campagnes politiques seront argumentées sur la base du besoin d’immigration, rien que pour maintenir le niveau de vie économique des pays européens en déficit démographique ?


” Après la manif, on dort où ? “

1.01.11

La capitale de la Belgique – et de l’Europe – a vu hier, 31 décembre 2010, une manifestation qui aurait mérité mieux que les quelques échos millimétriques glanés ici et là…

L’association ” Manifestement ” rassemble des Sans Domicile Fixe (SDF) de Belgique et avait annoncé une manifestation de SDF pour “célébrer” le dernier jour de l ‘”Année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale

Dans une interview radio, le responsable de l’association dénonce l’utilisation des budgets de cette opération médiatique pour l’organisation de multiples colloques, séminaires, symposiums, sur le sujet … et de n’avoir financé des actions concrètes que sous forme de saupoudrage anésthésiant…

 Il dénonce aussi le ” silence consternant des associations de terrain de l’aide sociale … qui, certes, n’ont pas de manifestation de rue dans leur cahier des charges, mais qui, en n’ouvrant leur porte que si on la forçait, ont démontré que l’importance stratégique de leur positionnement institutionnel face au grand gâteau du lobby de la pauvreté prime sur l’intérêt évident des personnes dont ces associations ont la charge, les rendant de facto complices, sinon acteurs, de cette gigantesque farce d’un goût indécent : “2010, année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale“.

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Les organisateurs de la manifestation demandent   que les responsables de  “2010, l’année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale” s’excusent de s’être donné bonne conscience sur le dos des intéressés  et lancent officiellement  “2011, l’année européenne de lutte réelle contre la pauvreté et l’exclusion sociale”.


 Sur le site officiel de l’”Année européenne, etc…”, on peut lire ceci, dans les “Questions-Réponses” :

(…) ” Des semaines spéciales au niveau de l’UE et au niveau national auront lieu dans chaque État membre, de même que des manifestations culturelles et sportives.
Un débat renouvelé sur ces questions aidera l’UE et ses États membres à développer des politiques nouvelles pour améliorer les conditions de vie des victimes de la pauvreté et de l’exclusion sociale et pour créer un nouvel élan dans la lutte contre la pauvreté. Il s’agira d’instaurer et de renforcer de nouveaux partenariats afin d’atteindre un plus large public.”

La campagne aura-t-elle un effet réel sur la pauvreté et l’exclusion sociale ?
Bien sûr ! Le changement ne peut intervenir que si on encourage le débat. Cette Année européenne va remettre en cause les stéréotypes tout en plaçant la pauvreté et l’exclusion sociale sous le feu des projecteurs dans l’ensemble de l’UE.

 Quels types de manifestations verrons-nous ?
Au niveau européen, nous nous attendons à voir des conférences au sommet, des initiatives de communication, une initiative artistique ainsi qu’un concours pour les journalistes. Des manifestations locales et régionales se tiendront dans les 29 pays participants.”


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Selon les oganisateurs de la manifestation : 
Nombre estimé de SDF en Belgique : 17.000.
Budget total pour L’année européenne de lutte contre la… en Belgique : 614.658 €
Somme maximale allouable par jour et par SDF en 2010: 614.658 €/17.000/365 = 0,10 €
Attention ! Cette coquette somme pourrait faire illusion : une infime partie du budget s’est retrouvée dans la poche des SDF (voir les projets retenus ou le tableau récapitulatif).

L’association lance une “ Lettre ouverte au lobby européen de la pauvre” , dont l’extrait suivant :

(…) “ Au terme d’une année de lutte héroïque ou lamentable, les pauvres et les exclus n’ont en effet jamais été si nombreux. Pour applaudir la belle initiative européenne et permettre aux SDF de manifester leur reconnaissance éperdue, il fallait les convier à la fête dont ils sont les héros malgré eux : il fallait les inviter à la farce dont ils sont les dindons. Seuls les SDF peuvent, par leur présence en nombre, apporter la preuve de l’indécente imposture qui aura eu pour nom : « 2010, année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale ».

            Ce sont donc les SDF exclusivement que le Collectif invite à (se) manifester le 31 décembre. Cette fois, ils descendront dans la rue, non pour y survivre, mais pour prendre la parole, exister autrement, en l’occurrence : politiquement. Les non-SDF exprimeront leur solidarité / effroi / malaise / gêne / honte par leur présence à proximité de la manifestation. (…)

 On comprend alors que sur le site de “Manifestement”, un des slogans se termine ainsi :

Pour ne pas bourse délier,
l’Europe a de la suite dans les idées :
2011 sera l’année européenne du… bénévolat !

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PS : en référence au commentaire ci-dessous , voici le lien sur le site
“Front commun des SDF”

http://frontsdf.be/


Excellente initiative des Nations Unies

15.10.10

Enfin, un peu de bon sens dans l’actualité internationale … à propos de Haïti :

         (…) « Après le terrible tremblement de terre du 12 janvier, et afin de « promouvoir le transfert de compétences “, le ministre des Haïtiens vivant à l’étranger, Edwin Paraison, vient de lancer un programme de mobilisation de la diaspora. (…)

 

Une première phase, financée à hauteur de 500 000 dollars, par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) et l’OIM (Organisation Internationale des Migrations), doit permettre de tester le projet.(…)

         « Nous allons commencer par la fonction publique, mais le secteur privé pourra également bénéficier de ce transfert de compétences. Chaque ministère et organisme autonome devront définir leurs besoins en ressources humaines. Il ne s’agit pas de rapatriement définitif, mais de renforcer les cadres sur place par des transferts de connaissance sur des périodes allant de six mois à un an. »
          Le programme est fondé sur le volontariat « avec des gratifications comparables à ce que reçoivent les cadres haïtiens et des facilités pour le logement et le transport 
» (…)
          Nous souhaitons qu’une certaine priorité soit donnée aux cadres de la diaspora par les organisations non-gouvernementales et les organisations internationales présentes en Haïti, lorsqu’elles cherchent à recruter. Ces candidats ont l’avantage de connaître la langue et la culture. » (…)

Ayant assisté, peu après le tremblement de terre en Haïti à une soirée de solidarité organisée par l’Université de Genève, l’Abrincate était frappé d’entendre une litanie de médecins, d’architectes, d’hommes d’affaires et de professeurs haïtiens, tout en voyant les organisations humanitaires, internationales comme non-gouvernementales, recruter des cohortes de personnels expatriés européens pour partir en urgence auprès des populations victimes du séisme.

Nulle critique de qui que ce soit dans ce constat : simplement le malaise que crée ce paradoxe – qui n’est nullement le monopole de Haïti : tant de pays pauvres voient leurs élites professionnelles quitter leurs pays – lesquels ont financé leurs formations supérieures.
On ne peut en vouloir aux personnes, mais on ne peut s’empêcher de penser que sans élites techniquement compétentes, mais issues des cultures nationales, aucun pays ne peut faire face à son développement à long terme, et encore moins devant les conséquences d’une catastrophe naturelle de cette envergure.

A noter que les volontaires qui accepteraient d’entrer dans ce progamme seront indemnisés au tarif  ”comparable à ce que reçoivent les cadres haïtiens” : la question qui se pose n’est pas de savoir pourquoi ils ne seraient pas payés comme les consultants occidentaux, mais bien pourquoi n’applique-t-on pas le même principe à ces consultants occidentaux qui “pompent” une bonne partie des montants de l’aide publique (et l’argent revient dans le pays d’origine…) pour pondre des rapports bourrés de ” plats de spaghettis ” agrémentés de séances de power-point dans les colloques, séminaires, panels, cénacles, etc… de penseurs stratégiques.

A noter aussi que l’appel aux employeurs potentiels concerne aussi explicitement les organisations non-gouvernementales, ce qui constitue une reconnaissance de la capacité des ONG (qu’elles ne méritent pas toutes par principe) à faire un travail efficace.

Il serait intéressant de savoir, dans un an, quelle évaluation sera faite d’une telle initiative.

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P.S.  ( = Pour Sourire – ou : Plat de Spaghetti)
 Voici le scanner d’un cerveau
de Consultant en Développement
:

 


Roms : les réalistes et les angéliques

19.08.10

Le renvoi, en Roumanie, de dizaines de Roms “volontaires désignés”, ce jour, avec 300 euros par personne, est une de ces actions médiatiques d’un gouvernement aux abois, confronté à ses propres échecs, à son incompétence et à ses propres contradictions. Déterminé à remplir la vacuité du mois d’août par des gesticulations médiatiques sécuritaires, supposées compenser chez son électorat les effets désastreux de la crise économique et des “affaires”, les coups de menton révèlent une fois de plus que l’angélisme se dissimule comme le diable dans les discours soit-disant réalistes et responsables : ce sont ceux qui pensent que les expulsions ont un effet dissuasif et freinent l’immigration qui vivent d’angélisme.

Si on renvoie ces gens, c’est qu’ils ont commis des actes illégaux. Et si c’est le cas, comment imaginer qu’ils soient volontaires pour partir en Roumanie ? Est-ce qu’un factotum de Préfecture est venu expliquer aux adolescents roms nés en France qu’ils devaient partir pour rejoindre “leur pays d’origine” ?

Si les coups de pied au derrière diminuent le nombre de demandes d’asile, ils ne diminuent en rien l’arrivée de clandestins.
Les angéliques sont du côté des kapos d’aéroport…

On relira avec intérêt ce qu’ a écrit Mr Jean-Claude Mégret (Brive-La-Gaillarde)
dans le Courrier des lecteurs du “Monde” du 11 août 2010 :

” Il y a deux acceptions de l’ethnonyme “rom“. Tout d’abord, le mot “rom” (pluriel roma) a été choisi par décision du congrès mondial Romano, réuni à Londres le 8 avril 1970 pour désigner l’ensemble de l’ethnie originaire de l’Inde et dont les premiers représentants sont arrivés en France en 1419, quand Jeanne d’Arc faisait ses premiers pas. Ce terme générique désigne l’ensemble de l’ethnie : Sinte-Manush (Manouches), Gitans (ou Kale), Le’Roms, etc.
Le terme a été déposé ultérieurement au bureau de l’ONU, à New York, par une délégation conduite par l’acteur Yul Brynner. Ce mot avait été choisi en raison du fait que, d’une part, les termes “tsiganes” ou “gypsy” avaient un sens péjoratif dans certains pays et d’autre part, parce que le mot “Rom” avait, dans tous les dialectes, le sens d’”homme” ou “époux”.

Source photo

Dans cette acception, il n’a rien à voir avec la Roumanie. Soit dit en passant, le mot manouche est demeuré inchangé en Inde depuis des millénaires et il existe en hindi moderne avec le sens d’”être humain”.

En second lieu, certains Tsiganes des pays de l’Est se désignent traditionnellement par le mot “rom“. En particulier les Tsiganes de Roumanie, dont certains ne sont arrivés que très récemment en France. Voilà donc ce qui entretient une certaine confusion des les médias.
J’ajouterai que l’ancien Secrétaire Général de l’ONU Kofi Annan avait confirmé la reconnaissance du peuple romans en tant que peuple sans territoire, et Indira Ghandi, ancienne première Ministre de l’Inde, comme les enfants émigrés de son pays.
(…)

Votre journal s’honorerait en consacrant quelques articles  à d’éminentes personnalités tsiganes de notre pays, en particulier l’écrivain Vania de Gila-Kochanowski avait choisi la France, pays des droits de l’homme, après avoir été déporté, s’être évadé deux fois et obtenu la médaille de la British Army. Il fut le premier Tsigane à soutenir deux doctorats : en lettres à la Sorbonne et en anthropologie à Toulouse. Ses deux fils ont poursuivi des carrières “traditionnelles” : l’aîné en tant que chorégraphe et directeur du Ballet National du Gabon; le cadet en devenant officier supérieur de l’armée de l’air. Il commanda la Patrouille de France, dirigea le corps expéditionnaire français lors de la guerre d’Afghanistan et termina sa carrière comme général de brigade à l’état-major de Taverny…”



Martin Hirsch: le réalisme renforce la conviction

15.08.10

Dans son ouvrage intitulé
Secrets de fabrication (Ed. Grasset),
l’ancien Haut-Commissaire aux Solidarités Actives
(existe-t-il un Commissaire qui soit … bas
et des solidarités qui ne soient pas actives ?),
Martin Hirsch
explique son engagement
au sein du gouvernement français
pendant un peu plus de 3 ans.

Il décrit les résultats, les difficultés et les enjeux, et cite de nombreuses anecdotes significatives de ce qu’a pu vivre quotidiennement un ancien président d’Emmaüs-France, quittant l’horizon mental des ONG pour entrer dans un démarche politique – sans oublier le statut précédent de haut-fonctionnaire occupé précédemment dans plusieurs ministères.

Ce livre est passionnant, car la conviction de la personne reste entière, malgré les épreuves du pouvoir. Le réalisme de ce qu’il faut surmonter pour obtenir des résultats est toujours présent, moins à titre d’obstacles que d’énergie collective à maintenir. Autrement dit, le chemin est long, il fait très chaud, il y a des pierres sur le chemin, mais rien n’altère la conviction et surtout rien n’altère la vision stratégique, positive et optimiste – l’optimisme de la volonté.

Martin Hirsch à l’Assemblée Nationale

Ce livre est un excellent moyen de sortir de l’alternative bloquée société civile.société politique, où chacun méprise et cherche à manipuler l’autre, sur fond de procès d’intention permanent de faire le jeu de l’adversaire.
Le ciel s’éclaircit et les choses apparaissent plus  authentiques parce que moins manichéennes.

Souhaitons que les extraits libres qui suivent suscitent l’envie de lire cet ouvrage dans son intégralité.

L’esprit de son engagement ?

” Il est besoin d’entreprendre pour espérer.” (p.300)

” Ma capacité de tolérance a crû sans que diminue mon pouvoir d’indignation.” ( p.79)

Je considère qu’il n’y a pas de hiérarchie dans l’efficacité dans la société civile ou dans la sphère politique. J’ai d’ailleurs souvent rencontré des ministres qui trouvaient qu’on avait davantage de  marges de manoeuvre et d’influence à l’extérieur du gouvernement que dedans. J’ai donc pris l’habitude de chercher à faire avancer les causes qui me tenaient à coeur avec les moyens du bord, en restant à la lisière de la politique. En faisant de l’artisanat, en prenant le temps qu’il faut,  en réussissant parfois, en échouant en d’autres occasions,  en essayant de ne jamais lâcher. Cela m’a permis de connaître les limites de ce que l’on peut faire.” (p.45)

(…) ” Loin de moi l’idée de sacraliser la société civile et de la parer de toutes les vertus, à commencer par celle de la pureté. Il n’y a en effet rien de pire que la dictature de la société civile qui, parce qu’elle a un accès relativement facile à un ensemble de tribunes, prétend incarner une alternative à l’organisation politique. La démocratie ne peut fonctionner sans les partis politiques et sans un système représentatif, reposant sur le suffrage universel. Mais la démocratie ne peut faire l’impasse sur la société civile.” (p.49)

(…) ” Dans l’histoire contemporaine, les partis et les hommes politiques n’ont jamais eu le monopole des idées politiques.  Au contraire, les politiques se sont construites d’allers et retours entre partis et société civile, entre hauts fonctionnaires et élus, entre des personnalités indépendantes et des représentants des partis.”(p.51)

On se permettra d’ajouter que la liste est interminable de slogans, d’idées, de “coups de gueule”, ou de simples propositions qui ont été un jour  – mais vingt ou trente ans plus tard – reprises, proclamées, “promises” par les politiques lors des campagnes électorales.

” La reconnaissance de la société civile, comme acteur singulier de la vie publique, est certainement l’une des clés pour que le monde politique retrouve la confiance des citoyens. Cela implique de ne pas obliger celles et ceux qui qui appartiennent à la société civile  à choisir un camp, ni de se défier a contrario de leurs sensibilités de gauche ou de droite. Faire siennes les idées de la société civile, ce n’est pas pour un parti politique abdiquer ou se rétracter.  Ce n’est pas non plus se livrer à une récupération intéressée, à de pures fins partisanes. Cela suppose de faire le départ, dans ce qui émane de la société civile, entre sa capacité d’élaboration et de proposition, et ce lobbying qu’exercent certains groupes de pression.”

(…) Que les entreprises contribuent à  alimenter de grosses fondations est indispensable, dès lors qu’elles acceptent que ces dernières ne soient pas uniquement les extensions présentables de leurs politiques de marketing.” (p.52)

Comment convaincre si l’on n’est pas soi-même convaincu ?

(…) ” La politique est une affaire sérieuse. J’y crois profondément et je m’y suis toujours intéressé. Mais je pense qu’il y a beaucoup de raisons à sa décrédibilisation. (…) La quête du pouvoir l’emporte sur la nécessité de faire. D’un autre côté, comment agir si l’on n’a pas atteint le pouvoir ? (…) Il reste néanmoins possible de faire progresser des causes d’intérêt général. Pour cela je ne prétends pas qu’il faille changer les personnes, changer le caractère humain, ni même de bouleverser les règles politiques.” (p.63)

(…) ” Les responsables politiques veulent bien d’une idée, mais ils préfèrent en avoir le monopole. A quoi bon intégrer une promesse qui peut être coûteuse ou risquer de produire des anticorps si elle se retrouve dans le programme de ,l’adversaire, alors que le but d’une campagne électorale est autant de rassembler que de se différencier ? “(p.46)
” On peut être persuadé d’avoir raison sans penser que ceux qui ne partagent pas votre avis ont forcément tort.. En réalité, des vérités différentes peuvent naître de logiciels différents. Aucune thèse absolue n’existe. La bonne est celle de l’équilibre qu’on atteint à un moment donné entre des positions contradictoires. (…) La défense de l’intérêt général est une affaire complexe, qui nécessite équilibres et compromis.(…) Le monopole de la raison n’existe pas plus que celui du coeur ou de la vérité.” (p.79-80)

(…) ” Mon expérience administrative m’avait appris que l’on ne peut faire avancer un projet que si l’on est capable de nouer des relations à trous les niveaux de l’administration : le ministre, son cabinet,  les directeurs, mais aussi les sous-directeurs, les chefs de bureau, les chargés de mission et les directeurs départementaux. Avoir l’accord du ministre, sans l’assentiment de son administration, ne sert à rien. Avoir un correspondant utile dans une administration, sans le soutien politique, ne vaut pas plus. Il faut l’un et l’autre.” (p.98)

(…) Quand j’étais enfant (…) j’étais fasciné par le mystérieux principe d’Archimède (…) et par sa fameuse phrase qui démontrait la loi de forces : ” Donnez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde.” Je me la fis expliquer des dizaines de fois par m on père. Elle signifie qu’au moyen d’un long levier on peut avec une force faible, soulever une charge bien plus lourde que vous. (…) Des leviers pour agir et mettre en action une machine beaucoup plus grosse que vous : c’est toujours ainsi que j’ai essayé d’agir au sein du gouvernement.”(…)

S’en suivent dans des développements  avec de nombreux exemples concrets  et très pertinents de la difficulté d’accepter que certaines idées ou initiatives puissent être expérimentales avant de tirer des conclusions ostentatoires sur ce qu’il faut faire devant des situations inacceptables.

(…) ” Expérimenter demande de prendre son temps, de renoncer à réagir immédiatement. Ce temps que certains considèrent comme perdu est bien souvent du temps gagné,  et toujours de l’argent économisé. Face à des problèmes récurrents, il vaut mieux expérimenter plusieurs solutions pendant deux pou trois ans que de voter tous les ans une loi nouvelle, un plan nouveau et de ne jamais savoir pourquoi rien ne change. Or, le temps est justement ce qui manque aux politiques, et la difficulté à prendre en compte le long terme, ce qui nuit le plus à la possibilité de réformer le système. “(…)

Un livre à lire avant de voter…


Haïti : l’adoption n’est pas une action d’urgence

17.02.10

Ci-dessous, le texte rédigé par deux médecins français
ayant accompagné une convoi d’enfants adoptés
en provenance d’Haïti
et ayant  transité par la Guadeloupe  :

6 heures du matin, Orly, un froid glacial, un aéroport vide,  excepté la porte I, gardée par quelques personnes en civil. Le personnel de la Croix rouge et du Samu sont là, tentent de préparer un espace intime en vue de l’arrivée de 46 enfants au cours de la matinée venant d’Haïti, transitant par la Guadeloupe. Vers 7 heures un premier avion atterri et 26 enfants portés par des adultes, apparaissent enfin. Hagards, sidérés, endormis, fatigués tous enveloppés dans des couvertures, ils sont installés avec douceur dans la partie du Hall qui leur est réservée. Quelques vieux jouets trainent, et accueillent les plus téméraires qui quittent les genoux bienveillants de leurs référents. On leur parle doucement et on leur propose des boissons et des gâteaux. Le calme règne. Pas pour longtemps. Les premiers référents de Guadeloupe partis, les enfants hurlent, s’agrippent, s’endorment subitement, sont pris de panique, s’immobilisent dans des expressions vides. Les adultes regardent. Le personnel des CMUP (cellules médico psychologiques d’urgence) s’inquiètent en voyant émerger au-delà des manifestations réactionnelles assez classiques au vu de la situation, les malaises anciens des enfants. Les plaies psychiques s’ouvrent révélant les amputations affectives récentes et sévères, traces profondes du vécu des enfants, réactivées par l’urgence du transfert.

Le personnel administratif et les personnalités politiques des ministères notent la normalité des réactions de ces enfants qui viennent de subir un traumatisme, celui du séisme. Deux regards, deux interprétations, qui se transforment en dialogue de sourd. La vie psychique n’existe pas, la souffrance profonde non plus, seule l’expression réactionnelle, et donc entendez ponctuelle, a le droit de cité : enfants fatigués par le voyage, le décalage horaire, ce qu’ils ont vu et vécu du séisme…

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Durant l’attente pour remplir les formalités administratives, les psychologues passent voir les parents et leur expliquent progressivement  le vécu des enfants arrivés. Ils iront ainsi tout au long de la matinée les tenir au courant des réactions de leurs enfants.

Les rencontres sont pour certaines émouvantes, d’autres effrayantes tant les conditions d’urgence de cette mise en relation, sont en soi un séisme, cette fois psychique.

Les référents de Guadeloupe sont surpris de constater que personne ne parle créole et ils pourront à plusieurs reprises calmer les enfants en s’adressant à eux dans leur langue, pour compenser notre impuissance à le faire.  Après leur départ personne ne pourra prendre le relais, certains enfants hurleront pendant des heures, même après la rencontre avec leurs parents adoptifs. Ils devront partir avec cet enfant inconsolable, inapprochable, nous confiant déjà qu’ils ne supportaient plus ses cris et qu’ils auraient besoin de repos. Mais impossible, ils doivent partir avec l’enfant, cela fait déjà 6h, 7 ou 8 heures qu’ils sont là dans ce grand couloir aménagé d’aéroport.

Alors que nous entendons dans l’espace public que tout est fait en tenant compte de règles éthiques, juridiques, sévères, nous assistons médusés à la séparation de jumeaux arrivés dans deux avions différents, adoptés dans deux familles différentes ; deux enfants adoptés dans la même famille devenant frère et sœur sans aucune préparation ; des parents adoptifs déchirant une lettre d’une mère de naissance ne souhaitant rien garder du passé ; d’autres ne supportant pas la tenue de l’enfant qu’ils ont rencontré 5 minutes plus tôt et qu’ils changent, le dévêtant, lui supprimant ainsi ce qui faisait office de peau, d’enveloppement sensoriel ; de parents inadaptés psychiquement sans capacités identificatoires à l’enfant ; d’autres s’adressant à l’enfant avec son nouveau prénom sans lui avoir parlé de leur souhait de le rebaptiser tout de suite. Heureusement quelques belles rencontres nous apaisent tel cet homme seul accueillant son petit garçon avec douceur, sans chercher à l’accaparer, lui offrant de belles chaussures qu’il aime exhiber à ses copains, l’obligeant à l’attendre, ce qu’il accepte; ou ce couple avec deux enfants dont une petite fille de 5 ans qui pendant des heures tournera dans le hall, refusant de partir, son père la suivant, attendant qu’elle l’apprivoise.

Au regard de toutes nos observations de ce jour, nous confirmons que  l’adoption n’a pas sa place dans un dispositif humanitaire. La logique de sauvetage physique, en tenant compte de l’urgence médicale seulement, ne peut pas être éthique si elle ne prend pas en compte la santé psychique des enfants que nous voulons sauver. L’amputation n’est pas réservée au corps, elle existe dans la vie psychique où la souffrance lancinante empêche tout processus vital. Ici l’amputation est le déracinement, l’arrachement, la précipitation, propre à « l’accélération des procédures d’adoption en cours ». Celle-ci devient un risque majeur d’échec pour la construction du lien de filiation adoptif.

Nous déplorons que notre expertise clinique soit inaudible au nom du déni de la vie psychique de l’enfant, de sa construction. « Vous ne pouvez pas en trois minutes dire comment vont ses enfants » avons-nous entendu ce matin là par des personnalités institutionnelles organisant ce dispositif. Vouloir traduire la vie affective des enfants, est en soi insupportable. Personne n’a contrecarré un diagnostic médical fait en trois minutes. Deux santés, pour deux priorités qui ne sont pas à égalité.

L’invisible du psychisme nécessite un regard qui repose sur des années d’expérience et de pratique, le refuser, l’ignorer, le dénier est une atteinte direct aux droits des enfants et leur intérêt d’être reconnu dans leur identité de Sujet.

Nous demandons à l’exemple d’autres pays, le gel de toute arrivée d’urgence des enfants. Et de prendre des mesures spécifiques propres à l’adoption sans les confondre avec les exigences des sauvetages humanitaires.

Dr Pierre Lévy-Soussan
psychiatre, psychanalyste

Mme Sophie Marinopoulos
psychologue, psychanalyste

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Témoignage du Dr Bydlowski

Le transport des enfants haïtiens en cours d’adoption par des parents français

12 Février 2010 – Retour de Guadeloupe

 L’émotion soulevée par le séisme a entraîné les autorités françaises à accélérer les procédures d’adoption en cours.

La lenteur habituelle de ces protocoles est en effet impopulaire auprès des familles en mal d’enfant. Elle a cependant sa rationalité : aucune adoption ne peut se réussir dans l’urgence. Il faut en effet respecter la temporalité de l’installation  de la parentalité d’une part et celle de la préparation de l’enfant au moment crucial de la mise en relation avec la famille adoptante et du départ du milieu d’origine,

Dans la situation tragique créée par le séisme, des enfants non blessés physiquement sont ainsi évacués d’Haiti par groupes de 50 environ en avion militaire et sans accompagnement.  Ils ont entre 6 mois et 9 ans et presqu’aucun ne parle ni ne comprend le français. Leur stress extrême est une leçon de clinique du traumatisme (incontinence, pleurs, sidération ou au contraire hyper agitation). Les Antilles françaises (Guadeloupe et Martinique) sont la première étape de leur exode, mais aucune structure d’accueil stable n’y est proposée. L’équipe essentiellement  bénévole du CUMPS (cellule  d’urgence médico psychologique) les reçoit et ne doit les garder qu’une nuit. L’urgence prescrite étant de les accompagner au plus vite dans un avion de ligne direction Orly où des parents à peine encadrés les réceptionnent sans accompagnement spécifique. Nouvelle étape puisqu’ensuite les enfants sont répartis dans toute la France. Le risque de solitude des familles adoptantes avec ces enfants qui viennent de traverser des expériences traumatiques est majeur.

Le vol AF du 11 février transportait ainsi 19 enfants dont 12 bébés de 6 mois environ et une dizaine d’accompagnants bénévoles (toujours les mêmes) épuisés. On estime que cette semaine 370 enfants auront ainsi  été « traités » ; 130 environ vont suivre dont les dossiers sont en règle. On estime que 400 autres ont leurs dossiers encore en suspens.

Les bénévoles du CUMPS témoignent de rencontres potentiellement explosives avec des enfants qui risquent d’être mal acceptés par certains parents ne les ayant jamais rencontrés auparavant, ou bien parce que porteurs de signes de troubles de développement déjà visibles.

La situation, ainsi créée, additionne les traumatismes des rencontres bâclées à ceux de l’effondrement de leur pays, et risque de préparer à l’échec du processus d’adoption. Ajoutons que les services de pédopsychiatrie en France, déjà surpeuplés, auront du mal à faire face à des « urgences adoptives »  immédiates ou différées.

 Des propositions

  1. La création d’une structure d’accueil des enfants haïtiens sur une durée de plusieurs mois en Guadeloupe, en milieu créolophone est une nécessité absolue. Les enfants pourraient y être écoutés, rassurés, soignés. Cette structure permettrait leur bilan et l’évaluation de leur adoptabilité. Elle offrirait aux enfants une expérience de vie collective avec des pairs et la préparation à la rencontre de parents adoptants, sur place, dans un lieu de vie voisin  du pays d’origine.
  2. La question de la langue maternelle est essentielle même pour les tout-petits. Il existe en France une communauté de près de 70.000 Haïtiens. Pourquoi ne pas envisager de développer des liens entre ceux-ci et les familles adoptantes, ayant d’ores et déjà accueilli un enfant ? Ces contacts permettraient de développer des espaces de transition, offrant un bain culturel aux enfants, retrouvant par là des repères structurants, dont la perte brutale est pourvoyeuse de traumatismes. Ils permettraient aussi aux parents adoptifs de tisser une histoire favorisant l’accueil des enfants. L’idée est de relancer des processus de vitaux, là où le séisme a semé morts, violences et douleurs.

Eloigner purement et simplement, sans accompagnement, ces enfants du lieu de l’horreur est bien insuffisant. Il faut leur donner les moyens, un jour, de pouvoir penser cette expérience, et pour cela, aider les parents adoptifs à soutenir ces processus.

Docteur Monique Bydlowski

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COMMUNIQUE DE PRESSE

Enfants d’Haïti et adoption : du sauvetage au désastre

Le déplacement en urgence des enfants d’Haïti « en cours d’adoption » que la France a conçu comme un processus de sauvetage humanitaire est un nouveau scandale français en matière d’adoption internationale. D’autres pays ont fait le choix du gel de toutes les procédures en cours afin d’éviter les maltraitances et les trafics d’enfants. Après le tirage au sort des enfants par l’Agence Française de l’adoption, l’arche de Zoé, les agréments  obtenus contre l’avis des professionnels par intervention d’un politique, voilà maintenant l’adoption en lieu et place d’un sauvetage humanitaire.

La logique de sauvetage physique, en tenant compte de l’urgence médicale seulement, ne peut pas être éthique si elle ne prend pas en compte la santé psychique des enfants que nous voulons sauver. L’amputation psychique des enfants d’Haïti propre au déracinement, à l’arrachement, la précipitation, propre à « l’accélération des procédures d’adoption en cours» est une pratique inadmissible contre l’enfant et la famille adoptante qui mèneront à des échecs d’adoption dramatiques.

Que sommes nous devenus, les adultes d’aujourd’hui pour imaginer qu’un enfant se possède, s’achète, se prend, se consomme, se livre « en urgence » au mépris de sa temporalité psychique et des étapes légales indispensables garantissant sa légitimité ? Que se passe t-il pour que nous pensions que des enfants âgés de 6 mois à 9 ans déracinés, arrachés à leur culture, dans une précipitation salvatrice au nom du séisme dramatique qui a touché Haïti, ne puissent retrouver le bonheur, qu’en France, dans une famille adoptive ? Pourquoi l’adulte d’aujourd’hui est incapable de penser que l’enfant qui vient de vivre une catastrophe naturelle, est profondément traumatisé et que son statut de survivant l’oblige d’abord à se retrouver parmi « les siens » au sens large : dans son pays, d’entendre sa langue, de sentir ses odeurs, de se retrouver dans sa communauté d’enfants,  pour se restaurer, revivre? Pourquoi les futurs parents adoptifs n’ont pas fait une chaine de solidarité, envoyant des dons massifs, pour que les enfants restent dans leur pays dans une zone non touchée, et soient pris en charge médicalement, psychologiquement, matériellement dans leur pays avant tout ?

Il n’y avait pas urgence à transférer ces enfants en France dans les conditions auxquelles nous avons assistées lors de l’arrivée de 46 enfants sur les 363 arrivés. Ce que nous avons vu et entendu à l’aéroport d’Orly le 11 février 2010 n’est pas digne d’un pays d’accueil, civilisé, qui respecte les enfants de toutes origines, leurs donne des droits et s’occupe de leur intérêt.

L’intérêt de l’enfant, ce thème majeur dans la protection de l’enfance, est en perte de sens depuis longtemps et ce 11 février 2010 en est la démonstration vivante. Cet accueil, plus exactement cette « livraison », vient sceller notre surdité face aux besoins des enfants et leur intérêt majeur. Perdus, les enfants tout juste arrivés, oscillent entre se taire comme ultime réflexe de survie en plongeant dans une hypersomnie, des états de sidération, de prostration ;  ou bien hurler à en perdre la voix pendant des heures, s’agitant, marchant le regard perdu, hagard, n’attendant plus rien de ce monde adulte qui ne veut pas les entendre dans leurs besoins premiers. La chronologie des troubles, qui n’existaient pas avant le départ d’Haïti, permet d’évoquer une cause traumatique aigue, précoce, liée au déplacement dans l’urgence des enfants, sans aucune préparation psychique. Ces états traumatiques ne sont pas liés directement aux conséquences du séisme ni aux conditions de vie après. De tels états ne sont presque jamais observés avec une telle intensité ou sur un aussi grand nombre d’enfants dans les suites d’une catastrophe naturelle.

Pendant que nous imaginons être des sauveteurs d’enfants, le monde nous regarde agir, juge nos passages à l’acte et fera le bilan. Les plus graves conséquences seront subies par les enfants et leurs familles et les années à venir révéleront des échecs d’adoption que nous avons fabriqués de toutes pièces.  La « livraison » des enfants d’Haïti va laisser de lourdes traces dans l’histoire de l’adoption internationale en France.

Sophie Marinopoulos et Pierre Lévy-Soussan

Sophie Marinopoulos est psychologue, psychanalyste, Psychologue, Directrice du service de la Prévention et de Promotion de la Santé Psychique (PPSP), Directrice générale de la société AFICG. Spécialiste des questions d’adoption et de filiation avec de nombreux ouvrages : De l’Une à l’Autre : de la grossesse à l’abandon » édition Hommes et perspective 1997,et chez Fayard «  Moïse Œdipe et Superman : de l’abandon à l’adoption » 2003, « Dans l’intime des mères » 2005, « Le corps bavard » 2007, « 9 mois etcætera » avec  Israël Nisand, 2007, « La vie ordinaire d’une mère meurtrière » Edition Fayard 2008 ; «  Dites moi à quoi il joue je vous dirai comment il va » Edition LLL 2009 ; « Pourquoi porter bébé » Edition LLL 2009.

 Pierre Lévy-Soussan est Psychiatre, Psychanalyste, Docteur en Science, ancien Vice-Président du Conseil National d’Accès aux Origines Personnelles (CNAOP), Médecin Directeur, enseignant à l’université Paris VII, Consultant national et international sur les problèmes d’adoption et de filiation, auditionné régulièrement par le Sénat, l’Assemblée nationale sur les questions d’adoption, de filiation et de bioéthique. Auteur d’«Eloge du secret » Hachette littératures, 2006.

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Sur ce sujet de l’adoption internationale,
voir les billets du Juge Rosenzcweig sur son blog :

Haïti : l’adoption, une question publique et pas seulement privée

Arrêtons de parler adoption pour les enfants d’Haiti

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Voir d’autres billets précédents de ce blog :

Sur l’éthique dans l’adoption internationale

Sur l’aventure de l’Arche de Zoé :

(1) : La désobéissance civile par le mensonge ?
et (2)  : Du bricolage des uns avec l’humanité des autres


Disparitions de mineurs étrangers des institutions

8.02.10

L’Abrincate a piloté une campagne d’alerte sur la disparition des mineurs étrangers non accompagnés (M.E.N.A.) des institutions où les autorités des pays d’accueil les ont placés … pour leur protection !”

Extraits des documents de cette campagne :

Introduction :

Dès la fin de 1999, nous avons entrepris de travailler à la prévention, à l’accueil et au rapatriement volontaire assisté de mineurs venant d’Albanie et rencontrés en Grèce.

Au terme d’une enquête de plusieurs mois, nous avons développé des opérations spécifiques de lutte transnationale contre la traite des enfants. Durant l’enquête préliminaire, des informations diffuses, approximatives et invérifiables, faisaient cependant état de centaines d’enfants étrangers placés dans les institutions par les autorités des pays d’accueil, mais qui disparaissaient de ces institutions: fugues, départs volontaires, ou sous une forme ou une autre de contrainte.

D’autres informations parcellaires de même nature, collectées de manière occasionnelle, nous sont progressivement
parvenues de différents pays européens. Jusqu’au jour où il nous est apparu que derrière ces informations allusives se cachaient probablement des réalités humaines à une échelle autrement plus significative que ce qui est présenté comme un simple phénomène marginal et secondaire.

Rien pourtant ne justifie que des enfants, qui ont une capacité relative de discernement, d’expression et le cas échéant, de défense, disparaissent de toute visibilité sociale et de toute responsabilité légale, n’entraînant comme réaction, au mieux, qu’un sentiment de fatalité et d’impuissance et au pire une sorte de soulagement face aux coûts et aux responsabilités légales… qui disparaissent en même temps que les enfants eux-mêmes.

Si nos propres enfants étaient placés en institution, pour quelque motif que ce soit, par des autorités du pays,
celles-ci, en cas de disparition, engageraient avec effet immédiat des procédures de recherche tous azimuts
et de manière durable. Or concernant les mineurs étrangers non accompagnés, la Convention internationale
relative aux droits de l’enfant, ratifiée par la quasi-totalité des pays du monde, est très explicite. Selon l’alinéa
2 de l’article 22, ” (…) le mineur étranger non accompagné se voit accorder … la même protection que tout autre
enfant définitivement ou temporairement privé de son milieu familial pour quelque raison que ce soit.”
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Les mineurs qui disparaissent des institutions où les autorités les ont placés pour leur protection, sont-ils soumis aux mêmes procédures de recherche ? Sinon, serait-ce parce qu’étant non accompagnés, personne ne les réclamera ?
Il nous est donc apparu essentiel de procéder à une enquête sur ces réalités, sur la validité des termes employés
pour les qualifier, sur la responsabilité légale des différents acteurs concernés, en essayant d’appréhender l’extrême
complexité des situations, de déterminer les meilleures pratiques constatées chez les professionnels,
et de formuler des recommandations sur le plan légal et institutionnel. Il faut, au moins, pouvoir dire que le
maximum a été fait – obligation de moyens – à défaut de garantir mécaniquement la réussite des procédures,
sachant qu’il ne peut y avoir de solution uniforme face à la diversité des situations.
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Toutes les littératures du monde regorgent de récits bouleversants d’humanité, de migrants, y compris mineurs,
dans des parcours du combattant où ils ont parfois trouvé, malgré tout, des opportunités de forger leur destin.
Pour des centaines d’enfants, en Europe, qui disparaissent des institutions où ils ont été placés par les autorités,
le pire n’est pas sûr. Mais, pour une partie d’entre eux, le pire est possible et personne n’en saura jamais rien.
Nous sommes conscients que certains enfants migrent en quête d’un avenir meilleur et méritent d’être soutenus
dans leurs efforts. Nombre d’entre eux arrivent sans encombre, ce qui n’enlève rien à leur besoin de protection
car UN SEUL enfant exploité ou trafiqué, c’est déjà trop. D’où l’enquête que nous avons réalisé.

Quoi qu’il en soit, tout doit être mis en oeuvre pour qu’on ne puisse plus jamais lire la phrase suivante: ” Presque
90 % des requérants d’asile (…) quittent le domaine de l’asile par des départs non officiels. Sans cette soupape, la
politique d’asile devrait assumer un fardeau social et financier qu’elle ne pourrait pas porter. Les disparitions – qu’on le veuille ou non – remplissent ainsi une fonction clé dans la gestion des flux migratoires.” (…)

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“Les mineurs non accompagnés constituent une catégorie spécifique, parce qu’ils sont enfants, parce qu’ils sont
migrants et parce qu’ils ne sont pas accompagnés. Cette triple vulnérabilité exige une considération et une
protection particulières. L’art. 20, par. 1 de la CDE reconnaît cette situation: ” Tout enfant qui est temporairement
ou définitivement privé de son milieu familial (…) a droit à une protection et une aide spéciales de l’Etat.”
Dès lors que les enfants reçoivent une protection de remplacement – et dans les cas étudiés dans ce dossier,
un placement institutionnel – ils ont droit à la même attention et aux mêmes prestations de qualité que tous
les autres enfants placés, dès leur admission comme dans les préparatifs et l’exécution de la libération. Si donc
un enfant, quel que soit son statut, et quel qu’en soit le motif, disparaît d’une institution, toutes les procédures
habituelles doivent être déclenchées: la responsabilité de l’institution, et celle de l’Etat, sont engagées.”
(…)

Extraits de la Conclusion  de la publication :
” Certains mécanismes de prévention des disparitions sont en place et fonctionnent bien: ils sont adaptés aux besoins spécifiques des mineurs étrangers non accompagnés, et préviennent les risques de manière proportionnée au degré   de vulnérabilité de chaque enfant. Des centaines de professionnels en contact direct avec les MENA affrontent
quotidiennement l’absurdité de systèmes inadaptés et trouvent pourtant des solutions. La première source
de solutions jaillit souvent de la capacité de l’enfant à agir, à devenir acteur de son propre développement, à
décider de son avenir. Il s’agit donc de mettre en place des mécanismes qui permettent une telle évolution
individuelle, quitte à ce que le mineur s’éloigne de l’institution avant sa majorité. Mais cela doit se faire
en toute transparence et en aucun cas dans la clandestinité, le non-dit, l’irresponsabilité, et dans l’intérêt
supérieur de l’enfant, protégé par la Convention relative aux droits de l’enfant.
Une institution adaptée doit intégrer la possibilité de sa propre insuffisance à gérer tous les cas et à négocier
un départ qui ne serait ni une disparition, ni une fugue, mais la conjonction de l’exercice d’une liberté
pour le mineur et d’une responsabilité de la part de l’institution.”

L’intégralité du dossier et de l’enquête (85 pages en français et en anglais)
est disponible sur demande par email,
ou par commentaire de ce billet du blog.
Voir aussi un précédent billet de ce blog .


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