A quoi sert la reconnaissance universelle ?

6.12.12

Le quotidien suisse "Le Temps", ainsi que "Le Monde", ont probablement révélé à beaucoup de lecteurs l’existence et la combat du Docteur congolais Denis MUKWEGE, infatigable médecin gynécologue et chirurgien d’une multitude de femmes et filles violées, martyrisées, humiliées, en République démocratique du Congo, dans une région qui a connu entre 3 et 4 millions de morts depuis vingt ans…

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Le Docteur MUKWEGE , "avec de plus en plus de tristesse, inlassablement, arpente le monde et s’empare de toutes les tribunes qui lui sont offertes – ONU, Sénat américain,  Parlement européen, Maison Blanche, Downing Street – pour dénoncer ce qu’il qualifie de crime contre l’humanité."

Menacé de mort, agressé maintes fois, kidnappé pour exécution à laquelle il échappe miraculeusement, il est soutenu par Amnesty International, Médecins du Monde, Physicians for HumanRights, la Fondation du Roi Baudoin, soutenus par des gouvernements qui demandent du gouvernement congolais d’assurer sa protection. Mis à l’abri, des villages entiers réclament son retour dans l’hôpital qu’il dirige…

Mais le Dr MUKWGE  est las : " Las de parler dans le vide. Las de vouloir secouer en vain les consciences. las de raconter à toutes sortes d’auditoires la tragédie es femmes du Congo sans que rie se passe. Las de décrire les viols et tortures effroyables, de citer les chiffres à donner le tournis (500 000 femmes violées en vingt ans) sans qu’aucune volonté politique internationale ne s’exprime pour prendre de vraies mesures. Las aussi de recevoir de  prix et des hommages sans que les organisations gouvernementales envisagent de solutions autres que médicales : " Comment est-il possible que les acquis de la civilisation reculent à ce point ? (…) Ils rivalisent de cruauté, ils sophistiquent la torture; je distingue leurs signatures dans les plaies des femmes."…

Parfois on se demande à quoi cela sert-il d’être connu, reconnu, admiré, loué, récompensé tout autour de la planète pour constater que rien ne bouge en ce qui concerne les causes de telles tragédies collectives dont il ne peut que contribue à atténuer les effets ?
Notre monde de communication aurait-il secrété sa propre antidote à la mobilisation qu’elle devrait susciter ?
Ou bien est-ce…parce qu le problème ne concerne que … les femmes, et que ce sont les hommes qui sont coupables ?
Ou bien est-ce que par ce la justice ne peut pas fonctionner dans de tels contextes d’espace, d’insécurité, donnant ainsi le sentiment d’un impunité digne du retour à la jungle ?

" Il a tenté de pendant des heures de reconstituer le vagin d’une petite fille de 3 ans que des sexes barbares avaient saccagé, lors d’un raid nocturne sur un village…"

Qu’il y ait guerre ou pas, le crime contre l’humanité est la qualification la plus légitime de ces crimes collectifs.
L’article 6 des statuts de la Cour Pénale internationale stipule : (…) On entend par crime contre l’humanité l’un quelconque des actes ci-après lorsqu’il est commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque : (…) Viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable ; (…)Autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement
de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à
la santé physique ou mentale."
(…)

*********

Avec la même détermination et le même acharnement, un autre militant, dans la mesure des modestes moyens dont il dispose, fait son possible face à cette tragédie, pour financer les "Chambres foraines" dans cette même République Démocratique du Congo : Michel HOFFFMAN, fondateur de l’association VIVERE, soutient des ONG locales qui contribuent à organiser, avec l’accord du gouvernement congolais, des tribunaux mobiles pour juger les militaires (de l’armée régulière) qui ont commis des crimes de viol sur des femmes des populations qu’ils sont supposé protéger.
Toute l’explication et les moyens de soutenir cette action sont sur le site http://www.vivere.ch et notamment les témoignages indépendants selon lesquels ces tribunaux sont absolument conformes aux règles élémentaires de l’exercice de la justice selon les normes internationales.

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Si la justice ne passe pas, tout se reproduira…

Email de contact :   contact@vivere.ch


ARCHE de ZOE : quelques leçons apprises…

2.12.12

        A l’occasion du procès qui s’ouvre, en France, cette semaine (03.12.12), l’affaire de l’Arche de Zoé (en 2007) revient dans l’actualité et permet de rappeler quelques leçons apprises, à la lumière de cette pitoyable saga.

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        Y avait-il « exercice sans autorisation de l’activité d’intermédiaire en adoption d’enfants » ?
L’Arche de Zoé ne s’est jamais présentée aux familles comme ayant le statut légal d’intermédiaire en adoption. Mais, tant par écrit (dans les documents d’informations aux familles) qu’oralement (dans les conférences publiques) la possibilité de l’adoption est toujours mentionnée comme l’étape suivant l’accueil des enfants, mais sous la seule responsabilité des familles, celle de l’Arche de Zoé « s’arrêtant » à la remise des enfants aux familles dès l’arrivée sur sol français.
Un des critères de sélection des familles étant la capacité de prise en charge des enfants à vie, attestée si possible par un agrément de l’Aide Sociale à l’Enfance, des familles ont « naturellement » vu ainsi, de bonne foi, la possibilité de réaliser leur désir d’adoption, plus rapidement et pour moins cher que dans les procédures habituelles.

        Les fondateurs de l’Arche de Zoé ont sciemment surfé sur l’appel d’air créé par la conjonction d’une situation d’urgence et d’une « demande » d’adoption, en proposant une procédure « accélérée » d’arrivée d’enfants présentés – qui plus est – comme orphelins et en danger de mort. Or l’adoption n’est pas une action d’urgence et seuls sont adoptables les enfants déclarés tels par les autorités de leurs pays.

         Y – avait-il  « Aide à l’entrée et au séjour irréguliers de mineurs étrangers en France » ? Imagine-t-on la situation juridique des enfants s’ils avaient été remis aux familles à l’aéroport de Reims-Vatry sur sol français ? Comment des autorités françaises – non prévenues de cette arrivée -  auraient-elles pu délivrer une autorisation collective, alors que toutes les décisions relatives aux demandes d’asile sont évidemment individuelles ?
Dans le document envoyé aux familles par l’Arche de Zoé, il est dit qu’ « il faudra que TOUTES  (sic) les familles soient solidaires au sein d’un même collectif afin qu’une famille ne soit pas seule face à une administration, mais qu’au contraire, le nombre d’enfants et de familles soit un atout pour faire prévaloir et appliquer le droit. » Autrement dit, une manif sous les fenêtres de la Préfecture suffira ? (et le texte ajoute : « Les dépenses d’aide juridique sont à la charge de la famille. »

         Et si les familles, les chefs de village, le personnel local de l’Arche de Zoé avaient témoigné et porté plainte pour manipulation et abus de confiance ?
Et si le gouvernement tchadien avait exigé le retour des enfants enlevés à leurs familles ?
Le président Sarkozy aurait-envoyé la police retirer les enfants des familles françaises, elles aussi victimes d’abus de confiance ?
Imagine-t-on les suites de souffrances humaines que cela aurait pu entraîner, de tous les côtés ?

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      Quant à l’accusation d’escroquerie, comment l’Arche de Zoé a-t-elle pu faire croire que l’argent versé par les familles était un don « pour financer l’opération de sauvetage », sans aucun rapport avec la promesse d’’accueillir « avant Noël » un des enfants « sauvés » ? Le document remis aux familles précisait : « La procédure d’évacuation est gratuite et aucun frais ne pourra être facturé à la famille qui accueille l’enfant. » et plus loin : « l’Arche de Zoé sollicite ces familles pour des dons qui permettront d’assurer le fonctionnement de l’association de manière pérenne (…) Il est demandé aux familles un don d’au moins 90 euros lors de l’inscription, permettant de couvrir l’ensemble des frais administratifs (…) Il sera demandé aux familles, après validation de leur inscription, un don d’au moins 1 400 euros pour participer aux frais d’évacuation des enfants et d’acheminement jusque dans le pays d’accueil. »
Moralité : si l’opération se réalise, votre argent a servi à la financer (dont les « frais de gestion » pour les responsables), et si l’opération échoue, l’association garde l’argent pour sa « pérennité ». Et le tour est joué…

          La justice se prononcera par rapport au droit français, mais on ne peut s’empêcher de penser que quelques notions de droit international mériteraient d’être considérées, notamment du fait que les responsables de l’Arche de Zoé ont abusé de la confiance de tous leurs interlocuteurs en « garantissant » l’absolue conformité de leur projet au droit en vigueur, alors que toute la procédure de cette opération d’enlèvement d’enfants a été, de A à Z, mensongère.
On trouvera autant de clauses du droit international pour critiquer les méthodes de l’association que pour les justifier… Le droit international protège aussi les réfugiés, y compris les enfants, d’actions-mercenaires de ce genre.
L’Arche de Zoé utilisait les articles de conventions internationales qu’elle estimait pertinents et surtout utiles à la justification de l’opération, tout en ignorant les articles qui, dans les mêmes instruments juridiques, la condamnaient. Les instruments juridiques ne sont pas un supermarché…      

          Qui plus est, sur le plan juridique, il est possible que des motifs de « territorialité des faits » et de « juridiction compétente » interdisent d’utiliser d’autres instruments de droit pénal : mais on peut tout de même se demander si toute cette opération ne relèverait pas de l’enlèvement d’enfants par une réseau de criminalité organisée, de manière illégale et clandestine, et ce dans un but lucratif sous paravent humanitaire : et donc l’opération ne mériterait-il pas une considération judiciaire autrement plus grave ?

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            Mais, pour l’opinion publique, le plus important peut-être est de dépasser les questions strictement juridiques pour aborder l’essentiel, à savoir les questions éthiques dans la pratique de l’action humanitaire, auquel le public de donateurs a le droit d’être informé :

        1 – Y a-t-il encore des soi-disant sauveurs de l’humanité qui sollicitent des dons pour des transferts d’enfants à l’étranger qu’ils n’ont jamais rencontrés ni identifiés eux-mêmes sur leur lieu de vie ? Dans un communiqué du 28 avril 2007, l’association annonçait « 10 000 enfants orphelins au Darfour », sans citer aucune source, mais le livre du fondateur de l’Arche de Zoé témoigne de ce que, dans ses « évaluations initiales » sur le terrain, il n’a rencontré aucun des enfants dont ses interlocuteurs lui ont simplement « parlé ».
Un semblant de sélection était opéré sur les enfants accueillis dans la première phase, mais sur la base des informations données par les chefs de village payés pour aller les "sauver"… Les enfants étaient interrogés par traducteur interposés : que vaut la traduction des dires d’un enfant arraché à sa famille ou à son village, et qui a pu être manipulé, « pour son bien »  ?

        2 – Comment est-il possible d’opérer un tel détournement de la signification éthique des mots ? Sous prétexte de trouver des familles pour des enfants « garantis orphelins de père et de mère, de moins de 5 ans et risquant la mort », l’action, en réalité, a consisté à chercher des enfants pour répondre a posteriori à la demande (de bonne foi) de familles qui avaient payé d’avance. L’association avait créé un mouvement d’adhésion et de candidatures de plusieurs centaines de familles : il fallait donc répondre à cette demande, avant fin 2007, pour ne pas les décevoir, et aller chercher des enfants avant d’avoir identifié les enfants correspondant aux critères annoncés. Sans avoir aucun dossier individuel, ni aucune certitude sur leurs âge, identité et état de santé ?
Qui peut affirmer d’emblée qu’un enfant est orphelin, et à l’identité garantie, dans un camp de réfugiés en Afrique, même dans une situation dans une zone frontalière de conflit ?

        3 – Comment la sélection des familles (de bonne foi) a-t-elle pu se faire sur simple dossier, sans jamais avoir procédé à un entretien préparatoire par des professionnels compétents, susceptibles d’assurer le suivi de l’accueil, en cas de problèmes – naturellement inévitables ? L’accueil d’enfants présentés comme traumatisés et déracinés ne s’improvise pas…

        4 – Comment peut-on demander aux parents d’accueil « de faire une déclaration d’entrée sur le territoire français aux autorités préfectorales, afin que celles-ci assurent un suivi particulier de l’enfant », ce qui constituerait une sorte de « fait accompli » pour forcer la main de ces autorités ? Pourquoi serait-ce les parents qui devraient porter le soupçon d’accueil irrégulier d’enfants étrangers sur sol français ? Avec des frais d’avocats à la charge des familles, peut-être pendant des années, puisque les documents signés déchargent l’association de tout frais juridique ultérieur…

        5 – Comment peut-on demander à des personnels paramédicaux de faire des faux pansements et bandages à une centaine d’enfants, pour simuler une opération de sauvetage médical d’urgence ?Pourquoi alors, dans le dossier d’inscription des familles candidates à l’accueil, est-il exigé que « la famille d’accueil s’engage à faire passer (à l’enfant) un examen médical (…) afin de s’assurer de son bon état de santé »

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        6 – A-t-on idée qu’il puisse encore y avoir des opérations de transferts de populations pour sauvetage humanitaire sans aucune information aux autorités (du pays d’origine comme du pays d’accueil), en dissimulant jusqu’au dernier moment – par mensonge délibéré (supposé sécuriser les enfants) – à toutes les parties prenantes locales, familles d’origine, chefs de village, leaders communautaires, autorités de tutelle, et à leur propre personnel engagé pour accueillir temporairement les enfants, que ces enfants étaient destinés à partir et à vivre en France ?

        Le public doit savoir que parmi les acteurs humanitaires, ce lamentable bluff de l’Arche de Zoé n’a pas seulement suscité l’indignation commune, mais surtout de la colère. Rien de tel qu’une opération de ce genre pour donner aux Etats les moins disposés à l’action humanitaire une magnifique occasion de vitupérer l’action des ONG qui « sous prétexte d’action humanitaire, font n’importe quoi… et même illégalement »

        Pourtant, les professions humanitaires tentent de maintenir un haut niveau de règles éthiques, fondées sur l’expérience surmontée d’années d’échecs, d’erreurs, et parfois de perversions. Au XX ème siècle, certain-e-s fondateurs-trices d’organisations humanitaires ont pu engager des actions-commandos qui, avec les lunettes juridiques et éthiques d’aujourd’hui, seraient inacceptables.
Mais il est d’autant plus déplorable de voir des gens se lancer, cinquante ans plus tard, dans des opérations de communication à but lucratif, modèles supposés de story-telling humanitaire, au mépris des lois, des règles éthiques et surtout des leçons apprises.

source : Comité de la Charte

        L’avocat de l’Arche de Zoé déclarait en 2007 que » si les membres de l’association ont œuvré dans l’illégalité, c’est dans une illégalité formaliste, et non pas une illégalité qui permettrait de penser à une quelconque escroquerie à l’humanitaire. »
Dans certaines circonstances, il faut savoir désobéir, pour raisons de conscience, mais en construisant sur des faits, des vérités et des convictions. On ne construit pas la désobéissance civile sur le mensonge. Il ne suffit plus aujourd’hui de prétendre faire le bien : il faut pouvoir le prouver.

        N’est pas l’Abbé Pierre qui veut.

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Autres billets de ce blog,
à titre de réflexion
sur l’identité et les enjeux de l’action humanitaire :

" Haïti : l’adoption n’est pas une action d’urgence "
" L’humanité, fichez-lui la paix !"
" Le reste muet de la politique (Michel Foucault) "
" Martin Hirsch : le réalisme renforce la conviction "
" De partout, des gens se lèvent et parlent "
" Humanitaire, idéologie et… humanité "
" Multinationales et ONG : la danse du ventre ? "
" Des ONG pataugent dans l’économie-fumier "
" La chute du Mur de l’humanitaire ?"
" Le fourre-tout de ce que l’on demande aux ONG "
" Otages … de l’humanitaire ?"
" De l’éthique sur l’étiquette des ONG "
" Edmond kaiser : d’un autre âge ? "


La communication rend-elle fou ?

23.09.12

C’est tout de même un paradoxe qu’une vidéo nulle sur Mahomet (au point qu’on ne peut s’empêcher d’y voir une stratégie planifiée dans un contexte qui n’est pas neutre…) suscite  tant d’émotion, de heurts, de manifestations, alors que la mort de 30 000 Syriens depuis 1 an et demi ne suscite aucune réaction internationale…

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Ce monde serait-il plus malade que pendant la Guerre Froide ?
On craignait alors l’embrasement général par une guerre atomique, et on a le sentiment qu’aujourd’hui un embrasement pourrait émerger, n’importe quand, d’une vulgaire vidéo lancée en orbite sur … Youtube…
Ce monde serait-il dirigé, non pas par des élus responsables et compétents, mais indirectement grâce à des média interposés et complaisants, par une bande de pauvres types et de gamins irresponsables et hystériques ?

Charb, rédacteur en chef de Charlie-Hebdo,
con, béat et satisfait…

Jusqu’à Charlie Hebdo qui a flairé le big business avec deux coups de crayon, tout en jouant les vierges effarouchées devant  tant d’émotion…
Même le porte-parole de la Maison-Blanche a donné son opinion sur l’"initiative" de Charlie-Hebdo !

Tout cela est ridicule, pitoyable et lamentable.

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PS : Comment va-t-on nourrir les 3 milliards d’enfants
qui vont naître dans les 50 ans à venir ?


L’action sociale de plus en plus incompétente ?

1.12.11

Un étrange entretien, publié dans le quotidien suisse " Le Temps " (29.11.11),
donne la parole à un pédopsychiatre
et fondateur d’une association d’aide aux migrants,
Jean-Claude Métraux
qui vient d’éditer un livre :
" La migration comme métaphore "
(Ed. La Dispute) :

Question de la journaliste : " Nous sommes de plus en plus incompétents, écrivez-vous à propos des professionnels de l’aide aux migrants. Le constat est rude ! …"

Réponse : " C’est dit brutalement, mais cela correspond bien à ce que je vois sur le terrain : les professionnels sont de mieux en mieux formés, mais souvent pas plus compétents à améliorer la santé des personnes en souffrance." (…)
Le noeud  du problème, c’est celui d’une aide qui va du haut en bas, du professionnel compétent au fragilisé sans parole.
Le premier besoin des migrants en difficulté est d’être reconnus en tant qu’ êtres humains.
On en peut pas se contenter d’adopter la distance thérapeutique habituelle sans se poser la question de l’inégalité fondamentale entre eux et nous.

(Il y a quinze ans ) nombre de projets contestaient le modèle de haut en bas.Les professionnels s’engageaient aux côtés de migrants.(…) On considérait les médiateurs migrants comme des interlocuteurs à part entière.(…)

(L’interprète joue un rôle-clé) car il permet  de rendre la, parole à la personne migrante (et) sa présence casse le rapport de haut en bas entre elle et le professionnel. Lorsque l’interprète est là, mois, le psychiatre, je ne suis plus tout à fait maître de l’entretien.. (…)
Aujourd’hui la tendance se répand à prôner un interprétariat "transparent", qui fournit une traduction mot à mot et où l’interprète n’est plus considéré comme un interlocuteur à part entière.

Jean-Claude Métraux

Question : " Que penser des jeunes délinquants issus de familles migrantes, ceux dont personne ne sait que faire ? " 

R : " Souvent le comportement des jeunes en rupture  constitue une manière de renvoyer dos à dos les parents et les professionnels : lorsqu’on est tiraillé entre deux appartenances, rompre avec l’une et l’autre est une manière de s’en sortir. Dans ces cas-là, la priorité est d’établir une alliance entre la famille et les professionnels : on a affaire à un problème de relation, pas de compétence. Et pour qu’il y ait alliance, il faut que les parents soient pris en considération et pas disqualifiés par une armada de spécialistes qui augmentent à mesure que l’affaire se complique." (…)

" La tendance est de former des spécialistes. Il vaudrait mieux miser sur des généralistes dotés d’une attitude ouverte face à l’altérité. Surtout le plus difficile : commencer par reconnaître notre impuissance à soulager la souffrance sociale."(…)

Question : " Vous suggérez aussi de dynamiter la distance thérapeutique ?"

" Avec les personnes  qui sont privées de lien social, l’établissement d’un tel lien constitue une prémisse indispensable à toute relation thérapeutique. Les aidants ont appris à ne rien livrer d’eux-mêmes. Mon expérience me dit que par moments, livrer quelque chose de soi est essentiel. Cela permet à mon interlocuteur de reconnaître  la commune humanité entre nous et de commencer  à construire un monde de sens commun."

Question : " Nous sommes tous des migrants " : qu’entendez-vous par là ? "

(…) Passer d’un univers à l’autre, cela rrive dans un même pays,  entre classes sociales, entre deux époques. Nous vivons tous cette expérience, il n’y a pas d’un côté les autochtones et de l’autre les migrants. Le danger c’est de figer l’autre dans sa différence, de considérer son problème comme forcément lié à la migration. Je crois que si nous parvenons à reconnaître le migrant en chacun de nous, notre regard change et cela dénoue beaucoup de choses."

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Toutes choses égales par ailleurs, dans beaucoup de domaines de l’action sociale, éducative, humanitaire ou  médicale, à des degrés divers et sans exagération  intempestive, on constate une tendance à la volonté de formation poussée à l’extrême (ce qui est une forme de management des esprits – " vous n’êtes jamais à la hauteur de nos ambitions ", etc – et il arrive parfois que le degré de complexité et d’exigence de formation tourne, sous prétexte de professionnalisation, à l’abrutissement humain, à la dématérialisation de la relation et, parfois  de l’action elle-même (ce qui compte c’est ce que l’"on" en dit et l’image qu’"on" donne, surtout si, dans le cade associatif, "on" cherche des budgets).

On se permettra ici, librement, de suggérer le rapprochement avec les constats et analyses de " L’Appel des appels" (2008) où plusieurs représentants de diverses professions expriment les mêmes réserves sur les tendances contemporaines du travail "avec l’humain" :

Nous, professionnels du soin, du travail social, de la justice, de l’éducation, de la recherche, de l’information, de la culture et de tous les secteurs dédiés au bien public, avons décidé de nous constituer en collectif national pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social. Réunis sous le nom d’Appel des appels, nous affirmons la nécessité de nous réapproprier une liberté de parole et de pensée bafouée par une société du mépris.


Pendant la mort, les affaires continuent

3.06.11

Dans le "Canard Enchaîné"  du mercredi 1 er juin 2011, un article sur l’intervention en Lybie se termine ainsi :

(…) " Des avions français ont mis hors d’état de nuire, dans les ports de Tripoli et Syrte, sept patrouilleurs lybiens. Ces bateaux de 310 tonnes, du type "Combattante II", avaient été livrés à Khadafi par les Chantiers de Cherbourg au début des années 80. Et ils étaient équipés de missiles anti-navires Otomat conçus par Matra. Bien joué. Ainsi la future marine lybienne et démocratique pourra, on l’espère, passer toutes ses commandes à la France. Ce serait de bonne guerre."(J.C.)

La guerre, ça sert donc à vendre des armes à des pays qu’on bombarde en attendant que les nouvelles commandes arrivent de la nouvelle équipe au pouvoir … qu’on a aidé en détruisant ce qu’on avait vendu au régime précédent…

Rien ne vaut donc une guerre pour garantir l’emploi durable… 
Combien de civils lybiens sont morts sous les bombes des avions venus… protéger les civils ?

Ce jeudi 2 juin, tandis que 600 réfugiés étaient secourus, 270 autres, venus de Lybie, sont morts noyés au large des côtes tunisiennes, dans les bousculades pour monter à bord des canots de sauvetage  dépêchés par les autorités, à 36 kms des côtes, puisque leur bateau de pêche était tombé en panne.
Selon un bilan de l’ONU au moins 1200 personnes ayant tenté de fuir par bateau les vilences en Lybie sont mortes ou portées disparues.

Dans tout le charabia politique européen sur les "risques d’invasion", y aurait-il une voix  un peu plus haute que les autres, pour prendre un coup de colère et dire que si l’ intervention en Lybie consiste à protéger les civils, ces milliers de personnes qui fuient la Lybie, au risque de leur vie et après avoir épuisé toutes leurs maigres économies, en sachant qu’ils ont "un risque sur deux" d’y mourir noyé dans l’anonymat le plus total … sont aussi des civils qu’il faudrait protéger du conflit ?

Extrait du communiqué de presse de "France-Terre d’asile" du 3 juin 2011 :

(…) " Nous savons que chaque jour des hommes, des femmes, des enfants meurent en Méditerranée – 1500 – 2000 – 3000 – on ne sait plus très bien.  Nous savons et nous nous taisons.

Le silence et l’indifférence de l’Europe deviennent une non assistance à réfugiés en danger.  Les pays de la coalition sont entrés en guerre autour du concept de protection des populations civiles. En quoi ce concept de protection ne concernerait-il pas les hommes et les femmes qui fuient le chaos libyen et qui tentent de rejoindre l’Europe pour sauver leur peau ? 

Comme si nous ne savions pas que la machine à fabriquer des réfugiés, des sans papiers, des naufragés, augmente chaque jour au rythme des bombardements  et de la poursuite de la guerre. Est-il encore possible d’imaginer un sursaut moral de l’Europe, d’imaginer que les navires de l’Otan, que les forces navales françaises et italiennes, que l’agence Frontex mettent d’abord leurs moyens en œuvre pour sauver des vies et non pour se protéger des migrants et des réfugiés ?


Les droits de l’homme ont avancé de 2,40 m.

18.03.11

En ces temps de séismes et de tsunami, on doit se rappeler que l’Histoire humaine est aussi la confrontation inévitable de plaques tectoniques tout aussi imprévisibles…

Même si – ne serait-ce que quelques jours plus tard – on peut parfois regretter d’avoir dit ceci ou cela, on ne boudera pas son plaisir d’exprimer dans l’instant une satisfaction – ce qui se fait rare – dans ce qui vient de se passer ce jeudi 17 mars 2011, vers 23 h , heure européenne.

Les droits de l’homme ont peut-être, eux aussi, avancé de 2.40m, comme la terre japonaise s’est, paraît-il, déplacée pendant le tremblement de terre du 11 mars dernier…

La Résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, adoptée cette nuit à New York, décide qu’au nom de la "responsabilité de protéger" (terme définitivement préférable au "droit d’ingérence"), les pays membres ont le droit et le devoir de prendre " toutes les mesures " destinées à protéger la population civile des risques encourus par le comportement criminel du régime en place.

La Résolution dit ceci, tel que résumée dans le site "Bruxelles2" :

- l’établissement de l’interdiction de tout avion dans l’espace aérien libyen « constitue un élément important pour la protection des civils aussi bien que la sécurité de la fourniture de l’assistance humanitaire et un pas décisif pour la cessation des hostilités en Libye« .

- un appel à un cessez-le-feu immédiat et la fin complète de la violence et de toutes les attaques, et abus, contre les civils ;

- autorise les Etats membres à « prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les civils et les zones peuplées de civils sous la menace d’une attaque en Libye, y compris Bengazhi » (cette ville est nommément citée). Ceci « exclut une force d’occupation étrangère sous quelque forme ou partie du territoire libyen que ce soit« . C’est le point principal qui est nouveau et satisfait donc à la fois les pays arabes et la Russie. Il peut éviter aussi un scénario à l’afghane.

- le texte garde un rôle-clé à la Ligue Arabe mais sous une forme différente : il reconnait un « important rôle dans les domaines relatifs au maintien de la paix internationale et de la sécurité de la région et demande aux pays de la Ligue arabe de coopérer avec les autres Etats membres » pour la mise en vigueur de cette protection des civils.

On aimerait partager, dans l’instant, les sentiments suivants :

1 – L’action du ministre des Affaires Etrangères, Mr Juppé, a été remarquable de conviction, de clarté, de sang-froid, de détermination et de rapidité malgré les lenteurs institutionnelles européennes et onusiennes, et malgré la vacuité de l’histrion qui nous fait office de Président de la République.

Même si c’est Bernard Kouchner (et quelques autres…) qui ont inventé le concept de "droit d’ingérence", c’est – ironie de l’histoire – un Ministre des Affaires Etrangères de la droite française qui a obtenu, à l’arraché, la mise en oeuvre de la "responsabilité de protéger" le peuple lybien. Kouchner a eu un métro de retard…

A un niveau plus général, il eût été tout de même effarant que la "communauté internationale" se ridiculise en acceptant de laisser faire et de maintenir des relations officielles avec l’abruti botoxé qui dirige la Lybie, avec tous les risques de déstabilisation des pays voisins qui, comme la Tunisie ou l’Egypte, ont franchi une étape irréversible, dont les suites démocratiques prendront beaucoup de temps à se construire.

2 – Ce n’est pas rien d’avoir obtenu une Résolution dans une réunion dirigée par un représentant de la Chine, qui a voté l’abstention, sans mettre de veto. 

3 – Ce n’est pas rien d’avoir obtenu que la Ligue Arabe et plusieurs pays arabes se soient joints aux autres pays d’autres régions, occidentaux, américains et africains, à la Résolution et à ses conséquences pratiques.  
         18.03.11 -"Libération" -  "13 h 15 : Un sommet Union européenne-Union africaine-Ligue arabe sur la Libye se tiendra samedi à Paris en présence du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, annonce Hicham Youssef, le directeur du bureau du chef de l’organisation panarabe Amr Moussa."

Le spectre de la "guerre des civilisations" aurait-il reculé…? 

Sans faire dans le raccourci abusif ni dans la boursouflure, est-ce que par hasard cette phrase de Barak Obama, dans son Discours du Caire aurait infiltré - par osmose – dans les plaques tectoniques des générations de diplômés arabes au chômage ?
                                                                              

(…) " Tant que notre relation restera définie par nos différences, nous donnerons du pouvoir à ceux qui sèment la haine et non la paix et qui encouragent le conflit au lieu de la coopération qui peut aider nos deux peuples à connaître la justice et la prospérité. C’est ce cycle de la méfiance et de la discorde qui doit être brisé.
          Je suis venu ici au Caire en quête d’un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l’intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l’Amérique et l’islam ne s’excluent pas et qu’ils n’ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l’Amérique et l’islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain."

Dans la phase actuelle – pour l’instant positive – de ce fameux "printemps arabe", il est un aspect qui n’a pas été vraiment mentionné mais qui permet pourtant de comprendre sa dimension "non-géostratégique" – c’est à dire qui n’est le résultat de la manipulation de personne d’autre que les peuples eux-mêmes qui exigent leurs droits.
Cette dimension a été illustrée dans un article de la toujours excellente Natalie Nougayrèdede  ("Le Monde" – 04.03.11 – page).

Sous le titre : " Diplomatie : le discours sur les droits de l’homme réhabilité par les révoltes arabes – Un temps contestée, la notion d’universalité des droits fondamentaux revient en force à l’ONU.
(…) Le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté à l’unanimité, le 28 février, une résolution inédite : sanctions lourdes contre le pouvoir lybien et activation de la Cour Pénale Internationale (CPI) en invoquant des "crimes contre l’humanité". Un vote unanime, du jamais-vu… La CPI s’apprêtait, jeudi 3 mars, à ouvrir une enquête. Fait notable, le moteur le plus puissant, dans ce retour en force de la lutte contre l’impunité, est venu des pays arabes et africains, alors que nombre d’entre eux avaient critiqué le travail de la CPI concernant le Soudan. Ce ne sont pas les Occidentaux mais les Africains et les Arabes qui ont conduit l’assaut."(…)

Avec les mouvements pour la liberté survenus dans le monde arabo-musulman, les vieux arguments"culturalistes", selon lesquels les droits fondamentaux se déclineraient de manière différente d’un continent à l’autre, sont devenus monis audibles."

Oui, lorsque ce sont les peuples eux-mêmes qui se soulèvent, et délibérément sans armes, au nom de la dignité et de la liberté, c’est un tsunami contre lequel on ne peut rien.
Et comme le disait André Malraux, : " L’honneur d’un pays réside dans ce qu’il apporte au monde."

Qu’il s’agisse de la Tunisie ou de l’Egypte, les gens exigent l’application et le respect de leurs droits humains, consignés dans quantité d’"instruments juridiques internationaux", donnant ainsi à tout ce travail mutilatéral juridique depuis 60 ans une validité et une légitimité incontestables, susceptibles de moucher définitivement tous les petits roquets de l’ultra-libéralisme idéologique, pour qui les droits humains ne sont que de la soupe à chien.

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source photo 

Un hommage final à Mohamed Bouazizi,
dont l’immolation volontaire a été l’étincelle
d’une étape irréversible
dans le sursaut de dignité et de liberté
d’une "nation arabe" qui mériterait
le "Prix Nobel de la Patience."

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PS : Bon, maintenant on fait quoi
pour virer Laurent Gbagbo
de son trou à rat d’Abidjan ?


La politique, comment ça marche.

2.03.11

Extrait d’un article paru dans "Le Courrier", quotidien de Genève le 1e rmars 2011 :

             " Hier après-midi , le Conseil National (= Assemblée Nationale) a accepté à son tour, après le Conseil des Etats (=Sénat) d’augmenter les budgets de l’aide au développement de 640 millions de francs (= 500 millions d’euros) pour les années 2011-2012, pour des projets liés à l’eau et au climat.
               De cette manière, la Suisse allouera 0,5%  de son Revenu National Brut (RNB) aux pays les plus pauvres à l’horizon 2015.
             Le Parti Socialiste avait  fait du vote de ces crédits supplémentaires une condition sine qua non à son soutien à un autre objet figurant à l’ordre du jour du National ce mardi matin à la première heure : un crédit extraordinaire de 12,5 milliards de francs
(9,5 milliards d’euros) au Fonds Monétaire International (FMI)." (…)

             " L’actualité  brûlante du monde arabe a peut-être joué un rôle", analysait à chaud Micheline Calmy-Rey (Présidente de la Suisse pour l’année 2011). 
             "Il est possible  qu’on se soit rendu compte que pour répondre aux défis globaux, la Suisse devait être active sur place et que c’est une bonne manière d’aider les gens  que de leur offrir des perspectives."

               Son collègue Johann Schneider-Amman, Conseiller Fédéral (Economie) se montre moins elliptique : " Premièrement,  la migration doit être endiguée, et deuxièmement,  les pays concernés doivent être stabilisés, de sorte que nos relations commerciales avec eux puissent être à nouveau normalisées. Car elles signifient des emplois, non seulement là-bas, mais aussi chez nous."(…)

             Tout cela est très bien vu et dit, et les ONG ont raison de se réjouir de cette décision sur l’aide au développement (qui leur offre aussi des perspectives de co-financement).

             Cependant on peut penser que cette double décision (Aide - FMI) aura une efficacité lorsque les chiffres seront inversés. Car si, pour répondre aux "défis globaux" et "créer des emplois", on envoie 640 millions pour le développement, tandis qu’on affourage le FMI de 12,5 mil-l-i-a-r-d-s de francs pour soulager la dette de gouvernements qui ont renfloué les banques privées en faillitte (voir l’Irlande) à cause  de transactions pourries (dans un désastre dont on n’est pas encore sûr, à ce jour, de connaître l’ampleur) il est légitime de penser que les montants auraient dûs être inversés : il aurait fallu envoyer 12,5 milliards à l’aide au développement et 640 millions au FMI.

                source photo

Mais au rythme où vont le surprises depuis quelque temps, ne pas exclure que les retournements de raisonnement arrivent plus vite que prévu…

                Qui est prêt à parier que d’ici quelques années, les campagnes politiques seront argumentées sur la base du besoin d’immigration, rien que pour maintenir le niveau de vie économique des pays européens en déficit démographique ?


" Après la manif, on dort où ? "

1.01.11

La capitale de la Belgique – et de l’Europe – a vu hier, 31 décembre 2010, une manifestation qui aurait mérité mieux que les quelques échos millimétriques glanés ici et là…

L’association " Manifestement " rassemble des Sans Domicile Fixe (SDF) de Belgique et avait annoncé une manifestation de SDF pour "célébrer" le dernier jour de l ‘"Année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale"

Dans une interview radio, le responsable de l’association dénonce l’utilisation des budgets de cette opération médiatique pour l’organisation de multiples colloques, séminaires, symposiums, sur le sujet … et de n’avoir financé des actions concrètes que sous forme de saupoudrage anésthésiant…

 Il dénonce aussi le " silence consternant des associations de terrain de l’aide sociale … qui, certes, n’ont pas de manifestation de rue dans leur cahier des charges, mais qui, en n’ouvrant leur porte que si on la forçait, ont démontré que l’importance stratégique de leur positionnement institutionnel face au grand gâteau du lobby de la pauvreté prime sur l’intérêt évident des personnes dont ces associations ont la charge, les rendant de facto complices, sinon acteurs, de cette gigantesque farce d’un goût indécent : "2010, année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale".

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Les organisateurs de la manifestation demandent  " que les responsables de  "2010, l’année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale" s’excusent de s’être donné bonne conscience sur le dos des intéressés  et lancent officiellement  "2011, l’année européenne de lutte réelle contre la pauvreté et l’exclusion sociale".


 Sur le site officiel de l’"Année européenne, etc…", on peut lire ceci, dans les "Questions-Réponses" :

(…) " Des semaines spéciales au niveau de l’UE et au niveau national auront lieu dans chaque État membre, de même que des manifestations culturelles et sportives.
Un débat renouvelé sur ces questions aidera l’UE et ses États membres à développer des politiques nouvelles pour améliorer les conditions de vie des victimes de la pauvreté et de l’exclusion sociale et pour créer un nouvel élan dans la lutte contre la pauvreté. Il s’agira d’instaurer et de renforcer de nouveaux partenariats afin d’atteindre un plus large public."

La campagne aura-t-elle un effet réel sur la pauvreté et l’exclusion sociale ?
Bien sûr ! Le changement ne peut intervenir que si on encourage le débat. Cette Année européenne va remettre en cause les stéréotypes tout en plaçant la pauvreté et l’exclusion sociale sous le feu des projecteurs dans l’ensemble de l’UE.

 Quels types de manifestations verrons-nous ?
Au niveau européen, nous nous attendons à voir des conférences au sommet, des initiatives de communication, une initiative artistique ainsi qu’un concours pour les journalistes. Des manifestations locales et régionales se tiendront dans les 29 pays participants."


source photo

Selon les oganisateurs de la manifestation : 
" Nombre estimé de SDF en Belgique : 17.000.
Budget total pour L’année européenne de lutte contre la… en Belgique : 614.658 €
Somme maximale allouable par jour et par SDF en 2010: 614.658 €/17.000/365 = 0,10 €
Attention ! Cette coquette somme pourrait faire illusion : une infime partie du budget s’est retrouvée dans la poche des SDF (voir les projets retenus ou le tableau récapitulatif).

L’association lance une " Lettre ouverte au lobby européen de la pauvre" , dont l’extrait suivant :

(…) " Au terme d’une année de lutte héroïque ou lamentable, les pauvres et les exclus n’ont en effet jamais été si nombreux. Pour applaudir la belle initiative européenne et permettre aux SDF de manifester leur reconnaissance éperdue, il fallait les convier à la fête dont ils sont les héros malgré eux : il fallait les inviter à la farce dont ils sont les dindons. Seuls les SDF peuvent, par leur présence en nombre, apporter la preuve de l’indécente imposture qui aura eu pour nom : « 2010, année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale ».

            Ce sont donc les SDF exclusivement que le Collectif invite à (se) manifester le 31 décembre. Cette fois, ils descendront dans la rue, non pour y survivre, mais pour prendre la parole, exister autrement, en l’occurrence : politiquement. Les non-SDF exprimeront leur solidarité / effroi / malaise / gêne / honte par leur présence à proximité de la manifestation. (…)

 On comprend alors que sur le site de "Manifestement", un des slogans se termine ainsi :

Pour ne pas bourse délier,
l’Europe a de la suite dans les idées :
2011 sera l’année européenne du… bénévolat !

**************

PS : en référence au commentaire ci-dessous , voici le lien sur le site
"Front commun des SDF"


http://frontsdf.be/


Excellente initiative des Nations Unies

15.10.10

Enfin, un peu de bon sens dans l’actualité internationale … à propos de Haïti :

         (…) « Après le terrible tremblement de terre du 12 janvier, et afin de « promouvoir le transfert de compétences ", le ministre des Haïtiens vivant à l’étranger, Edwin Paraison, vient de lancer un programme de mobilisation de la diaspora. (…)

 

Une première phase, financée à hauteur de 500 000 dollars, par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) et l’OIM (Organisation Internationale des Migrations), doit permettre de tester le projet.(…)

         « Nous allons commencer par la fonction publique, mais le secteur privé pourra également bénéficier de ce transfert de compétences. Chaque ministère et organisme autonome devront définir leurs besoins en ressources humaines. Il ne s’agit pas de rapatriement définitif, mais de renforcer les cadres sur place par des transferts de connaissance sur des périodes allant de six mois à un an. »
          Le programme est fondé sur le volontariat « avec des gratifications comparables à ce que reçoivent les cadres haïtiens et des facilités pour le logement et le transport 
» (…)
          Nous souhaitons qu’une certaine priorité soit donnée aux cadres de la diaspora par les organisations non-gouvernementales et les organisations internationales présentes en Haïti, lorsqu’elles cherchent à recruter. Ces candidats ont l’avantage de connaître la langue et la culture. » (…)

Ayant assisté, peu après le tremblement de terre en Haïti à une soirée de solidarité organisée par l’Université de Genève, l’Abrincate était frappé d’entendre une litanie de médecins, d’architectes, d’hommes d’affaires et de professeurs haïtiens, tout en voyant les organisations humanitaires, internationales comme non-gouvernementales, recruter des cohortes de personnels expatriés européens pour partir en urgence auprès des populations victimes du séisme.

Nulle critique de qui que ce soit dans ce constat : simplement le malaise que crée ce paradoxe – qui n’est nullement le monopole de Haïti : tant de pays pauvres voient leurs élites professionnelles quitter leurs pays – lesquels ont financé leurs formations supérieures.
On ne peut en vouloir aux personnes, mais on ne peut s’empêcher de penser que sans élites techniquement compétentes, mais issues des cultures nationales, aucun pays ne peut faire face à son développement à long terme, et encore moins devant les conséquences d’une catastrophe naturelle de cette envergure.

A noter que les volontaires qui accepteraient d’entrer dans ce progamme seront indemnisés au tarif  "comparable à ce que reçoivent les cadres haïtiens" : la question qui se pose n’est pas de savoir pourquoi ils ne seraient pas payés comme les consultants occidentaux, mais bien pourquoi n’applique-t-on pas le même principe à ces consultants occidentaux qui "pompent" une bonne partie des montants de l’aide publique (et l’argent revient dans le pays d’origine…) pour pondre des rapports bourrés de " plats de spaghettis " agrémentés de séances de power-point dans les colloques, séminaires, panels, cénacles, etc… de penseurs stratégiques.

A noter aussi que l’appel aux employeurs potentiels concerne aussi explicitement les organisations non-gouvernementales, ce qui constitue une reconnaissance de la capacité des ONG (qu’elles ne méritent pas toutes par principe) à faire un travail efficace.

Il serait intéressant de savoir, dans un an, quelle évaluation sera faite d’une telle initiative.

****************

P.S.  ( = Pour Sourire – ou : Plat de Spaghetti)
 Voici le scanner d’un cerveau
de Consultant en Développement
:

 


Roms : les réalistes et les angéliques

19.08.10

Le renvoi, en Roumanie, de dizaines de Roms "volontaires désignés", ce jour, avec 300 euros par personne, est une de ces actions médiatiques d’un gouvernement aux abois, confronté à ses propres échecs, à son incompétence et à ses propres contradictions. Déterminé à remplir la vacuité du mois d’août par des gesticulations médiatiques sécuritaires, supposées compenser chez son électorat les effets désastreux de la crise économique et des "affaires", les coups de menton révèlent une fois de plus que l’angélisme se dissimule comme le diable dans les discours soit-disant réalistes et responsables : ce sont ceux qui pensent que les expulsions ont un effet dissuasif et freinent l’immigration qui vivent d’angélisme.

Si on renvoie ces gens, c’est qu’ils ont commis des actes illégaux. Et si c’est le cas, comment imaginer qu’ils soient volontaires pour partir en Roumanie ? Est-ce qu’un factotum de Préfecture est venu expliquer aux adolescents roms nés en France qu’ils devaient partir pour rejoindre "leur pays d’origine" ?

Si les coups de pied au derrière diminuent le nombre de demandes d’asile, ils ne diminuent en rien l’arrivée de clandestins.
Les angéliques sont du côté des kapos d’aéroport…

On relira avec intérêt ce qu’ a écrit Mr Jean-Claude Mégret (Brive-La-Gaillarde)
dans le Courrier des lecteurs du "Monde" du 11 août 2010 :

" Il y a deux acceptions de l’ethnonyme "rom". Tout d’abord, le mot "rom" (pluriel roma) a été choisi par décision du congrès mondial Romano, réuni à Londres le 8 avril 1970 pour désigner l’ensemble de l’ethnie originaire de l’Inde et dont les premiers représentants sont arrivés en France en 1419, quand Jeanne d’Arc faisait ses premiers pas. Ce terme générique désigne l’ensemble de l’ethnie : Sinte-Manush (Manouches), Gitans (ou Kale), Le’Roms, etc.
Le terme a été déposé ultérieurement au bureau de l’ONU, à New York, par une délégation conduite par l’acteur Yul Brynner. Ce mot avait été choisi en raison du fait que, d’une part, les termes "tsiganes" ou "gypsy" avaient un sens péjoratif dans certains pays et d’autre part, parce que le mot "Rom" avait, dans tous les dialectes, le sens d’"homme" ou "époux".

Source photo

Dans cette acception, il n’a rien à voir avec la Roumanie. Soit dit en passant, le mot manouche est demeuré inchangé en Inde depuis des millénaires et il existe en hindi moderne avec le sens d’"être humain".

En second lieu, certains Tsiganes des pays de l’Est se désignent traditionnellement par le mot "rom". En particulier les Tsiganes de Roumanie, dont certains ne sont arrivés que très récemment en France. Voilà donc ce qui entretient une certaine confusion des les médias.
J’ajouterai que l’ancien Secrétaire Général de l’ONU Kofi Annan avait confirmé la reconnaissance du peuple romans en tant que peuple sans territoire, et Indira Ghandi, ancienne première Ministre de l’Inde, comme les enfants émigrés de son pays.
(…)

Votre journal s’honorerait en consacrant quelques articles  à d’éminentes personnalités tsiganes de notre pays, en particulier l’écrivain Vania de Gila-Kochanowski avait choisi la France, pays des droits de l’homme, après avoir été déporté, s’être évadé deux fois et obtenu la médaille de la British Army. Il fut le premier Tsigane à soutenir deux doctorats : en lettres à la Sorbonne et en anthropologie à Toulouse. Ses deux fils ont poursuivi des carrières "traditionnelles" : l’aîné en tant que chorégraphe et directeur du Ballet National du Gabon; le cadet en devenant officier supérieur de l’armée de l’air. Il commanda la Patrouille de France, dirigea le corps expéditionnaire français lors de la guerre d’Afghanistan et termina sa carrière comme général de brigade à l’état-major de Taverny…"



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