Internet et sécurité des jeunes

10.10.09

Pour les enfants et les jeunes comme pour les adultes, Internet est un outil fantastique qui répond à de nombreux besoins d’information, de loisirs, d’éducation, de travail, d’échanges matériels, et de vie sociale.
A l’occasion d’une conférence internationale sur la ” Sécurité des enfants et des jeunes sur Internet “, il a été glané les quelques informations suivantes sur quelques aspects de la protection des enfants et des jeunes dans l’utilisation des nouvelles technologies d’information.

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En vrac :

Les réseaux sociaux (“social networking“) sont des communautés d’individus ou d’organisations, en relation directe ou indirecte, rassemblées en fonction de centres d’intérêts commun ou dans le cadre de la vie professionnelle.

Cela signifie :
- plus de 300 millions d’utilisateurs actifs
- un utilisateur moyen a 130 “amis” sur le site
- plus de 2 milliards de photos sont téléchargées (uploaded) chaque mois
- plus de 14 millions de videos sont telechargées chaque mois
- plus de 2 miliards de contenus (web links, blog posts,photos.etc…) sont partagés chaque semaine
- plus de 350 000 applications actives fonctionnent sur Facebook Platform
- plus de 65 millions d’utilisateurs actifs ont accès à Facebook par leur appareils mobiles
- plus de 180 opérateurs de téléphonie mobile dans 60 pays font la promotion des produits Facebook.

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Un enfant passe :
50 heures par an à s’entretenir seul avec ses parents ;
850 heures par an  avec ses professeurs à l’école ;
- 1 500 heures par an devant un écran (cinéma, TV, ordinateur, console de jeux, Internet, téléphone mobile, i-phone, etc). Soit entre 3 et 5 heures en moyenne par jour.
Addendum : il n’y aura désormais plus de vacances scolaires … puisque l’utilisation des technologies d’information personnelle est encore plus fort pendant les vacances

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    Mais certains intervenants mentionnent quelques aspects inquiétants :
         – toutes les informations et tous les savoirs, dans tous les domaines, étant disponibles sur Internet, immédiatement et sur simple click : certains jeunes ont tendance à considérer qu’il n’est plus nécessaire d’entretenir et de développer leur mémoire (puisque « Google est là…);
        – chez les adolescents (âge de la recherche d’identité) la notion de culture individuelle est sérieusement malmenée : les technologies d’information semblent plus largement utilisées pour se promouvoir (émotions, photos, vidéos, etc) dans une démarche presque exclusivement narcissique que pour recevoir et s’enrichir. Le succès de Facebook et de la course aux statistiques du nombre « d’amis » le prouve.

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Des enseignants s’interrogent : une spécialiste EU a fait une recherche sur les blogs individuels d’enseignants, qui, dans l’ensemble sont désemparés et se plaignent de ne pas être formés ni compétents dans l’utilisation des technologies d’information. Globalement, leurs demandes concernent les « 3 V » : Qu’est-ce qui est VALIDE ? Que faut-il VALORISER ? Que faut-il rendre VISIBLE ?

Quel type de citoyenneté une génération nourrie dès la naissance par les technologies d’information pratiquera-t-elle ? Quelle forme de citoyenneté faut-il promouvoir à l’école si l’on tient compte de ce nouveau contexte technologique ? Les enfants ont l’autonomie d’accès sur les technologies, mais cette autonomie ne signifie pas la maîtrise des outils : comment développer chez les enfants leur « empowerment » ?

Les enseignants, par ailleurs, constatent, comme tout le monde, que les enfants jouent beaucoup sur Internet et sur l’ordinateur (hors usage d’Internet) : comment utiliser le jeu dans le processus d’apprentissage ? Quels Quels “>sont les cadres pédagogiques ? Quels produits existent ? Comment sont-ils validés sur le plan pédagogique ? etc…

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 300 ou 5 000 « amis » ?

Une compagnie antivirus (« SOPHOS ») a fait un test sur FACEBOOK en créant une grenouille fictive verte appelée «FREDDI STAUR» (anagramme de « ID Fraudster ») en mentionnant quelques informations basiques supposées personnelles. (Voir le site ci-dessous)


200 demandes de contacts ont été créés (« Veux-tu être mon ami-e ? ») pour voir combien de personnes répondent, et quel degré d’information les répondants sont prêts à donner sur eux-mêmes.
Résultats :
-
87 des 200 utilisateurs de Facebok contactés ont répondu, dont 82 ont donné des informations personnelles (soit 41 % des contacts recherchés);
- 72 % ont divulgué un ou plusieurs détails de leur adresse email;
- 84 % des répondants ont donné leur date de naissance;
-
87 % ont donné des détails sur leur niveau d’éducation ou leur travail;
- 78 % ont donné leur adresse à jour ou leur lieu d’habitation (ville, etc)
- 23 % ont donné leur numéro de téléphone
-
26 % ont donné leur « pseudo » (« messaging screenname »)

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Quels sont les risques les plus fréquents et les plus graves
pour les enfants et les jeunes sur Internet ?

- Ne plus voir de différences entre monde réel et monde virtuel
Donner ses informations personnelles (dates de naissance, adresse, photo, numéro de téléphone, “pseudo“,etc…)
- Etre incité à dépenser son argent de poche sur des jeux en ligne
- Etre en contact avec des documents pornographiques et/ou violents
- Rencontrer en réalité un contact établi virtuellement.
- Etre agressé, oralement par video, ou humilié publiquement par écrit sur un site,etc…
- “Online sexual abuse through webcams” : être témoins d’abus sexuels par transmission via caméras
- “Sex trips agencies(des agences contactent des jeunes par Internet pour des rendez-vous dans des appartements loués pour un ou deux jours, dans leur ville, le temps de tourner un film porno, pour lequel on leur propose de les rémunérer en cash sur le champ. Toute trace disparaît en moins d’une journée).

 Breaking news : l’innovation récente – et donc la priorité des prochains congrès et séminaires internationaux sur la sécurité des enfants sur Internet – est le GROOMING “. A savoir : la technique consiste pour des adultes à entrer en contact avec des mineurs, en prenant tout le temps nécessaire pour susciter sa confiance par l’établissement d’une relation amicale et affective, visant à détecter ses faiblesses, ses frustrations (parfois par contact réguliers via Internet pendant plusieurs mois) pour lui donner ensuite le sentiment d’être “la seule personne” à le comprendre et à pouvoir répondre à son attente.
 
 
Sites utiles :
 
 Digital Manifesto
42 recommandations faites au législateur et aux autorités politiques par une coalition d’ONG britanniques (texte en anglais)
 
 
 
 « WILD WEB WOODS » –  Jeu pour enfants en version française
 
Site du gouvernement français a l’intention des parents
INSAF _ European network of e-safety awareness nodes (texte en version française)
 
 
 

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Un “Docteur Folamour du Cyberespace” ?

25.09.09

DECLARATION D’INDEPENDANCE DU CYBERESPACE

Gouvernements du monde industriel, géants fatigués de chair et d’acier, je viens du cyberespace, nouvelle demeure de l’esprit. Au nom de l’avenir, je vous demande, à vous qui êtes du passé, de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.

Nous n’avons pas de gouvernement élu et nous ne sommes pas près d’en avoir un, aussi je m’adresse à vous avec la seule autorité que donne la liberté elle-même lorsqu’elle s’exprime. Je déclare que l’espace social global que nous construisons est indépendant, par nature, de la tyrannie que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d’aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.

Les gouvernements tirent leur pouvoir légitime du consentement des gouvernés. Vous ne nous l’avez pas demandé et nous ne vous l’avons pas donné. Vous n’avez pas été conviés. Vous ne nous connaissez pas et vous ignorez tout de notre monde. Le cyberespace n’est pas borné par vos frontières. Ne croyez pas que vous puissiez le construire, comme s’il s’agissait d’un projet de construction publique. Vous ne le pouvez pas. C’est un acte de la nature et il se développe grâce à nos actions collectives.

Vous n’avez pas pris part à notre grande conversation, qui ne cesse de croître, et vous n’avez pas créé la richesse de nos marchés. Vous ne connaissez ni notre culture, ni notre éthique, ni les codes non écrits qui font déjà de notre société un monde plus ordonné que celui que vous pourriez obtenir en imposant toutes vos règles.

Vous prétendez que des problèmes se posent parmi nous et qu’il est nécessaire que vous les régliez. Vous utilisez ce prétexte pour envahir notre territoire. Nombre de ces problèmes n’ont aucune existence. Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. L’autorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent.

Le cyberespace est constitué par des échanges, des relations, et par la pensée elle-même, déployée comme une vague qui s’élève dans le réseau de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n’est pas là où vivent les corps.

Nous créons un monde où tous peuvent entrer, sans privilège ni préjugé dicté par la race, le pouvoir économique, la puissance militaire ou le lieu de naissance.

Nous créons un monde où chacun, où qu’il se trouve, peut exprimer ses idées, aussi singulières qu’elles puissent être, sans craindre d’être réduit au silence ou à une norme.

Vos notions juridiques de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement et de contexte ne s’appliquent pas à nous. Elles se fondent sur la matière. Ici, il n’y a pas de matière.

Nos identités n’ont pas de corps; ainsi, contrairement à vous, nous ne pouvons obtenir l’ordre par la contrainte physique. Nous croyons que l’autorité naîtra parmi nous de l’éthique, de l’intérêt individuel éclairé et du bien public. Nos identités peuvent être réparties sur un grand nombre de vos juridictions. La seule loi que toutes les cultures qui nous constituent s’accordent à reconnaître de façon générale est la Règle d’Or. Nous espérons que nous serons capables d’élaborer nos solutions particulières sur cette base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous tentez de nous imposer.

Aux États-Unis, vous avez aujourd’hui créé une loi, la loi sur la réforme des télécommunications, qui viole votre propre Constitution et représente une insulte aux rêves de Jefferson, Washington, Mill, Madison, Tocqueville et Brandeis. Ces rêves doivent désormais renaître en nous.

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Vous êtes terrifiés par vos propres enfants, parce qu’ils sont les habitants d’un monde où vous ne serez jamais que des étrangers. Parce que vous les craignez, vous confiez la responsabilité parentale, que vous êtes trop lâches pour prendre en charge vous-mêmes, à vos bureaucraties. Dans notre monde, tous les sentiments, toutes les expressions de l’humanité, des plus vils aux plus angéliques, font partie d’un ensemble homogène, la conversation globale informatique. Nous ne pouvons pas séparer l’air qui suffoque de l’air dans lequel battent les ailes.

En Chine, en Allemagne, en France, en Russie, à Singapour, en Italie et aux États-Unis, vous vous efforcez de repousser le virus de la liberté en érigeant des postes de garde aux frontières du cyberespace. Ils peuvent vous préserver de la contagion pendant quelque temps, mais ils n’auront aucune efficacité dans un monde qui sera bientôt couvert de médias informatiques.

Vos industries de l’information toujours plus obsolètes voudraient se perpétuer en proposant des lois, en Amérique et ailleurs, qui prétendent définir des droits de propriété sur la parole elle-même dans le monde entier. Ces lois voudraient faire des idées un produit industriel quelconque, sans plus de noblesse qu’un morceau de fonte. Dans notre monde, tout ce que l’esprit humain est capable de créer peut être reproduit et diffusé à l’infini sans que cela ne coûte rien. La transmission globale de la pensée n’a plus besoin de vos usines pour s’accomplir.

Ces mesures toujours plus hostiles et colonialistes nous mettent dans une situation identique à celle qu’ont connue autrefois les amis de la liberté et de l’autodétermination, qui ont eu à rejeter l’autorité de pouvoirs distants et mal informés. Nous devons déclarer nos subjectivités virtuelles étrangères à votre souveraineté, même si nous continuons à consentir à ce que vous ayez le pouvoir sur nos corps. Nous nous répandrons sur la planète, si bien que personne ne pourra arrêter nos pensées.

Nous allons créer une civilisation de l’esprit dans le cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créé.

Davos (Suisse), le 8 février 1996.

John Perry Barlow, Cognitive Dissident Co-Founder, Electronic Frontier Foundation Home

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Dans 30 ans, cette Déclaration restera-t-elle dans les archives comme une chimère d’un Docteur Folamour du cyberespace, ou bien comme véritablement prophétique, au sens où tout avocat pourra plaider avec ces arguments pour défendre des clients virtuels…

En réalité, peut-on en même temps affirmer :

d’une part :
” Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.”(…)”Vous n’avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d’aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.”

et d’autre part :

“Nous croyons que l’autorité naîtra parmi nous de l’éthique, de l’intérêt individuel éclairé et du bien public.” (…) “Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront commises, nous les identifierons et nous les réglerons par nos propres moyens. Nous établissons notre propre contrat social. L’autorité y sera définie selon les conditions de notre monde et non du vôtre. Notre monde est différent.”

Albert Camus disait .

On commence toujours par vouloir la justice
et on finit toujours par créer une police.”


Excommunier les communicants du Vatican…

25.03.09

L’Eglise catholique est la seule institution au monde qui fonctionne encore en Monarchie de droit divin, avec un Ministère de la Pensée Correcte (dont le pape actuel a été le titulaire pendant 25 ans).
Et comme disait Jean-Paul II lorsqu’on lui suggérait de démissionner pour raisons de santé : ” A qui voulez-vous que j’envoie ma lettre de démission ? Il n’y a personne au-dessus de ma fonction…”…

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Il n’y a pas grande différence sur le fond de la doctrine (autant qu’on la connaisse…) entre le précédent pape et l’actuel, sauf que le précédent était accusé par l’actuel de “remplir les stades et de vider les églises“.
Devenu pape, Jospeh Ratzinger a, dit-on, voulu recentrer la visibilité de l’institution sur son “noyau dur, avec le grand retour de symboles supposés clarifier les fondamentaux identitaires.
Sauf que les questions institutionnelles et théologiques n’intéressent plus grand monde : les problèmes de l’humanité commune n’ont rien à voir avec la tolérance pour la messe en latin, ou l ‘abolition des limbes (occasion unique d’apprendre ce que c’était), ou encore l’excommunication des uns ou des autres : les communicants du Vatican ne savent pas communiquer sur l’excommunication… vis à vis de gens qui protestent violemment, alors que tout ce qui concerne l’Eglise les indiffère d’habitude profondément. Drôle de société.
Il est vrai que lever l’excommunication d’un évêque négationniste et simultanément (même si c’est fortuitement) excommunier la mère et les médecins qui ont provoqué l’avortement chez une fillette de 9 ans violée par son beau-père, cette coïncidence n’incite pas à ouvrir les bouquins de théologie pour en savoir plus sur ce que signifie l’excommunication…

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Comme dit l’adage, et puisqu’on ne cesse de nous dire que c’est un théologien remarquable, alors ce Pape “est peut-être un livre remarquable, mais fermé et introuvable.”
Dès qu’il ouvre la bouche sur l’Islam (discours de Ratisbonne), sur les Indiens d’Amérique Latine “ qui attendaient l’évangélisation ” (alors qu’ils ont presque tous été tués par millions par des catholiques qui venaient les “ civiliser ” !),  sur le préservatif “ qui aggrave la pandémie du SIDA “, sur l’excommunication de cette mère d’une fillette brésilienne (en affirmant que l’acte du violeur était moins grave que l’avortement), etc… il y a polémique, malentendu, et communiqués de presse pour clarifier, rectifier, préciser, etc…

Franchement, on a autre chose à faire qu’à “épiler les chenilles ” (René Char) pour savoir si on a bien compris  ce que le pape a voulu dire, et non pas ce qu’on a voulu entendre, en faisant attention à ne pas lui faire dire ce que d’aucuns veulent lui faire dire,etc.
Si le pape n’a pas les moyens de se faire comprendre, qui les a ?

On peut seulement regretter que dans un monde où la plupart des puissances perdent leur crédibilité aux yeux de l’humanité  commune, notamment dans la crise économique mondiale actuelle, ces exégèses des “paroles verbales” du pape ne soient qu’une forme de gaspillage inutile du potentiel que pourrait représenter une religion qui se trouve être en même temps :

- un Etat (le Vatican), et donc un accès à toutes les formes de diplomatie officielles, légales, et politiques

- une multinationale, avec une expérience séculaire de contact avec toutes les cultures du monde (dès lors qu’elle a décidé de ne plus massacrer les autres cultures au nom de son Dieu) ;

- la plus grande ONG humanitaire du monde, si l’on considérait – ou plus exactement si l’on “consolidait“, en termes comptables – toutes les oeuvres et actions des gens d’Eglise dans le monde.

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Pour l’objectivité de la réflexion sur ce qu’a dit – ou n’a pas dit – le pape Benoît XVI,
il est utile de lire le billet du célébre blog de Maitre Eolas,
intitulé : La (Bonne )Parole est à la défense.”
Qu’on l’approuve ou non sur le fond,
ce billet laisse un goût amer et une sorte d’angoisse sur le sérieux
des médias et autres commentateurs.

Mais malgré tout,
en termes de responsabilité du “pataquès” à propos du pape,
et s’il s’estime incompris,
il faudrait avant tout qu’il revoie l’organigramme
de son Département de la communication…

PS : Un précédent billet de ce blog avait esquissé une réponse au discours de Ratisbonne de Benoit XVI:


Délinquance juvénile : mais qu’est-ce qu’on nous raconte ?

19.02.09

On ne cesse de lire à répétition, et toujours avec exemples croustillants dans les journaux-torchons – que la délinquance juvénile augmente de manière exponentielle, que de pous en plus de délits sont commis par des jeunes toujours plus jeunes, et qu’il faut donc revenir à des peines véritablement répressives contre les mineurs délinquants, etc,etc…

Or on apprend par exemple, qu’il n’y a eu en Suisse que 8 mineurs (sur un million de mineurs) qui ont été condamnés à une peine privative de liberté, sans sursis, de plus de six mois, en 2006 – et 10 en 2005.

Et Mr Olivier Guéniat, chef de la police judiciaire neuchâteloise, qui cite ces chiffres, ajoute :

gt200711132

(…) “ Il est possible de calculer le pourcentage d’infractions commises par des auteurs mineurs par rapport au nombre total d’infractions commises par tous les auteurs identifiés en Suisse : il est de 19,7 % en 2007.
Il était de 36,1 % en 1982 !
Le minimum parmi les 25 dernières années a même été atteint en 2005 avec 17.9%.
(…)
Et pourtant la délinquance des jeunes focalise toute l’attention depuis quatre ans, à en perdre la raison. Cherchez l’erreur ! “
(…)
Ces chiffres m’inspirent surtout le fait que la stigmatisation contemporaine orientée sur la délinquance des jeunes est malhonnête, car l’évolution des infractions violentes ou à caractère sexuel imputables aux jeunes n’est autre que l’image miroir de celle des adultes.” (…) “Ne faudrait-il pas réhabiliter la théorie de l’exemplarité ?”

Simultanément, on tombe sur ceci, extrait d’un document de Mr Laurent MUCCHIELLI, sociologue, directeur de recherche au CNRS (France), intitulé ” Note statistique de (re) cadrage sur la délinquance des mineurs “ , dans laquelle il argumente, chiffres et faits en mains (ouvrir le lien) , sur les titres suivants :

laurentmucchielli

1 – ” Il n’est pas vrai que la délinquance des mineurs ne cesse d’augmenter tandis que celle des majeurs baisse.(…)
2 – ” Il n’est pas prouvé que les mineurs délinquants sont “de plus en plus jeunes”.
(…)
3 – ” On ne voit pas ce qui permet de dire qu’il existe un problème grave et particulier avec les mineurs de moins de 13 ans.”
(…)
4 – “Il n’est pas juste de laisser croire que les mineurs délinquants ne font l’objet que de mesures éducatives et que les juges sont naturellement laxistes.”

Pour couronner le tout , on tombe sur un document intitulé : ” Juger les mineurs comme des majeurs, peines minimales obligatoires, peines plancher : les effets sur la récidive et la délinquance des mineurs.” de Mr Sébastien ROCHE, Directeur de recherche au CNRS (Grenoble) – lire son interview dans le “Nouvel Observateur” :

sebastianrochel071

(…) Les études disponibles nous montrent que les orientations favorisant un recours croissant à des quantités de punitions plus importantes (…) ne sont ni la garantie d’une diminution de la délinquance dans une société donnée, ni d’une moindre récidive chez les individus concernés.
Plusieurs études, parmi les plus précises, montrent même  un effet inverse à celui recherché en matière de récidive : celle-ci tend à augmenter sous l’effet de sanctions pous sévères.
Il est utile de savoir que les études publiées ont montré que les bénéfices à attendre de ces politiques sont faibles, voire contreproductifs.
C’est notamment le cas pour les mineurs depuis assez longtemps maintenant, mais aussi dans les synthèses les plus récemment publiées.
“(…)
Les études synthétisées au Canada et en Suisse donnent des indications convergentes quant à l’effet de la sévérité sur la récidive : la durée plus longue des peines ou la proportion élevée de la peine exécutée n’ont pas les effets attendus.
La synthèse canadienne montre que l’accroissement de la durée d’incarcération est associé à une augmentation de la récidive.
(…)
Au total, il apparaît que l’augmentation  de la durée de le peine tend à renforcer la récidive., et non pas à la diminuer.”
(…)

Le dernier mot sera pour Mr Guéniat, chef de la p0lice judiciaire du Canton de Neuchâtel :

(…) ” Le regard porté sur la criminalité répond vraisemblablement aux mêmes règles que celles qui régissent le sentiment d’insécurité. Le décalage de perception est certainement dû à l’”effet de contexte”.
L’effet de contexte est une direction de l’esprit qui, à l’opposé de la culture du doute, tend à la certitude acquise ou à la conviction univoque. Tout se passe comme si le cerveau humain, avec son raisonnement et en l’absence d’une méthodologie adéquate, ne cherchait qu’à vérifier ce qu’il cherche. Le moindre indice ne parvient qu’à lui confirmer qu’il est bien dans la bonne direction, comme si la vérité se trouvait sur un seul chemin.
Ce phénomène n’est pas anodin. On observe là une composante principale des mécanismes qui sont à l’origine de la plupart des erreurs judiciaires.
“(…)
C’est précisèment par un tel biais de raisonnement que la plupart des gens se forgent leur opinion ou leur conviction, se fondant sur un seul canal d’information : les médias. Chaque nouvel article, chaque nouvelle émission sur un évènement grave et choquant paraît confirmer pleinement l’hypothèse de l’intensification de la criminalité.
Pourtant, les chiffres, tant de la police que de la justice, montrent bel et bien une diminution de la criminalité.”
(…)

612-110


http://wc.lematin.ch

6.12.08

Ce titre est l’adresse sur laquelle vous pouvez vous exprimer sur la qualité des ” toilettes transparentes ” inaugurées ces jours-ci dans le quartier du Flon à Lausanne, dont le coût unitaire est de 200 000 francs suisses pièce (soit environ 125 000 euros) et dont l’architecture (!) s’inspire (!) de la forme d’un diamant.
C’est d’un chic fou.
Et donc ce sujet mérite une des double pages du ” grand quotidien ” de Suisse Romande en ce premier samedi de décembre 2008…

WC publics du Flonsource photo

Ces toilettes sont équipées d’un détecteur de mouvement.
Was ?

Si quelqu’un entre, le courant s’arrête et les molécules des verres à cristaux liquides bougent dans tous les sens : ça rend les vitres opaques.”

Ailleurs dans la même édition, et dans notre chapitre ” La Suisse, pays de la transparence “, on y apprend que Mr Hans-Rudolf Merz, Ministre de l’Economie et des Finances de la Confédération Helvétique, a choisi le paradis fiscal de l’île de Jersey pour y déposer les 6 milliards de francs (4 milliards d’euros) que le gouvernement destine à la recapitalisation de l’UBS, première banque suisse, dans le cadre de la “criiiiise”…


Gestionnaire des finances publiques helvétiques en bon père de famille…
La “trajectoire de tangente” de ce petit tour de passe-passe vise à échapper à la fiscalité … suisse qui met un impôt de 35 % sur le rendement des capitaux, appelé ” impôt anticipé ” qui, ” même s’il est dans certains cas, remboursé, il en résulte des charges pour l’investisseur qui pourraient diminuer le produit de la vente. Pire (sic), cet impôt pénalise les étrangers s’ils ne sont pas ressortissants de pays signataires de conventions de double imposition avec la Suisse. “ (re-sic)
Comme disait Alan Greenspan : ” Si vous m’avez compris, c’est que je me suis mal expliqué “…

Ce que l’on comprend parfaitement en revanche, c’est l’éditorial du rédacteur en chef adjoint du “Matin”, qui éclaire le lecteur en ces termes :

” Alors que l’avenir charrie avec lui son lot d’angoisses et d’incertitudes sur nos situations financières, alors que la majorité des habitants de ce pays se saigne malgré tout pour payer ses impôts, l’attitude de la Confédération est une immense provocation.(…)
” En contournant sa propre fiscalité, en s’exilant sous des cieux fiscaux plus cléments pour sauver la plus grande banque suisse, notre pays se comporte comme un vulgaire voyou sans aucune morale. En agissant de la sorte, les autorités donnent raison à la gauche et aux esprits cyniques qui n’ont cessé de répéter qu’on ne vient au secours que des riches.
Et confirme ce cliché qui n’en est désormais plus un : nous ne sommes que des cochons de payeurs.”

On y ajoutera que les cochons de payeurs payeront deux fois : un fois avec la hausse des prix, l’augmentation du chômage, etc, etc… et une deuxième fois pour renflouer, par l’impôt,  les “ceusses” qui, depuis toujours, font dans l’ingénièrie  financière, laquelle consiste à inventer tous les moyens les plus raffinés de légaliser l’escroquerie.

L’architecture – en forme de diamant ? -
des banques de Jersey
ressemble-t-elle aux toilettes transparentes
de Lausanne ?

Merci de tirer la chasse d’eau.

Les temps sont durs pour tout l'monde ... par Telline de mer


Des talibans sur Mars ?

1.06.08

On ne peut qu’admirer l’exploit scientifique et technique de l’” amarsissage ” de la sonde américaine Phénix sur la planète Mars, afin de “sonder si la vie y est possible“.
Et la satisfaction du personnel de la NASA est légitime.

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On peut simplement se demander comment peut-on être capable de réussir à poser une sonde à 700 millions de kilomètres, après un voyage de 9 mois dans l’espace, et simultanément :

- être incapable de détecter Ben Laden dans un zone de 50 km2 entre le Pakistan et l’Afghanistan ?

- ne pas savoir s’il y a encore de la vie en Tchétchénie ?
Il faut envoyer d’urgence la sonde Phénix en Tchétchénie…

- ne pas savoir où sont déposées les mines anti-personnels qui continuent d’exploser des années après la fin d’un conflit ?

- ne pas savoir où sont passés des dizaines de milliards de dollars disparus de l’aide au développement ?

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- ne pas savoir où sont passés les centaines d’enfants disparus des institutions où ils ont été placés en Europe par les autorités publiques ? (voir le billet de ce blog consacré à ce problème)

- ne rien savoir sur des zones entières de notre planète où l’on sait que la vie existe ?

On ne sait pas ?
On ne veut pas savoir ?
On sait, mais on ne veut pas le faire savoir ?

Comme disait Louis Jouvet :

” Si l’administration militaire était bien faite,
il n’y aurait pas de soldat inconnu.”


L’information, l’Histoire et les poubelles

31.05.08

Mr. Henry Kissinger, ancien Ministre des Affaires Etrangères du président américain Richard Nixon, est aussi célèbre pour deux phrases d’anthologie de l’humour diplomatique :

” Il n’y aura pas de crise internationale la semaine prochaine, mon agenda est plein.”
et
” Si vous m’avez compris, c’est parce que je me suis probablement mal expliqué.”

Henry Kissinger - World Economic Forum Annual Meeting Davos 2008Photo

Prix Nobel de la Paix en 1973, il fait encore quelques apparitions dans l’actualité notamment à l’occasion d’une visite à Paris, en 2001, au cours de laquelle il fut convoqué et interrogé par la police judiciaire dans l’affaire de la disparition de 5 Français au Chili, au titre d’inspirateur du fameux Plan “Condor” mis en place après le coup d’Etat de Pinochet au Chili.
Un journaliste anglais, Christopher Hitchens a publié en 2001 un livre ” Les crimes de Mr Kissinger”, incitant ce dernier à prendre, désormais, de multiples précautions avant de se déplacer quelque part dans le monde…

Dans le premier tome de ses “Mémoires” (” A la Maison-Blanche, 1968-1973“), il explique – ce qui n’a rien à voir avec son implication politique – les difficultés rencontrées dans son travail de consultation d’archives pour écrire ses mémoires :

” Un des paradoxes de cette époque de rapports et de machines à photocopier, de bureaucratie proliférante et d’archives obligatoires, est qu’il devient pratiquement impossible d’écrire l’histoire.
Lorsqu’on s’occupe des siècles passés, la difficulté est de trouver assez de documents de l’époque ; mais lorsqu’on écrit sur la diplomatie moderne, il faut éviter d’être submergé par l’information écrite.
Si un historien
(…) avait à sa disposition la totalité des millions de documents relatifs à n’importe quelle période moderne, il aurait beaucoup de peine à savoir par où commencer. Les archives écrites, par leur volume même, obscurciraient autant qu’elles éclaireraient sa recherche ; elles ne lui apporteraient aucun critère lui permettant de déterminer quels sont les documents destinés à fourni un alibi et quels sont ceux qui ont véritablement guidé les décisions, ceux qui traduisent une participation réelle et ceux qui ont été établis dans l’ignorance des évènements cruciaux.
Avant notre ère de communication, les instructions données à un négociateur devaient être conceptuelles, et en ce sens elles donnaient un aperçu de la pensée des hommes politiques; à l’âge du télétype, elles sont généralement techniques ou tactiques et en conséquence n’indiquent ni les buts ni les considérations ultimes. Les dossiers officiels de notre époque ne nous révèlent pas nécessairement quelles décisions furent prises par voie secrète doublant les voies officielles, ni quelles affaires furent traitées oralement sans jamais laisser de traces dans les archives. Il arrive que les comptes rendus rédigés par ceux qui participent à des discussions ne soient que tentatives de justifier “a posteriori”.
(…) On peut trouver à peu près n’importe quoi par la présentation sélective des documents. La tendance actuelle à la divulgation abusive et généralisée fait que la quasi-totalité des documents sont rédigés dans un souci d’autojustification.
Ce que gagne le journaliste, l’historien le perd.”

Ecrites en 1979, c’est-à -dire 12 ans avant de prendre en pleine figure les accusations de complicité de crime de guerre et crime contre l’humanité pour son implication politique dans la guerre du Vietnam, le coup d’Etat de Pinochet au Chili, dans la guerre d’indépendance du Bangladesh, et, dit-on, dans le génocide du Timor-Oriental, ces lignes ne peuvent pas être suspectes de se vouloir une sorte d’auto-défense.

Elles nous semblent cependant pouvoir servir à comprendre les difficultés propres à notre univers actuel de communication:

L’information se transforme en communication :
Les journaux ont de plus en plus de difficultés à financer le vrai travail journalistique d’enquêtes et d’investigations sérieuses. Un journaliste a aussi ” à sa disposition des millions de documents” et a ” beaucoup de peine à savoir par où commencer”… Le métier de journaliste tourne à la compilation des autres sources d’informations, décuplées en nombre par leur accessibilité via Internet, où l’on déniche en quelques secondes tous les faits (vrais et faux), tous les arguments possibles et imaginables (la nébuleuse des “justifications”).
La hiérarchisation des informations est toujours possible, mais au gré… du hasard d’Internet et de la nécessité de faire court et rapide. La pro-duc-ti-vi-té…

en gare de valence... - HDRphoto

De leur côté, les décisions politiques sont de plus en plus des réponses techniques, quasiment en temps réel de la médiatisation des problèmes qui (et lorsqu’ils) apparaissent dans les médias. Moins on a pouvoirs, plus on communique…
Curieusement, par exemple, (et sans optique partisane partisane – ce serait probablement la même chose avec tout-e autre président-e), on entend beaucoup dire que le gouvernement et le président français actuels réagissent au quart de tour sur l’actualité, par des mesures et décisions techniques, sur tous les sujets, dix fois par semaine, sans qu’on perçoive quelle est la vision politique globale qui sous-tend ces décisions.
Autrement dit, ils ont quasiment tous les pouvoirs, et tous les grands groupes médiatiques dans la poche, mais on ne sait toujours pas où on va…

Mais pour en revenir à l’information, celle du grand-public, la douche quotidienne d’informations factuelles, de commentaires, et de diversions des vrais problèmes vers la “pipolisation”, donne le sentiment d’être obligé de “faire les poubelles”.
(Qui donc disait : “ Je ne lis les journaux qu’avec 8 jours de retard, pour savoir ce qui était faux, incomplet ou biaisé, et que je n’aurais pas perçu comme tel en les lisant le jour même de leur parution” ?).
Sans compter les billets de commentaires, qui sont très souvent de simples exercices de style destinés à valoriser la signature…
N’oublions jamais le destin des journaux le lendemain de leur parution…

Preparation papier journalphoto

De manière accessoire, on peut aussi mentionner la tendance, toute récente, dans certains médias, à “l’interactivité des lecteurs et auditeurs dans l’élaboration des informations“.

Exemple (article du “Temps”-Suisse du 30 mai 2008) : la Radio Suisse Romandesollicite son auditoire, à requiert ses compétences et ses informations. Les émissions d’information ont été repensées pour encourager cette interactivité, pour fonder cette nouvelle alliance.
Mais les premiers résultat de ce “journalisme citoyen” sont, semble-t-il, décevants, en nombre de réactions du public. Ce que le directeur de l’information, Patrick Nussbaum commente ainsi : ” Nous sommes au début d’une démarche de longue haleine. Et peu importe à la limite le nombre d’interventions : elles sont de qualité, c’est ce qui nous importe.(…) Il ne faut pas surestimer l’apport de cette interactivité, qui peut facilement avoir un côté bling-bling. Nous sommes dans une société qui adore son nombril et donner son opinion sur tout. Regardez les blogs : 98 % sont inintéressants” (sauf celui-ci… hi,hi!).

Ce à quoi un ancien journaliste de cette même Radio Suisse Romande répond : ” Cette drague de l’auditeur, ces constants appels du pied du genre ” votre opinion nous intéresse ” reviennent à castrer le journalisme.(…) Je refuse d’être un concierge qui gère une plate-forme d’opinions diverses.”(Je m’insurge) “devant le fait d’être un journaliste dont la fonction première ne serait plus que de mettre en ondes ou en page les géniales contributions citoyennes. Je ne veux pas être un passe-plat !”

L’article du “Temps” donne la référence d’un site américain spécialisé dans le journalisme participatif : www.journalism.org qui analyse cette “déception” (beaucoup de répétitions, peu d’informations nouvelles ou vérifiables, nécessité de filtrer,etc…).

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Il y aura toujours de la place pour de vrais journalistes, mais, sachant qu’il est de bonne salubrité mentale de lire aussi les journaux avec lesquels on sait qu’a priori on n’est pas d’accord, que ne faut-il pas, grands dieux, éplucher comme forêts de papier pour trouver une vraie information et un vrai commentaire !!!

Mais alors,
quelle sera la méthodologie des historiens
sur l’époque actuelle ???

'Le Penseur' photo

PS : Autres billets de ce blog sur les medias :

” Le bourrage par le conditionnel “

” Le journal “Ouest-France” distribué en prison “

” Canulars télévisés “

” Les gratuits, la bê(tis)e humaine et les ados “

” Si j’avais eu vos médias…”



Téléphone portable et porno …

4.05.08

Lu dans “ Le Temps ” (Suisse) à la date du 30.04.08 :

” Un écolier alémanique sur deux regarde des films pornos sur son Natel (téléphone portable suisse). Les garçons sont nettement plus amateurs que les filles, selon une étude de l’Université de Zurich, qui a interrogé 453 écoliers âgés de 12 à 16 ans.
La plupart des vidéos à caractère sexuel sont téléchargés sur Internet, mais un film sur six est tourné par les adolescents eux-mêmes ! Ces chiffres hélvétiques sont deux fois plus élevés que ceux relevés en Allemagne, comme le note l’hebdomadaire SonntagsZeitung.
Les 12-16 ans ont aussi l’habitude de regarder des scènes violentes, notamment des images mettant à mal des animaux.”

A la date du 26 avril, le quotidien “Le Matin” (Suisse) sur la même étude de l’Université de Zurich :

(…)“Et si on isole les garçons de la statistique, ils sont près de 63 % ; 8 % d’entre eux ont même avoué qu’ils regardent régulièrement des films classés X. Parmi les vidéos les plus demandées, celles qui mettent en scène des rapports sexuels avec des animaux. En deuxième position, on trouve les “e-bullying ” (avalanche d’images dégradantes non demandées par le destinataire), suivi, au troisième rang, par des clips montrant essentiellement des victimes torturées.”(…)

Il ne s’agit pas ici de jouer au grincheux “morali-moralo” : la curiosité, teintée parfois d’anxiété, des ados sur la sexualité est légitime.
Par ailleurs, le scepticisme est de rigueur sur la manière dont les médias rendent compte (et rédigent leurs titres d’articles) à partir des statistiques révélées par cette étude universitaire.

Mais, au-delà des statistiques, ces informations posent cependant plusieurs questions :

1 – La définition juridique d’un mineur est la “capacité relative de discernement” (“ne pas mesurer pleinement les conséquences de ses actes”) selon son âge et son degré de maturité, ce qui fonde l’existence même de la justice des mineurs.
La responsabilité pénale des parents et des écoles est-elle alors engagée ?
Qui dira donc aux ados que le fait de télécharger des documents pornographiques violents est répréhensible, au même titre que le téléchargement et la diffusion de vidéos pédophiles par des adultes sur Internet ?

Source photo

2 – Ne serait-il pas pertinent d’initier, dans les programmes scolaires, des cours d’initiation au fonctionnement et aux risques des nouvelles technologies, au même titre que, péniblement, les écoles se sont mises à éduquer les jeunes à l’utilisation critique de la presse ?

3 – Qu’est-ce qu’une société qui se targue de défendre “orbi“, les droits humains en luttant contre l’exploitation sexuelle et la torture dans tous les recoins de la planète, sans se préoccuper de ce qui se diffuse “urbi” c’est à dire chez soi, au coin de la rue, à l’école, voire à domicile ?
On juge scandaleux, dans d’autres cultures du monde, le mariage précoce comme étant, à juste titre, un viol de mineurs, mais quelle serait notre réaction si un-e militant-e africain-e ou asiatique des droits de l’enfant lançait un communiqué de presse à Zurich pour dénoncer la mise à disposition de films pornographiques violents sur les téléphones portables des mineurs ?

4 – Qu’est-ce qu’une société qui se targue de modernité en distribuant les outils technologiques les plus récents sans se soucier des “contenus” accessibles à ses propres “enfants-rois” ?

Sur d’autres aspects de ce problème, voir les billets précédents de ce blog :

“Les “gratuits”, la bê(tis)e humaine et les ados”
“L’enfant et l’argent”
(paragraphe sur les publicités bancaires envoyées sur les téléphones portables des ados)

Sites utiles de prévention à l’intention des parents et éducateurs :

Informations et tests des outils de filtrage des contenus sur internet(contrôle parental)
(Ass. “Action Innocence”)
Kit d’apprentissage sur la communication mobile pour les enseignants (Swisscom)

“Votre enfant et le téléphone mobile – Guide à l’usage des parents” (Ass. AFOM)


Une adoption, ça rapporte 2 millions de dollars ?

8.04.08

Dans “L’Hebdo” (Suisse) de fin mars 08, cet entrefilet :

” ENFANTS A VENDRE :

Angelina Jolie et Brad Pitt pourraient recevoir 10 millions de dollars pour des photos exclusives de leur progéniture en gestation ( ? ), estime Barry Levine, du tabloïd américain National Enquirer.
Le couple a déjà reçu 4 millions de dollars en 2006 pour une photo de sa fille biologique Shilo et 2 millions pour des clichés de l’adoption de Pax Thuien (2007).
C’est devenu un gros business “, raconte Barry Levine.
Et si bientôt certaines stars décidaient d’avoir des enfants pour gagner de l’argent ? La question émerge outre-Atlantique.”

Si les propos du journaliste, de type collecteur d’égouts, Barry Levine, publiés dans cette soupe à chien qu’est le National Enquirer, sont exacts, d’autres questions “émergent” :

- Faut-il donc en conclure qu’une photo d’un enfant biologique vaut deux fois plus que “des clichés de l’adoption” d’un enfant asiatique ?

- Y aurait-il donc désormais des adoptions qui coûtent aux parents anonymes et des adoptions qui rapportent aux parents célèbres ?

- L’argent gagné avec une photo est-il placé sur un compte d’épargne au bénéfice futur de l’enfant ? Versé à des orphelinats des pays d’origine ?

- Qu’en est-il de l’anonymat du visage, du droit à l’image, et du respect de la vie privée de l’enfant sur ces photos ? Un enfant n’a pas de vie privée, parce que c’est un enfant ?
Voir ” Déclaration des droits et devoirs des journalistes” (Munich, 1971- Point no 6)

Ce n’est évidemment pas l’adoption en elle-même qui est critiquable dès lors qu’elle se déroule en respectant les lois applicables dans les pays d’origine et d’accueil, et selon des normes non-lucratives, dans un sens comme dans l’autre.
On attend un simple communiqué de presse pour savoir combien ont perçu (ou, au contraire, n’ont pas perçu) ces célébrités pour les photos de leurs enfants adoptés :

Madonna (un garçon malawite),
Sharon Stone (un enfant adopté une semaine après sa naissance, Laird, un autre garçon commandé à une mère porteuse, et un autre enfant adopté),
Angelina Jolie (un enfant cambodgien en 2002, une petite ethiopienne en 2005, et le troisième, vietnamien, en 2007)
Mia Farrow ( 10 enfants adoptés en Inde, en Corée et au Vietnam)
etc,etc… (voir la liste sur cet article)

Peut-être n’y a-t-il rien d’illégal dans tout cela,
mais alors , pour l’éthique, on repassera…

Source photo

Pour en savoir plus sur l’adoption internationale,
voici une étude comparative récente (février 08),
sur 6 pays européens, intitulée

” ADOPTION : A QUEL PRIX ? “ (texte intégral)

et sous-titrée :
Pour une responsabilité éthique des pays d’accueil
dans l’adoption internationale
“.


Le “bourrage” par le conditionnel

6.04.08

Un article paru le 2 avril 2008 dans “Le Monde” (page 5) suscite un certain malaise.
Extraits (c’est nous qui soulignons) :

” Un enquête conduite, au Maroc et en Belgique, sur un réseau terroriste islamiste dirigé par Abdelkader Belliraj, 50 ans, arrêté en février, semble indiquer que la structure qui a été démantelée était de de premier plan.
Appréhendé au Maroc en compagnie d’une trentaine de suspects, le chef du groupe aurait été actif pendant plus de seize années et aurait bénéficié en Belgique(…) de l’aide d’une vingtaine de personnes.(…) Le groupe Belliraj visait, semble-t-il, à renverser le régime marocain..(…) Il aurait tenté de s’abriter derrière la façade légale de partis islamistes.
Selon des sources judiciaires belges, le groupe se livrait à des trafics d’armes et se serait aussi financé en organisant d’importants hold-up(…) Cet argent aurait en partie été blanchi dans des activités immobilières au Maroc. A. Belliraj aurait, dans les années 1980, personnellement commis six assassinats en Belgique(…)
Au Maroc, le rôle du suspect reste trouble. Incarcéré à la prison de Rabat-Salé, il serait selon (…) le Ministre de l’intérieur, l’âme du réseau qui, préparait, en fait (sic), une insurrection armée. Selon des sources sécuritaires, le roi Mohamed VI faisait partie des cibles du groupe.
Présenté comme un islamiste convaincu (…) A. Belliraj était, semble-t-il, en contact avec le GSPC algérien, devenu une branche de Al-Qaida, et le Groupe islamique combattant marocain (GICM).
Selon le Ministre de l’Intérieur, des contacts auraient aussi été établis entre son groupe et le Hezbollah, en 2002, en vue d’un entraînement de ses hommes au Liban. Ils auraient finalement été formés en Afghanistan.
Les preuves de ces affirmations n’ont pas été fournies jusqu’à présent.

Il est certain, en revanche, que l’enquête de police a permis la découverte d’une dizaine d’armes légères dissimulées à Nador, dans le nord du pays. Devaient-elles servir à des actions dans le Royaume ?Mon client qui nie être un chef terroriste, dit que ces armes étaient destinées aux islamistes algériens”.(…), assure au “Monde” son avocat.
Des sources policières disent douter de cette version.

Un mystère de plus en plus épais entoure, en fait, la personnalité du principal suspect.
Il s’est livré à de nombreux revirements depuis qu’il a été présenté comme un informateur rémunéré de la Sûreté de l’Etat – les services de renseignement belge – et depuis ses aveux – sur lesquels il est récemment revenu – en ce qui concerne les assassinats qu’il aurait commis.(…)
Il a nié devant le tribunal de Salé, le 17 mars, avoir travaillé pour les services belges. Il aurait par ailleurs indiqué qu’il avait simplement voulu agir par “loyauté” envers son pays d’adoption en l’informant sur l’activité des islamistes en divers endroits du monde.
Ce point est d’une grande importance pour l’enquête menée en Belgique, qui doit déterminer comment (il) a pu, pendant seize ans, mener ses activités criminelles à l’insu des autorités belges.
Promu chef militaire de son réseau clandestin(…) il a voyagé en Iran, en Arabie Saoudite et en Algérie.
Il paraît démontré (sic) également qu’il a rencontré Ayman Al-Zawahiri, numéro deux d’Al-Qaida, en Afghanistan. La Sûreté belge l’aurait-elle “couvert” dans tout ou partie de ces missions ?
En 2005, avant les attentats de Londres, ce sont les renseignements qu’il a fournis qui auraient en tout cas permis de démanteler une cellule terroriste à Liverpool, au Royaume-Uni.”
(Fin de l’article)

Bon, alors, tout cela est peut-être vrai et le journaliste écrit son article au conditionnel par respect de la présomption d’innocence d’une personne sous enquête et dont le nom est mentionné dans l’article.
Point final.

Mais on peut aussi se poser les questions suivantes :

De l’article, qu’apprenons-nous comme faits avérés ?
1 – on a retrouvé 10 armes légères au nord du Maroc : “Pour renverser le régime marocain (…) avec le roi Mohamed VI comme cible “ ???
2 – il a voyagé en Iran, en Arabie Saoudite et en Algérie : so what ?. Donc il aurait été en contact (?) avec Al-Qaida, le Hezbollah, et le GSPC algérien.

L’Abrincate a aussi beaucoup voyagé, depuis 15 ans, dans une vingtaine de pays, pour travailler avec les juges, policiers, et autres spécialistes de la délinquance juvénile et des trafics d’enfants. So what ?

Quant à “l’âme du réseau”…”promu chef militaire du réseau clandestin”

L’article ne mentionne que des spéculations ou affirmations dont les seules et uniques sources sont le “Ministre de l’Intérieur“, l’”enquête de police au Maroc“, des “sources judiciaires belges“, les “sources sécuritaires marocaines“…

Avec, en fin d’article, l’hypothèse, tout aussi spéculative que le reste de l’article, que ce suspect serait l’instrument des services de renseignement belges. Le simple fait de suggérer cette hypothèse laisse froid dans le dos, lorsqu’on sait ce dont sont capables les services secrets des dictatures : et si les pays démocratiques s’y mettent …

Il ne s’agit pas de dire que l’article est faux,
mais de deux choses l’une :

- ou bien, on n’a rien à dire de véritablement factuel qui constitue un ensemble d’informations avérées et alors, on se tait.
En tout cas, on ne met pas l’article sous le titre : ” L’enquête confirme le démantèlement d’un important groupe islamiste”. L’article ne confirme rien, puisque tout est au conditionnel.
- ou bien on laisse le lecteur dans une ambigüité délibérée qui alimente une démarche de manipulation sécuritaire de l’opinion publique, entretenue par les seules sources d’informations mentionnées dans l’article. Car, comme toutes les propagandes d’Etat le pratiquent depuis des lustres, on distille à répétition des soi-disant “informations” sur le terrorisme, mais au conditionnel en sachant fort bien que le lecteur ne retiendra que “la confirmation du réseau terroriste”, en oubliant l’emploi systématique du conditionnel.

C’est ainsi que la peur passe avant la raison.

C’est au nom du respect que l’on porte depuis plus de 30 ans à la crédibilité des journalistes du “Monde” qu’on se permettra de craindre que même les meilleurs puissent insensiblement se laisser manipuler.

Il serait infiniment triste de voir des journalistes se transformer en “churnalists” …
En anglais “to chur out ” = baratter, comme “baratter le beurre”. On remue, on brasse…
Voir cet article du “Guardian” :
Our media have become mass producers of distorsion”.

Quand on sait le nombre de mensonges d’Etat re layés par les médias américains, et autres, depuis le début de la “guerre contre le terrorisme” (voir Guantanamo), on attend de journalistes qu’ils fassent passer la raison avant la peur.

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